{"id":2167,"date":"2012-08-28T12:49:26","date_gmt":"2012-08-28T10:49:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2167"},"modified":"2012-09-11T18:50:45","modified_gmt":"2012-09-11T16:50:45","slug":"le-royaume-et-les-prophetes-troisieme-partie-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2167","title":{"rendered":"LE ROYAUME ET LES PROPHETES : TROISIEME PARTIE -3-"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><strong><em>III<\/em><\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong><em>L&rsquo;ATTENTE DU ROYAUME<\/em><\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\"><strong><em>\u00a0<a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/POISSONS001.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2174\" title=\"POISSONS001\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/POISSONS001.jpg\" alt=\"\" width=\"841\" height=\"821\" srcset=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/POISSONS001.jpg 841w, https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/09\/POISSONS001-300x292.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 841px) 100vw, 841px\" \/><\/a><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Etonnement des chr\u00e9tiens : \u00ab\u00a0Le Dieu est l\u00e0, et nous sommes au c\u0153ur de son signe. Pourtant, nous ne voyons pas s&rsquo;\u00e9lever le Royaume. En Palestine les juifs, \u00e0 Rome les empereurs nous pers\u00e9cutent; les Grecs nous raillent. Nous mourons et l&rsquo;Esprit ne nous secourt pas. O\u00f9 est le nouveau Temple, o\u00f9 sont les foules ravies, les Justes?\u00a0\u00bb Rien ne vient et rien ne para\u00eet, sinon des textes innombrables, qui annoncent que le Royaume est l\u00e0, quoique invisible, ou bien que son heure sonnera bient\u00f4t.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s les Ep\u00eetres de Paul, la question de l&rsquo;av\u00e8nement de la Parousie avait \u00e9t\u00e9 clairement pos\u00e9e et Paul, apr\u00e8s l&rsquo;avoir annonc\u00e9 imminent<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, s&rsquo;\u00e9tait repris et port\u00e9 garant que l&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;Ant\u00e9christ n&rsquo;\u00e9tait pas le Royaume<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Peu apr\u00e8s, l&rsquo;Apocalypse de Saint Jean pr\u00e9cisait que la nouvelle J\u00e9rusalem ne s&rsquo;instaurerait pas sur terre pour r\u00e9gner \u00ab\u00a0dans le Christ\u00a0\u00bb pendant un mill\u00e9naire, avant de longues et terribles \u00e9preuves : \u00e7&rsquo;avait \u00e9t\u00e9, on s&rsquo;en souvient, la proph\u00e9tie de Saint Etienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des mouvements chr\u00e9tiens (tel, celui des Montanistes) continuaient cependant de pr\u00eacher l&rsquo;av\u00e8nement tout proche de la Cit\u00e9 de Dieu. Ils se fondaient sur une certaine connaissance de l&rsquo;histoire \u00e9gyptienne : succ\u00e8s de Jacob et de Joseph aupr\u00e8s des pharaons, ou h\u00e9t\u00e9enne : \u00e9tablissement sur les bords de la Mer Noire d&rsquo;un royaume du B\u00e9lier ant\u00e9rieur \u00e0 ceux d&rsquo;Isra\u00ebl et de Juda. Datant leur cycle, en somme, de la Toison d&rsquo;Or, ils devaient effectivement pr\u00e9voir l&rsquo;av\u00e8nement du Royaume chr\u00e9tien vers le 3<sup>\u00e8me<\/sup> ou le 4<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle au plus tard. L&rsquo;argument s\u00e9duisit; Montanus le Phrygien fit de nombreux adeptes tout au long du second si\u00e8cle, parmi lesquels le c\u00e9l\u00e8bre Tertullien lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les chr\u00e9tiens n&rsquo;\u00e9taient pas les seuls \u00e0 croire en l&rsquo;\u00e9ternel retour. A la fin du second si\u00e8cle, Marc-Aur\u00e8le \u00e9crivait : \u00ab\u00a0Souviens-toi que les m\u00eames choses tournent inlassablement dans les m\u00eames orbites et que, pour le spectateur, il revient au m\u00eame de les voir un si\u00e8cle ou deux, ou l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 durant.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> Le grand initi\u00e9 juif, Sim\u00e9on ben Yocha\u00ef ne parle pas autrement, tandis qu&rsquo;Apul\u00e9e fait dire \u00e0 la d\u00e9esse Isis, \u00e0 la fois Vierge et M\u00e8re : \u00ab\u00a0Le jour qui na\u00eetra de cette nuit fut de tous les temps, par une pieuse coutume plac\u00e9 sous mon invocation. Ce jour, les temp\u00eates seront calm\u00e9es, les flots n&rsquo;auront plus d&rsquo;ouragans, la mer deviendra navigable et mes pr\u00eatres, par la d\u00e9dicace d&rsquo;une nef \u00e0 nouveau vierge, offriront les pr\u00e9mices du voyage<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la suite, les Apologistes les moins h\u00e9r\u00e9tiques, un Ir\u00e9n\u00e9e ou un Lactance persist\u00e8rent \u00e0 pr\u00eacher le Millenium (le Royaume de mille ans) en le reculant seulement de plus en plus dans le futur et sans se lasser de pr\u00e9dire que les plus dures \u00e9preuves le pr\u00e9c\u00e9deraient. Les \u00e9preuves ne vont pas manquer, puisque \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 les pers\u00e9cutions s&rsquo;arr\u00eatent le d\u00e9ferlement barbare recouvre l&rsquo;Occident.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, juste \u00e0 ce moment (fin du 4<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle) o\u00f9 les grandes invasions commencent d&rsquo;an\u00e9antir le monde ancien pour faire le lit du nouveau, o\u00f9 la pression des Huns et des Germains s&rsquo;accro\u00eet, o\u00f9 les l\u00e9gions romaines c\u00e8dent devant les barbares (378), les basiliques grecques et romaines deviennent des temples du Christ; le paganisme est proscrit de l&rsquo;Empire (391), Saint Augustin \u00e9lu \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Hippone (396); le concile d&rsquo;Eph\u00e8se si\u00e8ge (431). L&rsquo;Eglise triomphante r\u00e9fute \u00e0 la fois la doctrine de l&rsquo;\u00e9ternel retour et son premier corollaire : le r\u00f4le jou\u00e9 par N\u00e9ron dans l&rsquo;av\u00e8nement pr\u00e9vu de la religion nouvelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;attitude de Saint Augustin est ici des plus singuli\u00e8res. Car si, d&rsquo;une part, il explique que l&rsquo;Apocalypse doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e sur le plan spirituel et non astrologique et s&rsquo;il condamne express\u00e9ment la th\u00e9orie des cycles<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>, on le voit d&rsquo;autre part ne pouvoir s&rsquo;en arracher lui-m\u00eame et d\u00e9velopper longuement la th\u00e8se des \u00ab\u00a0synchronismes historiques\u00a0\u00bb \u00e0 partir de l&rsquo;exemple, entre autres, de l&#8217;empire assyrien et de l&#8217;empire romain<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l&rsquo;Eglise commande, qui, victorieuse, ne tol\u00e8re plus l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00eatre provisoire et mortelle. Elle craint la vision de ses Temples un jour d\u00e9truits comme l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 ceux de Babylone et de J\u00e9rusalem. Elle refuse d&rsquo;\u00eatre un simple maillon dans la ronde des Signes, car deux mille ans, est-ce bien si long, lorsqu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 cinq si\u00e8cles derri\u00e8re soi?