{"id":2956,"date":"2014-04-11T17:15:31","date_gmt":"2014-04-11T15:15:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2956"},"modified":"2014-04-11T17:36:30","modified_gmt":"2014-04-11T15:36:30","slug":"lane-qui-a-vendu-son-maitre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2956","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e2ne qui a vendu son ma\u00eetre"},"content":{"rendered":"<div>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Jean-Charles Pichon<\/h2>\n<h1 style=\"text-align: center;\" align=\"center\">L\u2019\u00e2ne qui a vendu son ma\u00eetre<\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\" align=\"center\">(conte)<\/h1>\n<div id=\"attachment_2960\" style=\"width: 235px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?attachment_id=2960\" rel=\"attachment wp-att-2960\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2960\" class=\"size-medium wp-image-2960\" alt=\"Illustration Pierre-Jean Debenat\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/ANE-225x300.jpg\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/ANE-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/ANE-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/ANE.jpg 1740w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2960\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<h1 align=\"center\"><\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\" align=\"center\">ou<\/h1>\n<h1 align=\"center\"><\/h1>\n<h1 align=\"center\">Il n\u2019est pas de quatri\u00e8me dimension<\/h1>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<h6><\/h6>\n<h2 style=\"text-align: center;\">LE PROPOS<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il m\u2019est, ce propos, depuis qu\u2019en 1984 j\u2019ai d\u00e9couvert la grande question de Martin Heidegger, de la saisir pleinement, de l\u2019expliciter, pour tenter d\u2019y r\u00e9pondre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant dix ans, j\u2019ai bafouill\u00e9, ainsi que tous ceux qui, depuis la publication de <i>L\u2019Introduction \u00e0 la m\u00e9taphysique<\/i>, tentent d\u2019y r\u00e9pondre. Le cafouillage provient, pour une bonne part, de l\u2019impr\u00e9cision de la Question\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00ab<i>\u00a0Pourquoi cela est-il l\u00e0, plut\u00f4t qu\u2019une autre chose\u00a0?\u00a0<\/i>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est de Pourquoi que de l\u2019id\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un objet ne pose pas le Pourquoi\u00a0? Il est ou n\u2019est pas, c\u2019est tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, bien s\u00fbr, il pose la question\u00a0: qu\u2019est-ce que c\u2019est\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, la question\u00a0: comment est-ce\u00a0? Ou, plus exactement\u00a0: comment est-ce qu\u2019on est\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis la question\u00a0: o\u00f9 est-ce, l\u00e0\u00a0? En quoi cela est-il\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car Heidegger ne dit rien de Cela, ni de l\u2019\u00catre, ni de \u00ab\u00a0l\u00e0\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en 1994 seulement, en sa No\u00ebl, que mon fils Jean-Christophe m\u2019a donn\u00e9 en cadeau le 26<sup>\u00e8me<\/sup> volume des \u0153uvres compl\u00e8tes d\u2019Antonin Artaud (il m\u2019en donne un chaque ann\u00e9e). J\u2019y ai trouv\u00e9 l\u2019assertion \u00e9nigmatique, mais combien \u00e9clairante\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je ne crois pas qu\u2019un seul parmi les philosophes \u2026 se soit rendu compte \u00e0 quel point l\u2019esprit est une bataille de corps, qu\u2019une id\u00e9e est une arm\u00e9e personnelle qu\u2019on ne peut en aveugle avancer sans risquer une petite mort.\u00a0\u00bb (page 83).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 Heidegger lui-m\u00eame vingt ans de vie avaient \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires pour admettre que CELA n\u2019est pas une id\u00e9e mais un objet\u00a0: un vocable, un verbe, une parole et que l\u2019important n\u2019est pas le \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb mais le \u00ab\u00a0comment\u00a0\u00bb \u2013 par un acheminement, dit-il &#8211; et le \u00ab\u00a0o\u00f9\u00a0?\u00a0\u00bb &#8211; de la Parole \u00e0 la Parole, dit-il dans son dernier livre &#8211; posthume.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Artaud, cependant, ne dit pas seulement que l\u2019objet \u2013 le non-id\u00e9e \u2013 est un vocable, bien qu\u2019il en joue, jusqu\u2019au lettrisme. Il dit que ce peut \u00eatre le pipi, le caca, le sperme. Il dit m\u00eame que ce n\u2019est que cela\u00a0: ce qui sort, organique, de l\u2019organe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela est mot aussi, de d\u00e9sespoir\u00a0: le produit de dix ans d\u2019asile, d\u2019\u00e9lectrochocs et de tortures sans recours, \u00e9tant le fait du m\u00e9decin. Un mot, que menace l\u2019id\u00e9e \u2013 parano\u00efaque \u2013 d\u2019\u00eatre le seul \u00e9lu au milieu des vautours, Prom\u00e9th\u00e9e sur son roc. Apr\u00e8s Kant, H\u00f6lderlin, Nerval et Poe, Nietzsche \u2013 leurs ma\u00eetres \u2013 Heidegger ne l\u2019avait-il pas \u00e9t\u00e9, avant Artaud\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela nous prouve \u00e0 quel point il \u00e9tait difficile, hier, de distinguer l\u2019objet de l\u2019id\u00e9e. Cela est plus facile aujourd\u2019hui\u00a0: de Bosco \u00e0 Auster, de Queneau \u00e0 Perec, cent textes le prouvent. Mais aucun de ces machinistes n\u2019a r\u00e9pondu \u00e0 la Question, ni Heidegger ni Artaud.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9crivains ils ne savaient qu\u2019\u00e9crire, peintres que peindre, musiciens que musiquer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Philosophes, ils ne savaient que philosopher\u00a0: les pires, qui, de chaque mot, nombre ou figure trouv\u00e9s, font aussit\u00f4t l\u2019id\u00e9e ma\u00eetresse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand il s\u2019agit de distinguer l\u2019objet (de l\u2019\u00e9lire), de l\u2019investir (de le miser ou de le prendre), de le projeter, non pas dans une id\u00e9e mais en son d\u00e9passement original (originel).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u00ab\u00a0acception\u00a0\u00bb ne doit pas \u00eatre de conception sans demeurer de perception. Cette \u00ab\u00a0pr\u00e9hension\u00a0\u00bb ne doit pas \u00eatre de compr\u00e9hension sans demeurer d\u2019appr\u00e9hension\u00a0: ce chemin est terrible. Le d\u00e9passement inexprimable \u2013 un \u00ab\u00a0jet\u00a0\u00bb ne doit pas \u00eatre seulement une projection\u00a0: une exposition, une jection, une imposition, etc. Je l\u2019ai dit, ce d\u00e9passement ultime, un \u00ab\u00a0objectif object\u00e9\u00a0\u00bb (dans <i>Le D\u00e9m\u00e9nagement zodiacal<\/i>). Mais je n\u2019y avais trouv\u00e9 d\u2019autre symbole-image que l\u2019arbre \u2013 ou plut\u00f4t celui-l\u00e0\u00a0: le saule pleureur, qui ne pleure pas, de mon jardin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0J\u2019en donne aujourd\u2019hui le d\u00e9doublement\u00a0: un professeur, un conteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais lequel est le plus fid\u00e8le, lequel le plus soumis au seul objet\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le conteur, visiblement, croit qu\u2019il porte un message\u00a0: il traite du ma\u00eetre et de l\u2019\u00e2ne comme de symboles, lui qui ne devrait jouer que des images\u00a0! Le professeur, non moins assur\u00e9ment, traite les notions, les id\u00e9es, jusqu\u2019\u00e0 en faire l\u2019Objet dont on ne se demande plus pourquoi mais ce qu\u2019il est, comment, o\u00f9\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils devraient s\u2019entendre et se comprendre. Ils manqueront de s\u2019an\u00e9antir, au terme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On n\u2019\u00e9chappe pas au Pourquoi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 cela m\u00eame, nous le voyons, nous le savons, qui ne peut pas exister.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 20 ao\u00fbt 1995<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\">LE CONTE<\/h1>\n<p align=\"center\"><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p align=\"center\"><b>I<\/b><\/p>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui qui dit les contes commence toujours ainsi : \u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui, me semble-t-il\u2026\u00a0\u00bb. Mais, si quelqu&rsquo;un lui demande ce qu&rsquo;il entend par <i>ce jour <\/i>ou par cet <i>huis<\/i>, il dira quelque chose de beaucoup plus \u00e9trange, \u00ab\u00a0ce jour o\u00f9 le Vent nous parle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ce jour o\u00f9 la F\u00e9e na\u00eet\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ce jour de l&rsquo;Arc-en-ciel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors qu&rsquo;il commen\u00e7ait \u00e0 peine le conte par la formule consacr\u00e9e :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui, me semble-t-il\u2026\u00a0\u00bb, une femme l&rsquo;interrompit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0De quel jour parles-tu ?\u00a0\u00bb Il r\u00e9pondit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ce jour o\u00f9 les animaux parlent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et, bien s\u00fbr, il y eut des sourires et des rumeurs. Un homme se crut malin\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Tu veux dire\u00a0: en ce temps-l\u00e0 ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Exactement, dit le conteur. En ce temps o\u00f9 s\u2019ouvre l\u2019huis qu\u2019est le parlage des animaux. Mais ne m&rsquo;interrompez plus, s&rsquo;il vous pla\u00eet, car je ne peux \u00e0 la fois expliquer et conter. C&rsquo;est \u00e0 vous de choisir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le silence, donc, se fit et celui qui dit les contes recommen\u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, me semble-t-il, dit le ma\u00eetre de l&rsquo;\u00e2ne, je dois aller au march\u00e9. Le ma\u00eetre est entier dans cette phrase, qui peut vous para\u00eetre anodine, que l&rsquo;\u00e2ne aurait pu prononcer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le ma\u00eetre se donne un projet lointain, ce que l&rsquo;\u00e2ne ne ferait jamais. Il se donne\u00a0 aussi deux temps\u00a0: ce jour, qui est un cycle, puis le temps d&rsquo;aller au march\u00e9, qui englobe une certaine dur\u00e9e. Et c&rsquo;est l\u00e0 quelque chose que l&rsquo;\u00e2ne ne pourrait concevoir. Car si le plaisir dure tout le temps qu&rsquo;il se nourrit, c&rsquo;est tout le reste\u00a0: la faim, la lourdeur, le sommeil, qui occupera ce cycle \u2013 le jour \u2013 o\u00f9 il se trouve pris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus important\u00a0: le ma\u00eetre n&rsquo;a pas dit pourquoi il se devait d&rsquo;aller au march\u00e9, car le ma\u00eetre ne dit jamais tout, et ce tout qu&rsquo;il ne dit pas inqui\u00e8te. Il est rare qu&rsquo;une raison tue ne soit pas mauvaise. Mais l&rsquo;\u00e2ne, qui toujours dit tout, sait quel brouillard le tout contient, non plus seulement la faim, le plaisir, mais l&rsquo;attrait de l&rsquo;herbe, la peur du serpent, le d\u00e9sir qui projette la patte, et la fatigue qui la retient, ou la fourmi sur l&rsquo;herbe, la chaleur qui accable et celle qui r\u00e9jouit\u2026 Comment tout dire\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ma\u00eetre, lui, ne quitte jamais ce tout, et c&rsquo;est pourquoi il\u00a0 doit en taire une partie, la plus redoutable. En lui-m\u00eame il ne s&rsquo;avoue pas pourquoi il d\u00e9cide d&rsquo;aller au march\u00e9. Il pr\u00e9f\u00e8re se dire qu&rsquo;il le doit, qu&rsquo;il y est \u2013 moralement\u00a0? physiquement\u00a0? \u2013 oblig\u00e9. Ce pourrait \u00eatre \u00e0 cause d&rsquo;un cycle, car ce jour-l\u00e0 est un mardi, le jour du march\u00e9 \u00e0 la ville. Ou bien \u00e0 cause de sa s\u0153ur Jeanne, de son ami Fran\u00e7ois, de celle qu&rsquo;il courtise depuis six mois, aime depuis trente (Sylvaine), car il y a bien deux semaines qu&rsquo;il n&rsquo;a pas revu Jeanne, trois que Fran\u00e7ois ne lui a pas rendu visite, quatre ou cinq, il ne sait plus, que Sylvaine est partie pour la ville et n&rsquo;en est pas revenue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l&rsquo;obligation peut \u00eatre plus exigeante, et moins dicible encore. Car, apr\u00e8s-demain, quelqu&rsquo;un viendra, accompagn\u00e9 des hommes d&rsquo;armes, et, le soir de cet apr\u00e8s-demain, il n&rsquo;est pas s\u00fbr que le ma\u00eetre puisse dormir chez lui. Une autre exigence, plus secr\u00e8te\u00a0? Il y a combien de temps que le ma\u00eetre n&rsquo;a pas pris une bonne cuite, salutaire, sans fin, entre des amis\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pourquoi au mot p\u00e9remptoire et incomplet\u00a0: \u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui je dois (il n&rsquo;a pas dit\u00a0: je devrais) aller (me diriger, me conduire) \u00e0 la ville, o\u00f9 se tient le march\u00e9\u00a0\u00bb, l&rsquo;\u00e2ne n&rsquo;a pas daign\u00e9 r\u00e9pondre. Il attend une suite. Elle vient\u00a0: \u00ab\u00a0Avec toi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne est dans \u2013 il faut une sc\u00e8ne \u00e0 tout acte \u2013 le sentier de choux qui m\u00e8ne de la fermette au champ. La ferme est sur la droite et le champ sur la gauche. Le ma\u00eetre est \u00e0 trois pas de la ferme, l&rsquo;\u00e2ne \u00e0 trois pas du champ, qu&rsquo;il a quitt\u00e9, d\u00e9j\u00e0, pour un brin de luzerne \u00e9gar\u00e9 au bord du sentier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ne savait d&rsquo;avance quelle queue suivrait l&rsquo;annonce du voyage \u00e0 la ville, car le ma\u00eetre tenait le licou \u00e0 la main. Le ma\u00eetre a bien pr\u00e9vu des r\u00e9ticences (parce qu&rsquo;elles b\u00e9ent en lui ?). Ils restent donc \u00e0 se contempler, un bon moment, de part et d&rsquo;autre du sentier de choux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ne se disent plus rien \u2013 l&rsquo;\u00e2ne d&rsquo;ailleurs n&rsquo;a pas encore parl\u00e9 \u2013 mais ils n&rsquo;en pensent pas moins. \u00ab\u00a0Ainsi, c&rsquo;\u00e9tait bien \u00e7a que tu avais en t\u00eate\u00a0\u00bb, pense l&rsquo;un. Et l&rsquo;autre\u00a0: \u00ab\u00a0Allons bon\u00a0! Tu ne vas pas encore, sale b\u00eate, ajouter \u00e0 tous mes ennuis, par ton sale caract\u00e8re notoire\u00a0!\u00a0\u00bb Car ce que le ma\u00eetre n&rsquo;a pas dit l&rsquo;impr\u00e8gne maintenant tout entier, et cela commande, exige l&rsquo;insulte. Est-ce qu&rsquo;on ne se fait pas un ennemi, d&rsquo;abord, de celui qu&rsquo;on projette de trahir\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ne a ressenti cette violence interne, elle rend plus inqui\u00e9tante l&rsquo;omission devin\u00e9e. L&rsquo;inqui\u00e9tude a durci la t\u00eate de l&rsquo;\u00e2ne, et m\u00eame sa queue, qui bat \u00e0 petits coups, sans trop se redresser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ma\u00eetre fait un pas, dans le sentier. Par r\u00e9action, l&rsquo;\u00e2ne recule \u2013 un pas de deux \u2013 hors du sentier. Mais il ne dit rien encore, car une parole d&rsquo;\u00e2ne en tels moments tragiques ne peut \u00e9quivaloir une parole de ma\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lequel des deux va c\u00e9der\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vont-ils\u00a0 se mettre \u00e0 courir\u00a0? Dans le sentier\u00a0? Hors \u2013 autour du champ\u00a0? Ou, hors du champ, dans le bois qui s&rsquo;\u00e9tend tout autour\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Brave b\u00eate, dit le ma\u00eetre. Tu sais bien que je t&rsquo;aime et ne te veux pas de mal\u00a0\u00bb. Il ne ment pas, c&rsquo;est s\u00fbr, bien qu&rsquo;il puisse cogner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Pense un peu, le chemin, la route, les papillons, les fleurs. N&rsquo;es-tu pas las de tourner en rond dans ton enclos\u00a0? \u00c0 la ville on ach\u00e8te des choses bien meilleures que l&rsquo;herbe et les carottes. Qu&rsquo;en sais-tu s&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autres \u00e2nes l\u00e0-bas, plus beaux que ton d\u00e9funt \u00e9poux\u00a0? Voil\u00e0 combien de temps, \u00e2nesse, que tu n&rsquo;as pas enfant\u00e9 d&rsquo;\u00e2non\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car cet \u00e2ne-l\u00e0 est une femelle, je n&rsquo;aurais pas d\u00fb omettre de le pr\u00e9ciser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle attend que le ma\u00eetre prononce \u00ab\u00a0Gertrude\u00a0\u00bb, puisque c&rsquo;est le nom qu&rsquo;il a choisi pour elle, \u00e0 ne prof\u00e9rer que dans les temps imm\u00e9moriaux qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0les grandes occasions\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Allons, Gertrude, ne fais pas cette t\u00eate.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ne agite la queue. Il vient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il me faudrait maintenant dire \u2013 ce sera long \u2013 les p\u00e9rip\u00e9ties du voyage. Mais chaque lieu, le sentier, le chemin, la premi\u00e8re route, puis la seconde a son histoire. Mieux\u00a0: il est cette histoire\u00a0: depuis le bornage du champ le sentier, depuis le dernier cadastre du comte de Blain le chemin, depuis l&rsquo;innovation de la Marche de l&rsquo;Ouest, le Marquis (pas encore un Plantagen\u00eat) la route \u2013 et depuis quand la ville, cr\u00e9\u00e9e par les Romains (une Villa d\u00e9j\u00e0)\u00a0? Car, aller au march\u00e9, c&rsquo;est remonter les Temps, de ce jour, hors du Temps, au carolingien, au m\u00e9rovingien, \u00e0 quelque gr\u00e9co-romain \u2013 hell\u00e9nistique ? \u2013 perdu au creux de la m\u00e9moire. Cette confusion croissante, \u00e0 mesure qu&rsquo;on veut simplifier, par le retour, ne facilite pas la M\u00e9moire. Mais elle justifie, en quelque sorte, qu&rsquo;on ne dise pas tout ce qu&rsquo;on sait (pens\u00e9e du ma\u00eetre). La pens\u00e9e de l&rsquo;\u00e2ne est autre\u00a0: \u00ab\u00a0Une fois de plus, je me suis fait(e) avoir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je serai bref.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils vont l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre dans le sentier de choux. Les deux n&rsquo;y marcheraient pas de front. Par une prudence du ma\u00eetre, Gertrude va devant, le ma\u00eetre \u2013 je dirai son nom plus tard\u00a0 : ce n&rsquo;est pas simple \u2013 derri\u00e8re. L&rsquo;\u00e2ne, libre, a prot\u00e9g\u00e9 son cou de la corde\u00a0: il en est fier\u00a0: il ne sait pas tr\u00e8s bien ce qu&rsquo;est la libert\u00e9, mais il ressent la fiert\u00e9 dans tout son corps\u00a0: le cou non meurtri, la queue au repos, tranquille, l&rsquo;estomac plein \u2013 il mange depuis l&rsquo;aube \u2013 mais pas trop, ce qu&rsquo;il faut, le sexe troubl\u00e9 un peu par l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 de \u00ab\u00a0Gertrude\u00a0\u00bb mais cela passera. C&rsquo;est vraiment agr\u00e9able d&rsquo;aller, de se promener, de marcher devant, sans faim et sans d\u00e9sir, toutes les passions, tous les besoins, dans l&rsquo;acte de marcher, de se promener, non seulement r\u00e9sorb\u00e9s mais ennoblis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce fut vrai dans le sentier, ce l&rsquo;est dans le chemin o\u00f9 le ma\u00eetre, nouvellement, a pris le pas sur l&rsquo;\u00e2ne\u00a0: quand l&rsquo;un n&rsquo;est pas devant, c&rsquo;est l&rsquo;autre qui l&rsquo;est.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand l&rsquo;\u00e2ne devance, on va moins vite. Le ma\u00eetre ralentit le pas. Est-il conscient de toutes les foug\u00e8res, les jonquilles, les moineaux ou l&rsquo;\u00e9pervier, un ch\u00eane plus proche ou plus lointain, qui ralentissent ainsi son pas\u00a0? Ce n&rsquo;est pas s\u00fbr. Mais Gertrude n&rsquo;est consciente que de ceci et de cela. Au point qu&rsquo;elle en oublie le ma\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand il est devant, tout s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re\u00a0: la fleur ne prend plus le temps d&rsquo;\u00eatre hum\u00e9e, l&rsquo;herbe celui d&rsquo;\u00eatre brout\u00e9e, le nuage celui d&rsquo;\u00eatre suivi en son p\u00e9riple. Il faut aller. L&rsquo;\u00e9trange besoin\u00a0! La marche de l&rsquo;\u00e2ne s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re\u00a0: il lui faut bien prendre conscience d&rsquo;un tout qu&rsquo;il ne soup\u00e7onnait pas \u2026 et qui lui fait horreur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La route est l\u00e0, o\u00f9 les deux marcheront de front.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ne \u2013 ou l&rsquo;\u00e2nesse \u2013 n&rsquo;a pas encore parl\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La route \u2013 premi\u00e8re \u2013 est morne un peu. Les champs, de luzerne, de foin ou d&rsquo;herbe s\u00e8che, se sont \u00e9loign\u00e9s. Il faudrait bien quinze pas pour y atteindre. La monotonie suscite le regret, le regret ouvre \u00e0 la faim, il exacerbe l\u2019attente. L&rsquo;\u00e2ne sait que la route est longue\u00a0: il avait fait en sorte de l&rsquo;oublier. L&rsquo;y voici donc, encore\u00a0! Les mensonges du ma\u00eetre ne s&rsquo;y avouent pas encore\u00a0; ils s&rsquo;y laissent percevoir, comme le soleil qu&rsquo;un nuage a recouvert. Ce n&rsquo;est pas si ais\u00e9 d&rsquo;aller jusqu&rsquo;\u00e0 la ville\u00a0! Les longues heures d&rsquo;attente au seuil de quelque auberge, la faim et la chaleur croissantes, l&rsquo;insupportable p\u00e9nurie gr\u00e8vent le simple d\u00e9sir d&rsquo;aller. L&rsquo;\u00e2ne devient le savant qui, peu \u00e0 peu, tr\u00e8s peu apr\u00e8s le tr\u00e8s peu, d\u00e9couvre, invente, toute l&rsquo;\u00e9tendue de sa d\u00e9perdition. Il apprend \u00e0 savoir. Ce n&rsquo;est pas dr\u00f4le.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi tous ces supplices\u00a0? O\u00f9 m&#8217;emm\u00e8ne-t-on\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur la route, au croisement de celle du comte (d\u00e9partementale) et celle du marquis (nationale), l&rsquo;auberge, qui sera un relais de poste en un jour autre. Le ma\u00eetre s&rsquo;y arr\u00eate\u00a0: depuis des jours \u2013 des semaines\u00a0? \u2013 il r\u00eave de cette auberge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le licou est pass\u00e9, l&rsquo;\u00e2ne attach\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est alors que l&rsquo;\u00e2ne r\u00eave et que le ma\u00eetre discourt.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ne est seul sur le seuil, esclave et attach\u00e9, le ma\u00eetre a retrouv\u00e9 des semblables, des fr\u00e8res dont il ne voudrait pas pour amis. Mais c&rsquo;est l&rsquo;\u00e2ne qui divague, le ma\u00eetre qui vague, d&rsquo;abord \u00e0 la qu\u00eate de soi-m\u00eame, car la communication commence par cette retraite\u00a0: il lui faut se raconter, d&rsquo;abord. Il a dit qu&rsquo;il faisait bien beau, sur quoi, de gr\u00e9 ou de force, tous les voyageurs sont d&rsquo;accord. Puis il s&rsquo;excuse de n&rsquo;\u00eatre pas venu depuis un mois. Pour s&rsquo;en excuser, il inventera une maladie, une entrave des plus particuli\u00e8res. Il nommera un voisin, que son champ embarrasse, car on rejette toujours sa faute sur autrui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les voil\u00e0 s\u00e9par\u00e9s, l&rsquo;un au seuil de l&rsquo;auberge et l&rsquo;autre dans la salle. Mais quand furent-ils ensemble\u00a0? Dans le sentier de choux m\u00eame, avant que d&rsquo;entreprendre la qu\u00eate prodigieuse, l&rsquo;\u00e2ne \u00e9tait dans son champ, encore un peu\u00a0: il ne confondait pas la paix et l&rsquo;aventure, l&rsquo;asile et le danger, sa gauche avec sa droite. Le ma\u00eetre \u00e9tait dans sa ferme et au march\u00e9 d\u00e9j\u00e0. Il empilait des temps, des lieux divers et des gens contraires\u00a0: le Fran\u00e7ois, la Jeanne, l&rsquo;\u00e9ternel amour, les gens bien, et les pires\u00a0: le voisin Boniface, les gens d&rsquo;armes, l&rsquo;homme de la loi, plus distincts et plus confondus que la ferme ici, la ville au loin. Jeanne est l&rsquo;\u00e9pouse d&rsquo;un gendarme, l&rsquo;un des clercs du notaire courtise Sylvaine et celle-ci, par pure malice, laisse penser, quand elle boude, que, peut-\u00eatre, Ferdinand lui dirait quelque chose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le carrefour de Gertrude la reconduit au ciel, o\u00f9 \u2013 on le sait \u2013 vont les \u00e2nes\u00a0: les nuages, l\u00e0-haut, dessinent de plus belles routes, ou les \u00e9clats d&rsquo;\u00e9toiles, la nuit. Quand on voit les lumi\u00e8res, les nuages disparaissent (un autre carrefour\u00a0!), mais les unes et les autres agrandissent les yeux\u00a0: ils les emplissent en les ouvrant, comme les odeurs fleuries des herbes les naseaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seulement, aujourd&rsquo;hui, noirs et bas les nuages n&#8217;emplissent que le ciel. Les murs de l&rsquo;auberge et les pav\u00e9s de la route n&rsquo;ont pas d&rsquo;odeur. Si bien que le carrefour de l&rsquo;\u00e2ne n&rsquo;en est plus un. Au contraire, celui du ma\u00eetre se pr\u00e9cise. Un mauvais homme, dont il a refus\u00e9 la main, l&rsquo;a interpell\u00e9 d&rsquo;une table voisine\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Eh ! Bonheur, c&rsquo;est-y vrai qu&rsquo;on va te prendre ta ferme\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bonheur est le nom heureux de sa famille, il le fut quand il n&rsquo;\u00e9tait pas vain. Ses bons amis \u2013 la taverni\u00e8re en est, la Rose \u2013 le nomment Pierre, son nom \u00e0 lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est-y vrai, Pierre, bien vrai\u00a0?\u00a0\u00bb dit-elle, pench\u00e9e \u00e0 son oreille, ses seins dispos\u00e9s \u00e0 la main.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il r\u00e9pond, s&rsquo;essuyant les l\u00e8vres\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas dit\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et, puisqu&rsquo;il faut toujours raconter, il raconte \u2013 pour la centi\u00e8me fois peut-\u00eatre \u2013 l&rsquo;injustice qui l&rsquo;a frapp\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui, ce me semble, a-t-il dit, Boniface doit \u00eatre dans ses petits souliers\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est une vieille esbroufe \u2013 et longue, toute farcie de pi\u00e8ges et de retours. La fillette de blanc n&rsquo;y suffira pas. Rose lui en offrira une autre. Apr\u00e8s quoi il devra rincer toute la tabl\u00e9e, et les trois sous y suffiront \u00e0 peine, qu&rsquo;il gardait, envelopp\u00e9s d&rsquo;un linge, dans la doublure de sa culotte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant ce temps, Gertrude g\u00e9mit, poss\u00e9d\u00e9e \u2013 longuement \u2013 du cadavre effroyable que laisse un carrefour perdu.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 align=\"center\"><b>Premier chapitre<\/b><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><b>QU\u2019EST-CE QUE C\u2019EST<\/b><\/h2>\n<p>La question \u2013 les dimensions et les aspects \u2013 l\u2019arbre et la for\u00eat \u2013 l\u2019\u00e2ne et le ma\u00eetre \u2013 les dispositions \u2013 la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La question<\/b> \u2013 Puisque la question de Martin Heidegger concerne CELA, la premi\u00e8re question doit \u00eatre\u00a0: qu\u2019est CELA, qu\u2019est-ce que c\u2019est\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour tout le monde, CELA est ce qui est. Mais, ce qui est, le croyant le nomme Dieu, le non-croyant, le rationaliste ou le mat\u00e9rialiste le nomme cet objet-ci (que je consid\u00e8re, con\u00e7ois ou imagine). Il arrive que le non-croyant, incertain de sa non-croyance, sceptique ou agnostique, se tienne \u00e0 la limite des deux pr\u00e9hensions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tel, Th\u00e9ophile Gautier\u00a0: \u00ab\u00a0Les dieux sont les r\u00eaves de l\u2019humanit\u00e9.\u00a0\u00bb Ils ne sont pas plus concrets que les r\u00eaves, ou les images dont se composent les contes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tel, le philosophe Bergson\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019humanit\u00e9 est une machine \u00e0 faire les dieux.\u00a0\u00bb Ils ne sont pas moins concrets que les moteurs, les bielles, les arbres de transmission gr\u00e2ce auxquels la machine fonctionne. Ou, plut\u00f4t &#8211; en approfondissant la pens\u00e9e de Bergson &#8211; que les symboles, math\u00e9matiques, physiques, chimiques, qui ont permis la fabrication machinale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019ensemble cont\u00e9, affabul\u00e9, ou dans le r\u00eave, des images.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le syst\u00e8me construit, machin\u00e9, des symboles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les images ne disent pas tout ce qui est, demeurent en de\u00e7\u00e0 de l\u2019UN, de CELA. Elles ne proposent que des dieux ou des aspects de Cela. Le conte est \u00e0 la ressemblance de Ce qui est, mais il s\u2019agit d\u2019une ressemblance tronqu\u00e9e, insuffisante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les symboles disent plus qu\u2019il n\u2019est\u00a0: adjoignent \u00e0 l\u2019\u00eatre, \u00e0 cela, une succession logique, \u00e0 partir d\u2019une cause, d\u2019une unit\u00e9 conceptuelle, abstraite, syst\u00e9matique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il manque au po\u00e8te, \u00e0 l\u2019artiste, la concr\u00e9tude de l\u2019Ensemble, auquel il n\u2019atteint jamais. Pour l\u2019humanit\u00e9 de tous les Moyen-\u00c2ge (dont le Chr\u00e9tien fut le dernier), ce manque \u00e9tait le premier <i>d\u00e9lit\u00a0<\/i>: la cache de la pierre encore enterr\u00e9e, dont une face \u00e9chappe aux regards du d\u00e9couvreur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parce que le philosophe ne peut concevoir les choses que dans un certain ordre, de joints en joints, depuis le joint premier (la cause), il ajoute \u00e0 l\u2019UN ce joint, le deuxi\u00e8me <i>d\u00e9lit<\/i>, selon les humains de l\u2019an 1000 \u2013 ce qui unit les feuillets de l\u2019ardoise ou de la paillette d\u2019or, une fois la chose d\u00e9terr\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le partage se fait donc tr\u00e8s t\u00f4t, d\u00e8s la mise \u00e0 jour de la Chose, entre l\u2019artiste et le philosophe, bien avant cet ab\u00eeme infranchissable qui s\u00e9pare la religion de la science, ou le croyant du non-croyant. Gautier de Bergson, \u00e0 la limite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Accessoirement \u2013 mais est-ce r\u00e9ellement l\u2019accessoire\u00a0? \u2013 l\u2019image se propose dans le r\u00eave, pendant la nuit, le symbole s\u2019impose dans la plus grande activit\u00e9 du jour. Si bien que la contradiction se r\u00e9v\u00e8le dans le cycle circadien de 24 heures, comme en des cycles beaucoup plus vastes, du mois, de l\u2019ann\u00e9e, du cycle d\u2019activit\u00e9 solaire, etc. Mais le circadien suffit ici, sans qu\u2019il soit n\u00e9cessaire de qu\u00eater \u2013 ou de construire \u2013 plus avant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous l\u2019avons avanc\u00e9, selon Artaud\u00a0: tout le dilemme tient dans la dialectique \u00e9vidente de l\u2019id\u00e9e et de l\u2019objet. L\u2019objet est clairement le souci de l\u2019art, l\u2019id\u00e9e celui de la philosophie. Mais l\u2019id\u00e9e c\u00e8de devant l\u2019objet pour le savant, qui ne traite plus que des symboles. L\u2019objet se fait l\u2019id\u00e9e pour l\u2019esprit religieux, qui n\u2019en per\u00e7oit plus que des images.