{"id":638,"date":"2011-03-03T18:02:48","date_gmt":"2011-03-03T17:02:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=638"},"modified":"2011-03-03T18:56:47","modified_gmt":"2011-03-03T17:56:47","slug":"des-machines-mythologiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=638","title":{"rendered":"Des machines mythologiques&#8230;"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Des machines mythologiques<\/strong><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>aux machines litt\u00e9raires<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>par Lauric Guillaud<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em><br \/>\n<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0Dans l&rsquo;univers entier, notre univers,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>il n&rsquo;est plus que des mythomanes<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>ou des scientistes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Jean-Charles Pichon<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La formidable croissance du monde des machines depuis le XVIIIe si\u00e8cle n&rsquo;a pas oblit\u00e9r\u00e9 les capacit\u00e9s humaines \u00e0 construire d&rsquo;autres machines fantasmatiques ou d\u00e9lirantes, mais tout aussi complexes. Cette aptitude \u00e0 la construction imaginaire ressortit \u00e0 une \u00e9nergie mythique qu&rsquo;on trouve \u00e0 la base de machines bien r\u00e9elles, celles-l\u00e0. Vers la fin du XIXe si\u00e8cle, plusieurs cr\u00e9ations artistiques ou litt\u00e9raires manifestent la fantastique explosion du merveilleux m\u00e9canique, r\u00e9v\u00e9lant l&rsquo;immense machinerie mentale cach\u00e9e dans notre conscience. Un nouveau rapport s&rsquo;\u00e9tablit entre deux types de cr\u00e9ation : la machine et l&rsquo;\u00e9criture, r\u00e9v\u00e9lant de troublantes analogies. Les machines deviennent des mod\u00e8les qui semblent expliquer le fonctionnement de l&rsquo;esprit et du corps. L&rsquo;art refl\u00e8te ce dialogue balbutiant comme le montrent l&rsquo;av\u00e8nement de la science-fiction ou l&rsquo;essor du Futurisme \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du si\u00e8cle. La \u00ab\u00a0cr\u00e9ature\u00a0\u00bb de Frankenstein ou \u00ab\u00a0l&rsquo;Homme invisible\u00a0\u00bb de Wells, non contents d&rsquo;\u00eatre de simples fictions litt\u00e9raires, expriment la tragique solitude d&rsquo;\u00eatres mi-humains, mi-artificiels, en fait, pour reprendre le titre de l&rsquo;ouvrage de Michel Carrouges, d&rsquo;authentiques \u00ab\u00a0machines c\u00e9libataires\u00a0\u00bb qui personnifient l&rsquo;angoisse particuli\u00e8re de l&rsquo;homme moderne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Les machines c\u00e9libataires<\/strong><\/h2>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son livre paru en 1954 et r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1976, Carrouges analyse les figurations m\u00e9caniques en peinture et dans la litt\u00e9rature de l&rsquo;imaginaire, devenus selon l&rsquo;auteur les nouveaux masques des hommes en voie de m\u00e9canisation, tout en sugg\u00e9rant le parall\u00e9lisme g\u00e9n\u00e9ral des structures qui relient les machines c\u00e9libataires les unes aux autres dans l&rsquo;espace mental commun \u00e0 tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prolongeant l&rsquo;exploration des mythes modernes entreprise par les Bachelard, Jung, Dum\u00e9zil et Eliade, Carrouges tend \u00e0 montrer l&rsquo;enchev\u00eatrement des th\u00e8mes \u00e9tudi\u00e9s et \u00e0 d\u00e9gager leurs structures compar\u00e9es, d\u00e9montrant que le mythe des machines c\u00e9libataires signifie l&#8217;empire simultan\u00e9 du machinisme et du monde de la terreur, les effrayantes machines invent\u00e9es par Duchamp, Hodgson, Kafka et Roussel dressant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te leurs silhouettes fantastiques sur le seuil de l&rsquo;\u00e8re concentrationnaire (<em>La Maison au bord du monde <\/em>est publi\u00e9 en 1907, <em>Impressions d&rsquo;Afrique<\/em> en 1910, <em>La Mari\u00e9e<\/em> de Duchamp date de 1912-1914, <em>Locus Solus<\/em> et la <em>Colonie p\u00e9nitentiaire<\/em> de 1914).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s son \u00e9tude des mythes de l&rsquo;humanit\u00e9, contemporaine de celle de Mircea Eliade, Jean-Charles Pichon, quant \u00e0 lui, dans <em>Le Jeu de la r\u00e9alit\u00e9<\/em>, pose la question : \u00ab\u00a0Que se passerait-il s&rsquo;il se r\u00e9v\u00e9lait que des \u0153uvres si diverses mais \u00e9galement folles ne cessent, au cours des si\u00e8cles ambigus, de formuler une seule et m\u00eame r\u00e9alit\u00e9, le R\u00e9el m\u00eame, sauf du fanatisme religieux et de l&rsquo;illusion rationaliste?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pichon insiste sur l&rsquo;exclusion dont furent victimes selon lui des auteurs tels que Jarry, Roussel et Kafka, ridiculis\u00e9s de leur vivant, avant de conna\u00eetre une fin tragique. Des sept \u00e9crivains que Carrouges pr\u00e9sente comme les \u00ab\u00a0pr\u00e9curseurs\u00a0\u00bb des machines c\u00e9libataires, pas un seul ne fut tol\u00e9r\u00e9 ni m\u00eame reconnu par leurs contemporains. Ce sont : tr\u00e8s d\u00e9tach\u00e9, <em>Le Scarab\u00e9e d&rsquo;or<\/em> d&rsquo;Edgar Poe, puis <em>L&rsquo;Eve future<\/em> (1886) de Villiers de l&rsquo;Isle-Adam, <em>La Mari\u00e9e mise \u00e0 nu par ses c\u00e9libataires, m\u00eame<\/em> de Marcel Duchamp, <em>Les Impressions d&rsquo;Afrique<\/em> et <em>Locus Solus<\/em> de Raymond Roussel et <em>La Colonie p\u00e9nitentiaire <\/em>de Kafka, tous ant\u00e9rieurs \u00e0 1914.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la nouvelle version de son livre, publi\u00e9e en 1976, Michel Carrouges \u00e9tudie d&rsquo;autres auteurs comme Apollinaire, Jules Verne, Ir\u00e8ne Hillel-Erlanger, Bioy Casar\u00e8s, mais omet William H. Hodgson, Michel Leiris et Jean Cocteau. En toutes ces \u0153uvres, la Machine comporte quatre parties, dont le d\u00e9cryptage consiste uniquement en l&rsquo;\u00e9tude de chacune d&rsquo;elles. Ces parties ont pour nom le \u00ab\u00a0commandement indistinct\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la mari\u00e9e\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0le pendu\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le lit de supplice\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0le cimeti\u00e8re\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9claboussure\u00a0\u00bb. C&rsquo;est en confrontant la toile de Duchamp, <em>La Mari\u00e9e mise \u00e0 nu par ses c\u00e9libataires, m\u00eame<\/em> et <em>La Colonie p\u00e9nitentiaire<\/em> de Kafka que Carrouges eut l&rsquo;intuition des quatre \u00e9l\u00e9ments de la machine :<\/p>\n<p>Mari\u00e9e\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Commandement indistinct<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<p>Lit de supplice\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 Cimeti\u00e8re<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Octavio Paz, la <em>Mari\u00e9e<\/em> de Duchamp \u00ab\u00a0est l&rsquo;une des \u0153uvres les plus herm\u00e9tiques de notre si\u00e8cle\u00a0\u00bb, et sa signification est d&rsquo;autant plus complexe que tous les \u00e9l\u00e9ments m\u00e9caniques sont ambivalents. Dans la toile de Duchamp, entam\u00e9e en 1915 et \u00ab\u00a0finalement inachev\u00e9e\u00a0\u00bb en 1923, la machine comprend deux parties situ\u00e9es l&rsquo;une au-dessus de l&rsquo;autre (la \u00ab\u00a0mari\u00e9e\u00a0\u00bb en haut, les \u00ab\u00a0c\u00e9libataires\u00a0\u00bb en bas) qui son fonctionnellement unies. Dans la partie sup\u00e9rieure \u00e0 gauche, on aper\u00e7oit la pendue femelle, le squelette de la mari\u00e9e, puis un peu plus haut, vers la droite, cette esp\u00e8ce de d\u00e9pouille de chenille appel\u00e9e \u00ab\u00a0voie lact\u00e9e\u00a0\u00bb, et porteuse de l&rsquo;inscription d&rsquo;en haut. Graphiquement, de par sa forme mena\u00e7ante vers les c\u00e9libataires, le pendu femelle para\u00eet correspondre \u00e0 la herse de Kafka, tandis que l&rsquo;inscription d&rsquo;en haut \u00e9voque l&rsquo;id\u00e9e de dessin et correspond \u00e0 l&#8217;emplacement du dessinateur de Kafka.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, l&rsquo;appareil de <em>La Colonie p\u00e9nitentiaire<\/em> comprend aussi deux parties superpos\u00e9es. A l&rsquo;\u00e9tage sup\u00e9rieur se trouve un coffre rempli de rouages et appel\u00e9 le \u00ab\u00a0dessinateur\u00a0\u00bb qui donne l&rsquo;impulsion \u00e0 une herse mobile qui pend au-dessus de lui. Dessous, sur un second coffre appel\u00e9 \u00ab\u00a0le lit\u00a0\u00bb g\u00eet le corps du patient. Le supplice consiste en ceci que la herse est arm\u00e9e d&rsquo;aiguilles qui inscrivent dans la chair du condamn\u00e9 le commandement qu&rsquo;il a viol\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_641\" style=\"width: 205px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/Duchamp2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-641\" class=\"size-medium wp-image-641\" title=\"Duchamp2\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/Duchamp2-195x300.jpg\" alt=\"\" width=\"195\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/Duchamp2-195x300.jpg 195w, https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/Duchamp2.jpg 411w\" sizes=\"auto, (max-width: 195px) 100vw, 195px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-641\" class=\"wp-caption-text\">Marcel Duchamp La mari\u00e9e mise \u00e0 nu par ses c\u00e9libataires, m\u00eame<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Carrouges, la similitude dans la structure d&rsquo;ensemble est remarquable. Dans les deux cas, la marche g\u00e9n\u00e9rale de la machine est anim\u00e9e par des \u00ab\u00a0commandements\u00a0\u00bb qui partent de la partie sup\u00e9rieure. On constate par ailleurs une m\u00eame antinomie : chez Duchamp, \u00e0 la notion de commandement qui, d&rsquo;en haut, anime la machine, s&rsquo;oppose le fait qu&rsquo;il vient du squelette et de la d\u00e9pouille de la mari\u00e9e, de m\u00eame qu&rsquo;en bas les figurines simili-militaires insistent sur la notion de commandement, mais pour le p\u00e9trifier comme en t\u00e9moigne leur appellation de \u00ab\u00a0cimeti\u00e8re des uniformes et livr\u00e9es\u00a0\u00bb. Dans le conte de Kafka, les feuillets qui commandent la marche du dessinateur sont l&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;ancien commandant, mais celui-ci est mort et repose dans le tombeau que visitera le voyageur avant de repartir. D&rsquo;autre part, le soldat condamn\u00e9 pour motif de r\u00e9volte contre son sup\u00e9rieur \u00e9chappe au supplice et la machine elle-m\u00eame est d\u00e9truite. Nous sommes donc bien en pr\u00e9sence d&rsquo;un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0cimeti\u00e8re des uniformes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, pour Carrouges, l&rsquo;\u00e9claboussure en bas \u00e0 droite \u00e9voque le souvenir du vomissement ultime et rituel des condamn\u00e9s de la <em>Colonie<\/em> et les flots de sang qui jaillissent de l&rsquo;officier quand les aiguilles le transpercent. Ce vomissement est suivi est suivi d&rsquo;une \u00e9trange extase : \u00ab\u00a0Quel calme, \u00e9crit Kafka, s&#8217;empare de l&rsquo;homme \u00e0 la sixi\u00e8me heure! La connaissance se l\u00e8ve comme un soleil, m\u00eame pour le plus aveugle\u2026\u00a0\u00bb Chez Duchamp, l&rsquo;\u00e9claboussure correspond \u00e0 un \u00e9blouissement li\u00e9 \u00e0 une image solaire, image que l&rsquo;on pourrait rapprocher de la d\u00e9couverte du tr\u00e9sor dans <em>Le Scarab\u00e9e d&rsquo;or<\/em> de Poe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En explorant d&rsquo;autres \u0153uvres litt\u00e9raires de Lautr\u00e9amont, Verne, Roussel et Apollinaire, Carrouges souligne la permanence des machines aux rouages comparables et dont les quatre parties semblent toujours structur\u00e9es pareillement. La premi\u00e8re partie \u2013 le \u00ab\u00a0commandement indistinct\u00a0\u00bb \u2013 contient la m\u00eame inscription illisible au sommet droit des machines. Dans <em>Le Scarab\u00e9e d&rsquo;or<\/em>, l&rsquo;\u00e9crit n&rsquo;est pas d&rsquo;abord chiffr\u00e9, mais invisible. L&rsquo;inscription apparait aussi ind\u00e9chiffrable que celle de Kafka, et provoqu\u00e9e par le jeu, th\u00e8me dont l&rsquo;analogie avec le r\u00f4le des astres aux cimes des machines c\u00e9libataires chez Kafka, Duchamp et Roussel est \u00e9vidente. Dans <em>Le puits et le pendule<\/em> de Poe, le condamn\u00e9 est victime d&rsquo;une sentence de mort \u00e9dict\u00e9e par l&rsquo;Inquisition, inscription initiale, inexpliqu\u00e9e et sacr\u00e9e, prononc\u00e9e dans une r\u00e9gion sup\u00e9rieure. Hadaly, le robot f\u00e9minin de <em>L&rsquo;Eve future<\/em> de Villiers de L&rsquo;Isle-Adam, est tout enti\u00e8re cette inscription, simple ordinateur o\u00f9 s&rsquo;inscrivent en relief \u00ab\u00a0les gestes, la d\u00e9marche, les expressions et les attitudes de l&rsquo;\u00eatre ador\u00e9\u00a0\u00bb. Dans <em>L&rsquo;Invention de Morel<\/em> de Bioy Casar\u00e8s apparaissent les trois inscriptions d&rsquo;en haut : la premi\u00e8re, de la main m\u00eame de l&rsquo;homme r\u00e9fugi\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele, figure une femme gigantesque (ce qui nous confirme son statut de c\u00e9libataire), tandis que les deux autres, qu&rsquo;on retrouve dans le mus\u00e9e, r\u00e9v\u00e8lent le secret de la machine de l&rsquo;\u00eele.