LES ALCHIMIES V – La formulation des ambivalences

V

La formulation des ambivalences


La flèche du temps — Le fondement de toute science rationnelle est la croyance en une flèche unique du temps. Cette flèche est axée de l’Avant vers l’Après : soit du Passé vers le devenir, soit du devenu vers l’Avenir. Mais les deux sens eux-mêmes ne peuvent se succéder que de l’Avant vers l’Après : dans le cycle cosmologique, le matin précède le soir ou le printemps l’automne; dans le processus de vie, l’enfance précède l’âge adulte, ou (très probablement) le minéral la plante, qui précède l’animal.

Cette croyance est donc suffisamment prouvée, à cela près du moins que, quelque part, dans l’Instant, hic et nunc, le devenir précède le devenu (mais c’est alors le devenir qui est avant, le devenu qui est après).

La croyance du scientiste est autre : c’est que la cause précède nécessairement l’effet, ou que cet avant-là impose cet après-ci, le déterminant. Elle soumet l’Avenir au devenu, ou le devenir au Passé — et elle prétend, par suite, soumettre tout Avenir à quelque Passé. Or, cela n’est que la voie du principe, de la sentence ou de l’édification : le chemin de Galaad, ou bien celui de l’alchimie depuis Boèce, par le Chrétien, Scot, Villeneuve, Lulle, Ripley, Basile Valentin.

Une croyance ou un ensemble de croyances toutes différentes assurent que l’Après commande l’Avant, ou le 2ème terme le 1er. Elle remplace la cause articulaire par un motif totalisant, ou les Arts de Boèce (les Jugements de Kant aussi) par les Vertus de Scot Erigène (synonymes des Vertus de Platon). C’est la voie de Gauvain, de l’enfance, de la fable, du récit. Le chemin de la mythologie ou le monde du polythéisme.

Mais si, de sa voie propre, le mythologue remonte à l’ensemble des voies et prétend refuser l’unicité du chemin de l’Avant vers l’Après, il retombe de fait à la mythomanie; il n’est plus qu’un malade.

C’est donc le renversement de la détermination de l’avant par l’après (le motif) à la détermination de l’après par l’avant (la cause) qui fait tout le passage d’un discontinu magique, hasardeux, à un continu prétendu nécessaire, scientifique. Mais quiconque refuse cette plaque tournante, pour imposer sa « façon de voir » à l’adversaire ne peut être qu’un scientiste ou un mythomane. Et cela, bien que, réellement, la flèche du Temps ne soit qu’une : de l’Avant vers l’Après.

Si bien que, paradoxalement, on pourrait dire que les deux maladies de l’esprit, le scientisme et la mythomanie, donnent de l’ensemble de la Machine une conception ou une perception plus exacte que la fable du mythologue et le principe du savant. Non seulement Perceval mais Etienne furent sans doute ce double malade, que sa duplicité sauvait, en quelque, de la partialité de la fable et de celle du principe.

N’est-ce pas en quoi l’Or/substance ou le Graal se présentent aussi comme des erreurs ou des délits : le dernier aspect du cube (la face cachée de la pierre) ou le premier joint des feuilles ou des couches d’ardoise? Au cœur des Quêtes, la mort du Roi ou, plus exactement, sa maladie est le premier Mal : la peur de la disparition de l’Image. Au cœur des alchimies, l’impuissance d’Etienne à définir le « genre » et « l’espèce » est le second Mal : l’ouverture à tous les délires scientistes, par le mauvais emploi des symboles.

Les lectures et les faits — Dans l’Histoire, les Quêtes se présentent comme un ensemble de délits et de déliements (actuels) contenus dans les deux lectures de la Promesse et de la Réponse.

Ce n’est que la reconnaissance d’une ou de plusieurs discontinuités dans le cadre d’une continuité mythique (la Promesse) ou savante (la Réponse).

En tant que lectures, les Quêtes se peuvent dire des Descriptions des Actes (ou des Evènements); en tant que délits ou déliements, elles se peuvent dire des Actes de descriptions, soit du Tout soit des parties.

Le jeu de l’alchimie est plus complexe, car il ne joue pas de l’Objet et de ses descriptions, ou pas seulement de cela.

Dans un 1er temps, l’alchimiste ne quitte pas vraiment l’orbe de l’objet. De part et d’autre d’Etienne, on a cité le Chrétien et l’Anonyme, Erigène et Boèce, Aeineias, Olympiodore, Zosime encore d’une part, Michel Scot, Villeneuve, Lulle de l’autre, seulement préoccupés de décrire : le genre et l’espèce, la forme et la matière, la figure et le mouvement.

Dans un 2ème temps, le mouvement ou le change prennent le pas sur la description de l’objet. C’est, très précisément, vers 1300, en la fin des réponses, et après la dernière, ou vers 200, au début de la Promesse, et en son achèvement, au-delà de l’œuvre du « prêtre Jean » ou à la veille de la première Messe (sous Sévère-Alexandre).

En ces temps, de 60 à 200, ou de 1300 à 1500, les symboles débordent l’Image, l’or/symbole prend la place de l’or/substance. Les fables sont encore incohérentes et le principe se fait illusoire. Car les faits sont évènementiels (fléaux des invasions, des lèpres ou des pestes) et ni la fable ne peut tous les dire, malgré les Vies dorées des Saints, ou malgré les œuvres germaniques, celtiques, orientales, ni le principe ne peut s’en rendre maître, malgré les logiques scolastiques ou l’algèbre islamique, entre autres.

Plutôt qu’elles ne donnent des méthodes, les alchimies recensent des personnages : humains, comme les philosophes grecs ou les grands maîtres (Avicenne ou Averroès, Boèce, saint Thomas, Albert le Grand, Roscelin ou Abélard) ou à demi-divins, agents de la divinité : anges ou démons, Intelligences de l’Islam.

Elles disent le rôle — ou bien les rôles, contradictoires — des seconds, l’emploi ou les emplois que JE peut faire des premiers. Ou bien elles disent les « dispositions » des uns et des autres, leurs tendances (vers l’ouest ou vers l’est) et leurs emplacements, positionnements, comme états de l’Etre en cette Station, ou cette station en un Etat choisi comme exemplaire : l’Islam, la Chrétienté.

Ce temps se prolonge de Thessalos à Zosime, de 60 à 260 ou 300 (le temps des Martyrs) ou, de nouveau, depuis Lulle jusqu’à Ripley, englobant les 14ème et 15ème siècles. Il commence ou s’achève par l’étude des « moyens » de l’alchimie, dans l’espace et dans le temps. L’un des moyens est temporel, lié au zodiaque ou aux saisons, et la Croix y devient celle des Saisons;  l’autre moyen, dans l’espace, peut jouer aussi des Cardinaux, mais c’est de la montagne et de la vallée, de l’occident à l’orient : ils ne sont alors que des passages de l’Unique à la pluralité, de la coagulation à la dissolution, ou à l’inverse. Les Sexes s’imposent ici (chez Ripley), leur union, leur séparation, tandis que les Valeurs s’affirment chez Thessalos : le bénéfique (par alliance et sympathie) et le maléfique (par opposition, antipathie).

Ces moyens, cependant, sont à peine esquissés, plutôt comme des « moyennes ».

Le 3ème temps est celui que nous venons d’étudier. Il se prend de l’Ouroboros triplé de Cléopâtre à son Dialogue (le 1er siècle).

Ici et là, le moyen est tenu pour une Instance : une sollicitation vers l’est, une sollicitude vers l’ouest, ou bien une sollicitude vers l’ouest considéré comme le lieu de vie, par l’alliance des sexes, de l’Epoux et de l’Epouse, de la Reine et du Roi; une sollicitation vers l’est considéré comme le lieu de mort, d’opposition, de dévoration, d’entropie. L’instance de la fable, du récit, du conte — ou celle de l’institution, du principe, toujours.

