L’ENIGME – Premier livre : Le Plan

« L’énigme » est un des livres de la somme que Jean-Charles Pichon a intitulée « Le rire du Verseau ».  Par la traque du sens – ou des sens – des mots, il cherche à cerner la notion de « réel ». Il fait référence à des textes antérieurs, tels que « Du nouveau chez les Gémeaux », ou « Un handicapé gare de Nantes », qui sont encore inédits. Mais ceci n’empêche pas de saisir sa démarche, toujours aussi rigoureuse.

Pierre-Jean Debenat

 

L’ENIGME

 

Du hasard ou du raisonnement, de la

considération, de la démonstration,

qu’est-ce qui permet de la résoudre ?

Ou bien y faudrait-il un 3ème  élément

ou un 3ème facteur, quelque trilogie ou

doxa que je pourrais tout à la fois

considérer et démontrer ?

Oedipe et le Sphinx Musée du Vatican

Oedipe et le Sphinx
Musée du Vatican

 

Premier livre :

LE PLAN

Pendant les 9/10 de ma vie adulte (quelque soixante années), c’est-à-dire de 1940 à 1994 plus ou moins, j’ai voulu dire le réel, ainsi que tous les quêteurs, petits ou grands, avant moi. Dans le dernier 1/10 seulement, j’ai renoncé à la quête au profit de l’invention, de la chose non dite, par un labeur patient et hasardeux de fourmi plutôt que par l’œuvre maîtresse du poète inspiré (je suis trop vieux pour cela). Mais, hier encore, j’ignorais le sens précis des mots que j’employais : le réel, la chose.

Comme toujours, le sens est à l’origine, dès l’invention du mot. « Chose » traduit le latin : res. Les deux vocables expriment une singularité ou une limitation. La chose est une, elle se limite à ou se distingue de ce qu’elle n’est pas. Qu’il s’agisse d’un vase de nuit ou de la République Romaine (Res publica). Quand les saintes du Moyen Age, vers 1080, créent le mot : réel, elles entendent dire tout l’inverse : ce qui n’est pas singulier et n’a pas de limite. Une pluralité insaisissable.

Sur 2000 ans comme sur sa vie adulte JE, il semble bien que l’humanité rêve du réel pendant 1800 ans, puis le quête, puis se désespère de ne pas le saisir dans le même temps. Elle n’entreprend de construire la chose que dans les deux siècles qui lui restent. Une autre vieillesse ? Peut-être.

Mais, bien sûr, ce n’est pas si simple, ni si clair. La République romaine a duré plus de deux siècles, et la vieillesse de JE ne débute pas à l’âge de 74 ans. Le désespoir de ne pas appréhender le réel s’est bien doublé déjà d’une nostalgie de la chose qu’en la fin de sa jeunesse, l’adulte avait cru saisir quelquefois.

Puis, au milieu de la quête, entre l’acharnement et le déclin, le réel a pu être appréhendé, non sans appréhension. Je crois qu’il l’est toujours en courte apogée que le déclin suivra. JE date ce retournement de la cinquantième année : autour de 1968, en ce qui me concerne. Notre dernière humanité la datera de Charlemagne, d’Al Rachid et d’Irène.

Pour ne dire que les 9/10 ainsi, ils ne se présentent pas comme homogènes. Un premier tiers (3/10) porte la nostalgie de la chose en même temps que le rêve d’étreindre le réel. En A.

Un deuxième tiers, en B, contient pleinement non seulement la Quête mais une chose réelle qui n’est autre que le réel enfin chosifié.

Une troisième durée, la plus longue des trois, en C, contient tout à la fois la tristesse de l’exil, des efforts pour y remédier et le désespoir de n’y parvenir.

Une étude poussée de la trilogie y révèle bientôt d’autres phases.

Sur 20 ans le jeune adulte ou sur cinq siècles la jeune humanité se sont effrayés d’abord de l’obscurité de l’énigme, de l’ampleur de la quête, en A1.

En A2, « s’y mettant » ils se sont rassurés : ils y voyaient un peu et des forces leur venaient, ils ne savaient trop d’où.

B ne peut être qu’unique, dans l’assumation de la dualité, mais c’est une plénitude en même temps qu’un joint. Sur 10 ans ou 2 siècles.

C se scinde de nouveau : par l’espoir de remédier au manque et d’en comprendre la raison, puis par les mille tentatives, approximations, rechutes et malséances surgies du désespoir. En C1, puis C2, en quelque sorte, sur les derniers 30 ans ou les derniers dix siècles (plus ou moins).

Tel est le premier sommaire que ma propre quête m’a permis de construire et que notre humanité, péniblement, peut établir — établira sans doute dans les 30 ans à venir.

Car ce sommaire n’est qu’un Plan, le plan d’une île ou d’une gare, tiré de quelque passé, de l’abondance des souvenirs. Il ne sera tiré, construit, qu’un certain temps après la fin de la quête, presque au terme de l’œuvre qui la suit. N’est-il pas même, seulement, le produit de celle-ci ? Nous approfondirons cette question plus tard, quand nous traiterons de l’œuvre.

Pour l’instant dressons le premier sommaire.

I — Le premier sommaire

A — Le réel et la chose

1) De gré ou de force, le jeune adulte a pris conscience du dilemme. Il doit choisir entre le réel et la chose, ou, plus exactement, entre les 2 démarches : de la chose au réel, du singulier au pluriel : une quantification, ou du réel à quelque chose, simplement nostalgique encore : la chose qui fut réelle en sa première enfance : une réalité qui ne lui est plus qu’un rêve, comme Edgar Poe l’a dit et répété.

C’est alors que le jeune choisit. Au plus court d’entrer dans la société et d’y réussir, ou de se retirer dans sa tour d’ivoire et de s’y accomplir. Faut-il vivre dans le souvenir ou s’en arracher ? Le jeune ne peut pas choisir, si bien que certains feront un choix, certains l’autre. Tels, les chrétiens et les bouddhistes pendant trois siècles ou guère moins. Le chrétien parle d’hermétisme ou de catholicisme, le bouddhiste de Voie Etroite et de Grande Voie.

Deux millénaires plus tôt, pour une tout autre humanité, ç’avait été les Deux Chemins, ou la voie de Feu, d’Agni, de Iahvé, et la voie de la Voix, du Mana, d’Elohim ou d’Amon, bien avant que Ram se fasse Brahma ou Abram Abraham, les unificateurs des Deux Chemins.

Les deux premiers héros sont encore de l’enfance : l’adolescent en porte la nostalgie (en rêve) ; mais de combien ont-ils précédé le dieu nouveau ? On ignore quel temps sépara le Ram du brahmane, mais la Bible situe dans la vie d’un seul homme le passage d’Abram à l’Unificateur.

Plus proche de nous le deuxième passage, historiquement, aurait exigé quatre siècles, du Bouddha Gautama ou du Jésus du Temple et de la « Sagesse » au Çakya Mouni de la Grande Voie, au Jésus des Evangiles.