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 elle fait mutiler les \u0153uvres de Tacite et de Plutarque, \u00ab\u00a0dispara\u00eetre\u00a0\u00bb Lucain en 65, ajouter dans Su\u00e9tone une phrase et d\u00e9placer dans les <em>Annales<\/em>, du livre XVII au livre XIV le r\u00e9cit des massacres ordonn\u00e9s par Galba et que les \u00e2ges \u00e0 venir devront croire l&rsquo;ouvrage du \u00ab\u00a0monstrueux\u00a0\u00bb N\u00e9ron.<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 elle fait \u00e9crire cette \u00e9tonnante <em>Vie de Constantin<\/em>, publi\u00e9e sous le nom d&rsquo;Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e, o\u00f9 l&rsquo;on voit l&#8217;empereur, frapp\u00e9 par la vision d&rsquo;une croix dans le ciel lors de la bataille du pont de Milvius contre Maxence, se convertir et, sur- le- champ, rendre le c\u00e9l\u00e8bre \u00e9dit de tol\u00e9rance en faveur de la religion nouvelle. (La bataille est de 312, l&rsquo;\u00e9dit de 311; celui-ci ne fut pas promulgu\u00e9 par Constantin, mais par son pr\u00e9d\u00e9cesseur Gal\u00e8re; Constantin se convertira en 337, \u00e0 la veille de sa mort et sera baptis\u00e9 par un \u00e9v\u00eaque arien, donc h\u00e9r\u00e9tique, Eus\u00e8be de Nicom\u00e9die).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 les censeurs suppriment dans le trait\u00e9 d&rsquo;Ir\u00e9n\u00e9e, <em>Contre les h\u00e9r\u00e9sies<\/em>, les chapitres favorables \u00e0 la th\u00e9orie des cycles;<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque \u00e9galement o\u00f9 la doctrine du Mill\u00e9nium doit se r\u00e9fugier dans ces ouvrages myst\u00e9rieux, occultes, qu&rsquo;on nomme les \u00ab\u00a0sibyllines chr\u00e9tiennes\u00a0\u00bb et qui, tous, continuent de pr\u00e9dire le Royaume, preuve qu&rsquo;il n&rsquo;est pas encore survenu. Il se fait lentement, contre le d\u00e9cha\u00eenement des grands guerriers barbares lib\u00e9r\u00e9s de la culture et de la loi romaines; bient\u00f4t, contre les Arabes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;un de ces textes, connu sous le nom du <em>Pseudo-M\u00e9thodius<\/em> et longtemps attribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque M\u00e9thodius (4<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle) proph\u00e9tisait en clair, sur le mod\u00e8le des guerres et gu\u00e9rillas des Juges contre les Philistins, l&rsquo;av\u00e8nement de nouveaux infid\u00e8les qui allaient envahir l&rsquo;Egypte, l&rsquo;Afrique du Nord, la M\u00e9sopotamie, la Perse, et m\u00eame \u00e9tendre leur empire jusqu&rsquo;aux Lieux Saints de Palestine, d&rsquo;o\u00f9 ils chasseraient\u00a0 provisoirement \u2014 les chr\u00e9tiens. Apr\u00e8s leur d\u00e9faite seulement, s&rsquo;instaurerait le Royaume de Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;exactitude de ces proph\u00e9ties \u00e9pouvantera suffisamment nos historiens rationalistes pour qu&rsquo;ils se refusent \u00e0 dater l&rsquo;ouvrage ant\u00e9rieurement au 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Admettons-le : c&rsquo;est donc qu&rsquo;au 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle encore le \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb chr\u00e9tien n&rsquo;est pas n\u00e9. Mais, proph\u00e9tiques ou non, ces textes nous font comprendre et mieux admettre la condamnation de l&rsquo;\u00e9ternel retour par l&rsquo;Eglise en butte aux adversit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N&rsquo;\u00e9tait-ce pas assez que d&rsquo;avoir \u00e0 combattre les Infid\u00e8les apr\u00e8s les h\u00e9r\u00e9tiques, les Docteurs trop savants et le barbare inculte, le paysan captif de ses croyances magiques, le seigneur convaincu que l&rsquo;incendie et le pillage r\u00e8glent tous les probl\u00e8mes? Fallait-il qu&rsquo;au surplus des \u0153uvres \u00e9sot\u00e9riques viennent rappeler que le triomphe m\u00eame ne dure qu&rsquo;un jour et que nul \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb n&rsquo;est \u00e9ternel?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autant, en ses d\u00e9buts, l&rsquo;Eglise avait souhait\u00e9 rattacher le Christ au signe des Poissons, autant elle devait maintenant d\u00e9truire tout rapport entre le dieu et le zodiaque, parce qu&rsquo;elle voulait durer. T\u00e2che difficile : les Evangiles \u00e9taient immodifiables; la liturgie m\u00eame fourmillait de concordances, d&rsquo;insinuations : du sacrement du bapt\u00eame jusqu&rsquo;au je\u00fbne du vendredi (jour de V\u00e9nus, donc de l&rsquo;amour universel) et du \u00ab\u00a0poisson\u00a0\u00bb du vendredi jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;anneau pontifical, qui porte l&#8217;embl\u00e8me du Signe. Mais si l&rsquo;on ne peut changer les livres et les rites, on peut modifier le reste et, pour commencer, restituer avril au B\u00e9lier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu&rsquo;alors, les chald\u00e9ens (comme les Chinois) n&rsquo;avaient pas manqu\u00e9, l&rsquo;heure venue, d&rsquo;effectuer dans leurs figures repr\u00e9sentatives du ciel les changements n\u00e9cessaires. Ce qui avait \u00e9t\u00e9 le mois du Taureau dans l&rsquo;ancienne Sumer \u00e9tait devenu, vers les temps d&rsquo;Abraham, le mois du B\u00e9lier, etc. On annula cette pratique. Lorsque Hipparque eut d\u00e9couvert (ou red\u00e9couvert) la pr\u00e9cession des \u00e9quinoxes, qui d\u00e9pla\u00e7ait le \u00ab\u00a0point vernal\u00a0\u00bb de 30\u00b0 tous les 2150 ans, une question se posa pour la premi\u00e8re fois aux astrologues d&rsquo;Alexandrie : \u00ab\u00a0Attacherait-on la nouvelle division \u00e9cliptique aux rep\u00e8res sid\u00e9raux ou au rep\u00e8re tropique de l&rsquo;\u00e9quinoxe?\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le premier cas, les signes correspondraient aux constellations du m\u00eame nom; dans le second cas, la longitude du soleil conserverait les valeurs cardinales (0\u00b0, 90\u00b0, 180\u00b0, 270\u00b0) aux dates tropiques cardinales, mais les signes cesseraient de correspondre aux constellations. La premi\u00e8re solution avait \u00e9t\u00e9 celle des Babyloniens; elle serait celle des astrologues de Caligula et de N\u00e9ron, celle des Chinois et des Indiens. Mais, aux premiers si\u00e8cles de notre \u00e8re, sous l&rsquo;influence de l&rsquo;Eglise chr\u00e9tienne, le seconde fut finalement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e; non pas que l&rsquo;Eglise se pr\u00e9occup\u00e2t de la longitude solaire, mais il fallut qu&rsquo;avec le Christ le temps s&rsquo;arr\u00eat\u00e2t, que la \u00ab\u00a0pr\u00e9cession\u00a0\u00bb f\u00fbt escamot\u00e9e, le zodiaque immobilis\u00e9 dans l&rsquo;espace.