Mais aussi le moyen est un nombrement de distances, depuis le point d’arrivée (le motif) ou depuis le point de départ (la cause), par ces étapes que sont les nombres entiers ou les fractions, puis les nombres irrationnels (le nombre d’Or, Pi), sinon les signes zodiacaux, jadis principes ou portes, maintenant clés.

De toute manière, l’Objet/substance, le Graal a disparu. Seuls importent les personnages, les Acteurs qui le transportent, s’il n’est qu’Un (s’en nourrissant parfois, comme le voyageur qui mange sa marchandise, lorsqu’il est affamé), ou qui vont de l’un à l’autre, si les ensembles d’objets sont deux (1 et 0).

Ou seuls importent les Moyens, milieux/moyennes, par lesquels l’objet se transporte ou par lesquels le voyageur va de cet objet-ci à celui-là.

Si le fait dont on traite est un Evènement (une Promesse ou un Défi en sa lecture), il est vrai que l’étude du Personnage suffit, objet de la Promesse mais sujet de la Réponse : Gauvain ou Galaad, à la limite, par les fables des Anciens, les principes des Modernes, ou dans l’enfance et dans l’état adulte de ce personnage-là.

Mais, si le fait dont on traite est un acte, le personnage compte moins que le moyen employé (par l’acte comme libre) ou imposé (par l’acte comme conditionné).

Le personnage pouvait être yin ou yang, mâle ou femelle, un désordre ou un ordre, pénétrant/contenu ou pénétré/contenant. Il n’avait que ce genre-là : féminin, masculin (éventuellement homo).

Le moyen est bien évidemment, soit contenu en un Ensemble, sous le nom de « système », soit contenant de plusieurs ensembles, comme Système. Si le moyen nombre des distances, par la moyenne, il les maîtrise, les ordonne, comme tout système contenant. Mais, soumis à l’une des deux instances, il est conditionné par celle qu’il a choisie (la fable ou le principe), dans l’Ensemble qui le possède alors : la gravitation et la force faible de nos physiciens ne le mènent pas dans le même sens que la force électromagnétique, issue du gluon.

Si la question le conduit au quiproquo (de la contingence) dans ce sens-là, du Passé au devenir, l’Etiquette (principielle) le conduit à quelque fin (extinction, entropie) dans ce sens-ci, du devenu à l’Avenir.

Malheureusement, il n’est qu’une flèche du temps, de l’avant vers l’après, autour du hic et nunc (devenir/devenu). Plus JE s’éloigne, donc, de l’Or/substance ou du Graal, qu’il y tende ou qu’il en revienne, plus il sera éloigné de l’Etre, par les passages inévitables de l’Unique à la Pluralité, de la Description au Fait ou Change, des Personnages aux Moyens, etc. A la limite, l’union du genre et de l’espèce est devenue les genres sexuels d’abord, puis les espèces monétaires, avant le Christ ou depuis l’époque de la Rose-Croix.

Je ne peux traiter de la période (-360/-60) ou de la période (1620/1800) sans dire un 4ème temps, où l’Or/symbole a disparu, laissant la place à l’Or/valeur.

L’or/valeur : la Monnaie — A première vue, ces temps s’offrent comme des inversions, plus surprenantes que les autres (des 1er, 2ème, 3ème temps). Où l’on attendait une continuation du rythme lent, qui nous donnerait : 1620/1980, par exemple, pour l’achèvement des alchimies, nous découvrons une précipitation du rythme : dès 1800, on ne peut plus parler de cette science, faute d’ouvrages-maîtres.

Où l’on attendait une précipitation du rythme le plus rapide, comme de -180 à 0, on trouve un rythme beaucoup plus lent, comme de -360 à 0.

Le rythme court (sur 6 siècles) :     0             360 ans          -360

Le rythme long  (sur 10 siècles) :    1620       180 ans         1800

Si bien qu’une nouvelle croix s’impose :

Elle s’impose d’autant plus que, vers l’ouest, l’alchimie des Modernes (moyenâgeux et renaissants) apparait contenue en celle des Antiques : Aristote et Platon la déterminent, elle est d’abord une « mémoire », mais que, vers l’est, avant 0 ou depuis 1260, l’alchimie des Modernes échappe à celle des Antiques; de plus en plus volontaire, principielle et scientiste, elle mène vers tout autre chose, qu’on nommera les sciences de la chimie, de la biochimie, de la biologie, de la chronobiologie, etc.

Nous étudierons tout cela en détail.

A) De Démocrite à Cléopâtre :

Depuis deux mille ans, tous les commentateurs donnent Démocrite pour le fondateur de l’alchimie. Scientifique et rationaliste, il ne trait aucunement de l’or/symbole. Vers 217 encore, ce sera un autre savant, Archimède, qui publiera un traité sur la manière de distinguer une « teinture » de l’or ou de la pourpre naturellement organiques.

Sur ce siècle et demi (-360/-210), il semble donc qu’une alchimie scientiste ne s’est préoccupée que de l’or/valeur et, plus précisément, de la Monnaie. Si elle ne joue pas encore des « espèces », elle oppose l’aspect de l’objet (sa couleur, entre autres) à sa structure profonde, sa réalité matérielle, son « genre ». Un Démocrite déjà, un Archimède encore, combattent l’imposture de leur temps, au nom de l’hermétique vérité.

Or, dans les deux siècles qui suivent, jusqu’au Christ, il ne sera question de rien d’autre que de cet aspect d’une part, ce générant de l’autre (par l’alliage).

Un Bolos de Mende domine tout le 2ème siècle, alors que l’étude mythologique, négligée depuis Platon, se développe par Ennius, Carnéade, Varron, tous inspirés par Bolos. Or, le fondement de l’œuvre de l’alchimiste : la dialectique de la sympathie et de l’antipathie est aussi le fondement de l’œuvre mythologique : la tradition des Sibylles (immémoriale), qui traite uniquement de l’accord et du désaccord entre les divinités. Si l’accord fait la vie, le désaccord fait la mort. Et, de même, des matières inconciliables, ne pourra jamais être obtenue la Pierre Ultime, que le bon alliage seul permet. Comme toutes les grandes légendes — les plus durables — celle des Sibylles témoigne tout à la fois :

a) de la croyance d’une époque,

b) de la volonté de l’universaliser, de l’intemporaliser et d’en faire le contenant de tous les cycles concevables.

Dans l’acception la plus commune, 9 Sibylles se sont succédées, qu’il convient de rattacher aux 9 Muses d’une part, aux 7 sommeils de tous les dieux et, notamment, de la Vierge (Isis ou Ishtar) qu’ont précédés les Deux de l’Unité. Chaque phase couvre les 7 siècles (exactement : 777,6 ans). Au temps du Christ, la 6ème a parlé à Cumes, la 7ème parlera au 7ème siècle : ce sera Fatima, l’initiatrice de l’Islam chiite.

D’autres ont vécu au temps des Perses, au 7ème siècle avant le Christ, au temps d’Orphée, au 15ème siècle, etc.

Mais, dans une autre optique, le symbolisme des Sibylles, au temps du Christ, révèle l’importance croissante de la Femme dans le prophétisme du Poisson et la constitution de l’alchimie. Car une femme est derrière Pythagore (Sapho) ou derrière Socrate et son disciple Platon (Diotime). Au 1er siècle avant J.-C., Marthe, prophétesse de Marius, puis l’alchimiste Marie la juive, et Cléopâtre enfin établissent à elles seules les grandes étapes de l’Œuvre, vers -105, -60, -30. Elles arrachent, à elles trois, l’alchimie des Teintures de son domaine rationnel, qu’elles connaissent mieux que tout autre, pour en faire une quête mythologique, magique et symbolique enfin.

