DEUXIEME PARTIE : LE TEMPS D’APPRENDRE A MOURIR -1-

DEUXIEME PARTIE

LE TEMPS

D’APPRENDRE A MOURIR

Illustration Pierre-Jean Debenat

 

I

LA SURVIE PAR LA LOI

 

Une chose est sûre. Quand même Dieu, en sa figure dépassée, ne s’adresse plus jamais aux hommes, quand même les Puissances ne les exaltent plus, alors que le prêtre est devenu un fonctionnaire, non plus capable du martyre que du dépouillement, alors que l’astuce, le compromis, toutes les formes de la propagande et du mensonge apparaissent indispensables au maintien de l’Eglise et du Culte — la religion poursuit avec une sorte de rage sa carrière réduite à une régie sociale : maintenir l’ordre et la loi.

Trop heureux, les royaumes défunts, Kish, Israël, Byzance disparus à temps pour ne pas subir cette dégradation! Moins de cinquante ans après leur fin, s’annonce la honte du royaume survivant — par la domination laïque, voire étrangère : des Assyriens sur Juda, des Français sur Rome. Le sac de la ville sainte (en 1527) ne surprit pas les initiés : sur l’illustre modèle judaïque, Savonarole l’avait prédit!

Vers le même temps (ou à peu près), la création de l’Inquisition romaine (1542) et, surtout, le Concile de Trente (1545-63) donnaient à l’église survivante (la catholique) ses statuts et ses bases. Ainsi avait-on vu, sous le roi Lougal-Zaggisi, Lagash en cendres, le culte recréé er Ourouk renaissant; ainsi avait-on vu, sous le règne de Josias, le temple restauré, Béthel anéanti, les hauts-lieux de Salomon purifiés des vestiges d’Astarté et de Chamos, une codification plus sévère instituée[1].

Mais c’est aussi l’époque, ne l’oublions pas, où paraissent les signes précurseurs de la nouvelle ère, le temps des derniers prophètes hébreux et des derniers prophètes chrétiens. Bien qu’ils fussent incertains, obscurs, réservés à certains esprits, ces prophéties et ces symboles touchent étrangement les masses, avides de renouveau et qui cherchent dans l’hérésie, à défaut d’autre évasion, le moyen d’échapper à l’étreinte du prêtre. Il ne suffit plus de massacrer : il faut mentir.

Nous ne savons quels mensonges avaient accompagné le renouveau sumérien; mais nous n’ignorons pas quelle imposture étrange permit les destructions massives et les rigueurs du roi Josias : ce fut la « découverte » des lois véritables de Moïse, lors de la réfection du Temple. Sur ce modèle, Nostradamus crut pouvoir annoncer dans deux de ses quatrains la découverte prochaine du tombeau de Saint-Pierre à Rome, où d’augustes manuscrits auraient été cachés. Il se trompait sur ce point (ainsi que sur quelques autres) : les concordances cycliques ne vont pas jusqu’aux détails.

Cela ne signifie pas qu’elles ne puissent se vérifier. Les dogmes qu’imposait le Concile de Trente étaient bien présentés comme les seuls véritables; pour la première fois définis — et de telle sorte que « jamais plus ils ne seraient discutés[2]« . Puis, ayant ainsi condamné le libre mouvement de la foi, l’élan irrésistible de la grâce, s’étant en somme coupée de tout avenir vivant, l’Eglise s’attaqua au reste, les formes secondes de la vie. Aux cathédrales, poèmes de pierre, succédèrent les images saint-sulpiciennes; aux fêtes populaires, naïves, tonitruantes, les sages cortèges des Fêtes-Dieu; à l’épanchement ravi du Moyen Age (où toutes les œuvres avaient été comme sanctifiées par l’Evangile) succédèrent les voiles pudiques imposés aux statues. Paul IV n’avait pas attendu les décisions conciliaires pour faire voiler, dès 1558, les nudités de la Sixtine, et Pie V fit achever « ce méritoire travail[3]« . Ainsi, le même concile qui interdit le libre examen des Ecritures (parce que l’esprit de Dieu n’imprègne plus les hommes et que la Loi, désormais, remplace la Parole) est aussi celui-là qui instaure la pudeur. On sait assez, depuis le paradis terrestre, que la pudeur est un aveu. « Ils se connaissaient nus, parce qu’ils avaient péché. »

Les siècles d’imposture sont toujours habillés. Et nul n’est, en notre ère, plus somptueusement vêtu que notre 17ème siècle. Parure du vêtement, parure du style. Les dentelles, le velours et l’or cachent la crasse de Versailles; l’alexandrin sonore, le vulgaire plagiat. C’est alors que les geôles du Vatican, les « plombs » de Venise, les maisons de fous, les « Petites-Maisons » de Paris accueillent par dizaines de milliers ceux qui s’avisent encore de penser librement. Et c’est alors que, parqués derrière l’élu de Dieu, le Pontife ou le Roi, cardinaux et grandes dames s’adonnent à la magie et à la sorcellerie, par désespoir, déjà! de ne plus croire en Dieu.