<a title=\"\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a> Cet ent\u00eatement alla si loin qu&rsquo;au 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, les J\u00e9suites, d\u00e9couvrant que les astrologues chinois ne respectaient pas le sch\u00e9ma occidental, donn\u00e8rent le nom de \u00ab\u00a0constellations\u00a0\u00bb aux \u00ab\u00a0si\u00e9ou\u00a0\u00bb du syst\u00e8me asiatique \u2014 bien que les Si\u00e9ou y fussent au nombre de 28 et que ce syst\u00e8me ne se rapporte pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9cliptique, comme le zodiaque, mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9quateur \u2014 afin que la distinction entre \u00ab\u00a0Signes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Constellations\u00a0\u00bb f\u00fbt sauvegard\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais pourquoi cet ent\u00eatement? Dans quel but?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le temps marcherait quand m\u00eame. Qui sait? N&rsquo;y avait-il pas l&rsquo;espoir que la fin du monde surviendrait avant la fin du signe et, avec elle, la Parousie, la r\u00e9surrection des morts, le Jugement dernier? Une Eglise accepte de p\u00e9rir si le monde finit en m\u00eame temps qu&rsquo;elle. Ainsi, les proph\u00e8tes juifs avaient, pendant huit si\u00e8cles, proph\u00e9tis\u00e9 le retour du Seigneur victorieux, sans admettre que ce retour marquerait seulement la fin de la pr\u00e9pond\u00e9rance spirituelle du B\u00e9lier.<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> SAINT PAUL : <em>1<sup>\u00e8re<\/sup> Ep\u00eetre aux Thessaloniciens<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> SAINT PAUL : <em>2<sup>\u00e8me<\/sup> Ep\u00eetre aux Thessaloniciens<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> MARC -AURELE : <em>Pens\u00e9es<\/em>, 14.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> APULEE : <em>L&rsquo;Ane d&rsquo;Or<\/em>, XI, 5.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> <em>La Cit\u00e9 de Dieu<\/em>, XII.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> <em>La Cit\u00e9 de Dieu<\/em>, XVIII, 2 et suivants.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> <em>Saint N\u00e9ron<\/em>, Robert Laffont, 1962. Editions Edite, 2000.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> On ne d\u00e9couvrira ces chapitres, par hasard, qu&rsquo;en 1575, dans un manuscrit \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la censure.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> L. DE SAUSSURE : <em>Origine de l&rsquo;astronomie chinoise<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Cela, naturellement, n&rsquo;est vrai que pour notre Occident chr\u00e9tien. Voil\u00e0 pourquoi, au mois de f\u00e9vrier 1962, les astrologues de l&rsquo;Inde ont annonc\u00e9 la conjonction de sept plan\u00e8tes dans le Capricorne, alors que leurs confr\u00e8res parisiens la pr\u00e9tendaient dans le Verseau.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Nouveau regard sur les h\u00e9r\u00e9sies<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette imposture, certains chr\u00e9tiens ne l&rsquo;accept\u00e8rent jamais; quant aux peuples, ils ne l&rsquo;oubli\u00e8rent pas : en Espagne, \u00ab\u00a0la f\u00eate de la Sardine\u00a0\u00bb et m\u00eame la mince dr\u00f4lerie de notre \u00ab\u00a0poisson d&rsquo;avril\u00a0\u00bb en t\u00e9moignent encore aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, d&rsquo;innombrables querelles opposaient sur ce point (et bien d&rsquo;autres, qui en d\u00e9coulaient) l&rsquo;\u00e9glise de Rome et l&rsquo;\u00e9glise de Byzance; de renaissantes h\u00e9r\u00e9sies d\u00e9chiraient la chr\u00e9tient\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi celles-ci, l&rsquo;une des moins connues n&rsquo;est pas la moins importante : l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie des Pauliciens. La croyance de cette secte \u00e9tait qu&rsquo;une grande partie de l&rsquo;histoire du Christ devait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e symboliquement. Elle rejetait l&rsquo;Ancien Testament (vestige de la religion du B\u00e9lier) et certaines parties du Nouveau (entre autres, la moiti\u00e9 des Actes, et les Ep\u00eetres de Pierre); elle condamnait tout \u00e0 la fois le culte de la Vierge, comme paganiste, le bapt\u00eame et l&rsquo;eucharistie comme \u00e9tant d&rsquo;origine \u00ab\u00a0impure\u00a0\u00bb, l&rsquo;ordination comme contraire \u00e0 l&rsquo;Esprit Nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fond\u00e9e en 660 par Constantin de Manalis, en Syrie, la secte parvint tout d&rsquo;abord \u00e0 constituer un Etat ind\u00e9pendant en Asie Mineure. D\u00e9port\u00e9s en 752, une partie des Pauliciens se maintinrent en Thrace dans l&rsquo;ombre pendant cinq si\u00e8cles pour y repara\u00eetre vers 1300. Une autre partie de la secte, r\u00e9fugi\u00e9e dans les Balkans, notamment en Bulgarie, s&rsquo;y tint tranquille aussi jusque vers 1300, date \u00e0 laquelle elle reparut sous le nom de secte des Bogomiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hostiles \u00e0 la Vierge et aux sacrements, au culte des saints et des images, qu&rsquo;ils nommaient des inventions diaboliques, les Bogomiles eurent de nombreux martyrs tout au long des 13<sup>\u00e8me<\/sup> et 14<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles, avant de dispara\u00eetre, comme en France les Cathares, eux-m\u00eames originaires des Balkans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;entre pas dans mon propos d&rsquo;analyser les th\u00e9ories cathares; je remarquerai seulement que leur hi\u00e9rarchie spirituelle (des \u00ab\u00a0purs\u00a0\u00bb aux \u00ab\u00a0parfaits\u00a0\u00bb), fond\u00e9e sur un asc\u00e9tisme croissant, rappelle curieusement, d&rsquo;une part, la hi\u00e9rarchie spirituelle du mazd\u00e9isme et d&rsquo;autre part l&rsquo;\u00e9chelle de purification enseign\u00e9e par les bouddhistes, religions et cultes, nous le verrons, essentiellement conscients d&rsquo;un \u00e9ternel retour cosmique. On sait que la secte fut enti\u00e8rement an\u00e9antie sur l&rsquo;ordre du pape Innocent III, au terme des guerres d&rsquo;extermination les plus atroces de l&rsquo;histoire.