Marthe initie Marius au panthéisme : sous son influence le tyran projette le nouveau Panthéon, qu’Auguste instituera dans sa totalité; il admet la « mort » du Taureau et il exclut le Minotaure des emblèmes (enseignes) romains. Par la prophétesse, la Vierge abandonne l’élément de Terre pour s’intégrer à la 2ème Personne, celle du Bien, où elle devra être la mère du Poisson (Eumolpe ou Sémios).

De Cléopâtre nous connaissons les œuvres, apocryphes ou non.

Entre les deux, l’œuvre de Marie la juive (que les juifs nomment « sœur de Moïse ») est peut-être la plus surprenante, par l’invention des deux alambics : celui qui distille le produit, par l’action de l’eau, le Pélican, et celui qu’on dispose sur le foyer pour que, sous l’action du feu, le produit se transforme, ainsi que la Salamandre ou le Caméléon, en diverses couleurs.

De ces 2 alambics, le premier mot de la technique, surgiront quelque jour les 2 Coupes de Gauvain. Mais aussi, dans le siècle, le double jeu de l’Hermès et de l’Arkhon/aïon, sinon de la matière et de la forme, du genre et de l’espèce, etc., que portent déjà les deux fragments de Cléopâtre.

De Démocrite à Marie la juive, sur plus de trois siècles, sans quitter le plan de la Valeur, les Monnaies ont ouvert aux Sexes, la rationalité à une nouvelle magie.

 

B) Il est plus difficile de dater précisément le terme de l’alchimie. Certains disent qu’elle n’est pas morte, puisque le rêve de « faire de l’or » hante toujours les mythomanes et que des commentateurs — quelquefois de valeur : Julius Evola ou Fulcanelli — en commentent les ouvrages encore. Mais ni la mythomanie ni l’analyse — nécessairement rétrospective — ne peuvent être tenues pour des survivances. Le dernier opérateur, Cyliani, a œuvré autour de 1800 : il était fort âgé (plus de quatre-vingts ans, dit-il) et sa misère, le mépris où l’on tenait son livre, l’échec de ses supplications, tout atteste qu’alors le temps de l’alchimie est à jamais passé.

Il s’est achevé, comme c’est souvent le cas, par l’imposture : d’un Comte de Saint-Germain ou d’un Cagliostro, dans la seconde moitié du 18ème siècle : des dizaines d’œuvriers  disent qu’ils ont fait l’Or, sans le prouver d’aucune manière.

Quant à la théorie, ils répètent celle qui a guidé les alchimistes du 17ème siècle, depuis la publication des Douze Clés jusqu’aux éditions de 1690/1710. Mais, si les œuvres de Marthe, de Marie, de Cléopâtre encore, devaient tout aux Teintures de Démocrite et d’Archimède, elles-mêmes issues de l’antique Métallurgie, celles du 17ème siècle (depuis Philalète) doivent tout — ou presque tout — à la nouvelle Astronomie.

De Kepler à Newton les théories sont telles :

a) Les planètes suivent dans le ciel des parcours réguliers, circulaires pour un Copernic, elliptiques pour un Kepler, autour d’un Centre : le soleil, depuis l’orbite de Mercure jusqu’à celle de Saturne, de la plus petite à la plus grande.

b) Un cercle autre, inconnu, contenant de tous les autres, maintient en cohésion tous les corps qui s’y meuvent et toutes leurs orbites, par la Force que Newton nomme la Gravitation. Ce cercle, des étoiles fixes (ou des constellations) peut être divisé en 12 régions distinctes, de 30 degrés chacune, que les premiers astronomes, de Copernic à Kepler, ne distinguent pas du Zodiaque.

Si dans l’espace cosmique les 7 orbites apparaissent simultanées — comme les reploiements de l’Ouroboros, les stations zodiacales : les 12 heures doubles du Jour, les 12 mois de l’Année, les 12 ères déduites de la 3ème loi de Kepler, se présentent comme successives, dans le Temps. Comme il en fut pour les positionnements des sexes.

Or, si je traite des Sexes, les 4 sont les deux personnages : la Mariée et le Marié et les 2 instances qui les déterminent : la sympathie vers l’union, l’antipathie vers la séparation, comme vers le coucher du soleil, à l’Occident, ou vers son lever, à l’Orient; ou bien de la naissance à la fin de la jeunesse (l’Unité de l’Etre JE) et de cette unité à la vieillesse, etc.

Mais, si je traite de la Monnaie, les 3 sont l’effigie, externe, l’alliage, interne, et les valeurs au centre (bénéfique, maléfique).

Un autre Centre, la « moyenne » s’impose entre le Plein de l’alliage (son unité matérielle) et le Vide de la forme ou de l’effigie (la Forme vide N). Cette moyenne est la moitié de l’ensemble (N+1), n = (N+1)/2 et 2n = N+1.

La double composition du Venin du Serpent, pour Cléopâtre.

D’où les questions :

1) Lequel est l’effigie, du mâle ou de la femelle? Lequel, l’alliage? Pour les disciples du Sexe, le mâle (yang) est interne : il pénètre, et le femelle est externe, pénétrée. Pour les disciples de la Monnaie, l’effigie (yang) est externe, l’alliage (femelle ou yin) est interne.

2) Laquelle est bénéfique, laquelle maléfique, de la sympathie ou de l’antipathie? Pour celui qui se dirige vers l’Ouest, de Bolos à Cléopâtre, de Cléopâtre à Zosime, bénéfique est la sympathie, dont le terme sera l’union des Sexes ou le chevauchement des Unités.

Mais, pour celui qui se dirige vers l’Est, de Ripley aux derniers alchimistes (depuis le Couchant), la sympathie est de moins en moins bénéfique : on la dira magique, affabulée ou rétrograde, occulte, le maléfique de la folie enfin (à partir de 1668). La voie salutaire est, tout à l’inverse, celle de la rationalité, que fondent les principes de la causalité, depuis l’Ua, et de l’identité (le tiers exclu), vers le monde sans dieu, sans unité, de la Forme Vide.

Comment se pourrait-il répondre, tout à la fois, aux deux types de questions? JE le peut-il? Dans le monde de la Raison, qui domine à présent, ce ne sera que par la distinction entre les 2 Raisons, les deux logiques.

Les deux raisons — Nous admettons de nouveau, en ce siècle, ce que le 19ème ignorait — ou commençait à peine de percevoir, par les grands romantiques et les nouveaux symboles (de Baudelaire ou de Nietzsche, de Rimbaud ou de Mallarmé) : il est deux sortes de raisons.

La première, qu’on dira logique, se fonde sur le principe d’identité : A = A’, et sur le principe du « tiers exclu » : si A n’égale pas A’, il l’exclut, je peux l’identifier à non-A’. Strasbourg est en France ou bien en Allemagne, cette heure fut hier lundi ou elle est aujourd’hui mardi. Mais l’objet ne peut être en deux lieux différents, non plus qu’en des temps divers.

Néanmoins, je peux concevoir un univers où la France et l’Allemagne n’existaient pas encore ou n’existeront plus, sans détruire pour autant Strasbourg. Ce pourra être une ville de la Chrétienté, ou d’un pays : l’Alsace, ou de la future Europe. Elle ne sera plus A, en France, sans être pour autant un non-A, en Allemagne : elle sera autre chose.

Nous nommerons cette raison extralogique, supralogique ou autrement, puisqu’elle admettra quelque « tiers inclus ».

Dans le temps, le problème peut apparaitre plus complexe, alors qu’il est du plus simple — ou, du moins, plus évident. Soit une succession de jours, datés du minuit :

Si je date le jour de midi, ainsi que des Sumériens, des Grecs et les Romains l’ont fait, la succession deviendra :

Nous n’aurons que 3 jours complets en ce décompte, là où le premier décompte englobait 4 jours (lundi, mardi, mercredi, jeudi) du 1er minuit au 5ème.