C’est aussi le temps, dira-on, où le peuple prend conscience de lui-même? Sans doute. C’est en tout lieu, en toute époque similaire, le commencement d’une puissance sociale nouvelle, que nous connaissons sous le nom de bourgeoisie. Mais, si le mot caractérise notre 16ème et notre 17ème siècle, il est à penser que la chose avait marqué d’autres civilisations. La puissance commerciale que possédèrent les royaumes catholiques : l’Espagne, la France, ou protestants : l’Angleterre, les Pays-Bas, avait été celle de Juda, conquis apparemment par les Perses et les Séleucides. Et, plus tôt, celle d’Our, de Nippour et de Lagash, fût-ce aux jours où les rois de Sumer étaient les fils et les petits-fils de Sargon d’Akkad.

Si, à Our vers 2500, les temples présentent une considérable importance (un septième de la ville), c’est que les prêtres sont devenus des négociants. Les revenus de la religion subviennent aux besoins du culte, mais aussi à ceux de l’Etat, aux constructions publiques, à l’entretien des canaux, au maintien d’une armée de guerre permanente, à l’organisation des fêtes. Les temples créent et organisent des pêcheries, des huileries, des ateliers de tissage, des palmeraies, des vignobles[4]. Là non plus, le Vatican ne fera pas œuvre nouvelle.

Mais ni la richesse croissante ni le dogme arrêté ne sauvent de la déchéance spirituelle, de l’abdication matérielle l’Etat qui n’a plus de religieux que le nom. Bientôt, les villes saintes de Sumer vont admettre la domination de Sargon d’Akkad, subir les invasions de tous les peuples voisins. Deux millénaires plus tar, Juda se soumettra aux Perses, puis aux Ptolémée. A cette condition, la religion survivra.

En ce qui concerne Rome, un siècle, le siècle du Concile de Trente, a suffi pour lui arracher l’Allemagne (1529), l’Angleterre (1533), la Hongrie (1557), les Pays-Bas (1562) et seule une guerre inexpiable lui a conservé la France. Le début du Grand Siècle catholique a vu le patriarcat s’affermir à Moscou (1588), l’Eglise exclue du Japon (1614) et Venise même se révolter contre le pouvoir pontifical (1605). Je ne serai pas plus sévère que Daniel-Rops; je me contenterai de le citer. « Dès le successeur de Grégoire XV, Urbain VIII (1623), il sera flagrant que le pape devra renoncer à toute prétention à diriger le monde[5]. » Pourquoi le dirigerait-il? Quelle « révélation » désormais pourrait venir de Saint-Pierre de Rome?


[1] 2ème  Livre des Rois, XXII, 4, 15; 2ème Livre des Chroniques, XXXIV, 8-33.

[2] DANIEL-ROPS : Une ère de renouveau : la réforme catholique, Fayard.

[3] DANIEL-ROPS, opus cité.

[4] Documents de Nippour et de Lagash.

[5] DANIEL-ROPS : L’église de la renaissance et de la réforme, tome II, Fayard.

 

La fin d’une civilisation

Les historiens philosophes souvent se sont interrogés sur les causes véritables de l’effondrement des civilisations. Chacun a proposé sa propre explication, mystique jusqu’au 17ème siècle, juridique au 18ème, économique depuis Marx. Je croirais volontiers que toutes les trois se tiennent, s’enchaînent inéluctablement.

Il apparaît que leurs dettes peuvent être le talon d’Achille des grandes nations. Alors que, dans un petit pays comme l’Autriche, l’Allemagne de l’Ouest ou l’Italie, en 1962, la dette nationale est de l’ordre de 60 à 100 000 francs par habitant, elle est de l’ordre de 700 000 francs par habitant aux U.S.A., par exemple.

Ce phénomène n’est pas seulement contemporain. Rome vivait de ses possessions extérieures, l’Egypte au temps de sa splendeur aussi — et, de même, ces empires vastes au destin bref que furent l’Espagne du 16ème siècle, Byzance, la Crète préhellénique, la Perse d’Artaxerxés et de Darius III;

Il n’était pas question que ces royaumes remboursent leurs dettes? Assurément, ils le croyaient. Mais toutes les dettes se paient, avec de l’or ou bien avec du sang. Les « barbares » se sont donc remboursés sur Rome, les Mycéniens sur la Crète, les Hébreux sur les Mycéniens (les Philistins), les Macédoniens sur la Perse, Rome sur les Macédoniens — et les Indiens de l’Amérique du Sud ont commencé de se rembourser sur les fils de leurs conquérants, dont l’empire n’est plus qu’un souvenir.

Or, un Etat qui s’endette est toujours un Etat matérialiste, ses citoyens iraient-ils au sacrifice tous les dimanches : une nation dont les objectifs se limitent aux seules richesses matérielles et dont les penseurs, philosophes ou prêtres, ont perdu tout contact, tout lien avec les réalités cosmiques. Un peuple religieux ne saurait s’endetter, puisque le fondement de toute mystique est le sens d’une certaine « gratuité » (désintéressement, justice, sacrifice) et que son souci premier est de servir le Réel, non de se servir de lui.