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ce m\u00eame 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle o\u00f9 paraissent, pour \u00eatre bient\u00f4t d\u00e9truites, les sectes bogomiles et cathares, c&rsquo;est \u00e9galement le temps que Joachim de Flore avait indiqu\u00e9 pour \u00eatre le commencement de la fin; o\u00f9 para\u00eet (en 1280) le premier texte en faveur de la s\u00e9paration de l&rsquo;Eglise et de l&rsquo;Etat (<em>Questio in utramque partem<\/em>); o\u00f9 les Grecs chassent les Latins de Constantinople (1261); o\u00f9 les chr\u00e9tiens perdent la Terre Sainte (1291). Bient\u00f4t, les papes s&rsquo;installeront \u00e0 Avignon (1309), les Templiers seront condamn\u00e9s, parce qu&rsquo;ils voient dans la Croix le signe de la B\u00eate, le patriarcat orthodoxe s&rsquo;intronisera \u00e0 Moscou (1321) et l&rsquo;abb\u00e9 Engelbert d&rsquo;Admont publiera le livre qui sonne le glas de la chr\u00e9tient\u00e9; l&rsquo;Esprit se d\u00e9tache de la foi; les chr\u00e9tiens se d\u00e9tachent de Rome; en tous points, c&rsquo;est la fin du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 que vont appara\u00eetre les B\u00e9guins et les Flagellants, bien plus dangereux que les Albigeois, car les nouveaux mystiques n&rsquo;esp\u00e8rent plus rien; ils ne savent qu&rsquo;accuser Rome d&rsquo;avoir perdu le Royaume. A nouveau nous assaille l&rsquo;intuition d&rsquo;une richesse inestimable, r\u00e9volue, en regard de laquelle les inventions des hommes, leur politique, leurs rigueurs et leurs r\u00eaves sont en effet \u00ab\u00a0la vanit\u00e9 des vanit\u00e9s\u00a0\u00bb, le n\u00e9ant multipli\u00e9 par lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du moins, cette richesse incomparable, ce \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb, nous pouvons \u00e0 pr\u00e9sent le dater exactement. Jusqu&rsquo;au 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, les textes sibyllins l&rsquo;attendent et l&rsquo;esp\u00e8rent; \u00e0 partir du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, Joachim de Flore, Engelbert d&rsquo;Admont, puis tout le peuple chr\u00e9tien d\u00e9plorent sa perte. Ainsi avions-nous vu, avant Mo\u00efse, les peuplades s\u00e9mites d&rsquo;Egypte r\u00eaver de la Terre Promise; apr\u00e8s David et Salomon, les proph\u00e8tes d&rsquo;Isra\u00ebl pleurer le royaume d\u00e9chu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De 800 \u00e0 1300 de notre \u00e8re, de 1450 \u00e0 950 avant J.-C., \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb s&rsquo;est produit deux fois, que nous devons maintenant nommer.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> On peut encore retrouver certains des th\u00e8mes communs \u00e0 cette longue suite d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sies dans l&rsquo;Anthroposophie de Rudolf Steiner (1861-1925), selon laquelle le Christ serait une r\u00e9incarnation de Dionysos et de Mithra.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Ce temps-l\u00e0\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Il n&rsquo;y avait ni ch\u00e2timent ni crainte; des paroles mena\u00e7antes n&rsquo;\u00e9taient point lues sur des tables d&rsquo;airain affich\u00e9es en public; une foule suppliante ne craignait pas les regards de son juge; mais, quoique personne ne pun\u00eet les fautes, on \u00e9tait en s\u00e9curit\u00e9.\u00a0\u00bb Ovide s&rsquo;exprime ainsi dans ses <em>M\u00e9tamorphoses<\/em>, et S\u00e9n\u00e8que ne parle pas diff\u00e9remment de ces \u00ab\u00a0temps fortun\u00e9s, o\u00f9 les bienfaits de la nature \u00e9taient communs \u00e0 tous les hommes, avant que le luxe et l&rsquo;avarice eussent \u00e9tabli des soci\u00e9t\u00e9s particuli\u00e8res et usurp\u00e9 le bien commun.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En bref, on a reconnu l&rsquo;Age d&rsquo;Or, auquel nul historien s\u00e9rieux ne voudrait consentir la moindre r\u00e9alit\u00e9. Il est vrai que le ton des \u00e9crivains latins n&rsquo;a rien de convaincant, comme s&rsquo;ils ne croyaient plus, eux-m\u00eames, au vieux r\u00eave de l&rsquo;humanit\u00e9. Mais le ton, le rythme, l&rsquo;accent deviennent tout autres dans les vieux textes babyloniens, dans les Soutras indiens, dans les livres inspir\u00e9s de la Bible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0En ce temps-l\u00e0, il n&rsquo;y avait pas de roi en Isra\u00ebl; chacun faisait ce qui \u00e9tait bon\u2026\u00a0\u00bb Ainsi s&rsquo;ach\u00e8ve le Livre des Juges, et l&rsquo;on y croit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si nous apprenions \u00e0 mieux lire, \u00e0 lire seulement ce qui est \u00e9crit, bien des erreurs et contresens nous seraient \u00e9pargn\u00e9s, car les mots portent un \u00ab\u00a0sens plein\u00a0\u00bb qui contient l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement m\u00eame. Nous l&rsquo;avons vu par ces ruptures d\u00e9cisives que furent, dans l&rsquo;histoire des religions respectives, le remplacement de \u00ab\u00a0chr\u00e9tien\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0catholique\u00a0\u00bb, d'\u00a0\u00bbisra\u00e9lite\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0juif\u00a0\u00bb. Un autre exemple n&rsquo;en sera pas moins \u00e9clairant : l&rsquo;expression \u00ab\u00a0<em>in illo tempore<\/em>\u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0en ce temps-l\u00e0\u00a0\u00bb, o\u00f9 Mirc\u00e9a Eliade voit l&rsquo;une des cl\u00e9s de l&rsquo;\u00e9ternel retour (parce que le rite-anniversaire : <em>akitu<\/em>, f\u00eate du premier de l&rsquo;an, p\u00e2que juive, eucharistie, aurait pour but, pr\u00e9cis\u00e9ment, de r\u00e9actualiser en ce temps-ci, le n\u00f4tre, \u00ab\u00a0ce temps-l\u00e0\u00a0\u00bb o\u00f9 le dieu lui-m\u00eame institua le rite et triompha du mal : le chaos ou le p\u00e9ch\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais trop souvent l&rsquo;expression semble prise comme une simple indication d&rsquo;\u00e9loignement dans la dur\u00e9e, \u00ab\u00a0ce temps-l\u00e0\u00a0\u00bb signifiant alors un temps lointain, sur lequel nous ne pouvons plus exercer notre sens critique, aucun contr\u00f4le. Chez d&rsquo;autres historiens, et chez Eliade lui-m\u00eame, l&rsquo;expression sera prise comme une annulation pure et simple de l&rsquo;Histoire; elle signifiera : en dehors du temps, dans l&rsquo;orbe de la l\u00e9gende ou du sacr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, les textes d\u00e9mentent la premi\u00e8re interpr\u00e9tation. Car les mots \u00ab\u00a0en ce temps-l\u00e0\u00a0\u00bb ne d\u00e9signent pas toujours une \u00e9poque \u00e9loign\u00e9e, ni m\u00eame l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 v\u00e9cut le dieu. S&rsquo;ils se trouvent dans <em>Le Livre de la Cr\u00e9ation<\/em>, dans <em>La Gen\u00e8se<\/em>, dans <em>L&rsquo;Evangile<\/em>, ils se lisent \u00e9galement dans <em>Le Livre de l&rsquo;homme qui a vu<\/em>, dans le <em>Livre des Juges<\/em> et dans les <em>Fioretti<\/em>. Et, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du temps de David et de Salomon ou de celui des chevaliers de la Table Ronde, nous voyons, un si\u00e8cle apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement, l&rsquo;expression d\u00e9j\u00e0 employ\u00e9e, alors qu&rsquo;elle ne l&rsquo;est pas au sujet d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements quelquefois ant\u00e9rieurs. Quel historien s&rsquo;aviserait d&rsquo;\u00e9crire : \u00ab\u00a0En ce temps-l\u00e0, Sargon investit les villes de Sumer\u00a0\u00bb ou bien : \u00ab\u00a0En ce temps-l\u00e0, Claude fut nomm\u00e9 consul\u00a0\u00bb?