Mais aussi une même heure peut être dans le mardi là, le lundi ici (l’heure de l’aube). Elle n’est plus A, ou pas encore, sans être pour autant non-A.

Or, c’est un système donné (celui des Etats ou celui des jours datés) qui impose la raison logique. Mais si je resitue divers systèmes dans un Ensemble contenant, cette raison ne suffit plus : elle conduit à l’erreur. Une logique supralogique (on dit aussi : métalogique) impose une vision tout autre, qui inclut le tiers.

Mais, c’est précisément cette supralogique qui, de la France et de l’Allemagne, ne fait plus que des 1/2 dans le nouvel Ensemble : le pays ou l’Europe, ou qui exige que le jeu s’exerce sur 2 jours pour appliquer les deux calculs.

Ce partage de l’un (le territoire) ou le doublement de l’un (le jour) justifient le chevauchement de l’Unité/substance : énigme du Graal ou secret de l’alchimie. Ils imposent de tout autres numérations, et c’est ainsi que les Mathématiques modernes, approchant le problème des deux Raisons, qu’elles considèrent comme des cercles tangents/sécants, affirment que le cercle P doit entrecouper moins de la moitié de non-P et englober plus de la moitié de non-P, mais aussi que l’un ne peut être tangent à l’autre en moins de 7 points.

Ce jeu des séquences sur la moyenne (ou sur la moitié plus ou moins) impose le choix des nombres pairs (2, 4, 8, 12) et, finalement celui de toutes les dialectiques et de toutes les séries duodécimales : principes, portes, clés, signes zodiacaux : les sexes de Ripley ou ceux de Cléopâtre, à travers les 12 mois ou par les Eléments (4) que multiplient les trinités.

Ce jeu des tangences, à partir des 7, commande de tout autres ésotérismes, de l’Apocalypse  ou des machines septénaires, mais aussi les schèmes sibyllins ou la machine de Philalète, dont nous devons traiter d’une manière plus précise.

Les sept régimes — L’objet des machines septénaires est toujours un accord, une concordance réelle (ou matérielle) entre les 7 métaux, les 7 planètes, les 7 couleurs ou 7 notes de l’harmonie, etc.

Mais, selon l’époque, ce fut, notablement, entre telle et telle série de 7 :

— les jours de la semaine, entre ces jours et les planètes (lune/lundi, mars/mardi, mercure/mercredi, jupiter/jeudi, vénus/vendredi, saturne/samedi, le Dominus solaire/dimanche),

— les 7 portes des villes antiques, perses ou mèdes, entre les métaux, les couleurs, les astres,

— les 7 volumes parfaits et les planètes, dans l’œuvre de Kepler, etc.

La machine septénaire de Marie la juive n’est pas connue, mais qu’elle jouât des 7, cela n’est pas douteux, puisqu’elle jouait des 2 cercles tangents (les alambics). Au reste, les commentateurs de l’alchimie, aux premiers siècles, tel Pline, suggèrent, s’ils ne l’affirment, les 7 « régimes » : entre les 2 unitaires et le 7ème (la Forme Vide ou la Maison des Morts), il s’agit toujours des 4 œuvres, que symbolisent les 4 animaux ou vivants : le Grain, le Pélican, le Caméléon, le Phénix,  pour la Terre, l’Eau, le Feu et l’Air.

L’alambic distillateur déverse l’eau, comme le Pélican nourrit ses petits de son corps même; l’alambic au foyer fait paraitre les couleurs successives de l’animal changeant, maître du feu. Le grain fut mis en terre, afin de renaître; le Phénix est, en soi, l’ultime révélation, le dernier envol, après le passage au feu, puisque le Phénix renaît de ses cendres (ou des cendres de son prédécesseur). C’est toujours la Machine étudiée chez Attar et chez l’auteur de l’Aurora consurgens :

Les 7 Régimes de Philalète, ainsi, se fondent sur les 4 de Paracelse et de Nuysement (de tous les Rose-Croix), que symbolisent à nouveau le Grain ou l’Œuvre au Noir, le Pélican ou l’Œuvre au Blanc, l’Arc-en-ciel des Couleurs, que porte la Salamandre, et le Phénix à la fin. Mais son livre : L’entrée ouverte au palais fermé du Roi, incorpore les 4 dans les 7, qui assemblent à la fois les travaux et les temps, les planètes, les métaux. La succession en est telle :

Le régime de Mercure : 50 jours de travail sur la « terre première »,

le régime de Saturne : 40 jours de travail sur le plomb,

le régime de Jupiter : 21 jours sur l’étain,

le régime de la Lune : le travail sur l’argent philosophique,

le régime de Vénus : de 10 à 20 jours sur le cuivre,

le régime de Mars : de 40 + 14 = 54 jours sur le fer,

le régime du Soleil : de 14 + 26 + 3 = 43 jours, sur l’Or philosophique.

La figure n’est plus faite des 3 Cercles de l’Ouroboros triple, mais de 3 spirales concentriques :

la 1ère conduit de la plus grande orbite (Saturne) à la plus petite (Mercure), mais elle se remonte à l’inverse, sur 90 jours ou 3 mois : elle n’englobe que le travail sur le minéral brut ou sur le résidu (le relief) de toute l’opération : le plomb; la spirale intermédiaire traverse — en quelque sorte — les orbites moyennes : de la lune, rattachée à l’orbite terrestre, et de Vénus, entre le Soleil et la Terre, dans les orbites (plus grandes que l’orbite terrestre) de Jupiter et de Mars :

Esotériquement, la lune se rattache à l’Eau, Mars au Feu. Vénus est une déesse de Terre, Jupiter est tenu, à l’époque, pour la planète du Verseau (comme l’indiquent, entre autres, les Jovialistes de Nostredame, du génitif : Jovis, jupitérien).

La spirale 3ème, interne, au centre du système, ne peut être que l’orbite solaire, à travers la galaxie.

L’Or/substance, de même, est au cœur d’un système que les 4 Eléments (ou les 4 symboles vivants) projettent jusqu’à l’orbite la plus petite (Mercure) et la plus grande (Saturne), en une autre Unité — de la Forme Vide, alors, puisque le Tout est Un.

En même temps, le travail a porté sur les minéraux d’abord, de la Terre Première à l’Or, par l’étain et l’argent, puis sur les métaux, de l’Or au plomb, par le fer et le cuivre. Les métaux/minéraux tiennent ici la place que Kepler donnait, vers 1600, aux volumes parfaits : les 5 géométriques et les 2 « très étranges » : l’huître et le hérisson : tout dedans ou tout dehors.

Comme les volumes (formels), les 7 matières de Philalète sont les supports d’une harmonie céleste, non distincte de celles des 7 couleurs ou des 7 notes. Car, si les couleurs portent les aspects des 7 minéraux, les notes portent les alliages des 7 métaux forgés par l’homme. Mais, de ces 14, deux sont unis dans l’Or (minéral et métal), deux à jamais distincts (et d’ailleurs inconnus en ce 17ème siècle), et les dix autres, liés aux passages d’une couleur fondamentale à l’autre (bleu, jaune, rouge) ou aux sons, qui se perçoivent et ne sont pas harmoniques.

Depuis toujours (trois mille ans, au moins), ces 14 qui sont 7 étaient déjà connus des hindouistes, dont le Para ou le Temps Suprême est constitué des 7 dans un sens et des 7 dans l’autre.

Quant aux kabbalistes juifs, ils ne traitaient que des 10 centraux, Sephiroth ou nombres, hors des deux indicibles : l’Etre en Soi et le Néant. Ou bien, s’ils figuraient l’En-Soi par les 3 Sephiroth : la Table dans l’Arche dans le Lieu Saint, ils répartissaient les 7 en 3 internes et 4 externes, comme les branches de l’Arbre se distinguent de son tronc.