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Laquelle des deux, science ou religion, se fonde sur l\u2019id\u00e9e\u00a0? Laquelle sur l\u2019objet\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne faut surtout pas aller trop vite. Car des si\u00e8cles s\u00e9parent les deux premiers d\u00e9lits (la perception et la conception) ou l\u2019art et la philosophie du syst\u00e8me scientifique et de la religion ensembli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Appr\u00e9hendons d\u2019abord ce que nous donnent l\u2019id\u00e9e et l\u2019objet d\u2019Artaud.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Les dimensions et les aspects<\/b> \u2013 Si je ne conceptualise pas l\u2019objet (une mol\u00e9cule, une table, un vivant), il me demeure, certes, perceptible, mais je ne peux rien en faire, ni m\u00eame me lire \u00e0 travers lui, me faire. Quel travail immense va-t-il me permettre de situer cette table hors de moi, cette mol\u00e9cule en moi, ce vivant &#8211; JE \u2013 \u00e0 la jointure\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je consid\u00e8re la table, je nombre la mol\u00e9cule, je suis ce vivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019objet me sera une image, une figure\u00a0: la table. Ou un nombre, un jeu de nombres\u00a0: la mol\u00e9cule, ou un vocable\u00a0: Je.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Ainsi n\u2019est-il que trois aspects, si je consid\u00e8re cette concr\u00e9tude\u00a0: l\u2019objet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, si je m\u2019abstrais de la qu\u00eate, Moi\/je, pour traiter d\u2019une id\u00e9e quelconque, objectivement, il me faudra dire qu\u2019elle est simple, ou dialectique, ou trinitaire. Ainsi de la th\u00e8se, de l\u2019antith\u00e8se et de la synth\u00e8se h\u00e9g\u00e9liennes, ou de la Roue, du C\u0153ur et du Dragon de la premi\u00e8re kabbale (selon la trinit\u00e9 d\u2019Ez\u00e9chiel), le moi, le toi et le lui des Islamiques, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Yetsira kabbalistique et le scientiste h\u00e9g\u00e9lien nomment, de m\u00eame, ces trois des dimensions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le point et le trait sont de la premi\u00e8re, mais aussi le courbe et le droit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le carr\u00e9, le triangle, le polygone sont de la deuxi\u00e8me, mais aussi le trait que contiennent deux points et le point contenu entre deux traits, si je traite du droit, ou, si je traite du courbe, le pli et la fronce de Ren\u00e9 Thom.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le volume est de la troisi\u00e8me (le c\u00f4ne, le cube, la sph\u00e8re), mais aussi l\u2019ouverture et la fermeture, comme extrapolations du courbe (l\u2019ouvert comme fronce et le ferm\u00e9 comme pli), ou du point, qui arr\u00eate, ou du trait, qui ouvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019y a pas de quatri\u00e8me dimension, ou, du moins, l\u2019humain n\u2019en fait rien. Il n\u2019y a pas de quatri\u00e8me aspect, ou du moins JE ne le per\u00e7oit. JE se tient entre les deux d\u00e9lits\u00a0: le quatri\u00e8me aspect, qu\u2019il ne per\u00e7oit pas, la quatri\u00e8me dimension, qu\u2019il ne con\u00e7oit pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car JE n\u2019est pas simple sans \u00eatre complexe\u00a0; il n\u2019est pas complexe sans \u00eatre simple. Ce qui est \u00e9vident de JE l\u2019est de Cela. J\u2019en prendrai pour exemples un arbre et une for\u00eat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L\u2019arbre et la for\u00eat<\/b> \u2013 C\u2019\u00e9tait le th\u00e8me d\u2019une conf\u00e9rence que j\u2019ai donn\u00e9e en octobre 1994, \u00e0 Limoges\u00a0; un th\u00e8me peut-\u00eatre mal choisi. Car je per\u00e7ois et con\u00e7ois les deux objets. Je per\u00e7ois l\u2019arbre comme unit\u00e9, et ne peux qu\u2019en concevoir les composants. Je per\u00e7ois la for\u00eat en ses parties mais ne peux la concevoir en sa totalit\u00e9 que hors de la perception.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, les dimensions de l\u2019arbre et de la for\u00eat sont \u00e9galement troisi\u00e8mes. Il s\u2019agit de deux objets volumineux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ils transposent dans le concret \u2013 ou dans l\u2019objet \u2013 deux notions ou id\u00e9es des plus abstraites\u00a0: l\u2019unicit\u00e9 et la pluralit\u00e9. Ils participent de \u00ab\u00a0ce qui est\u00a0\u00bb au premier chef.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voyons, succinctement, ce que j\u2019en tirais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019arbre est seul (hors de la for\u00eat) ou bien dedans, parmi plusieurs. \u00c0 la solitude correspond le dehors, \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0contenu\u00a0\u00bb le dedans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Consid\u00e9r\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur (dehors), la for\u00eat est le contenant de plusieurs arbres. Mais elle est bien, aussi, un territoire, une unit\u00e9 territoriale dans un ensemble de champs, de d\u00e9serts ou de collines, contenue (dedans) dans le cadastre ou dans la photo prise d\u2019un avion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Contenu dans la for\u00eat, l\u2019arbre n\u2019en est qu\u2019une partie, un composant. Solitaire, \u00e9tudi\u00e9 en soi, il contient une autre for\u00eat, de racines, de branches, de feuillage, sinon les cycles qui s\u2019inscrivent en lui, depuis le liber jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9corce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contenante des arbres, la for\u00eat est une unit\u00e9, qui vit, selon les cycles des saisons, semblable \u00e0 l\u2019arbre en cela, ou dans des cycles plus grands que celui de l\u2019arbre, sur les 12 ans du cycle d\u2019activit\u00e9 solaire, sur des si\u00e8cles (le temps que durent ces arbres-l\u00e0\u00a0: des c\u00e8dres), sur l\u2019\u00e8re qui transpose la for\u00eat en d\u00e9sert, le d\u00e9sert en for\u00eat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, contenue dans le cadastre ou la photo, la for\u00eat n\u2019est qu\u2019une \u00e9tendue \u2013 bois\u00e9e, parmi d\u2019autres, plus ou moins vides. Il faudra bien plusieurs ensembles syst\u00e9matiques (photos, cadastres) pour montrer le r\u00e9tr\u00e9cissement ou le d\u00e9veloppement de cette \u00e9tendue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">c)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si je ne joue plus du contenant et du contenu, &gt; et &lt;, ni de l\u2019unicit\u00e9 et de la pluralit\u00e9, mais du concret et de l\u2019abstrait, je pourrais dire que la for\u00eat est plus abstraite que l\u2019arbre, ou \u00e0 l\u2019inverse. Mais, de l\u2019un et de l\u2019autre, la perception demeurera concr\u00e8te, la conception abstraite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la for\u00eat, m\u2019y promenant, je n\u2019en percevrais que les composants partiels, les arbres\u00a0: la pluralit\u00e9. L\u2019unicit\u00e9 du bois me restera abstraite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, si je consid\u00e8re l\u2019ensemble de la for\u00eat, comme une partie d\u2019un autre tout, comme du sommet de la montagne ou d\u2019un avion, cette vision sera concr\u00e8te, quand l\u2019abstraction sera le nombrement de ses arbres, de ses composants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il en sera de m\u00eame, ou \u00e0 l\u2019inverse, pour l\u2019arbre. Je pourrai le percevoir entier, d\u2019une \u00e9minence, mais aussi percevoir ses racines, ses feuillages, le d\u00e9membrant. Si je le per\u00e7ois en son entier, ses constituants me seront des conceptions abstraites\u00a0; si je n\u2019en per\u00e7ois plus que la for\u00eat interne, l\u2019unicit\u00e9 de l\u2019arbre ne me sera plus que conceptuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans tous les cas, les six notions\u00a0: l\u2019unit\u00e9, la pluralit\u00e9, le contenu, le contenant, le concret, l\u2019abstrait, auront volatilis\u00e9 l\u2019objet m\u00eame. Que pourrai-je dire de l\u2019arbre ou de la for\u00eat\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019en restera que ces aspects\u00a0: des nominations, des nombrages, des figures, ou des dimensions\u00a0: des traits et des points per\u00e7us de l\u2019astronef ou les graphes de l\u2019informatique \u00e9lectronique, les triangles et les cercles de la perspective ou du cadastre, les volumes, cycliques ou non, que sont en effet, en soi, cet arbre ou cette for\u00eat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une premi\u00e8re dimension dans le plus grand \u00e9loignement, stratosph\u00e8re ou \u00e9lectronique. Une troisi\u00e8me dimension dans la plus grande approche\u00a0: l\u2019arbre auquel je me heurte, la for\u00eat o\u00f9 je m\u2019\u00e9gare. La deuxi\u00e8me dimension en quelque interm\u00e9diaire\u00a0: du rassemblement (le cadastre, la vue non perspective, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Afin d\u2019\u00e9claircir mon propos, il me faudra choisir un autre exemple que celui de l\u2019arbre et de la for\u00eat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L\u2019\u00e2ne et le ma\u00eetre<\/b> \u2013 Ni l\u2019aspect ni la dimension ne me permettent de saisir l\u2019UN, comme per\u00e7u et con\u00e7u, ou comme ensemble de ses parties et partie d\u2019un tout (ensemble ou syst\u00e8me), ou comme contenant et contenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, en tant que cet aspect-l\u00e0, dans cette dimension d\u00e9finie, je pourrai le percevoir, incompl\u00e8tement, et le concevoir, en exc\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si je consid\u00e8re l\u20191 en tant que nombre, je pourrai dire qu\u2019il se tient entre le manque et l\u2019exc\u00e8s (les deux d\u00e9lits), la perception que j\u2019en ai s\u2019arr\u00eate \u00e0 l\u2019infrarouge, elle en exclut l\u2019aura. Ce sera en p\/4 ou \u00d6(Q-1), vers 0,785. La conception que j\u2019en ai se situe au-del\u00e0 de 1 (par exemple, l\u2019\u00e9lectron-volt)\u00a0: elle adjoint \u00e0 l\u2019UN une partie de son acte ou de son avenir. Je donne \u00e0 ce d\u00e9passement la valeur de \u00d6(T-1) ou 1,077.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le nombre (2\u00d62)\/10 ou (\u00d62)\/5 s\u2019impose entre les deux nombres\u00a0: p\/4 et \u00d6(T-1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00d62=1,416 et son 1\/10=0,1416. Au double\u00a0: 0,2832.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1,07-0,78 = 0,29. L\u2019approximation est insignifiante. Au reste, deux ordinateurs r\u00e9pandus dans le commerce ne donneront pas les m\u00eames nombres pour p\/4, \u00d6(T-1) et \u00d62.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pourra dire, sans une erreur irr\u00e9parable, que l\u2019Unit\u00e9 tient dans le degr\u00e9 de libert\u00e9\u00a0: (\u00d62)\/5.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b)\u00a0\u00a0\u00a0 Si je consid\u00e8re l\u2019UN en tant que vocable, je pourrai dire qu\u2019il est une parade (montr\u00e9e) ou une monture (interne).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais \u00ab\u00a0parade\u00a0\u00bb est un jeu de mots, qui se fonde sur les deux signifiants\u00a0: parure et parage. C\u2019est un \u00e9talage de \u00ab\u00a0parures\u00a0\u00bb et une protection, un \u00ab\u00a0parage\u00a0\u00bb. Cela joue des 3\u00a0: parure, parade, parage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Monture est homonyme. Il porte les deux signifi\u00e9s\u00a0: l\u2019ench\u00e2ssement, la monture du bijoutier, et le support du cavalier\u00a0: le coursier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concr\u00e9tude, la parade renvoie \u00e0 la parure et au parage. Le mot contient le palais et la banlieue (la parure, le parage). Trinitaire, le vocable recouvre trois acceptions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Abstraction, le vocable \u00ab\u00a0monture\u00a0\u00bb recouvre les deux concr\u00e9tudes\u00a0: le bijou, le coursier. Il ne recouvre que deux acceptions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jouant du vocable seul, je puis dire qu\u2019il pr\u00e9sente un sens commun \u00e0 deux signifiants (parure et parage), dont l\u2019un est pluriel\u00a0: les parures montr\u00e9es, l\u2019autre unique mais hasardeux\u00a0: le parage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou qu\u2019il pr\u00e9sente deux sens, l\u2019ench\u00e2ssement (le recueil) et le coursier (le support).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, traitant du vocable, je jouerai d\u2019<i>ana<\/i> et de <i>m\u00e9ta<\/i>. Les deux mots pourront m\u2019appara\u00eetre des synonymes (l\u2019analogie de Saussure, la m\u00e9taphore de Jakobson). Tous deux disent une \u00e9quivalence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et, de fait, le m\u00e9tagramme et l\u2019anagramme indiquent tous deux un d\u00e9placement. L\u2019\u00e2ne et le ma\u00eetre vont de compagnie, de la ferme \u00e0 la ville. Mais le m\u00e9tagramme ne d\u00e9place qu\u2019une lettre dans le mot. Il remplace une lettre par l\u2019autre\u00a0: G par M en Agalma et Amalga.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Amalga(me) dit le complexe et le miroir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Agalma, selon Lacan et son ma\u00eetre Platon, dit la chose contenue, autrefois LA parure, comme une \u00e2me en la chose\u00a0: son indivis \u2013 cela qui la rend non pareille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anagramme, dans le mot, d\u00e9place toutes les lettres, comme \u00ab\u00a0aimer\u00a0\u00bb en \u00ab\u00a0Marie\u00a0\u00bb, sugg\u00e9rant seulement une essence commune aux deux mots invent\u00e9s. Une pure abstraction, sinon quelque non sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anagramme est\u00a0 le d\u00e9placement (coh\u00e9rent ou incoh\u00e9rent) de plusieurs lettres dans un mot. M\u00e9tagramme est l\u2019inversion d\u2019une lettre dans un mot (son remplacement par une autre lettre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame \u00ab\u00a0anastrophe\u00a0\u00bb dit le d\u00e9placement de plusieurs mots dans une phrase (hasardeux ou grammatical). Exemple de contingence, toute hasardeuse\u00a0: les changes des mots dans la phrase\u00a0: \u00ab\u00a0Vos beaux yeux, Marquise, me font mourir d\u2019amour\u00a0\u00bb (dans <i>Le Bourgeois Gentilhomme<\/i>)\u00a0: \u00ab\u00a0Marquise, vos beaux yeux\u2026\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0D\u2019amour me font\u2026\u00a0\u00bb, etc. Exemple de coh\u00e9rence grammaticale\u00a0: le compl\u00e9ment avant le verbe, sinon\u00a0 le sujet en second, ou l\u2019adjectif avant le nom qui le porte, comme en anglais. En fran\u00e7ais, le bon homme n\u2019est pas l\u2019homme bon, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0M\u00e9tabole\u00a0\u00bb dit l\u2019inversion d\u2019un mot dans une phrase, et son remplacement par un autre. Ainsi des deux sens de \u00ab\u00a0philosophie\u00a0\u00bb aux temps hell\u00e9nistiques\u00a0: \u00ab\u00a0amour de la science\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0science de l\u2019amour\u00a0\u00bb, ou des deux sens de \u00ab\u00a0franc-ma\u00e7onnerie\u00a0\u00bb, autour de 1817\/1828\u00a0: \u00ab\u00a0libert\u00e9 de cr\u00e9ation\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de la libert\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autres exemples\u00a0: \u00ab\u00a0acte de la lecture\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0lecture de l\u2019acte\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0inscription des fins\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0fin des inscriptions\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tat (moral) du Christ en telle station (du calvaire)\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0la station (ferroviaire) en cet \u00c9tat (la France)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019il s\u2019agisse de la lettre ou de plusieurs lettres dans le mot, ou du mot et de plusieurs mots dans la phrase, nous voyons que Meta remplace l\u2019un par l\u2019autre et change le sens \u2013 du mot, de la phrase, en jouant de l\u2019Un. Ana n\u2019offre qu\u2019une abstraction, ordr\u00e9e ou non, jouant des plusieurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par suite, \u00ab\u00a0m\u00e9taphore\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0analogie\u00a0\u00bb cessent d\u2019\u00eatre synonymes. L\u2019analogie demeure hasardeuse ou contingente. Hasardeuse\u00a0 comme image\u00a0: les p\u00e9riodes de la vie sont comme les saisons de l\u2019ann\u00e9e, n\u00e9cessaire comme ensemble de symboles pour le scientiste\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience efficace doit \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e dans les <i>m\u00eames<\/i> conditions\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0la lune est comme une pomme\u00a0\u00bb selon Newton.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re analogie sera dite \u00ab\u00a0m\u00e9taphorique\u00a0\u00bb selon le scientiste\u00a0; la seconde sera dite \u00ab\u00a0m\u00e9tonymique\u00a0\u00bb selon le m\u00eame pseudo-savant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La similitude \u00ab\u00a0\u00e2ges de la vie\/saisons\u00a0\u00bb sera dite hasardeuse, l\u00e9gendaire, mythique. La similitude \u00ab\u00a0pomme\/plan\u00e8te\u00a0\u00bb ou le transfert du concept \u00ab\u00a0voile\u00a0\u00bb au concept \u00ab\u00a0bateau\/voilier\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0travail et valeur de production\u00a0\u00bb sera dite m\u00e9tonymique, successivement d\u00e9duite, de la cause \u00e0 l\u2019effet, n\u00e9cessit\u00e9e par une loi (physique ou \u00e9conomique).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9taphore sera cependant tout autre chose, car elle ne jouera que d\u2019<i>une<\/i> image, non pas d\u2019une pluralit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0le printemps de la vie\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0la jeunesse\u00a0\u00bb suppose l\u2019analogie \u00ab\u00a0\u00e2ges\/saisons\u00a0\u00bb, mais cette analogie n\u2019a que faire d\u2019\u00eatre exprim\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est de fait que la m\u00e9taphore peut \u00eatre tout \u00e0 fait hasardeuse\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0la terre est bleue comme une orange\u00a0\u00bb (Eluard). Le lien, hypoth\u00e9tique, est double\u00a0: la terre est ronde, l\u2019orange aussi, la terre est nomm\u00e9e \u00ab\u00a0la plan\u00e8te bleue\u00a0\u00bb, donc l\u2019orange, ronde comme la terre, est bleue aussi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, les formules\u00a0: \u00ab\u00a0le printemps de la vie\u00a0\u00bb ou celle d\u2019Eluard n\u2019ont aucun besoin d\u2019\u00eatre explicit\u00e9es, raisonn\u00e9es, conceptualis\u00e9es. Elles sont, de nouveaux objets, po\u00e9tiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les analogies ne cr\u00e9ent que des anastrophes\u00a0: coh\u00e9rentes ou incoh\u00e9rentes, car elles jouent des id\u00e9es. La m\u00e9taphore fait le \u00ab\u00a0m\u00e9tabole\u00a0\u00bb car elle change le m\u00e9tabolisme de ce mot-l\u00e0\u00a0: \u00ab\u00a0printemps\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0terre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0acte\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0lecture\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0inscription\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0fin\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0amour\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0science\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0cr\u00e9ation\u00a0\u00bb, par la seule substitution, dans l\u2019inversion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La position et la tendance<\/b> \u2013 Ici et l\u00e0, nous remarquerons que la pluralit\u00e9 et l\u2019abstraction s\u2019unissent en \u00ab\u00a0ana\u00a0\u00bb, dans l\u2019\u00e2ne, que l\u2019unicit\u00e9 et la concr\u00e9tude se compl\u00e8tent en \u00ab\u00a0meta\u00a0\u00bb, le ma\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019o\u00f9 l\u2019ultime question\u00a0: lequel est contenu dans l\u2019autre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019abstraction de plusieurs dans l\u2019Un\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Un dans le Plusieurs\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les parades d\u2019abord\u00a0: les parures, le parage\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou les montures d\u2019abord\u00a0: l\u2019ench\u00e2ssement, le coursier\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier est-il avant, le second apr\u00e8s\u00a0? ou bien l\u2019inverse\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, lequel englobe l\u2019autre\u00a0? Le premier ou le second\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les vocables (lettres, mots) ne nous permettent pas de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions. La lettre est homonyme\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e0\u00a0\u00bb indique la direction\u00a0: \u00ab\u00a0je vais \u00e0 Paris\u00a0\u00bb, la possession\u00a0: \u00ab\u00a0ce chien est \u00e0 moi\u00a0\u00bb, l\u2019usage ou le moyen\u00a0: \u00ab\u00a0ce fusil \u00e0 pompe\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ce fusil \u00e0 fl\u00e8ches\u00a0\u00bb, et le lieu m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0le travail\u00a0 \u00e0 la main\u00a0\u00bb, personnel, \u00ab\u00a0le travail \u00e0 l\u2019usine\u00a0\u00bb collectif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais des lettres diff\u00e9rentes peuvent \u00eatre synonymes\u00a0: J, I, R en Juan, Ivan, Ruan en Juan. Et, de m\u00eame, U et V dans les m\u00eames mots.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je joue des mots, \u00ab\u00a0r\u00f4le\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0emploi\u00a0\u00bb auront le m\u00eame sens, au th\u00e9\u00e2tre et dans certaines entreprises\u00a0: ils seront synonymes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le r\u00f4le d\u2019\u00e9quipage, ou au tribunal, contient de nombreux emplois, recueille plusieurs affaires. Ou l\u2019emploi de valet peut atteindre au r\u00f4le\u00a0: de Scapin, de Sganarelle, de Figaro, ou l\u2019emploi de \u00ab\u00a0vieux beau\u00a0\u00bb au r\u00f4le d\u2019Arnolphe, l\u2019emploi d\u2019ing\u00e9nue au r\u00f4le d\u2019Agn\u00e8s sinon \u00e0 celui de C\u00e9lim\u00e8ne (pour le fervent de Moli\u00e8re).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux synonymes comportent un seul sens. Un homonyme en contiendra plusieurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si deux synonymes contiennent le m\u00eame sens\u00a0: localisation et tendance, le concept\u00a0: disposition, le mot \u00ab\u00a0disposition\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019inverse, contiendra les deux sens\u00a0: tendance et localisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un objet vocable ne contient pas les deux id\u00e9es, sans qu\u2019une id\u00e9e ne puisse unir deux vocables, que le vocable soit une lettre ou un mot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tel est le passant sur une route. Pour le d\u00e9finir (\u00ab\u00a0qu\u2019est-ce que c\u2019est\u00a0\u00bb) je devrai dire sa position, \u00e0 tant de vestres ou de kilom\u00e8tres de son d\u00e9part ou de son arriv\u00e9e, et sa tendance, vers l\u2019arriv\u00e9e ou depuis le d\u00e9part. Dans le sens direct\u00a0; sinon dans le sens inverse, le retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si je pr\u00e9tends dire la position de l\u2019objet (aspect\/image ou symbole\/concept), j\u2019aurai le choix entre ces deux\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le manque, &lt;1, en p\/4,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019exc\u00e8s, &gt;1, \u00e0 partir de l\u2019\u00e9lectron-volt ou de \u00d6(T-1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La tendance, elle, ne sera qu\u2019une\u00a0: de l\u2019avant vers l\u2019apr\u00e8s, ou de l\u2019objet en devenir, vers 1, \u00e0 l\u2019objet devenu, depuis 1.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Diff\u00e9remment, si je consid\u00e8re l\u2019objet comme 1 ou Un, sa position ne sera qu\u2019une. Par exemple, les parures dans l\u2019ench\u00e2ssement\u00a0: une lecture de l\u2019acte \u2013 et quelque support-coursier dans le parage d\u00e9j\u00e0\u00a0: un acte de lecture, afin de contenir la pens\u00e9e, poursuivre la marche de l\u2019id\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce Un portera les deux tendances\u00a0: du devenir vers le devenu, ou de la cause (pass\u00e9e) \u00e0 l\u2019effet (\u00e0 venir). Je n\u2019aurai per\u00e7u qu\u2019un seuil\u00a0: l\u2019infrarouge, et con\u00e7u qu\u2019une cause\u00a0: l\u2019\u00e9lectron-volt.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi sera-t-il du \u00ab\u00a0sympt\u00f4me\u00a0\u00bb, que Lacan situe entre l\u2019imaginaire et le symbolique\u00a0: lecture de l\u2019acte, ou acte de lecture alors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La r\u00e9ponse<\/b> \u2013 \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cela\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9ponse n\u2019est pas simple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est une quantit\u00e9 qui devient unit\u00e9. Et l\u2019unit\u00e9 qui devient une quantit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est le sens (\u00ab\u00a0signifi\u00e9\u00a0\u00bb) commun \u00e0 deux signifiants (synonymes) et le vocable, le signifiant homonyme, qui porte plusieurs signifi\u00e9s ou sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ana ou meta. Ou l\u2019arbre dans la for\u00eat ou la for\u00eat dans l\u2019arbre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre le dehors et le contenu, entre l\u2019image et le symbole, cette lecture de l\u2019acte et cet acte de lecture que Lacan nomme le sympt\u00f4me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019instant m\u00eame (externe) et la pr\u00e9sence (interne), <i>hic et nunc<\/i>, ici et maintenant, c\u2019est une parade et une monture, entre le devenir\/devenu et le pass\u00e9\/avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, me cantonnant aux seules \u00ab\u00a0dispositions\u00a0\u00bb de l\u2019objet\u00a0: sa position et sa tendance, je pourrai simplifier le d\u00e9bat des deux d\u00e9lits, \u00e0 condition de parler de \u00ab\u00a0probabilit\u00e9 de position\u00a0\u00bb, car la position demeure incertaine, entre p\/4 et \u00d6(T-1), en (2\u00d62)\/10, pour la station\u00a0; et de \u00ab\u00a0quantit\u00e9s de mouvements\u00a0\u00bb, pour l\u2019\u00e9tat, car toute tendance de l\u2019objet est un mouvement d\u00e9j\u00e0, en sa \u00ab\u00a0puissance\u00a0\u00bb ou en sa charge \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ni le sympt\u00f4me ne recueille tous les aspects de l\u2019objet, toutes ses images, ni le sympt\u00f4me n\u2019indique toute sa tendance, dans le concept symbolis\u00e9. D\u2019o\u00f9, l\u2019a peu pr\u00e8s du diagnostic, et l\u2019erreur \u2013 parfois \u2013 de traitement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, mais alors seulement, je pourrai dire une disposition de cet aspect de l\u2019objet dans une dimension d\u00e9finie (le point ou le trait, la ligne ou le courbe, le c\u00f4ne ou la sph\u00e8re), et sa tendance, dans le sens devenir\/devenu ou cause\/effet, selon que je traiterai de l\u2019ana (plusieurs) ou du meta (un).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pourrai dire s\u2019il est un arbre ou une for\u00eat, ou bien l\u2019un de ces arbres\u00a0: naturel, m\u00e9canique, des g\u00e9n\u00e9alogies, ou l\u2019une de ces for\u00eats (interne, externe). S\u2019il est un ensemble de parures ou une d\u00e9fense, un ench\u00e2ssement ou un support.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Une perception ou une conception. L\u2019objet de l\u2019artiste ou celui du philosophe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant aux questions annexes\u00a0: lequel contient l\u2019autre\u00a0? Lequel est avant l\u2019autre\u00a0? Lequel est abstrait, lequel concret\u00a0? Je pourrai aussi y r\u00e9pondre, toujours, mais de mani\u00e8res diff\u00e9rentes selon que je traiterai d\u2019un aspect ou d\u2019un concept, de cet aspect-l\u00e0\u00a0: figure, nombre, vocable, ou du concept\u00a0: dimensionnel, nombr\u00e9, nomin\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hors cette pr\u00e9caution, rien ne sera plus s\u00fbr, nulle r\u00e9ponse assur\u00e9e. J\u2019en ai donn\u00e9, souvent, cet exemple, per\u00e7u\/con\u00e7u l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 mourut ma femme France\u00a0: une terrine de p\u00e2t\u00e9 dans le four. La terrine est contenue dans le four (par l\u2019ext\u00e9rieur de son couvercle, d\u2019elle-m\u00eame)\u00a0; elle contient le p\u00e2t\u00e9 (par ses faces int\u00e9rieures). Les dimensions de son ext\u00e9rieur seront \u00e9videmment plus grandes que celles de son int\u00e9rieur. Elle sera donc plus grande comme contenue que comme contenante. Contenu, l\u2019objet est plus grand que l\u2019objet contenant. Contre la r\u00e8gle admise par tous, la plus \u00e9vidente\u00a0: le contenant est plus grand que le contenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vraie si je traite de plusieurs objets (au moins trois), la r\u00e8gle ne l\u2019est plus si je traite de l\u2019en-soi, de l\u2019UN.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Les cl\u00e9s de la r\u00e9ponse<\/b> \u2013 Dans tous les cas, cela est l\u2019UN.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l\u2019UN peut \u00eatre <i>en soi<\/i>, dans l\u2019indivis, en sa substance, ni per\u00e7u, ni con\u00e7u. Il peut \u00eatre projet\u00e9 ou se projetant, du dehors au dehors, au-del\u00e0 de la perception, en de\u00e7\u00e0 de la conception, comme un lecture ou un acte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <i>En soi<\/i>, l\u2019UN est Je, ou le sympt\u00f4me, une parade et une monture \u2013 mais ce sera en son \u00e9tendue\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou bien l\u2019UN est le minuit dans le jour, le No\u00ebl dans l\u2019ann\u00e9e, la pleine lune dans le mois, le maximum d\u2019activit\u00e9 dans le cycle d\u2019activit\u00e9 solaire, l\u2019Atlantide, l\u2019\u00c9den, la Terre Promise, le Temps de tous les saints dans l\u2019\u00e8re \u00ab\u00a0pr\u00e9cessionnelle\u00a0\u00bb &#8211; mais ce sera en sa dur\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019agira-t-il de l\u2019\u00e9tendue (la dimension) de cet aspect-l\u00e0 de l\u2019objet\u00a0? Ou de l\u2019aspect qu\u2019offre cette dur\u00e9e-ci\u00a0: le jour, le mois, l\u2019ann\u00e9e, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b)\u00a0\u00a0\u00a0 Hors de soi, ou dans ses rapports avec plusieurs, l\u2019Un ne pourra \u00eatre per\u00e7u, en cet aspect, ou con\u00e7u, par le joint que j\u2019y surajoute. En sa lecture ou par son acte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nominalement, il sera toujours un \u00ab\u00a0signe\u00a0\u00bb, signifiant ou signifi\u00e9. Mais le plusieurs sera des sens, des signifi\u00e9s si je jour de l\u2019homonyme\u00a0; le plusieurs sera des signifiants, si je joue des synonymes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Num\u00e9riquement, l\u2019UN (1) se tiendra entre p\/4 et \u00d6(T-1),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">au point o\u00f9 \u00d6x = (x+1)\/2, o\u00f9 \u00d61 = (1+1)\/2.