La contradiction déconcerte. Mais, de fait, c’est dans l’année ou par un rite (d’initiation) que la puberté survient, alors que 10 années ou plus ont porté les contes de l’enfance, dont le pubère nourrit ses rêves. Le jeune adulte prolonge seulement l’adolescent, en un monde autre, où le temps mesuré par l’adulte en jours n’est plus le temps de l’enfant, mesuré en secondes, puis en minutes.

2) Brusquement, le Brahma ou Abraham sont là ; le Bouddha Caritas ou le Christ. Le jeune adulte n’a plus rien de l’enfant : il croit savoir ce qu’il veut, ce qu’il a choisi. Mais c’est pour l’un la vie retraite du créateur, pour l’autre la vie commune vers la satisfaction par la consommation. Le partage décisif commence au terme du choix ; il se confond avec toute adultarité.

Ici encore, un doute subsiste, qui prolonge le précédent. Si le partage porte sur les 2 objets : la Terre Promise ou l’Arche, l’Or ou le Graal, l’un des objets précède l’autre de 4 siècles.

Les mondes de Ram, déjà, œuvraient pour l’obtention d’une terre promise, mais ce furent les Sémites d’Abraham qui quêtèrent l’Alliance — une nouvelle Arche, qui ne leur sera donnée que six siècles plus tard (cinq siècles après Jacob).

Les juifs exclus du Temple et de la Ville ou les esclaves hellénistiques commencent de faire de l’or (ou sa semblance) dès 400 avant J.-C. Mais, avant le Christ qui a songé au Sang Réal ? Pourtant, ici encore, le Graal ne sera entrevu (par Gauvain) que six siècles après la Passion (cinq siècles après Jean).

Si bien que la création de la Terre Promise ou celle de l’Or empliront tout un millénaire, quand l’histoire de l’Alliance par une autre Arche celle du Graal n’empliront que la moitié de ce temps.

Comme de -2500 à -1500, ou de -350 à 650, les unes ; de -2030 (selon la tradition) à -1430, ou du 1er  siècle au 7ème les autres.

B — La chose réalisée ou le réel chosifié

Quelque part, dans la vie de JE, loin de l’enfance et de l’adolescence, non moins de la vieillesse (pense JE), un âge survient que les Bantous figurent par l’Arbre au milieu du village, à mi-chemin de la naissance et de la mort. Le métier est acquis, le succès obtenu ; l’acquis rassure l’avide, le succès justifie le créateur. L’épouse et les enfants sont là, même si les parents et des amis sont morts. La maison est achetée, payée ; une bonne partie de l’œuvre est terminée.

L’un jouit de ce repos, l’autre y voit une relance. Cela dure 5 ou 6 ans dans la vie d’un individu, à peine plus de 2 siècles dans le temps d’une Ere précessionnelle : de Moïse à Samuel le temps des Juges, de Charlemagne au Xème siècle le temps des Saints.

La marque de ce temps ? L’Arche d’Alliance y est présente, au cœur de la Terre Promise. Le Graal est bu partout, alors que l’Or livre son secret : l’accord, l’union, de la forme et de la matière, des espèces et du genre, un secret pressenti dès 620 ou 630 (par Mahomet, le conférencier Etienne), et que les occultations islamiques achèveront au Xème siècle.

En dire plus serait impossible. Au cœur de sa vie JE ne s’analyse pas. Des 2 ou 3 siècles que reste-t-il, sinon le Livre des Juges ou les œuvres védiques (très peu en elles), les vies des Saints, quelques unes, ou quelques hymnes chrétiennes, bouddhiques. Plus rarement le « livre de raison » d’un meunier, qui n’en dit que la fin. Toutes les vies de Charlemagne et tous les contes, chinois ou islamiques relatifs à cette période seront rejetés par la Raison comme légendaires. Car la Raison, ici, n’a guère son mot à dire.

Le Temps de la Merveille, du Prodige, du Miracle ? C’est selon les dires, mais il fut, car on l’espéra pendant des siècles ; pendant des siècles on le pleurera.

Justifié, l’homme de l’œuvre commence vraiment d’œuvrer. Rassuré, l’homme de la Quête s’apaise, ayant trouvé. Car le monde n’est plus qu’un ensemble de tribus, de clans (les villes n’existent plus) ou de fiefs (il n’y a plus de royaume), mais cet ensemble est réellement un Tout. La joie de l’Indien ne se distingue plus de celle de l’Hébreu, ni la joie du chrétien de celle du bouddhiste. Al Rachid a fait remettre à Charlemagne les clés de la Jérusalem Nouvelle, comme, deux mille ans plus tôt, les Clans de la Salette en Chine n’étaient pas autres que les Tribus hébraïques. On dira que les brahmanes ignoraient l’Arche, mais ils ne vivaient que de l’Alliance. On dira que les Orientaux n’avaient pas le Graal, mais les bouddhistes de la voie de Diamant se nourrissaient aussi du Bouddha de Charité. Si les chrétiens laissaient ouvert dans les murs de l’Eglise romane le vide où se déposait l’hostie, pour que le païen en ait sa part, l’Orient comme l’Occident admettaient que la liquidation — l’aumône universelle — succédât au commerce et que les biens invendus fussent distribués à tous… Il faudra la toute fin du IXème siècle pour qu’on condamne à une peine effroyable le juge qui refuse de juger, en même temps que l’ordalie (le choix de Dieu) devienne de plus en plus cruelle : non plus le jeu des bras en croix (celui qui gardait cette position le plus longtemps était l’Elu ou l’Innocent), mais le duel, puis le supplice.

Quand ce temps s’est achevé, que faire d’autre que le pleurer ?

C — Le déclin

L’apogée atteinte (qui n’est rien que le Centre, horizontalement), débute la chute.

Elle dure le même temps que la formulation : mille ans pour la perte de la Terre Promise ou pour l’Alchimie, moitié moins pour la subsistance de l’Arche ou du Graal.

Les derniers écrits relatifs à l’Arche nous reportent en 900 avant J.-C. (la mort de Salomon), relatifs au Graal vers 1260. Ce sera notre 4ème période (C4).

Les écrits relatifs à la Terre Promise nous reportent entre -432 et -360 ; relatifs à l’alchimie de l’Or vers 1728/1800 (C5).

4) L’adulte quête encore, dans le passé ; il œuvre à tout hasard. Ce temps pourrait se nommer celui des schismes, entre les Reines et les Rois, les Chevaliers ou les Scolastiques, jusque vers – 700 ou vers 1460 : la fin d’Israël se date de -712, la fin de Byzance de 1453.

Le temps de la nostalgie s’achève là. Il ne sera plus du tout question de l’Arche ou du Graal. Impuissante l’une ou vide l’autre depuis quatre siècles, perdus tous deux depuis deux siècles déjà.

Cette seconde maturité de JE, dans le déclin, occupera les 20 ans que l’un prendra de 40 à 60 ans, l’autre de 50 à 70. L’éloignement ou le décès de l’épouse, sinon des derniers amis ; l’éloignement des enfants ; la ruine des espoirs, le démembrement des biens, ou pire : la conscience soudaine de la vanité de tout cela…

Le temps d’un autre choix, en somme : se cramponner à l’inutile, au superflu ou en faire son deuil, en même temps que supporter les deuils qui abondent en ce temps.