Or, nul ne doute que l’hindouisme récent et la Kabbale sont aussi — ou peuvent être — des fondements de l’alchimie.

 

Les douze — Il reste qu’au 17ème siècle encore, et peut-être surtout, la majeure partie des alchimistes chrétiens ou islamiques ne jouaient pas des 7 Régimes, ni de l’Ouroboros qu’ils soutendent.

La plus classique des méthodologies œuvrières se référait aux 12 (principes, portes ou clés), nommés dorénavant « opérations ». Dans sa remarquable étude sur les alchimies du passé, Evola rassemble les 12 dans les Quatre Œuvres :

De la Forme Vide à l’Or/substance :

1) L’Œuvre au Noir :

a) la séparation,

b) la putréfaction (nigredo),

c) l’épreuve du vide;

2) l’Œuvre au Blanc :

d) le vol du dragon : Jupiter détrône Saturne,

e) la voie sèche (du Soufre) et la voie humide (du Mercure) : le Lion et le Serpent au carrefour,

f) l’ascèse au blanc ou l’ermitage;

3) l’arc-en-ciel :

g) la voie du souffle et la voie du sang : le Lion est rouge, terme des couleurs,

h) le Cœur ou Re-bis,

i) les dépouillements et les éclipses, comme d’un métal ou d’une note à l’autre,

4) l’œuvre final :

j) les eaux corrosives,

k) l’argent au feu,

l) l’Or/phénix.

Qu’il s’agisse des Régimes (7) ou des Opérations (12), on voit que les deux processus partent de la Forme Vide (la mort) et y reviennent, par la Résurrection. Le chevauchement/renversement se tient au centre : notre planète dans un système, quelque infrarouge dans l’autre. Jouant des notes, Newton situait le Do en cœur (la note la plus grave), mais, d’une manière très différente, il opposait la gamme des couleurs (diurne) à celle des de l’harmonie musicale (nocturne) : c’était, déjà, quêter une correspondance constante entre les deux chemins, par l’étude des longueurs d’onde, vers l’infrarouge depuis l’ultraviolet, et par l’étude des fréquences, depuis le grave jusqu’à l’aigu. Au début du 20ème siècle, cette correspondance, les physiciens la recherchaient encore, par un numéro d’ordre fondé sur la longueur de l’onde et le nombre Pi, d’une part, et, de l’autre, par une constante (h) dans le rapport entre la fréquence et la charge énergétique (le passage passager).

C’est que, depuis le 17ème siècle jusqu’au milieu du 20ème, le dilemme demeure insoluble entre les 7 (4+3) et les 12 (3X4).

Il faudra une science autre, l’Informatique, et une mathématique nouvelle pour traiter du + (ET) et du X (OU) dans un Ensemble globalisant ou recherché comme tel : un algorithme universel, purement formel et monnayable.

L’économiste et le faussaire — Aussi bien Philalète, au 17ème siècle, que Julius Evola, trois siècles plus tard, résument parfaitement, l’un les Régimes, l’autre les Opérations, mais ni Philalète ne fait l’Or, ni Evola ne tente de le faire.

Car, dans les trois siècles qui les séparent, l’Or lui-même a disparu (l’Un ou l’En-soi), au profit de la seule Valeur. Les maîtres du monde ne sont plus les Saints, ni les alchimistes de la Substance, ni les grands symbolistes (scolastiques ou islamiques), ni même les philosophes de la forme et de la matière, de la figure et du mouvement. Ce ne sont plus que des faussaires d’une part (Saint-Germain, Cagliostro), des économistes de l’autre, innombrables de Law à Herbert Simon.

Les faussaires ne manquèrent pas aux premiers siècles, comme en témoignent le traité d’Archimède (-216) et les édits, de la plus grande rigueur, promulgués en la fin du 3ème siècle après J.-C.

Mais ils se fondaient, en quelque sorte, dans la catégorie plus vaste des Teinturiers et Teinturières, dont la teinture en pourpre, en or, était le métier.

De même trouverait-on de nombreuses ressemblances entre l’économiste contemporain et le sophiste ou le technite des premiers siècles.

Mais, sinon chez un Aristote et ses disciples, les Lycéens, on ne trouve l’équivalent de nos théories et de nos principes économistes, dont l’Economie est le métier.

Aux deux métiers : la Teinture, l’Economie, et aux dévoiements parallèles : le Sophisme, la Fausse Monnaie, je ne peux découvrir que cette communauté : la notion de valeur.

Une telle notion ne joue plus de la forme et de la matière, ni même de l’effigie et de l’alliage, en quoi consiste la monnaie. Car elle n’est qu’une forme vide, de toute manière : une semblance ou une théorie. Mais elle ne joue pas davantage du contenant et du contenu, que le mâle pénètre la femelle, le yang le yin, ou que le yang formel recouvre, par l’aspect, le yin purement matériel, du gène ou du génie.

Ce qui contient, maintenant, est le plus grand, le supérieur, le Plus, dont la valeur fait un « profit »; le contenu est le moins grand, ou l’inférieur, dont la valeur fait le Moins ou la « perte ».

Le Plus implique un chevauchement, une « surjection » dans le langage des Mathématiques Modernes; le Moins révèle un manque, une marge, — une « injection » dans le même langage mathématique. Pour le teinturier et pour l’économiste, le choix ne peut porter que sur le +; l’apparence pour l’un, la valeur proposée ou acceptée (d’échange) pour l’autre, mais toujours sur le Profit (une valeur ajoutée, une plus-value).

Le sophiste ou le faux-monnayeur seulement font de cette notion : le profit tout leur système, au point d’éliminer l’autre valeur, de « production ». Il arrivera aussi, chez le sophiste Gorgias ou Marx, que la valeur de production soit considérée comme supérieure ou comme la projection souhaitée. Car toute dialectique — la Valeur en est une — tolère l’inversion : il faudra y revenir.

Mais dans tous les cas, il demeure, pour seule équivalence entre les deux époques, cette Forme Vide, la valeur, dont les dialectiques réelles sont encore à découvrir, hors du contenant et du contenu, hors du discontinu et du continu, hors de l’espèce et du genre enfin — et c’est-à-dire en dehors de toute alchimie.

Quoi d’autre? — Il n’est pas d’autre équivalence entre les temps hellénistiques et ceux que nous achevons de vivre. Où la trouverait-on, en effet?

Ce ne pourrait être que dans la fable, le mythe, ou dans le raisonnement, la science principielle, puisqu’il n’est que ces deux voies pour JE.

Il y a bien longtemps — depuis la scolastique agonisante du 15ème siècle — qu’Aristote n’est plus pris pour modèle de la nouvelle science. Nul ne peut sérieusement comparer le plus naïf de nos économistes au plus complexe des sophistes. Car le 15ème siècle a vu l’invention de la « comptabilité en partie double », bien différente de l’invention de la monnaie, au 7ème siècle avant J.-C., en Lydie.

Car le + ou le – peuvent n’être que le gain ou la perte (au plus court : ce que je ne possédais pas et possède, ou ce que je possédais et ne possède plus). Difficilement, dans les premiers siècles de notre ère, cette notion première, qui fonde la Monnaie, évoluera en celle du Crédit/Débit, dont traitent cinquante écrits gallo-romains. Peu à peu, le Crédit est tenu pour un +, bien que je ne le possède pas, et le Débit pour un -, même si je possède l’objet. Le -, la perte, est absolu, car « ma » tunique s’use, se détériore ou passe de mode, alors que je continue de la devoir. Le +, le profit, ne l’est pas moins, si je sais défendre ma créance, par les armes ou par la loi. Mais l’évolution ne va pas plus loin.