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas davantage \u00ab\u00a0ce temps-l\u00e0\u00a0\u00bb n&rsquo;est hors du temps; c&rsquo;est au contraire, historiquement, le mieux connu qui soit. De la longue p\u00e9riode qui va du lendemain du d\u00e9luge \u00e0 la conqu\u00eate akkadienne (mille ans), le po\u00e8me de Gilgamesh est le t\u00e9moignage le plus complet qui nous reste, alors que des milliers d&rsquo;autres r\u00e9cits, documents, actes, ont disparu ou nous parviennent irr\u00e9m\u00e9diablement tronqu\u00e9s. Au surplus, des ruines de monuments, du temple d&rsquo;Eanna, de la muraille d&rsquo;Ourouk, etc., t\u00e9moignent apr\u00e8s cinq mille ans de la r\u00e9alit\u00e9 des faits. (A tel point que, malgr\u00e9 l&rsquo;horreur de l&rsquo;historien pour la \u00ab\u00a0l\u00e9gende\u00a0\u00bb, l&rsquo;existence de Gilgamesh n&rsquo;est plus jamais contest\u00e9e).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, apr\u00e8s David et Salomon non plus qu&rsquo;avant Mo\u00efse, l&rsquo;histoire des H\u00e9breux ne pr\u00e9sente nulle part cette densit\u00e9, cette \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb qu&rsquo;expriment les ruines d&rsquo;Hazor et les livres circonstanci\u00e9s de la Bible. Car ce que racontent l&rsquo;Exode, les Nombres, le Livre de Josu\u00e9, le Livre des Juges, les Livres des Rois, ce sont des \u00e9v\u00e8nements, des faits, dont les vestiges de pierre que mettent \u00e0 jour les fouilles palestiniennes nous font toucher l&rsquo;exacte r\u00e9alit\u00e9. Et, tout pr\u00e8s de nous, quel t\u00e9moignage d&rsquo;un \u00ab\u00a0temps\u00a0\u00bb unique serait plus pr\u00e9cis, plus mat\u00e9riel que Notre-Dame de Paris?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, loin de s&rsquo;isoler de l&rsquo;Histoire ou de s&rsquo;y perdre, ce qui arrive \u00ab\u00a0en ce temps-l\u00e0\u00a0\u00bb est paradoxalement ce qui triomphe des si\u00e8cles, comme si ce temps-l\u00e0 d\u00e9tenait des pouvoirs de survie que les autres n&rsquo;ont pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, en effet, des autres temps il se distingue en cela qu&rsquo;il ne comporte aucun moment insignifiant ou isol\u00e9, sans cons\u00e9quence, \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb. Ce qui s&rsquo;y passe se rattache \u00e0 une totalit\u00e9 : l&rsquo;ensemble du temps v\u00e9cu depuis les origines du monde. Et c&rsquo;est aussi pourquoi ce temps est celui des proph\u00e8tes : Joachim de Flore et Savonarole n&rsquo;ont que la peine de puiser dans l&rsquo;histoire d&rsquo;Isra\u00ebl, Elie et Os\u00e9e dans celle de Sumer. Deux mille ans plus t\u00f4t, alors, c&rsquo;\u00e9tait hier (quand, dans l&rsquo;autre temps, le n\u00f4tre, c&rsquo;est une \u00e9ternit\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des jeunes gens qui s&rsquo;aiment relieront sans effort les instants de leurs rencontres, parce que le temps de leurs rencontres ne se compare \u00e0 nul autre. Ainsi ne peut se confondre avec nulle autre cette p\u00e9riode privil\u00e9gi\u00e9e qui jamais ne se retrouve la m\u00eame et qui pourtant revient, \u00e0 chaque fois diff\u00e9rente, aussi r\u00e9guli\u00e8rement que le jour ou l&rsquo;\u00e9t\u00e9 : \u00e2ge h\u00e9ro\u00efque de Kish, royaume d&rsquo;Isra\u00ebl, haut moyen \u00e2ge chr\u00e9tien.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> SENEQUE : <em>Lettre <\/em>XC.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Le Royaume de Dieu<\/em><\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, situ\u00e9 dans le temps, ce \u00ab\u00a0temps-l\u00e0\u00a0\u00bb ne l&rsquo;est pas dans l&rsquo;Histoire. On ne peut qu&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9 par la g\u00eane, l&rsquo;incomp\u00e9tence de l&rsquo;historien qui veut y appliquer les m\u00e9thodes les mieux \u00e9prouv\u00e9es d&rsquo;autre part. Au c\u0153ur le plus obscur (ou le plus \u00e9blouissant) du Royaume, de 1200 \u00e0 900 avant J.-C., de 900 \u00e0 1200 apr\u00e8s J.-C., l&rsquo;historien p\u00e9n\u00e8tre dans un monde o\u00f9 il lui semble soudain que toute relativit\u00e9 s&rsquo;est abolie, et que les \u00e9v\u00e8nements se r\u00e9pondent et s&rsquo;ench\u00e2ssent pour constituer une totalit\u00e9 imp\u00e9n\u00e9trable, l&rsquo;image humaine et temporelle la plus parfaite de l&rsquo;absolu.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;alors, l&rsquo;historien a vu vivre des peuples, des civilisations. Avant 1200 : l&rsquo;Elam et l&rsquo;Assyrie, l&rsquo;Egypte, Myc\u00e8nes, le Mitanni s&rsquo;\u00e9croulent ou se reconstruisent; provisoirement, un peuple l&#8217;emporte sur quelque autre, par une technique am\u00e9lior\u00e9e, de meilleures conditions \u00e9conomiques, de meilleurs chefs, puis, \u00e0 son tour, il doit c\u00e9der la place. Cela s&rsquo;explique toujours et, tr\u00e8s visiblement, des \u00ab\u00a0hommes\u00a0\u00bb sont responsables de ces victoires et de ces \u00e9checs. AU 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., de m\u00eame, on retrouvera une Egypte \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb et de nouveaux Etats : la M\u00e9die ou la Perse, puis la Gr\u00e8ce, puis Rome (tous marqu\u00e9s, nous le verrons, par l&rsquo;esprit du B\u00e9lier); alors, l&rsquo;Histoire \u2014 la relativit\u00e9 \u2014 recouvrera ses droits et ses pouvoirs : on saura que tel roi fut victorieux ou d\u00e9tr\u00f4n\u00e9, et l&rsquo;on imaginera pourquoi.<\/p>\n<p>Mais, entre ces deux dates, il n&rsquo;est rien que la nuit \u2014 et la Clart\u00e9. \u00ab\u00a0Moyen \u00e2ge grec\u00a0\u00bb, dit-on (avouant par la m\u00eame l&rsquo;\u00e9trange concordance entre les deux Royaumes); ou bien : \u00ab\u00a0absence de documents\u00a0\u00bb, car du d\u00e9sert rien ne s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve si ce n&rsquo;est le livre sacr\u00e9, la l\u00e9gende, le mythe. Et toutes ces \u0153uvres : les derniers V\u00e9das, le livre de Zoroastre, les l\u00e9gendes ach\u00e9ennes et phrygiennes (Argonautes, Toison d&rsquo;Or, Ulysse), la Bible enfin ne font que redire \u00e0 tous vents les \u00e9chos de la Parole b\u00e9lique : esprit patriarcal, familial, justicier. Pourquoi tous les empires se sont-ils effondr\u00e9s? Pourquoi sont-ce des S\u00e9mites qui triomphent soudain en Assyrie, en Babylonie, en M\u00e9die? Pourquoi ces descendants des Hittites, les Phrygiens, adorent-ils maintenant Sabazius, dieu-b\u00e9lier? Pourquoi l&rsquo;Agni indien et l&rsquo;Ammon \u00e9gyptien arborent-ils maintenant des t\u00eates de b\u00e9lier? Comment ce petit peuple sans d\u00e9fense, l&rsquo;Isra\u00e9lite, a-t-il donn\u00e9 aux M\u00e8des le sens de la Justice, a-t-il rendu les Ach\u00e9ens sensibles au mythe de la Toison d&rsquo;Or, \u00e0 la ruse beno\u00eete d&rsquo;Ulysse, \u00e0 la Sagesse de Pallas? Comment est-il devenu le seul organisme vivant dans un monde mort, et son message la seule voix qui s&rsquo;y fasse entendre, des rives de l&rsquo;Indus aux bords du Nil?