{"id":2132,"date":"2012-08-28T14:36:41","date_gmt":"2012-08-28T12:36:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2132"},"modified":"2012-08-28T17:44:28","modified_gmt":"2012-08-28T15:44:28","slug":"le-royaume-et-les-prophetes-troisieme-partie-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2132","title":{"rendered":"LE ROYAUME ET LES PROPHETES : TROISIEME PARTIE &#8211; 1 &#8211;"},"content":{"rendered":"<h1 align=\"center\"><strong>TROISIEME PARTIE<\/strong><\/h1>\n<h1 align=\"center\"><strong><em>LE TEMPS <\/em><\/strong><\/h1>\n<h1 align=\"center\"><strong><em>D&rsquo;APPRENDRE A VIVRE<\/em><\/strong><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_2136\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/APPRENDRE-A-NAITRE.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2136\" class=\"size-medium wp-image-2136\" title=\"APPRENDRE A NAITRE\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/APPRENDRE-A-NAITRE-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/APPRENDRE-A-NAITRE-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/APPRENDRE-A-NAITRE.jpg 678w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2136\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p align=\"center\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<h2 align=\"center\"><strong><em>I<\/em><\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong><em>L&rsquo;ATTENTE DU DIEU<\/em><\/strong><\/h2>\n<p align=\"center\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Brusquement, un objet nouveau est l\u00e0 : \u00e0 Tell Halaf, \u00e0 Tell Ubaid, sur les bords de l&rsquo;Indus : une t\u00eate de taureau cisel\u00e9e. Dans l&rsquo;Egypte des premi\u00e8res dynasties thinites ou sur les bords de la Mer Noire : la marque ou la l\u00e9gende d&rsquo;un b\u00e9lier d&rsquo;or. Ce n&rsquo;est pas encore le dieu et nul ne sait son nom; nul patriarche, nul proph\u00e8te n&rsquo;est venu instituer le rite essentiel : le passage par la mort ou la circoncision. Mais quelque chose est l\u00e0 \u2014 qui demande \u00e0 na\u00eetre : le Signe de l&rsquo;\u00e8re nouvelle, et cette apparition frappe assez les esprits pour que des \u0153uvres, c\u00e9ramiques, sculptures, po\u00e8mes, en portent t\u00e9moignage pour des si\u00e8cles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, le temps o\u00f9 para\u00eet le Signe est beaucoup plus ancien qu&rsquo;on ne le croit d&rsquo;ordinaire. Nous n&rsquo;avons aucune trace de la religion taurique de Warka et d&rsquo;Eridou avant les derniers si\u00e8cles du quatri\u00e8me mill\u00e9naire et les Egyptiens ne dataient l&rsquo;\u00e8re nouvelle que du cinqui\u00e8me : 4236. Mais l&rsquo;arch\u00e9ologie recule \u00e0 4700-4800 les vestiges tauriques d\u00e9couverts \u00e0 Ubaid et Arpachiya.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pareillement, nous n&rsquo;avons pas de preuve certaine d&rsquo;une religion b\u00e9lique ant\u00e9rieure \u00e0 2100-2000 avant J.-C. (\u00e9poque o\u00f9 le clan d&rsquo;Abraham quitte Our), mais Man\u00e9thon nous parle d&rsquo;un \u00ab\u00a0dieu-b\u00e9lier\u00a0\u00bb contemporain de la deuxi\u00e8me dynastie thinite (vers 2800) et toute une tradition h\u00e9bra\u00efque (reprise par Joachim de Flore) faisait remonter \u00e0 cette date le premier \u00ab\u00a0S\u00e9mite\u00a0\u00bb : Adam.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le m\u00eame Joachim de Flore supposait \u00e9galement \u00e0 la religion chr\u00e9tienne une p\u00e9riode d&rsquo;incubation de neuf si\u00e8cles : d&rsquo;Elie au Christ, et c&rsquo;est bien au lendemain du schisme d&rsquo;Isra\u00ebl que commenc\u00e8rent de pr\u00eacher les proph\u00e8tes h\u00e9breux annonciateurs de l&rsquo;\u00e8re nouvelle. Cependant, l&rsquo;apparition du signe des Poissons est sans doute plus tardive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux premi\u00e8res l\u00e9gendes o\u00f9 ce symbole para\u00eet sont, dans la Bible, le r\u00e9cit des aventures de Tobie, fils de Tobie; dans l&rsquo;histoire grecque, l&rsquo;anecdote de Pythagore et de Polycrate, Tyran de Samos. Le poisson de Tobie rend la vue aux aveugles, son foie chasse les d\u00e9mons; le poisson de Polycrate rapporte l&rsquo;anneau d&rsquo;or que le tyran avait jet\u00e9 dans la mer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette derni\u00e8re anecdote doit \u00eatre, selon Strabon, dat\u00e9e d&rsquo;avant 532; elle ne saurait \u00eatre ant\u00e9rieure \u00e0 560 ou 570. Quant \u00e0 l&rsquo;aventure de Tobie, elle se situe, selon l&rsquo;auteur biblique, apr\u00e8s le meurtre de Sennach\u00e9rib, roi d&rsquo;Assyrie (681) et ne saurait \u00eatre post\u00e9rieure \u00e0 650. De sorte que les deux textes indiquent pour l&rsquo;apparition du Poisson sauveur les dates 650-570<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2150 ans plus t\u00f4t, nous retrouvons la date donn\u00e9e par Man\u00e9thon pour l&rsquo;apparition du B\u00e9lier : 2800. Et, de nouveau, 2150 ans plus t\u00f4t, pour l&rsquo;apparition du Taureau, la date de 4950, que l&rsquo;arch\u00e9ologie ne d\u00e9ment pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l&rsquo;autre sens, 2150 ans apr\u00e8s Tobie le fils, nous sommes au d\u00e9but de la Renaissance, exactement en 1500 (alors que les cabbalistes donnaient 1490-92, ainsi que nous l&rsquo;avons vu). C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9, dans notre \u00e8re, s&rsquo;exprime pour la premi\u00e8re fois le besoin forcen\u00e9 d&rsquo;un \u00ab\u00a0esprit nouveau\u00a0\u00bb, o\u00f9 L\u00e9onard de Vinci donne des ailes \u00e0 l&rsquo;homme, o\u00f9 l&rsquo;astronomie rena\u00eet, o\u00f9 ces navigateurs : Christophe Colomb, Vespuce, Magellan, etc. font, en quarante ans, de notre plan\u00e8te, un monde circonscrit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e9galement