Cependant, il arrive que l’abnégation même apporte la richesse; alors, la richesse tue l’abnégation. Il n’y a plus de différence fondamentale entre l’Etat religieux et ses voisins, plus « réalistes »; sinon que, par sa formation, il demeure moins bien armé, plus vulnérable. C’est l’âge des compromis ou des défaites : pour survivre, la religion doit se prostituer; se prostituant, elle s’enrichit; s’enrichissant, elle s’enchaîne. Ce fut le destin de Juda, ce fut celui de Sumer. Et l’on ne conçoit pas que la promulgation, la codification de la mort spirituelle puisse mener à une autre fin.

Les « persécutions dogmatiques »

Ce parallélisme mythique entre les derniers siècles de Sumer et de Juda, il faut reconnaître qu’au premier regard nous ne le voyons pas se poursuivre entre l’histoire de Babylone et celle du peuple juif. Tout au contraire, une différence majeure s’impose à l’observateur le plus distrait : à Babylone, l’empire est sans cesse reformé, le culte du dieu restauré : par Nabuchodonosor 1er  en 1137, Nabmassar en 717, Nabuchodonosor II en 602. De telles rénovations du sanctuaire sont absentes de l’histoire du judaïsme. Brièvement mais fréquemment, il arrive que Babylone soit de nouveau une puissance temporelle; Jérusalem, jamais.

Cependant, cette distinction, plus apparente que réelle, ne doit pas nous cacher d’autres concordances frappantes entre les deux « survies ».

Pas plus que la « dispersion » de 133 après J.-C. n’achève les destins de la religion juive, la rupture de l’empire de Sumer (en 1950 avant J.-C.) n’avait mis fin à la religion taurique, quoique d’incessantes révoltes y fussent tout de suite brisées, par les rois assyriens, par les princes élamites, par les sémites amorrhéens… Une tentative de retour aux sources, au culte exclusif de Mardouk, sous le règne d’Hammourabi (1730) ne donnera qu’un court répit à la décadence religieuse. Puis, en 1685, la domination kassite viendra détruire à Babylone tout espoir de renouveau durable pendant mille ans.

Tout d’abord, une remarque s’impose : si les combats et les captivités de Sumer avaient été surtout d’un ordre politique, les persécutions que subit Babylone sont bien plutôt d’un ordre mythique et religieux. Dans les panthéons kassites, assyriens, araméens, le dieu Mardouk s’amenuise au point de disparaître. Seules traces de son passage : la tiare à cornes qu’on persiste à placer au-dessous de chaque dieu pour témoigner de son appartenance taurique; le croissant au front des déesses; l’aspect bovin des « Kérubim » ailés d’Assour…

Puis, c’est le temps où l’Esprit primordial lui-même, Enki, le « taureau sauvage » devient, par un mensonge savant, « Ea, le bélier d’Eridou »; c’est le temps où le culte se modifie, où le mouton remplace le taureau dans les sacrifices, où l’expression « agneau d’offrande », mâch-da-ri-a (qui donnera Mashdarû) finit par désigner toutes sortes d’offrandes…

En effet, quand le règne kassite s’achève (en 1160), l’Elam renaît, puis l’Assyrie. La royauté de Nabuchodonosor 1er (1137) ne conduit qu’à la prise de Babylone, cinq ans plus tard, au ravage, à l’exil. En cette nuit que l’historien dit incompréhensible (et qui l’est en effet, comme « d’un autre temps »), où s’abîment à la fois le Péloponnèse, l’Egypte, la Mésopotamie, l’Elam, respirent et vivent seuls les peuples du Bélier. Et ces peuples, Phrygiens dans l’Ourartou, Hébreux en Palestine, Araméens et Soutéens à Babylone, ne savent que ravager sans fin les villes et les temples du Taureau, jusqu’à n’y laisser pierre sur pierre. Fuyant leur sanctuaire anéanti, les chaldéens tenteront vainement de constituer un nouveau royaume au nord du Tigre. Du 11ème siècle jusqu’en 747 avant J.-C., leurs destinées préfigureront exactement les destinées du peuple juif, depuis les premières persécutions du Moyen Age jusqu’à la fin du 15ème siècle…

Or, contre l’oppresseur, contre l’envahisseur, contre les dieux solaires des Elamites, l’Ishkur kassite, les dieux à demi béliques, Hadad et Bêl, puis contre le Bélier lui-même, l’El des Araméens et des Hébreux, contre le massacre et le ravage, Mardouk se maintiendra. La tourmente passée, il retrouvera une place que nul ne lui a prise.

Comment est-ce possible? Autre mystère, non moins obscur que ces Moyens Ages cycliques où fondent les empires et où se tait « l’Histoire » pour laisser parler Dieu. Grâce aux commentateurs sacrés, pense-t-on, grâce aux prêtres persécutés ou trop apparemment soumis, grâce aux savants rituels qui maintiennent intact l’esprit des âges anciens, jalousement, secrètement, au risque de l’étouffer.

