{"id":3106,"date":"2015-11-26T16:08:58","date_gmt":"2015-11-26T14:08:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=3106"},"modified":"2015-12-01T10:23:04","modified_gmt":"2015-12-01T08:23:04","slug":"ray-bradbury-et-larbre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=3106","title":{"rendered":"RAY BRADBURY ET L&rsquo;ARBRE"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\"><\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\">RAY BRADBURY ET L\u2019ARBRE<\/h1>\n<p style=\"text-align: center;\">par Jean-Paul Debenat<\/p>\n<div id=\"attachment_3112\" style=\"width: 235px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?attachment_id=3112\" rel=\"attachment wp-att-3112\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3112\" class=\"size-medium wp-image-3112\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/ARBRE-B-225x300.jpg\" alt=\"Photo Pierre-Jean Debenat\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/ARBRE-B-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/ARBRE-B.jpg 729w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3112\" class=\"wp-caption-text\">Photo Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ray Bradbury (1920-2012), l\u2019un des cr\u00e9ateurs de la Science-fiction moderne, demeure avant tout l\u2019auteur des Chroniques martiennes, et de Fahrenheit 451 (1953) qui inspira \u00e0 Fran\u00e7ois Truffaut un film qui fit date, portant le m\u00eame titre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bradbury est un po\u00e8te en prose. Styliste donc, il se distingue par l\u2019\u00e9l\u00e9gance et la finesse de sa prose imag\u00e9e. Impressionniste, il accorde aux couleurs et aux sons une place pr\u00e9pond\u00e9rante. Le lecteur se montre sensible \u00e0 la m\u00e9lancolie, au parfum \u00e9l\u00e9giaque qui \u00e9manent de ses r\u00e9cits\u00a0: romans, novellas ou nouvelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Arbre d\u2019Halloween, novella de 165 pages dans la traduction fran\u00e7aise[1], correspond aux \u00ab\u00a0visions nostalgiques\u00a0\u00bb de l\u2019auteur qui touchent un large public. Il s\u2019agit d\u2019un conte fantastique, apparemment des plus traditionnels et des plus charmeurs\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0C\u2019est une petite ville au bord d\u2019un petit fleuve et d\u2019un petit lac dans un petit comt\u00e9 au nord d\u2019un Etat du Midwest.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019Halloween, froid, sombre d\u00e9j\u00e0, est rempli des cris d\u2019all\u00e9gresse de huit gamins d\u00e9guis\u00e9s qui en attendent un neuvi\u00e8me, Pipkin. Impatients, ils se dirigent vers la demeure inqui\u00e9tante qui dresse ses tourelles grises en dehors de la ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derri\u00e8re la maison, aux mille fen\u00eatres, se d\u00e9coupe l\u2019Arbre d\u2019Halloween, aux mille citrouilles qui prennent vie, \u00e0 la mani\u00e8re du personnage qui apparait alors. Il semble se confondre avec l\u2019Arbre\u00a0: il lui pousse des branches. Il se pr\u00e9sente\u00a0: \u00ab\u00a0Montsuaire, tel est mon nom\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Montsuaire invite les enfants \u00e0 construire un cerf-volant. Ils s\u2019y accrochent et sont emport\u00e9s au travers des grandes \u00e9poques de l\u2019Histoire humaine. Chaque d\u00e9guisement, celui de l\u2019Homme-singe par exemple, met en lumi\u00e8re un Temps particulier. Ainsi, le gamin qui s\u2019est envelopp\u00e9 de bandelettes, incarnation d\u2019une momie, permet de d\u00e9couvrir\u2026 l\u2019Egypte, les pyramides flambant neuves, le \u00a0Sphinx tel un \u00ab\u00a0chiot g\u00e9ant\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des frises illuminent les murs. Sur l\u2019une d\u2019elles, un enfant reconna\u00eet Osiris. Montsuaire commente\u00a0: \u00ab\u00a0Osiris, fils du Ciel et de la Terre, assassin\u00e9 chaque soir par son fr\u00e8re des T\u00e9n\u00e8bres. Osiris, tu\u00e9 par l\u2019Automne, massacr\u00e9 par son propre sang\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Emport\u00e9e par le cerf-volant, la ribambelle de gosses s\u2019approche de l\u2019Angleterre, \u00e0 la rencontre du Dieu des Morts druidiques. Mais sans tarder, les Romains vont s\u2019acharner sur les ch\u00eanes sacr\u00e9s des druides\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Et Samhain, le Dieu des Morts, arrach\u00e9 au sol et tranch\u00e9 \u00e0 la base, perd l\u2019\u00e9quilibre\u2026 Les l\u00e9gionnaires allument de nouveaux feux et br\u00fblent de l\u2019encens en hommage \u00e0 des idoles install\u00e9es par leurs soins. Mais ces flammes ont \u00e0 peine eu le temps de luire qu\u2019\u00e0 l\u2019Orient scintille une \u00e9toile. Sur les sables de d\u00e9serts lointains [\u2026] trois hommes sages, trois Mages, ont entrepris un long voyage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le p\u00e9riple se poursuit et \u00e0 chaque Temps