Qu’ils soient prophètes juifs ou chrétiens nostalgiques, combien de vieillissants, au-delà de la maturité, pleurent sans fin en ce temps ! Les uns par nostalgie, les autres par impatience !

5) La dernière partie du déclin est sans doute la plus difficile à dater avec précision. Car un fait prodigieux — sur moins d’un siècle — a distingué A1 de A2 : l’incarnation du Dieu nouveau dans une nouvelle humanité, par la Vocation d’Abraham ou la Passion du Christ (la puberté sur une année ou deux).

B3 s’est isolé du Temps et de l’Espace, instantané ensemble qu’universel. L’absence même d’une histoire et d’une topologie précise — car tout a lieu dans ce lieu auquel la Raison n’accède pas — fait de ce temps une île qui serait une gare, d’où JE peut bien sortir, mais pour entrer dans quoi ? L’île est déjà dans une mer, un lac ; la gare est dans la ville. Sortir de l’une ne fait pas entrer dans l’autre. Au contraire nul évènement miraculeux ne sépare C4 de C5. Pour dater le passage, l’individu ou l’Homme (JE) doit privilégier un évènement très rationnel : l’abandon d’une cité (Byzance ou Israël), sinon un fait social déterminé : l’abandon de la vie active, la mise à la retraite.

Illustration Pierre-Jean Debenat

Illustration Pierre-Jean Debenat

 

Puis, cette retraite n’est pas considérée comme un exil, une amplitude du déclin. L’histoire dit une Renaissance : elle est indiscutable, bien qu’elle soit brève. JE a renoncé le dieu qui l’habitait, cette liberté d’abord enchante. Il faudra la fin de Juda, la captivité de Babylone, la fausse reconstruction du Temple, puis l’avènement de la Macédoine et ses conquêtes, pour que l’abîmation révèle son ampleur. Ou, 21 siècles plus tard, la fin de la chrétienté, le recours au dieu des juifs, puis la Terreur, Napoléon, la grandeur soudaine de la France… Dans les deux cas, l’échec de la religion dominante sous l’impact des grandes hérésies, de Gazirim, des Pharisiens et de leurs anges (chérubins) et de vingt sectes, ou du protestantisme et de cent sectes aussi, contre le judaïsme d’Esdras ou le catholicisme de Trente, dégénérés.

Mais c’est du milieu même de cet effondrement que la Raison s’impose, triomphe et balaie le 1er sommaire pour en établir un tout autre.

Car, vers 360 avant J.-C. ou vers les années 1800, tout est fini de l’ancien monde, le monde de la Foi. L’abandon du rêve de la Terre Promise a succédé au renoncement à l’Arche ; la fin de l’alchimie (et la juste notion de l’Or) complète l’abandon du Graal. Pour les siècles à venir — les uns diront 4 et les autres 3 — il ne restera plus — hors du réel et de la chose — que l’emploi que l’emploi qu’on lui consent, les moyens dont il use. Hors de la Quête et de l’Œuvre, quoi donc ? Le spectacle et la vie.

Aux plans de l’île ou de la gare, désormais sans objet succèderont d’autres plans, tirés sur la comète, d’autres sommaires, où l’emploi et le moyen remplaceront les Deux Voies du réel à la chose et de la chose au réel.

Avant de passer à ces autres plans, ces autres sommaires, JE ne peut que considérer ceux qu’il a établis.

Le Plan :

ENIGME001

en sachant que le schéma vaudrait pour la datation de l’Ere précédente, en jouant de la Terre Promise et de l’Arche.

Le sommaire :

A) Le réel et la chose

1) avant la puberté.

2) après la puberté.

B ou 3 — la jonction entre les disjonctions, la plénitude entre le remplissage et la vidange.

C

4) l’éloignement du dieu, le désespoir et les fléaux ;

5) le refus du dieu et le triomphe de la raison : le vieillard en enfance.

Sur les 2160 ans l’ensemble (l’Œuvre),

Sur les 1260, de la première quête à la dernière : A2, B3, C4.

Ce faisant et lisant, j’ai dit la Gare pour l’handicapé : ses quais, ses voies dans le visible, ses souterrains dans l’invisible, mais aussi le passage et le passager. Ou bien j’ai dit l’Ile, que la lettre précède et suit : le cryptogramme pour y atteindre, pour atteindre à l’Ile au Trésor ; la lettre dans la bouteille pour tenter d’en sortir. Le cryptogramme fut écrit par quelqu’un d’autre ; la lettre dans la bouteille l’est par le naufragé, JE.

Mais, dans l’Ile, que furent le plan et le sommaire ?

Tout est à reconsidérer.

II — Le deuxième sommaire

 

Si opposées qu’elles soient au premier regard, l’œuvre et la quête au second présentent évidemment ce caractère commun : elles tendent à chosifier le réel, à le rendre individuel et limité. Topologiquement et temporellement, ce caractère commun s’offrira comme un Point au double sommet des triangles opposés de Yeats, ouvert à l’occident le premier, à l’orient le second.

Mais, qu’il s’agisse de la Terre Promise ou de l’Or, de l’Arche ou du Graal, la chose demeure singulière et limitée, sans que sa limitation et son étrangeté m’assurent qu’elle soit réelle… De fait, la Terre Promise un jour se morcelle, en domaine d’Israël et domaine de Juda. Elle ne se laisse plus réunir, de même que l’Or au-delà du point où le genre et l’espèce, la matière et la forme le constituèrent ensemble.

Quelque part mais plus rapidement, l’Arche a disparu, sans doute vidée de sa puissance ; avant de disparaître, le Vase a été vidé du Sang. Quelque combat toujours précède la catastrophe : David arrache l’Arche à la tribu de Benjamin, ou le quêteur frustré, Lancelot, tue Gauvain, le 1er quêteur.

C’est alors que, privés de l’Objet sacré, les Tribus et les Chevaliers perdent leurs rôles de rassembleurs et de mainteneurs ; ils laissent la Terre se partager ou le général et le particulier, le Corps et les espèces se partager de même, jusqu’à l’isolement du génie, l’abstraction de la spéculation. Reines ou rois sans pouvoir réel, scolastiques sans savoir réel, tribus et chevaliers s’en remettent à des prêtres, à leur réalité factice pour conserver du moins l’illusion d’un Réel qu’ils diront éternel et infini.

Ils diront aussi qu’ils œuvrent ou quêtent encore, par quelque liturgie, quelque théologie. Mais tout au plus peut-on prétendre qu’ils vivent encore — dans l’attente de la mort — et montent des spectacles dans l’espoir d’un public et de sa foule.