Il semble qu’en l’âge d’or de la mystique suivante, toute religion se renferme en soi-même, se coupe de la réalité sociale en même temps que du réel cosmique. Exactement : le réel cesse d’exister. On ne peut qu’être frappé, à ce sujet, par de très grandes similitudes entre le scepticisme chaldéen du 8ème au 3ème siècle avant J.-C.  (auquel Platon empruntera tout son système idéaliste) et le même idéalisme philosophique qui se manifeste dans la pensée juive, à partir des cabbalistes et de Spinoza (et qui durera jusqu’à Berkeley et Bergson). L’un et l’autre mouvements, en somme, expriment le même désespoir que la voix de Dieu se soit tue. Il ne reste plus au monde que des ombres…

Les quatre cinquièmes des manuscrits retrouvés à Ninive, dans le palais du roi assyrien Assourbanipal (22 000 tablettes) annoncent tout à la fois les commentaires brahmanes qui prolifèrent en Inde vers le même temps (7ème siècle avant J.-C.) et les commentaires du Talmud et de la Thora, où se complairont les juifs d’Espagne et de Pologne, vingt et un siècles plus tard. Une distinction pourtant : issu des fêtes de l’Akitu, le rituel babylonien, à de certains égards, peut être tenu pour une science.

 

Les débuts de l’astrologie

Au temps d’Hammourabi, pendant les fêtes de l’Akitu, les cérémonies du Zagmouk comportaient principalement des lectures de textes sacrés (comparables à celles qui feront l’essentiel des cérémonies juives à partir à partir du 2ème siècle de notre ère); s’y ajoutaient des prédictions pour les douze mois à venir, déchiffrées par les prêtres sur les tablettes sacrées, où le fils de Mardouk, Nabu, les avait inscrites en personne.

Ces prédictions rituelles reposaient en réalité sur une science astrologique très précise. Nous devons ajouter : sur une certaine science mathématique également (et peut-être, déjà, sur un jeu de concordances né de la croyance à l’éternel retour). L’amour que le Sumérien portait à la création ne s’exprimait pas seulement par le goût de la jouissance, l’appétit des femmes et des boissons fortes, mais par la volupté de créer des formes nouvelles. Le caractère entier, systématique, du Taureau invite aux constructions abstraites.

Or, la création par excellence est le symbole mathématique, qui établit en marge de l’univers réel, fluctuant, insaisissable, un autre univers, plus fermé, où les bizarreries s’estompent, où l’imprévu s’abolit. Le Nombre demeure, alors que tout le reste connaît la mort, la dispersion.

Ainsi, beaucoup plus tard, Mardouk définitivement rejeté, verra-t-on cette science devenir un passionnant sujet d’étude pour les philosophes grecs et les prêtres égyptiens. Simplicius[1] prétendait qu’au temps d’Alexandre les « chaldéens » pouvaient appuyer leurs théories et leurs systèmes sur 1903 ans d’observations, ce qui reporterait les débuts de l’astrologie scientifique à 2200-2300 avant J.-C.; mais Hipparque (cité par Jamblique) ne craignait pas de parler d’une observation de soixante-douze mille ans! Plus modestement, citant ses conclusions personnelles sur l’occultation de Mars par la Lune, Aristote reconnaissait : « Les Egyptiens et les Babyloniens ont fait de semblables observations pendant de nombreuses années[2]. »

Le mot « chaldéen » utilisé par Simplicius ne désigne plus une race mais une caste : « Il y a en Babylonie une caste ou colonie de philosophes, appelés chaldéens, qui s’occupent principalement d’astrologie. Quelques-uns font aussi métier de tirer l’horoscope, mais ils n’ont pas l’approbation de tous[3]. » Hérodote affirme, plus explicitement : « Les chaldéens étaient les prêtres de Bêl-Mardouk à Babylone[4]. »

En fait, la science astrologique, à Babylone comme à Sumer, demeurait étroitement liée aux croyances religieuses. Le Zodiaque que nous connaissons existait sous la première dynastie de Babylone avec ses symboles actuels : Lion, Cancer (ou Serpent), Taureau, Bélier, Capricorne, Scorpion… Selon Diodore, « ils représentaient les dieux conseillers, dont chacun présidait à un mois de l’année et à un des signes du Zodiaque ». Plus tôt encore, un document sumérien du 3ème millénaire révèle une croyance rigoureuse en l’influence des astres sur les destinées humaines.

Non seulement on utilisait étoiles et planètes pour prédire les « destins des rois et des particuliers », mais par le canal des Nombres, divinités et planètes s’identifiaient. A l’époque akkadienne, l’in des dieux de Lagash, Tello, fils de la terre, était représenté par le nombre 50; le soleil s’inscrivait 20, la lune 30. La 360ème partie du cercle, ou degré, se disait « gish », c’est-à-dire 1 — ou la grande unité 60, nombre du dieu céleste An [5]. Vénus se disait : Gish Dar (Ishtar) : 15. Or, « gish » signifiait également le membre viril et « dar » : fendre, couper. Ishtar était ainsi la Femme par excellence, la Mère, en même temps que le quart de l’unité. Des génies étaient nommés : les 2/3 et les 5/6 d’Ishtar.