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne sera qu\u2019un degr\u00e9 de libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Figurativement,\u00a0 ce sera le point entre les traits (ou les droits du triangle) et les courbes (du cercle ou de l\u2019ellipse). Le sommet de la courbe de Gauss ou de la cloche\u00a0: la pubert\u00e9 achev\u00e9e, la fin de l\u2019adolescence ou le maximum de l\u2019\u00e9nergie vitale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, ce signe, ce degr\u00e9 de libert\u00e9, ce maximum ne seront pas per\u00e7us ou con\u00e7us de m\u00eame dans la premi\u00e8re, la deuxi\u00e8me ou la troisi\u00e8me dimension. Par exemple, le point\/sommet de l\u2019angle sera une ligne entre deux faces ou deux surfaces, une interface entre des volumes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le signe sera une lettre, un mot, une phrase. S\u2019il est vocable. Il jouera d\u2019une fraction, inf\u00e9rieure ou sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019UN\u00a0; ou d\u2019une racine\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00d6(Q-1) = p\/4, \u00d6(T-1) = p\/4 + (\u00d62)\/5.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sinon de \u00ab\u00a0i\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0i<sup>2<\/sup>\u00a0\u00bb en jouant de \u20131 et de +1.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Hic et nunc<\/i>, Cela est toujours l\u2019UN, mais l\u2019UN peut \u00eatre un indivis, <i>en soi<\/i>, et un signe, hors de soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il sera donc, toujours,\u00a0 une inversion, un acte non moins qu\u2019une lecture. Ax\u00e9, d\u00e8s lors, vers l\u2019<i>Un<\/i> comme un recueil (de parures), ou depuis l\u2019<i>Un<\/i>, comme une monture, un support.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, \u00e0 ce recueil, il manque une <i>lettre perdue<\/i> (l\u2019aspect inaper\u00e7u), comme le diront Poe, Melville, Kafka \u2013 entre autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u2019importe quelle cause ajout\u00e9e (le premier joint) ne sera <i>qu\u2019un enfant trouv\u00e9<\/i>, car cette cause jamais ne sera l\u2019origine de cela. C\u2019est un b\u00e2tard, un orphelin, un adopt\u00e9 dont le philosophe jouera (un \u00ab\u00a0axiome\u00a0\u00bb dira le scientiste).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019est-ce que cela\u00a0? Une lettre perdue devient un enfant trouv\u00e9, en cela. On le nommera le facteur, qui d\u00e9livre (trop tard) la lettre et qui soulage l\u2019enfant trouv\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 de faire (souvent trop t\u00f4t). Qu\u2019est-ce que cela\u00a0? le facteur \u2013 mais, \u00e0 la fois, cet employ\u00e9 des postes, un fonctionnaire, et ce fabricateur, un ouvrier. Priv\u00e9 de la lettre, le po\u00e8te n\u2019est qu\u2019un fonctionnaire sans sa fonction, \u00e0 laquelle la lettre l\u2019affectait. Enfant trouv\u00e9, le philosophe n\u2019est plus que l\u2019ouvrier besogneux, que l\u2019ignorance de son origine affecte.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 align=\"center\"><b>LE CONTE<\/b><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><b>\u00a0<\/b><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><b>II<\/b><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne peux continuer de raconter l&rsquo;histoire, dit le conteur, sans d\u00e9crire le lieu o\u00f9 elle se passe et passera. Mais, de m\u00eame qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne se d\u00e9crit pas (qu&rsquo;importe, en v\u00e9rit\u00e9, qu&rsquo;il se situe il y a mille ans ou dans un mill\u00e9naire ?), l&rsquo;ici doit \u00e9chapper \u00e0 toute topologie\u00a0: la Bretagne n&rsquo;y convient pas moins que la Vend\u00e9e ou la Bavi\u00e8re, l&rsquo;Europe ou l&rsquo;Am\u00e9rique un jour, la Terre ou Mars, r\u00e9duit aux limites d&rsquo;un comt\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui importe, c&rsquo;est ce jour pour l&rsquo;\u00e2ne et pour son ma\u00eetre, o\u00f9 ils vont au march\u00e9. Pour en revenir ou non\u00a0? C&rsquo;est tout le probl\u00e8me, car chacun des deux est s\u00fbr d&rsquo;en revenir\u00a0; et d\u00e9j\u00e0, par indiff\u00e9rence ou int\u00e9r\u00eat, il a fait sienne l&rsquo;hypoth\u00e8se que l&rsquo;autre n&rsquo;en reviendra pas. C&rsquo;est-\u00e0-dire que, pour l&rsquo;un des deux, le lieu est promenade (un cercle), et que, pour l\u2019autre, ce doit \u00eatre un trajet sans retour, le lieu de l&rsquo;aventure \u2013 et quelle\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce doute, relatif \u00e0 la nature du lieu, de promenade ou d&rsquo;aventure, se double d&rsquo;une antinomie topologique. Au point o\u00f9 nous en sommes, ici est un carrefour. Mais, pour le ma\u00eetre, c&rsquo;est le carrefour entre quatre routes, dont l&rsquo;une reviendrait au chemin, puis au sentier de choux et \u00e0 la ferme, une autre conduirait \u00e0 la ville. Les deux autres vont n&rsquo;importe o\u00f9\u00a0: en fait, le ma\u00eetre conna\u00eet l&rsquo;une d&rsquo;elles jusqu&rsquo;en ses moindres d\u00e9tours, il sait qu&rsquo;elle m\u00e8ne \u00e0 une rivi\u00e8re o\u00f9 il se baignait l&rsquo;\u00e9t\u00e9, enfant, et sur le bord de laquelle, il y a bien des mois il a rencontr\u00e9 son amour Sylvaine. La quatri\u00e8me route, il ne sait o\u00f9 elle conduit que d&rsquo;une fa\u00e7on confuse, presque abstraite, tout juste assez pr\u00e9cise pour en reconna\u00eetre le trac\u00e9 sur une carte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vous ai dit certains des carrefours de l&rsquo;\u00e2ne, que dessinent ou non dans le ciel les nuages, plus proches l&rsquo;eau des foss\u00e9s, la taille ou la fleur de l&rsquo;ajonc. C&rsquo;est beaucoup plus complexe. Car les temps du ma\u00eetre sont nombreux, presque innombrables\u00a0: celui des parents, celui des camarades, de Baltazar (et de la haine), du gendarme (et de la peur), de la s\u0153ur (l&rsquo;amour familial), de Sylvaine et de l&rsquo;amour tout court, le plus long\u2026 Mais il n&rsquo;est qu&rsquo;un lieu, un espace, ou plut\u00f4t cette \u00e9tendue-l\u00e0\u00a0: ce carrefour maintenant, ici. Le ma\u00eetre peut toujours dessiner ce lieu-ci, ou le concevoir, m\u00eame s&rsquo;il ne le per\u00e7oit tout entier. Mais l&rsquo;\u00e2ne est \u00e0 ce point divers, pluriel, qu&rsquo;il ne sait pas \u2013 ne sent pas \u2013 toujours exactement ce qu&rsquo;il est, il ou elle (un \u00e2ne, une \u00e2nesse). Le ma\u00eetre ne sait pas \u2013 ne sent pas \u2013 les millions d&rsquo;\u00eatres qui sont en lui, courent sur sa peau, naissent, meurent sans cesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ne ne les sent pas tous non plus, mais il est la puce qui le suce, la mouche qui l&rsquo;assi\u00e8ge et l&rsquo;escargot qui grimpe le long de sa patte avant (\u00e0 droite). Un jour, il fut le serpent qui qu\u00e9mandait son lait\u00a0; un autre jour, le grand \u00e9pervier qui l&rsquo;obscurcit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est \u00e0 ce point les autres \u00eatres qu&rsquo;il ne confond jamais leurs territoires. Quand il chemine, la feuille de l&rsquo;arbre vient vers lui, puis elle dispara\u00eet dans son dos. La fourmi, le ver, la scolopendre font de m\u00eame (ou, s&rsquo;ils vont dans le m\u00eame sens que lui, il les d\u00e9passe, ils s&rsquo;esbignent aussi). Mais d&rsquo;autres existences, plus vastes, l&rsquo;accompagnent tout au long du chemin\u00a0: le vent, le ciel, l&rsquo;oiseau v\u00e9loce, les horizons lointains. Le territoire de la puce est moindre que le sien, qui lui survivra sans doute\u00a0; celui du ma\u00eetre est plus \u00e9tendu\u00a0: il y est n\u00e9, il sera encore quand l&rsquo;\u00e2ne ne sera plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque \u00eatre a son domaine, chaque \u00e9motion le sien. Le respect que l&rsquo;\u00e2ne a pour le vent est aussi \u00e9tendu que le vent\u00a0; la peur\/amour du ma\u00eetre non moins large et haut que le ma\u00eetre lui-m\u00eame. Quoi qu&rsquo;il fasse, il y est contenu, lui ou son petit territoire. Mais il peut n\u00e9gliger les \u00e9motions moindres, que lui causent la puce ou l&rsquo;escargot\u00a0: ils auront fait le tour de leur territoire bien avant que l&rsquo;\u00e2ne ait achev\u00e9 sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, cette pluralit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2ne et cette unicit\u00e9 du ma\u00eetre, si je les consid\u00e8re dans l&rsquo;espace, ne sont pas des ph\u00e9nom\u00e8nes simplement subjectifs. La route m\u00eame, la route choisie, qui m\u00e8ne de l&rsquo;auberge \u00e0 la ville, est si courte pour le ma\u00eetre que, serait-il seul, Pierre la parcourrait dans le temps du r\u00eave. Ni la charrette ne ralentirait son pas, ni la cal\u00e8che de la fille du comte, que pr\u00e9c\u00e8dent et suivent des soudards, ne l&rsquo;interloqueraient au ras d&rsquo;un foss\u00e9. Mais Gertrude, \u00e0 chaque pas bient\u00f4t ren\u00e2cle\u00a0; elle tire \u00e0 hue quand le ma\u00eetre tire \u00e0 dia (ou bien \u00e0 l&rsquo;inverse). C&rsquo;est que le clocheton de l&rsquo;\u00e9glise s&rsquo;est profil\u00e9, l\u00e0-bas, et que l&rsquo;\u00e9glise dit la mort des plusieurs\u00a0: bient\u00f4t le vent ne sera plus l\u00e0, ni les for\u00eats lointaines, ni les feuilles proches. L&rsquo;escargot aura quitt\u00e9 l&rsquo;\u00e2ne, sinon la puce. Entre les murs et les \u00e9choppes, les chariots et les non-ma\u00eetres, Gertrude sera seule, d\u00e9sert\u00e9e. Elle stoppe alors, braie, de toutes ses voix proteste. Un seul v\u0153u\u00a0: qu&rsquo;on n&rsquo;aille pas plus loin\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les soudards qui pr\u00e9c\u00e8dent ont bouscul\u00e9 l&rsquo;intrus\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Allons, bonhomme\u00a0! On fait passage\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la comtesse (\u00e9ventuelle) a mis le nez \u00e0 la lucarne\u00a0; elle s&rsquo;est pench\u00e9e. Comme il est dr\u00f4le, cet emp\u00eatr\u00e9, avec son \u00e2ne\u00a0! Est-ce qu&rsquo;il ne va pas un peu cogner sur cette b\u00eate, avec sa corde ou un b\u00e2ton\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pierre Bonheur n&rsquo;a pas de b\u00e2ton. Quant \u00e0 se servir du licou, il ne peut pas. N&rsquo;est-ce pas assez que d&rsquo;aller vendre Gertrude \u00e0 la foire\u00a0? Est-ce qu&rsquo;il faudrait lui taper dessus aussi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Gertrude\u00a0! dit-il tout bas, Gertrude, me fais pas \u00e7a\u00a0!\u00a0\u00bb \u00c0 la fin, une telle mansu\u00e9tude a \u00e9tonn\u00e9 la jeune comtesse, elle l&rsquo;a suspendue, dans l&rsquo;attente, \u00e9mue, s\u00e9duite. \u00ab\u00a0Il va frapper ou non\u00a0? Eh bien ! Non. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il veut\u00a0?\u00a0\u00bb Le comte, depuis longtemps, e\u00fbt fait fouetter l&rsquo;idiot, exclu de son chemin et chass\u00e9 de son esprit. La jeune fille n&rsquo;a pas quatorze ans. Elle se nomme \u2013 un caprice du sort\u00a0! \u2013 Iphage (d&rsquo;Iphig\u00e9nie). Elle apprend \u00e0 vivre, \u00e0 aimer\u00a0; se persuade, est persuad\u00e9e, de devoir apprendre encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Combien d&rsquo;univers tiennent dans le c\u0153ur d&rsquo;une donzelle, d&rsquo;autant plus divers et divertissants que le temps approche o\u00f9 la donzelle, pas encore ma\u00eetresse, se devra de simplifier tout cela, si elle veut devenir LA comtesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Brave homme, dit-elle, laisse ton \u00e2ne, viens ici.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Interloqu\u00e9, le ma\u00eetre a cess\u00e9 le man\u00e8ge. Il n&rsquo;est plus le ma\u00eetre mais le domainier, \u00e0 peine plus qu&rsquo;un serf, un esclave (diff\u00e9rent de l&rsquo;esclave en cela que tout repose sur ses \u00e9paules, le poids des imp\u00f4ts, des charges, des soumissions, du recensement militaire, que compense le denier, tout cela dont l&rsquo;esclave n&rsquo;a pas \u00e0 ce soucier). Un homme libre. \u00c0 peine a-t-il per\u00e7u l&rsquo;ombre de la cal\u00e8che. L&rsquo;appel de la comtesse remet les choses en place, ses pieds par terre. Il se pr\u00e9cipite, \u00e9videmment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Madame\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle dit que c&rsquo;est \u00e9trange, ce truc. Qu&rsquo;est-ce que cela cache\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Tu me pr\u00e9f\u00e8res un \u00e2ne\u00a0? Plut\u00f4t que de le soumettre, tu me pers\u00e9cutes\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une jeune fille qui apprend le franquie, apr\u00e8s quatorze ans de latin ou d&rsquo;une autre langue ne peut s&#8217;emp\u00eacher \u2013 c&rsquo;est trop humain\u00a0! \u2013 de faire \u00e9talage de sa science. Si sauvage qu&rsquo;il soit, cet individu-l\u00e0 doit parler le Franchy (elle n&rsquo;est pas assur\u00e9e de l&rsquo;orthographe du mot).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Serais-tu un r\u00e9volt\u00e9\u00a0? Un h\u00e9r\u00e9tique\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle se le demande vraiment. Les routes sont tout emplies de ces vaudois, de ces cathares, de ces chouans, de ces int\u00e9gristes, de ces terroristes, de ces patriotes, de ces paysans, hommes du pays \u2013 et c&rsquo;est tout dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Madame, dit l&rsquo;homme qui n&rsquo;est plus le ma\u00eetre, je suis un bon serviteur du comte. J&rsquo;ai toujours pay\u00e9 les imp\u00f4ts, au plus juste de la gabelle, et mon p\u00e8re a pay\u00e9 aussi, pour que je ne sois pas soldat. Je n&rsquo;ai aucun reproche \u00e0 me faire, sur l&rsquo;honneur, m\u00eame si de mauvais hommes, des gens de loi, aujourd&rsquo;hui pr\u00e9tendent \u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0S&rsquo;il te pla\u00eet, tu ne me racontes pas ta vie\u00a0! Explique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ma\u00eetre qui n&rsquo;est plus le ma\u00eetre ne le peut pas. Il lui faudrait parler de Sylvaine et des marchands, de la s\u0153ur, de l&rsquo;\u00e9trang\u00e8re Jeanne, et de l&rsquo;angoisse d&rsquo;\u00eatre rejet\u00e9, honni, \u00e0 laquelle, humainement, ne peuvent s&rsquo;ajouter des coups.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Quel est ton nom\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il dit\u00a0: \u00ab\u00a0Ambroise\u00a0\u00bb, parce que c&rsquo;est un nom qu&rsquo;il aime. Et parce qu&rsquo;aussi, en disant Pierre Bonheur, il craint que la fille du comte ne dise au comte, ce soir, comment ce triste individu a, ce jour m\u00eame, adjoint \u00e0 ses m\u00e9faits pass\u00e9s celui d&rsquo;avoir caus\u00e9 cet esclandre \u2013 et de lui avoir ferm\u00e9 le passage \u2013 \u00e0 Elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle s&rsquo;amuse bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Alors, Ambroise, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on fait\u00a0? Je reste l\u00e0 et tu dorlotes ton \u00e2ne\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Majest\u00e9, dit le ma\u00eetre fou, Votre \u00c9minence, Votre Saintet\u00e9, je vais lui taper dessus \u00e0 le rompre\u00a0! Je supplie Votre Gr\u00e2ce de me pardonner\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est bien, dit la Principaut\u00e9 d\u00e9\u00e7ue. Fais vite\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tellement d\u00e9\u00e7ue que \u00e7a l&rsquo;irrite. Qu&rsquo;a-t-elle appris de cet imb\u00e9cile\u00a0? Pourquoi l&rsquo;arr\u00eat, l&rsquo;attente, la mansu\u00e9tude\u00a0? Son p\u00e8re, le comte, a bien raison\u00a0: hors de la race, du sang, rien que des avachis\u00a0! Elle se reproche le temps perdu \u2013 \u00e0 chercher quoi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle fait un signe au premier garde, qui donne un grand coup de fouet \u00e0 cet Ambroise, qui donne un coup de pied cruel \u00e0 l&rsquo;\u00e2ne, qui fait un pas \u2013 enfin\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, pour l&rsquo;\u00e2ne, la route est tout autre, longue, qui va de l&rsquo;auberge \u00e0 la ville. \u00c0 toute seconde il faut combattre, et c&rsquo;est tant\u00f4t la puce, tant\u00f4t la scolopendre qui combat avec lui. Chacun marquant son territoire d&rsquo;une piq\u00fbre ou d&rsquo;un fr\u00f4lement. Mille univers sont avec l&rsquo;\u00e2ne, mais si petits que, tous ensemble, ils n&rsquo;\u00e9quivalent pas \u00e0 l&rsquo;univers du ma\u00eetre (bien exigu lui-m\u00eame en regard de l&rsquo;univers du comte, ce que l&rsquo;\u00e2ne ne sait pas).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Courte pour le ma\u00eetre, s&rsquo;il \u00e9tait seul, longue, longifi\u00e9e \u00e0 l&rsquo;infini pour l&rsquo;\u00e2ne, s&rsquo;il l&rsquo;\u00e9tait, la route est cette mesure pourtant, pr\u00e9cise, pour celui qui n&rsquo;est ni l&rsquo;\u00e2ne ni le ma\u00eetre \u2013 le conteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-ce que je puis dire ce lieu, la route\u00a0? Elle va du sud au nord dans le comt\u00e9\u00a0; mais de l&rsquo;ouest \u00e0 l&rsquo;est dans le marquisat. Le Marquis, l&rsquo;homme de la Marche, il n&rsquo;appara\u00eetra pas dans ce conte\u00a0; moins encore le duc, le prince, le roi (l&rsquo;Inaccessible) dont les Missi Dominici ou les agents du F.B.I. viennent, une fois tous les cinq ans, jusqu&rsquo;\u00e0 la Ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Ville est le projet du ma\u00eetre, le d\u00e9chet pour l&rsquo;\u00e2ne. Un canton, une partialit\u00e9 territoriale pour les Missi Dominici ou les agents du F.B.I. L\u00e0 encore, que dirai-je du Lieu\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment le dire sans le nommer\u00a0? Comment le nommer sans le trahir\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9j\u00e0 je l&rsquo;ai nomm\u00e9\u00a0: la ville, le march\u00e9, en laissant croire que le march\u00e9 se tient dans la ville, comme une partie dans le tout, dans un quartier de la ville, ou comme ce jour\u00a0: le premier mardi, dans le mois, alors que la ville tient \u2013 et s&rsquo;allonge, s&rsquo;\u00e9largit, sur des si\u00e8cles, depuis la villa gallo-romaine. Mais c&rsquo;est tout \u00e0 l&rsquo;inverse, car la ville est encore petite\u00a0: une rue, la Grande Rue, qui d\u00e9bouche sur la Place, \u00e0 l&rsquo;entour de l&rsquo;\u00c9glise, et se prolonge au-del\u00e0, moiti\u00e9 moins longue alors\u00a0; puis, trois impasses et quatre ruelles, vaguement encloses en deux demi-cercles, que borderont un jour les Fortifications.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce village, le march\u00e9 le double\u00a0: il porte une ambition presque inavouable \u2013 ou bien avou\u00e9e par ce seul mot \u2013 de devenir un autre lieu, le Lieu en Chef, le Marquisat, Marche de l&rsquo;Empire. Mais une ambition diff\u00e9rente, plus spirituelle que mat\u00e9rielle, fait que certains ne disent pas\u00a0: le march\u00e9, mais\u00a0: la foire (la Foria, le Jeu). \u00c0 l&rsquo;utopie sociologique, s&rsquo;adjoint, la combattant, l&rsquo;exigence plus secr\u00e8te, mais plus prenante peut-\u00eatre, d&rsquo;\u00eatre le lieu de la f\u00eate, de la joie et r\u00e9put\u00e9 comme tel \u00e0 cent lieues \u00e0\u00a0 la ronde. Un Royaume o\u00f9 chacun se retrouverait chez soi, libre de s&rsquo;y livrer aux caprices les plus fous. Ainsi, le march\u00e9, de tous c\u00f4t\u00e9s, d\u00e9borde la ville. Foireux ou non, il la pr\u00e9c\u00e8de, bien en-de\u00e7\u00e0 de la premi\u00e8re maison, celle d&rsquo;un ex-abb\u00e9, qui vit paisiblement sa retraite (de l&rsquo;\u00c9v\u00each\u00e9)\u00a0; il s&rsquo;ach\u00e8ve bien au-del\u00e0 de la derni\u00e8re maison, celle d&rsquo;une sorte d&rsquo;\u00e9rudit, qu&rsquo;on pr\u00e9tend alchimiste et qui vit sans retraite, de son jardin et de ses b\u00eates, sans en faire le commerce \u2013 pour ne pas payer patente, ainsi que le doivent faire les Etablis de la Rue\u00a0: le barbier, le boulanger, le forgeron.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s la campagne, une taverne a mis ses tr\u00e9teaux hors des murs, car le voyageur d&rsquo;abord a soif et faim. L&rsquo;enclos aussi est hors des murs, o\u00f9 broutent pi\u00e8trement trois chevaux (car on voudra peut-\u00eatre changer l&rsquo;attelage). Ce sera le Relais, mais dans combien de si\u00e8cles\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un marchand de cidre s&rsquo;est accol\u00e9 \u00e0 la taverne (un curieux choix\u00a0!) que des arrangements furtifs, extral\u00e9gaux lui associent, de plus en plus on\u00e9reux chaque ann\u00e9e depuis cinq ans, depuis l&rsquo;av\u00e8nement du nouveau comte, dont l&rsquo;intendant entend se servir au passage des redevances. Un marchand de bottes, qui cire gratis (son fils se rattrape sur les pourboires) succ\u00e8de au cidrologue. Quelque Cid suit, un matamore, qui ne sait quoi repr\u00e9senter ou qui combattre. Plaute et T\u00e9rence sont \u00e9puis\u00e9s\u00a0: qui d&rsquo;ailleurs parle encore le vrai latin\u00a0? Et le Pantalon est ignor\u00e9, non advenu, en ce Jour o\u00f9 femmes et hommes portent culotte. Dans l&rsquo;ignorance de la vesture r\u00e9publicaine et par la science qu&rsquo;il a des inventions galloises ou \u00e9cossaises, le monteur de spectacles \u2013 un audacieux\u00a0! \u2013 dit l&rsquo;amour impossible de Rom\u00e9o et\u00a0 de Juliette, pour faire pleurer les dames. Sa fillette de treize ans joue l&rsquo;ing\u00e9nue et un rustaud, nanti d&rsquo;un certain charme, le r\u00f4le de l&rsquo;amoureux\u00a0: il ne quittera pas le th\u00e9\u00e2tre, une semaine prochaine et dans une autre ville, sans avoir d\u00e9rob\u00e9 la bourse du patron.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Suivent un \u00e9picier, un marchand volage de thym et de lavande, puisque la route d&rsquo;Orient ne va pas jusqu&rsquo;\u00e0 Blain\u00a0: des \u00e9pices de Haute-Bretagne et de Provence. Bien d&rsquo;autres passagers, je le r\u00e9p\u00e8te, s&rsquo;\u00e9chelonnent avant, apr\u00e8s la Grande Rue, la traversent dans les ruelles, ou la contournent. Gertrude ne sait rien de ces trafics\u00a0; Pierre, qui les soup\u00e7onne, les rejette avec d\u00e9go\u00fbt. Il sait trop bien pourquoi il n&rsquo;aime pas la ville. De plus en plus inqui\u00e8te, \u00e0 demi folle, Gertrude hait le march\u00e9, la foire \u2013 ou quoi qu&rsquo;on nomme ce d\u00e9lire des hommes qui ne sont pas son ma\u00eetre. Ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ne pourraient dire comment une partie exc\u00e8de le tout.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 align=\"center\"><b>Deuxi\u00e8me chapitre<\/b><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><b>COMMENT EST-CE QUE C\u2019EST\u00a0?<\/b><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La question \u2013 les dispositions et les d\u00e9clinaisons \u2013 le mode et la relation \u2013 l\u2019\u00e2ne et le ma\u00eetre \u2013 les passes \u2013 la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La question<\/b> \u2013 La seconde que pose la question de Heidegger peut s\u2019\u00e9noncer ainsi\u00a0: qu\u2019est-ce que c\u2019est\u00a0: \u00eatre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons dit que Cela est une lettre perdue ou un enfant trouv\u00e9. JE ne peut se satisfaire de ces r\u00e9ponses. Il lui faut savoir ce que dit la lettre et ce qu\u2019est l\u2019origine, la filiation de l\u2019enfant. Car JE n\u2019est pas, s\u2019il ne conna\u00eet pas sa fonction et son origine r\u00e9elle. Il lui faut un but et un p\u00e8re. Il n\u2019est de trait qu\u2019entre deux points, deux termes\u00a0: son origine et sa fin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment donc est-ce que je puis \u00eatre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JE change, il se maintient. Mais que peut-il maintenir s\u2019il ignore son ascendance, ses p\u00e8res, grand-p\u00e8res, anc\u00eatres\u00a0: sa race\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que doit-il transformer dans le monde, et transformer en lui, s\u2019il ignore sa fonction\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est \u00e0 craindre que la question, ici, se scinde\u00a0: en un\u00a0 quiproquo (je prends ceci pour cela) et une \u00e9tiquette\u00a0: je d\u00e9cide pour ceci ou pour cela.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment cela est-il\u00a0? Dans le quiproquo ou par l\u2019\u00e9tiquette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les aspects font le quiproquo (la lettre est perdue).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le concept n\u2019est qu\u2019une \u00e9tiquette (le beau-p\u00e8re, l\u2019assistance sociale, la famille adoptive).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019affabulation, recueil des images, le quiproquo menace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le principe, support de tous les symboles, l\u2019\u00e9tiquette est certaine. Ce sera celle-ci, \u00e0 l\u2019exception des autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette photo, dit Raymond Roussel, la vieille est prise pour une jeune\u00a0; dans cette autre photo la jeune pour une vieille. Ou bien la pieuvre g\u00e9ante, vue de loin, n\u2019est plus qu\u2019une araign\u00e9e de mer, prise dans le filet, de pr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le prodigieux combat des Pyramides n\u2019est qu\u2019un court accident dans la vie de Bonaparte Napol\u00e9on.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette seule colonne, parmi cent, sera consid\u00e9r\u00e9e comme celle qui gu\u00e9rira de la jaunisse ceux qui la touchent\u00a0; ou bien cette \u00e9tiquette fera toute la vertu du produit pharmaceutique, selon le m\u00eame po\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le savant, on le sait, l\u2019\u00e9tiquette fait le salut\u00a0: elle sauve du quiproquo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lettre perdue fait le quiproquo\u00a0; l\u2019abandon de l\u2019enfant trouv\u00e9 a justifi\u00e9 l\u2019\u00e9tiquette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais puis-je r\u00e9pondre \u00e0 la question\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Comment est-ce que c\u2019est\u00a0: \u00eatre\u00a0?\u00a0\u00bb sans risquer le quiproquo, ou me borner \u00e0 l\u2019\u00e9tiquette\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il sera deux r\u00e9ponses \u00e0 cette question\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019une, proche encore de l\u2019UN, par les dispositions, nomm\u00e9es, nombr\u00e9es ou figur\u00e9es dans l\u2019UN: la position et la tendance\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019autre, \u00e9loign\u00e9e de l\u2019UN\u00a0: les d\u00e9clinaisons, qu\u2019il nous reste \u00e0 dire. Ce ne sera plus dans l\u2019unicit\u00e9 (meta), mais dans la pluralit\u00e9 (ana), bien que \u00ab\u00a0meta\u00a0\u00bb demeure en filigrane, depuis l\u2019UN ou vers l\u2019UN, dans les deux voies, vers la lettre perdue ou depuis l\u2019enfant trouv\u00e9. Ce ne sera plus dans les dimensions, mais en une autre trinit\u00e9. Les chiffres y deviendront des s\u00e9ries (suites ou fonctions) si je joue du nombre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Examinons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Dispositions et d\u00e9clinaisons<\/b> \u2013<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A)\u00a0\u00a0\u00a0 <span style=\"text-decoration: underline;\">Le quiproquo<\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cr\u00e9puscule, dit le saint Jean de la Croix, les couleurs s\u2019affadissent et se confondent. Elles le feront aussi \u00e0 l\u2019approche de l\u2019hiver\u00a0; et les croyances de m\u00eame \u2013 ou les images de Dieu \u2013 se m\u00ealent ou s\u2019interp\u00e9n\u00e8trent aussi, en l\u2019approche du Royaume (Terre Promise ou Toussaint).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si CELA n\u2019est pas un Temps, le sommet de l\u2019angle, mais \u00ab\u00a0le sympt\u00f4me\u00a0\u00bb ou Je, nous avons constat\u00e9 que l\u2019image et le symbole, ou bien la position et la tendance, s\u2019y unissent au point que l\u2019un peut \u00eatre pris pour l\u2019autre, le Qui pour le Quo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes quelque part dans le degr\u00e9 de libert\u00e9 ((\u00d62)\/5) ou parmi les parades et les montures, les amalgames, les agalmas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans tous les cas, l\u2019approche de l\u2019Un accro\u00eet la menace du quiproquo. Si bien que \u00ab\u00a01\u00a0\u00bb ne sera plus dit que le degr\u00e9 de libert\u00e9 m\u00eame, entre l\u2019infrarouge (la couleur) et le DO + (le son), la longueur d\u2019onde et la fr\u00e9quence, sinon l\u2019homonyme et les synonymes, ou cette fractale-l\u00e0 entre les dimensions (une dentelle, une neige, une \u00e9cume, une danse).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non pas le vase, la coupe, le Graal, mais le vin ou le sang que le r\u00e9cipient contient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours, l\u00e0, le contenant est pris pour le contenu, la position pour la tendance, la dur\u00e9e pour une \u00e9tendue \u2013 ou \u00e0 l\u2019inverse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est alors que Cela (l\u2019objet\/sujet) ne se laisse plus percevoir, concevoir, que par l\u2019examen de ses dispositions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres que Jean de la Croix et Roussel le disent de la deuxi\u00e8me vall\u00e9e (Attar) ou de la deuxi\u00e8me parabole (le Thomas de <i>l\u2019Aurora consurgens<\/i>), apr\u00e8s la premi\u00e8re vall\u00e9e, parabole, de la Question. En ce lieu, une chose est prise pour l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">B) <span style=\"text-decoration: underline;\">L\u2019\u00e9tiquette<\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En l\u2019heure du loup, peu avant l\u2019aube, Jean et Thomas situent la \u00ab\u00a0seconde mort\u00a0\u00bb, l\u2019abandon de la Foi. Attar et Roussel parlent de faux-semblant, l\u2019idole, l\u2019\u00e9tiquette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est le troisi\u00e8me po\u00e8me de Roussel, apr\u00e8s la Question et le Quiproquo. Mais la cinqui\u00e8me vall\u00e9e ou parabole, au-del\u00e0 de la troisi\u00e8me et de la quatri\u00e8me, o\u00f9 s\u2019est invers\u00e9 l\u2019UN.