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans six appareils d\u00e9crits, la lecture impossible se double d&rsquo;un \u00ab\u00a0d\u00e9lit\u00a0\u00bb ind\u00e9termin\u00e9 ou d&rsquo;une figure ignoble. Le condamn\u00e9 de Kafka est puni pour avoir d\u00e9sob\u00e9i \u00e0 l&rsquo;ordre qu&rsquo;il ne pouvait conna\u00eetre. Dans <em>Locus Solus<\/em> de Roussel, le crime, non moins incertain (une agression \u00e9rotique manqu\u00e9e) vaut au \u00ab\u00a0soldat d&rsquo;autrefois\u00a0\u00bb d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9 dans la mosa\u00efque que dessine l&rsquo;appareil sur le sol. Dans <em>L&rsquo;Invention de Morel<\/em>, on trouve le th\u00e8me du proc\u00e8s \u00e0 travers le personnage du fugitif condamn\u00e9 \u00e0 la prison \u00e9ternelle d&rsquo;o\u00f9 il s&rsquo;est \u00e9chapp\u00e9 pour se r\u00e9fugier dans l&rsquo;\u00eele. Quant aux figures ignobles, elles sont chez Duchamp la \u00ab\u00a0larve cosmique\u00a0\u00bb \u2013 une pr\u00e9figuration des \u00ab\u00a0Grands Anciens\u00a0\u00bb de H. P. Lovecraft \u2013 chez Poe, le scarab\u00e9e; chez Villiers, la femme fatale est assimil\u00e9e \u00e0 une \u00ab\u00a0chenille pestif\u00e8re et brillante\u00a0\u00bb (on pense \u00e0 <em>La<\/em> <em>M\u00e9tamorphose <\/em>de Kafka), tandis que dans <em>Le Surm\u00e2le<\/em> de Jarry, l&rsquo;auteur \u00e9voque le papillon \u00e0 t\u00eate de mort, \u00ab\u00a0un grand sphinx atropos\u00a0\u00bb entr\u00e9 dans sa chambre de c\u00e9libataire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le dessin de Duchamp, la seconde partie se pr\u00e9sente comme la mari\u00e9e m\u00eame pendue. Dans <em>Le puits et le pendule<\/em>, le prisonnier d\u00e9couvre, au-dessus de lui, les th\u00e8mes confondus de la herse et du pendu sous la forme d&rsquo;un \u00e9pouvantable instrument d\u00e9crit en ces termes : \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait la figure peinte du temps, comme il repr\u00e9sent\u00e9 d&rsquo;ordinaire, sauf qu&rsquo;au lieu d&rsquo;une faux, il tenait un objet qu&rsquo;au premier coup d&rsquo;\u0153il, je pris pour l&rsquo;image peinte d&rsquo;une \u00e9norme pendule, comme on en voit dans les images anciennes\u00a0\u00bb. Dans <em>Le Scarab\u00e9e d&rsquo;or<\/em>, c&rsquo;est un fil, descendu de l&rsquo;arbre par \u00ab\u00a0l&rsquo;\u0153il de la t\u00eate de mort\u00a0\u00bb qui r\u00e9v\u00e8le l&#8217;emplacement du tr\u00e9sor. Dans <em>La Colonie<\/em>, la seconde partie de la machine est une \u00ab\u00a0dessinatrice\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0demoiselle\u00a0\u00bb qui, perpendiculaire \u00e0 l&rsquo;inscription, va la transcrire dans la chair du condamn\u00e9. La herse \u00e0 aiguilles de Kafka correspond aussi \u00e0 la hie de <em>Locus Solus<\/em> qui s&rsquo;offre comme une triple griffe perpendiculaire, agrippante et p\u00e9n\u00e9trante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce bourreau f\u00e9minin (la mari\u00e9e, la demoiselle, la hie) est lui-m\u00eame victime : le pendu. Carrouges va plus loin et suppose que le d\u00e9lit inconnu ou mal connu \u2013 impossibilit\u00e9 de lecture ou \u00e9rotisme manqu\u00e9 \u2013 n&rsquo;est jamais sans rapport avec la solitude de la demoiselle ou de la mari\u00e9e, comme dans <em>L&rsquo;Eve future<\/em> o\u00f9 l&rsquo;on assiste au drame de la femme incomprise et rejet\u00e9e. \u00ab\u00a0Le coupable, quel que soit son crime, s&rsquo;est arrach\u00e9 d&rsquo;abord \u00e0 la Nature, \u00e0 l&rsquo;Etre, \u00e0 la loi \u00e9ternelle que la femme figure : son ch\u00e2timent n&rsquo;est autre que son d\u00e9lit\u00a0\u00bb, affirme J.-C. Pichon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;inscription illisible et au pendu en suspension, dans la partie sup\u00e9rieure de l&rsquo;appareil, correspondent les deux parties inf\u00e9rieures. La premi\u00e8re est l&rsquo;endroit, couche, rigole, route o\u00f9 peinent les supplici\u00e9s. Dans <em>Le puits et le pendule<\/em>, c&rsquo;est l&rsquo;angoisse du prisonnier pris entre la faux qui le menace et le puits qui s&rsquo;ouvre pr\u00e8s de lui; dans <em>L&rsquo;Eve future<\/em>, ce sera l&rsquo;impuissance du h\u00e9ros \u00e0 aimer la femme illusoire, Hadaly demeurant l&rsquo;Id\u00e9al (Vierge ou c\u00e9libataire, elle ne propose qu&rsquo;une impossible hi\u00e9rogamie). Dans Kafka, le condamn\u00e9 est attach\u00e9 sur sa couche, nu, et un b\u00e2illon \u00e9touffe ses cris, tandis que la herse le lac\u00e8re. Dans Roussel, le lieu de supplice est la mosa\u00efque sur le sol dont est captif le vieux soldat. Dans <em>Faustroll<\/em>, Jarry d\u00e9crit un bateau-lit qu&#8217;emprunte le h\u00e9ros pour fuir, et dans <em>Le Surm\u00e2le<\/em>, le supplice est diff\u00e9rent : il s&rsquo;agit de l&rsquo;effort surhumain que s&rsquo;imposent les cyclistes pour battre le train. \u00ab\u00a0Mais toujours le lieu de torture est plus bas que le tourmenteur\u00a0\u00bb, \u00e9crit Pichon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La derni\u00e8re partie que Kafka nomme \u00ab\u00a0cimeti\u00e8re des uniformes\u00a0\u00bb est figur\u00e9e par une succession de sc\u00e8nes ou de tableaux. C&rsquo;est, d&rsquo;une part, un lieu de mort, d&rsquo;autre part, un lieu de travers\u00e9e. La mort est partout pr\u00e9sente. A pr\u00e8s avoir d\u00e9frich\u00e9 les broussailles \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une faux, les h\u00e9ros du <em>Scarab\u00e9e d&rsquo;or<\/em> d\u00e9couvrent soudain un amas d&rsquo;ossements et de boutons de m\u00e9tal, authentique cimeti\u00e8re des uniformes. Dans <em>L&rsquo;Eve future<\/em>, la mort de l&rsquo;andro\u00efde, enferm\u00e9 dans un cercueil d&rsquo;\u00e9b\u00e8ne, correspond \u00e0 l&rsquo;incendie qui \u00e9clate \u00e0 bord du steamer. Chez Kafka, le supplice du nouveau commandant suit la mort du condamn\u00e9. Dans <em>Faustroll<\/em>, le d\u00e9sastre est universel, et dans <em>Voyages en Kal\u00e9idoscopie<\/em> d&rsquo;Ir\u00e8ne Hillel-Erlanger, le kal\u00e9idoscope provoque la destruction de tout un quartier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme l&rsquo;\u00e9crit Pichon, la mort, \u00ab\u00a0essentiellement est un d\u00e9nuement ensemble qu&rsquo;un d\u00e9nouement : la n\u00e9cessit\u00e9 absolue, en m\u00eame temps qu&rsquo;un enrichissement absolu\u00a0\u00bb. Du coffre en forme de cercueil jaillit l&rsquo;\u00e9blouissement du tr\u00e9sor dans <em>Le Scarab\u00e9e d&rsquo;or<\/em>, alors que Kafka d\u00e9crit une \u00e9trange extase : \u00ab\u00a0Ah! comme nous \u00e9tions tous \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt de la transfiguration qui illuminait le visage martyris\u00e9, comme nous tendions nos joues aux rayons de cette justice qu&rsquo;on atteignait enfin et qui fuyait