Mais ces légendes et ces symboles ne doivent pas nous cacher l’intelligence pratique des Babyloniens. Les racines carrées, les tables d’inverses, les fractions étaient connues d’eux; douze siècles avant Pythagore, ils résolvaient le fameux problème de l’hypoténuse du triangle rectangle. En exhumant les cylindres et les tablettes d’argile sur lesquels ils conservaient leurs enseignements, les fouilles archéologiques ont permis de vérifier sur ce point les assertions de Simplicius et de Diodore — et de les démontrer parfois insuffisantes.

Deux mille ans avant J.-C., non seulement la révolution du soleil et de la lune mais la position de certaines étoiles étaient correctement appréciées, les éclipses de lune prédites, chaque planète l’objet d’une étude particulière[6]. Plus tard, une grande partie de cette science se perdra et Diodore, au temps d’Auguste, pourra conclure avec quelque amertume que les derniers chaldéens « sont versés dans l’astrologie plus que les autres hommes ». Néanmoins, cette amertume ne sera pas complètement fondée : au temps d’Auguste déjà, certains peuples, les Arabes, les Egyptiens, les Grecs auront pris la relève des Babyloniens.



[1] SIMPLICIUS, Comm. in Arist. (De cœlo, C, II).

[2] ARISTOTE : De cœlo II.

[3] STRABON, XV, 1.

[4] HERODOTE, I, 181.

[5] Il ne m’est pas possible d’expliquer ici dans le détail le Système babylonien. Ceux qui s’étonneraient de cette égalité entre 1 et 60 n’auraient qu’à se rappeler notre degré, qui vaut 60 minutes, alors que la minute vaut 60 secondes, et à étendre cet exemple à l’ensemble du système arithmétique.

[6] Parmi les instruments astronomiques retrouvés dans les villes babyloniennes, il faut citer la « clepsydre », cylindre gradué qui permettait de mesurer le temps par un écoulement d’eau; le « gnomon », tige verticale dont l’ombre projetée variait selon la course du soleil; le « polos », demi-sphère creuse dans laquelle une boule suspendue projetait des ombres différentes selon les jours et les mois. Aucun de ces instruments n’explique d’une manière satisfaisante les résultats auxquels les chaldéens parvenaient.

 

L’ensemencement du Taureau

Une telle influence, parfois philosophique et parfois scientifique, du peuple religieux sur les peuples qui l’accablent l’emporte en importance — et de beaucoup — sur les victoires mêmes de ses oppresseurs. Elle entraîne bien plus qu’une reconnaissance de fait : l’éternelle propagation de la religion et de ses symboles, chez ceux-là mêmes qui peuvent le moins les comprendre et le moins fidèlement les appliquer.

Dès la domination de Sargon sur la Sumérie (vers 2400), le mythe taurique était connu de l’Inde pré-aryenne (fouilles de Mohenjodaro et Chanhudaro). Çiva, l’un des plus anciens dieux indiens, avait pour « véhicule » ou « mue » le taureau Naudin. Indra, autre dieu primitif — anciennement solaire — est comparé sans cesse dans les Védas à un taureau fécondateur ou furieux. Un rite indien de renaissance, le « hiranyagarbha », également décrit dans l’Atharva Véda, était encore en usage au siècle dernier. Le « vase d’or » en forme de vache où était introduit le novice symbolisait à la fois le Cancer (œuf et serpent) et la femelle du taureau.

Or, ce syncrétisme est indiqué dans Hérodote, qui rapporte que Mykérinos avait enterré sa fille dans une vache d’or. Mircéa Eliade, à qui j’emprunte ce trait, ajoute justement que le rituel indien « pourrait être rangé parmi les résidus de la grande culture afrasiatique qui, entre les 4ème et 3ème millénaires, s’étendait de la Méditerranée orientale et la Mésopotamie aux Indes[1]« . Et bien plus loin, puisque, vers le même temps, en Chine, les rois de la dynastie Hia honoraient chaque saison par le sacrifice d’un taureau roux ou noir…

Il ne peut nous étonner que les anciens Iraniens aient adoré le Taureau : nous avons vu croître parallèlement la civilisation sumérienne et la culture sémite. Le sacrifice du bovin sera en effet l’un des cultes que Zoroastre combattra le plus véhémentement; de même, les grands prophètes bibliques, en Palestine, s’opposeront aux sacrifices tauriques offerts à Ba’al-Hadad, le dieu phénicien.

Ce dieu était formé de l’alliance de deux divinités antérieures, l’El ammonite et le proto-phénicien Hadad. Sa parèdre était Asherat (l’Anat de Byblos mais aussi l’Ishtar assyrienne[2]).