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est aussi le temps, le lieu de la num\u00e9ration, si je joue des nombres, de la d\u00e9clinaison, si je joue des mots, de l\u2019anamorphose, de l\u2019ellipse ou de la reptation si je joue des figures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque Velasquez tente de dire comment les hommes machinent les dieux (dans <i>Le Manuscrit trouv\u00e9 \u00e0 Saragosse<\/i>), il ne recr\u00e9e que des combinatoires\u00a0: tant de lettres donnent tant de combinaisons. A et B ne donnent que l\u2019ensemble AB\u00a0; A, B et C en donnent deux\u00a0: AB et ABC.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais d\u2019autres calculateurs, plus savants ou complexes, parleront de lettres ax\u00e9es. A et B donnent deux ensembles sens\u00e9s\u00a0: AB et BA. A, B et C en donnent six\u00a0: ABC, ACB, BAC, BCA, CAB, CBA.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019infini ce sera la s\u00e9rie des factorielles\u00a0: 1, 2, 6, 24, 120, et de leurs inverses\u00a0: 1\/1, 1\/2, 1\/6, 1\/24, 1\/120 \u2026 dont la sommation est \u00ab\u00a0e-1\u00a0\u00bb ou 1,718.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Il sera d\u2019autres combinatoires, que fonderont les nombres irrationnels et leurs racines. Ainsi de la s\u00e9rie des moyennes, depuis \u00d6(T-1)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00d6(T-1)\u00a0 = ((T-1)+1)\/2<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(T-1) = (\u00d6(e-1)+1)\/2<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00d6(e-1) = (Q+1)\/2<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Q = (\u00d65+1)\/2 \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jouant des mots, les d\u00e9clinaisons latines ont jou\u00e9 des \u00ab\u00a0groupes\u00a0\u00bb\u00a0: Rosa est du 1<sup>er<\/sup>, Dominus du 2<sup>\u00e8me<\/sup> \u2026 et des \u00ab\u00a0cas\u00a0\u00bb\u00a0: nominatif, vocatif, g\u00e9nitif, datif, accusatif, ablatif. Les d\u00e9clinaisons fran\u00e7aises ne concernent que les verbes. Ici, les \u00ab\u00a0groupes\u00a0\u00bb, en \u00ab\u00a0er\u00a0\u00bb, en \u00ab\u00a0ir\u00a0\u00bb\u00a0\u2026 se conjuguent avec les \u00ab\u00a0personnes\u00a0\u00bb\u00a0: individuelles\u00a0: je, tu, il (ou elle) et collectives\u00a0: nous, vous, ils. D\u2019autres peuples europ\u00e9ens, slaves, allemands, utilisent d\u2019autres d\u00e9clinaisons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Combinatoires, s\u00e9ries, d\u00e9clinaisons, ce ne sont l\u00e0 que des \u00e9tiquettes. Invent\u00e9es en l\u2019heure du loup, au-del\u00e0 de l\u2019UN, elles se d\u00e9velopperont, se complexifieront d\u2019autant plus qu\u2019on s\u2019\u00e9loignera de l\u2019unit\u00e9, ou que l\u2019UN s\u2019\u00e9parpillera, se dissoudra dans la pluralit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Disposition <\/i>comporte deux sens internes\u00a0: localisation et tendance, le cens et le sens.<i>D\u00e9clinaison<\/i> permet, supporte un cens externe\u00a0: le combinatoire, le groupage, et un sens interne\u00a0: le d\u00e9clin (comme quand je parle des d\u00e9clinaisons de la lune). Mais je m\u2019arr\u00eaterai aux deux mots, synonymes ou non\u00a0: \u00ab\u00a0inclinaison\u00a0\u00bb qui dit l\u2019\u00e9tat de la chose inclin\u00e9e, et \u00ab\u00a0inclination\u00a0\u00bb qui dit l\u2019acte d\u2019incliner. Puis, \u00ab\u00a0inclination\u00a0\u00bb dira la tendance, toute affective, qui porte le sujet vers tel objet, et la tendance topologique qui porte une t\u00eate \u00e0 retomber en avant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le na\u00eff parlera de l\u2019inclinaison d\u2019un toit, pour dire le toit inclin\u00e9. Mais le romancier subtil, po\u00e8te, seul parlera de l\u2019inclinaison de moi vers toi, pour dire une passion r\u00e9volue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019inclination porte le groupage, le combinatoire, la \u00ab\u00a0cristallisation\u00a0\u00bb selon Stendhal. L\u2019inclinaison, achev\u00e9e, dit le d\u00e9clin, la pente irr\u00e9sistible, du toit ou de la passion. C\u2019est-\u00e0-dire les deux sens de \u00ab\u00a0d\u00e9clinaison\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <i>Le Manuscrit<\/i>, Velasquez reconna\u00eet que l\u2019\u00e2ge survient (l\u2019apog\u00e9e de l\u2019\u00e9nergie vitale) o\u00f9 la puissance de l\u2019adulte \u2013 et sa puissance combinatoire &#8211; commence \u00e0 d\u00e9cliner. Les combinatoires c\u00e8dent \u00e0 la courbe en cloche, au chapeau de Gauss. C\u2019est alors que Newton, Kant, Nietzsche entament la retomb\u00e9e qui m\u00e8ne \u00e0 la folie, mais que la plupart des hommes s\u2019enferment en l\u2019\u00e9tiquette (la colonne gu\u00e9risseuse) qui les soulage de leur d\u00e9perdition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant que d\u2019aller plus loin, il me faut dire ma conf\u00e9rence \u00e0 Thouar\u00e9, en novembre 1994.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Le mode et la relation<\/b> \u2013 L\u2019intitul\u00e9 de la conf\u00e9rence \u00e9tait\u00a0: la fiction et la vie. J\u2019y ai parl\u00e9 surtout de ces deux objets\u00a0: le fil et le d\u00e9fil\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Le point de d\u00e9part en \u00e9tait le regard que l\u2019homme jette sur son pass\u00e9 \u2013 ou bien l\u2019humanit\u00e9 sur son Histoire. Ce regard est double. Il d\u00e9couvre d\u2019une part un fil \u2013 continu \u2013 depuis une cause imaginaire ou non\u00a0: je suis ainsi parce que je suis un enfant trouv\u00e9, un orphelin, que j\u2019ai voulu tuer mon p\u00e8re ou \u00e9pouser ma m\u00e8re (selon Freud), parce qu\u2019on m\u2019a viol\u00e9e quand j\u2019avais onze ans, ou parce que les H\u00e9breux, les Grecs avaient compris l\u2019utilit\u00e9 de la division du travail en des tribus ou des phratries (selon Karl Marx).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais sa m\u00e9moire \u2013 de l\u2019homme ou de l\u2019humanit\u00e9 \u2013 lui r\u00e9v\u00e8le d\u2019autre part une s\u00e9rie de d\u00e9fil\u00e9s, de passages, qui se pr\u00e9sentent \u00e0 lui comme des co\u00efncidences, des \u00ab\u00a0synchronicit\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0: ce fut ainsi au Moyen \u00c2ge ou apr\u00e8s la R\u00e9volution, en hiver, en \u00e9t\u00e9, apr\u00e8s mon adoption, avant le premier amour. Ce fut toujours avant ou apr\u00e8s un \u00e9v\u00e9nement autre, qui situe et n\u2019explique pas. Car, pourquoi le noir Moyen \u00c2ge a-t-il succ\u00e9d\u00e9 au Royaume des saints\u00a0? ou le mariage de mon ami Fran\u00e7ois \u00e0 la pousse de ma premi\u00e8re barbe\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fiction, disais-je, est un conte, un r\u00e9cit, une <i>relation<\/i>. La vie est finalement une ou plusieurs mani\u00e8res d\u2019\u00eatre, des <i>modes<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La relation, invent\u00e9e ou non, constitue le fil de la fiction, du conte. Les modes, toujours v\u00e9cues, furent comme des d\u00e9fil\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fil, qu\u2019il passe ou casse, est une continuit\u00e9 (le fil de la couturi\u00e8re). Il est un support (le fil de l\u2019\u00e9quilibriste), il pourra \u00eatre une arme (le fil \u00e0 couper le beurre). Il est toujours un \u00ab\u00a0soulagement\u00a0\u00bb, qui \u00e9difie, supporte ou coupe (le soulagement de ma bourse, par le coupe-jarret). Au terme, toujours, une d\u00e9robade, celle du syst\u00e8me qui s\u2019effiloche ou se contredit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela se fait par l\u2019autre sens de \u00ab\u00a0relations\u00a0\u00bb, au pluriel\u00a0: les rapports, qui associent ou dissocient, sympathisent ou antipathisent. Car les soulagements ne jouent que des rapports, qui glorifient, \u00e9l\u00e8vent (vers le haut), prot\u00e8gent ou pr\u00e9servent (supports), d\u00e9robent ou d\u00e9truisent au terme (cela se nomme\u00a0: l\u2019entropie). Le fil de la couturi\u00e8re se casse, le fil de l\u2019\u00e9quilibriste se d\u00e9tend, le fil \u00e0 couper le beurre sera lui-m\u00eame coup\u00e9, ou inutilisable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9fil\u00e9, lui aussi, est triple\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chas de l\u2019aiguille pour la couturi\u00e8re ou le d\u00e9fil\u00e9 entre des montagnes, cort\u00e8ge ou d\u00e9fil\u00e9 des drapeaux, des Anciens,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019action de celui qui se d\u00e9file (\u00e0 la fin d\u2019une f\u00eate, au sortir d\u2019un salon, selon Raymond Roussel) ou qui s\u2019absente, sort toujours en la sixi\u00e8me vall\u00e9e d\u2019Attar, la sixi\u00e8me parabole de l\u2019<i>Aurora<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car ce lieu, quatri\u00e8me pour Roussel, ou sixi\u00e8me, est le lieu ou le temps de l\u2019extinction, de la fin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le fil s\u2019ach\u00e8ve en cette extinction\u00a0: son troisi\u00e8me soulagement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9fil\u00e9 s\u2019y reconstitue\u00a0: la rue, le chemin, par lequel l\u2019objet peut revenir\u00a0: la d\u00e9livrance de l\u2019enfant est la premi\u00e8re\u00a0; celle du captif la seconde, celle de la lettre la troisi\u00e8me. L\u2019original, le particulier et le nouveau d\u2019Edgar Poe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les soulagements vont du signe au seuil, dans le sens des d\u00e9clinaisons, du combinatoire au d\u00e9clin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9livrances sont dans le cens qui recompose les objets depuis le premier d\u00e9fil\u00e9 (l\u2019imposte originelle) jusqu\u2019au troisi\u00e8me (la lettre, d\u00e9livr\u00e9e ou non). Depuis l\u2019imposte jusqu\u2019au parafe (la signature), par le manipule de la l\u00e9gion, du pr\u00eatre ou de la sorci\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019originel\u00a0: l\u2019enfant ou le f\u0153tus ou le g\u00e8ne,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le particulier, le singulier \u2013 le refuge du captif, que toujours la main recueille\u00a0: un certain nombre d\u2019objets contenus dans un espace ou \u00e9tendue restreint\u00a0: ce manipule-l\u00e0,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le nouveau, que la lettre a nomm\u00e9, \u00e9lu d\u00e8s l\u2019origine, mais que seule la d\u00e9livrance de la lettre situe en cette fonction, en cette lisibilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La triplicit\u00e9 du fil ou de la relation ne livrent plus que des relations, des rapports, avec la couturi\u00e8re, l\u2019\u00e9quilibriste, le voleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La triplicit\u00e9 des modes, des d\u00e9fil\u00e9s, impose le mode de l\u2019UN, de l\u2019originel au nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lequel est concret, du fil ou du d\u00e9fil\u00e9\u00a0? lequel est abstrait, de la relation ou du mode\u00a0? lequel est abstrait, lequel concret, de ces deux processus contraires, de la fiction ou de la vie\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut en revenir au ma\u00eetre, \u00e0 l\u2019\u00e2ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans effet, car les mots sont l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L\u2019\u00e2ne et le ma\u00eetre<\/b> \u2013 Les dialectiques internes de \u00ab\u00a0relation\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0mode\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019unicit\u00e9 et la pluralit\u00e9, mais aussi la fiction (le r\u00e9cit et les usages) ou la vie, les rapports, la constitution, entra\u00eenent de telles complexit\u00e9s que, pour en traiter ou les traiter, il nous faudra passer d\u2019un univers \u00e0 l\u2019autre\u00a0: l\u2019ensemble ou le syst\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l\u2019\u00e2ne et le ma\u00eetre, encore, peuvent nous servir ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car l\u2019\u00e2ne, <i>ana<\/i>, ne porte pas seulement une pluralit\u00e9 de lettre ou de mots, ni le ma\u00eetre, <i>meta<\/i>, l\u2019unicit\u00e9 des m\u00eames vocables. Mais, signifi\u00e9s, en d\u2019autres vocables, ils offrent des sens tout diff\u00e9rents. Ils ne disent pas seulement ce qui est mais comment c\u2019est.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pluriel, <i>ana<\/i> disserte d\u2019abord de tous les rapports qui unissent ou disjoignent plusieurs objets. Que ces objets soient des vocables ou des nombres (l\u2019analyse), ou qu\u2019ils soient des organes (l\u2019anatomie). Par suite, il joue du nombre 2\u00a0: l\u2019anabaptisme est la doctrine des 2 bapt\u00eames. Puis, soulagement, il porte le salut, la victoire sur le mal ou la douleur\u00a0: l\u2019analg\u00e9sique, l\u2019anesth\u00e9sie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est par la progression (le +) que la dualit\u00e9 m\u00e8ne au salut. Ce + lui-m\u00eame est dialectique\u00a0: une r\u00e9p\u00e9tition ou une \u00e9quivalence, une communication\u00a0 mais toujours ordonn\u00e9e, ordr\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9p\u00e9tition se retrouve en \u00ab\u00a0anaphase\u00a0\u00bb, qui dit celle de deux mots, ou d\u2019un seul mot en deux p\u00e9riodes\u00a0; en \u00ab\u00a0anapeste\u00a0\u00bb, qui dit les deux br\u00e8ves en succession dans le vers latin. La communication s\u2019instaure, entre autres, par l\u2019anastomose, qui dit celle de deux art\u00e8res ou de deux veines. Mais, jouant de ces 2, <i>ana<\/i> doit en venir au choix de l\u2019un, \u00e0 la condamnation\u00a0 de l\u2019autre. C\u2019est l\u2019anath\u00e8me (ou le rejet d\u2019un th\u00e8me sur les deux).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e8me sauv\u00e9, alors, sera d\u00e9doubl\u00e9 de m\u00eame, puis chacun des deux termes suivants comportera l\u2019admis et le condamn\u00e9, jusqu\u2019au refus des 99\/100 au profit du 1\/100 sauv\u00e9. \u00c0 la limite, <i>ana<\/i> dira le terme de toute \u00e9tude\u00a0: le Grand Vide. Ce sera l\u2019anachor\u00e8te, qui refuse la ville et, finalement, la vie, comme l\u2019anath\u00e8me exclut de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Meta<\/i> ne conna\u00eet pas ces relations\/rapports, car il joue de la fable, de la relation\/r\u00e9cit. Mais il dit moins le \u00ab\u00a0mode\u00a0\u00bb, la mani\u00e8re d\u2019\u00eatre en chaque \u00e9tat, qu\u2019il ne dit les modes, les usages mondains contre l\u2019usure d\u2019ana.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le vocable continue de tendre vers l\u2019UN, par la relation\/r\u00e9cit, \u00e0 travers la pluralit\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes, des accidents. En surpassant ou dominant les al\u00e9as de la physique\u00a0: la m\u00e9taphysique, ou en d\u00e9mentant ceux de l\u2019\u00e9volutionnisme analytique par la m\u00e9tag\u00e9n\u00e8se (dont le Fondamentalisme est un exemple probant).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019y a plus dialectique, car <i>meta<\/i> fait le transfert d\u2019un vocable en l\u2019autre, de cette localisation-ci \u00e0 celle-l\u00e0. \u00ab\u00a0m\u00e9tastase\u00a0\u00bb dira, organiquement, le d\u00e9placement du si\u00e8ge d\u2019une maladie (le remplacement d\u2019un organe par un autre), ou le d\u00e9placement d\u2019une faute sur le compte d\u2019autrui (le remplacement d\u2019un coupable par un autre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9tag\u00e9n\u00e8se, ainsi, remplace une g\u00e9n\u00e9ration, une \u00e8re de l\u2019humanit\u00e9 (ou des g\u00e9n\u00e9rations vitales) par l\u2019autre, la suivante, sans jamais parler de causalit\u00e9, car il n\u2019en est pas dans l\u2019Ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, <i>ana<\/i> construit le Syst\u00e8me, des syst\u00e8mes, du premier au dernier (le d\u00e9sert), que fonde toujours une cause, l\u2019enfant trouv\u00e9. <i>Ana<\/i> et <i>meta<\/i> ne sont que des vocables. Qu\u2019en sera-t-il si je joue des nombres ou de ces figures nombr\u00e9es\u00a0: le Syst\u00e8me, ses symboles, l\u2019Ensemble et ses images\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L\u2019objection<\/b> \u2013 On m\u2019opposera que meta et ana ne sont que des vocables ou des symboles conceptuels, que le ma\u00eetre et l\u2019\u00e2ne ne sont que des figures, que leurs aspects distinguent. Puis, que j\u2019ai d\u00e9fini meta pas la substitution (le change unitaire), ana par la pluralit\u00e9 des inversions possibles (contingentes) ou n\u00e9cessaires (grammaticales). Parce que je jouais du possesseur, du poss\u00e9d\u00e9, du contenant et du contenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question\u00a0: Comment\u00a0? ne joue pas de l\u2019unicit\u00e9 et de la pluralit\u00e9, non plus que de contenance (synonyme, homonyme). Elle joue du nombre, moteur de la pluralit\u00e9\u00a0: qu\u2019y deviennent le contenu et le contenant\u00a0? Ana et meta, vocables ou figures, ignorent le nombre, dont joue cette autre dialectique\u00a0: le +, le &#8211; .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 cette objection, je ferai trois r\u00e9ponses, fond\u00e9es sur les vocables, les nombres et les figures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) Il n\u2019est pas vrai qu\u2019ana et meta ne jouent pas de nombres. Tous les vocables n\u00e9s d\u2019ana joueront du 2, il est inutile d\u2019y revenir. Mais chacune des dialectiques forg\u00e9es, n\u00e9cessairement, se dialectise au rebours, par une acceptation\u00a0 des 2 (anabaptiste) ou par son refus (anachor\u00e8te, anath\u00e8me), jusqu\u2019au salut (le rem\u00e8de) ou le d\u00e9sert. Si je veux dire le 5, pourquoi est-ce que je ne trouve que des meta\u00a0? M\u00e9tacarpe\u00a0: les cinq doigts de la main, m\u00e9tatarse les cinq doigts du pied, m\u00e9tacentre les 4 cardinaux et la verticale (du centre de gravit\u00e9). Toutes les Machines m\u00e9talogiques ne formuleront pas les 5\u00a0: les \u00ab\u00a0c\u00e9libataires\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9poque 1900, ou par les 7\u00a0: <i>Le Colloque des oiseaux<\/i>, <i>L\u2019Aurora consurgens<\/i> (du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle), les 11 et les 19 de Mahomet, les 7 jours de Mo\u00efse et les 12 tribus \u2013 1 (l\u2019exclue), etc. Toujours des nombres premiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b) Il n\u2019est pas vrai que les nombres ne se contiennent pas l\u2019un l\u2019autre, comme le signifiant et le signifi\u00e9, dans la synonymie ou dans l\u2019homonymat. J\u2019en donnerai pour exemples les nombres de l\u2019Apocalypse\u00a0: 3,5 \u2013 42 \u2013 1\u00a0260.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au\u00a0 plan du \u00ab\u00a0signifiant\u00a0\u00bb (le nombre <i>en soi<\/i>), il est certain que\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00a0260 = 30 x 42, 42 = 12 x 3,5.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, au plan du \u00ab\u00a0signifi\u00e9\u00a0\u00bb, le jour, le mois, l\u2019ann\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3,5 ann\u00e9es contiennent 42 mois, qui contiennent 1\u00a0260 jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re saisie, conceptuelle, se fonde sur un syst\u00e8me, math\u00e9matique, et m\u00eame, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u00e9cimal. La seconde saisie, perceptuelle par les cycles v\u00e9cus \u2013 du jour, du mois, de l\u2019an, demeure al\u00e9atoire.\u00a0 Le mois n\u2019est que th\u00e9oriquement 30 jours, en fait il serait de 29 ou de 31. l\u2019ann\u00e9e pourra jouer de ces 12 mois (de 29 \u00e0 31 jours), mais elle jouera de 13 mois lunaires (en + ou -), si le mois lunaire est le seul r\u00e9el. Certains \u00e9sot\u00e9ristes rattachent les 1\u00a0260 au 4p que multiplient 100\u00a0: 1\u00a0257, d\u2019autres aux 1\u00a0270 de Daniel et de l\u2019isma\u00e9lisme \u2013 sinon aux 1\u00a0295, que fondent les 432 (ou 390 + 40 d\u2019Ez\u00e9chiel), etc. En son Coran, Mahomet ne joue pas de 360 jours mais de 361\u00a0: 19 x 19.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux \u00ab\u00a0multiples\u00a0\u00bb du premier calcul\u00a0: le plus grand contenant du plus petit, s\u2019opposent les \u00ab\u00a0nombres premiers\u00a0\u00bb du second\u00a0: le plus petit nombre contenant du plus grand\u00a0: 19 plut\u00f4t que 18, ou 13 plut\u00f4t que 12, 29 ou 31 plut\u00f4t que 30. Les 42 se prendront 41 ou 43, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">c)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si je joue des passages, des traits et des points en figure, les machines, c\u00e9libataires ou sept\u00e9naires, m\u00e9ta, me livreront les figures\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 5\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 7\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a011\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 13<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore des nombres premiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis les dimensions (3), des passages\u00a0: 3, 5, 7, puis des domaines dialectiques\u00a0: 5\/7, 11\/13, 17\/19, au-del\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Les passes<\/b> \u2013 Afin de r\u00e9pondre \u00e0 la question\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que c\u2019est\u00a0?\u00a0\u00bb, nous avons dit les aspects de l\u2019objet (nombre, figure, vocable) et ses 3 dimensions. Nous avons sugg\u00e9r\u00e9 que les aspects n\u2019\u00e9taient pas 4 (le son est un vocable, il comporte une dur\u00e9e, quand la couleur comporte une \u00e9tendue) et que la 4<sup>\u00e8me<\/sup> dimension n\u2019existe pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Afin de r\u00e9pondre \u00e0 la question\u00a0: \u00ab\u00a0Comment est-ce\u00a0: \u00eatre\u00a0?\u00a0\u00bb, nous jouons des \u00ab\u00a0d\u00e9clinaisons\u00a0\u00bb\u00a0: le groupage et le d\u00e9clin. L\u2019objet, la chose cr\u00e9\u00e9e ou faite par JE sera toujours une combinaison (de groupes et de cas ou de personnes). JE lui-m\u00eame, le sujet, sera toujours en progr\u00e8s ou en d\u00e9clin, suivant la courbe de Gauss et de V\u00e9lasquez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le groupage sera toujours l\u2019inventaire de divers cens, comme la position \u00e9tait le choix d\u2019un cens. Le d\u00e9clin, au-del\u00e0 de l\u2019apog\u00e9e, sera toujours un sens, du pass\u00e9 \u00e0 l\u2019avenir, de la cause \u00e0 l\u2019effet, c\u2019est-\u00e0-dire une tendance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La disposition aura donn\u00e9 naissance \u00e0 la d\u00e9clinaison sans modifier les termes inclus dans les deux mots.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un peu comme le passant (sujet\/objet) d\u00e9tient d\u00e9j\u00e0 les conditions de ses passages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je traite du passage en soi, je pourrai le dire + ou \u2013 peupl\u00e9. Mais aussi + ou \u2013 rapide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le passage passager peut \u00eatre une rue (+ ou \u2013 peupl\u00e9e) ou un vol (+ ou \u2013 rapide). Une rue n\u2019est pas un vol, l\u2019une est localis\u00e9e, l\u2019autre tendancieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, admettant le plusieurs, le passage pourra \u00eatre \u00ab\u00a0\u00e0 niveau\u00a0\u00bb\u00a0: un <i>PAN<\/i>, entre plusieurs directions. Ou il pourra \u00eatre \u00ab\u00a0\u00e0 tabac\u00a0\u00bb, le <i>PAT<\/i>, entre plusieurs rivaux ou combattants (passants).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le premier cas, nous sommes dans la disposition (localisation, tendance)\u00a0; dans le deuxi\u00e8me cas, nous sommes dans la d\u00e9clinaison\u00a0: le PAN fera la combinaison, le PAT fera le d\u00e9clin, la d\u00e9faite de l\u2019un des passants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, c\u2019est une pression qui me porte vers la droite ou la gauche, le bas ou le haut, au carrefour. C\u2019est une pulsion interne qui me fait meilleur ou pire, vainqueur ou vaincu, au tournois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce jeu doublement dialectique, ne peut fabriquer qu\u2019un syst\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi le dernier syst\u00e8me triomphant (de la math\u00e9matique des ensembles) suppose toujours 2 ensembles et 2 types de relations en chaque ensemble\u00a0: d\u2019\u00e9quivalence et d\u2019ordre\u00a0: les contenus se ressemblent, ils sont \u00e9quivalents, ou bien ils se suivent dans un ordre \u2013 d\u00e9termin\u00e9 d\u2019avance par un\u00a0 principe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le syst\u00e8me admet que des objets se tiennent en dehors des deux ensembles. Ils seront de 3 modes\u00a0: injection (du nombre nouveau dans un vide), surjection (ajoutant au plein), interjection ou bijection, \u00e0 l\u2019interface.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces jections ne s\u2019ajoutent pas aux relations de chaque ensemble. Elles les multiplient. Le nombre du monde global (relations\/jections), du Syst\u00e8me, sera 6\u00a0: 3 x 2.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire l\u2019Ensemble, con\u00e7u ou non, mais per\u00e7u \u2013 ou cont\u00e9 &#8211;\u00a0 jouera de 3 relations\u00a0: j\u2019entre dans le syst\u00e8me, je n\u2019y entre pas, je demeure \u00e0 la limite des deux. On les dira des relations logiques. Ici, les syst\u00e8mes ne sont que des modes, essentiellement projectifs. S\u2019ils sont 2 , l\u2019Ensemble sera du nombre 5\u00a0: 3 + 2. si chaque ensemble est cardinal (les 4), l\u2019Ensemble atteindra aux 7\u00a0: 3 + 4\u00a0; Car, dans l\u2019Ensemble, les relations et les projections (modales) ne se multiplient pas, elles s\u2019adjoignent ou se disjoignent (s\u2019ajoutent, se soustraient).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 premi\u00e8re vue, l\u2019ensemble et le syst\u00e8me nous para\u00eetront tous deux des abstractions\u00a0: ils jouent tous deux de la pluralit\u00e9. Mais \u00ab\u00a0ana\u00a0\u00bb tend \u00e0 cette pluralit\u00e9, par le jeu des pairs et des multiples, jusqu\u2019\u00e0 (e-1) ou la constante \u00ab\u00a0e\u00a0\u00bb). \u00ab\u00a0Meta\u00a0\u00bb en revient, par les fractions de p, jusqu\u2019\u00e0 p\/4, sommation de la s\u00e9rie r\u00e9currente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">O\u00f9 va-t-il\u00a0? D\u2019o\u00f9 revient-il\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du nombre 3, puisque les dimensions, les passes et les domaines portent ce nombre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais \u00ab\u00a0e\u00a0\u00bb est 3 \u2013 0,276\u00a0: 2,718. approximativement\u00a0: 0,28 ou (\u00d62)\/5.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">p est 3 + (\u00d62)\/10\u00a0: 3,1416 (approximativement en de certaines \u00e9poques, puisque p vaut aujourd\u2019hui 3,14159).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce 3, en manque, les <i>ana<\/i> feront leur terme\/fin\u00a0: la dispersion de toute l\u2019\u00e9nergie\/masse dans l\u2019Espace (la p\u00e9riode, au\u00a0 1\/12 de la vie, d\u2019un \u00e9lectron). Depuis 1\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce m\u00eame nombre 3, en\u00a0 exc\u00e8s, les <i>meta<\/i> feront le d\u00e9part de leurs s\u00e9ries r\u00e9currentes, par le partage du cercle. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019UN.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne parlerons plus d\u2019aspects et de dimensions, mais de sens et de passages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non plus des pairs ou des multiples, mais des impairs et des \u00ab\u00a0premiers\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne jouera plus des aspects et des dimensions. De quoi d\u2019autre\u00a0? Des passes, des sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les sens sont 3, sont des aspects\u00a0: un sens s\u00e9mantique (le signifi\u00e9), un sens directionnel ou pr\u00e9cessionnel, li\u00e9 \u00e0 la figure, un sens num\u00e9rique, li\u00e9 au nombre (+ ou -), progressif ou d\u00e9gressif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ces sens ne seront pas les m\u00eames dans une premi\u00e8re passe (dans le triangle rectangle de Pythagore), ou dans une deuxi\u00e8me\u00a0: les int\u00e9grales et d\u00e9riv\u00e9s de Leibniz et de ses successeurs imm\u00e9diats, ou dans une troisi\u00e8me\u00a0: les c\u00f4nes de Yeats, la sph\u00e8re einsteinienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019oblique sera l\u2019hypot\u00e9nuse en 1, l\u2019int\u00e9grale ou la d\u00e9riv\u00e9e entre les ordonn\u00e9es, en 2, quelque matrice en 3 (dans la recherche de l\u2019espace\/temps ou de l\u2019algorithme universel).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les quatre passages r\u00e9solvent le probl\u00e8me. Malheureusement, ce ne sont que des jeux (de mots ou de nombres), en l\u2019inexistence du 4.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand Platon a pr\u00e9tendu dire les 4 interlocuteurs du <i>Tim\u00e9e<\/i>, il n\u2019en a trouv\u00e9 que 3. Tout aussi vainement, Alexandre Dumas, cherchant \u00e0 d\u00e9finir ses 4, n\u2019y a recens\u00e9 que 3 mousquetaires\u00a0: Aramis, Athos et Portos (le 4<sup>\u00e8me<\/sup> seulement cadet de Gasgogne).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La r\u00e9ponse<\/b> \u2013 Comment est-ce\u00a0: \u00eatre\u00a0? C\u2019est, dans les 3, n\u2019importe quelle trinit\u00e9, quels qu\u2019en soient les composants\u00a0: 1, 2, 3 ou 3, 5, 7, ou 3\/5, 5\/7, 11\/13, etc. Des dimensions, des passes, des domaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, quel que soit cela, bien s\u00fbr (aspects, sens ou croix), cela ne sera qu\u2019en suspension en quelque lieu\u00a0: les dimensions, les passes ou les domaines, au nombre de 3 aussi, mais que le besoin, le d\u00e9sir, la volont\u00e9 de l\u2019humain \u2013 JE \u2013 pr\u00e9tendront 4\u00a0: des cardinaux, des \u00e9l\u00e9ments \u2013 ou les jeux de Platon, les \u00ab\u00a0sciences\u00a0\u00bb de Bo\u00e8ce, les \u00ab\u00a0noum\u00e8nes\u00a0\u00bb de Kant, les \u00ab\u00a0quadripodes\u00a0\u00bb de Lacan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00ab\u00a0n\u0153uds borrom\u00e9ens\u00a0\u00bb de Lacan ou le n\u0153ud gordien d\u2019Alexandre, ou les n\u0153uds qui emprisonnent Mahomet, ou bien les n\u0153uds de la Grande Hydre dans la tradition japonaise, ou bien le Labyrinthe o\u00f9 s\u2019\u00e9gare Th\u00e9s\u00e9e devront \u00eatre bris\u00e9s, coup\u00e9s, rompus, pour que le cercle soit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est par le partage en deux parties \u00e9gales de la bande de M\u0153bius (ou, plut\u00f4t, du <i>Tim\u00e9e<\/i>) que se reconstitue le Cercle Unique. Par le sabre magique le h\u00e9ros du Japon a tranch\u00e9 de m\u00eame, par le milieu, le Serpent aux huit t\u00eates pour en faire la nouvelle Cit\u00e9, de forme ronde. Par la ligne droite ou diagonale, devenue \u00ab\u00a0diam\u00e8tre\u00a0\u00bb, l\u2019Egyptien du Moyen Empire, changeait en voie de Ra (le cercle de feu) la voie ondoyante du Serpent, et, vers la m\u00eame date \u2013 le temps d\u2019Abraham \u2013 pour l\u2019Assyrien, la corde de l\u2019arc domptait l\u2019arc, le bandant. C\u2019\u00e9tait le rapport\u00a0: 11\/7 du cadran solaire, 22\/7 ou p du cercle, entre le diam\u00e8tre et la circonf\u00e9rence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00eame droiture dirige l\u2019\u00e9p\u00e9e d\u2019Alexandre rompant le n\u0153ud gordien et Mahomet, mille ans plus tard, rompant les n\u0153uds o\u00f9 la sorci\u00e8re a pr\u00e9tendu l\u2019emprisonner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais \u00ab\u00a0le fil \u00e0 couper le beurre\u00a0\u00bb n\u2019accomplit le miracle que gr\u00e2ce \u00e0 cette rigueur. Si la droite n\u2019\u00e9tait pas le diam\u00e8tre, elle ne ferait pas la circonf\u00e9rence. Si je ne partage pas la bande de M\u0153bius au demi de la largeur, je n\u2019obtiens pas un cercle mais deux. Sans le fil d\u2019Ariane, Th\u00e9s\u00e9e ne sort pas du labyrinthe. Si Alexandre et Mahomet ne tranchent pas droit, ils ne viennent pas \u00e0 bout des n\u0153uds. \u00c0 cette t\u00e2che, Lacan s\u2019est \u00e9puis\u00e9, apr\u00e8s Poe \u2013 et combien de machines c\u00e9libataires\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le fil \u00e0 couper le beurre est l\u2019ultime relation modale du fil, apr\u00e8s le fil de la couturi\u00e8re et celui du funambule, ce dernier partage d\u2019<i>ana<\/i> est la premi\u00e8re fonction de <i>meta<\/i>\u00a0: nous ne sommes plus, alors, dans le simple passage (peupl\u00e9 ou rapide, PAT ou PAN)\u00a0; mais l\u00e0 o\u00f9 le palimpseste du chercheur se fait le palindrome du joueur, l\u2019anal\u00e8me autre chose \u2013 de rond.