Au contraire, la comptabilité en partie double franchit le pas, le seuil. Le Bilan n’a plus rien à faire de l’antique inventaire, car il se fonde sur une « métalogique », que la logique de l’inventaire ignore. Pour celui-ci, A égale A, il n’égale pas non-A : une chemise présente n’est pas un caleçon absent (si l’inventaire est d’une chemiserie). Mais, dans le bilan, l’absence peut être un profit, dans la colonne de l’Avoir, sous forme d’un crédit, et la présence est une perte, dans la colonne du Dû, sous forme d’un Débit. A la limite, pour Marx, plus le possédant possède (le Capitaliste ou l’Etat souverain), plus il est menacé, en danger de tout perdre; moins le prolétaire, le pauvre travailleur possède de biens, plus il est acculé à la révolte, à la lutte ouvrière, qui lui donnera au-delà de ses espérances.

Les principes qu’impose une comptabilité en partie double ne doivent plus grand-chose à ceux qu’impose l’élémentaire monnaie.

Considérés les mythes, la contradiction entre les deux époques serait plus nette encore.

L’Hermès trois fois maître dominait jadis, et, par lui, une trilogie d’Eau. La trilogie d’Air domine aujourd’hui (la Balance, les Frères, l’Esprit de liberté), dont la formulation date du 18ème siècle et, plus précisément, de la victoire de la Franc-Maçonnerie spéculative sur l’ancienne, opérative (vers 1728), même s’il a fallu 1789 pour imposer la trilogie : Egalité, Fraternité, Liberté.

De 1728 à 1789, les étapes de sa constitution ont d’abord porté des noms d’hommes : Bayle, Fontenelle, Rousseau, Voltaire, Diderot, puis des dates de Convent maçonniques ou celle de la Constitution américaine, sinon celles des inventions d’Uranus ou des frères Montgolfier, Robert, etc.

Le mythe hermétique portait la marque des antiques serviteurs du Taureau moribond : Bérose, puis les oracles, chaldéiques, mithraïques, et finalement celle des Apocalypses, d’Enoch ou d4elie. Mais, dès la mort de Pan, ou le rejet du Minotaure, il sera, hors de toute croyance taurique, l’annonce du 3ème Cabire : le Poisson sauveur.

Les Sibylles et les Teinturières recouvreront leur fonction première : prophétiser — ou faire l’Or.

Le mythe républicain porte la marque des antiques serviteurs du Bélier (des brahmanes ou d’Abraham : Agni, Iahvé) : au 18ème siècle, Baal Schem avait imposé aux juifs ce recours aux Gémeaux, car le Souffle/Balance était leur dieu depuis Abraham : mais le renouveau du Brahmo-Samaj sera plus tardif, de peu. Les interprétations nouvelles de la Kabbale (par la Cabale blanche) seront concomitantes, et, bien sûr, celle des Puritains (tel Anderson, le créateur de la F.-M. spéculative) ou celles de Diderot, de Voltaire, de Saint-Just, de Robespierre, etc.

Nous n’en sommes pas encore au temps de Marius et de Marthe, mais la mort de Jéhovah est déjà proclamée, par les athées de l’Occident ou par le gouvernement laïque d’Israël, comme la mort du Taureau au sang empoisonné l’avait été par les rénovateurs laïques des villes sumériennes : Our, Ourouk et Lagash, en Mésopotamie (-220/-160). Tout le monde sait qu’un jour, la trilogie républicaine, débarrassée de la Justice, ou des lois imposteuses, sera l’un des facteurs, déterminants, du dieu nouveau.

Or, ce dernier renversement — mythique — est tout entier contenu dans le « sommeil » d’un dieu, l’avant-dernier, et dans l’avilissement de son successeur : la Justice (devenue la loi) jadis, l’Amour (devenu la sensiblerie) aujourd’hui. Il s’opère donc au cœur de la Forme Vide, très difficile à définir ou circonscrire si je la date de -710 (l’invention de la Monnaie) ou de 1452 (l’invention de la comptabilité en partie double), c’est-à-dire de la fin d’Israël ou de la fin de Byzance.

Ce même écart, de 2 160 ans (-710/1450) se retrouve entre les débuts de l’alchimie (-360) et sa fin (1800), mais aussi entre 1728 (Law et Anderson) et -432, où un mythologue, Empédocle, formula pour la première fois les notions maîtresses de l’alchimie à venir : la sympathie/l’antipathie.

Qu’est-ce que cet écart immuable — 2 160 ans — au terme d’une évolution/involution qui n’a cessé d’accroître les écarts depuis Etienne : du point de chevauchement (630) aux 2 160 années, précisément?

Ce cycle — immodifiable — ne devra plus rien aux Quêtes du Graal ni aux processus de l’alchimie. Il n’en est pas moins important — essentiel est le mot exact — puisque, de la Machine, il révèle l’Essence, au contraire de la Substance, objet premier des Quêtes et de l’alchimie.

 

L’opposition — Il reste que la notion de Valeur, considérée comme seule équivalence possible entre le temps de Bolos et le nôtre ou celui de Platon et celui de Kant, sur 2 160 ans, ne se laisse plus démontrer par des « objets » communs : nos bilans n’ont que peu à voir avec l’inventaire antique (le Dû inverse de l’Avoir) ou nos 3 d’Air, républicains, avec les 3 d’Eau, hermétiques. Or, lequel a le plus de « valeur », de l’inventaire ou du Bilan? Lequel, du mythe d’Eau ou du mythe d’Air?

Ni le + ni le – ne permettent d’en décider. Tout au plus pourrait-on choisir entre le concret et l’abstrait, en donnant le premier pour le plus valorisant. Mais quel est le plus concret, de l’Air ou de l’Eau? Lequel, de l’Avoir (contre le non-avoir) ou du débit (contre le crédit)? Les valeurs s’opposent, plutôt qu’elles ne lient.

Ni la Substance, l’Essence, ne sont plus éclairantes, que sépare le millénium, ni le genre (sexuel) et l’espèce (monétaire) ne le sont, qui traitent, l’un ou l’autre, de visions différentes — de l’Univers et de JE.

Heidegger a peut-être trouvé les mots (dans son Introduction à la métaphysique) : la Liaison et l’Opposition. Car, si, en son milieu (moyeu de l’œuf), la Liaison s’imposa, le chevauchement, la monture, en l’ouvrage d’Etienne, c’est l’Opposition qu’impose la Forme Vide, entre les Teinturiers faussaires des premiers siècles et les Economistes de notre époque, entre le mythe d’Eau et le mythe d’Air, etc. Un cycle d’activité solaire (12 ans), circonscrivait l’œuvre d’Etienne (la Toussaint, l’achèvement du Coran et le roi fait néant), mais l’ère précessionnelle (2 160 ans) sépare -432 (Empédocle) de 1728 (Rousseau), ou -360 (Platon) de 1800 (Kant) ou Aristote de Hegel, Alexandre de Napoléon, les Stoïciens de -312 des prophètes de 1848, les guerres hellénistiques des guerres contemporaines, la libération de la Grèce, jadis, de celle de l’Islam, aujourd’hui. Etc.

JE dira que la conjugaison de ces évènements témoigne d’autant d’équivalences : au point que tous attendent une Troisième guerre mondiale, définitive, à l’exemple des guerres de -150/-146, qui « liquidèrent » tous les problèmes rationalistes du Deuxième siècle avant J.-C., par la destruction de Carthage (l’U.R.S.S. d’alors), de la confédération des Grecs (les Islamiques d’alors), de toutes les alliances hellénistiques (les petits Etats européens d’alors), etc.