l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 de nombreux \u00e9crivains, de Nicolas de Cues jusqu&rsquo;\u00e0 F\u00e9nelon<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> : Nostradamus, Vanini, Browne, Voiture, etc., ne craignent pas d&rsquo;avouer leur foi en l&rsquo;\u00e9ternel retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le futur esprit (du Verseau) ne s&rsquo;y exprime pas plus clairement qu&rsquo;aux temps de Tobie et de Polycrate la symbolique des Poissons. Mais nous ne saurions nous en \u00e9tonner, alors que, quatre si\u00e8cles plus tard, aucun homme n&rsquo;est encore capable de d\u00e9finir cet esprit. A peine commen\u00e7ons-nous de comprendre le sens de ces terribles r\u00e9voltes et de ces mouvements ardents du 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, qui, de l&rsquo;Angleterre \u00e0 la Pologne, allaient faire na\u00eetre la double id\u00e9e d&rsquo;une \u00e9galisation sociale et de la suppression de la propri\u00e9t\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 ces mots tr\u00e8s singuliers que laisseront tomber les plus grands hommes du temps : Descartes, <em>\u00ab\u00a0pour sortir de l&rsquo;erreur, y pers\u00e9v\u00e9rer, comme, perdu dans une for\u00eat, pour en sortir, on <\/em>marche<em> devant soi\u00a0\u00bb; <\/em>Cromwell, <em>\u00ab\u00a0poursuivre sa route, quoi qu&rsquo;il arrive, est le moyen d&rsquo;aller quelque part\u00a0\u00bb<\/em>; Richelieu, <em>\u00ab\u00a0approcher de son but, comme les rameurs, en lui tournant le dos\u00a0\u00bb<\/em>, personne, jusqu&rsquo;\u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche, n&rsquo;avait os\u00e9 les ramasser \u2014 pour les incorporer dans une vision nouvelle du monde.<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Cependant Diodore (II, 4, 2) donne pour date \u00e0 l&rsquo;apparition de la d\u00e9esse d&rsquo;Ascalon (la future Atargatis syrienne) le 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.; et le bas-relief d&rsquo;er-Roumman qui montre le Taureau surmont\u00e9 d&rsquo;un poisson daterait de cette \u00e9poque.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> \u00ab\u00a0Ce qui se passe a \u00e9t\u00e9 et sera\u00a0\u00bb, FENELON, <em>Trait\u00e9 de l&rsquo;existence de Dieu<\/em>, II, 2.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Ceux que cet aspect de la question int\u00e9resse pourront lire avec profit <em>Les fanatiques de l&rsquo;Apocalypse<\/em>, de Norman COHN, Dossier des Lettres Nouvelles, 1962.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les empires combattants<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Laissons donc pour l&rsquo;instant les pr\u00e9mices du Verseau : le fruit n&rsquo;est pas m\u00fbr. Revenons \u00e0 ces \u00e2ges que nous connaissons mieux, parce qu&rsquo;ils sont moins proches de nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le trouble \u00e9veil d&rsquo;une mystique nouvelle s&rsquo;accompagne, nous le savons maintenant, d&rsquo;un retour f\u00e9roce au pire dogmatisme, qui tend \u00e0 d\u00e9truire le plant en son germe. Trois si\u00e8cles s&rsquo;ouvrent alors, que deux mots caract\u00e9risent : l&rsquo;argutie et la guerre. Je ne reviendrai pas sur les \u00e9preuves de Sumer de 2400 \u00e0 2000, ni sur celles de Juda sous les Babyloniens et sous les Perses. Je ne mentionnerai pas, une fois encore, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie triomphante et les combats sans fin que la religion doit livrer pour sa survie. Mais je voudrais attirer l&rsquo;attention du lecteur sur une concordance plus frappante peut-\u00eatre, parce qu&rsquo;elle ne s&rsquo;applique plus seulement \u00e0 l&rsquo;Etat, au Royaume, \u00e0 l&rsquo;Empire religieux, mais \u00e0 l&rsquo;ensemble des nations touch\u00e9es par lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autour de Sumer, vers 2400, que voyons-nous?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 Un vaste empire agonisant, dont la religion et les meurs nous sont fort mal connues, dont nous d\u00e9couvrons peu \u00e0 peu les vestiges \u00e0 J\u00e9richo, \u00e0 Troie, dans toute la Turquie : la myst\u00e9rieuse Anatolie. Elle dispara\u00eet vers 2300-2200, sous la pouss\u00e9e hittite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 Un empire en \u00e9tat de crise, d\u00e9j\u00e0 vieux de plusieurs mill\u00e9naires : l&rsquo;Egypte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3\u00b0 Trois grands peuples en expansion : les Elamites, dont les origines sont anciennes et qui renaissent d&rsquo;une nuit de mille ans; les Hittites, dont on pense qu&rsquo;ils surgissent des steppes; les Akkadiens enfin, anc\u00eatres des Assyriens, qui, de 2400 \u00e0 2100, \u00e9tablissent un empire \u00e9clatant mais \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, une multitude de peuples et de royaumes, dont nous ne connaissons gu\u00e8re que les noms : les Oumman-Manda, qui envahissent la Sum\u00e9rie vers 2000 (Anatoliens peut-\u00eatre, fuyant l&rsquo;Hittite); les Gout\u00e9ens, qui dominent Sumer un si\u00e8cle plus t\u00f4t et provoquent la chute d&rsquo;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Agad\u00e9 (la capitale d&rsquo;Akkad) avant de se r\u00e9fugier aux \u00ab\u00a0pays de la mer\u00a0\u00bb; les Amorites enfin et autres S\u00e9mites, qui ach\u00e8veront vers 1980 la d\u00e9sagr\u00e9gation de l&rsquo;Empire d&rsquo;Our.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autour de J\u00e9rusalem, qui rena\u00eet sous la ti\u00e8de tutelle des Ptol\u00e9m\u00e9es, \u00a0vers 300 avant J.-C. :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 Un grand empire agonisant, Babylone.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 Un grand peuple en \u00e9tat de r\u00e9volution et de crise : le peuple grec.