<\/p>\n<p>2150 ans plus tard, l&rsquo;Histoire butte sur le m\u00eame trou d&rsquo;ombre ou de clart\u00e9. A l&rsquo;exception de ru\u00e9es barbares sans puissance contre l&rsquo;Esprit, seul cet Esprit domine l&rsquo;univers. En pleine victoire, l&rsquo;Islam immobilis\u00e9 doit supporter des proph\u00e8tes h\u00e9r\u00e9tiques, ivres d&rsquo;amour qui, tel Hallaj, r\u00eavent d&rsquo;y acclimater la Croix. L&rsquo;indestructible Celte se convertit et des navigateurs bretons vont porter jusqu&rsquo;en Am\u00e9rique, bien avant Colomb et m\u00eame avant les Vikings, le message du Renouveau. Au P\u00e9rou, les chimus de Pachacamac adorent un dieu-poisson; au Mexique, le Tolt\u00e8que impose son Quetzalc\u00f3atl, en lequel les Espagnols reconna\u00eetront un \u00ab\u00a0dieu chr\u00e9tien\u00a0\u00bb. Aux Indes, le bouddhisme acc\u00e8de \u00e0 ses \u0153uvres les plus mystiques; jusqu&rsquo;alors combattu en Chine, il y balaie soudain toutes les autres croyances, tandis qu&rsquo;au c\u0153ur de l&rsquo;Afrique musulmane ou de l&rsquo;Asie mongole, se dressent ces empires chr\u00e9tiens de l&rsquo;Orkhon et de l&rsquo;Ethiopie, qu&rsquo;une m\u00eame fabuleuse l\u00e9gende englobera sous le nom d&#8217;empire du Pr\u00eatre Jean.<\/p>\n<p>Socialement? C&rsquo;est encore plus simple. Deux royaumes se partagent l&rsquo;Occident et le Moyen-Orient. L&rsquo;Empire de Byzance, presque aussi vaste que l&rsquo;Empire romain, s&rsquo;est \u00e9tendu de l&rsquo;Italie jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ancienne M\u00e9sopotamie (l&rsquo;Arm\u00e9nie). Les papes de Rome, qui font et d\u00e9font les empereurs, dominent sur tous les pays d&rsquo;Europe (\u00e0 l&rsquo;exception de quelques villes d&rsquo;Espagne, encore aux mains des infid\u00e8les). Puis, au c\u0153ur du Royaume, ces villes m\u00eames, sinon Grenade, et jusqu&rsquo;\u00e0 la Terre Sainte seront reprises \u00e0 l&rsquo;Islam, soudant l&rsquo;Orient et l&rsquo;Occident. Hors le dieu nouveau rien ne subsiste, rien ne triomphe, rien ne peut \u00eatre per\u00e7u qui ne soit la d\u00e9faite, l&rsquo;ignorance et la nuit\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Caract\u00e8re du Royaume<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ce Royaume, Joachim de Flore en avait situ\u00e9 l&rsquo;apog\u00e9e entre 1200 et 1260, qui fut pr\u00e9cis\u00e9ment le temps des cath\u00e9drales; c&rsquo;\u00e9tait commettre l&rsquo;erreur des Juifs, pour lesquels le Royaume se fut situ\u00e9 aux temps de David et de Salomon, entre 1000 et 930 avant J.-C. Il se peut que les \u0152uvres, \u00e9clatantes, immortelles, s&rsquo;y manifestent alors comme le fruit le plus m\u00fbr \u2014 ou comme le chant du cygne. Mais autre chose, ici, est en question qu&rsquo;une \u0153uvre, si parfaite f\u00fbt-elle.<\/p>\n<p>Selon les livres saints, le royaume biblique, le temps du miracle, commence d\u00e8s les jours de l&rsquo;Exode, vers 1440 avant J.-C. : les victoires de Mo\u00efse sur les pr\u00eatres \u00e9gyptiens, le passage de la Mer Rouge, le buisson de feu, la manne dans le d\u00e9sert, le soleil arr\u00eat\u00e9 dans sa course, la toison du b\u00e9lier pr\u00e9serv\u00e9 de la ros\u00e9e, les combats de G\u00e9d\u00e9on, de Samson en participent, \u00ab\u00a0car, en ce temps-l\u00e0, chacun faisait ce qui \u00e9tait bon\u2026\u00a0\u00bb Le Livre des Juges s&rsquo;ach\u00e8ve un si\u00e8cle au moins avant que le Temple f\u00fbt construit.<\/p>\n<p>De m\u00eame, \u00e0 partir de 750-800 apr\u00e8s J.-C., le lecteur qui parcourt le plus banal pr\u00e9cis d&rsquo;Histoire ne peut qu&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9 par un changement consid\u00e9rable. Plus t\u00f4t : une suite d&rsquo;\u00e9checs, de difficiles compromis \u2014 crises de l&rsquo;arianisme, du monoth\u00e9lisme, lutte contre les barbares, av\u00e8nement de l&rsquo;Islam, conqu\u00eates arabes de la Terre Sainte, de l&rsquo;Espagne, etc. Entre 750 et 800 : le d\u00e9membrement soudain de l&#8217;empire arabe, le silence des h\u00e9r\u00e9sies (et m\u00eame des textes sibyllins), la naissance de l&rsquo;Etat pontifical, l&rsquo;av\u00e8nement de Charlemagne, son couronnement\u2026<\/p>\n<p>Certes, les \u00e9preuves sont loin d&rsquo;\u00eatre achev\u00e9es : il y aura encore la Querelle des Images (jusqu&rsquo;en 843), le sac de Saint-Pierre de Rome par les Arabes (846), le si\u00e8ge de Paris par les Normands (886), les invasions hongroises, sarrasines, normandes (entre 920 et 960). Le Saint Empire romain ne sera fond\u00e9 qu&rsquo;en 962, la Russie convertie seulement en 987. Mais l&rsquo;essentiel n&rsquo;est pas l\u00e0, et l&rsquo;on a vu de m\u00eame, entre 1300 et 1000 avant J.-C., le peuple \u00e9lu ne cesser de combattre, contre les fils d&rsquo;Ammon, contre les Philistins (et l&rsquo;Arche d&rsquo;Alliance m\u00eame, ainsi que Rome plus tard, aux mains des infid\u00e8les).<\/p>\n<p>L&rsquo;essentiel est dans cet \u00ab\u00a0esprit\u00a0\u00bb qui, insensiblement, gagne et impr\u00e8gne le monde; esprit chr\u00e9tien en Occident, esprit bouddhiste dans les pays d&rsquo;Orient. Il est dans ces institutions nouvelles et magnifiques : la Tr\u00eave de Dieu, la loi d&rsquo;Asile, qui r\u00e9p\u00e8tent en les amplifiant les \u00ab\u00a0villes de refuge\u00a0\u00bb institu\u00e9es par Josu\u00e9 treize si\u00e8cles avant le Christ; dans ce d\u00e9veloppement tranquille et harmonieux du culte que fut le m\u00fbrissement de la liturgie. Il est dans l&rsquo;incessante et incroyable victoire des saints contre des brutes, bard\u00e9es de stupidit\u00e9 plus encore que de fer.<\/p>\n<p>Pour une fois, je donnerai raison \u00e0 Daniel-Rops : \u00ab\u00a0L&rsquo;homme du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, m\u00eame croyant, baigne dans une atmosph\u00e8re intellectuelle \u00e0 composantes scientifiques; il est p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il existe des lois naturelles qui r\u00e9gissent l&rsquo;univers; il pense en fonction du principe de causalit\u00e9. L&rsquo;homme du Moyen Age s&rsquo;appuie sur d&rsquo;autres bases. Puisque Dieu est, et qu&rsquo;Il est tout-puissant, les faits de la terre n&rsquo;ob\u00e9issent \u00e0 la logique humaine que dans la mesure o\u00f9 Il le permet, o\u00f9 Il n&rsquo;intervient pas pour en modifier le cours.