Au reste, ce sont bientôt tous les dieux de l’ouragan qui empruntent la forme taurique : l’amorrhéen Adad se présente coiffé de cornes, monté sur un taureau. Les hymnes le nomment « le grand bovin » et confondent en une seule clameur son tonnerre et son mugissement. Bien plus : à une certaine période le Zeus grec a été vu comme un taureau, cela nous est confirmé par d’anciennes céramiques et par cette épitaphe trouvée dans l’île de Crète : « Ci-gît le grand bovidé Zeus. »

Mais c’est principalement sur les rives du Nil que l’influence sumérienne paraît en pleine lumière, et beaucoup plus tôt que partout ailleurs.

L’un des plus anciens dieux thébains, Mentou, représenté à l’époque préthinite par un personnage à tête de faucon surmontée du disque solaire, fut figuré plus tardivement, par le même personnage avec une tête de taureau. C’est également un dieu-taureau, Boukhis, incarnation de Mentou, qu’on honorait et nourrissait à Hermontis, la « résidence du soleil ».

A Memphis, le bœuf Apis était en fait un taureau. Incarnation de Ptah, il symbolisait l’union de l’âme divine et de l’âme animale. Apparu dès la première dynastie thinite (vers 2900[3]), il semble avoir été considéré d’abord comme un dieu secondaire — jusqu’à la révolution religieuse de la dix-huitième dynastie (vers 1580). A partir de cette date, chaque taureau Apis eut droit à son tombeau particulier, surmonté d’une chapelle funéraire. On le prétendra né d’une vache vierge fécondée par un rayon de lune (à l’époque où Isis, déesse lunaire, sera représentée le chef orné du croissant de lune — les cornes du taureau). Comme le dieu Mardouk, Apis rendait des oracles dans son temple, l’Apeum, où les fidèles se pressaient.

Morts, les taureaux sacrés, devenus Osiris Apis, étaient momifiés et enterrés dans les souterrains de Saggarah, dans de grands sarcophages de granit rose. Osiris lui-même s’incarnait dans le taureau Onuphis ou Aa Néfer « le très bon ». Enfin, le Mérou Our, taureau sacré d’Héliopolis, aurait été à partir de la dix-huitième dynastie, l’incarnation du dieu soleil Ré Atoum, qu’on représentera plus tard sous l’aspect d’un bélier.



[1] Mircéa ELIADE : Naissances mystiques, N.R.F.

[2] Dans la légende de la « Chasse de Ba’al », la mort du dieu est expressément comparée à la mort du taureau. D’autre part, Ba’al frappe de la corne, « comme le taureau sauvage ». (DUSSAUD, Le vrai nom, et Sanctuaire).

[3] Cependant, sur l’emplacement de l’agglomération prédynastique de Hemamieh, ont été découvertes treize piles d’os de bœufs soigneusement enterrés (fouilles de Miss Caton-Thompson) et d’autres cimetières antérieurs à 3000 ont révélé des sépultures de bœufs, où les cadavres étaient enveloppés de nattes et de toile.

 

L’ensemencement du Bélier

En effet, l’Egypte du 2ème millénaire connaissait une divinité supplémentaire, que le panthéon de l’ancienne Egypte avait ignorée : Osiris-Bélier, Ba Neb Djedet[1]. Elle passera plus tard dans le panthéon carthaginois sous le nom de Bêl-Amnon représentés l’un et l’autre le chef orné des cornes du bélier.

Alors, l’influence bélique a balayé partout dans le monde l’ancienne croyance. Aux Indes, Agni supplante Indra, lui-même changé en bélier[2]; en Iran, sous l’influence de Zoroastre, le dieu Veretgragna a changé pour les cornes courbes les cornes ouvertes du dieu taurique[3].

Dans la célèbre vision de Daniel, une voix dit au prophète : « Le bélier à deux cornes que tu as vu, ce sont les rois de Médie et de Perse » et cette explication ne laisse pas de surprendre. Car la Perse et la Médie ne semblent pas, à première vue, avoir été influencées à ce point par la religion bélique.

De l’expansion élamite jusqu’à l’effondrement de l’Elam au 11ème siècle avant J.-C., la religion iranienne a été une sorte de panthéon, où les symboles du Lion et du Taureau dominent. Désormais, envahie par le peuple d’Ouratou (Argisti I), puis par les Assyriens (Sargon II), par les Scythes et par les Assyriens de nouveau, la Médie ne gagnera une brève autonomie qu’en 625 avant J.-C., sous le roi Cyaxare, avant d’être, un siècle plus tard, conquise par les souverains perses. De cet empire sans cesse modifié, morcelé, aux frontières fluctuantes, nous ne savons presque rien — ni même de la résidence royale, au nom prestigieux : Ecbatane. Cependant, d’aucuns prétendent que l’ancienne Médie avait pu s’étendre jusqu’aux rivages de la Mer Noire, en quel cas elle eût contenu le royaume de Colchide, l’un des berceaux du Bélier.