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3\u00b0 Trois royaumes en expansion : Carthage, Rome et la Perse, dont les Parthes vont faire un nouvel empire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, une poussi\u00e8re de peuples : les petits royaumes cr\u00e9\u00e9s en Gr\u00e8ce, en Mac\u00e9doine, en Asie Mineure, en Egypte, par les officiers d&rsquo;Alexandre; les innombrables tribus barbares, qui traversent en tous sens l&rsquo;Europe et qui, r\u00e9unies en conf\u00e9d\u00e9rations par Ambicatus, roi des Bituriges, ont conquis Rome (en 381) et vont s&rsquo;attaquer \u00e0 la Thrace, la Mac\u00e9doine (280) avant d&rsquo;\u00eatre arr\u00eat\u00e9s par les l\u00e9gions<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Or, ces royaumes et ces Etats pr\u00e9sentent une particularit\u00e9 frappante : ils sont diff\u00e9renci\u00e9s bien moins par leurs \u00e9conomies et par leurs m\u0153urs que par leurs croyances et leurs cultes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 Deux si\u00e8cles avant J.-C., les Babyloniens (mat\u00e9riellement d\u00e9chus) honorent le Taureau. Les cultes perses ressuscitent les symboles du Lion et des G\u00e9meaux (Zoroastre); les cultes grecs et romains ressuscitent les religions du Cancer (la Grande M\u00e8re) et des G\u00e9meaux (Romulus et R\u00e9mus), qu&rsquo;on voit d&rsquo;autre part, sous des noms divers (Ishtar, Astart\u00e9, V\u00e9nus, Atargatis, Tanit, ou bien Osiris et Seth, Castor et Pollux) ador\u00e9s sur tout le pourtour de la m\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est \u00e0 noter que le culte de la M\u00e8re, d\u00e9esse-lune, d\u00e9esse aux serpents, s&rsquo;accompagne souvent (dans le mythe d&rsquo;Isis, dans le mythe de D\u00e9m\u00e9ter) d&rsquo;une invocation nostalgique \u00e0 la Vierge, disparue depuis un mill\u00e9naire en m\u00eame temps que l&#8217;empire hittite et le royaume cr\u00e9tois. Nous verrons autre part l&rsquo;\u00e9trange malentendu auquel cette nostalgie allait donner naissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 De m\u00eame, 2300 ans avant J.-C., l&rsquo;Anatolie adore des dieux ant\u00e9rieurs au Taureau \u2014 probablement g\u00e9miques. Les Akkadiens reconnaissent la d\u00e9esse-lune et le symbole l\u00e9onin; les Elamites, le Lion; les Hittites, la d\u00e9esse vierge; les Cr\u00e9tois, la M\u00e8re et la Vierge (Dictynna et Britomartis).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, tous les peuples du nord et de l&rsquo;est, et notamment, tous les S\u00e9mites (Amorites, Amorrh\u00e9ens, etc.) adorent encore ce dieu de l&rsquo;Ouragan dont les rois de Babylone feront Adad, les Kassites Buriash, les Hurrites Teshub, les Canan\u00e9ens Baal, tous noms qu&rsquo;exprimait le signe IM.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous verrons que ce dieu de l&rsquo;Ouragan n&rsquo;est plus alors qu&rsquo;une survivance, tr\u00e8s comparable \u00e0 la survivance de la Vierge aux premiers si\u00e8cles avant J.-C. Mais, de m\u00eame que le Christ aura besoin de la Vierge pour na\u00eetre, c&rsquo;est du dieu de l&rsquo;orage, au double foudre ou \u00e0 la double hache, que na\u00eet vers l&rsquo;an 2000 le dieu d&rsquo;Abraham, El.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, au milieu de ces dieux divers, vestiges de religions anciennes (dont certaines arrivent au bout de leur course), nous savons que le Taureau s&rsquo;impose, qu&rsquo;on le respecte encore en 2200, comme le B\u00e9lier au premier si\u00e8cle de notre \u00e8re.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> En notre 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, de m\u00eame, autour de l&rsquo;Eglise renaissante, mais d\u00e9pouill\u00e9e de toute puissance temporelle :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 une religion qui survit : la religion juive;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 un peuple domin\u00e9 partout et qu&rsquo;on put croire an\u00e9anti : les musulmans;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3\u00b0 trois grandes nations au d\u00e9but de leur expansion (et dont peu de proph\u00e8tes pr\u00e9voyaient les destins) : les U.S.A., la Russie et la Chine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, une poussi\u00e8re d&rsquo;Etats europ\u00e9ens, nordiques ou asiatiques; sans parler de ces peuples noirs dont on commence \u00e0 peine d&rsquo;entrevoir l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;impatience<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, il y a d\u00e9j\u00e0 cinq si\u00e8cles que le pressentiment du Symbole a fait na\u00eetre ses premi\u00e8res l\u00e9gendes et que certains hommes attendent le dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ne l&rsquo;esp\u00e8rent pas dans l&rsquo;oisivet\u00e9. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Enki se transforma en Gish-Zi-da sous l&rsquo;influence des Gout\u00e9ens; o\u00f9 Inanina, sous l&rsquo;influence des Akkadiens, devient Ishtar. Deux mille ans plus tard, en Egypte, en Arabie, rena\u00eet le culte de B\u00e9thel; dans le Vexin s&rsquo;implante le B\u00eal Gaulois\u2026 Mais l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie bient\u00f4t ne comble plus l&rsquo;impatience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne le Poisson, il est probable que le mouvement cr\u00e9ateur \u00e9tait parti d&rsquo;H\u00e9liopolis, o\u00f9 les pr\u00eatres attendaient avec f\u00e9brilit\u00e9 le d\u00e9but de l&rsquo;\u00e8re nouvelle. D&rsquo;innombrables textes nous apprennent que tous les grands philosophes grecs tenaient \u00e0 faire un temps de retraite en Egypte : ce fut le cas pour Pythagore, Platon, Aristote, D\u00e9mocrite, etc.