d\u00e9j\u00e0\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais vain est le suicide de l&rsquo;officier qui prend soudain la place du condamn\u00e9. La machine priv\u00e9e de sens se d\u00e9traque, la herse n&rsquo;\u00e9crit plus, le dessinateur vomit ses rouages. L&rsquo;officier qui a reni\u00e9 l&rsquo;ancien testament du vieux commandant meurt sans entrer dans aucun myst\u00e8re et sans conna\u00eetre la d\u00e9livrance. Ainsi, ajoute Pichon, \u00ab\u00a0pour celui qui n&rsquo;est pas conforme, la quatri\u00e8me partie n&rsquo;est vraiment qu&rsquo;un cimeti\u00e8re, car il n&rsquo;est d&rsquo;autre salut possible que la r\u00e9v\u00e9lation de l&rsquo;illisible inscription par les plaies de son propre corps ou les \u00e9tapes de sa propre souffrance ou les p\u00e9rip\u00e9ties absurdes de tous les <em>voyages<\/em>. De tous les morts des <em>Gestes et opinions<\/em>, seul le Dr Faustroll atteint \u00e0 l&rsquo;inconnue dimension, de tous les personnages de <em>Locus Solus<\/em>, seule Faustine conna\u00eetra l&rsquo;espoir de son futur accomplissement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Carrouges n&rsquo;a pas tort, ici, de parler de \u00ab\u00a0travers\u00e9e du miroir\u00a0\u00bb, r\u00e9p\u00e9tant Carroll et Cocteau. A la travers\u00e9e ne survit \u2013 au-del\u00e0 de la mort \u2013 que le voyageur qui sait souffrir sans s&rsquo;\u00e9mouvoir, ni de la douleur ni du d\u00e9sir ni du regret, lecteur jusqu&rsquo;au bout de l&rsquo;indicible. Son propre vomissement ou flamboiement, alors, n&rsquo;est autre que sa d\u00e9livrance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Les machines de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9<\/strong><\/h2>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son ouvrage en deux volumes, <em>Le Jeu de la R\u00e9alit\u00e9<\/em>, J.-C. Pichon pr\u00e9sente une \u00e9tude, conclusion d&rsquo;une qu\u00eate de vingt-trois ans, initialement historique : la reconnaissance et le recensement des croyances humaines de tous les temps et de tous les pays. Ce recensement historique des mythes et des croyances a mis en lumi\u00e8re des cycles du temps et incit\u00e9 Pichon \u00e0 \u00e9tudier ceux-ci en tant que tels. Dans le tome 1, <em>Les Pr\u00e9cis ridicules<\/em>, il nous livre les diff\u00e9rentes approches de l&rsquo;\u00e9tude des cycles men\u00e9e par Ez\u00e9chiel, Platon, Lie Tseu, les Herm\u00e9tistes, Kant, Jung, les \u00ab\u00a0C\u00e9libataires\u00a0\u00bb, et dans le tome 2, <em>La Machine de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9<\/em>, il explore le cycle m\u00eame et y d\u00e9couvre de surprenantes concordances entre la qu\u00eate \u00e9sot\u00e9rique d&rsquo;une part, la recherche scientifique de l&rsquo;autre. La qu\u00eate de Pichon se fonde sur le jeu des nombres et vise une \u00ab\u00a0approche de l&rsquo;Etre\u00a0\u00bb \u00e0 travers ce que l&rsquo;\u00e9crivain appelle lui-m\u00eame sa \u00ab\u00a0m\u00e9thodique et ludique d\u00e9marche\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 partir des <em>Machines c\u00e9libataires<\/em> de Carrouges que Pichon se livre \u00e0 une \u00e9tude des machines contemporaines, particuli\u00e8rement chez Roussel et Jarry, d\u00e9plorant que Carrouges n&rsquo;aille pas assez loin dans ses conclusions. Il constate que chez la plupart des auteurs \u00e9voqu\u00e9s, les nombres ne sont pas pr\u00e9cis\u00e9s, seulement visibles dans l&rsquo;\u0153uvre de Duchamp, et que les appareils des pr\u00e9curseurs, Poe et Villiers, sont simples : les quatre parties de l&rsquo;appareil en d\u00e9couvrent tout le secret. Au contraire, Roussel est prolixe en m\u00eame temps que minutieux, et <em>Locus Solus<\/em> se pr\u00e9sente comme une description qui insiste sur la num\u00e9ration, le premier chapitre jouant des 3 et des 4, et le troisi\u00e8me du 7, avec la description de \u00ab\u00a0sept ludions en suspension\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Pichon, c&rsquo;est la \u00ab\u00a0pataphysique\u00a0\u00bb de Jarry, enti\u00e8rement contenue dans les <em>Gestes et opinions du Dr Faustroll<\/em>, qui est la plus parfaite, et Pichon montre que Jarry, parodiant le langage scientifique (le calcul de la longueur d&rsquo;ordre par le temps) et le langage pseudo-\u00e9sot\u00e9rique (les calculs d\u00e9duits des dimensions des pyramides), parvient \u00e0 \u00e9crire un v\u00e9ritable trait\u00e9 herm\u00e9tique \u00e0 la num\u00e9ration rigoureuse. Se rappelant les 19 \u00ab\u00a0lettres vivantes\u00a0\u00bb du proph\u00e8te iranien du XIXe si\u00e8cle, le B\u00e2b, et son affirmation que les lettres seront 27 le jour o\u00f9 le nouveau (dieu) sera survenu, Pichon \u00e9tablit un lien avec Jarry, dont le premier livre du <em>Faustroll<\/em> porte le nombre 27 comme la <em>Kosmopoiia<\/em> grecque, et se compose des 27 livres de la biblioth\u00e8que de Faustroll et des 27 \u00ab\u00a0\u00e9lus\u00a0\u00bb tir\u00e9s de ces livres. Pichon cite la conclusion du livre de Jarry, \u00ab\u00a0Dieu est le point tangent de z\u00e9ro et de l&rsquo;infini\u00a0\u00bb, que toutes les machines, selon lui, contiennent en germe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reprochant \u00e0 Carrouges de ne pas s&rsquo;\u00eatre pr\u00e9occup\u00e9 du sens des machines, sens soigneusement d\u00e9crit par Jarry et Roussel, sinon en ce qui concerne le sens vertical de la lecture au supplice, Pichon note que dans le <em>Locus Solus<\/em> du moins, la promenade des h\u00f4tes reconduit bien du sud-est au nord-ouest (son point de d\u00e9part) et chez Kafka, la fin du supplice, au sud-est, reconduit de m\u00eame \u00e0 la lecture de l&rsquo;ind\u00e9chiffrable inscription. Chez Poe, Villiers, Jarry et Leiris m\u00eame (<em>Le Point cardinal<\/em>, 1927), la \u00ab\u00a0r\u00e9surrection\u00a0\u00bb est toujours une \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire une lecture encore, des caract\u00e8res ou du secret d&rsquo;abord jug\u00e9 ind\u00e9chiffrable. Et Pichon de conclure : \u00ab\u00a0Non seulement les machines ont une forme commune et usent des m\u00eames nombres, mais, \u00e9videmment ou non, elles sont r\u00e9gies par un seul sens de marche, d\u00e9fini par ce graphisme :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/Machine002.