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p>Parlant de \u00ab\u00a0ce temps-l\u00e0\u00a0\u00bb, Eliade exprime plus simplement et plus clairement peut-\u00eatre, la m\u00eame id\u00e9e : \u00ab\u00a0La dialectique des hi\u00e9rophanies permet la <em>red\u00e9couverte<\/em> spontan\u00e9e et int\u00e9grale de toutes les valeurs religieuses, quelles qu&rsquo;elles soient et \u00e0 quelque niveau historique que puisse se trouver la soci\u00e9t\u00e9 ou l&rsquo;individu qui r\u00e9alise cette d\u00e9couverte. L&rsquo;histoire des religions se voit ainsi ramen\u00e9e, en derni\u00e8re analyse, au drame provoqu\u00e9 par la perte et la red\u00e9couverte de ces valeurs, perte et red\u00e9couverte qui ne sont jamais, qui <em>ne sauraient m\u00eame jamais \u00eatre d\u00e9finitives<\/em>.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p>Du 9<sup>\u00e8me<\/sup> au 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, les \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb sont red\u00e9couvertes et le miracle est quotidien. Des hosties coule le sang; les chevaliers triomphent gr\u00e2ce aux reliques qu&rsquo;ils portent dans le pommeau de leur \u00e9p\u00e9e; les anges, les saints d\u00e9funts, J\u00e9sus lui-m\u00eame apparaissent et parlent aux hommes \u2014 et les d\u00e9mons et leur seigneur, le Diable, interviennent tout aussi visiblement. Parfois, le miracle est d&rsquo;un tel ordre que l&rsquo;esprit raisonnable ne peut le nier sans nier un fait d&rsquo;Histoire : la victoire du petit peuple h\u00e9breu sur les meilleurs guerriers du temps, ou l&rsquo;incroyable premi\u00e8re croisade, jet\u00e9e aux sables du d\u00e9sert dans une totale ignorance des conditions mat\u00e9rielles auxquelles elle devra s&rsquo;adapter, tragique et cependant la seule triomphante, car J\u00e9rusalem ne tombera que cette fois-l\u00e0 en l&#8217;emprise des crois\u00e9s (1099).<\/p>\n<p>En ce temps-l\u00e0, na\u00eet l&rsquo;art nouveau, la cr\u00e9ation d&#8217;embl\u00e9e parfaite : les pyramides de Saggara, les ziggourats de Warka et de Kish; le premier temple de J\u00e9rusalem; les premi\u00e8res cath\u00e9drales gothiques. En ce temps-l\u00e0, s&rsquo;incarne dans un langage nouveau et populaire l&rsquo;Esprit ressuscit\u00e9, \u00e0 travers ces chefs-d&rsquo;\u0153uvre : le po\u00e8me de Gilgamesh, les livres \u00ab\u00a0inspir\u00e9s\u00a0\u00bb de la Bible, les chansons de gestes ou les Fioretti \u2014 le chant gr\u00e9gorien.<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n<p>En ce temps-l\u00e0, joue le peuple et les f\u00eates sacr\u00e9es ne se distinguent pas des r\u00e9jouissances vulgaires : le comp\u00e8re lutine sa comm\u00e8re dans le lutrin, le chasseur p\u00e9n\u00e8tre dans l&rsquo;\u00e9glise avec sa meute, l&rsquo;homme et la femme dorment nus.<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> En ce temps-l\u00e0, les monstres m\u00eames ont cette sorte de beaut\u00e9 qu&rsquo;on admire dans les gargouilles des cath\u00e9drales, comme dans les descriptions du monstre Khombaba de la montagne des C\u00e8dres, ou du g\u00e9ant Goliath; car la vie impr\u00e8gne toute chose, y compris l&rsquo;ennemi, et rien de la vie n&rsquo;est m\u00e9prisable. Puis, on triomphe trop ais\u00e9ment pour trouver le temps de ha\u00efr.<\/p>\n<p>En fin de compte, ainsi, l&rsquo;irrempla\u00e7able valeur de \u00ab\u00a0ce temps-l\u00e0\u00a0\u00bb ne tient pas aux divertissements des peuples, \u00e0 la richesse des rois, aux victoires des h\u00e9ros, aux \u0153uvres des artistes. Elle tient \u00e0 ce que les hommes sont pleinement conscients de leur place dans l&rsquo;univers, chaleureux, inspir\u00e9s et justes. Elle tient \u00e0 cette aide qui leur vient de partout, du cosmos tout entier, dont les \u00e9nergies soudain les enveloppent, les impr\u00e8gnent et les sur\u00e9l\u00e8vent.<\/p>\n<p>Cette aide, tous la ressentent, et les \u00ab\u00a0pa\u00efens\u00a0\u00bb eux-m\u00eames, qui n&rsquo;ont pas su nommer l&rsquo;esprit nouveau. N&rsquo;est-il pas significatif que la croyance aux f\u00e9es, la renaissance de la magie, de l&rsquo;alchimie, de la sorcellerie\u2026 suivent de pr\u00e8s de telles \u00e9poques, \u00e2ge de Salomon ou \u00e2ge des cath\u00e9drales, comme si l&rsquo;homme le plus frustre ressentait tout \u00e0 coup la r\u00e9alit\u00e9 sensible d&rsquo;un \u00ab\u00a0rapport\u00a0\u00bb qui va s&rsquo;att\u00e9nuant?<\/p>\n<p>Pour le croyant, ce rapport unit les hommes \u00e0 Dieu. \u00ab\u00a0Je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre\u2026 Et je vis descendre du ciel, d&rsquo;aupr\u00e8s de Dieu, la ville sainte, une J\u00e9rusalem nouvelle, v\u00eatue comme une mari\u00e9e par\u00e9e pour son \u00e9poux. Et j&rsquo;entendis une voix forte qui disait : Voici le Tabernacle de Dieu avec les hommes : il habitera avec eux et ils seront son peuple; et lui-m\u00eame il sera Dieu pour eux au milieu d&rsquo;eux.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a><\/p>\n<p>Car ce temps-l\u00e0 est l&rsquo;accomplissement de la Promesse, son \u00e2ge adulte, et l&rsquo;esprit nouveau s&rsquo;y incarne comme l&rsquo;intelligence et la force en celui qui a bien grandi. Chaque peuple le vit diff\u00e9remment, mais aussi pareillement \u2014 en Dieu. J&rsquo;ai signal\u00e9 comment le Livre des Juges explique les \u00e9preuves, les combats d&rsquo;Isra\u00ebl par des fautes dont le peuple \u00e9lu se serait rendu coupable envers Yahv\u00e9. A \u00e9tudier le livre, on distingue ais\u00e9ment que cela seul compte aux yeux du narrateur : tout le reste est accessoire. Or, cet esprit se retrouve au Moyen Age o\u00f9, de m\u00eame, les premi\u00e8res \u00e9preuves de la chr\u00e9tient\u00e9 sont re\u00e7ues par tous comme une cons\u00e9quence des p\u00e9ch\u00e9s de l&rsquo;Eglise (de Byzance, d&rsquo;abord, puis de Rome), comme le signe que Dieu se retire de son peuple. Et ce n&rsquo;est pas une co\u00efncidence si les phrases de Daniel-Rops que nous avons cit\u00e9es, touchant le Moyen Age chr\u00e9tien, font \u00e9cho \u00e0 celles de Fran\u00e7ois Guizot parlant d&rsquo;Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Bible n&rsquo;est pas un po\u00e8me o\u00f9 l&rsquo;homme raconte et chante les aventures de ses dieux, m\u00eal\u00e9es \u00e0 ses propres aventures; c&rsquo;est un drame r\u00e9el, un dialogue continu entre Dieu et l&rsquo;homme personnifi\u00e9 dans le peuple h\u00e9breu; c&rsquo;est d&rsquo;une part la volont\u00e9 et l&rsquo;action divine, de l&rsquo;autre la libert\u00e9 et la foi humaine, tant\u00f4t dans une pieuse union, tant\u00f4t dans un fatal d\u00e9saccord.