Sans doute la Terre Promise et l’Or ont rassemblé des foules, comme l’Eden aurait dû le faire sans le Péché. Et comme l’Arbre jadis (touché), l’Arche et le Graal ont eu leur fin. Mais l’Œuvre n’a que faire de la foule ; la Quête n’a pas de fin. Des siècles après le partage de Joseph en Ephraïm et Manassé, les Jumeaux, quatre siècles après l’éparpillement des 10 tribus de Benjamin, un siècle après l’anéantissement d’Israël, Ezéchiel tente encore de rassembler les tribus et de les positionner aux cardinaux (en ses poèmes)… Déjà, une autre quête a débuté, par Jonas et Tobie, Arion et l’Apollon-dauphin (delphien) de quelque Poisson sauveur, dont le Graal contiendra le Sang (lui-même Sang Réel). Bien mieux, cinquante ans après Ezéchiel, Jésus est déjà né, celui du Temple, qui n’est pas encore le Christ ; un bouddha voit le jour : Gautama, qui n’est pas encore le Bouddha de Charité.

Ni la Quête ne connait la fin, ni l’Œuvre n’a besoin de la foule. En quoi le spectacle (son cycle) est tout autre chose que l’Œuvre, et la vie (sa durée) tout autre chose que la Quête.

Un sommaire basé sur la vie et le spectacle n’aura que peu de rapport avec le 1er sommaire, que fondaient la Quête et l’Œuvre. Ils n’auront que ce point commun, par quoi s’achevait le premier, débuta le second : le sommet des 4 triangles, le centre de la croix où s’entrelacent l’emploi et le moyen.

 

En ces 3 ou 5 phases, le second sommaire sera tel :

A et a =                      l’emploi                                le moyen

B      b =                     les conditions                      les libérations

c =                      l’occupation                        l’opération

d =                      la prise (de possession)     une mise (à l’écart)

l’annexion                            les annexes

C ou e =                     la fin                                      le rôle

Mais la Fin ne sera pas celle que les moyens devaient produire ; ce sera la mort. Le Rôle ne sera pas celui que  l’emploi ambitionnait, mais le rôle d’équipage ou judiciaire, qui englobe les emplois, en nombre indéfini (la foule).

Ce qui trompe et qui fait que, souvent, les 2 sommaires seront confondus, par un JE trop naïf ou trop retors ?

Occupation/opération (le O) a pris la ce, au centre (en c) où le 1er sommaire situait la jonction et la disjonction. Puis, l’annexion n’est qu’une injection aboutie, comme l’annexe n’est qu’une déjection.

Mais, pour que les sommaires s’équivaillent, il resterait à montrer quelque similitude entre la chose et le réel d’une part, le rôle et la fin de l’autre. Ou bien, précisément, entre la Quête et l’Œuvre d’une part, la vie et spectacle de l’autre : ce que l’intervention de la mort et de la foule nous interdit.

De fait, les objets sont autres. Dans le 1er sommaire, la gare est comme une île (et les quais le sont aussi, entre les voies, ainsi que la gare dans Nantes, Nantes dans le pays, le pays dans l’Etat). Dans le 2ème sommaire, la gare est comme un corps bardé de piquons (ses escaliers, ascenseurs, pentes) qui reconduisent ou non, selon ses plans, du cassé (les quais, les voies) au caché (les souterrains) ou à l’inverse.

L’Ile — au trésor, du naufragé — se tenait entre les lettres directionnelles : le cryptogramme pour la découvrir, l’annexer, y entrer, la lettre dans la bouteille pour la rejeter, comme une annexe, et en sortir.

Le corps est autre : du hérisson ou du flocon de neige. Le hérisson sort ses piques pour se défendre : s’il ne les sort il meurt. Le flocon les sort pour s’associer à d’autres flocons ; s’il en est dépourvu, l’avalanche menace et bientôt elle survient.

L’Ile n’a que faire du passager, du voyageur : la lettre est le propre de celui-ci, ce n’est pas le sien. Le Hérisson et le Flocon ne survivent que par les piquons : ils sont ou ne sont point par eux. Ils ne sont pas des passages sans être les passagers, plus ou moins peuplés (une rue passagère), ou plus ou moins rapides (un vol passager). S’ils passent tous deux, c’est la blessure le hérisson, l’entraide le flocon : dans la passe d’armes là, dans l’oubli de la faute ici (je te passe tes travers).

Ce ne sont plus les 2 triangles de Yeats, vers l’ouest ou l’est :

                                   l’œuvre  >       la quête  <

mais, comme du nord au sud ou à l’inverse, 2 triangles tout autres, du flocon vers l’accord, du hérisson vers la survie :

                                               la vie et la mort

                                                              ͜

                                                              ͡

                                       le spectacle et la foule

L’étonnement naît de ce fait : le centre est le même au cœur des 2 sommaires, daté du 14ème siècle avant J.-C. : le clan ou du 8ème siècle après J.-C. : le fief. Le temps de Moïse là, le temps de Charlemagne ici.

En remontant le temps de 2160 ans, l’Eden de création, en Jemdet-Nasr, entre sa formation et son exil. Au XXXVesiècle avant J.-C. ? Ou XXXVIe ? Le Temps de la création de du Nombre, de l’Alphabet, de la première construction (Ziggourat ?) De la création, à coup sûr, de l’idée même, du dieu Création…

En remontant le temps, nous le savons aujourd’hui, nous trouverions le miracle de la gémellité vers le 6ème millénaire avant le Christ ; puis le prodige de la cohérence (la Pierre Levée ou le Serpent) deux millénaires plus tôt… Mais, à chaque fois, un spectacle s’est ordonné, a triomphé avec l’adhésion d’un public, puis s’est dissout en quelque mort.

 

Le spectacle et la vie

Le 2ème sommaire part de la dialectique à laquelle aboutit le 1er, mais il n’inverse pas celui-ci : il est autre. Il ne joue plus de l’Œuvre et de la Quête, mais du dilemme de Marc-Aurèle : le spectacle et la vie. Qu’est-ce qu’un spectacle ? Une suite de stations ou d’actes dont on connait d’avance la durée, en ce grand Etat qu’est la salle de spectacle ou ce petit, qu’est la scène, et ce plus petit encore : l’horaire (un cycle). Mais, dans la pièce, bien sûr, on distinguera le simple emploi de toutes les pièces, y compris des pions, de toutes les faces du dé (y compris les moins nombrées), de toutes les cartes : emplois de valet, de soubrette, de matamore, de jeune premier ou d’ingénue, d’une part, et d’autre part les rôles de la Reine, du Roi, des faces majeures, nombrées 6, 5, 4 ou des cartes maîtresses : le Roi en ce jeu, l’As en celui-là, le Valet d’atout à la belote. Les rôles de Sosie, de Scapin, de Figaro, de Don Juan ou d’Hamlet, d’Alceste ou d’Agnès. L’objet du spectacle ? Ce n’est jamais que le public, au mieux : la foule.

La vie, dont on ne connait pas la fin d’avance, aura pour terme cette fin : la mort. Les moyens dont elle use, et qui l’usent à la fin, ignorent les emplois et les rôles : Agnès, Hamlet, Alceste, Scapin ou Figaro mourront au terme, comme la soubrette et l’ingénue, le matamore, le jeune premier ou le valet. Sauf que le rôle est bien achevé : il ne renaîtra pas en d’autres vies, quand l’emploi se retrouvera en d’autres pièces.