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-642\" title=\"Machine002\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/Machine002.jpg\" alt=\"\" width=\"223\" height=\"96\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00e0 l&rsquo;exception de la partie sup\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;est, dont le sens est mal d\u00e9fini en raison de son informit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 <em>La Maison au bord du monde<\/em> de Hodgson que Pichon emprunte son titre <em>La Machine de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9<\/em>, notant qu&rsquo;identique quant au rythme et \u00e0 la forme aux machines de <em>Faustroll<\/em> et du <em>Locus Solus<\/em>, la machine de Hodgson s&rsquo;en distingue en cela que le rire n&rsquo;y a plus place. Les figures du nord-ouest (sur la montagne) sont glac\u00e9es ou sinistres; les monstres qui sortent de l&rsquo;ab\u00eeme situ\u00e9 sous la maison terrifient le h\u00e9ros (et le lecteur avec lui). Le \u00ab\u00a0voyage dans l&rsquo;espace\u00a0\u00bb ne l\u00e8ve que l&rsquo;angoisse et le \u00ab\u00a0retour des temps\u00a0\u00bb, au sud-est de la machine, n&rsquo;est que la description d&rsquo;une suite de malheurs : la mort du chien, le retour des diables, l&rsquo;effritement de toute mati\u00e8re, l&rsquo;incendie de la maison et la mort du h\u00e9ros.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pichon sugg\u00e8re : \u00ab\u00a0Une telle angoisse \u2013 m\u00e9taphysique \u2013 fait le caract\u00e8re permanent des grandes machines religieuses que sont les jardins mayas, les 10 et les 12 de la <em>Kabbale<\/em> primitive, le jeu des anges et des d\u00e9mons dans le <em>Coran<\/em>, les chronologies hindouistes. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tude minutieuse des num\u00e9rations, \u00e0 la lumi\u00e8re des machines herm\u00e9tiques, qui am\u00e8ne Pichon \u00e0 substituer aux quatre parties d\u00e9finies par Carrouges les quatre concepts d&rsquo;Etendue, de Dur\u00e9e, d&rsquo;Espace et de Temps. L'\u00a0\u00bbEtendue\u00a0\u00bb, deuxi\u00e8me lieu, est le mieux connu, et d\u00e9signe le monde de l&rsquo;apparence; c&rsquo;est le devenir, l&rsquo;\u00e9tiquette, le d\u00e9sir, mais aussi la limitation. Le lit de supplice n&rsquo;est autre que la Dur\u00e9e, de la vie vou\u00e9e \u00e0 la mort, ce que Pichon compare \u00e0 l&rsquo;Entropie thermodynamique, \u00e0 la d\u00e9sint\u00e9gration de l&rsquo;isotope, que la <em>Kosmopoiia<\/em>, jadis, figurait par les 7 rires de Dieu. Ces 7 sont, chez Roussel, les 7 ludions, chez Jarry les 7 cyclistes du <em>Surm\u00e2le<\/em>, ou les 7 jours de la mort universelle dans <em>Faustroll<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Dur\u00e9e\u00a0\u00bb signifie tant\u00f4t la succession des temps, tant\u00f4t le seul temps que \u00ab\u00a0dure\u00a0\u00bb une chose d\u00e9termin\u00e9e. Selon Pichon, cette dialectique en forme de renversement est refl\u00e9t\u00e9e dans toutes les \u00ab\u00a0machines du rire\u00a0\u00bb, dans cette partie au sud-ouest, o\u00f9 les cyclistes du <em>Surm\u00e2le<\/em> ont soudain l&rsquo;impression de rouler la t\u00eate en bas, o\u00f9 les rires de Dieu s&rsquo;inversent (du 4<sup>\u00e8me<\/sup> au 7<sup>\u00e8me<\/sup>), o\u00f9 l&rsquo;agr\u00e9ment du lit de supplice, dans Kafka, c\u00e8de brusquement la place \u00e0 la torture, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 4<sup>\u00e8me<\/sup> lieu, l'\u00a0\u00bbEspace\u00a0\u00bb, est l&rsquo;hiver parmi les 4 saisons, la \u00ab\u00a0mati\u00e8re noire\u00a0\u00bb, dont l&rsquo;antique alchimie faisait la pierre premi\u00e8re\/derni\u00e8re des transmutations; cette \u00ab\u00a0annihilation de la r\u00e9alit\u00e9 durable de la mati\u00e8re\u00a0\u00bb, en laquelle, le 17 d\u00e9cembre 1907, Hodgson a vu comme \u00ab\u00a0l&rsquo;ossature de la machine de l&rsquo;Eternit\u00e9\u00a0\u00bb, et que, dans son \u00ab\u00a0m\u00e9canisme de l&rsquo;infinit\u00e9\u00a0\u00bb, Henri Michaux consid\u00e8re comme le \u00ab\u00a0sordide\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0pitoyable\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0piteux\u00a0\u00bb, dans <em>Mis\u00e9rable Miracle<\/em>. C&rsquo;est \u00e9galement l'\u00a0\u00bbInvisible\u00a0\u00bb de Mahomet, la chose inexprimable, d&rsquo;autant plus horrible, ou l&rsquo;inscription ind\u00e9chiffrable que les machines c\u00e9libataires placent in\u00e9vitablement au nord-est de l&rsquo;appareil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le \u00ab\u00a0Temps\u00a0\u00bb, cit\u00e9 en dernier par Pichon, est pourtant le premier des quatre lieux, mais le moins concevable ou, sinon, le moins accept\u00e9. On le trouve d\u00e9crit en dernier de m\u00eame, sous les noms de \u00ab\u00a0vomissure finale\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0l&rsquo;inconnue dimension\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0l&rsquo;explosion r\u00e9demptrice\u00a0\u00bb, de la \u00ab\u00a0n\u00e9buleuse verte\u00a0\u00bb, et au sud-est de la machine toujours. Ce lieu est \u00e0 la fois le commencement de l&rsquo;ordre et la pointe aigu\u00eb du n\u00e9ant. Les \u00ab\u00a0cimeti\u00e8res\u00a0\u00bb de Kafka et Leiris, les tableautins de Roussel et de Jarry, les uns et les autres historiques. Mais aussi l&rsquo;au-del\u00e0 de la mort pour <em>Faustroll<\/em>, la renaissance de Faustine, le \u00ab\u00a0final ab\u00eeme dont les flammes\u00a0\u00bb, dit le <em>Coran<\/em>, \u00ab\u00a0s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent toutes droites comme des pyramides\u00a0\u00bb \u00e0 la derni\u00e8re\/premi\u00e8re heure du jour ou que redresse en effet le cycle. Dans <em>La Colonie p\u00e9nitentiaire<\/em>, une fois que l&rsquo;officier s&rsquo;est suicid\u00e9 sur l&rsquo;engin de torture, le voyageur regagne le port. Chemin faisant, on lui montre la tombe de l&rsquo;ancien commandant o\u00f9 il peut lire : \u00ab\u00a0Une proph\u00e9tie nous assure qu&rsquo;au bout d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;ann\u00e9es, le commandant ressuscitera et, partant de cette maison, emm\u00e8nera tous ses fid\u00e8les reconqu\u00e9rir la colonie. Croyez et attendez\u00a0\u00bb. Il faut attendre la r\u00e9surrection, comme le dit aussi Jarry dans <em>Chez la Muse<\/em> : \u00ab\u00a0La mort n&rsquo;est pas \u00e9ternelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, en ajoutant la num\u00e9rotation et le sens aux machines d\u00e9crites par Carrouges, Pichon nous fait basculer de la litt\u00e9rature vers l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme, du moins vers la m\u00e9taphysique. La nouvelle quadrilogie mise en \u0153uvre nous invite \u00e0 une lecture plus approfondie, d&rsquo;une part, de certaines \u0153uvres tenues pour n\u00e9gligeables jusqu&rsquo;ici, et d&rsquo;autre part des grands textes herm\u00e9tiques de l&rsquo;humanit\u00e9 qui montrent la permanence d&rsquo;une qu\u00eate commune \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9laboration intuitive de la \u00ab\u00a0Machine de l&rsquo;Eternit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Post\u00e9rit\u00e9 litt\u00e9raire des machines<\/strong><\/h2>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parlant de la toile de Duchamp, Arturo Schwartz affirma un jour que l&rsquo;artiste \u00ab\u00a0nous avait livr\u00e9 l&rsquo;une des \u0153uvres les plus utiles de la pens\u00e9e occidentale\u00a0\u00bb. Carrouges, et surtout Pichon, nous ont indiqu\u00e9 la voie \u00e0 suivre pour se servir de cet outil qui illumine la machinerie mentale \u00e0 la base de la cr\u00e9ation. Il suffira de quelques exemples pris dans la litt\u00e9rature de l&rsquo;imaginaire (fantastique, science-fiction) ou le cin\u00e9ma pour illustrer la \u00ab\u00a0m\u00e9thode ludique\u00a0\u00bb de Carrouges et Pichon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques \u0153uvres connues r\u00e9v\u00e8lent la structure quadripartite de la \u00ab\u00a0machine c\u00e9libataire\u00a0\u00bb, ou du moins quelques composantes essentielles telles que l&rsquo;inscription illisible au sommet. Dans <em>La Chute de la maison Usher<\/em> de Poe, l&rsquo;inscription myst\u00e9rieuse est symbolis\u00e9e par les livres occultes situ\u00e9s dans la biblioth\u00e8que \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage. De m\u00eame, dans <em>La Cl\u00e9 d&rsquo;argent<\/em> de Lovecraft, Randolph Carter trouve dans un grenier un parchemin compos\u00e9 de \u00ab\u00a0bizarres hi\u00e9roglyphes trac\u00e9s au roseau dans une langue inconnue\u00a0\u00bb, ainsi qu&rsquo;une ancienne cl\u00e9 qui d\u00e9clenchera la qu\u00eate finale de sa jeunesse perdue. En ce qui concerne les th\u00e8mes de la transgression et de la r\u00e9pulsion qu&rsquo;on trouve associ\u00e9s \u00e0 la partie sup\u00e9rieure de l&rsquo;appareil, ils apparaissent dans <em>Frankenstein<\/em> de Mary Shelley, o\u00f9 un savant perce les secrets de la nature en \u00e9tudiant \u00ab\u00a0la corruption naturelle du corps humain\u00a0\u00bb. Chez Wells, le h\u00e9ros maudit de <em>L&rsquo;Homme invisible<\/em> incarne l&rsquo;inscription invisible des pouvoirs qu&rsquo;il a transcend\u00e9s. Dans <em>La Machine \u00e0 explorer le temps<\/em>, le voyageur, qui a domin\u00e9 les secrets du temps, tente anxieusement de d\u00e9chiffrer l&rsquo;\u00e9nigme de la \u00ab\u00a0face blanche l\u00e9preuse du sphinx creux\u00a0\u00bb qui renferme sa machine. Les protagonistes de <em>La Maison au bord du monde<\/em> de Hodgson et des <em>Montagnes hallucin\u00e9es<\/em> de Lovecraft observent \u00e9galement d&rsquo;\u00e9tranges inscriptions qui proph\u00e9tisent les horreurs innommables qui suivront.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le motif mena\u00e7ant de la \u00ab\u00a0mari\u00e9e\u00a0\u00bb suspendue appara\u00eet dans <em>Frankenstein<\/em>, le ch\u00e2timent du scientifique \u00e9tant li\u00e9 \u00e0 la menace de la cr\u00e9ature (\u00ab\u00a0Je serai avec toi le soir de ta nuit de noces\u00a0\u00bb). Dans <em>La Maison au bord du monde<\/em>, le voyageur hallucin\u00e9 essaye d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment d&rsquo;atteindre la silhouette flottante de sa vaporeuse bien-aim\u00e9e, dont les avertissements \u00e0 propos de la maison maudite semblent vains. Quelque d\u00e9lit inconnu semble sceller le destin du h\u00e9ros : dans <em>A travers les Portes de la Cl\u00e9 d&rsquo;argent<\/em> de Lovecraft, la qu\u00eate de Randolph Carter est ponctu\u00e9e par \u00ab\u00a0le rythme anormal de cette horloge en forme de cercueil, couverte de myst\u00e9rieux hi\u00e9roglyphes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La partie inf\u00e9rieure de la machine est indubitablement un lieu de tourment. Dans <em>Usher<\/em>, c&rsquo;est la crypte o\u00f9 Madeline a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e vivante. Dans <em>Frankenstein<\/em>, le savant est contraint de \u00ab\u00a0passer des jours et des nuits dans des caveaux et charniers souterrains\u00a0\u00bb, afin de proc\u00e9der \u00e0 ses exp\u00e9riences diaboliques. Dans <em>La Machine \u00e0 explorer le temps<\/em>, le monde infernal des Morlocks contraste avec la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 apparente du monde sup\u00e9rieur. Le nom m\u00eame des Morlocks pr\u00e9figure le dieu Moloch qui symbolise les travailleurs esclaves du monde inf\u00e9rieur peinant sur leurs machines pour les ma\u00eetres de M\u00e9tropolis dans le film de Fritz Lang. Les monstres porcins qui assi\u00e8gent la <em>maison au bord du monde<\/em> surgissent d&rsquo;un puits situ\u00e9 sous la maison. De m\u00eame, Gosseyn, le h\u00e9ros du <em>Monde des non-A<\/em> de Van Vogt, est emprisonn\u00e9 dans la section inf\u00e9rieure de la Machine de 7 \u00e9tages qui remet en cause son identit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le stade final, apparemment le plus tragique, correspond \u00e0 un lieu de mort, comme en t\u00e9moignent la dissolution du h\u00e9ros de <em>La Maison au bord du monde<\/em>, confront\u00e9 \u00e0 la vision apocalyptique de la fin du syst\u00e8me solaire; la vision finale de notre plan\u00e8te agonisante par le voyageur du temps de Wells; ou la mort du \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb apr\u00e8s celle de Frankenstein. Dans <em>Usher<\/em>, l'\u00a0\u00bb\u00e9claboussure\u00a0\u00bb finale (cons\u00e9cutive \u00e0 la r\u00e9surrection de Madeline et \u00e0 la disparition de la maison) est \u00ab\u00a0le fracas tumultueux comme la voix de mille cataractes\u00a0\u00bb. Toutefois, comme le sugg\u00e8re Pichon, la mort d\u00e9bouche sur la r\u00e9v\u00e9lation, voire la r\u00e9surrection parfois. On se souvient des paroles de la cr\u00e9ature de Frankenstein avant son suicide rituel : \u00ab\u00a0Mais bient\u00f4t [\u2026], je mourrai; [\u2026] Je monterai triomphant sur mon b\u00fbcher fun\u00e9raire, et je tressaillirai de joie dans l&rsquo;agonie, au milieu des flammes d\u00e9vorantes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/Machine003.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-643\" title=\"Machine003\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/Machine003.jpg\" alt=\"\" width=\"455\" height=\"492\" srcset=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/Machine003.jpg 455w, https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/Machine003-277x300.jpg 277w\" sizes=\"auto, (max-width: 455px) 100vw, 455px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La \u00ab\u00a0dimension inconnue\u00a0\u00bb est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 ceux qui survivent \u00e0 la descente aux enfers, tels Allan Quater man ou Randolph Carter. Allan Quatermain, dans <em>She<\/em> et <em>Allan<\/em> De H. R. Haggard, peut certes envisager l&rsquo;immortalit\u00e9 dans la derni\u00e8re phase de son r\u00eave, mais semble vou\u00e9 finalement \u00e0 la solitude : Ayesha ne sera jamais \u00e0 lui. Dans <em>A la recherche de Kadath<\/em> de Lovecraft, Carter le \u00ab\u00a0maudit\u00a0\u00bb finit par apprendre que \u00ab\u00a0[sa] merveilleuse cit\u00e9 d&rsquo;or et