Mais il est plus probable que notre rationalisme — notre Forme Vide — ne se conclura pas sur une Troisième guerre : la pollution, le stress, les nouvelles maladies de notre époque, les tremblements de terre et les incendies — notre Science toujours — en auront raison. Car ce fut la Révolution française qui remplaça le créateur de la Grande Macédoine : Philippe; ou le mythe d’Air le mythe d’Eau; ou le mythe de la Science (hermétique) celui du Roi (léonin). Les mêmes temps, seuls, se renouvellent : ils sont porteurs de croyances autres, contradictoires, opposées.

Je ne peux y voir un peu clair sans traiter de la Forme Vide, du cycle précessionnel, du manège, des mythes, qui s’y déplacent, et de la pendule, au sens inverse, direct, qui s’y retrouve.

Si le lecteur ne veut pas jouer des nombres, qu’il ignore, ni se perdre en des figures trop complexes, mille jeux de mots, en toutes les langues, lui imposeront l’évidence dont il s’agit. Nous en avons cités beaucoup déjà, en langue française : parade, agrégation, gré, relief, monture/mouture, disposition, instance, moyen/moyenne, passages, etc.

La triple évidence de l’Unité (1), de la Forme Vide (N) et de la dialectique des « A » apparaît toute entière en un seul calembour, que tout Français emploie communément : la synonymie « se tirer, se tailler », qui signifie : partir, aller ailleurs, s’évader, s’arracher à.

En cette synonymie, l’objet est le sujet soi-même, l’acteur, qui s’arrache ou se coupe de l’Ensemble précédent : un couple, une famille, une nation, une race. On le nommera le divorcé, le fugueur, l’exilé, le renégat. Mais ce peut être l’amant (d’une autre femme), l’aventurier, le poète, le citoyen du monde, le prophète d’une autre religion, etc.

Si je traite de l’objet en soi, je dirai que je le tire ou que je le taille. Ces mots sont homonymiques. S’ils signifient tous deux l’arrachement, la coupe, l’un (la taille) signifie plus spécialement la coupe; l’autre, l’arrachement. Je tire l’objet hors d’un contenant, comme la pierre hors de sa cache, son enracinement dans sa carrière — pour en révéler toutes les faces ou phases.

Ce re-tirement (ou ce tirage, car il s’agit aussi d’un risque, d’une loterie) reconduit l’objet à son Unité/totalité, son Um.

Je taille l’objet quand je le partage (par la Croix ou le Tailloir) et c’est pour découvrir tous les feuillets du Bloc, que le joint camouflait. Mais je le taille aussi quand je le réduis à la monture de l’orfèvre, dans l’Un, Ua dès lors.

Le retirement, dans l’Un, n’est pas le tirage, des profits ou des pertes, dans le manège de la F.V. La taille du Tailloir, dans la F.V., n’est pas toujours le tire-bouchon qui fait le retirement (le débouchage) et la vis qui fait le tirage : dans le sens de Gauvain, des Teinturiers antiques, de l’orient au couchant. Et ce sont les Ciseaux qui font la taille, la partition, dans le sens de Galaad ou du principe, de l’ouest à l’est.

Mais il se trouve qu’en leur histoire (la succession de leurs homonymies), les deux vocables disent l’inverse.

Ces homonymats approchent la douzaine.

A) La taille s’oppose à l’estoc, comme le tranchant de l’épée à sa pointe.

C’est une coupe ou une réduction, un affinement (la taille d’un crayon).

C’est donc un partage, une distribution (des cartes, en qualité de banquier).

Cette PARTITION dut en être deux, d’abord (par la diagonale, dans l’écu).

Le mot devint donc, très vite, synonyme d’ouverture : on taille dans une forêt pour s’y faire un chemin. Il garde encore ce sens en chirurgie : l’ouverture de la vessie.

Mais, très vite, il exprime l’idée de forme, ou plutôt de Figure : la taille de l’habit est cette apparence. Ce fut même l’estampe, en taille douce, et c’est toujours la dimension, la longueur d’un animal, d’un homme…

Et, donc, la conservation (l’ensemble souche/échantillon qu’on partageait entre l’acheteur et le vendeur, des marques y indiquant ce qui restait dû).

Plus que la maintenance, le renouveau, la repousse du bois coupé : une taille de deux ans.

En l’Un, ce qui demeure devient une charge : l’impôt dont on grève le roturier, le jaque. Ou la note la plus proche du Do : la plus grave (une basse-taille).

De la F.V. à l’Un, de l’essence à la substance, en diverses pulsions. La voie de Gauvain.

B) On tire de et par l’estoc, la pointe (qui fut, d’abord, une souche d’arbre).

Contre l’idée de partition, je trouve ici, d’abord, l’idée de PARTURITION. On tire pour extraire du sol, pour faire sortir (le vin), ou l’avenir du passé (les sorts, une loterie).

A l’idée de réduction, aussi, s’oppose l’idée d’allongement (on tend un fil quand on le tire, ou l’on tire le rideau). Le mot peut dire : tracer, alors : on tire une ligne.

Le tirage laisse une trace, un relief, un vestige, depuis le passé. Il imprime (par la presse), quand la taille exprimait. En cela, il rassemble, enfonce dans les flots (le tirant d’un navire). Il ferme (tirer la porte, ou le verrou), alors que la taille ouvrait.

D’une manière plus générale, le mot porte l’idée de Mouvement contre la figure de la Taille. Tirer, toujours, est « faire mouvoir », vers soi — exercer une traction. D’où, l’autre sens de tirage : une difficulté, à laquelle doit répondre un certain effort. Parturition, fermeture, mouvement, le Tirage devrait porter le sens de l’ouest vers l’est. Il ne le porte pas, mais il joue aussi de l’ascensionnel, vers la combustion (le tirage dans la cheminée) qui est le sens de la Quête de Galaad d’une part, et du principe de l’autre.

De l’extraction du sol ou de la bouteille, c’est bien de l’Un vers la Forme Vide (la combustion, l’extinction des feux) que porte le tirage, de la loterie, en la cheminée — le simple tir du canon, du fusil, au fleuret. Au terme, quoi?

Etrangement, les sens modernes du mot : sa couleur tire vers le roux, tirer le portrait jouent de la ressemblance, de la même chose dans l’autre, par réflexion, contre le projet de la taille : la chose même autrement (par réfraction).

Qu’est donc cette Forme Vide, le point de départ de la Taille, le point d’arrivée du Tirage, contre toute logique?

 

Jean-Charles Pichon

 

L’opposition — Il reste que la notion de Valeur, considérée comme seule équivalence possible entre le temps de Bolos et le nôtre ou celui de Platon et celui de Kant, sur 2 160 ans, ne se laisse plus démontrer par des « objets » communs : nos bilans n’ont que peu à voir avec l’inventaire antique (le Dû inverse de l’Avoir) ou nos 3 d’Air, républicains, avec les 3 d’Eau, hermétiques. Or, lequel a le plus de « valeur », de l’inventaire ou du Bilan? Lequel, du mythe d’Eau ou du mythe d’Air?

Ni le + ni le – ne permettent d’en décider. Tout au plus pourrait-on choisir entre le concret et l’abstrait, en donnant le premier pour le plus valorisant. Mais quel est le plus concret, de l’Air ou de l’Eau? Lequel, de l’Avoir (contre le non-avoir) ou du débit (contre le crédit)? Les valeurs s’opposent, plutôt qu’elles ne lient.

Ni la Substance, l’Essence, ne sont plus éclairantes, que sépare le millénium, ni le genre (sexuel) et l’espèce (monétaire) ne le sont, qui traitent, l’un ou l’autre, de visions différentes — de l’Univers et de JE.