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> Au deuxi\u00e8me si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C., encore, la \u00ab\u00a0confession\u00a0\u00bb de Cyprien le Mage nous apportera l&rsquo;\u00e9cho de cet enseignement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou bien l&rsquo;impatience venait peut-\u00eatre des Indes, que les Grecs connaissaient mieux qu&rsquo;on ne croit, ou des Mages perses, sinon des juifs eux-m\u00eames, qu&rsquo;un Strabon savait mettre \u00e0 leur vraie place :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0[Les devins] nous ont fait conna\u00eetre les commandements et les r\u00e8gles de vie issus des dieux. Tels \u00e9taient Amphiaraos, Trophonios, Orph\u00e9e, Mus\u00e9e, et ce dieu chez les G\u00e8tes que fut Zamolxis, une sorte de pythagoricien; tels sont aujourd&rsquo;hui D\u00e9kain\u00e9os, proph\u00e8te pr\u00e8s de Burbista, chez les Bosporaniens Ahiqar l&rsquo;Assyrien, chez les Indiens les Gymnosophistes (Yoga), chez les Perses les Mages, les n\u00e9cromants et ceux qui pratiquent la l\u00e9canomancie et l&rsquo;hydromancie, chez les Assyriens les chald\u00e9ens, chez les Romains les augures tyrrh\u00e9niens. Et tels \u00e9taient Mo\u00efse et ceux qui l&rsquo;ont suivi.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;une mani\u00e8re ou de l&rsquo;autre, il est vrai que ces hommes se ressemblent. Entre le 5<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. et l&rsquo;av\u00e8nement du Christ, mages zoroastriens, sectes de la Mer Morte, brahmanes, pr\u00eatres d&rsquo;H\u00e9liopolis et d&rsquo;Epidaure vivent une existence retraite, continente, dans l&rsquo;unique pr\u00e9occupation de recueillir les premiers effluves de la force cosmique nouvelle, afin de leur donner une forme. Cette \u00ab\u00a0forme\u00a0\u00bb, les Grecs l&rsquo;identifient au dieu de la mer, Pos\u00e9idon, qui prend alors une importance grandissante dans leur panth\u00e9on; les Perses, puis les Parthes l&rsquo;attendent de la r\u00e9incarnation promise de Zarathoustra Saoshyant; les Indiens inventent le Bouddha; les juifs pr\u00e9cisent l&rsquo;image de leur Messie<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Les Egyptiens reconstruisent tous leurs temples pour y recevoir dignement le dieu innomm\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 332, Alexandre le Grand conquiert l&rsquo;Egypte; l&#8217;empire perse est an\u00e9anti; il ne reste rien des royaumes assyriens et babyloniens; tout s&rsquo;effondre. C&rsquo;est donc que l&rsquo;heure est venue. Ptol\u00e9m\u00e9e Soter cr\u00e9e de toutes pi\u00e8ces ce pr\u00e9-Christ que sera S\u00e9rapis, syncr\u00e9tisme d&rsquo;Osiris, de Zeus, d&rsquo;Had\u00e8s et curieusement (mais g\u00e9nialement) du demi-dieu de la m\u00e9decine, Ascl\u00e9pios, \u00ab\u00a0Celui qui sauve\u00a0\u00bb; cependant les pr\u00eatres persuaderont le peuple, attach\u00e9 \u00e0 des traditions tauriques, que le nouveau dieu n&rsquo;est autre qu&rsquo;Apis r\u00e9incarn\u00e9. Les temples qu&rsquo;on lui construit : Edfou, Philae, Behbit, Esna, M\u00e9lamoud, Dendara, ne seront ferm\u00e9s que sept si\u00e8cles plus tard (384 apr\u00e8s J.-C.) par l&#8217;empereur chr\u00e9tien Th\u00e9odose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un peu partout des cultes se constituent au nom d&rsquo;un nouveau dieu (g\u00e9n\u00e9ralement assimil\u00e9 au fils d&rsquo;Isis, Horus, ou au fils de Latone, Apollon). A Talmis, en Nubie, il se nomme Mandoulis<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>; \u00e0 Memphis et \u00e0 Delphes, S\u00e9rapis; en d&rsquo;autres lieux, Titan, Makareus, Imouth\u00e8s, Askl\u00e9pios, Herm\u00e8s ou Toth. Ici, le serpent ancestral revit : \u00e0 Epidaure, Ath\u00e8nes, Sparte. L\u00e0, d&rsquo;\u00e9tranges fusions s&rsquo;op\u00e8rent entre la D\u00e9esse M\u00e8re Ashtar ou Astart\u00e9, et la d\u00e9esse Vierge, Anat, h\u00e9rit\u00e9e de la d\u00e9esse hittite et de l&rsquo;antique d\u00e9esse sum\u00e9rienne Innina, que les Grecs pleurent sous le nom de Pers\u00e9phone. De ces fusions, les Syriens font Atargatis, la d\u00e9esse \u00e0 queue de poisson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien mieux : les dieux les plus \u00e9trangers au Symbole y sont rattach\u00e9s d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, comme dans la pens\u00e9e qu&rsquo;ils ne peuvent subsister que sous ce masque. Un mulet (le poisson) repr\u00e9sente soudain Art\u00e9mis lunaire (\u00e0 cause, dit-on, de ses couleurs diapr\u00e9es); et le dauphin, autre animal marin, repr\u00e9sente Apollon, dieu solaire, dont les symboles jamais encore ne furent li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment liquide<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Le Pseudo-Lucien nous apprend qu&rsquo;\u00e0 Hi\u00e9rapolis, en Syrie, on nourrit dans un lac de nombreux poissons sacr\u00e9s, tandis que Plutarque \u00e9crit : \u00ab\u00a0A Sura, bourg de Lycie, des gens seraient pr\u00e9pos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des poissons, comme en Gr\u00e8ce \u00e0 celle des oiseaux : la connaissance de leurs mouvements et de leurs m\u0153urs y est une sorte de science.<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dieu des Poissons ne peut \u00eatre que le dieu de la mer. Et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;au premier si\u00e8cle encore, un Caligula, un N\u00e9ron mettront tout leur orgueil \u00ab\u00a0\u00e0 vaincre les flots\u00a0\u00bb, soit par la construction d&rsquo;une digue, d&rsquo;un pont de bateaux, soit par le percement d&rsquo;un isthme, soit, na\u00efvement, par la cueillette des coquillages marins\u2026 Puis, on sait que le dieu sera un dieu sauveur : d&rsquo;o\u00f9, le prestige du \u00ab\u00a0m\u00e9decin\u00a0\u00bb dans les petits et les grands royaumes.