de marbre n&rsquo;est que la somme de ce qu&rsquo; [il] a aim\u00e9 dans [sa] jeunesse\u00a0\u00bb. Il pourra ainsi revoir la Nouvelle-Angleterre. A la fin de <em>Kadath<\/em>, carter vit une exp\u00e9rience cyclique apr\u00e8s sa chute \u00ab\u00a0\u00e0 travers ces vides infinis remplis de t\u00e9n\u00e8bres vivantes\u00a0\u00bb : \u00a0\u00bb Dans la marche lente et rampante de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, le dernier cycle du cosmos se baratta lui-m\u00eame en un autre avatar passager et toutes choses redevinrent ce qu&rsquo;elles avaient \u00e9t\u00e9 d&rsquo;incalculables kalpas auparavant. La mati\u00e8re et la lumi\u00e8re \u00e9taient n\u00e9es de nouveau telles qu&rsquo;autrefois l&rsquo;espace les avait connues; les com\u00e8tes, les soleils et les mondes s&rsquo;\u00e9lanc\u00e8rent flamboyants dans la vie sans que rien ne surv\u00e9c\u00fbt pour dire qu&rsquo;ils avaient exist\u00e9 et avaient disparu, toujours et toujours sans commencement ni fin\u00a0\u00bb. A pr\u00e8s avoir entrevu l&rsquo;avenir sombre de l&rsquo;humanit\u00e9, l&rsquo;infortun\u00e9 voyageur du temps de Wells semble condamn\u00e9 \u00e0 errer \u00e0 jamais dans quelque autre dimension; et la mort finale du narrateur de <em>La Maison au bord du monde<\/em> est le ch\u00e2timent in\u00e9vitable qui frappe celui qui a transgress\u00e9 les secrets de l&rsquo;univers. \u00ab\u00a0Nul moyen d&rsquo;y \u00e9chapper\u00a0\u00bb, \u00e9crit Hodgson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;on applique la m\u00eame structure au <em>Conte de No\u00ebl<\/em> de Dickens, les quatre parties apparaissent clairement, dont trois symbolis\u00e9es par les trois esprits qui tourmentent M. Scrooge. On reconna\u00eet l&rsquo;Etendue et son monde profane de l&rsquo;\u00e9tiquette, la Dur\u00e9e repr\u00e9sent\u00e9e par le premier esprit qui incarne l'\u00a0\u00bbincessante torture de l&rsquo;univers\u00a0\u00bb et montre \u00e0 Scrooge sa jeunesse g\u00e2ch\u00e9e, notamment sa fianc\u00e9e perdue. Le deuxi\u00e8me esprit qui figure l&rsquo;Espace est l'\u00a0\u00bbEsprit des No\u00ebls pass\u00e9s\u00a0\u00bb qui r\u00e9v\u00e8le \u00e0 Scrooge l&rsquo;hiver sordide et sombre de la pauvret\u00e9 et du malheur. Le Temps, premi\u00e8re et derni\u00e8re partie \u00e0 la fois, qu&rsquo;incarne la Mort en personne, est le troisi\u00e8me esprit qui appara\u00eet \u00e0 minuit et conduit Scrooge au cimeti\u00e8re. L\u00e0, Scrooge d\u00e9chiffre l&rsquo;inscription sur une tombe : son propre nom. Terrifi\u00e9, Scrooge promet : \u00ab\u00a0Je vivrai dans le Pass\u00e9, le Pr\u00e9sent et l&rsquo;Avenir\u00a0\u00bb. Son repentir provoque sa renaissance et son extase. La vie reflue vers lui, personnifi\u00e9e par le jeune Tim dont il deviendra le nouveau p\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les h\u00e9ritiers de la \u00ab\u00a0pataphysique\u00a0\u00bb ne sont pas en reste si l&rsquo;on pense aux \u0153uvres de Boris Vian. Nous trouvons dans <em>L&rsquo;Herbe rouge <\/em>une sorte de machine \u00e0 explorer le temps que l&rsquo;auteur compare \u00e0 un \u00ab\u00a0papillon\u00a0\u00bb ou \u00e0 une \u00ab\u00a0toile d&rsquo;araign\u00e9e\u00a0\u00bb, typique des \u00ab\u00a0machines c\u00e9libataires\u00a0\u00bb. Le \u00ab\u00a0Jeu de la saignette\u00a0\u00bb \u2013 jeu sadique consistant \u00e0 projeter des aiguilles dans la chair de victimes ligot\u00e9es et nues \u2013 nous rappelle le lit de torture de Kafka. Mais c&rsquo;est dans <em>L&rsquo;Ecume des jours<\/em> que se manifeste le plus tragiquement l&rsquo;implication de l&rsquo;homme et de la machine. Colin, le h\u00e9ros de Vian, condamn\u00e9 \u00e0 la solitude en raison de la maladie incurable de sa femme Chlo\u00e9, s&rsquo;\u00e9chine dans un atelier de cauchemar. Au-dessus de lui, quatre machines sont activ\u00e9es par quatre hommes, surplombant \u00ab\u00a0la gueule rouge et sombre des fours de pierre tout en bas\u00a0\u00bb. Des fluides passent en ronflant dans de gros tuyaux, dans la \u00ab\u00a0pulsation du c\u0153ur m\u00e9canique\u00a0\u00bb, tandis que de longs jets d&rsquo;essence traversent obliquement la pi\u00e8ce. Une \u00ab\u00a0discordance\u00a0\u00bb perce le vacarme lorsqu&rsquo;un des \u00ab\u00a0jets\u00a0\u00bb s&rsquo;arr\u00eate et reste immobile, telle une \u00ab\u00a0lame de faux\u00a0\u00bb, provoquant l&rsquo;arr\u00eat des machines et le d\u00e9chiquetage des hommes \u00ab\u00a0par les engrenages avides\u00a0\u00bb. Cela confirme la remarque de Linda K. Stillman : \u00ab\u00a0Fondamentalement, la machine c\u00e9libataire atteint pr\u00e9cis\u00e9ment son z\u00e9nith fonctionnel quand on la surm\u00e8ne, qu&rsquo;elle a des rat\u00e9s ou qu&rsquo;elle se d\u00e9traque\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;une des descriptions les plus fascinantes de machines cosmiques est fournie par le c\u00e9l\u00e8bre roman d&rsquo;A. C. Clarke, <em>2001, Odyss\u00e9e de l&rsquo;espace<\/em>, immortalis\u00e9 par le film de S. Kubrick sorti en 1968. Nombre d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments de la qu\u00eate de Bowman (=\u00a0\u00bbl&rsquo;Archer\u00a0\u00bb) pr\u00e9sentent des analogies avec nos machines : le nom m\u00eame de la capsule (<em>Discovery<\/em>, ou bien Alice), la <em>Voie Lact\u00e9e<\/em>, l&rsquo;\u00e9nigme rayonnante du monolithe, les r\u00e9pugnantes \u00ab\u00a0limaces transparentes\u00a0\u00bb, le voyage de Bowman \u00e0 travers \u00ab\u00a0une autre dimension du temps et de l&rsquo;espace\u00a0\u00bb, sa descente aux \u00ab\u00a0Enfers\u00a0\u00bb \u00e0 travers \u00ab\u00a0l&rsquo;Ab\u00eeme\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0Pays de la Nuit\u00a0\u00bb, la sensation d&rsquo;effectuer un voyage \u00ab\u00a0pr\u00e9ordonn\u00e9\u00a0\u00bb, la g\u00e9om\u00e9trie complexe et \u00e9nigmatique du \u00ab\u00a0dessein cosmique\u00a0\u00bb, et la \u00ab\u00a0le\u00e7on\u00a0\u00bb finale. Le film de Kubrick, qui transcende la vision de Clarke, renforce encore les parall\u00e8les, le film \u00e9tant divis\u00e9 en quatre parties : \u00ab\u00a0L&rsquo;Aube de l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb, [\u00ab\u00a0Le monolithe sur la Lune\u00a0\u00bb], \u00ab\u00a0La Mission Jupiter\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Jupiter et au-del\u00e0 de l&rsquo;Infini\u00a0\u00bb. Les phases les plus spectaculaires sont naturellement le temps et l&rsquo;Espace, de m\u00eame que le trajet initiatique de Bowman \u00e0 travers l&rsquo;ind\u00e9chiffrable machine de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 (\u00ab\u00a0une machine, se prot\u00e9geant des forces qui avaient d\u00e9fi\u00e9 l&rsquo;Eternit\u00e9\u00a0\u00bb). A la fin du film, Bowman d\u00e9couvre qu&rsquo;il fait partie d&rsquo;une machinerie cosmique et cyclique qui