Quant à la Perse, c’est sous le signe du Lion que ses souverains vont se tailler un empire, à partir de Cyrus II. Néanmoins, vers 700 avant J.-C. selon les uns, vers 1100 ou 1200 selon les autres, donc bien avant qu’au 2ème siècle fût écrit le livre de Daniel, aurait vécu en Perse un homme dont l’influence religieuse allait devenir considérable : le prophète Zarathoustra, ou Zoroastre.

Dirigée contre la religion du Taureau, dont les prêtres sont au regard du prophète des « monstres de mensonge et d’hypocrisie », l’enseignement de l’Avesta se présente comme une refonte des croyances rituelles dans une mystique morale désincarnée : la vérité n’est pas dans le rite, mais dans l’effort de l’âme vers sa libération.

La partie la plus ancienne de l’Avesta, les Gathas (attribués à Zoroastre lui-même) précisent que la voie religieuse par excellence est celle de la Connaissance, de l’amour de l’Exactitude (ou Justice). Longtemps occulte et clandestin, l’enseignement des Gathas ne paraîtra au grand jour que sous les rois perses; il ne s’épanouira que quatre siècles plus tard, sous les Parthes et les Sassanides, dans la religion mazdéenne. Ce qui nous intéresse ici, c’est le « ton » de l’ouvrage primitif (ce qui en reste) et les principales prescriptions morales qu’il contient.

« Qui suis-je? écrit Zarathoustra. Quel est mon maître? D’où suis-je venu? Quels sont mon rôle et mon devoir sur cette terre?… Combien de chemins mènent au salut? De qui provient le bien? De qui le mal? De qui la grâce et de qui l’inflexible dureté? »

Quant aux règles morales de l’Avesta, elles peuvent être groupées en cinq points :

1° Croire au vrai Dieu et l’honorer.

2° Se marier, avoir des enfants.

3° Cultiver le sol.

4° Traiter le bétail avec justice.

5° Prier et méditer un tiers du temps.

Ce n’est sûrement pas forcer la lettre et le sens que retrouver dans ce « ton » et dans ces règles comme un écho du Décalogue et des grands poèmes hébraïques. Quoi qu’il en soit de la construction dualiste du monde à laquelle aboutira la conception mazdéiste, son inspiration fut celle des patriarches : refus des idoles, des rites (sauf du rite de la purification), justice pour l’homme et pour la bête, dévouement quotidien — et d’ailleurs passionné — à la famille. Il faut y ajouter l’acceptation de son sort, fût-il cruel et malheureux :

« On m’isole de mes parents, de mes amis, on me rejette. Ni les chefs ni les hommes ne me sont favorables. Comment ferais-je ta volonté, Ormuzd? »; une soumission inconditionnelle à Dieu :

« Ahriman n’existe pas, puisqu’il doit être anéanti. J’appartiens à Ormuzd et à ses immortels, de qui naît tout le bien… »

Ni le Taureau, nous l’avons vu, ni le Lion, nous le verrons, n’ont jamais dicté de tels cris; ils n’ont jamais supporté le poids d’un si humble entêtement. Oui, le Bélier est là, ce bélier perse dont l’auteur apocryphe du livre de Daniel connaissait sûrement l’œuvre, puisque les grands rois perses honoraient Zoroastre au-dessus de tous les prophètes, cependant que les Séleucides voyaient en lui « le premier disciple d’Abraham[4]« .



[1] Selon Manéthon, cependant, un premier culte du bélier eût existé dès les débuts du Signe, sous les rois de la 2ème dynastie.

[2] Rig Véda (I, 51, 1).

[3] BENVENISTE-RENOU : Vitra et Vithragna.

[4] BIDEZ-F. CUMONT : Les mages hellénisés, Paris, 1938.

 

Et dans tout l’univers…

Nous voilà loin de l’habituelle conception d’un « peuple élu ». Le Bélier est adoré aux Indes, en Phrygie, en Egypte; il est accompli en Perse. En Gaule même, on connaît bientôt un dieu bélique, dont le culte s’impose dans le Vexin, Pagus Beliocassinus, le Pays de Secret du Bélier : le Bel gaulois, aux cornes courbes.

Au 17ème siècle encore, le curé Denyan relevait près de Gisors les noms de Montagny, de Mont Ouen, mont des agneaux, mont des brebis, etc. En d’autres régions de France, se sont déroulées pendant des siècles des cérémonies moins chrétiennes que « païennes », telle aux Baux de Provence, la cérémonie du pastrage : l’agneau y est porté dans un chariot traîné par un bélier consacré.

Là même où le symbole fait défaut, on ne peut méconnaître l’esprit, fût-ce jusqu’en Chine, où Confucius naît à Tséou, en 551 avant J.-C. Cet homme sage, généreux mais prudent et qui haïssait la violence, disait de lui-même qu’il n’était pas un inspiré mais qu’il aimait les textes antiques et la recherche. Or, son enseignement ne rompt pas absolument avec l’ancienne religion chinoise, sinon qu’il rejette l’existence des dieux primitifs et se méfie de la métaphysique; mais il repose essentiellement sur une morale sociale et familiale; et les vertus qu’il recommande, la justice, la droiture, l’humanité parfaite, l’obéissance aux rites de la famille, etc., sont celles qu’à présent nous savons reconnaître. Ajoutons à cela son attitude même, que définissent cent anecdotes (et, notamment, celle-ci : au milieu de ses disciples, il se refusait à distinguer ses fils, se gardait de leur donner des conseils en privé et leur interdisait toute question personnelle). L’esprit des patriarches n’est pas loin.