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 o\u00f9 la sommation \u00ab\u00a0e-1\u00a0\u00bb, la fin de l\u2019\u00e9lectron, se fait le p, l\u2019origine m\u00eame de toute redontit\u00e9 ou redondance. Autour du nombre 3\u00a0: e = 3 &#8211; 0,28, p = 3+0,14.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce lieu, ce point de renversement ne peut \u00eatre qu\u2019un terme provisoire, o\u00f9 les branche de l\u2019angle se renversent, cr\u00e9ant d\u2019autres triangles (comme la qu\u00eate du Graal dans les alchimies) ou comme le cycle en d\u2019autres cycles. Jusqu\u2019\u00e0 10 (e-1) ou depuis 10 p, c\u2019est-\u00e0-dire par les jeux de Q, le nombre d\u2019Or\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">10 (e-1) = 10 Q<sup>2<\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">10 p = 12 Q<sup>2<\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais nous n\u2019en sommes pas encore l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seulement des trois dimensions aux trois passes, de 1, 2 et 3 \u00e0 3, 5 et 7. Au point o\u00f9 les d\u00e9clinaisons (goupage\/d\u00e9clin) se referaient des dispositions (localisation\/tendances). Au point o\u00f9 les passages inconciliables\u00a0: le PAT et le PAN de Gauvain, le premier qu\u00eateur et de Galaad le dernier se feraient un passage moins passager (peupl\u00e9, rapide), si bien que la rue et le vol s\u2019y confondraient de nouveau. Le point o\u00f9 le dernier soulagement (de ma bourse, de ma vie) se ferait la premi\u00e8re d\u00e9livrance, de l\u2019enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question, \u00e9videmment, n\u2019est plus\u00a0: comment est-ce\u00a0: \u00eatre\u00a0? mais \u00ab\u00a0o\u00f9 est-ce que c\u2019est\u00a0?\u00a0\u00bb. O\u00f9 ce situe le point\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Les \u00e9l\u00e9ments de la r\u00e9ponse<\/b> \u2013 Il est possible \u2013 on ne peut dire plus \u2013 qu\u2019<i>Ana<\/i> et <i>Meta<\/i> nous les donnent encore, dans ce que nous nommons le Temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anachronisme dit l\u2019objet de la pr\u00e9sence report\u00e9, d\u00e9plac\u00e9, au pass\u00e9\u00a0: le t\u00e9l\u00e9phone aux temps gr\u00e9co-romains. M\u00e9tachronie dit l\u2019objet pr\u00e9sent transpos\u00e9 au futur, comme en toute utopie, qui construira l\u2019avenir \u00e0 partir du pr\u00e9sent\u00a0: les humains de l\u2019an 3000 vivront encore d\u2019amour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, Passage dit un d\u00e9placement, qui change de lieu mais ne change pas l\u2019objet, et une mutation, qui change l\u2019objet, sans d\u00e9placement de lieu. Passer ou se passer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains passages ne sont que de lecture\u00a0: le peuplement d\u2019une rue, la vitesse d\u2019un vol. \u00c0 la limite\u00a0: une probabilit\u00e9 de positionnement, une quantit\u00e9 de mouvement (dans la constante de Planck, \u00ab\u00a0h\u00a0\u00bb ou, plut\u00f4t, par celle-ci, rapport de l\u2019\u00e9nergie\/masse et de la fr\u00e9quence). D\u2019autres passages sont des actes\u00a0: entre deux rivaux (le PAT) ou au carrefour (le PAN).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je r\u00e9duis ces 4 aux 2, j\u2019irai de ce qui se lit (l\u2019\u00e9tiquette, un maintien dans la dur\u00e9e) \u00e0 ce qui est pass\u00e9 (la fin, l\u2019extinction ou l\u2019entropie), dans l\u2019espace, l\u2019intervalle entre les cercles. Ou bien j\u2019irai d\u2019une action, celle des dieux\u00a0: le cycle, et la \u00ab\u00a0question\u00a0\u00bb qu\u2019elle porte, \u00e0 la lecture des aspects, qui pr\u00e9c\u00e8dent toujours l\u2019UN, mais \u00e0 travers combien de quiproquos\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) Depuis l\u2019enfant trouv\u00e9, une cause, l\u2019ouvrier, le m\u00e9canicien, le syst\u00e9matique vers la cr\u00e9ation de l\u2019automate, du jaque vers le jaquemart, selon <i>Le Campanile<\/i> de Melville, le chevalier de l\u2019Igitur de Mallarm\u00e9, le Zacharius de Jules Verne. Nombr\u00e9e, cette voie ira de 1+(\u00d6(T-1) ou l\u2019\u00e9lectron-volt) \u00e0 (e-1), puis ( e ), puis 10 (e-1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Figur\u00e9, ce sera l\u2019anal\u00e8me, les ellipses, le palimpseste du d\u00e9couvreur, le n\u0153ud borrom\u00e9en ou la bande du <i>Tim\u00e9e<\/i>. L\u2019\u00e9tiquette n\u2019y peut mener qu\u2019\u00e0 l\u2019extinction, selon Raymond Roussel. Ou la 4<sup>\u00e8me<\/sup> vall\u00e9e \u00e0 la 7<sup>\u00e8me<\/sup>, selon les machines sept\u00e9naires d\u2019Attar et de Thomas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b) Depuis l\u2019\u00e9lu, le fils de roi ou le fonctionnaire, par d\u00e9livrances successives, la voie vers la lettre non d\u00e9livr\u00e9e, par tous les manipules qu\u2019on voudra\u00a0: de l\u2019arm\u00e9e romaine, de la sorci\u00e8re ou du pr\u00eatre\u00a0: la d\u00e9livrance du captif. Comme le disent le Bartleby de Melville, le coup de d\u00e9 de Mallarm\u00e9, mais aussi Messieurs les ronds-de-cuir de Courteline ou l\u2019arpenteur, K, de Kafka. Le cercle qu\u2019est le cycle, mais aussi le combinatoire de la passe anglaise, le palindrome, le cercle unique (figurativement). Nombr\u00e9 ce chemin sera le Chemin, le D\u00e9fil\u00e9, depuis la d\u00e9robade d\u2019ana (celui qui se d\u00e9file) jusqu\u2019au d\u00e9fil\u00e9 entre les montagnes, le chas, par le d\u00e9fil\u00e9 des drapeaux, des co\u00efncidences, hasardeuses, contingentes \u2013 vers le contingentement final, en UN.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment dire \u00e0 la fois le maintien de l\u2019objet dans le d\u00e9placement (le change local) et le change de l\u2019objet (en ce lieu), en\u00a0 m\u00eame temps que la lecture et l\u2019acte\u00a0? Par les deux vocables\u00a0: le traitement, l\u2019entretien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Transitivement, je change l\u2019objet par le traitement (je traite le fer ou l\u2019h\u00f4te bien ou mal), je le maintiens par l\u2019entretien\u00a0: entretenir l\u2019objet c\u2019est le maintenir ce qu\u2019il est, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un linge de table ou d\u2019un malade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, intransitivement, je traite de cet objet, comme par la conf\u00e9rence, et je m\u2019en entretiens, par le dialogue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cet acte, transitif, et cette lecture, intransitive, l\u2019entretien et le traitement ne cessent de dire le change et le maintien, ces deux projets de l\u2019humain, ou bien de l\u2019un vers les plusieurs, dans le discours, ou des plusieurs vers l\u2019unit\u00e9, dans le dialogue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Restera la question\u00a0: O\u00f9 est-ce que c\u2019est\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<h2 align=\"center\"><b>LE CONTE<\/b><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><b>\u00a0<\/b><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><b>III<\/b><\/h2>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e2ne n&rsquo;aime pas la foire, mais aime-t-il la ville\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelqu&rsquo;un demande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Il n&rsquo;en dit rien\u00a0\u00bb, r\u00e9pond le conteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gros rires\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Il ne dit pas grand chose, votre \u00e2ne, reprend le quidam. Dans un jour o\u00f9 les b\u00eates parlent\u00a0! Il n&rsquo;a pas encore dit un mot\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est, dit le conteur, que Gertrude n&rsquo;a rien \u00e0 dire. Si elle parlait ce serait au ma\u00eetre qui, seul, quelquefois, la comprend. Mais elle ne fait plus confiance au ma\u00eetre. Elle ne croit pas qu&rsquo;un dialogue puisse s&rsquo;instaurer entre eux. \u00c0 part le coup de pied, h\u00e2tif et maladroit (mais il ne compte pas, motiv\u00e9 par la peur), elle n&rsquo;a re\u00e7u du ma\u00eetre aucun traitement indigne depuis l&rsquo;aube, ni dans le sentier de choux, ni dans le chemin plus tard, ni sur la route premi\u00e8re, ni m\u00eame \u2013 l&rsquo;anormal\u00a0! \u2013 quand ils quitt\u00e8rent l&rsquo;auberge et que, bien s\u00fbr, Gertrude refusa de repartir. Une telle mansu\u00e9tude ne peut avoir que deux causes\u00a0: ou bien le remords d&rsquo;une injustice, car le ma\u00eetre est bon, ou bien l&rsquo;attente, la crainte d&rsquo;une cruaut\u00e9 pire, car il n&rsquo;est pas mauvais. Chaque seconde qui passe ajoute \u00e0 l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;\u00e2ne, \u00e0 sa certitude d&rsquo;une catastrophe proche, de plus en plus certaine et rapproch\u00e9e. Le ma\u00eetre lui ment, il ne lui dit pas tout. Cons\u00e9quemment, l&rsquo;\u00e2ne ne lui dit rien. Le silence a fait la route plus longue\u00a0; il fait maintenant la ville plus enveloppante \u2013 la ville, la foire\u00a0: elle ne sait plus, Gertrude. Quand les gens se taisent, vous le savez bien, ils sont beaucoup plus malheureux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand ils parlent trop, ils ne sont pas plus gais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La peine de l&rsquo;homme, ainsi, \u00e9gale celle de l&rsquo;\u00e2ne, inversement proportionnelle. Car il a trop parl\u00e9 \u00e0 la buvette, pour s&rsquo;expliquer, se justifier aupr\u00e8s des autres voyageurs, se raconter et se faire plaindre de Rose. Il a trop attendu d&rsquo;autrui pour ne pas reconna\u00eetre, enfin, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas de recours, de secours \u00e0 en attendre. La foire assourdit l&rsquo;\u00e2ne, mais elle le d\u00e9sesp\u00e8re. Tous ces autruis blessent l&rsquo;\u00e2me qui doute de l&rsquo;autrui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 le grand mot l\u00e2ch\u00e9. Le ma\u00eetre a une \u00e2me. Depuis qu&rsquo;il parle et qu&rsquo;il comprend, tous l&rsquo;en persuadent\u00a0: le p\u00e8re, la m\u00e8re, le ma\u00eetre d&rsquo;\u00e9cole, qui fut un moine, et tous les moines, tous les presbytres. Jeanne et Sylvaine (parlant surtout de la leur)\u00a0; le mara\u00eecher de m\u00eame, le voisin et Fran\u00e7ois (d\u00e8s la premi\u00e8re chopine), parlant de celles des autres surtout\u00a0: r\u00e9ceptacles de l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, de l&rsquo;amiti\u00e9, de la vertu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ne ignore s&rsquo;il a une \u00e2me\u00a0; et beaucoup disent qu&rsquo;il n&rsquo;en a pas. Un jambage lui manque pour \u00eatre. S&rsquo;il lui arrive de penser, s&rsquo;il pense, c&rsquo;est \u00e0 sa peau, \u00e0 son sexe oubli\u00e9, aux douleurs qui lui rongent l&rsquo;estomac ou les dents. Une douleur souvent, quelque plaisir parfois\u00a0: toute son \u00e2me, ou rien que cela\u00a0? La foire lui est cette douleur, c&rsquo;est donc son \u00e2me \u2013 ou, plus exactement, un morceau d&rsquo;elle (comme la ville aujourd&rsquo;hui, demeure l&rsquo;\u00e2me du march\u00e9, la semaine du mardi, le mois de son premier mardi, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout renvers\u00e9 de la sorte, en eux, hors d&rsquo;eux, comment l&rsquo;\u00e2ne et le ma\u00eetre se parleraient-ils\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;un pr\u00e8s de l&rsquo;autre, ils vont dans la Rue envahie, comme le ge\u00f4lier et son captif, sans bien savoir lequel emprisonne l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ont parcouru toute la Rue, deux fois\u00a0: du Nord au Sud, du Sud au Nord. Gertrude ne comprend pas pourquoi\u00a0; mais c&rsquo;est elle qui d\u00e9nombre \u00ab\u00a02\u00a0\u00bb\u00a0: un aller qui d\u00e9couvre, un retour qui r\u00e9p\u00e8te. Pour le ma\u00eetre, la rue n&rsquo;est qu&rsquo;une\u00a0; mais il n&rsquo;a pas omis, en ses extr\u00eames, de jeter quelque regard aux deux voies circulaires qui bornent le village, ni m\u00eame de s&rsquo;avancer, ici et l\u00e0, dans les deux ruelles diagonales \u2013 presque des rues \u2013 o\u00f9 des boutiques s&rsquo;ouvrent aussi. Car, si la ville de l&rsquo;\u00e2ne est un aller\/retour, celle de Pierre est comme une main ouverte, dont tous les doigts \u2013 h\u00e9las\u00a0! \u2013 sont peupl\u00e9s, d&rsquo;acheteurs, de vendeurs, de filles faciles, de baladins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De tous c\u00f4t\u00e9s, la foire a recouvert la ville. Elle a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la premi\u00e8re maison, elle succ\u00e8de \u00e0 la derni\u00e8re. Elle a envahi la place de l&rsquo;\u00c9glise, elle progresse, sournoisement, jusqu&rsquo;aux poternes du ch\u00e2teau, vers l&rsquo;Ouest, et rampe jusqu&rsquo;aux lisi\u00e8res du mar\u00e9cage, \u00e0 l\u2019Est.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;un cardinal \u00e0 l&rsquo;autre, toutes les places sont prises, tous les postes occup\u00e9s. La premi\u00e8re faute en revient au ma\u00eetre, qui a quitt\u00e9 trop tard sa ferme, s\u00e9journ\u00e9 trop longtemps au cabaret, ou bien la faute incombe au lambinement de l&rsquo;\u00e2ne, au dialogue imb\u00e9cile avec la jeune comtesse, aux voitures rencontr\u00e9es. Mais, recouvrant tout cela, la faute est, fut, sera, d&rsquo;h\u00e9sitation (du ma\u00eetre encore\u00a0!) entre la volont\u00e9 de vendre l&rsquo;\u00e2ne et le d\u00e9sespoir d&rsquo;avoir \u00e0 le faire. Car, tandis qu&rsquo;il recherche l&#8217;emplacement introuvable, est-ce qu&rsquo;en lui, un sentiment autre, tout contraire, ne l&rsquo;apaise pas, de n&rsquo;en pas trouver\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est plus de trois heures cependant. Et le terme approche de la Liquidation, au-del\u00e0 duquel Gertrude ne pourra plus \u00eatre vendue. Vous ne savez pas cela, vous autres, qui vivez hors de l&rsquo;Aujourd&rsquo;hui, bien que vous ayez conserv\u00e9 le mot \u00ab\u00a0liquidation\u00a0\u00bb, bien appauvri et d\u00e9tourn\u00e9 du Sens. Car vous avez encore le temps des soldes, o\u00f9 l&rsquo;on liquide, au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, en la fin de l&rsquo;automne, mais vous ne songez plus, ni au rythme des saisons ni \u00e0 l&rsquo;autre musique, tout aqueuse, de l&rsquo;Amour \u2013 lorsque vous liquidez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce jour d&rsquo;huis, d&rsquo;ouverture, la Liquidation est le terme impos\u00e9 au commerce, au droit de s&rsquo;enrichir, de spolier le prochain, d&rsquo;adorer le Veau d&rsquo;Or (une fois le mois, en ce temps-ci). Ce terme, cette fin limite le temps des combats, des feux\u00a0; il se dit\u00a0: couvre-feu, ce qui recouvre le feu et n&rsquo;en laisse plus que cendres. Cette heure fut la septi\u00e8me, puis la sixi\u00e8me \u00e0 Blain. Mais le comte, docile au marquis, qui n&rsquo;ignore pas le v\u0153u du nouveau roi, l&rsquo;a ramen\u00e9 \u2013 le mois dernier \u2013 \u00e0 cinq heures trente. Apr\u00e8s cette heure, on ne vend plus. Ce qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 achet\u00e9, pay\u00e9 ou d\u00e9bit\u00e9, devient la propri\u00e9t\u00e9 de tous, c&rsquo;est \u00e0 dire de l&rsquo;Amour, \u00e0 nouveau triomphant. Au-del\u00e0 des feux, l&rsquo;Eau, le liquide, gagne de nouveau. D\u00e9sormais, toute denr\u00e9e devra \u00eatre liquid\u00e9e, transform\u00e9e en produit, en donation du c\u0153ur. S&rsquo;il n&rsquo;a vendu son \u00e2ne \u00e0 cinq heures trente, Pierre devra l&rsquo;abandonner \u00e0 qui le voudra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous ne croyez pas en une telle loi, n&rsquo;est-il pas vrai\u00a0? C&rsquo;est bien la preuve que vous ne savez plus rien de rien. Gertrude en ignore tout de m\u00eame. Mais Pierre\u2013Ambroise, que sa m\u00e8re nommait Pierrot et Sylvaine, par raillerie, \u00ab\u00a0En bois\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Tu es un pantin, mon ch\u00e9ri, une petite Marie en bois\u00a0!\u00a0\u00bb, n&rsquo;ignore aucune seconde de l&rsquo;heure qui passe \u2013 en vain, quand rien ne s&rsquo;y passe. \u00ab\u00a0Bon dieu de bon dieu, o\u00f9 vais-je bien me foutre\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il le sait de moins en moins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi ces heures qui s&rsquo;amenuisent, et dans cette foule, qui lui semble s&rsquo;accro\u00eetre, le ma\u00eetre divague. Il bute \u00e0 tout instant sur l&rsquo;improbable (qu&rsquo;il trouve un acheteur) et le certain (le couvre-feu au terme)\u2026 Dans le Temps et dans l&rsquo;Espace il ne distingue plus rien. Il connaissait ce paysan, cet homme du pays \u2013 un vague cousin \u00e0 ce qu&rsquo;on dit \u2013 il en a qu\u00eat\u00e9 l&rsquo;impossible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Oh ! Beno\u00eet &#8211; Paul \u2013 tu ne te souviens pas\u00a0? Ma m\u00e8re fut la s\u0153ur de ta ni\u00e8ce de ta premi\u00e8re \u00e9pouse, comment se nommait-elle d\u00e9j\u00e0\u00a0? Madeleine la Folle (elle ne l&rsquo;\u00e9tait pas du tout, folle, bien s\u00fbr, c&rsquo;\u00e9tait pour dire). On est cousins. N&rsquo;y aurait-il pas une petite place, \u00e0 ton c\u00f4t\u00e9\u00a0? Sur la gauche, l\u00e0, o\u00f9 il ne reste que dix oignons \u00e0 vendre\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ils ne sont pas dix mais cent au moins. La Madeleine n&rsquo;\u00e9tait pas folle. Je n&rsquo;ai rien entendu dire de toi, cousin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;homme s&rsquo;\u00e9talait depuis le cul de l&rsquo;\u00c9glise jusqu&rsquo;au quart de la ruelle. Son \u00e9talage mordait sur la devanture du boulanger. Pierre ne se rappelait plus son nom (il habitait \u00ab\u00a0La Bistoucaite\u00a0\u00bb, o\u00f9 nul ne va, mais poss\u00e9dait dix hectares\u00a0: un prince, en son domaine terreux, un dur).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que tu vends\u00a0? Un \u00e2ne\u00a0? J&rsquo;ai mes dix chevaux \u00e0 l&rsquo;\u00e9curie, tous utiles \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e, et cinquante-huit moutons. Qu&rsquo;ai-je \u00e0 foutre de ton \u00e2ne\u00a0? Fous le camp. Rien \u00e0 en foutre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Cousin\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un ben\u00eat de passage s&rsquo;int\u00e9resse aux oignons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Tu vois, tu vas les vendre. La place sera libre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Foutre de foutre ! Tu vas me foutre le camp\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour un peu, le Jean-Foutre ameuterait les gens d&rsquo;armes\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partout, la m\u00eame fureur \u2013 et la m\u00eame exclusion\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gertrude a fini par comprendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce \u00ab\u00a0foutre de foutre\u00a0\u00bb l&rsquo;excite. \u00ab\u00a0Salaud de salaud\u00a0!\u00a0\u00bb pense-t-elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ainsi, tu veux te d\u00e9barrasser de moi\u00a0!\u00a0\u00bb Il ne suffit plus de jouer de l&rsquo;aller et du retour. Il n&rsquo;y aura pas de retour pour elle. Un imb\u00e9cile de forcen\u00e9 a d\u00e9cid\u00e9 de couper les ponts\u00a0! Oh\u00a0! Qu&rsquo;elle estime \u00e0 sa valeur le manque de coups, de r\u00e9primandes\u00a0! Qu&rsquo;elle ressent l&rsquo;aiguit\u00e9 de l&rsquo;indiff\u00e9rence, la blessure en creux du silence, la mortalit\u00e9 du n\u00e9ant\u00a0! \u00ab\u00a0\u00c0 nous deux, h\u00e9ritier de la Vip\u00e8re\u00a0!\u00a0\u00bb pense-t-elle. Ou plut\u00f4t, car on sait que, priv\u00e9e d&rsquo;\u00e2me, elle ne pense pas, la morsure invisible a travers\u00e9 sa chair, et c&rsquo;est sa chair qui b\u00e9e en ce point inexistant \u2013 virtuel \u2013 o\u00f9 elle croyait avoir un c\u0153ur, Gertrude\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle n&rsquo;est plus qu&rsquo;un sac d&rsquo;os et de peau, la Gertrude, et c&rsquo;est ce sac que le nomm\u00e9 Pierre tra\u00eene apr\u00e8s lui, par un licou rong\u00e9 de belle lurette, mais il l&rsquo;ignore. Car m\u00eame un ma\u00eetre ne sait pas tout, comme une \u00e2nesse n&rsquo;ignore pas \u00e0 l&rsquo;infini. Le licou n&rsquo;est pas \u00e9loign\u00e9 de n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un fil, \u00e0 telle hauteur\u00a0; quand l&rsquo;\u00e2ne r\u00e9siste, il en \u00e9prouve le filament. \u00c7a tient encore. Pour combien de temps\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils sont revenus dans la Grand&rsquo; Rue, et l&rsquo;heure s&rsquo;\u00e9coule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pierre a reconnu quelqu&rsquo;un de loin\u00a0: sa s\u0153ur. Il est trois heures cinquante. La Jeanne fait semblant de ne l&rsquo;avoir pas aper\u00e7u.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Jeanne\u00a0! crie-t-il. Oh\u00a0! Jeanne\u00a0!\u00a0\u00bb (Il est pass\u00e9 chez elle, en vain). \u00ab\u00a0Je suis ici, Pierrot\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut bien qu&rsquo;elle l&rsquo;entende enfin, qu&rsquo;elle stagne. Elle porte sa robe des dimanches et son chignon des mauvais jours. Elle a jet\u00e9 un regard \u00e0 l&rsquo;\u00e2ne, a tout devin\u00e9. Mais elle sait tout depuis longtemps, par son gendarme de mari. \u00ab\u00a0Tiens, Pierre\u00a0! Y avait longtemps\u00a0! Te v&rsquo;l\u00e0 donc au march\u00e9\u00a0! Si je m&rsquo;attendais, etc.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0J&rsquo;esp\u00e9rais plus te rencontrer, la Jeanne\u00a0!\u00a0\u00bb dit Pierre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quatre heures sonnent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je suis foutu, Jeanne, dit Pierre. Je suis sans recours\u00a0! J&rsquo;ai voulu mal agir, ma Jeanne. Vendre Gertrude, mon tout, mon bien\u00a0! Je l&rsquo;ai trahie. Et j&rsquo;ai trahi ma soutenance, car je suis failli, et je n&rsquo;ai pas le droit de vendre ce qui ne m&rsquo;appartient plus. Je suis certain que celui-ci ou celui-l\u00e0, le panier ou l&rsquo;herbager, m&rsquo;a d\u00e9nonc\u00e9 d\u00e9j\u00e0, car tout se sait\u00a0! Je n&rsquo;ai voulu, vraiment, que me faire un peu d&rsquo;or, pour m&rsquo;en aller d&rsquo;ici. J&rsquo;ai voulu tromper Dieu, ma Jeanne\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Et ta Sylvaine\u00a0?\u00a0\u00bb, dit la Jeanne, les dents mordant la l\u00e8vre de rage, \u00ab\u00a0tu l&rsquo;abandonnes aussi\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je ne l&rsquo;ai pas vue depuis des jours, et son maudit de p\u00e8re ne me veut pas. Je suis au bout, s\u0153urette, sans \u00eatre un mauvais homme. Simplement, j&rsquo;ai trop cru, dans les promesses de l&rsquo;un, dans les menaces de l&rsquo;autre. Je ne suis pas \u00e0 moi depuis que tu es partie.\u00a0 La vie fut devant moi, mais \u2013 comment dire\u00a0? \u2013 elle est d\u00e9j\u00e0 derri\u00e8re. Je porte mon avenir comme un boulet. Sauve-moi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9mue, la femme se mord la langue\u00a0: surtout, ne pas se laisser emp\u00eatrer, attendrir. Se taire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Quel mal ai-je fait \u00e0 quiconque\u00a0? T&rsquo;ai-je fait du mal, ma Jeanne\u00a0? \u00c0 ton mari\u00a0? Au chevalier\u00a0? \u00c0 celui-ci, sans volont\u00e9 de mal faire\u00a0? \u00c0 celui-l\u00e0, sans intelligence\u00a0? Je bois trop, c&rsquo;est vrai, d\u00e8s qu&rsquo;une bouteille me vient en main, et je dis alors tout ce qui me passe et qui, souvent, me fait tort. Je suis peut-\u00eatre trop jeune pour bien comprendre. Je n&rsquo;avais pas quatorze ans quand tu t&rsquo;en es all\u00e9e, pas quinze quand notre m\u00e8re est morte. Mais t&rsquo;ai-je pas aid\u00e9e, tout le temps de sa maladie, qui n&rsquo;en finissait pas, et travaill\u00e9, comme un esclave, \u00e0 la scierie, en plus des champs, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que Fernand te marie\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas la question, dit enfin Jeanne. Tu as fait ce qu&rsquo;un fr\u00e8re doit. Je t&rsquo;aime bien, Pierrot (elle ne l&rsquo;a jamais appel\u00e9 Pierrot depuis la mort de M\u00e8re), mais tu es ce que tu es, je suis ce que je suis. Certains t&rsquo;ont dit une b\u00eate, et d&rsquo;autres un moutard. Tu n&rsquo;as jamais grandi, Fernand (elle ne sait plus tr\u00e8s bien ce qu&rsquo;elle dit, elle ne veut que vaincre). Je te vois comme je t&rsquo;ai toujours connu, mal embard\u00e9, r\u00e9tif.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je t&rsquo;ai donn\u00e9 le demi des biens, dit Pierre. Tout le mobilier et tout l&rsquo;argent du vieux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Bien oblig\u00e9 ! dit Jeanne. Mais tu n&rsquo;as pas aim\u00e9 not&rsquo; m\u00e8re\u00a0: tu as pleur\u00e9 sa vie plus que sa mort. Tu dis du mal de la gendarmerie, du s\u00e9n\u00e9chal, du comte. Je ne te vois jamais \u00e0 la messe de six heures, et le dimanche m\u00eame c&rsquo;est pas certain. Y a combien de temps que tu n&rsquo;es pas venu \u00e0 la ville\u00a0? Tu bois, tu p\u00e8tes et chies comme s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait que toi. Un ma\u00eetre\u00a0! Un dr\u00f4le de ma\u00eetre\u00a0! Tu fais de nous tous des b\u00eates, nous ach\u00e8tes et nous vends. Et tu viens de demander asile ? Tu te connais ce que tu es enfin ! Un pas grand chose\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Biens\u00e9ant\u00a0! dit le ma\u00eetre. Tr\u00e8s bien\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il lui semble qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;horloge une demie a sonn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il quitte la s\u0153ur \u2013 le pauvre\u00a0! \u2013 et gueule par les rues\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je vends mon \u00e2ne pour cent sous\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son d\u00e9go\u00fbt, il ne tire m\u00eame plus sur la corde. C&rsquo;est Gertrude qui tire et brise le licou. Bien assise sur ses quatre pattes, la t\u00eate lev\u00e9e en son effort, elle braie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, tout se pr\u00e9cipite. Ou bien seulement se pr\u00e9cipitent tous ceux-l\u00e0 qui guettaient Pierre depuis deux heures. Car il n&rsquo;est pas loin de la demie\u00a0: deux ou trois minutes \u00e0 gagner\u00a0! Basileus et Boniface, les fr\u00e8res, bloquent un client \u00e9ventuel\u00a0; le capitaine des gens d&rsquo;armes, \u00e0 la t\u00eate de trois hommes, en bloque deux. La foule s&rsquo;isole hors du passage \u2013 ainsi qu&rsquo;on nomme la ruelle o\u00f9 le Pierre et la Jeanne ont longtemps caus\u00e9. Tout le monde attend, non pas la cloche mais la trompette qui va proclamer l&rsquo;heure venue de la d\u00e9bandade et de la liquidation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous ne ha\u00efssent pas le ma\u00eetre de m\u00eame\u00a0; ils ne lui reprochent pas le m\u00eame crime. Fernand se fait l&rsquo;\u00e9cho de la Jeanne, de ses hargneuses r\u00e9criminations (car elle ne s&rsquo;avoue pas son remords\u00a0: avoir abandonn\u00e9 l&rsquo;enfant de douze ans avec la m\u00e8re malade, pour vivre sa vie \u00e0 la ville, et l&rsquo;avoir ran\u00e7onn\u00e9 de surcro\u00eet, jusqu&rsquo;au dernier centime, une fois la m\u00e8re morte\u00a0!). Les voisins doivent lui reprocher le faux bornage comme un vol, car, d&rsquo;eux ou de lui, quelqu&rsquo;un vola ou le voulut. Le mara\u00eecher, qui est sorti de son \u00e9talage, curieux, doit le ha\u00efr d&rsquo;\u00eatre son cousin \u2013 reni\u00e9. D&rsquo;autres se sont scandalis\u00e9s qu&rsquo;un d\u00e9biteur failli pr\u00e9tende vendre son bien en douce. Et m\u00eame un tout jeuniot \u2013 \u00e0 peine ses vingt ans\u00a0! \u2013 doit lui tenir \u00e0 forfait d&rsquo;avoir pu \u00e9chapper \u2013 comment\u00a0? \u2013 \u00e0 l&rsquo;obligation de servir, quand il s&rsquo;y ronge les sangs\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vous \u00e9tonnerai peut-\u00eatre si je dis que c&rsquo;est l\u00e0 le discours de Gertrude, qu&rsquo;elle se tient, confus, alors qu&rsquo;elle braie. Confus, parce qu&rsquo;elle ne saurait le dire, ni se le disloquer en son tr\u00e9fonds.\u00a0 Mais il y a longtemps qu&rsquo;elle rumine, comme une vache, l&rsquo;injustice des ma\u00eetres et leur mauvais vouloir, qu&rsquo;elle se m\u00e9fie de la Jeanne et de son mari\u00a0: ils ont voulu la prendre lorsque \u2013 elle et le ma\u00eetre \u2013 se sont retrouv\u00e9s seuls (et c&rsquo;est apr\u00e8s cette visite et cette querelle que son \u00e2non a disparu). Elle n&rsquo;aime pas davantage Basile, qui ne lui offrirait pas un tr\u00e8fle, un quignon de pain\u00a0! Elle n&rsquo;aime que son ma\u00eetre, depuis que, tout \u00e2non elle-m\u00eame, il venait lui causer, tendrement, toute une heure, le matin \u2013 avant de partir pour la scierie. Cette confusion m\u00eame fait l&rsquo;\u00e2me de son cri, tandis qu&rsquo;elle braie encore, encore, vendant le ma\u00eetre\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l&rsquo;\u00e2ne, soudain, suspend son discours int\u00e9rieur. Les bras du ma\u00eetre, autre licou, ont enserr\u00e9 son col. La t\u00eate de Pierre contre la sienne\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Aide-moi\u00a0! Tais-toi du moins, Gertrude. Tu ameutes la ville, \u00e0 gueuler comme \u00e7a\u00a0! J&rsquo;ai peut-\u00eatre voulu te vendre, mais je ne t&rsquo;ai pas vendue. Je ne l&rsquo;aurais pas pu, Gertrude\u00a0! Apaise-toi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De d\u00e9sespoir, de remords, d&rsquo;impuissance et de peur, comment ne braierait-elle pas\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La trompette retentit. La foule approche, elle encercle le couple incestueux (car il a bu du lait de Gertrude, Pierre). Un long fr\u00e9missement a parcouru l&rsquo;\u00e2nesse, aupr\u00e8s duquel le cheminement de l&rsquo;escargot et m\u00eame les br\u00fblures du soleil ne furent que d&rsquo;infimes titillements. Ce fr\u00e9missement recouvre tout, et c&rsquo;est pourquoi l&rsquo;\u00e2ne braie, incapable soudain d&rsquo;en dire davantage. Le triple criminel, qui transcende son droit, viole celui du voisin et renie la loi supr\u00eame de la liquidation \u2013 sans compter cent discours suspects\u00a0! \u2013 est arrach\u00e9 au col de l&rsquo;animal. Les gens d&rsquo;armes l&rsquo;entra\u00eenent, ou plut\u00f4t ils l&#8217;emportent, car il rue de ses quatre membres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;est pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de se croire mort et que les d\u00e9mons de l&rsquo;Enfer se sont empar\u00e9s de lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, comme un qui revient des confins de la terre, apr\u00e8s son tour du monde, il a d\u00e9figur\u00e9 le Temps, lui soustrayant \u2013 ou ajoutant, il ne sait plus \u2013 soixante minutes sur les vingt-quatre heures. Il n&rsquo;a pas lu Jules Verne ni Alphonse Allais, bien s\u00fbr\u00a0! Plus gravement, il n&rsquo;a pas tenu compte \u2013 ou, dans son exclusion fermi\u00e8re, n&rsquo;a pas eu science \u2013 du changement d&rsquo;heure, longtemps qu\u00e9mand\u00e9 par l&rsquo;\u00c9glise, impos\u00e9 ce jour m\u00eame, aujourd&rsquo;hui, dans le Royaume et tous ses marquisats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gertrude n&rsquo;en finit pas de brayer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 align=\"center\"><b>Troisi\u00e8me chapitre<\/b><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><b>OU EST-CE QUE C\u2019EST\u00a0?