le m\u00e9tamorphose en \u00ab\u00a0Enfant des Etoiles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant que le cin\u00e9ma refl\u00e8te lui aussi notre fascination pour les machines mythiques. <em>M\u00e9tropolis<\/em> de Fritz Lang \u00e9tait inspir\u00e9 de <em>L&rsquo;Eve future <\/em>de Villiers de L&rsquo;Isle-Adam. Des films tels que <em>Belle de jour <\/em>(1967) de Bu\u00f1uel, <em>Le Dernier m\u00e9tro<\/em> (1980) de Truffaut ou <em>The Hunger<\/em> (1982) de Tony Scott laissent appara\u00eetre des segments de machine. Quant au \u00ab\u00a0mythe de la femme parfaite\u00a0\u00bb, il est au c\u0153ur de <em>Blade Runner<\/em> (nouvelle version, 1991), qui conte l&rsquo;impossible union de l&rsquo;homme (Deckard) et de la machine femelle (Rachel). La fin ambigu\u00eb du film souligne l&rsquo;improbabilit\u00e9 d&rsquo;une telle hi\u00e9rogamie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La \u00ab\u00a0fiction cybern\u00e9tique\u00a0\u00bb, comme l&rsquo;appelle David Porush, suit parfois le sillon trac\u00e9 par Carrouges. <em>Blade Runner<\/em> est tir\u00e9 de la nouvelle de P. K. Dick, \u00ab\u00a0<em>Do Androids Dream of Electric Sheep<\/em>\u00ab\u00a0, tandis que le titre du film est emprunt\u00e9 \u00e0 William Burroughs. Porush, \u00e9tudiant la nouvelle de Samuel Beckett \u00ab\u00a0<em>Le D\u00e9peupleur<\/em>\u00a0\u00bb (ca 1950), que Pichon tient lui-m\u00eame pour une v\u00e9ritable machine litt\u00e9raire, montre que l&rsquo;auteur atteint \u00e0 \u00ab\u00a0la perfection d&rsquo;un texte auto-destructeur qui d\u00e9truit sa propre cybern\u00e9tique\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<em>Le D\u00e9peupleur<\/em>\u00ab\u00a0, qui invite le lecteur \u00e0 \u00ab\u00a0maintenir la notion\u00a0\u00bb d&rsquo;un \u00e9norme cylindre m\u00e9canique dans lequel une population nue est emprisonn\u00e9e \u00e0 jamais, est une \u00ab\u00a0machine de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb qu&rsquo;on peut lire comme la morne version de l&rsquo;enfer m\u00e9canis\u00e9 du monde contemporain. Le meilleur \u00e9quivalent pourrait \u00eatre l&rsquo;exceptionnelle \u0153uvre de J. G. Ballard <em>The Atrocity Exhibition<\/em> (1969), ouvertement inspir\u00e9e des machines c\u00e9libataires de Duchamp, Roussel et Jarry. Cette fiction d\u00e9concertante comprend plusieurs scenarii de jeux cliniques qui d\u00e9construisent et reconstruisent la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, cr\u00e9ant une interface continue d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements mythiques et r\u00e9alistes. Le h\u00e9ros suit un itin\u00e9raire grotesque dans lequel les rouages correspondent \u00e0 d&rsquo;absurdes \u00ab\u00a0tableaux\u00a0\u00bb et figures \u00ab\u00a0g\u00e9om\u00e9triques\u00a0\u00bb qui s&rsquo;entrecroisent, avec pour arri\u00e8re-plan un d\u00e9cor m\u00e9canique et technologique de folie et d&rsquo;\u00e9rotisme frustr\u00e9 \u2013 un clair avant-go\u00fbt de <em>Crash<\/em> (1973) que filmera David Cronenberg.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis plus d&rsquo;un si\u00e8cle, des \u0153uvres \u00e9tranges n&rsquo;ont cess\u00e9 de d\u00e9crire une structure physique et m\u00e9taphysique qui a modifi\u00e9 et parfois d\u00e9mantel\u00e9 notre vision de la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb \u2013 \u00ab\u00a0la m\u00e9taphysique saisie par la m\u00e9canique\u00a0\u00bb comme le r\u00e9sume Michaux (<em>L&rsquo;Espace du dedans<\/em>, 1956). Ces \u00ab\u00a0machines pataphysiques\u00a0\u00bb, telles que nous les d\u00e9crivent Carrouges et Pichon, nous indiquent une \u00ab\u00a0m\u00e9thode\u00a0\u00bb, issue de la tradition du \u00ab\u00a0gay s\u00e7avoir\u00a0\u00bb, qui s&rsquo;av\u00e8re essentielle au d\u00e9cryptage d&rsquo;\u0153uvres provocatrices, longtemps incomprises, voire rejet\u00e9es. La recherche inlassable de Jean-Charles Pichon n&rsquo;est pas autre chose que cette exhortation \u00e0 red\u00e9couvrir ces hommes qui ont trouv\u00e9 la \u00ab\u00a0forme vide\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0choisi la mort au-del\u00e0 de la mort, l&rsquo;Irr\u00e9m\u00e9diable, allant jusqu&rsquo;o\u00f9 personne ne va\u00a0\u00bb (<em>Les Dialectiques factrices<\/em>) : Poe, Jarry, Roussel, mais aussi le Colonel Lawrence, Gilbert-Lecomte, Daumal ou Artaud.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Lauric Guillaud<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Bibliographie :<\/strong><\/p>\n<p>Michel Carrouges, <em>Les Machines c\u00e9libataires<\/em>, \u00e9d. du Ch\u00eane, Paris, 1976<\/p>\n<p>J.-C. Pichon, <em>Le Jeu de la R\u00e9alit\u00e9<\/em>, \u00e9d. Coh\u00e9rence, Strasbourg, 1982 (2 vol.)<\/p>\n<p>J.-C. Pichon, <em>Si la notion n&rsquo;est pas maintenue<\/em>, non publi\u00e9<\/p>\n<p><em>Les Dialectiques factrices dans les qu\u00eates du Graal et les alchimies<\/em>, non publi\u00e9<\/p>\n<p>Beckett, <em>Le D\u00e9peupleur<\/em>, \u00e9d. de Minuit<\/p>\n<p>Octavio Paz, <em>Marcel Duchamp, Appearance Stripped Bare<\/em>, Viking Press, New York, 1978<\/p>\n<p>David Porush, \u00ab\u00a0Beckett&rsquo;s Deconstruction of the machine in <em>The Lost Ones<\/em>\u00ab\u00a0, L&rsquo;Esprit Cr\u00e9ateur, vol. XXVI, n\u00b04, Louisiana State University, 1986<\/p>\n<p>Arturo Schwartz, <em>Marcel Duchamp<\/em>, H. N. Abrams, New York, 1975<\/p>\n<p>Stillman, Linda Klieger. 1984. \u00ab\u00a0Machinations of Celibacy and Desire\u00a0\u00bb, L&rsquo;Esprit Cr\u00e9ateur, vol. XXIV, n\u00b04, 1984<\/p>\n<p>N.B. : <em>La Maison au bord du monde<\/em> de W. H. Hodgson est r\u00e9\u00e9dit\u00e9e aux \u00e9ditions Terre de Brume \u00e0 Rennes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des machines mythologiques aux machines litt\u00e9raires par Lauric Guillaud \u00ab\u00a0Dans l&rsquo;univers entier, notre univers, il n&rsquo;est plus que des mythomanes ou des scientistes.\u00a0\u00bb Jean-Charles Pichon La formidable croissance du monde des machines depuis le XVIIIe si\u00e8cle n&rsquo;a pas oblit\u00e9r\u00e9 les &hellip; <a href=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=638\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[],"class_list":["post-638","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-prophetie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/638","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=638"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/638\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2864,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/638\/revisions\/2864"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=638"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=638"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=638"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}