Un autre « rôle », non de théâtre, mais d’équipage ou judiciaire, n’est que l’ensemble des emplois. Il sera d’autres fins que celle de la vie : celles qui se donnent les moyens d’y parvenir — et qui, selon le cynique, les justifient. Ce projet semble tantôt réalisable (l’objet devenu réel) et tantôt non, selon l’état du personnage ou du vivant en cette station, cet acte.

Cependant, comme l’Œuvre le spectacle procède d’un joint, d’un nœud, et d’un dénouement. Comme la Quête, la vie a procédé du plein (de la présence) au vide (ou de l’absence).

Mais le 2ème sommaire ne joue pas de ces antinomies : disjonction/jonction, plein/vide. Il joue des stations dans l’Etat ou des états de cette station.

Entre les cardinaux, dans le Plan, le 1er sommaire jouera de l’ouest ou de l’est : l’œuvre à l’ouest, la quête à l’est ; le 2ème sommaire jouera du nord et du sud : de la vie là, du spectacle ici.

Non plus de : ↖ ↗ mais de :   ͜͡͡͡͡   .

Chronologiquement :

a)    Dans l’ère de l’Amour (Le Christ ou Krishna) ;

b)    Dans l’ère de la Justice-foi (depuis Ram ou Brahma, Abram ou Abraham) ;

c)     Dans l’ère de la Création ;

ENIGME003

Le proscenium en bas, pour le spectacle, le prostyle en haut, entre les colonnes, mais la forme vide, le 0, entre les temples (pronaos), la forme vide, puis virtuelle, de la rationalité. Comme du licnon à son inverse :

ENIGME004

Le Temple au cœur de l’X et des licnons en (a), les 2 temples de part et d’autre du 0.

 

III — Les sommations et les sommes

Elles disent tout autre chose que les sommaires.

Le sommaire embrasse une série fragmentaire de nombres : une suite de « nombres naturels » ou quelque série divergente, telle que de nombres premiers ou de multiples. La sommation ne borne qu’une série convergente ; c’est toujours une constante (un nombre irrationnel) : Pi/4 si je traite la série récurrente, vers l’Unité, comme de l’ultraviolet à l’infrarouge ; (e-1) si je traite la série des factorielles inverses, de l’Unité ou Do à Si, ou de la durée d’un corps quelconque.

Le jeu de mots qui me donne : somme pour sommeil n’est pas à négliger. Il s’oppose — le mot — au réveil, comme la sommation au sommaire.

Il oppose le rêve — mythique, prémonitoire ou rassurant — au cauchemar effrayant où tout le corps s’implique, comme la sommation oppose Pi/4 à (e-1).

Mais j’ai illustré le 1er sommaire par cette image : l’Ile, à laquelle une lettre m’a conduit, de laquelle une lettre me permet de m’évader. J’ai concrétisé le 2ème sommaire par les symboles du Hérisson et du Flocon, selon que la pique sépare ou rassemble. Une autre illustration m’est nécessaire ici : la matrice maternelle, et un autre symbole : la matrice abstraite, mathématique.

Toutes deux tendent à produire : une réalité, le bébé ou l’œuf, lorsque l’organe mâle, le droit, l’a pénétrée d’abord ; ou bien quelque suite de topiques systématiques, lorsque la diagonale, l’intégrale ou la 3ème force vient s’adjoindre, s’inscrire en un triangle premier. Telles les matrices de Newton, d’Avogadro, de Boole, de Mendeleïev, d’Einstein, non moins que la martingale du joueur.

Un esprit simple parlera de la concrétude de la matrice maternelle, de l’abstraction de la matrice scientiste. Un savant parlera de « mue » pour la première, de « déplacement » pour la seconde. Mais presque tous croiront tout dire en opposant le temps (il faudra 9 mois à une mère humaine) à l’espace où s’inscrit la formule symbolique.

Cette dialectique n’est pas à rejeter. Elle est à dédoubler, pour y voir clair. Car je nomme espace, tout à la fois, l’étendue mesurable d’un corps et l’interstice, l’intervalle qui se situe entre des étendues et qui les sépare, plus difficile à mesurer comme l’ont prouvé le « baderne » hellénistique, les intermédiaires de Kepler et d’ailleurs toutes nos sciences.

Quant au Temps, certains le considèrent comme une droite, dotée d’un sens : le Progrès ; d’autres comme un cercle, un cycle (le jour, l’année, le cycle d’activité solaire, etc.). Si le cycle est mesurable avant qu’il se renouvelle, par sa répétition même, une durée ne l’est jamais exactement (celle d’un vivant avant sa mort), bien que la sommation « e-1 » me permette d’y tendre.

Rien n’empêchera JE de dédoubler encore ces 2 quadrilogies. Il parlera des 4 cardinaux dans l’Espace, ou des 4 Temps : l’enfance, la jeunesse, la maturité, la vieillesse, en les équivalant aux 4 saisons ou 4 moments du cycle circadien : le matin, l’après-midi, le crépuscule, la nuit, avec lesquels les 4 phases d’une durée ne coïncident pas. Mais les 4 cardinaux du vide spatial non plus ne sont pas ceux d’une étendue.

A première vue, on ne verra pas comment ces 4, ou 8 ou 16 catégories du Temps et de l’Espace se laissent comparer aux 2 matrices : celle qui cache, la maternelle, et celle qui casse, la systématique.

De fait, l’Espace et le Temps ne semblent pas jouer de la casse et de la cache. Ils disent le successif et le simultané.

Successifs sont les âges dans une durée, de l’enfance à la vieillesse. Le sont aussi les saisons dans le cycle.

Simultanés, les cycles dans une durée : je vis à la fois dans le jour, le mois lunaire, l’année, les cycles d’activité solaire, et l’humanité en ces cycles mais aussi en d’autres : les ères, les périodes glaciaires ou interglaciaires de la Grande Année. Et de même simultanées les étendues au même lieu que leurs intervalles…

Prisonnier de la gare de Nantes, entre ma sortie du train et ma sortie de la gare, mais non de mon entrée dans la gare (le train y est déjà) ou de mon entrée dans Nantes (la gare y est), je serai successivement sur ce quai (ma vie) entre les voies (ma mort), ou dans l’air libre et dans les couloirs souterrains. Mais les quais et les voies, l’apparent et le caché sont bien simultanés : ils font la gare. Et le sont de même, simultanés, ma considération de la chose et mon projet, besoin, de m’en arracher.

Comment faire comprendre cela, que je constate ?

L’Espace est un puzzle : un assemblage de morceaux, une casse, mais qu’il me faut considérer en son ensemble, si je veux mesurer l’accroissement de l’étendue (sa victoire sur l’intervalle) ou sa restriction à l’inverse. Le Temps joue des 2 caches, soit que le cycle ma cache la durée, soit à l’inverse : répétitif le cycle, mortelle la durée. Je ne peux en traiter que fragmentairement, car l’un exclut l’autre (la cache n’est pas la même, du passé à l’avenir ou du devenir au devenu).