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Sur Pythagore, voir Hippolyte (1, 2, 18) et Cl\u00e9ment d&rsquo;Alexandrie (<em>Strom<\/em>, VI, 2, 272). D\u00e9mocrite aurait s\u00e9journ\u00e9 cinq ans en Egypte pour y apprendre l&rsquo;astrologie (Diodore) : Cl\u00e9ment le confirme (<em>Strom<\/em>, I, 15, 69, 4-6). Strabon invoque son exp\u00e9rience personnelle : \u00ab\u00a0On nous montra la demeure de Platon et d&rsquo;Eudoxe; car Eudoxe avait accompagn\u00e9 Platon jusqu&rsquo;ici; arriv\u00e9s \u00e0 H\u00e9liopolis, ils s&rsquo;y fix\u00e8rent et y v\u00e9curent treize ans dans la soci\u00e9t\u00e9 des pr\u00eatres. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 force de patience que Platon put obtenir d&rsquo;\u00eatre initi\u00e9 par eux.\u00a0\u00bb (STRABON, XVII, I, 29).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> STRABON (XVI, 39). Voir aussi les descriptions, assez pr\u00e9cises, des pr\u00eatres brahmanes dans PHILOSTRATE (<em>Apollonius de Tyane<\/em>, II, 30), HIPPOLYTE (<em>Refut.<\/em>, I, 24, 1-4), Dion CHRYSOSTOME (<em>Oraisons<\/em>, 49, 7).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Les apocryphes juda\u00efques concernant le Messie sont commun\u00e9ment dat\u00e9s des 3<sup>\u00e8me<\/sup> et 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles av. J.-C.; le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0songe de Daniel\u00a0\u00bb, de 165.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> A.D. NOCK: <em>A vision of Mandulis Aon<\/em>, Harv. Rev. Theo, XXVII (1934).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Je veux r\u00e9pondre tout de suite \u00e0 l&rsquo;objection probable que des poissons auraient \u00e9t\u00e9 pris comme symboles sacr\u00e9s ant\u00e9rieurement aux premiers si\u00e8cles avant le Christ. C&rsquo;est ainsi que dans <em>Symboles fondamentaux de la science sacr\u00e9e<\/em>, Ren\u00e9 GUENON n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 rapprocher de l&rsquo;Ichtus chr\u00e9tien le poulpe ou le \u00ab\u00a0poisson captif des eaux profondes\u00a0\u00bb. Ces embl\u00e8mes, dont nous parlerons le moment venu, sont des symboles canc\u00e9riques : ils ne concernent pas notre propos. On sait \u00e9galement que, dans l&rsquo;hindouisme, le premier avatar de Vishnou est le \u00ab\u00a0Matsya- Avatara\u00a0\u00bb, poisson qui sauve l&rsquo;humanit\u00e9 d&rsquo;un tr\u00e8s ancien d\u00e9luge. Je montrerai, en \u00e9tudiant les religions indiennes, qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une \u00e9vocation du Capricorne modifi\u00e9 par le Cancer. Au surplus, le <em>Bh\u00e2gavata Pur\u00e2na<\/em>, d&rsquo;o\u00f9 est extraite cette l\u00e9gende, bien que la date en soit incertaine, fut certainement \u00e9crit dans l&rsquo;\u00e8re des Poissons, post\u00e9rieurement au Bouddha.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> PLUTARQUE : <em>Sur l&rsquo;intelligence des animaux<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le temps du rationalisme<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>En effet, l&rsquo;impatience confuse va de pair avec l&rsquo;immense ensemble des pr\u00e9occupations de l&rsquo;\u00e9poque, bien plus mat\u00e9rialistes et rationalistes qu&rsquo;on le l&rsquo;imagine g\u00e9n\u00e9ralement! De l&rsquo;antique astrologie, lentement, Eudoxe, H\u00e9raclite, Hipparque font une science la\u00efcis\u00e9e. Archim\u00e8de invente ses lois et cr\u00e9e les premiers \u00ab\u00a0robots\u00a0\u00bb : des automates capables de constituer, seuls, tout un spectacle. Les progr\u00e8s de la m\u00e9decine, de la navigation, de l&rsquo;architecture touchent beaucoup plus d&rsquo;esprits que l&rsquo;attente du Messie ou le culte de S\u00e9rapis; ou, plut\u00f4t, de nombreux esprits ne distinguent pas le progr\u00e8s mat\u00e9riel et technique de cette attente irrationnelle o\u00f9 l&rsquo;on voit quelques po\u00e8tes et mystiques s&rsquo;enliser.<\/p>\n<p>Plus encore que la m\u00e9decine et la navigation, ce qui pr\u00e9occupe les \u00ab\u00a0rationalistes\u00a0\u00bb du troisi\u00e8me si\u00e8cle avant J.-C., c&rsquo;est un probl\u00e8me que nous connaissons bien : le souci d&rsquo;un monde meilleur, d\u00e9livr\u00e9 de la guerre et du fanatisme. En cela, ils sont tr\u00e8s proches de nous, ils sont nos fr\u00e8res, ces petits Etats hell\u00e9nistiques : la Mac\u00e9doine, Pergame, le Pont, la Galatie, le Bithynie, la Cappadoce, l&rsquo;Arm\u00e9nie, la M\u00e9die, l&rsquo;Egypte des Ptol\u00e9m\u00e9es, toujours en guerre l&rsquo;un contre l&rsquo;autre et toujours d\u00e9sireux, ardemment, sinc\u00e8rement, d&rsquo;une paix universelle! Du partage du monde d&rsquo;alors entre les diadoques, officiers d&rsquo;Alexandre (312 avant J.-C.), \u00e0 l&rsquo;immixtion de Rome dans leurs querelles (180-60) deux si\u00e8cles s&rsquo;\u00e9coulent, o\u00f9 l&rsquo;on trouve plus d&rsquo;une ressemblance avec nos 19<sup>\u00e8me<\/sup> et 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Sans doute ne faut-il pas exag\u00e9rer le parall\u00e9lisme et faire de notre \u00e9poque une simple reproduction des premiers si\u00e8cles avant le Christ. Notre ambition nous porte \u00e0 vouloir visiter la lune, V\u00e9nus et Mars, quand celle des Hell\u00e9nistes n&rsquo;allait qu&rsquo;\u00e0 r\u00eaver d&rsquo;atteindre \u00ab\u00a0les Iles Heureuses\u00a0\u00bb dans \u00ab\u00a0le grand oc\u00e9an\u00a0\u00bb. De m\u00eame, le convive du \u00ab\u00a0Satiricon\u00a0\u00bb, lorsqu&rsquo;il d\u00e9plore la mort de l&rsquo;esclave qui lui co\u00fbta une fortune, ne se croit pas oblig\u00e9 de parler de son \u00ab\u00a0chagrin\u00a0\u00bb et de son \u00ab\u00a0amour des hommes\u00a0\u00bb comme le ferait aujourd&rsquo;hui le patron d&rsquo;une entreprise en parlant de la mort d&rsquo;un de ses salari\u00e9s. Nous sommes infiniment plus \u00e9motifs, plus instruits et plus ambitieux, cela va sans dire\u2026<\/p>\n<p>Pourtant, un trait du moins para\u00eet commun aux deux \u00e9poques : la Tol\u00e9rance, vertu pr\u00e9cieuse dont on ne comprend pas pourquoi elle ne m\u00e8ne jamais \u00e0 rien. Gr\u00e2ce aux S\u00e9leucides, le Taureau survit, d&rsquo;une vie un peu artificielle et de plus en plus la\u00efcis\u00e9e, \u00e0 Babylone, \u00e0 Lagash (repeupl\u00e9 apr\u00e8s une mort de dix-huit si\u00e8cles). Sauf pendant le r\u00e8gne cruel d&rsquo;Antiochos IV, J\u00e9rusalem n&rsquo;est plus aucunement inqui\u00e9t\u00e9e, ni par les Ptol\u00e9m\u00e9es ni par les S\u00e9leucides, qui tour \u00e0 tour s&rsquo;y succ\u00e8dent. Chacun pratique le culte de son choix, adore le dieu qu&rsquo;il veut \u2014 ou n&rsquo;en adore point.