<\/b><\/h2>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p>La question \u2013 les domaines et les cycles \u2013 les espaces et les temps \u2013 l\u2019\u00e2ne et le ma\u00eetre \u2013 les transpositions \u2013 la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La question<\/b> \u2013 Celle-ci, la troisi\u00e8me, ach\u00e8ve de pr\u00e9ciser l\u2019\u00e9nigme de Heidegger\u00a0: Pourquoi cela est-il l\u00e0 plut\u00f4t qu\u2019une autre chose\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019est cela\u00a0? Comment \u00eatre\u00a0? O\u00f9\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons dit que CELA est un ou les plusieurs. Et que cela EST par les passages, que cela se passe ou passe, en acte ou en lecture (le traitement, l\u2019entretien). Eh bien\u00a0! En quel endroit ou quel envers, sur quelle colline, en quelle \u00e9poque l\u2019un ou le plusieurs vont-ils effectuer leurs passages \u2013 ou, sinon, les subir\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis les mill\u00e9naires o\u00f9 nous savons que l\u2019humain (JE) pense et se dispense (dans les deux sens du mot), il semble n\u2019avoir tranch\u00e9 que par l\u2019alternative\u00a0: en dehors\/en dedans, dans un contenant ou un contenu, dans l\u2019Espace ou le Temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il croit que cela se passe hors de lui, et qu\u2019il y passe, qu\u2019il le veuille ou non. Ou bien il dit passer, se d\u00e9placer dans le r\u00e9el (son territoire ou un pays, une plan\u00e8te, un syst\u00e8me plan\u00e9taire, une galaxie) et qu\u2019il ne s\u2019y passe rien de notable, de remarquable, que les cr\u00e9ations, les jeux, les connaissances n\u00e9es de son int\u00e9rieur\u00a0: sa conscience ou son inconscient, son \u00e2me ou son esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques-uns, tr\u00e8s rares \u2013 les plus unifi\u00e9s parmi les plusieurs \u2013 ont avanc\u00e9 que, peut-\u00eatre, les deux appr\u00e9hensions seraient exactes, ensemble ou successivement. Mais cette r\u00e9ponse est trop p\u00e9nible, ou trop difficile \u00e0 concevoir, pour ceux qui se veulent libres ou qui se tol\u00e8rent conditionn\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceux qui admettent l\u2019Ensemble o\u00f9 ils se trouveraient pris se m\u00e9fient \u2013 non sans raison \u2013 de la fragilit\u00e9 ou de l\u2019insignifiance des syst\u00e8mes successifs. Ceux qui combattent pour l\u2019invention et la conservation de ce Syst\u00e8me ne peuvent souffrir \u2013 c\u2019est trop humain\u00a0! \u2013 l\u2019id\u00e9e d\u2019un ensemble contenant des syst\u00e8mes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois encore, la question semble insoluble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais nous l\u2019avons cru de la question touchant Cela (l\u2019UN), puis de la question touchant l\u2019existence (un passage), et nous avons tout de m\u00eame \u00e9clair\u00e9 ces \u00e9nigmes, par le choix de l\u2019objet (l\u2019arbre et la for\u00eat, le fil et le d\u00e9fil\u00e9), par <i>ana<\/i> et <i>meta<\/i>, quelques constantes math\u00e9matiques, un pur jeu de mots, visualis\u00e9 dans le cens, conceptualis\u00e9 dans le sens (dispositions, d\u00e9clinaisons). Pourquoi n\u2019en serait-il pas ainsi, cette fois encore\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour dire l\u2019UN, qui n\u2019est qu\u2019un Verbe, cependant, nous avons d\u00fb partir de la figure\u00a0: dehors\/dedans, contenu\/contenant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour dire l\u2019Etant, une s\u00e9rie quelconque de nombres, nous avons d\u00fb demeurer dans le vocable et dans ses jeux, car le Plus et le Moins sont de tels mots d\u2019abord\u00a0; ils le redeviennent sans cesse, par le Positif ou le N\u00e9gatif, dans la polarit\u00e9, puis l\u2019accord et le d\u00e9saccord, le progressif et le d\u00e9gressif, l\u2019esp\u00e8ce (depuis l\u2019aspect) et le genre (depuis le joint), etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne pourrons dire le O\u00d9\u00a0? de la troisi\u00e8me question \u2013 une figure \u2013 sans nous fonder sur le nombre. Et, de fait, la troisi\u00e8me question se subdivise en ces quatre\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">O\u00f9, quand y a-t-il passage, N\u2019y a-t-il point passage\u00a0? Si je ne suis pas le ma\u00eetre du lieu\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou, si j\u2019en suis le ma\u00eetre, si j\u2019y suis libre\u00a0: qu\u2019est-ce que j\u2019y gagne\u00a0? Qu\u2019est-ce que j\u2019y perds\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la premi\u00e8re question, le topologue r\u00e9pond\u00a0: je passe dans la continuit\u00e9, la discontinuit\u00e9 m\u2019arr\u00eate (un barbel\u00e9, un ab\u00eeme).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la seconde, le comptable r\u00e9pond\u00a0: je perds dans le d\u00e9couvert (l\u2019ouverture, la casse), je gagne dans le recouvrement (la fermeture, qui sera une cache de quelque nature).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le topologue et le comptable ne sont que des syst\u00e9matiques, qui jouent pr\u00e9cis\u00e9ment des deux ensembles\u00a0: l\u2019ouverture (le discontinu), la fermeture (le continu).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-il bien vrai que le topologue ou l\u2019\u00e9lectricien saisissent l\u2019Ensemble en son entier\u00a0? Toute discontinuit\u00e9 brise-t-elle le passage\u00a0? est-il bien vrai que le comptable ou le commer\u00e7ant, l\u2019industriel le saisissent\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ouverture (le d\u00e9couvert) permet la d\u00e9couverte, qui est un plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fermeture (le recouvrement) impose la recouverture, l\u2019emprisonnement, qui est un moins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019inscription des fins comptables se fait un jour la fin des inscriptions, par la faillite du p\u00e8re ou par l\u2019incomp\u00e9tence du fils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019Ensemble de celui qui penserait \u00e0 l\u2019envers, le syst\u00e8me fini (la discontinuit\u00e9) ne pourrait-il ouvrir \u00e0 une autre d\u00e9livrance\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette fin n\u2019est-elle pas un retour\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Les domaines et les cycles<\/b> \u2013 Je peux dire que ma dur\u00e9e est mon domaine\u00a0: je ne passerai pas outre, ou bien il faudrait que quelque chose de moi, qui me serait tout \u00e0 fait \u00e9tranger, subsiste en d\u2019autres domaines, qui ne seraient pas miens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par del\u00e0 les passages (2, 5, 7), j\u2019ai sugg\u00e9r\u00e9 de tels domaines\u00a0: 5\/7, 11\/13, 17\/19. diff\u00e9remment, je pourrai les dire des temps, de la semaine si j\u2019atteins \u00e0 7, comme Mo\u00efse, les 11 de Mahomet ou les 13 des Mayas (les 12 zodiacaux), si je joue des mois, les 19 de Mo\u00efse et de Mahomet, jouant du Saros\u00a0: 19 ann\u00e9es lunaires \u00e9galent 18 ann\u00e9es solaires, le cycle qu\u2019un certain Meton aurait cr\u00e9\u00e9, au V<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 des domaines, les nombres premiers me donnent les s\u00e9jours des dieux\u00a0: depuis 17\/19, les 29\/31 de l\u2019autre mois, gr\u00e9gorien, puis les 41\/43 de <i>L\u2019Apocalypse<\/i>, que le multiplicateur, l\u2019Ana, r\u00e9duit en 18 (ann\u00e9es solaires), 30 jours (le mois moyen), les 42 combinaisons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On le notera tout de suite, ces 42 (6 x 7) seront pris par Jean pour les \u00ab\u00a0mois\u00a0\u00bb. Ils vaudront donc 1\u00a0260 \u00ab\u00a0jours\u00a0\u00bb, en\u00a0 prenant que le \u00ab\u00a0mois\u00a0\u00bb \u00e9gale 30 jours, et 3 \u00ab\u00a0ans\u00a0\u00bb et demi\u00a0: 7\/2.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les 7\/2 ans \u00e9galent 7 x 6 mois ou 7 x 180 jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ann\u00e9e comporte 12 mois et 360 (30 x 12) jours\u00a0: le jour est le degr\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e\/cercle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le jour \u00e9gale la Grande Ann\u00e9e, de 25\u00a0920 ans, la Grande Ann\u00e9e est le degr\u00e9 d\u2019un cercle de 9\u00a0331\u00a0200 ans. Mais il faudra attendre Newton, pour que ce compl\u00e9ment \u00e0 l\u2019Apocalypse de Jean y soit donn\u00e9. L\u2019heure double du jour, au 1\/12 du jour, vaut alors 2\u00a0160 ans. Il s\u2019agit de l\u2019heure ancienne, sum\u00e9rienne ou romaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est assez dire que, dans le moindre de ces calculs, comme dans le plus grand, le domaine demeure pris dans le Temps, comme un cycle, qu\u2019il s\u2019agisse de la semaine, du mois et du saros, ou de l\u2019heure double, du jour, du mois, ou du jour, du mois, de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il doit surprendre que tous ces calculs jouent du 3. C\u2019est que je ne puis traiter d\u2019un cycle, sans\u00a0 dire son contenu, son quantum, et son contenant. Toute Unit\u00e9 ne joue que de ces 3.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, qu\u2019est-ce qui d\u00e9finit le cycle, le caract\u00e9rise\u00a0? C\u2019est ce qui le reproduit, le recommence\u00a0: la mesure de son \u00e9tendue, son domaine propre. Ce peut \u00eatre les 12 ans de Jupiter, les 30 ans de Saturne, les 360 ann\u00e9es des Abraxas\u00a0: la conjonction parfaite entre les deux orbites\u00a0: 30 x 12.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, \u00e9galement, tout autres, les 12 heures doubles du cycle circadien (le jour), les 30 jours du mois, les 12 mois et 360 jours de l\u2019ann\u00e9e solaire. Sinon les 12 ann\u00e9es du cycle d\u2019activit\u00e9 solaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des moyennes, ces nombres, entre 11 et 13, 29 et 31, 357 et 365, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce seront de tout autres nombres si je traite le cycle comme un cercle de 360 degr\u00e9s, qu\u2019il est effectivement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jour sera le degr\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">l\u2019ann\u00e9e sera le degr\u00e9 de l\u2019Abraxas,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">72 ans le degr\u00e9 de la Grande Ann\u00e9e (25\u00a0920 ans),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">la Grande Ann\u00e9e le degr\u00e9 de 9\u00a0331\u00a0200 ans, qui se nombrent aussi (2e-3) au carr\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2 (e-3)<sup> 2<\/sup> \u2248 (2e &#8211; 3)<sup>2<\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2 x (2\u00a0160)<sup> 2<\/sup> =\u00a0 9\u00a0331\u00a0200 \u2248 (3\u00a0054)<sup> 2<\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u00e9tendue\u00a0 \u2013 sa mesure propre \u2013 est la seule r\u00e9alit\u00e9 qui localise le cycle, au terme. Mais, \u00e0 l\u2019inverse, l\u2019espace o\u00f9 se d\u00e9versent les constituants de ma dur\u00e9e (l\u2019\u00e9nergie\/masse) est la seule r\u00e9alit\u00e9 qui limite ma dur\u00e9e, un autre \u00ab\u00a0terme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les 4 ne sont plus l\u2019inventaire de Raymond Roussel\u00a0:<\/p>\n<table border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"205\">Quiproquo<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"205\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"205\">Extinction<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"205\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"205\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"205\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"205\">Etiquette<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"205\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"205\">Question<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ni les 4 que m\u2019imposent les \u00ab\u00a0passages\u00a0\u00bb\u00a0: le PAN, le PAT, le peuplement (de la rue), la rapidit\u00e9 (du vol) par l\u2019entretien ou le traitement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car le probl\u00e8me n\u2019est plus\u00a0: qu\u2019est-ce que c\u2019est\u00a0? ni\u00a0: comment c\u2019est\u00a0? mais\u00a0: o\u00f9 est-ce\u00a0? la figure devient\u00a0:<\/p>\n<table border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"205\">L\u2019\u00e9tendue<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"205\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"205\">Les espaces<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"205\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"205\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"205\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"205\">La dur\u00e9e<\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"205\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"205\">Les temps<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fin de l\u2019inventaire fait le retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L\u2019espace et le temps<\/b> \u2013 C\u2019est en d\u00e9cembre 1994, \u00e0 l\u2019I.U.T. de Nantes, que j\u2019ai donn\u00e9 cette conf\u00e9rence. J\u2019y ai pris conscience de telles contradictions et prolongements qu\u2019il m\u2019a fallu y donner suite, en f\u00e9vrier 95, \u00e0 Arles, par la conf\u00e9rence-spectacle\u00a0: <i>La Scandaleuse \u00c9lection<\/i>, et par un cours \u00e0 la Facult\u00e9 de Nantes, en avril, sur les sectes et les temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, si la dur\u00e9e et le cycle sont de m\u00eame nature \u2013 temporelle \u2013 il n\u2019est pas de communication entre eux. La dur\u00e9e de l\u2019objet (son existence) est sans rapport avec les cycles que l\u2019objet traverse, pour JE\/ l\u2019humain\u00a0: les respirations, les jours, les mois et les ann\u00e9es, \u00e0 la limite\u00a0: les cycles d\u2019activit\u00e9 solaire et les saros, et ceux qui le\u00a0contiennent, des Abraxas aux 9\u00a0331\u00a0200 ann\u00e9es, sinon aux 200 trillions d\u2019ann\u00e9es qui, selon Einstein, repr\u00e9sentent l\u2019orbite de la Lumi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019inverse, non seulement il n\u2019y a pas de rapport entre les \u00e9tendues de ces objets-ci et les espaces qui les s\u00e9parent, mais les uns sont les limites, les fins, des autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, si je dis les cycles et les \u00e9tendues statiques, immuables (tels qu\u2019en eux-m\u00eames), je devrai dire la dur\u00e9e et l\u2019intervalle\/espace mouvantes, dynamiques. Pour la dur\u00e9e, c\u2019est \u00e9vident\u00a0: elle cro\u00eet \u00e0 mesure qu\u2019elle existe ou vit, alors que sa \u00ab\u00a0dur\u00e9e restante\u00a0\u00bb se r\u00e9duit, inversement au m\u00eame rapport (son \u00e9nergie, sa facult\u00e9 combinatoire), depuis son unit\u00e9\u00a0: 1, jusqu\u2019\u00e0 (e-1) si j\u2019exclus cette unit\u00e9, ou jusqu\u2019\u00e0 ( e ) si je ne l\u2019exclus pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est moins \u00e9vident que l\u2019espace\/intervalle soit dynamique, mouvant. C\u2019est m\u00eame une th\u00e9orie toute r\u00e9cente qui donne \u00e0 l\u2019espace ce pouvoir de transformation, dans le sens toujours de l\u2019\u00e9largissement, du gonflage, puisque l\u2019\u00e9tendue d\u2019un corps se r\u00e9duit toujours dans le sens du refroidissement ou de la vieillesse. D\u00e9nu\u00e9e d\u2019\u00e9nergie\/masse (le composant de la lumi\u00e8re est une forme vide\u00a0: le photon), la longueur d\u2019onde ou l\u2019\u00e9tendue d\u2019une couleur ne peuvent se modifier elles-m\u00eames\u00a0: le d\u00e9placement de cette couleur en une autre, ou l\u2019\u00e9tendue de l\u2019enfant en celle de l\u2019adulte, celle de l\u2019adulte en celle du vieillard par l\u2019action de ce qui les s\u00e9parent les unes ou l\u2019un des autres. Les espaces sont donc en perp\u00e9tuel mouvement\u00a0: dans le sens du \u00ab\u00a0pli\u00a0\u00bb, qui \u00e9largit (une \u00ab\u00a0fronce\u00a0\u00bb alors) ou qui r\u00e9duit et referme (jusqu\u2019au cercle).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le simple cycle de la respiration, l\u2019expiration ajoute de l\u2019air \u00e0 ce qui m\u2019entoure, l\u2019espace qui me s\u00e9pare des autres corps. L\u2019inspiration reprend cet air, et r\u00e9duit d\u2019autant plus l\u2019\u00e9nergie\/masse r\u00e9pandue dans l\u2019espace (mon en-dehors). Ce qui est vrai \u2013 ou plut\u00f4t r\u00e9el \u2013 de cette pulsion, port\u00e9e au PAT dans le combat devient le moteur de l\u2019univers, consid\u00e9r\u00e9 comme ce PAT (la charge et la d\u00e9tente de W. Reich). Mais toute \u00e9tendue comporte ses 4 cardinaux. C\u2019est alors le d\u00e9placement, des couleurs ou des \u00e2ges, au carrefour, dans le PAN, que commande la pression qui me porte vers l\u2019orient ou l\u2019occident, le sud ou le nord.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On parlera de \u00ab\u00a0densit\u00e9\u00a0\u00bb pour dire le rapport entre la pression et le volume d\u2019un corps (son \u00e9tendue). Mais qu\u2019est-ce qui dira le rapport entre la pulsion et la dur\u00e9e\u00a0? Le premier rapport est de la comp\u00e9tence du technicien, d\u2019<i>ana<\/i>\u00a0: il demeure syst\u00e9matique. Le second est de la comp\u00e9tence de <i>meta<\/i>, de l\u2019\u00e9lu\u00a0: son domaine est l\u2019ensemble \u2013 et qu\u2019est-ce que cela veut dire, traitant de l\u2019O\u00f9\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019est-ce que l\u2019\u00e9lection\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Ana et Meta<\/b> \u2013 Ces vocables ont dit le plusieurs et l\u2019un, afin de r\u00e9pondre \u00e0 la premi\u00e8re question\u00a0: qu\u2019est-ce que cela\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ont dit le traitement et l\u2019entretien, transitifs ou intransitifs, pour r\u00e9pondre \u00e0 la deuxi\u00e8me\u00a0: comment est-ce\u00a0: \u00eatre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peuvent-ils r\u00e9pondre \u00e0 la troisi\u00e8me question\u00a0: o\u00f9\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous le savons maintenant, ce sera au terme (fin ou vocable) du processus \u00ab\u00a0dur\u00e9e-espace\u00a0\u00bb, direct, ou de l\u2019inversion\/pr\u00e9cession \u00ab\u00a0cycle-\u00e9tendue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au point exact o\u00f9 l\u2019inventaire des restes, au-del\u00e0 des fins, se fait le terme dont L\u00e9on Bloy proclame que ce \u00ab\u00a0terminus\u00a0\u00bb est en m\u00eame temps une \u00ab\u00a0t\u00eate de ligne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet inventaire est un \u00ab\u00a0salaire\u00a0\u00bb, ce retour une reproduction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou bien ce reste, selon Heidegger, est le chemin\u00a0 par o\u00f9, de la forme vide, JE revient au vocable, au signe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Salaire\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0reproduction\u00a0\u00bb se disent tous deux <i>mouture<\/i>. \u00ab\u00a0Reste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0remblai\u00a0\u00bb se disent tous deux <i>relief<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais un mot dit le recueil des restes, leur relation finale\u00a0: <i>ana<\/i>. Et un mot dit le retour autour du point proprement terminal, une borne dress\u00e9e au tournant de la piste ou du stade romain\u00a0: <i>meta<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ana dit les deux moutures, ce sont les deux reliefs que dit meta.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou, du moins, c\u2019est ce que donne \u00e0 croire l\u2019opposition irr\u00e9m\u00e9diable entre l\u2019homme de foi (le religieux), qui n\u2019appr\u00e9hende que le vestige et le tournant \u2013 et l\u2019homme de raison (le savant), pour qui ne sont en effet que l\u2019inventaire (le salaire) ou la reproducton.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais une approche plus circonstanci\u00e9e des mots y op\u00e8re de tout autres transpositions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019inventaire est l\u2019\u0153uvre du savant ou de l\u2019ouvrier (son salaire), la copie, la reproduction est le premier travail du copiste, du fonctionnaire, de l\u2019\u00e9lu quel qu\u2019il soit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le remblai indique, impose le chemin du retour (du r\u00e8gne pour le fils de roi, de la fonction pour le fonctionnaire), le savant, l\u2019homme du syst\u00e8me est bien contraint de reconna\u00eetre l\u2019existence d\u2019un reste, d\u2019un vestige. Il nommera ce relief l\u2019exception \u2013 sur laquelle un nouveau syst\u00e8me se fondera.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces 4\u00a0: les deux moutures, les deux reliefs, exigent de nouveau les 3, ou les 5, les 7, etc. O\u00f9 cela\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jouant de l\u2019UN, nous avons dit les montures, qui ouvrent aux 2\u00a0: ench\u00e2ssement\/coursier \u2013 et la parade, qui ouvre aux 3\u00a0: parures, parade, parage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par les 3 dimensions, aspects, et par les 2 d\u00e9lits (exc\u00e8s\/manque), ces 5 me permettaient de dire les dispositions de l\u2019UN et des plusieurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Traitant les 2 \u00ab\u00a0m\u00a0\u00bb(moyen\/moyenne), j\u2019ai retrouv\u00e9 les 2 et les 4\u00a0: les traitements, les entretiens. Mais aussi les 3 sens, du signe (s\u00e9mantique), de l\u2019appareillage directionnel\/pr\u00e9cessionnel (nombr\u00e9), du seuil (toujours figur\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pairs ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les multiples d\u2019une part, depuis les pairs &#8211; et les nombres premiers de l\u2019autre (depuis quoi\u00a0?).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, d\u00e9j\u00e0, aux 3 sens s\u2019adjoignaient les 3 croix\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">cardinale dans le signe\u00a0: entre les cardinaux (l\u2019horizontal et le vertical)\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">mutante en une constante anamorphose, de l\u2019anal\u00e8me (la double ellipse) et du palindrome (le cercle). De la lecture et de l\u2019acte, du change et du maintien\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">fixe, dans la figure, au seuil\u00a0: le continu et le discontinu, le profit et la perte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Consid\u00e9rant la forme vide ou tentant de r\u00e9pondre \u00e0 la question\u00a0: O\u00f9\u00a0? les 3 ne me font pas d\u00e9faut\u00a0: les dimensions (1, 2, 3), les passes (3, 5 ou 7) et les domaines, les lieux o\u00f9 se situent les croix, les points de jonction entre le contenant et le contenu, le plus et le moins, le continu et le discontinu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, si les 4 doivent \u00eatre les 2 moutures, les 2 reliefs, ils me d\u00e9\u00e7oivent. En l\u2019absence d\u2019un vocable-verbe (l\u2019Unit\u00e9 perdue, puisque la forme vide ne contient rien), ils ne sont que des jeux de mots.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019argumenterai que ces 4 sont <i>la<\/i> et <i>le<\/i> pendule, si je joue des sexes (unis ou d\u00e9sunis), des genres sexuels\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">du <i>ce pendant<\/i> et de <i>ce pendu,<\/i> ou de l\u2019inventaire et du vestige, si je joue des monnaies, des valeurs, des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pendule est un cercle. Ferm\u00e9e, elle ouvre au retour (remblai) et \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition (mouture).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pendule est un triangle. Il joue de ces 3\u00a0: le support, l\u2019oscillation, le terme ou la terminaison de l\u2019oscillation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce pendant dit le simultan\u00e9, comme d\u2019un cycle dans l\u2019autre\u00a0: le jour dans le mois, le mois dans l\u2019ann\u00e9e, sinon la vie du fils et celle du p\u00e8re, pendant un certain temps. Ce pendu dit le successif, car le vestige suit l\u2019apog\u00e9e. Du supplice m\u00eame il reste un ultime squelette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Les transpositions<\/b> \u2013 Parlant de l\u2019Unit\u00e9 (l\u2019Arbre) et des plusieurs (les composants de l\u2019arbre ou la for\u00eat), j\u2019ai d\u00fb dire les rapports complexes de ceux-ci \u00e0 celui-l\u00e0, ou du premier aux seconds, je les ai nomm\u00e9s des \u00ab\u00a0dispositions\u00a0\u00bb, de localisation et de tendance, que diversifient les \u00ab\u00a0passages\u00a0\u00bb, soit des plusieurs vers l\u2019un, soit de l\u2019un vers les plusieurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, ces passages me sont apparus comme une continuit\u00e9 (le fil) ou une discontinuit\u00e9 (des d\u00e9fil\u00e9s) \u2013 le peuplement d\u2019une rue ou la vitesse d\u2019un vol, si je traite de l\u2019UN, d\u2019un combat (le PAT) ou d\u2019un carrefour (le PAN) si je joue de plusieurs passants ou de plusieurs directions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne m\u2019en est plus rest\u00e9 que la notion de combinaison, de groupage, de combinatoire, et la notion de courbe de Gauss, d\u2019inclinaison (vers le haut ou vers le bas), contenues toutes deux dans le mot\u00a0: d\u00e9clinaison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Poursuivant vers la Forme Vide, \u00e0 l\u2019opposite de l\u2019Unit\u00e9, les nombres se sont faits figures, le + et le \u2013 ouverts \u00e0 la polarit\u00e9 (l\u2019union, la d\u00e9sunion) et, finalement, le profit et la perte, le positif et le n\u00e9gatif (plus grand ou plus petit que 0).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour dire la forme vide ou pure, il me faut partir de cette ouverture et de cette fermeture et tenter de les \u00e9quivaloir aux + et au -, d\u2019o\u00f9 je sors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Laquelle est un +, laquelle un &#8211;\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question semble simple, quand elle est insoluble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019homme du syst\u00e8me, le technicien, le jaque, l\u2019ouvrier dit que le continu fait le passage et que le discontinu ferme le passage (ou que le courant ne passe plus). L\u2019ouverture compl\u00e8te (le d\u00e9couvert) fait la casse pour le comptable ainsi que pour l\u2019\u00e9lectricien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l\u2019homme de l\u2019image, l\u2019\u00e9lu, le fils de roi, le distingu\u00e9 (un simple fonctionnaire en sa fonction) dit que la porte ouverte fait le passage, ferm\u00e9e l\u2019interdiction de passer. C\u2019est le d\u00e9couvert qui fait la d\u00e9couverte, quand la r\u00e9ouverture fait la cache. C\u2019est la distinction des images qui permet la vision, des couleurs, des aspects.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019homme de raison, le syst\u00e9matique, a recherch\u00e9 le joint final, jouant des genres, mais il ne l\u2019atteint pas. \u00c0 la limite, cet algorithme universel est le n\u00e9ant\u00a0: sa propre mort (qui sera pour lui la mort universelle).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019inverse, le distingu\u00e9, un jour cesse de percevoir l\u2019ultime aspect. La lettre m\u00eame qui l\u2019\u00e9lisait, le distinguait, ne lui a pas \u00e9t\u00e9 remise, d\u00e9livr\u00e9e\u00a0; ou elle lui demeure inintelligible, comme chez Poe, Melville, Courteline et Kafka. la mari\u00e9e est pendue, ou bien elle s\u2019est pendue, selon les Machines C\u00e9libataires. Ou, selon Roussel, l\u2019UN (selon Lacan le sympt\u00f4me) demeure \u00e9tranger au-del\u00e0 ou en de\u00e7\u00e0 de l\u2019image, ce quiproquo, et du symbole, cette \u00e9tiquette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car l\u2019ouvrier n\u2019atteint qu\u2019au jaquemart, \u00e0 l\u2019automate, l\u2019informatique \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire la mouture\/reproduction. Au vain\u00a0 relief\/vestige.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parti de la feinte \u00e9lection\/suffrage, l\u2019\u00e9lu recherchera toujours la lettre qui l\u2019a \u00e9lu. \u00c0 moins qu\u2019il n\u2019imagine la d\u00e9couvrir dans l\u2019inventaire, dans la pluralit\u00e9 majoritaire des voix, des \u00e9lecteurs, des complexifications sans nombre \u00e0 l\u2019infini \u2013 des syst\u00e8mes. Le relief\/remblai n\u2019indique qu\u2019une route, ou, pour mieux dire un d\u00e9fil\u00e9, des drapeaux, entre les montagnes le chas, si le trou de l\u2019aiguille lui est demeur\u00e9 ouvert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lettre perdue, l\u2019enfant trouv\u00e9 sont de l\u2019UN\u00a0: ses deux d\u00e9lits. Soit le manque d\u2019aspect, soit l\u2019exc\u00e8s de joint\u00a0: la parade, la monture. Du ressort des dispositions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019inventaire, vers l\u2019indivis, par l\u2019\u00e9lection, le r\u00e9signement \u2013 et le seuil, depuis le signe, par l\u2019accumulation, la multiplication, sont de la Forme Vide, qui ne contient plus rien, contenue en tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette Forme Vide n\u2019est pas un\u00a0 cercle, que nombrerait p, mais on peut lui donner pour valeur les 10 p ou 31,416. la v\u00e9ritable borne ou <i>meta<\/i> du Ma\u00eetre \u00e9lu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle n\u2019est ni \u00ab\u00a0e &#8211; 1\u00a0\u00bb ni \u00ab\u00a0e\u00a0\u00bb, mais on la nombrera \u00ab\u00a010 e &#8211; 1\u00a0\u00bb, puisque l\u2019UN n\u2019y est plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus exactement, on nommera \u00ab\u00a0aller\u00a0\u00bb le nombre \u00ab\u00a010 e \u2013 1\u00a0\u00bb ou sa fin, l\u2019inventaire, l\u2019ana. Depuis le nombre \u00ab\u00a0e \u2013 1\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On nommera 10p le d\u00e9but du retour, vers p\/4, le terme des couleurs et des aspects.