Ainsi, dans ces siècles mêmes où le judaïsme connaît ses premières épreuves : 500 ans de domination étrangère et de captivité pour un siècle de liberté, le Bélier est partout où des hommes pensent et croient. Concrètement, il existe des communautés juives en Egypte et en Grèce, en Mésopotamie, dans l’île de Cos, à Rome. Au premier siècle avant J.-C., Strabon écrit que « les juifs ont envahi tous les Etats » et que, « partout, ils se conduisent en maîtres », tandis qu’à Jérusalem, des apologistes s’attachent à démontrer que les lois de Moïse ne contredisent pas les conceptions contemporaines, Maritain, Daniel-Rops et Guitton de l’époque…

L’un d’entre eux, le célèbre Philon d’Alexandrie, ne donnera-t-il pas aux érudits romains une lumineuse synthèse de l’esprit grec et de l’esprit juif? Sénèque en sera touché et, par lui, beaucoup d’autres. Les empereurs recevront des prêtres à leur cour (et des poètes, des comédiens, des historiens, qui ne cacheront pas leurs origines et leurs croyances). Les plus grandes dames romaines respecteront les règles alimentaires de la Thora et observeront le Sabbat tout comme de véritables juives. Même, on verra l’impératrice Poppée proclamer son admiration pour les livres sacrés et se laisser nommer une « prosélyte du seuil », quelques années avant que le peuple élu se révolte contre les prétentions néroniennes, en refusant le sacrifice quotidien à l’empereur, et paie cruellement sa témérité.

Il serait facile mais fastidieux de prolonger longuement cet échantillonnage, dont le seul but était de rappeler au lecteur que le prosélytisme n’est pas un phénomène typiquement catholique, ni uniquement chrétien, ni même contemporain. Le demi-milliard de croyants qui avouent aujourd’hui leur foi dans le Christ (parfois, sans la pratiquer) ne sauraient constituer, sur trois milliards deux cents millions d’humains, un pourcentage plus important que l’ensemble des Sémites, Egyptiens, zoroastriens, confucianistes, Romains, Syriens, Gaulois, etc. qui révéraient le Bélier (sinon Yahvé lui-même) au premier siècle avant J.-C., ou que la multitude de Sumériens, Akkadiens, goutéens, Egyptiens, Crétois et Achéens, Phéniciens et Indiens qui sacrifiaient au dieu-taureau vers 2200 avant notre ère. N’est-ce-pas précisément cette propagation quasi-universelle de la religion au seuil de ses plus grandes épreuves qui commande et explique sa volonté de survie?

L’orgueil du peuple élu

C’est bien elle, en tout cas, qui inspire à la race, à l’Eglise fidèle, en face des Etats panthéistes ou matérialistes qui la combattent ou l’asservissent, l’indestructible orgueil qu’on lui voit.

Au moment où la Terre quittait le signe du Bélier, 700 ans avant J.-C., ce même orgueil fit croire au vieil empire taurique que le temps était venu de renaître. Au cours de la première moitié du 7ème siècle, les textes assyriens retrouvés à Ninive apparaissent troublés, obsédés : les prêtres attendent la fin d’une ère, le renouveau…

L’éparpillement des races sémites de l’Ourartou et de la Palestine du Nord, l’écrasement d’Israël, la conquête de la Samarie et de Juda n’ont pas apaisé toute crainte mais fait naître un immense espoir. Le Bélier est abaissé; on l’imagine mort. N’est-ce-pas l’annonce, enfin, de la renaissance du Taureau?

Ce triomphe, l’Assyrie ne le connaîtra pas. Vers 631, Assourbanipal meurt; dans les vingt ans qui suivent, l’Assyrie a vécu. En 612, il ne reste plus rien de Ninive; vers 608, l’ultime résistance des vaincus prend fin.

Mais l’Assyrien, qu’était-ce? Vieux compagnon de route, oppresseur plutôt qu’allié… Sans remords, les Rois des Pays de la Mer ont aidé à sa destruction. C’est de la terre de Sumer qu’est né le dieu-taureau; c’est là qu’il doit revivre. Nabuchodonosor II, fils de Nabopolassar, est sacré roi de Babylone. Le temps de prendre Jérusalem, de la détruire et de disperser aux quatre vents le peuple du Bélier… Plus belle que jamais, la Ville est reconstruite, la vieille Babylone des légendes, où se dresse enfin le Temple du Dieu Unique, Mardouk, qui a vaincu les cycles de l’éternel retour et triomphé de son triomphateur.

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