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a><\/p>\n<p>C&rsquo;est qu&rsquo;en ce temps-l\u00e0, tout se tient : le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l&rsquo;avenir; le cosmos et l&rsquo;humanit\u00e9. L&rsquo;\u00e9v\u00e8nement est un retour en m\u00eame temps qu&rsquo;une cause, un ch\u00e2timent, un signe. Rien de ce qui fut n&rsquo;est sans correspondance avec ce qui sera; et rien qui s&rsquo;accomplit sur terre n&rsquo;est sans rapport avec l&rsquo;univers entier. En regard de cette saisie de l&rsquo;universel (et de l&rsquo;intemporel), tout le reste est en effet sans importance, f\u00fbt-ce le miracle. Car si, en ce temps-l\u00e0, le miracle abonde, il n&rsquo;est que l&rsquo;effet d&rsquo;une plus vaste abondance, comme la sati\u00e9t\u00e9 suit une riche nourriture. Et c&rsquo;est bien \u00e9galement comme une faim d\u00e9vorante, soudaine, que les hommes \u00e9prouvent la sortie de ce temps-l\u00e0.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> DANIEL-ROPS : <em>L&rsquo;Eglise de la Cath\u00e9drale et de la Croisade<\/em>, Fayard.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Mirc\u00e9a ELIADE : derni\u00e8res phrases du <em>Trait\u00e9 de l&rsquo;Histoire des Religions<\/em>. Ce n&rsquo;est pas moi qui souligne.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Que tous ces textes soient post\u00e9rieurs au Royaume n&rsquo;infirme pas la th\u00e8se. La d\u00e9couverte de fragments du livre de Gilgamesh, dat\u00e9s du 3<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire, prouve la conservation du \u00ab\u00a0ton\u00a0\u00bb \u00e0 travers tous les remaniements post\u00e9rieurs. De m\u00eame, dat\u00e9 du 14<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le livre des <em>Fioretti<\/em> conserve le \u00ab\u00a0ton\u00a0\u00bb des hexam\u00e8tres du 13<sup>\u00e8me<\/sup>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> En ce qui concerne cette nudit\u00e9 et cette sensualit\u00e9 heureuse, voir, pour Sumer, Edouard DHORME; pour le moyen \u00e2ge chr\u00e9tien, FUNCK-BRENTANO \u2014 et le Livre de Samuel pour Isra\u00ebl.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> <em>Apocalypse<\/em> de Saint Jean, XXI, 1-4.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Fran\u00e7ois GUIZOT : <em>M\u00e9ditations sur l&rsquo;essence de la religion chr\u00e9tienne<\/em>, 6<sup>\u00e8me<\/sup> m\u00e9ditation. Paris, Michel L\u00e9vy, 1866.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La fin du \u00ab\u00a0temps\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Cette brutale absence de Dieu, cette perte de l&rsquo;Eden, cent proph\u00e8tes chr\u00e9tiens, juifs, musulmans, indiens en ont pleur\u00e9 l&rsquo;horreur. Nul n&rsquo;en a mieux que l&rsquo;Eccl\u00e9siaste d\u00e9crit l&rsquo;humaine souffrance :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand s&rsquo;obscurcissent le soleil et la lumi\u00e8re, la lune et les \u00e9toiles, et que les nuages reviennent apr\u00e8s la pluie, au jour o\u00f9 tremblent les gardiens, o\u00f9 se courbent les hommes forts, o\u00f9 celles qui moulent s&rsquo;arr\u00eatent parce qu&rsquo;elles sont moins nombreuses, o\u00f9 se cachent celles qui regardaient aux fen\u00eatres, o\u00f9 les portes se ferment, o\u00f9 s&rsquo;affaiblit le bruit de la meule; o\u00f9 l&rsquo;on se l\u00e8ve au chant de l&rsquo;oiseau et disparaissent les filles du chant; o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9loigne des lieux \u00e9lev\u00e9s, o\u00f9 l&rsquo;on a des terreurs en chemin; o\u00f9 l&rsquo;amandier fleurit, la sauterelle s&rsquo;alourdit et la c\u00e2pre n&rsquo;a plus d&rsquo;effet, car l&rsquo;homme s&rsquo;en va vers sa maison d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, accompagn\u00e9 par les pleureurs\u2026 Alors se rompt le cordon d&rsquo;argent, se brise l&rsquo;ampoule d&rsquo;or; le cruche se casse \u00e0 la fontaine, la poulie tombe dans la citerne; la poussi\u00e8re retourne \u00e0 la terre qu&rsquo;elle fut, l&rsquo;esprit \u00e0 Dieu qui l&rsquo;a donn\u00e9.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p>Dans ce merveilleux po\u00e8me, tous les signes historiques de la fin d&rsquo;Isra\u00ebl, de la fin de la chr\u00e9tient\u00e9 ne se retrouvent-ils pas? L&rsquo;obscurcissement du ciel (ou des esprits), l&rsquo;affolement des gardiens (les pr\u00eatres), l&rsquo;affaiblissement des forts, le d\u00e9go\u00fbt du travail, l&rsquo;absence de joie, la peur et l&rsquo;impuissance? On peut ajouter l&rsquo;h\u00e9catombe : les historiens de l&rsquo;Asie Mineure et les \u00e9gyptologues sont d&rsquo;accord pour dater des ann\u00e9es 800 avant J.-C. un surprenant d\u00e9peuplement de l&rsquo;Egypte, de la M\u00e9sopotamie, de la Syrie, de la Gr\u00e8ce, etc. Selon Coulton et selon Hecker, le 14<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle chr\u00e9tien fut non moins \u00e9prouv\u00e9 : un tiers de la population aurait p\u00e9ri du fait des pestes dans les deux seules ann\u00e9es 1348 et 1349.<\/p>\n<p>Tel mot de l&rsquo;Eccl\u00e9siaste \u00e9voque la fin du jour, tel autre la fin de la vie. Vieillesse du jour : le cr\u00e9puscule, vieillesse et mort de l&rsquo;homme, vieillesse et mort d&rsquo;une civilisation parfaite en son \u00e2ge d&rsquo;or, unique \u2014 les trois ph\u00e9nom\u00e8nes se ressemblent; ils concourent au m\u00eame but : d\u00e9truire pour recr\u00e9er.<\/p>\n<p>Mais la recr\u00e9ation du \u00ab\u00a0royaume de Dieu\u00a0\u00bb ne demande pas une nuit, ni le temps qu&rsquo;exige le m\u00fbrissement d&rsquo;un homme. Des si\u00e8cles passeront dans l&rsquo;absence et la crainte, dans l&rsquo;impatience et le vertige de l&rsquo;attente. Pire : dans l&rsquo;isolement de chacun parmi tous, comme de la terre dans l&rsquo;univers, car, si Dieu ne s&rsquo;adresse plus aux hommes, o\u00f9 trouveront-ils la force et la consolation?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Charles Pichon\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1963<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> <em>Livre de l&rsquo;Eccl\u00e9siaste<\/em>, XII, 2-7.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>III L&rsquo;ATTENTE DU ROYAUME &nbsp; \u00a0 Etonnement des chr\u00e9tiens : \u00ab\u00a0Le Dieu est l\u00e0, et nous sommes au c\u0153ur de son signe. Pourtant, nous ne voyons pas s&rsquo;\u00e9lever le Royaume. En Palestine les juifs, \u00e0 Rome les empereurs nous pers\u00e9cutent; &hellip; <a href=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2167\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-2167","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-cycles-du-retour-eternel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2167","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2167"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2167\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2184,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2167\/revisions\/2184"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2167"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2167"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2167"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}