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">10p = 12Q<sup>2<\/sup> (Q est le nombre d\u2019Or)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">10e \u2013 1 = 10Q<sup>2<\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Forme Vide est, de fait, ce qui s\u00e9pare 12Q<sup>2<\/sup> de 10Q<sup>2 <\/sup>\u00a0= 2Q<sup>2<\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est un triangle (selon Jarry, une \u00ab\u00a0pyramide droite\u00a0\u00bb). Un triangle rectangle et isoc\u00e8le dont les c\u00f4t\u00e9s valent Q et la base Q\u00d62, selon Pythagore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Q au carr\u00e9 + Q au carr\u00e9 = 2Q<sup>2<\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c\u2019est aussi, bien s\u00fbr, un\u00a0 cercle, puisque Q<sup>2<\/sup> = 5p\/6.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2Q<sup>2<\/sup> = 5p\/3. C\u2019est la circonf\u00e9rence d\u2019un cercle dont le rayon \u00e9gale 5\/6. Ou la surface d\u2019un cercle dont le rayon \u00e9gale \u00d6(5\/3), ou \u00d61,66.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1,66 est la moyenne entre Q et (e \u2013 1). Sa racine est 1,29, moyenne entre \u00d65 \u2013 1 et \u00d6(e\u2013 1). Etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0l\u2019important est ici la transposition de l\u2019inventaire au seuil, ou d\u2019ana \u00e0 meta (l\u2019anthologie, la borne).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ce point diff\u00e9rente de la disposition et de la d\u00e9clinaison qu\u2019il nous faut bien parler d\u2019un <i>niveau<\/i> diff\u00e9rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ce niveau, nous parlerons de \u00ab\u00a0traductions\u00a0\u00bb dans le sens des symboles, et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, de \u00ab\u00a0versions\u00a0\u00bb, comme d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re en sa langue propre\u00a0; mais d\u2019investissements, et de th\u00e8mes, de sa langue \u00e0 l\u2019\u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les versions jouent des soulagements\u00a0: \u00e9claircissement\/\u00e9ducation, support et d\u00e9robade, les investissements jouent des th\u00e8mes\u00a0: \u00e9lection, mise et prise\u00a0: je m\u2019investis, ou je me sais \u00e9lu, j\u2019investis mon bien dans le faire, dans l\u2019affaire (le cheval dans Troie ou le bijou dans le sac de Benjamin), j\u2019investis, je prends Troie ou l\u2019Egypte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La r\u00e9ponse<\/b> \u2013 \u00c0 coup s\u00fbr, le po\u00e8me de Poe, traduit par Mallarm\u00e9, ne redonnera pas, traduit en anglais, le po\u00e8me de Poe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ni la ville ni le pays conquis ne sont vraiment des prises, mais Troie sera d\u00e9truite, les tribus de Jacob devront quitter l\u2019Egypte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ni le soulagement ne sourd d\u2019une d\u00e9livrance\u00a0; elle demeure toujours menac\u00e9e, ni la d\u00e9livrance ne sera obtenue par un soulagement, toujours contredit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne passent r\u00e9ellement, n\u2019existent que le travail de la traduction, ou le manipule provisoire (achev\u00e9 pour un r\u00e9sultat\u00a0: son ach\u00e8vement), sinon le fil \u2013 esp\u00e9r\u00e9 \u2013 du soulagement, les d\u00e9fil\u00e9s de la d\u00e9livrance dans les passages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question reste pos\u00e9e\u00a0: o\u00f9 puis-je dire que cela est\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais les r\u00e9ponses aussi demeurent supendues, \u00e0 la \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb de l\u2019interrogeant. Pour l\u2019un cela existe dans l\u2019inventaire (ou des passages ou des moyens). Pour l\u2019autre cela existe autour de la borne, de meta, quand\u00a0 cela tourne. Ce dedans et ce dehors, tout invers\u00e9s, se retrouvent, nous le savons, dans l\u2019Un.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si j\u2019en fais un passage (un moyen, une moyenne), ce ne seront plus seulement le traitement et l\u2019entretien, mais des lieux, des s\u00e9jours, qu\u2019il reste \u00e0 dire et o\u00f9 cela existe encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le d\u00e9but de cet ouvrage, avant m\u00eame que de dire l\u2019Un et les plusieurs, l\u2019arbre et la for\u00eat, j\u2019ai oppos\u00e9 l\u2019art, ses images, \u00e0 la philosophie, \u00e0 ses symboles\u00a0; puis j\u2019ai sugg\u00e9r\u00e9 le sympt\u00f4me de Lacan, le psychanalyste, entre les r\u00eaves du po\u00e8te et la machine du philosophe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais j\u2019ai retard\u00e9 autant que je l\u2019ai pu l\u2019opposition\u00a0: science\/religion dans l\u2019incertitude pr\u00e9alable\u00a0: de l\u2019imagerie et de la symbolique laquelle est religieuse, laquelle scientifique\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant nous avons cette certitude\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">toute science est d\u2019ana, de sa pluralit\u00e9, de ses processus, de l\u2019inventaire final que le vocable nomme\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">toute religion sera m\u00e9taphysique\u00a0: par l\u2019Unit\u00e9 m\u00eame dont elle traite, par ses nombres (3, 5, 7) et sa m\u00e9tachronologie (une liturgie le plus souvent), par sa finalit\u00e9 ou son d\u00e9part\u00a0: une borne en\u00a0 bout de course, autour de laquelle le temps se retourne en cycle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il devrait devenir inutile de dire lequel des deux vocables joue de l\u2019imagerie, lequel de la symbolique. Concr\u00e9tis\u00e9e ou non, la borne est une image, et le premier m\u00e9tagramme aussi\u00a0; la m\u00e9taphore en est une.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Abstraits ou non, les ana ne sont que des recueils de symboles, de principes moraux, d\u2019adages, de proverbes qu\u2019on dira v\u00e9rifi\u00e9s. Les anagrammes et anastrophes, resteront abstraits, m\u00eame s\u2019ils ne sont que grammaticaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La science de l\u2019anatomie ouvre \u00e0 celle de l\u2019atome (chez le Grec et l\u2019Hell\u00e9nistique comme chez le Musulman et l\u2019Europ\u00e9en du si\u00e8cle dernier).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le refus pr\u00e9alable de symboles diff\u00e9rents s\u2019est toujours nomm\u00e9 l\u2019anath\u00e8me, qu\u2019il soit du scientiste religieux\u00a0: le dominicain scolastique, ou du \u00ab\u00a0savant\u00a0\u00bb qui condamna d\u2019abord l\u2019authentique d\u00e9couvreur\u00a0: Boucher de Perthes, Kammerer, Wagner et tous les autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, bien s\u00fbr, le croyant n\u2019avouera pas que sa religion se fonde sur des images. Il se veut autre chose qu\u2019un artiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et si le savant admet qu\u2019il ne joue que des symboles, il ne donnera pas au mot le sens &#8211; beaucoup plus modeste \u2013 que le philosophe lui donne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est que l\u2019artiste et le philosophe n\u2019ont pas honte de leurs supports, assez proches encore de l\u2019UN, du sympt\u00f4me, pour ne pas ignorer ses d\u00e9lits. Mais le religieux et le savant naviguent, gravitent autour de la Forme Vide. Ils tiennent d\u2019autant plus \u00e0 leurs divagations qu\u2019ils n\u2019en ignorent pas la fragilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est aussi, c\u2019est surtout que le 4 n\u2019existe pas, ni comme nombre premier ni comme dimension. De ces 4\u00a0: l\u2019art et la philosophie, la religion et la science, l\u2019un n\u2019est qu\u2019une abstraction, un vide, dont chacun pr\u00e9tendra qu\u2019il contient les trois autres, qu\u2019il les surmonte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Le po\u00e8te admet que son art est une philosophie, une science, une religion\u00a0; et le philosophe digne de ce nom, Platon ou Kant, n\u2019ignore pas que sa philosophie est art, science, religion. Mais le savant m\u00e9prise les trois autres\u00a0: lui seul d\u00e9tient la V\u00e9rit\u00e9\u00a0; et le religieux, toujours, se dispose \u00e0 juger, condamner, proscrire Baudelaire ou Galil\u00e9e, Bo\u00e8ce, etc. Au nom du Bien ou de la Vertu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand quelqu\u2019un glorifie la science ou la religion, qu\u2019on le veuille ou non, l\u2019ab\u00eeme est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il reste que, sans une religion, une foi, il n\u2019est pas d\u2019art\u00a0: ni les chants d\u2019Hom\u00e8re ni les cath\u00e9drales. Si la foi est faible (raisonn\u00e9e), elle ne donne que la Tour Eiffel ou les pyramides de Buren.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il reste que, sans la science, une philosophie demeure inapplicable\u00a0: trop de divagations philosophiques le prouvent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si tout art est le terme d\u2019une religion (son mot-ma\u00eetre), toute science est le terme d\u2019une philosophie (sa fin).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Les niveaux de la r\u00e9ponse<\/b> \u2013 le 2 est l\u2019un des trois premiers nombres premiers ou l\u2019une des trois dimensions. Mais c\u2019est aussi le fondement des nombres pairs, les plus nombreux des multiples.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-ce pourquoi nous retrouvons ce nombre \u00e0 tous les stades de cette unit\u00e9\u00a0?\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 limite de l\u2019Un et m\u00eame, en \u00d62\/5, mesure du degr\u00e9 de libert\u00e9, entre p\/4 et \u00d6(T-1)\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 d\u00e9doubl\u00e9 (2 x 2) dans les passages ou les 4 acceptions de traitement et d\u2019entretien\u00a0; ou dans les jeux induits\/d\u00e9duits de \u00ab\u00a0e\u00a0\u00bb et de \u00ab p\u00a0\u00bb, autour du 3\u00a0; jusqu\u2019aux m\u00eames jeux autour de 30\u00a0: 10p ou p<sup>3<\/sup> et \u00ab\u00a010 e \u2013 1\u00a0\u00bb, ou 12Q<sup>2<\/sup> et 10Q<sup>2<\/sup>, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 abouti dans la dialectique de la Forme Vide, ouverte ou ferm\u00e9e (dans la deuxi\u00e8me dimension l\u2019une, dans la troisi\u00e8me dimension l\u2019autre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Traitant de cette dialectique constante ou renouvel\u00e9e, Karen Blixen,dans sa fable\u00a0: <i>Une histoire consolante<\/i>, a donn\u00e9 cette unique image des dialectiques\u00a0: vie\/mort, m\u00e2le\/femelle, riche\/pauvre\u00a0; deux boites ferm\u00e9es \u00e0 cl\u00e9, qui contiennent, chacune, la cl\u00e9 de l\u2019autre bo\u00eete.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De fait, au terme de la vie ou dans la Forme Vide, les deux d\u00e9lits de l\u2019Unit\u00e9\u00a0: l\u2019aspect et le joint, sont devenus l\u2019esp\u00e8ce et le genre de l\u2019artiste et du philosophe (scolastiques), puis la sp\u00e9cialit\u00e9, la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, et pour finir\u00a0: les esp\u00e8ces mon\u00e9taires d\u2019une part, les genres sexuels de l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je joue de la\u00a0monnaie, je trouverai les machines de Gallus et de Marx, fond\u00e9es sur les deux concepts\u00a0: consommation, production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, le producteur \u2013 l\u2019ouvrier, le prol\u00e9taire \u2013 sera l\u2019enfant trouv\u00e9, le jaque, ne tendra qu\u2019au jacquemart, l\u2019automate, puis l\u2019ordinateur, par une science quelconque (s\u00e9mantique, biologie et technobiologie, astrophysique). Parti du joint, du genre, il n\u2019aspire qu\u2019\u00e0 la sp\u00e9cialisation, dont le terme est toujours l\u2019esp\u00e8ce mon\u00e9taire\u00a0: le nouveau symbole p\u00e9cuniaire, qui le situe finalement entre les deux extr\u00eames de la valeur de production et de la valeur de consommation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c\u2019est le consommateur, l\u2019\u00e9lu, qui prend sa suite, comme l\u2019\u0153uvrier l\u2019avait souhait\u00e9\u00a0: fils de roi ou bourgeois, Nomenklatura, le monde des fonctionnaires ou le palier de la \u00ab\u00a0sin\u00e9cure\u00a0\u00bb, car le fonctionnaire ne rapporte rien, sa seule fonction est la copie ou la relation affabul\u00e9e du journaliste, de l\u2019homme de lettres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de la Machine, depuis l\u2019enfant trouv\u00e9, au-del\u00e0 de l\u2019UN, \u00e0 la lettre perdue avant l\u2019UN.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, si je joue du sexe, je partirai de la naissance l\u00e9gale, r\u00e9elle (ou du f\u0153tus, du g\u00e8ne), pour atteindre, dans l\u2019enti\u00e8ret\u00e9, \u00e0 l\u2019extinction, \u00e0 la mort certaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sera par un chemin d\u00e9termin\u00e9, vers l\u2019Ouest, que le g\u00e8ne sera devenu l\u2019adolescent, au terme de son adolescence\u00a0; puis l\u2019adulte, engag\u00e9 dans la voie de la mort, vers l\u2019Est.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que sont ici les sexes\u00a0? Le m\u00e2le et la femelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vide au d\u00e9part, la femelle produit (elle porte en se remplissant)\u00a0;\u00a0 elle met au jour, et c\u2019est le nouvel objet, en ses aspects nouveaux. Son chemin peut \u00eatre dit celui de l\u2019<i>animus<\/i>. Son projet est une mosa\u00efque d\u2019aspects, une \u00ab\u00a0tapisserie\u00a0\u00bb\u00a0; mais, si le m\u00e2le ne l\u2019a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, sa tapisserie est \u00e0 refaire chaque jour\u00a0: elle ne fait pas l\u2019enfant\u00a0: le drame de P\u00e9n\u00e9lope, puis de toutes les vierges folles, depuis Sarah, avant que Tobie n\u2019ait domestiqu\u00e9 ses d\u00e9mons, ou Yseult ou Juliette, priv\u00e9es de Tristan, de Rom\u00e9o (H\u00e9lo\u00efse d\u2019Abelard, Chim\u00e8ne du Cid, etc).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plein au d\u00e9part, le sexe m\u00e2le semble destin\u00e9 \u00e0 se vider dans la femelle. Mais, sur le plan de l\u2019\u00e9motion (de l\u2019inclination \u00e0 la passion), le destin du m\u00e2le est de se perdre \u00e0 la femelle, de se \u00ab\u00a0tapir\u00a0\u00bb en elle\u00a0: l\u2019obsession de l\u2019<i>anima<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En cet instinct de \u00ab\u00a0tapissement\u00a0\u00bb, Ulysse va d\u2019\u00eele en \u00eele (12) et le Faustroll de Jarry de m\u00eame (les \u00eeles sont 13, mais la treizi\u00e8me est la premi\u00e8re). Don Juan va de femme en femme, jusqu\u2019\u00e0 la sienne\u00a0: Elvire, que son refus de l\u2019anima le pousse \u00e0 refuser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la fin, Abelard est ch\u00e2tr\u00e9, Tristan fou, Rom\u00e9o un mort et Juan emport\u00e9 par la main de marbre ou le squelette du Commandeur. Le vainqueur du Taureau, Th\u00e9s\u00e9e, \u00e9pouse la fille du Taureau\u00a0: Ph\u00e8dre. Combien\u00a0 d\u2019amours ont tu\u00e9 les Rois, depuis Louis XVI \u00e0 Edouard VII, par Rodolphe\u00a0? Tant d\u2019anima r\u00e9ussies et d\u2019anima trahis, rejet\u00e9s\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la dialectique de la forme vide, du \u00ab\u00a0terminus\/t\u00eate de ligne\u00a0\u00bb, dois-je donc donner ces termes\u00a0: la production et la consommation, le tapissement et la tapisserie\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sait qu\u2019il y en aura bien d\u2019autres, car la Forme Vide exclut le Verbe,\u00a0 qu\u2019elle ne contient pas. Mais, jouant des sexes, ce sera toujours ou l\u2019animus ou l\u2019anima (la tapisserie, le tapissement)\u00a0; jouant de la monnaie, ce sera d\u2019abord une valeur de production et une valeur d\u2019\u00e9change, pour une consommation accrue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car les temps vides, akkadiens, hell\u00e9nistiques, modernes, ne savent plus rien de l\u2019Unit\u00e9, de l\u2019union ou du co\u00eft (et plus rien du sympt\u00f4me). Ils ne connaissent que le sexe et le fric. Tous les probl\u00e8mes que posent la science (\u00e9conomique, utilisable) et la religion (dogmatique, fig\u00e9e) s\u2019y fondent &#8211; \u00e0 l\u2019exception de la vaine recherche du Mot\/verbe\u00a0: informatique, virtuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ces dialectiques, encore, le 2 a surv\u00e9cu\u00a0: entre les 10 p et les 10 e-1\u00a0: les 2Q<sup>2<\/sup>, ou leur racine\u00a0: Q\u00d62.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que nous reste-t-il\u00a0? Les niveaux, qui ont men\u00e9 des dimensions aux passes (les fractales), des phases passag\u00e8res aux domaines, aux bo\u00eetes de Karen Blixen, ou de Lorenz, de la Gestalform, de Laborit, de Resnais (son film\u00a0: <i>Mon Oncle d\u2019Am\u00e9rique<\/i>)\u00a0; de l\u2019affection de Spinoza \u00e0 l\u2019affectation sociale d\u2019aujourd\u2019hui, ou de la sym\u00e9trie \u00e0 la simulation, au simulacre (le masque et le r\u00e9flexe \u00e0 vide de Lorenz), si l\u2019homme, JE, n\u2019est rien qu\u2019un animal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un animal relationel et projectif, m\u00e2le ou femelle, qui n\u2019agit que pour le \u00ab\u00a0plus avoir\u00a0\u00bb ou le \u00ab\u00a0moins avoir\u00a0\u00bb contre le jeu, contraire, de la production. Car le sperme, le g\u00e8ne, le f\u0153tus, l\u2019enfant, le \u00ab\u00a0produit\u00a0\u00bb demeure condamn\u00e9 ici, par le p\u00e9d\u00e9raste et la lesbienne (les homosexualit\u00e9s), par la pilule contraceptive, l\u2019avortement, le passage de l\u2019ouvrier au fonctionnaire, du po\u00e8te \u00e0 l\u2019homme de lettres, de Van Gogh au peintre du dimanche, de la cath\u00e9drale \u00e0 Eiffel \u2013 du tapissement sordide \u00e0 la tapisserie inachev\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais voil\u00e0 qu\u2019on a d\u00e9bord\u00e9 de l\u2019Objet UN, de ses d\u00e9lits, \u00e0 la pluralit\u00e9, aux relations\/rapports, aux constantes des divergentes (les moyennes) et des convergentes (les sommations), aux sexes ou \u00e0 la monnaie, sans quitter le genre et l\u2019esp\u00e8ce, meta ou ana. De la jonction (la coagulation de l\u2019alchimiste) \u00e0 la disjonction (la divergence, la complexification, l\u2019\u00e9parpillement, la dispersion), comme du chaud au froid, ou de la vie \u00e0 la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quel serait ce point, O\u00d9 la voie entropique s\u2019inverse, la borne ou le meta, o\u00f9 le terminus se ferait la t\u00eate de ligne, selon L\u00e9on Bloy\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 quel niveau\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019inversion de l\u2019Unit\u00e9 (de l\u2019image au symbole) ne nous est claire que parce qu\u2019elle se situe dans l\u2019UN, en l\u2019\u00catre, en JE\u00a0: exactement de l\u2019\u00e9tendue \u00e0 la dur\u00e9e. Tout animal \u00e9prouve \u2013 \u00e0 d\u00e9faut de le conna\u00eetre \u2013 ce moment o\u00f9 l\u2019enfant, le petit, se fait adulte, un grand. Et tout \u00e9lu, de m\u00eame, le point o\u00f9 la couleur, la lettre, le signifiant se perd, qui d\u2019avance l\u2019a \u00e9lu. C\u2019est l\u2019oreille attentive \u2013 plut\u00f4t que l\u2019\u0153il ouvert \u2013 qu\u2019il va choisir de progresser, de note en note, de rythme en rythme, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019effrayant cri du <i>Si<\/i>, \u00e0 l\u2019autre instant &#8211; de la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, au c\u0153ur de la Forme Vide, qu\u2019est-ce qui s\u2019inverse\u00a0? Comment\u00a0? O\u00f9\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi donc\u00a0? L\u2019\u00e2me de l\u2019\u00e9lu, du ma\u00eetre\u00a0? Quelle partie en l\u2019\u00e2ne\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment\u00a0? Par l\u2019inventaire d\u2019ana, la rotondit\u00e9 de meta\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la fronce qui double le courbe \u2013 ou le triangle (de la p\u00e9riode au cycle)\u00a0? Dans le pli, bient\u00f4t referm\u00e9, qui transforme l\u2019anal\u00e8me ou la bande de M\u0153bius (de Platon) dans le cercle unique du palindrome\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je traite des sexes, serait-ce le point o\u00f9 la femelle \u2013 la productrice \u2013 deviendrait un m\u00e2le (\u00e9lue en tant que m\u00e8re) par cet animus accompli\u00a0: l\u2019enfant, que sa fonction, d\u00e8s lors, sera de modeler \u2013 tout le temps d\u2019enfance \u2013 \u00e0 l\u2019image parentale de la race, de la tribu, de l\u2019abstraite soci\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Serait-ce le point o\u00f9 le m\u00e2le, se cloisonnant en sa femelle, s\u2019y tapissant, r\u00e9p\u00e8terait en effet, par la chasse ou la qu\u00eate assouvie de l\u2019anima, tenterait par un co\u00eft maniaquement reproduit, de donner \u2013 \u00e0 jamais \u2013 d\u2019autres enfants \u00e0 l\u2019\u00e9pouse\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je traite des monnaies, des valeurs, des esp\u00e8ces, est-ce le moment o\u00f9 l\u2019effigie prend le pas sur la mati\u00e8re \u2013 jusqu\u2019au cr\u00e9dit, \u00e0 la virtualit\u00e9, la fausse monnaie\u00a0? Est-ce le moment o\u00f9 le prol\u00e9taire se fait le fonctionnaire, par le jaquemart r\u00e9alis\u00e9\u00a0? D\u2019un autre animus alors, une ouverture \u00e0 l\u2019infini, \u00e0 cet autre anima\u00a0: une bureaucratie\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces mots, aux jours que nous vivons\u00a0: l\u2019animus, l\u2019anima, ont combl\u00e9 cent th\u00e9oriciens, mille analystes, mille foules d\u2019auditeurs. Ils ne comblent pourtant que l\u2019hiatus des genres sexuels, ils laissent b\u00e9ant l\u2019espace qui s\u00e9pare la mati\u00e8re, la masse, de l\u2019effigie. Au point que le prol\u00e9taire ne sera pas, jamais, le fonctionnaire, qui l\u2019asservit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019avancerai cette hypoth\u00e8se\u00a0: l\u2019hiatus final entre ana et meta, l\u2019inventaire et la borne, ne joue pas seulement de l\u2019animus et de l\u2019anima (ils sont encore de l\u2019\u00e2ne), ni de la production et de la consommation. Ils jouent de la tapisserie et de son envers, la trame. Des multiples aspects offerts \u00e0 ton regard, car le po\u00e8me, la peinture est innombrable\u00a0: cependant que ceux-l\u00e0 se d\u00e9font, ceux-ci se font ailleurs \u2013 \u00e0 la confuse brume des fils pendus (dont l\u2019assemblage doit constituer une autre Tapisserie, ici m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 quel niveau\u00a0? En celui-l\u00e0 qui transcende les \u00ab\u00a0s\u00e9jours\u00a0\u00bb m\u00eames des dieux, bien au-del\u00e0 des 42 de l\u2019Apocalypse, jusqu\u2019aux images finales, indestructibles, du mythe, de la l\u00e9gende, dont l\u2019\u00c9lu ne sera jamais que le traducteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La glorification\u00a0 de l\u2019\u00e2ne.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 align=\"center\"><b>LE CONTE<\/b><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><b>\u00a0<\/b><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><b>IV<\/b><\/h2>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autres vous le diront, dit le conteur\u00a0: il n&rsquo;y a pas de quatri\u00e8me dimension. Si le jour peut compter une heure en plus, en moins, ou la nuit la plus longue jouer du 10 d\u00e9cembre au 6 janvier, le jour le plus long du 1<sup>er<\/sup> de juillet au 22 juin, comment pourrais-je dire les quartiers du jour, les saisons de l&rsquo;ann\u00e9e\u00a0? C&rsquo;est pis, car, toute l&rsquo;ann\u00e9e, l&rsquo;un vit dans l&rsquo;attente de No\u00ebl, et celui-l\u00e0 r\u00e9duit l&rsquo;ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;attente de la Saint-Jean et de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 qui suivra. Tout le jour, celui-l\u00e0 ne r\u00eave que de son r\u00eave pass\u00e9; celui-ci, d\u00e8s l&rsquo;apr\u00e8s-d\u00eener, s&rsquo;impatiente du jour \u00e0 na\u00eetre. Cette nostalgie ou cette h\u00e2te leur bouffent tout le Temps. Elles en refont un pendule en sa triple p\u00e9riode\u00a0: le pass\u00e9, l&rsquo;actuel et l&rsquo;avenir pour l&rsquo;un, le devenir, le devenu et la pr\u00e9sence pour l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il en est de l&rsquo;espace comme du temps. Un ch\u00e2teau se tient toujours \u00e0 l&rsquo;un des cardinaux, ou une mairie, une \u00e9glise. Ce lieu privil\u00e9gi\u00e9 englobe la ville, le march\u00e9, la foire, le comt\u00e9, le marquisat. Il est comme la No\u00ebl ou la Saint-Jean d&rsquo;\u00e9t\u00e9 pour les saisons. Et, de fait, c&rsquo;est bien l\u00e0, dans le 4<sup>\u00e8me<\/sup> global que l&rsquo;\u00e2ne et le ma\u00eetre, hurlants, ont \u00e9t\u00e9 transpos\u00e9s\u00a0: Pierre en une cellule noir\u00e2tre, Gertrude dans la cour du Poste de garde, qui, lui-m\u00eame, se situe \u00e0 l&rsquo;orient du ch\u00e2teau. Car le ch\u00e2teau, comme le bourg, comporte ses 4 cardinaux : le 4<sup>\u00e8me<\/sup> au nord (la Salle du Conseil).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est cinq heures (non pas au campanile, qui n&rsquo;existe pas encore, mais selon l&rsquo;immense cadran solaire qui orne l&rsquo;entr\u00e9e du parc). Il en est six, selon les nouvelles prescriptions. Le soleil est assez haut encore pour que les villageois n&rsquo;aient pas faim, non plus que sommeil. Mais asservi au bon vouloir du comte, du marquis et du roi, l&rsquo;astre s&rsquo;\u00e9clipse d\u00e9j\u00e0 ou le fera bient\u00f4t, dans quinze jours ou un mois, qu&rsquo;importe ? Car le Bon Vouloir r\u00e8gne en ce lieu \u2013 et, par ce lieu, en tous les autres, moteur de toute mondanit\u00e9, de toute soci\u00e9t\u00e9 \u2013 et de la vie m\u00eame, dans le village.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je veux cet \u00e2ne\u00a0\u00bb, dit la Comtesse, qui vit au temps du Bon Vouloir, non dissociable, ici, de l&rsquo;Aujourd&rsquo;hui\u00a0: elle se prend d&rsquo;ailleurs, quand elle dort et r\u00eave, pour la fille d&rsquo;un roi grec (dont elle porte, tronqu\u00e9, le nom). Elle rentre chez son p\u00e8re et voit l&rsquo;\u00e2ne, attach\u00e9, dans la courette des gardes, car c&rsquo;est le chemin qu&rsquo;elle suit, au retour de ses promenades pour regagner sa chambre, \u00e0 l&rsquo;orient du ch\u00e2teau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ne est l\u00e0 parce que le capitaine d&rsquo;armes se veut respectueux de la loi. Un respect qui ne va pas sans une certaine violence\u00a0: il a d\u00fb s&rsquo;opposer, de toute sa fermet\u00e9, aux pr\u00e9tentions de son officier Fernand, qui d\u00e9fendait les droits de la Jeanne, de l&rsquo;avocat des Basile, un Baltazar, et d&rsquo;un moine impulsif, pourvoyeur de l&rsquo;\u00c9v\u00eaque, qui revendiquait \u00ab\u00a0le droit des pauvres\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;est bien battu\u00a0: l&rsquo;\u00e2ne est l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je veux cet \u00e2ne\u00a0\u00bb, dit la fillette, mais une femme d\u00e9j\u00e0, par son sexe et ses seins, une Dame, de par l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi le dit-elle\u00a0? Va savoir\u00a0! \u00c7a lui est pass\u00e9 par la t\u00eate, peut-\u00eatre parce que, depuis deux jours, elle n&rsquo;a rien exig\u00e9, par la simple exigence de rappeler son pouvoir. Ou bien elle s&rsquo;est souvenu du seul \u00e9pisode notable, \u00e9trange, de sa journ\u00e9e\u00a0: peut-\u00eatre a-t-elle reconnu l&rsquo;\u00e2ne et le jeune homme qui lui tint t\u00eate \u2013 le premier en toute sa vie\u00a0! Il n&rsquo;\u00e9tait pas mal, ce manant, ni disgracieux ni vil\u00a0! Bien qu&rsquo;il ait eu peur\u2026 Mon Dieu\u00a0! Qu&rsquo;il avait peur\u00a0! Peu de manants ont eu aussi peur devant elle (elle en approche peu)\u00a0; mais encore moins ont cette noblesse \u00e9trange, autre que la Noblesse, cette outrecuidance\u00a0! Je crois qu&rsquo;elle a voulu d&rsquo;abord, ne se souvient qu&rsquo;ensuite. Une piti\u00e9 suit\u00a0: il est si malheureux cet \u00e2ne, si esseul\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Esseul\u00e9, l&rsquo;\u00e2ne ne l&rsquo;est pas, mais plut\u00f4t la proie de vingt ma\u00eetres. On dispose pour lui un tas de foin contre le mur, aupr\u00e8s d&rsquo;une bassine d&rsquo;eau. Gertrude y boit, par habitude, et se rencogne tout aussit\u00f4t, humili\u00e9e d&rsquo;avoir faim. On la caresse, elle grogne et, d&rsquo;un coup de t\u00eate m\u00e9chant, \u00e9carte l&rsquo;importun. On vient la visiter, la juge\u00a0: \u00ab\u00a0Mais c&rsquo;est une fille\u00a0!\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0et pas si jeune que \u00e7a\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a l\u00e0 des soudards, des cuisiniers \u2013 \u00ab\u00a0Tu as d\u00e9j\u00e0 mang\u00e9 une cuisse d&rsquo;\u00e2ne\u00a0?\u00a0\u00bb \u2013 la femme de chambre de la comtesse et une vague ma\u00eetresse du comte, qui n&rsquo;ambitionne plus d&rsquo;\u00eatre sa seconde \u00e9pouse. Quelqu&rsquo;un annonce le juge, mais c&rsquo;est un moine qui vient. Il esquisse le signe de la croix sur le front de l&rsquo;\u00e2ne et se recule avec effroi\u00a0: il y a vu briller comme une \u00e9toile maudite, \u00e0 six branches \u2013 le signe du Malin\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gertrude s&rsquo;est recul\u00e9e de m\u00eame. Pour elle aussi ces visiteurs sont des d\u00e9mons \u2013 des ennemis, qui l&rsquo;ont s\u00e9par\u00e9e de son ma\u00eetre. Ou plut\u00f4t, puisqu&rsquo;elle-m\u00eame l&rsquo;a trahi, rejet\u00e9, c&rsquo;est la multitude, horrible, des autres, aux odeurs impr\u00e9vues, aux gestes mena\u00e7ants. La foule des hasards promis \u00e0 l&rsquo;infid\u00e8le. Ils ont rejoint, d\u00e9j\u00e0, dans le m\u00e9andre des jours, Jeanne et la perte de son \u00e2non, le voisin hypocrite, l&rsquo;ortie et la vip\u00e8re, tous les piquons. Cette foule \u00e9trang\u00e8re qui fait la solitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre solitude, la seule visible, est celle du ma\u00eetre, en son cul de fosse. \u00c9trangement, celle-l\u00e0, que vous imaginez sans peine, est la seule vraie\u00a0: elle ne se peuple pas, de regrets ou d&rsquo;esp\u00e9rances. La t\u00eate, ici, est tellement prise (d&rsquo;espoirs, de remords\u00a0?) qu&rsquo;elle est devenue pareille \u00e0 une pierre \u2013 ou une boue\u00a0: une vase pierreuse, une roche liquide. Quand cette horreur s&#8217;empare d&rsquo;un homme, d&rsquo;un ma\u00eetre, il n&rsquo;en per\u00e7oit plus que le n\u00e9ant\u00a0: l&rsquo;ultime rem\u00e8de. Pierre dort, si l&rsquo;ab\u00eeme peut \u00eatre nomm\u00e9 sommeil. Il n&rsquo;a pas tout perdu seulement, mais cela qui, en l&rsquo;homme, inventorie les pertes et se r\u00e9jouit d&rsquo;inventorier. Son r\u00eave est tel\u00a0: un \u00e2ne ail\u00e9, pi\u00e8tre P\u00e9gase, l&#8217;emporte vers le Paradis. Hors de l&rsquo;inventaire, tous les d\u00e9bits ont formul\u00e9 une plan\u00e8te, la huiti\u00e8me, faite comme un ange.