<\/p>\n<p>En effet (ce sera le second trait commun), ici et l\u00e0, l&rsquo;impatience peu \u00e0 peu fait place au scepticisme m\u00e9taphysique<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, puis \u00e0 l&rsquo;orgueil d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0raisonnables\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0productifs\u00a0\u00bb. On construit des ponts, on pave des routes, on creuse des mines, on \u00e9tablit les plans de villes immenses : Corinthe, Rome, qu&rsquo;un jour ou l&rsquo;autre on r\u00e9alise. On sillonne les mers. On s&rsquo;impose une hygi\u00e8ne minutieuse, quotidienne : thermes et salles d&rsquo;eau deviennent le confort premier des villes et des particuliers. Le m\u00e9decin (qui gu\u00e9rit le corps), le magister (qui nourrit l&rsquo;esprit) sont en fait les vrais dieux de l&rsquo;heure. Le <em>Nihil admirari<\/em>, ne s&rsquo;\u00e9tonner de rien, devient le ma\u00eetre-mot de la philosophie.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Rien d&rsquo;insens\u00e9 ne se produira jamais dans mon royaume\u00a0\u00bb, disait Antiochos III. En effet, d&rsquo;Aristote \u00e0 Diodore, de Lucr\u00e8ce \u00e0 Pline l&rsquo;Ancien, les \u00ab\u00a0penseurs\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9poque r\u00eavent bien moins d&rsquo;inventer Dieu que d&rsquo;\u00e9tudier la nature, d&rsquo;en d\u00e9couvrir les lois, ou de donner de l&rsquo;Histoire une vision \u00ab\u00a0objective\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais quelle vision en donneraient-ils quand le refus d&rsquo;un contenant cosmique, chronologique les conduit simplement au refus de l&rsquo;histoire? Au si\u00e8cle dernier, Auguste Comte ne redoutait pas d&rsquo;\u00e9galer soixante ans de \u00ab\u00a0positivisme\u00a0\u00bb \u00e0 six mille ans de religion et m\u00eame \u00e0 soixante mille (ou six cent mille) de pratique \u00ab\u00a0magique\u00a0\u00bb. Mais il est clair que, pr\u00e9cis\u00e9ment, le positivisme ne lui permettait pas de comprendre grand-chose aux mill\u00e9naires d&rsquo;histoire qu&rsquo;il rejetait ainsi. De m\u00eame, la dialectique historique dictait \u00e0 Marx et \u00e0 Engels de pertinentes \u00e9tudes sur le 19<sup>\u00e8me<\/sup>, le 18<sup>\u00e8me<\/sup>, peut-\u00eatre le 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle; au-del\u00e0, ce n&rsquo;est plus que la nuit et le bafouillage. Voyageurs ignorants, le dialecte qu&rsquo;ils connaissent se r\u00e9v\u00e8le sans pouvoir et sans utilit\u00e9 pour comprendre le langage des grandes cultures humaines.<\/p>\n<p>Cette ignorance, cette na\u00efvet\u00e9 trouvent des \u00e9chos du 4<sup>\u00e8me<\/sup> au 1<sup>er<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. C&rsquo;est l&rsquo;historien Thucydide affirmant sans la moindre g\u00eane aux premi\u00e8res pages de son livre que nul \u00e9v\u00e8nement d\u00e9terminant ne s&rsquo;\u00e9tait produit dans l&rsquo;univers avant sa propre \u00e9poque; c&rsquo;est Alexandre \u00e9crivant \u00e0 son pr\u00e9cepteur : \u00ab\u00a0en cinquante ans, nos philosophes et nos savants ont d\u00e9couvert de plus nombreuses et de plus importantes v\u00e9rit\u00e9s qu&rsquo;aucun autre dans le pass\u00e9.\u00a0\u00bb Deux si\u00e8cles plus tard, au temps de C\u00e9sar et de l&rsquo;av\u00e8nement du Romain sans culture, ce mot ne sera plus une boutade mais un dogme<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Cependant, ces expressions : \u00ab\u00a0les temps modernes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9poque contemporaine\u00a0\u00bb, auxquelles aboutit enfin l&rsquo;incroyable refus de l&rsquo;histoire, n&rsquo;indiquent rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une impuissance soudaine \u00e0 caract\u00e9riser en termes de valeur une p\u00e9riode informe, sans structure et par la m\u00eame condamn\u00e9e. Car, que signifieraient six mille ou soixante mille ann\u00e9es de \u00ab\u00a0modernisme\u00a0\u00bb? Destructeur du pass\u00e9, le mot interdit l&rsquo;avenir.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> D\u00e9crivant l&rsquo;Age d&rsquo;or r\u00e9volu, SENEQUE (<em>Lettre XC<\/em>) et Ovide (<em>Les M\u00e9tamorphoses<\/em>) se retrouvent dans le sentiment que cet Age ne reviendra jamais.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Quelle satisfaction de lire sous la plume du plus m\u00e9taphysicien de nos savants, Robert Oppenheimer : \u00ab\u00a0Songez \u00e0 tous ces hommes qui, au cours de l&rsquo;histoire, ont apport\u00e9 des choses nouvelles dans le domaine des sciences et des inventions. De tous ceux-l\u00e0, 93% sont actuellement vivants.\u00a0\u00bb (Revue \u00ab\u00a0Plan\u00e8te\u00a0\u00bb, N\u00b07). Si Oppenheimer le croit, que peuvent bien penser les autres?