Traitant tout à la fois du Temps et de l’Espace, Heidegger m’a montré — démontré — l’existence des 2 voies : de l’appropriation du plus grand nombre à la résignation à la mort, à la fin (quelque inventaire ou sommaire, mais la sommation « e-1 »).

Ou du résignement (de l’inutile, du superflu) à l’appropriement vers Pi/4 ou vers l’infrarouge, depuis l’ultraviolet :

ENIGME005

La casse et la cache sont au cœur, au centre, dans un sens et dans le cens. La matrice maternelle concrète dans un sens, la matrice mathématique, abstraite dans l’autre, si je joue des sens — direct ou précessionnel ; mais tout autrement le sens et le cens.

Esclave du Progrès, le rationnel refuse le cens. Il ne tolère que le sens de la cause à l’effet, du passé à l’avenir.

A la limite, l’irrationnel, le récurrent, a refusé le sens, il ne joue que des recensements de ce qui lui reste.

Pour atteindre à leur but, à leur enjeu, le rationnel œuvre, il opère, retranchant ; l’irrationnel quête, assimilant ses découvertes discontinues : il occupe ce domaine après celui-là, niant les autres.

Mais c’est le rationnel qui occupe de nouveaux territoires, par l’appropriation (la prise, l’annexion) ; c’est l’irrationnel qui opère, retranche (la mise à l’écart, l’annexe), dès le départ, dès son résignement.

Comment JE peut-il s’en sortir — ou y entrer ?

C’est une droite (ou un ensemble de droites) qui motive ou découvre l’Ile au trésor, assemble les flocons, est le rayon de la matrice maternelle. C’est une droite ou un ensemble de droites qui permettront — peut-être — la sortie de l’île, la défense du hérisson, l’aboutissement de la martingale (diagonale, intégrale, 3ème force).

Si les objets choisis : l’Ile au trésor ou l’Ile du naufragé, le flocon ou le hérisson, les 2 matrices, sont droits et courbes, il faut bien que le droit ait précédé le courbe, ou le courbe le droit.

Au plus simple, le lien entre les 2 sommaires ou les 2 sommes sera la 1ère relation : un récit ou une fonction, une légende mythique ou un rapport rationnel : une image, un symbole.

Comme l’illustre en effet « Un handicapé gare de Nantes », entre le cassé (les voies entre les quais) et le caché (le couloir souterrain)…

Mais, si le plan de la gare est une chose, ou se compose de ces choses : les quais, les voies, c’est une tout autre chose que disent l’ascension et la descente, vers le caché (les souterrains) ou depuis eux.

Les aspects de la chose

Du réel à la chose ou de la chose à l’objectif réel, j’ai pu considérer l’énigme comme un piège et sa résolution comme un jeu de figures ou de nombres. Par les sommaires.

La figure est l’X entre 2 O, ou le O entre 2 X.

O X 0 ou X O X.

Le nombrage du O en fait l’absence, le vide (un espace/intervalle) ou le non-considéré : l’avant-naissance, l’après-mort, de part et d’autre d’une durée.

L’X se présente toujours ainsi :

ENIGME006

Il se nombre toujours par les formules ou équations :

M = (N+U)/2 et 2m = N+U ;

N/U = 12/7 ou (e-1) et, donc, 2m = 12+7 = 19, m = 19/2.

Mais la série des moyennes me donnera une série d’irrationnels :

m =V (T-1), (T-1), V(e-1),Q (le nombre d’or), V5,

Pour N = (T-1), V(e-1),Q, V5, V12 (approchée),

Puis une série d’entiers : 6, 11, 21, 41…

Pour N = 11, 21, 41, 81…

A la seule condition que v(T-1) = T/2. V(T-1) = 1,0777 et T = 2,1555…

10 T égaleront alors 4 Pi (e-1) ou 21,556 pour N, et l’Unité u : 4 Pi.

10 Pi égaleront 12 nombres d’or au carré : 31,416.

Et V(e-1) égalera Q2/2 ou (Q+1)/2.

10 = T3, 100 = T6, 1000 = T9, etc.

La figure de l’X est nombrable à l’infini, comme du train dans la gare, de la Gare dans Nantes, de Nantes dans le pays, du pays dans l’Etat, etc.

Mais, qu’il s’agisse d’une autre issue que le « produit », du contraire de l’éveil, ou de l’antinomie : rêve/cauchemar, on voit que « Somme » — le mot — offrira de tout autres jeux que ceux de la figure et des nombre. Par les sens signifiés du mot, en sémantique, plutôt que par ses sens directionnels, nombrés et dynamiques, car la sommation demeure constante, positionnée (en sommation) ; plutôt que par les sens sensoriels qui que la figure est saisissable ou non.

Tout se réduit aux aspects de la chose : le nombre, la figure et le vocable.

La note

Il est d’usage, dans les dernières pages d’un livre, de rassembler quelques notes de références aux ouvrages, récits, études, dont l’auteur s’est servi. Ces notes diversifient le propos de l’auteur non moins qu’elles ne le justifient. Je me refuse au premier objectif de la note, jugeant le propos assez diversifié déjà. Mais il reste à le justifier.

Ce sera par une référence unique aux rares ouvrages — les seuls vestiges de notre passé — qui nous disent de l’Ile et de la Gare en somme tout ce que nous avons besoin de savoir.

Ile et gare ne sont que des séjours. Elles se distinguent en cela que l’Ile apparait dans le Voyage, la Gare dans le Passage.

Or, historiquement, voyage et passage sont rigoureusement datés.

 

Le voyage et l’île

Ils apparaissent vers 3200 avant J.-C., vers 1000 avant J.-C., vers 1000 après le Christ. Mais les dates demeurent imprécises, au siècle près, car les récits de ces voyages leur sont postérieurs de deux siècles au moins. La seule certitude est ici que le voyageur, toujours, se met en route immédiatement après de grands combats et l’évènement terrible qu’est l’éloignement d’un dieu.

Gilgamesh a perdu la foi de ses pères dans le Créateur ; revenu au mythe précédent, il recherche Enki-dou, l’Enki double, l’ineffable androgyne qu’il nomme son ami. De séjour en séjour, jusqu’au fond des Enfers il quête l’ami mort. Ulysse a perdu la foi de ses pères, en la Justice du Bélier, il quête une fécondation nouvelle, par l’amour d’une déesse vierge et créatrice ; elle n’apparait pas dans les premières îles où il est jeté, vers l’Islande ; elle sera en toutes les îles du retour : la sorcière Circé, la plaisante Calypso, l’adorable Nausicaa. Simbad ne croit plus en l’Amour de ses pères : l’attente d’une autre justice le hante, qu’il nomme : rémunération.