Heidegger a peut-être trouvé les mots (dans son Introduction à la métaphysique) : la Liaison et l’Opposition. Car, si, en son milieu (moyeu de l’œuf), la Liaison s’imposa, le chevauchement, la monture, en l’ouvrage d’Etienne, c’est l’Opposition qu’impose la Forme Vide, entre les Teinturiers faussaires des premiers siècles et les Economistes de notre époque, entre le mythe d’Eau et le mythe d’Air, etc. Un cycle d’activité solaire (12 ans), circonscrivait l’œuvre d’Etienne (la Toussaint, l’achèvement du Coran et le roi fait néant), mais l’ère précessionnelle (2 160 ans) sépare -432 (Empédocle) de 1728 (Rousseau), ou -360 (Platon) de 1800 (Kant) ou Aristote de Hegel, Alexandre de Napoléon, les Stoïciens de -312 des prophètes de 1848, les guerres hellénistiques des guerres contemporaines, la libération de la Grèce, jadis, de celle de l’Islam, aujourd’hui. Etc.

JE dira que la conjugaison de ces évènements témoigne d’autant d’équivalences : au point que tous attendent une Troisième guerre mondiale, définitive, à l’exemple des guerres de -150/-146, qui « liquidèrent » tous les problèmes rationalistes du Deuxième siècle avant J.-C., par la destruction de Carthage (l’U.R.S.S. d’alors), de la confédération des Grecs (les Islamiques d’alors), de toutes les alliances hellénistiques (les petits Etats européens d’alors), etc.

Mais il est plus probable que notre rationalisme — notre Forme Vide — ne se conclura pas sur une Troisième guerre : la pollution, le stress, les nouvelles maladies de notre époque, les tremblements de terre et les incendies — notre Science toujours — en auront raison. Car ce fut la Révolution française qui remplaça le créateur de la Grande Macédoine : Philippe; ou le mythe d’Air le mythe d’Eau; ou le mythe de la Science (hermétique) celui du Roi (léonin). Les mêmes temps, seuls, se renouvellent : ils sont porteurs de croyances autres, contradictoires, opposées.

Je ne peux y voir un peu clair sans traiter de la Forme Vide, du cycle précessionnel, du manège, des mythes, qui s’y déplacent, et de la pendule, au sens inverse, direct, qui s’y retrouve.

Si le lecteur ne veut pas jouer des nombres, qu’il ignore, ni se perdre en des figures trop complexes, mille jeux de mots, en toutes les langues, lui imposeront l’évidence dont il s’agit. Nous en avons cités beaucoup déjà, en langue française : parade, agrégation, gré, relief, monture/mouture, disposition, instance, moyen/moyenne, passages, etc.

La triple évidence de l’Unité (1), de la Forme Vide (N) et de la dialectique des « A » apparaît toute entière en un seul calembour, que tout Français emploie communément : la synonymie « se tirer, se tailler », qui signifie : partir, aller ailleurs, s’évader, s’arracher à.

En cette synonymie, l’objet est le sujet soi-même, l’acteur, qui s’arrache ou se coupe de l’Ensemble précédent : un couple, une famille, une nation, une race. On le nommera le divorcé, le fugueur, l’exilé, le renégat. Mais ce peut être l’amant (d’une autre femme), l’aventurier, le poète, le citoyen du monde, le prophète d’une autre religion, etc.

Si je traite de l’objet en soi, je dirai que je le tire ou que je le taille. Ces mots sont homonymiques. S’ils signifient tous deux l’arrachement, la coupe, l’un (la taille) signifie plus spécialement la coupe; l’autre, l’arrachement. Je tire l’objet hors d’un contenant, comme la pierre hors de sa cache, son enracinement dans sa carrière — pour en révéler toutes les faces ou phases.

Ce re-tirement (ou ce tirage, car il s’agit aussi d’un risque, d’une loterie) reconduit l’objet à son Unité/totalité, son Um.

Je taille l’objet quand je le partage (par la Croix ou le Tailloir) et c’est pour découvrir tous les feuillets du Bloc, que le joint camouflait. Mais je le taille aussi quand je le réduis à la monture de l’orfèvre, dans l’Un, Ua dès lors.

Le retirement, dans l’Un, n’est pas le tirage, des profits ou des pertes, dans le manège de la F.V. La taille du Tailloir, dans la F.V., n’est pas toujours le tire-bouchon qui fait le retirement (le débouchage) et la vis qui fait le tirage : dans le sens de Gauvain, des Teinturiers antiques, de l’orient au couchant. Et ce sont les Ciseaux qui font la taille, la partition, dans le sens de Galaad ou du principe, de l’ouest à l’est.

Mais il se trouve qu’en leur histoire (la succession de leurs homonymies), les deux vocables disent l’inverse.

Ces homonymats approchent la douzaine.

A) La taille s’oppose à l’estoc, comme le tranchant de l’épée à sa pointe.

C’est une coupe ou une réduction, un affinement (la taille d’un crayon).

C’est donc un partage, une distribution (des cartes, en qualité de banquier).

Cette PARTITION dut en être deux, d’abord (par la diagonale, dans l’écu).

Le mot devint donc, très vite, synonyme d’ouverture : on taille dans une forêt pour s’y faire un chemin. Il garde encore ce sens en chirurgie : l’ouverture de la vessie.

Mais, très vite, il exprime l’idée de forme, ou plutôt de Figure : la taille de l’habit est cette apparence. Ce fut même l’estampe, en taille douce, et c’est toujours la dimension, la longueur d’un animal, d’un homme…

Et, donc, la conservation (l’ensemble souche/échantillon qu’on partageait entre l’acheteur et le vendeur, des marques y indiquant ce qui restait dû).

Plus que la maintenance, le renouveau, la repousse du bois coupé : une taille de deux ans.

En l’Un, ce qui demeure devient une charge : l’impôt dont on grève le roturier, le jaque. Ou la note la plus proche du Do : la plus grave (une basse-taille).

De la F.V. à l’Un, de l’essence à la substance, en diverses pulsions. La voie de Gauvain.

B) On tire de et par l’estoc, la pointe (qui fut, d’abord, une souche d’arbre).

Contre l’idée de partition, je trouve ici, d’abord, l’idée de PARTURITION. On tire pour extraire du sol, pour faire sortir (le vin), ou l’avenir du passé (les sorts, une loterie).

A l’idée de réduction, aussi, s’oppose l’idée d’allongement (on tend un fil quand on le tire, ou l’on tire le rideau). Le mot peut dire : tracer, alors : on tire une ligne.

Le tirage laisse une trace, un relief, un vestige, depuis le passé. Il imprime (par la presse), quand la taille exprimait. En cela, il rassemble, enfonce dans les flots (le tirant d’un navire). Il ferme (tirer la porte, ou le verrou), alors que la taille ouvrait.

D’une manière plus générale, le mot porte l’idée de Mouvement contre la figure de la Taille. Tirer, toujours, est « faire mouvoir », vers soi — exercer une traction. D’où, l’autre sens de tirage : une difficulté, à laquelle doit répondre un certain effort. Parturition, fermeture, mouvement, le Tirage devrait porter le sens de l’ouest vers l’est. Il ne le porte pas, mais il joue aussi de l’ascensionnel, vers la combustion (le tirage dans la cheminée) qui est le sens de la Quête de Galaad d’une part, et du principe de l’autre.

De l’extraction du sol ou de la bouteille, c’est bien de l’Un vers la Forme Vide (la combustion, l’extinction des feux) que porte le tirage, de la loterie, en la cheminée — le simple tir du canon, du fusil, au fleuret. Au terme, quoi?

Etrangement, les sens modernes du mot : sa couleur tire vers le roux, tirer le portrait jouent de la ressemblance, de la même chose dans l’autre, par réflexion, contre le projet de la taille : la chose même autrement (par réfraction).

Qu’est donc cette Forme Vide, le point de départ de la Taille, le point d’arrivée du Tirage, contre toute logique?

Jean-Charles Pichon

Illustration Pierre-Jean Debenat

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