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les pr\u00e9curseurs<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Serait-ce pourquoi le plus \u00e9troit mat\u00e9rialisme est toujours le climat o\u00f9 surgit et s&rsquo;impose une mystique nouvelle? L&rsquo;Egypte du 24<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, l&rsquo;ach\u00e8vement des royaumes hell\u00e9nistiques ou notre 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle savant? Epoques o\u00f9 la plupart des hommes en sont \u00e0 ne plus croire qu&rsquo;aux \u0153uvres de leurs mains ou de leur esprit, dans l&rsquo;exaltation d&rsquo;\u00eatre lib\u00e9r\u00e9s des dieux; o\u00f9 les autres, obs\u00e9d\u00e9s du r\u00eave d&rsquo;une \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9 totale\u00a0\u00bb, se sentent \u00e9trangers \u00e0 leur \u00e9poque et ne peuvent que s&rsquo;en d\u00e9sesp\u00e9rer\u2026<\/p>\n<p>Dans <em>Le d\u00e9clin de l&rsquo;Occident<\/em>, Oswald Spengler a clairement mis en lumi\u00e8re cette significative analogie entre les premiers si\u00e8cles avant J.-C. et l&rsquo;\u00e9poque que nous venons de vivre, en m\u00eame temps que la dialectique particuli\u00e8re de l&rsquo;oscillation \u00ab\u00a0mat\u00e9rialisme-religiosit\u00e9\u00a0\u00bb. Ayant \u00e9voqu\u00e9 le culte d&rsquo;Isis de la Rome r\u00e9publicaine et la mode alors triomphante de l&rsquo;astrologie chald\u00e9enne, l&rsquo;\u00e9crivain allemand ajoute : \u00ab\u00a0Cela trouve son pendant dans le monde europ\u00e9o-am\u00e9ricain de nos jours, dans le charlatanisme occultiste et th\u00e9osophique, dans la Christian Science am\u00e9ricaine, dans le faux bouddhisme de salon\u2026 La v\u00e9ritable foi est encore toujours la foi aux atomes et aux chiffres, mais elle a besoin de jongleries pour \u00eatre support\u00e9e longtemps. Le mat\u00e9rialisme est plat et honn\u00eate, le jeu avec la religion est plat et malhonn\u00eate; mais le fait de sa possibilit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral montre d\u00e9j\u00e0 une tendance nouvelle authentique qui s&rsquo;annonce modestement dans l&rsquo;\u00eatre \u00e9veill\u00e9 et qui finit par se manifester en plein jour.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pendant deux ou trois si\u00e8cles, ce besoin superstitieux, malade, se d\u00e9veloppe et s&rsquo;exag\u00e8re. Ici, des proph\u00e9ties fumeuses (celles de N\u00e9ferti ou de la quatri\u00e8me dynastie d&rsquo;Ourouk); l\u00e0, des \u0153uvres gnostiques ou inspir\u00e9es, la cr\u00e9ation de dieux artificiels, le d\u00e9lire d&rsquo;un Antiochos IV; tout pr\u00e8s de nous, les \u0153uvres appelantes et malheureuses d&rsquo;un Nietzsche, d&rsquo;un Rimbaud, d&rsquo;un Melville, d&rsquo;un Dosto\u00efevski, ou bien la fantastique et tragique d\u00e9mesure d&rsquo;Adolf Hitler\u2026<\/p>\n<p>Mais ce qui nourrit les proph\u00e9ties \u00e9gyptiennes et sum\u00e9riennes, c&rsquo;est encore les religions du Double et du Taureau; ce qui inspire Rimbaud, Dosto\u00efevski et Kafka : un christianisme fatigu\u00e9 ou un h\u00e9bra\u00efsme moribond; tandis que les nazis ne songent qu&rsquo;\u00e0 un retour aux Runes aryennes, au vieux culte solaire des Celtes.<\/p>\n<p>De m\u00eame, au 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant notre \u00e8re, ce qui alimente les \u00e9crits messianiques, les r\u00eaveries des Ptol\u00e9m\u00e9es, les tentatives des Antiochos, les apocryphes des Mages, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tude, la m\u00e9ditation et la critique appliqu\u00e9es \u00e0 des \u00ab\u00a0r\u00e9f\u00e9rences mythiques\u00a0\u00bb vieilles de plusieurs si\u00e8cles, sinon de plusieurs mill\u00e9naires : ce qu&rsquo;ils attendent, c&rsquo;est le retour du roi David, de Zoroastre ou de la d\u00e9esse Vierge.<\/p>\n<p>On compte alors, \u00e0 la biblioth\u00e8que d&rsquo;Alexandrie, deux millions de lignes manuscrites attribu\u00e9es \u00e0 Zoroastre<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>: des oracles, un trait\u00e9 de la Nature, un lapidaire, des livres d&rsquo;astrologie, de magie, etc.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres livres attribuent \u00e0 Salomon ce langage : \u00ab\u00a0Dieu m&rsquo;a donn\u00e9 la science des \u00eatres pour conna\u00eetre la structure du monde, l&rsquo;influence des astres, le principe, la fin et le milieu des temps, le cycle des ann\u00e9es, les positions des \u00e9toiles.<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb Ces cycles, les pr\u00eatres \u00e9gyptiens ou bien Ovide dans ses <em>M\u00e9tamorphoses<\/em> tenteront de les illustrer en leur incorporant les cultes renaissants sur tous les bords de la M\u00e9diterran\u00e9e, principalement celui du Serpent et celui de la Vierge.<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re nostalgie s&rsquo;intensifie au si\u00e8cle suivant : \u00ab\u00a0Vaincue, la pi\u00e9t\u00e9 g\u00eet \u00e0 terre; et la derni\u00e8re des habitants du ciel, la Vierge Astr\u00e9e a quitt\u00e9 la terre ruisselante de sang.<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mais la Vierge revient, dit au contraire Virgile, et la grande ann\u00e9e va reprendre son cours.<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les \u0153uvres, v\u00e9ridiques ou apocryphes, de Cyprien le Mage rejoignent sur ce point le t\u00e9moignage d&rsquo;Apul\u00e9e dans <em>L&rsquo;Ane d&rsquo;or<\/em>. On y voit des hommes anxieux d&rsquo;atteindre \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, se faire initier aux myst\u00e8res d&rsquo;Eleusis (toujours la Vierge perdue), \u00e0 la \u00ab\u00a0dramaturgie du Serpent\u00a0\u00bb ou au culte du Serpent de Pallas sur l&rsquo;Acropole, aux mythes de l&rsquo;H\u00e9ra d&rsquo;Argos et de l&rsquo;Art\u00e9mis tauropole de Sparte, au culte de la d\u00e9esse-poisson Atargatis\u2026 Or, quand Cyprien le Mage et Apul\u00e9e \u00e9crivent, J\u00e9sus est mort, au moins, depuis un si\u00e8cle et demi.