Si Gilgamesh se laisse porter par quelque Voix ou quelque Souffle (mais le Vent n’est plus là), Ulysse ne rêve que d’une préservation, d’un refuge (mais la Vierge est morte), Simbad n’ambitionne que l’Or (mais le Roi est fait néant, le Soleil s’est occulté). D’où, leurs quêtes insensées vers l’ouest d’abord, puis vers l’est. Je pourrais détailler les 3 voyages, y dénombrer les séjours ou les îles, mais cette étude seule exigerait d’autres livres — inutiles puisque ils sont écrits.

Je traiterai seulement du plus proche, et de l’évolution de l’Ile qui a suivi.

Ce sera par les 5 phases que disent les œuvres du Moyen Age (finissant), la Renaissance, le temps des classiques, le temps de la spéculation, le romantisme et le symbolisme du 19èmesiècle.

1) Au Moyen Age, dès le 11ème siècle, l’Ile est un lieu de rencontre, généralement entre 2 frères, dont l’un a vécu dans la Ville, dans la société, l’autre en solitaire dans l’île. Comparant leurs deux expériences, ils devront considérer que l’ésotérisme scientiste et l’observation de la nature les ont menés au même point : l’éparpillement de Dieu en ses noms divers et la synthèse de tous ces noms dans le Nom. Sur quatre siècles, les deux scolastiques ne diront rien d’autre, bien que les universaux de l’une s’opposent à l’universel de l’autre, tandis que les moines en leur solitude et les chevaliers en leurs sociétés ne feront rien que s’affronter, au Japon (bushidos, samouraïs) comme au plus profond de l’Occident (le Serpent et l’Aigle chez les Vikings ou les Amérindiens).

2) La Renaissance offre des œuvres nombreuses, de Thomas More à Shakespeare. Mais « La Tempête » ne dit pas autre chose que l’Utopie, Rabelais entre les deux, dont le jeu porte sur l’Utopie et la Dipsodie.

L4Ile se peuple dans l’Utopie (de juges, de papefigues ou de papalins, de souverains déchus et de mercenaires), ou elle se dépeuple, de la réalité transcendante (de l’Abraxas de Thomas More, des Géants de Rabelais, de l’ange — Ariel — et du démon — Caliban — chez Shakespeare). L’invasion des premiers et la retraite des seconds ne sont pas successifs : elles sont simultanées. La raison gagne sur la foi : More, Rabelais, Shakespeare n’y peuvent rien, non plus que cent autres, d’Erasme à Scève, de Ronsard à Cervantès ou Calderon. Tous considèrent plutôt qu’ils ne commentent, mais ils créent (leurs œuvres sont là) plutôt qu’ils ne quêtent : que quêteraient-ils, au-delà du Graal ?

Les œuvres de la nostalgie ou du rire (de dérision) les avaient précédés de 2 siècles : Villon, Boccace, Chaucer, au lendemain des Grandes Pestes. Les baroques par l’extravagance et les Classiques, par la répétition, suivront, au 17ème siècle. Ils diront peu de choses sur l’Ile, sauf leurs efforts afin de s’y accoutumer ou pour tenter de s’en évader, comme le Robinson de Daniel Defoe. Car JE y est seul, dans l’attente des Envahisseurs, en la seule compagnie de Vendredi, le jour de Vénus, du Poisson, de l’Amour et du jeûne… Mais c’est déjà la 3ème phase (3) en ce qui concerne l’Ile.

4) La 4ème phase suit de peu, dès la première moitié  du 18ème siècle, par les voyages de Gulliver.

Le Moyen Age a vu dans l’Ile un lieu de rencontre et d’accord, l’ultime espoir de JE en somme ; puis le conflit a gagné, dans le sarcasme et le quolibet. La Renaissance n’a pu que constater la victoire de la raison sur la foi, risible dans la mesure où il ne s’agit en fait que du regain d’un dieu plus ancien (de Justice) par le déclin du dernier dieu (d’Amour) ; de ce Vivant il ne reste plus, au siècle suivant, que le Vendredi alors que l’Ile a révélé sa solitude.

Mais toutes ces lectures considéraient en l’Ile une réalité, de plus en plus chosifiée en quelque sorte. Au-delà de Robinson, elle se dit comme une entité, une spéculation. Dans ce vide de la présence un autre temps s’instaure : l’avenir. D’où, les vaticinations de Swift et les 4 voyages de Gulliver, dont le 3ème révèle 3 îles différentes.

Le 1er le mène chez les géants, au temps des Rois, dont l’âge s’achève, l’âge des héros ; le 2ème dans l’île des nains, dont le temps s’ouvre : les femmes y seront maîtresses et le mythe de l’Egalité l’emportera sur tous les autres.

Les 3 îles du 3ème voyage seront : l’île volante dans le ciel, la Savante sur la terre (chaque scientiste enfermé dans son Académie) et le cercle ou la secte des spirites, des occultistes, des mages sans pouvoir et coupée du monde.

Le dernier séjour de Gulliver, parmi les Chevaux le fera de nouveau pénétrer en « nature » mais par l’accession inattendue à un monde autre, à peine humain ou dans lequel l’humanité, redevenue humble, n’occupera qu’un emploi, ne sera qu’un moyen.

Le caractère mythique des 4 voyages (et 6 séjours) nous est montré par leur succession même, qui est celle des signes zodiacaux en leur ordre précessionnel : le Roi-Lion, la Vierge, puis le Souffle-égalité ou la Balance, qui tient en équilibre dans le ciel Laputa. L’Inconscient scorpionnaire suit par ses « analyses » parfaitement cloisonnées ou son ésotérisme non moins virtuel.

Le Sagittaire achève le parcours, en son symbole le plus ancien et durable : le Cheval : le Centaure ou les Cavaliers de l’Apocalypse. Celui dont le destin est d’aller. Plus loin le Cheval-centaure ; plus haut Pégase ou le Cheval Volant de l’Islam.

Depuis l’écriture des Gulliver ou depuis la date de fondation de la Franc-maçonnerie spéculative : 1728, les voyages et les îles disent les 5 siècles à venir : nul commentateur érudit de Swift ne s’y trompera.

5) Le compte pourrait s’interrompre là, car il semble que tout soit dit, du réel chosifié à la chose irréelle. Et, de fait, pendant deux siècles, en dépit de l’abondance des voyages d’une part, des anticipations de l’autre, l’Ile demeure « perdue » et sa symbolique même absente ou dispersée au gré de la plus grande fantaisie.

Illustration Pierre-Jean Debenat

Illustration Pierre-Jean Debenat

La symbolique du relais, puis de la gare, a pris sa place. Le passage supplée au voyage, ou la notion de correspondance à celle de lettre.

Mais, avant que de traiter de la gare, un autre objet, il me faut bien considérer la lettre, précisément, ou plutôt ces 2, car il y a celle qui suit le séjour dans l’île et celle qui le précède.

La 1ère : une lettre dans la bouteille, la seconde un cryptogramme, l’énigme même. Et l’île, entre les deux, se fait double aussi.