visit\u00e9 le m\u00eame processus se d\u00e9roule\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0D\u2019une \u00e8re \u00e0 l\u2019autre c\u2019est partout diff\u00e9rent mais sans cesse la m\u00eame chose. Le jour s\u2019en va et la nuit vient. Redoutez-vous toujours, toi l\u00e0-bas l\u2019Homme-singe ou toi la Momie, de ne plus jamais revoir le soleil\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec ce conte, classique mais bondissant d\u2019une \u00e8re \u00e0 une autre, Bradbury aborde le grand th\u00e8me des cycles de l\u2019Humanit\u00e9. Dans un domaine r\u00e9serv\u00e9 aux enfants en priorit\u00e9, il traite habilement et simplement d\u2019une conception du Temps qui, sous sa plume, devient ludique. Mais elle reste po\u00e9tique, sans jamais \u00eatre prise \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Sur le registre propre \u00e0 cet auteur estimable, l\u2019Histoire cyclique se pare d\u2019atours qui s\u00e9duisent et, j\u2019en suis s\u00fbr, conduiront le lecteur \u00e0 des approfondissements ult\u00e9rieurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 donc un compl\u00e9ment aux travaux de fonds de Jean-Charles Pichon\u2026 et \u00e0 la fresque r\u00e9alis\u00e9e par mon fils, Julien Debenat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Jean-Paul Debenat<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">P.S. On aura remarqu\u00e9 le r\u00f4le de premier plan attribu\u00e9 \u00e0 Montsuaire jouant du cerf-volant \u2014 et des vents \u2014 en virtuose. En outre Montsuaire est identifi\u00e9 \u00e0 l\u2019Arbre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 Pipkin, il est le grand absent, pendant la majeure partie du p\u00e9riple \u00e9chevel\u00e9 des gamins. Il est, en taille, le plus mince, le plus l\u00e9ger, le plus bondissant. Il est indispensable \u00e0 tous et on dirait que ce voyage a\u00e9rien n\u2019a d\u2019autre but que de retrouver Pipkin, prisonnier de la \u00ab\u00a0Chose d\u2019Ombre\u00a0\u00bb et de le lib\u00e9rer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pipkin s\u2019apparente \u00e0 la figure du Tricheur divin (ou Fripon divin). Pour mieux s\u2019en assurer, on lira Le Fripon divin de Paul Radin (commentaires de C.G. Jung et C. Ker\u00e9nyi ).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et en attendant, voici quelques lignes sur l\u2019une des incarnations du Tricheur divin\u00a0; ici il s\u2019agit de Coyote, figure partag\u00e9e par bon nombre d\u2019Am\u00e9rindiens\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Coyote est le paradoxe personnifi\u00e9. Sa nature ambig\u00fce, ses qualit\u00e9s fuyantes, ses facult\u00e9s d\u2019adaptation, le placent au c\u0153ur des mythes navajos. Il vit hors du temps, imperm\u00e9able \u00e0 toutes les vicissitudes. Son agitation permanente permet aux Navajos d\u2019\u00e9prouver un soulagement par leur capacit\u00e9 \u00e0 rire d\u2019eux-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ses bouffonneries, Coyote les lib\u00e8re de l\u2019appr\u00e9hension d\u2019enfreindre involontairement leurs nombreux tabous. Il est \u00e0 la fois profane et sacr\u00e9, maladroit et h\u00e9ro\u00efque. Il vit \u00e0 mi-chemin entre nature et culture, entre ordre et chaos. Il n\u2019est ni animal, ni homme, ni dieu, mais tout \u00e0 la fois. On ne peut le tuer, car il repousse les limites de la vie et de la mort. C\u2019est l\u2019incarnation du possible.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Moi, Sam Begay homme-m\u00e9decine navajo<\/em>, O.D. Editions, Paris, 2010.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">______________________________________________________________<\/p>\n<p>[1] Premi\u00e8re publication en 1972 aux U.S.A. R\u00e9\u00e9dit\u00e9, dans la traduction d\u2019Alain Dor\u00e9mieux chez Gallimard en 2015.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RAY BRADBURY ET L\u2019ARBRE par Jean-Paul Debenat Ray Bradbury (1920-2012), l\u2019un des cr\u00e9ateurs de la Science-fiction moderne, demeure avant tout l\u2019auteur des Chroniques martiennes, et de Fahrenheit 451 (1953) qui inspira \u00e0 Fran\u00e7ois Truffaut un film qui fit date, portant &hellip; <a href=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=3106\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[38,1],"tags":[],"class_list":["post-3106","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-passeurs-de-mythes","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3106","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3106"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3106\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3120,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3106\/revisions\/3120"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3106"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3106"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3106"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}