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se r\u00e9veille priant. \u00ab\u00a0Mon Dieu\u00a0! prie-t-il. Excluez-moi, oubliez-moi. Je n&rsquo;ai pas aim\u00e9, ni la M\u00e8re, ni Jeanne, ni Sylvaine, mais j&rsquo;ai nomm\u00e9 Amour le d\u00e9sir d&rsquo;une retraite, d&rsquo;une famille, d&rsquo;une femme. N&rsquo;en punissez pas Gertrude\u00a0! Ne lui fermez pas les portes de votre ciel\u00a0! Ou, si Gertrude n&rsquo;a pas une \u00e2me, prot\u00e9gez-la des tourmenteurs, qu&rsquo;elle meure en paix, ainsi qu&rsquo;elle a v\u00e9cu\u00a0! Car, ici m\u00eame, sur cette terre, vous avez besoin de ces anges de la paix. Les saints ne feront jamais tout le travail, trop rares\u00a0! Que seriez-vous, Seigneur, sans les \u00e2nes\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, la r\u00e9mission pr\u00e9c\u00e8de la pri\u00e8re\u00a0: on ne demande jamais que ce qui fut donn\u00e9. La jeune comtesse a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux cet \u00e2ne\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la comtesse, encore enfant, j&rsquo;ai tr\u00e8s peu dit. Autant dire\u00a0: rien. C&rsquo;est qu&rsquo;elle vit dans l&rsquo;Aujourd&rsquo;hui, qui la submerge, comme il submerge les s\u0153urs, les voisins, les gens d&rsquo;armes, incapables de s&rsquo;y diriger. Bien ou mal, ils vivent dans l&rsquo;Amour, en ce jour, mais, \u00e0 toute heure, \u00e0 toute seconde, un Ennemi tente de les en proscrire\u00a0: l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, l&rsquo;amour-propre, l&rsquo;amour sale\u00a0: les sept d\u00e9mons, que l&rsquo;\u00c9glise nomme\u00a0: p\u00e9ch\u00e9s capitaux. Le d\u00e9mon d&rsquo;Iphage est l&rsquo;Orgueil. Quand il r\u00e9sonne en elle, ou qu&rsquo;elle raisonne par lui, l&rsquo;app\u00e9tit qu&rsquo;il suscite est sans limite. Elle se sent capable de d\u00e9vorer le monde\u00a0: elle l&rsquo;est. La r\u00e9sistance l&rsquo;outrage, la r\u00e9volte la fortifie. Mais cet orgueil est celui de l&rsquo;enfant\u00a0: rien qu&rsquo;amour. S&rsquo;il lui arrive de r\u00e9fl\u00e9chir, parce qu&rsquo;elle est la fille de son p\u00e8re, cette r\u00e9flexion pour elle n&rsquo;est que r\u00e9flexe. Elle est reflet (des modes du Comtat, des m\u0153urs admises par tous, tous ceux de son entourage), quand elle n&rsquo;y pense pas. R\u00e9flexion et reflet se joignent en J\u00e9sus, son ma\u00eetre, dont le comte \u2013 oui ! le comte lui-m\u00eame \u2013 n&rsquo;est qu&rsquo;une imparfaite r\u00e9flection.\u00a0 Il lui faut ob\u00e9ir d&rsquo;abord. \u00c0 quel miroir\u00a0? \u00c0 quel instinct\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, tr\u00e8s vite, l&rsquo;\u00e9troitesse de sa chambre l&rsquo;oppresse, bien que la chambre n&rsquo;ait pas r\u00e9tr\u00e9ci. Mais, comme \u00e0 chaque fois qu&rsquo;un nouveau caprice l&rsquo;enfle, elle arbore une couronne invisible, se rev\u00eat d&rsquo;une cape \u00e9poustouflante. Elle monte sur des \u00e9chasses et se pare de la queue aux mille yeux du paon. Elle a d\u00e9j\u00e0 franchi le seuil de l&rsquo;appartement, travers\u00e9 le couloir et descendu les marches du petit \u00e9difice qu&rsquo;elle nomme son Paris (pour \u00ab\u00a0parvis\u00a0\u00bb, car elle bute encore sur certains mots\u00a0: elle n&rsquo;est tout de m\u00eame pas encore une d\u00e9esse\u00a0!)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Une ma\u00eetresse\u00a0?\u00a0\u00bb Gertrude se le demande, la t\u00eate baiss\u00e9e, l&rsquo;\u0153il qui tapine. Elle ne sait plus tr\u00e8s bien ce qu&rsquo;est une ma\u00eetresse, depuis le temps que Jeanne, puis la M\u00e8re les ont quitt\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 coup s\u00fbr, quelque chose de plus r\u00eache qu&rsquo;un ma\u00eetre, de plus distant et dur, car les femmes d\u2019aujourd&rsquo;hui sont telles \u2013 responsables au plus haut degr\u00e9, de la maison, de l&rsquo;argent, du rituel familial et des g\u00e9n\u00e9rations \u2013 de tout ce qui de tr\u00e8s loin passe au-dessus de sa t\u00eate. Par le d\u00e9tail le plus concret de la vie elle porte, la ma\u00eetresse, les fables inconnues\u00a0; et, par la gr\u00e2ce, les rites et les superstitions, tout un pass\u00e9 in\u00e9branlable, o\u00f9 l&rsquo;\u00e2ne lui-m\u00eame se reconna\u00eet d&rsquo;une autre race que l&rsquo;humain, sinon ma\u00eetresse elle-m\u00eame\u00a0: la m\u00e8re d&rsquo;un \u00e2non perdu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cette ma\u00eetresse \u00e9ventuelle est un enfant, comme un \u00e2non. Ainsi, d\u00e8s la premi\u00e8re caresse, l&rsquo;\u00e2ne tend le cou, se pr\u00eate et, m\u00eame, risque une promesse de c\u00e2linement vers la main.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ma pauvre bourrique, dit la fille, as-tu un nom\u00a0?\u00a0\u00bb Puis, au garde qui attend\u00a0: \u00ab\u00a0A-t-elle un nom\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ne a failli r\u00e9pondre. La d\u00e9robade le blesse. Puisqu&rsquo;on s&rsquo;adresse ailleurs, Gertrude ne dira plus rien.\u00a0 Le garde r\u00e9pondra pour elle\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je ne sais, Madame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0O\u00f9 est son ma\u00eetre\u00a0?\u00a0\u00bb dit la donzelle orn\u00e9e. \u00ab\u00a0L&rsquo;a-t-il perdu (son ma\u00eetre)\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui, je l&rsquo;ai perdu, songe l&rsquo;\u00e2ne. Je l&rsquo;ai vendu. Ce ne sont pas des choses \u00e0 dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je ne sais, Madame, dit le garde. Je le crois en prison.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a compris de travers, inversant les sujets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Cela ne m&rsquo;\u00e9tonne pas, dit la fille. Tout d&rsquo;un rebelle, cet homme-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(\u00ab\u00a0Si jeune, pourtant\u00a0! D\u00e9j\u00e0 en taule\u00a0? Ah ! L&rsquo;imb\u00e9cile\u00a0!\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Et l&rsquo;\u00e2ne\u00a0? Que va-t-il devenir\u00a0? L&rsquo;aurait-on d\u00e9cid\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Elle dit souvent ce \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb quand elle parle de pouvoirs qui ne sont pas les siens, c&rsquo;est-\u00e0-dire de son p\u00e8re, par une sorte de pudeur, de crainte qu&rsquo;elle ne s&rsquo;avoue pas. Mais, bien s\u00fbr, le comte n&rsquo;est pas en cause\u00a0: Iphage, nouvelle Iphig\u00e9nie, sait bien qu&rsquo;Agamemnon ne se pr\u00e9occupait ni des \u00e2nes ni de leurs ma\u00eetres\u00a0!)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Alors ? Tu vas r\u00e9pondre, soudard\u00a0!\u00a0\u00bb dit-elle, oubliant qu&rsquo;elle ne lui a pos\u00e9 aucune question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je m&rsquo;en vas qu\u00earir le chef\u00a0\u00bb dit le garde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est ainsi que, de caporal en adjudant, la comtesse se trouvera devant le mari de Jeanne, qui lui opposera la loi\u00a0; puis devant le moine \u2013 confesseur de ces Dames, qui lui opposera la charit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0De par la coutume, l&rsquo;objet d&rsquo;une liquidation revient aux pauvres, Madame, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Iphage n&rsquo;en peut plus de ces allers, de ces retours, de ces rebuffades. Il lui faut en passer par son p\u00e8re, c&rsquo;est ainsi\u00a0! Mais ils vont voir\u00a0! Le comte est au conseil, a-t-il fait dire (au chevet de sa quatri\u00e8me ma\u00eetresse, en fait, mais il est las de cette idiote\u00a0: la qu\u00e9mande de sa fille le sauve d&rsquo;un pire ennui. D&rsquo;ailleurs, il est six heures au soleil d\u00e9clinant, sept au nouvel horaire\u00a0: le temps de passer \u00e0 table.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Que voulais-tu me demander, ma fille\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0J&rsquo;aimerais, p\u00e8re, que vous me donniez l&rsquo;\u00e2ne dont les juges et les moines se disputent la possession.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est alors que l&rsquo;\u00e9trange survient, que l&rsquo;inattendu s&rsquo;instaure. Car vous pensez \u00e0 l&rsquo;autre conte sans doute, \u00ab\u00a0Peau d&rsquo;\u00e2ne\u00a0\u00bb, o\u00f9 le m\u00eame entretien aura lieu, entre la princesse et son p\u00e8re, la fille tr\u00e8s jeune encore et le roi veuf, amoureux certainement de sa fille, comme ici, ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le comte, d&rsquo;ailleurs, a eu la r\u00e9action du roi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Pourquoi\u00a0? Tu veux manger de l&rsquo;\u00e2ne\u00a0? Ou rev\u00eatir sa peau\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, ici, tout va de travers. Iphage ne veut pas de la peau de l&rsquo;\u00e2ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Non, p\u00e8re, dit-elle. La robe de mon temps me suffit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le comte est tr\u00e8s fier de sa fille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En v\u00e9rit\u00e9, elle ne sait pas tr\u00e8s bien ce qu&rsquo;elle veut, si ce n&rsquo;est, simplement, l&rsquo;obtenir. Tout le monde serait-il contre elle \u2013 les juges et les moines, son p\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0J&rsquo;esp\u00e9rais qu&rsquo;un si petit pr\u00e9sent\u2026 Pour une fois que je vous demande (mais elle demande, au comte, tous les jours, quelque chose).\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle va bouder.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est bon ! dit le comte. Tu l&rsquo;as, ton \u00e2ne. Mais si la Justice et l&rsquo;\u00c9glise\u2026 Tu demandes beaucoup plus que tu ne le crois\u00a0! Tu me donnes deux jours\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faudra des semaines pour trancher le d\u00e9bat. Car tout le monde entrera dans le jeu, le beau-fr\u00e8re postier, le voisin grincheux, le confesseur ent\u00eat\u00e9, sinon le peuple en rumeur, excit\u00e9, affol\u00e9 par le mot \u00ab\u00a0privil\u00e8ge\u00a0\u00bb. Quoi donc\u00a0? Parce qu&rsquo;on est la fille du comte, a-t-on \u2026\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cela ferait la mati\u00e8re d&rsquo;autres histoires, o\u00f9 nous sortirions de ce conte, et de l&rsquo;aujourd&rsquo;hui, qui, ainsi que le disent tous les contes, s&rsquo;ach\u00e8ve au dernier coup de minuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;ach\u00e8ve, comme toutes les trag\u00e9dies, par le cinqui\u00e8me acte\u00a0: l&rsquo;Exode.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le respect de l&rsquo;unit\u00e9 de temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-il vingt-deux heures ou vingt-trois, au cadran lunaire invisible, quand Iphage, qui ne peut dormir, sort de son lit\u00a0? Des souvenirs, d\u00e9j\u00e0 pareils au r\u00eave, l&rsquo;astreignent. Une rencontre, sur une route, d&rsquo;un homme qui ne peut se faire ob\u00e9ir de sa monture (sur laquelle il n&rsquo;est pas mont\u00e9\u00a0!). Un imb\u00e9cile d&rsquo;ivrogne r\u00e9volt\u00e9, le plus craintif, le plus na\u00eff des hommes\u2026 Elle ne sait plus ni quand ni o\u00f9, car ce lieu-dit ne l&rsquo;est pas, ne peut l&rsquo;\u00eatre par le cadran solaire, muet, la foire achev\u00e9e, l&rsquo;arquebusier ou le presbyte. \u00ab\u00a0Le Royaume de l&rsquo;\u00e2ne\u00a0\u00bb, songe Iphage, alors qu&rsquo;elle va par les couloirs et les parvis, dans la seule inqui\u00e9tude que l&rsquo;\u00e2ne lui soit enlev\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il est l\u00e0, gris sous la lune, dans la lumi\u00e8re lunaire, gris-bleu, et un rayon de lune a cern\u00e9 de blancheur la tache qu&rsquo;il porte au front\u2026 De blancheur ou bien de dorure\u00a0? Dans la clart\u00e9 de platine, la tache brille comme de l&rsquo;or. Une tache que personne encore, sinon le ma\u00eetre, n&rsquo;a vraiment vue \u2013 ou regard\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec stupeur, Iphage la voit, elle la regarde\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Mais tu brilles, baudet\u00a0! dit-elle. Tu r\u00e9fl\u00e9chis comme une \u00e9toile\u00a0! Tu portes l&rsquo;\u00c9toile \u00e0 ton front\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ne incline la t\u00eate vers la main qui n&rsquo;ose plus la caresser. Il cherche la main de l&rsquo;enfant, la boute.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0J&rsquo;ai vendu le ma\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb dit-il sans parler et sans braire, car c&rsquo;est un dieu qui parle en lui. Iphage entend\u00a0; elle ne comprend pas, mais le souffle \u00e9clatant a vibr\u00e9 en elle\u00a0: elle sera une noble comtesse, une grande reine plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Parle-moi de lui, dit-elle, puisque tu le peux, \u00c2ne d&rsquo;or\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ne braie. Il ne dira plus rien, ce jour-l\u00e0. Mais voil\u00e0 que la comtesse a bondi de son parvis \u00e0 la cour sablonneuse, de la cour au grand escalier. S&rsquo;oubliant en chemise, elle ameute ses gens, tire la cloche. Elle crie\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00c2ne d&rsquo;or\u00a0! C&rsquo;est l&rsquo;\u00c2ne d&rsquo;or qu&rsquo;annon\u00e7ait le po\u00e8te\u00a0! C&rsquo;est l&rsquo;H\u00e9ritier\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et tous viennent \u00e0 sa voix, qui vont \u2013 sur l&rsquo;injonction de la fillette, puis celle du comte, ensommeill\u00e9, courir \u00e0 la prison, en extraire le puni. Car Iphage l&rsquo;a proclam\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le Prince demande son ma\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout le reste va de soi et ne vaut pas d&rsquo;\u00eatre dit. Sinon cette \u00e9tranget\u00e9. Sit\u00f4t qu&rsquo;il a consid\u00e9r\u00e9 Ambroise, \u00e0 peine l&rsquo;a-t-il interrog\u00e9, le comte a reconnu en lui le fils du soudard qui, voil\u00e0 bien longtemps, lui a sauv\u00e9 la vie (il n&rsquo;avait pas six ans alors et ce fut au sud de Poitiers, l&rsquo;enfant poursuivi par des Maures). Le p\u00e8re d&rsquo;Ambroise avait refus\u00e9 toute r\u00e9compense, invoquant le devoir accompli.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le comte e\u00fbt voulu \u00e9lever le fils de son sauveur \u00e0 une dignit\u00e9 quelconque\u00a0: chambellan du palais, greffier de Justice, Inspecteur des Travaux Finis. Mais Pierre Bonheur refusera tous ces privil\u00e8ges, ainsi que l&rsquo;\u00e2ne l&rsquo;a pr\u00e9dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est au premier coup de minuit, alors que les animaux conversent, qu&rsquo;il leur faut, de force, s&rsquo;exprimer, que l&rsquo;\u00e2ne a tenu ce discours \u00e0 son amie. Iphage avait promis\u00a0: \u00ab\u00a0Vous allez \u00eatre heureux maintenant, ton ma\u00eetre et toi. Sais-tu ce qui te ferait le plus plaisir\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0\u00catre avec lui\u00a0\u00bb a dit l&rsquo;\u00e2ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Et lui, que voudrait-il le plus au monde\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0\u00catre avec moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, Gertrude avait ajout\u00e9, avec passion :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Revenir chez nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, en ces temps de gr\u00e2ce, qui furent ceux de Mo\u00efse et sont ceux de Charlemagne, l&rsquo;Exode n&rsquo;est pas exil, rien qu&rsquo;un retour, au Canaan, au Grand Empire chr\u00e9tien\u00a0: le pays d&rsquo;origine, le lieu o\u00f9 l&rsquo;on est n\u00e9. Au cinqui\u00e8me acte de la com\u00e9die \u2013 Moli\u00e8re s&rsquo;en souviendra \u2013 le fils, la fille retrouvent un p\u00e8re\u00a0; le b\u00e2tard ou l&rsquo;abandonn\u00e9, l&rsquo;enfant trouv\u00e9 est reconnu l&rsquo;enfant du roi, du prince ou du bourgeois tout \u00e0 coup d\u00e9cill\u00e9\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ton ma\u00eetre n&rsquo;\u00e9tait pas un enfant trouv\u00e9. Il connut son p\u00e8re. Le mis\u00e9rable besogneux \u2013 est-ce toi\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il n&rsquo;est plus besoin de paroles. Elle \u2013Iphage ou Gertrude \u2013 a remont\u00e9, d&rsquo;\u00e9vidence en \u00e9vidence, le temps, depuis l&rsquo;\u00e2ne de Buridan, esclave de la n\u00e9cessit\u00e9 de choisir, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ne de Balaam, que la Voix a rendu \u00e0 soi-m\u00eame. L&rsquo;\u00e2ne de Peau d&rsquo;\u00c2ne, celui d&rsquo;Apul\u00e9e, l&rsquo;\u00c2ne d&rsquo;Or, et celui qui a port\u00e9 le Christ en son triomphe. L&rsquo;\u00c2ne des l\u00e9gendes, retrouv\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0De pi\u00e8tres survivances de Chiron, le Centaure, dit l&rsquo;\u00e2ne, modestement. Car je suis la monture et la parade du pauvre, qui aujourd&rsquo;hui est roi. L&rsquo;ench\u00e2ssement de ses parures, et le coursier de ses banlieues, de ces parages, aussi longtemps que le pauvre veut encore.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle ne comprend pas tout, Iphage, mais elle vibre toujours, et de plus en fort. L&rsquo;\u00e2ne a englob\u00e9 m\u00eame le Christ, un Christ qui serait aussi Judas. Elle a per\u00e7u, en quel ab\u00eeme inoubliable, l&rsquo;accolade de Joseph l&rsquo;Otage et de Juda le Tra\u00eetre s&#8217;embrassant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Tu m&rsquo;apprendras, dit-elle, quand j&rsquo;irai te voir\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ne a fait \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb, de la t\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je devrais finir l\u00e0, dit le conteur, car le 5<sup>\u00e8me<\/sup> acte ach\u00e8ve la pi\u00e8ce et, de fait, ce jour-l\u00e0 \u2013 un mardi \u2013 s&rsquo;est achev\u00e9. Un devenir s&rsquo;instaure, tout neuf, une autre pi\u00e8ce, quand \u2013 le rideau baiss\u00e9 \u2013 les machinistes dressent le d\u00e9cor diff\u00e9rent, d&rsquo;un Myst\u00e8re, peut-\u00eatre, apr\u00e8s la Com\u00e9die. Mais les dieux et leurs contes ne proc\u00e8dent pas ainsi, non plus que les d\u00e9sirs et les r\u00eaves de CELA (le ma\u00eetre ou l&rsquo;\u00e2ne).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Pierre Bonheur avait accept\u00e9 le suffrage \u2013 ou l&rsquo;\u00e9lection \u00e0 un poste honorable, tout serait dit. D\u00e8s le lendemain, il serait un ma\u00eetre v\u00e9ritable, \u00e0 sa table de greffier, \u00e0 son estrade de juge ou de conseiller, au pied du tr\u00f4ne. Il ne l&rsquo;a pas voulu. C&rsquo;est l&rsquo;autre drame. Sorti des oubliettes, le Pierrot est sans recours. Il redevient le coupable, honteusement graci\u00e9, le d\u00e9biteur malintentionn\u00e9, le d\u00e9muni, le poursuivi, l&rsquo;exclu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faudra que le comte, m\u00e9content de ces charges que sa fille lui impose, arrache le maudit aux griffes du Juge (acharn\u00e9 \u00e0 juger), aux caresses de l&rsquo;\u00c9v\u00each\u00e9, suspect \u00e0 plus d&rsquo;un titre, \u00e0 la rigueur sans faille des comptabilit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un seul recours : la mansu\u00e9tude du roi, mais le roi est fain\u00e9ant \u2013 fait n\u00e9ant en ces jours o\u00f9 les M\u00e9rovingiens sont absents ou perdus, o\u00f9 le P\u00e9pin, apr\u00e8s le Martel, ne sont que des Maires, auxquels le Pape n&rsquo;a pas reconnu le plein statut de Roi, o\u00f9 Charles n&rsquo;est qu&rsquo;un prince, et le moindre aupr\u00e8s de son fr\u00e8re. Comment faire appel aux n\u00e9ants\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sollicit\u00e9, le N\u00e9ant laisse son secr\u00e9taire r\u00e9pondre. Le secr\u00e9taire, qui ne tient plus au secret tellement, s&rsquo;en remet \u00e0 l&rsquo;\u00c9v\u00eaque, qui ne sait pas lire et refile la correspondance au saint du jour, tout de cl\u00e9mence, qui absout par principe et ne ch\u00e2tie qu&rsquo;aux verges.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Accord\u00e9e, la supplique en devra revenir au secr\u00e9taire, puis au N\u00e9ant qui paraphera. Puis, elle devra redescendre au sup\u00e9rieur de l&rsquo;Ordre de Saint-Beno\u00eet, au juge, avant d&rsquo;\u00eatre remise aux mains du comte, puis de la comtesse. Tout cela demandera des mois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sera une simple chance si, au terme de ce temps, P\u00e9pin sera mort, apr\u00e8s avoir donn\u00e9 les marches de l&rsquo;Ouest \u00e0 l&rsquo;autre fils, mais o\u00f9 Charles commencera de s&rsquo;en remettre \u00e0 Dieu, au dieu d&rsquo;Amour, au-del\u00e0 des jugements et des petits abb\u00e9s, entreprendra le Grand Combat Pour La Foi Seule. On le sait d&rsquo;avance\u00a0: il ne validera que les Gr\u00e2ces\u00a0: l&rsquo;\u00e2ne et son ma\u00eetre vivront en paix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0J&rsquo;ai fini\u00a0\u00bb, dit le conteur. Et les remarques fusent, car le temps, qui n&rsquo;est pas ce jour-l\u00e0, est aux questions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Mais Gertrude, qu&rsquo;est-elle devenue\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Et Pierre\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Et le proc\u00e8s engag\u00e9, car il y eut, cependant, dol\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Et du Comt\u00e9, des Marches et des march\u00e9s\u00a0? Des marquisats\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Et de l&rsquo;Empire de Charlemagne\u00a0? dit le conteur, se moquant. De la Chr\u00e9tient\u00e9\u00a0? De l&rsquo;Europe\u00a0? De la Liquidation\u00a0? De ce Temps-l\u00e0\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a manqu\u00e9 c\u00e9der \u00e0 la fureur. Il respire et se calme. \u00ab\u00a0Tout le monde est mort, et ce monde lui-m\u00eame\u00a0; c&rsquo;est cela que vous voulez m&rsquo;entendre dire\u00a0? Je ne vous dirai que la mort de l&rsquo;\u00e2ne. Pierre n&rsquo;avait pas encore trente ans, il ne vivait pas avec Sylvaine, qui se refusait \u00e0 \u00eatre l&rsquo;\u00e9pouse d&rsquo;un rustaud, d&rsquo;un manant, mais il avait \u00e9pous\u00e9 Rose et ils s&rsquo;aimaient, car on ne pouvait pas ne pas aimer, en ces jours. Il a recueilli l&rsquo;\u00e2ne, en une heure de douleur, dans la chambre conjugale\u00a0; il est all\u00e9 la prendre dans ses bras, Gertrude \u2013 elle fut lourde, elle ne l&rsquo;est plus. Il l&rsquo;a pos\u00e9e sur la terre dure, devant le feu. Il s&rsquo;est couch\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;elle, la t\u00eate contre la t\u00eate. Et c&rsquo;est comme \u00e7a, vers les deux heures \u2013 cinq heures plus tard \u2013 qu&rsquo;elle est morte, la langue hors de la bouche pour tenter de baiser la main abandonn\u00e9e de son ma\u00eetre endormi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est ainsi, c&rsquo;est alors, dit le conteur enfin \u2013 d&rsquo;une voix imperceptible, car il est fatigu\u00e9 \u2013 que le dernier souffle de Gertrude s&rsquo;est fait un peu de l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;Ambroise, le Saint d\u00e9sormais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><b>LA QUERELLE<\/b><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Monsieur le conteur, dit le professeur, je ne go\u00fbte pas votre histoire. Ou, pour mieux dire, je ne l\u2019entends pas. Je ne retrouve en votre \u00e2ne aucune des qualit\u00e9s d\u2019ana. S\u2019il y a bien pluralit\u00e9, la sienne reste illusoire\u00a0: rien de plus solitaire qu\u2019un \u00e2ne\u00a0! Quant \u00e0 sa logique, nous n\u2019en dirons rien, si vous le permettez. La sottise de cet animal est proverbiale. Je ne retrouve en votre Gertrude \u2013 et je suis poli\u00a0! \u2013 aucune trace de la rigueur sereine d\u2019une d\u00e9monstration, de la sommation accomplie du Syst\u00e8me. Je ne vois en elle qu\u2019un pauvre \u00eatre \u2013 un pauvre h\u00e8re, dramatiquement seul, livr\u00e9 \u00e0 ses besoins si courts et si sordides qu\u2019on ne peut y percevoir la moindre admiration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais votre ma\u00eetre ne vaut pas mieux. Jamais conscient de sa destin\u00e9e\u00a0; par l\u00e0, indigne de toute\u00a0 ma\u00eetrise, de toute \u00e9lection\u00a0; jamais d\u2019accord avec soi-m\u00eame\u00a0; expos\u00e9 aux vents du hasard, sinon aux tentations de la malhonn\u00eatet\u00e9\u2026 Un saint, dites-vous\u00a0? je dirai plut\u00f4t un clochard\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Monsieur l\u2019\u00e2nier, dit le conteur, je ne discuterai pas ces points. Je ne suis pas un \u00ab\u00a0discute ailleurs\u00a0\u00bb. mais je veux bien que mon <i>meta<\/i> ne soit comme le v\u00f4tre, m\u00eame s\u2019il est jeune encore, tr\u00e8s jeune, n\u2019ayant v\u00e9cu en somme que le quart de sa vie, quand Gertrude touche aux cinq\/sixi\u00e8me, sinon six\/septi\u00e8me de la sienne. Il est \u00e0 peine sorti de l\u2019adolescence, \u00e9lu en cela. Elle est au seuil de la vieillesse, \u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 une femelle n\u2019a pas ou plus d\u2019enfant. Esclave d\u2019une fonction proclam\u00e9e\u00a0: servir, priv\u00e9e de ses facteurs naturels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car je ne l\u2019ai pas dit, mais tout le montre\u00a0: son chaste amour pour la Sylvaine, son attachement \u00e0 la famille, sa soumission aux lois (tout r\u00e9volt\u00e9 soit-il), sa crainte du gendarme, son pi\u00e8tre d\u00e9sir m\u00eame de se faire des amis, son d\u00e9sarroi, enfin, dans le monde des adultes\u00a0: il n\u2019a pas vingt-trois ans. Et cette gr\u00e2ce, propre \u00e0 la jeunesse, c\u2019est ce que tous \u2013 m\u00eame ses voisins, m\u00eame la comtesse \u2013 ressentent en l\u2019approchant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gertrude ne l\u2019a pas connu en son enfance premi\u00e8re, et c\u2019est en quoi le temps du ma\u00eetre exc\u00e8de le temps de l\u2019\u00e2ne\u00a0: il a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019\u00e2ne, il le suivra. Les cinq ans de la premi\u00e8re enfance du ma\u00eetre, le douzi\u00e8me de son existence, ont recouvert la pleine maturit\u00e9 de Gertrude. Est-ce que vous ne pouvez pas comprendre cela\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je ne vous suivrai pas sur ce point, dit le professeur. Je vois trop bien jusqu\u2019o\u00f9 vous voulez m\u2019entra\u00eener. Ces cycles ne sont pour moi que des instruments de mesure. Vous pr\u00e9tendez qu\u2019ils me condamnent aux vingt-quatre heures du jour ou au cinq ans de la premi\u00e8re enfance. Un \u00eatre na\u00eet, il meurt\u00a0: pouvez-vous me dire le cycle qu\u2019il accomplit\u00a0? Au p\u00f4le, un soleil se l\u00e8ve, et un autre se couche en m\u00eame temps\u00a0: que deviennent vos vingt-quatre heures\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au reste votre conte en dit l\u2019absurde. Une loi ou le tour de la terre font le jour de vingt-cinq heures ou de vingt-trois. Si je traite de l\u2019ann\u00e9e, quel sera le plus vrai, des treize mois lunaires ou des douze solaires\u00a0? votre jour o\u00f9 les b\u00eates parlent \u2013 mais on voit qu\u2019elles ne parlent pas, sauf en l\u00e9gende, dans les hypoth\u00e9tiques douze coups inaudibles d\u2019une \u00e9glise priv\u00e9e d\u2019horloge et de jaquemart \u2013 je n\u2019y crois pas plus qu\u2019en votre Royaume d\u2019Amour. Charlemagne fut un tyran, Mo\u00efse un fou.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La liquidation\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Un usage p\u00e9rim\u00e9 aussit\u00f4t qu\u2019impos\u00e9\u00a0! Il n\u2019aura gu\u00e8re dur\u00e9 plus longtemps que le troc, en ces temps de barbarie que tu nommes la Toussaint, la Terre Promise, l\u2019\u00c9den \u2013 et pourquoi pas une Atlantide, une L\u00e9murie\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Tu admets donc leur existence\u00a0? Comment le peux-tu, ne croyant pas aux cycles\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je ne suis pas stupide. Qui va nier la nuit, le r\u00eave\u00a0? La fable m\u00eame, je ne nie pas qu\u2019elle soit, t\u2019ayant \u00e9cout\u00e9 toute une heure. Mais, la fable et le r\u00eave, je les remets \u00e0 leur place, insignifiante aupr\u00e8s de la noblesse du jour, de la splendeur du progr\u00e8s\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Tu t\u2019investis, je le sais, en ta qu\u00eate et en meurs, dans les pires souffrances. Je t\u2019admire pour cela\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Oui. Comme un ma\u00eetre menac\u00e9 par l\u2019hyst\u00e9rie\u00a0! Tu n\u2019es vraiment qu\u2019un \u00e2ne\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0T\u2019insulterais-je quand tu m\u2019\u00e9voques un Newton, un Kant ou un Nietzsche \u2013 les grands perdus\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0 Les \u00e2nes vont au ciel, dis-tu. Te blesse-t-il tellement d\u2019en \u00eatre un\u00a0? Ta mis\u00e8re, je vais te la dire\u00a0: au conte, au r\u00eave, si beau qu\u2019il soit, il faut un traducteur\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le tra\u00eetre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Mais, dans l\u2019\u0153uvre de science, selon tes propres mots, le savant s\u2019investit, au point parfois, je l\u2019admets, d\u2019en perdre la raison\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0 Quand il en devient l\u2019otage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils se regard\u00e8rent longuement en silence, les deux hommes, ces deux parties de l\u2019Homme\u00a0: le tra\u00eetre et l\u2019otage, sans d\u00e9cider lequel \u00e9tait l\u2019un, lequel l\u2019autre, tandis que, silencieuse, la foule s\u2019\u00e9coulait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ne se ha\u00efssaient plus. \u00c0 quoi bon\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_2964\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?attachment_id=2964\" rel=\"attachment wp-att-2964\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2964\" class=\"size-medium wp-image-2964\" alt=\"Illustration Pierre-Jean Debenat\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/JPC1-300x225.jpg\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/JPC1-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/JPC1-1024x768.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2964\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Jean-Charles Pichon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Charles Pichon L\u2019\u00e2ne qui a vendu son ma\u00eetre (conte) ou Il n\u2019est pas de quatri\u00e8me dimension &nbsp; LE PROPOS &nbsp; Il m\u2019est, ce propos, depuis qu\u2019en 1984 j\u2019ai d\u00e9couvert la grande question de Martin Heidegger, de la saisir pleinement, de &hellip; <a href=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2956\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46],"tags":[],"class_list":["post-2956","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recits"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2956","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2956"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2956\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2967,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2956\/revisions\/2967"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2956"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2956"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2956"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}