De la première nous avons tout dit, de « L’Ile du Solitaire » à Robinson ou de 1100 à 1700. Cette 1ère a construit les livres, bien sûr. Mais, plus précisément, elle fut le germe du dialogue, du conflit, de l’utopie. Elle est encore le seul recours de Robinson : la Bible, le Livre, qu’il promène partout avec lui. En son terme, elle n’est plus que la lettre dans la bouteille, que le naufragé jette à la mer, dans l’espoir d’un salut de moins en moins probable.

Quand l’Ile reparait, grâce à Stevenson, elle est devenue « L’Ile au Trésor », mais ce fut déjà ce trésor qui acharna les rares quêteurs du siècle dernier (le 19ème), spirituel dans tous les Voyages en Orient, de Chateaubriand ou de Nerval, très matériel pour les archéologues scientistes et les explorateurs : un secret de l’univers que l’île révélerait, par les vestiges du Passé, du « plus ancien ».

C’est Edgar Poe qui fait de la lettre un cryptogramme, écrit pour découvrir (et l’Arbre est déjà bien une île pour un Legrand). Mais c’est « L’Ile au Trésor » qui révèle la clé en faisant du quêteur l’Enfant. Historiquement, il est certain que le pirate, le flibustier, le corsaire fut au départ de cette lecture nouvelle de l’Ile, car lui seul a caché le trésor, écrit la lettre.

Par des rébus semblables ou analogues, le « bateau ivre » et le « bateau-lit » auront redécouvert l’Ile. Mais Rimbaud et Jarry, sur 40 ans se tiennent de part et d’autre de « La machine célibataire », cœur de la gare. Stevenson s’y tient aussi, ce n’est pas un hasard. Non plus que l’analyste y jouxte le « monde perdu ». Car la lecture de l’île au trésor exclut celle de l’île du naufragé, comme la chose à venir la chose qui fut.

Au cœur du 20ème siècle, Umberto Eco dira les 2 Iles, sous le nom d’Ile du Jour d’avant, que ce jour soit hier ou demain. Mais c’est encore la gare, passage plutôt que séjour.

Voyons la gare.

 

La gare

En quoi n’est-elle pas l’Ile ?

Au contraire de l’Ile, c’est une construction de l’homme (JE).

L’étude de l’Ile nous a menés d’un peuplement, par Dieu même, puis des anges, des démons et des envahisseurs, au dépeuplement absolu, puis à la vaticination, dans l’avenir utopique ou messianiste, dans la virtualité qui la dissipe.

Cette étude nous mène, par suite, de la Cité de Dieu aux cités de l’homme selon l’homme de foi. Du passé à l’avenir selon l’homme de  raison. Comme de 900 à 1900, ou plutôt de 900 à 1800, si je ne traite que des 4 premières phases, depuis le cœur du Royaume jusqu’en l’apogée de la raison.

La gare est d’abord un lieu vide, quelque désert, que l’objectif est de peupler. En Europe comme en Amérique, la ville se crée ou se développe autour de et grâce à la gare.

Mais c’est le chemin de fer qui fait la gare, comme, il y a deux mille ans ce furent les routes, hellénistiques puis romaines qui firent le relais. Deux mille ans plus tôt, la figure d’Outoul-Enlil n’ordonne les 2 voies de l’aller et du retour que par de telles stations, du désarroi, du désespoir et du malheur dans ce sens-ci, de l’espérance, du regain, de la nouvelle plénitude en ce sens-là.

Relais et gares ne parlent pas des lettres mais des correspondances. C’est que l’Ile est isolée, des lettres sont nécessaires pour en sortir ou y atteindre. La gare communique. Par quoi ? Par la contenance. La gare contient le train, qui contint les voyageurs ; elle est contenue dans la ville, elle-même contenue dans le pays.

L’Ile n’est que ce qu’elle est, dans l’inconnu ou l’X : JE peut la lire, rien de plus. La gare est contenante et contenue. Elle impose non seulement l’entrée et la sortie mais le passage — ouvert ou fermé — avec des mondes tout autres. Elle joue de la chose (le mot) et de la pensée, tenue pour le réel. Elle fait communiquer les mondes entre eux, par la pluralité des îles ou des gares.

N’est-ce pas pourquoi les « machines célibataires » vers 1900, ou les badernes sophistes, dès le 3ème siècle avant J.-C. y apparaissent conjointement avec les relais et les gares ? Mais, dans la baderne hellénistique comme dans les machines de Duchamp, de Jarry, de Kafka, de Roussel, l’Unité, la « mariée pendue » demeure inaccessible.

ENIGME007

L’horizontal et le vertical

Pourquoi l’île ? Pourquoi la gare ?

Afin de le saisir pleinement, nous voyons que d’autres objets sont nécessaires, que la relation projette déjà en ses deux sens premiers : un récit — un rapport. Le récit nous impose la lettre et le rapport une correspondance. Puis, la lettre est au germe de l’œuvre et du spectacle ; une correspondance au terme de la quête et de la vie.

L’île nous a reconduits à quelque corps bardé de piquons, associatifs dans la neige, dissociatifs chez le hérisson, aux temps de l’accord et du désaccord, et, pour finir, aux 2 matrices : celle dont la diagonale permet de s’arracher, celle, circulaire ou sphérique, que le pénis, le rayon a d’abord pénétrée, la suscitant ou remplissant : l’île au trésor.

Tout autrement, la gare ou le relais inspirent les machines factrices (badernes ou célibataires), car ils sont eux-mêmes des créations. A la limite la gare n’a rien d’une matrice, mais elle réalise une jonction parfaite entre l’espace et le temps, qui ne se produit en effet qu’en ce lieu et à cette heure, où la voie sera mortelle ou non, si nul convoi n’y passe. Non seulement l’heure mais le quai ou la voie seront inscrits sur le tableau ; et sur d’autres tableaux les heures et les quais d’arrivée ou de départ.

Depuis l’île, du naufragé au trésor, un corps et ses piquons, puis les matrices. Entre les 2 lettres — la relation/récit.

Depuis la gare ou en elle, les machines factrices ou non, l’espace et le temps pour finir. Par les correspondances ou les rapports de la 2ème relation.

L’île peut être volante, comme le Cheval marin de Simbad ou la baleine des saints navigateurs surgit de l’onde. Elle-même, l’île, a surgi de l’onde un jour : elle y retournera, comme l’œuf ou le bébé s’arrachent à la matrice réelle, comme les piquons jaillissent ou non du corps du hérisson ou du flocon.

Horizontale par ses quais et ses voies, la gare permet au passager d’accéder à d’autres plans, qu’on nomme des niveaux, où des couloirs, aériens, souterrains, évitent les voies. Ceux que l’handicapé doit emprunter ne sont pas ceux qu’utilise le voyageur « normal » ; mais tous doivent monter ou descendre à quelque moment, quelque part. Si l’horaire ouvre ou ferme tels passages, spatialement ils sont toujours là.

L’île et la gare ne cessent de jouer de l’horizontal et du vertical. Paradoxalement dans le Plan. Mais, en effet, sans ces deux voies perpendiculaires, que seraient le corps et les piquons, les matrices, les machines factrices, l’espace et le temps ?

Jean-Charles Pichon

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