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres mystiques pr\u00e9f\u00e8rent la solitude, l&rsquo;asc\u00e8se. Justin se r\u00e9fugie sur une gr\u00e8ve d\u00e9serte. Plutarque<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a> raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;un barbare qui menait la vie d&rsquo;un anachor\u00e8te sur les bords de la mer Erythr\u00e9e et ne consentait \u00e0 voir les hommes qu&rsquo;une fois l&rsquo;an. Lucien<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>nous fait conna\u00eetre l&rsquo;asc\u00e8te Pankrat\u00e8s, qui s\u00e9journa vint-trois ans dans un lieu souterrain, o\u00f9 il recevait la visite de la d\u00e9esse Isis.<\/p>\n<p>Ces hommes \u00e9taient des esprits \u00e9tranges mais nullement des fous. Plutarque nous dit que le barbare des rivages \u00e9rythr\u00e9ens attirait un grand nombre de disciples, et Lucien nous affirme que Pankrat\u00e8s op\u00e9rait d&rsquo;extraordinaires gu\u00e9risons. Peut-\u00eatre, pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e9taient-ils, l&rsquo;un et l&rsquo;autre, trop raisonnables. S&rsquo;entrouvrir au Futur, donner aux influences cosmiques informul\u00e9es la forme qui bouleversera les consciences? Cette t\u00e2che d\u00e9mente r\u00e9clame des ali\u00e9n\u00e9s, des hommes \u00ab\u00a0autres\u00a0\u00bb, et d&rsquo;abord que le temps vienne.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Cf. Les \u00ab\u00a0Instructions\u00a0\u00bb de Dj\u00e9defhor et de Ptahhotep.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Oswald SPENGLER : <em>Le d\u00e9clin de l&rsquo;Occident<\/em>, T. II. (Gallimard, 1948). L&rsquo;obligation que je me suis faite de ne pas d\u00e9border dans ce 1<sup>er<\/sup> Livre le cadre des trois religions m\u00e9diterran\u00e9ennes ne doit pas cacher au lecteur que le raisonnement demeure valable, <em>\u00e0 la m\u00eame \u00e9poque<\/em>, pour la terre enti\u00e8re. \u00ab\u00a0Ce qu&rsquo;on voit appara\u00eetre encore, au temps de Mang Ts\u00e9 par exemple (371-289) et des premi\u00e8res fraternit\u00e9s bouddhistes, appartient, dans un sens tout pareil, aux caract\u00e8res les plus importants de l&rsquo;hell\u00e9nisme.\u00a0\u00bb (SPENGLER, opus cit\u00e9).<\/p>\n<p>Aux Indes, la vie du Bouddha, historique ou l\u00e9gendaire, est pass\u00e9e inaper\u00e7ue. La religion nouvelle ne prend son essor que sur ordre imp\u00e9rial et pour raison d&rsquo;Etat, sous Asoka (vers 240) et ses premiers propagateurs de g\u00e9nie, Achvaghocha et Nagandschuna ne vivront qu&rsquo;entre 50 avant J.-C. et 150 apr\u00e8s J.-C. De m\u00eame, en Chine, les grands probl\u00e8mes de Houang-Ti puis des Han sont l&rsquo;unification du langage, des poids et mesures, des essieux, ou l&rsquo;instauration d&rsquo;un syst\u00e8me d&rsquo;examens pour le recrutement des fonctionnaires. Non seulement tous les grands livres de la tradition (astrologique) ont \u00e9t\u00e9 an\u00e9antis, mais les ouvrages m\u00eames du tr\u00e8s sage et tr\u00e8s social Confucius (vers 209).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> HERMIPPE : <em>Sur les Mages<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> <em>Sagesse de Salomon<\/em>, VII, 17-21.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> OVIDE : <em>Les M\u00e9tamorphoses<\/em>, I, 150. Astr\u00e9e est la fille de Th\u00e9mis, d\u00e9esse de la Justice. Elle s&rsquo;identifie donc \u00e0 Pers\u00e9phone, fille de Thermophore (l\u00e9gislatrice).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> VIRGILE : <em>La quatri\u00e8me \u00e9glogue<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> PLUTARQUE : <em>De defectu Orac.<\/em>, 21.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> LUCIEN : <em>Philopseude<\/em>, 34.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les \u00ab\u00a0\u00e0 peu pr\u00e8s\u00a0\u00bb de la l\u00e9gende<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Quand vient le temps? Il est difficile, m\u00eame apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement, de le dire. Des d\u00e9buts de la religion taurique, des difficult\u00e9s qu&rsquo;elle dut vaincre, de ses proph\u00e8tes, nous ne savons rien. Les d\u00e9buts de la religion b\u00e9lique, les daterons-nous de Jacob, cr\u00e9ateur d&rsquo;Isra\u00ebl, d&rsquo;Abraham, le sacrificateur, ou m\u00eame de l&rsquo;exode de la famille d&rsquo;Abraham, lorsqu&rsquo;un petit clan s\u00e9mite d\u00e9cida de fuir Our et de rejeter l&rsquo;ancien dieu?<\/p>\n<p>On pourrait croire qu&rsquo;au moins les origines du christianisme, plus proches de nous, sont mieux connues. Il n&rsquo;en est rien. Car convient-il de les situer vers l&rsquo;an 50, date o\u00f9 Saint Paul commence de se faire entendre, de la premi\u00e8re assembl\u00e9e de J\u00e9rusalem, de la naissance ou de la mort du Christ?<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on choisit la mort du Christ, de quelle ann\u00e9e la daterons-nous? La tradition disait le Dieu mort dans sa trente-troisi\u00e8me ann\u00e9e, en l&rsquo;an 33. Cela n&rsquo;est plus si simple. En effet, l&rsquo;ann\u00e9e de la naissance de J\u00e9sus, H\u00e9rode vit encore<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>et l&#8217;empereur Auguste ordonne un recensement g\u00e9n\u00e9ral dans tout l&#8217;empire.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>H\u00e9rode mourut en 4 avant J.-C.; le recensement ordonn\u00e9 par l&#8217;empereur Auguste avait eu lieu un an plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Pour que J\u00e9sus p\u00e9r\u00eet \u00e0 trente-trois ans, il faudrait donc dater sa mort de l&rsquo;an 28. Mais sa vie publique, selon la tradition, dura entre deux ou trois ans (elle comporta deux voyages \u00e0 J\u00e9rusalem pour la P\u00e2que) et s&rsquo;ouvrit par le Bapt\u00eame dans le Jourdain : le Poisson est un signe d&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Or, Jean le baptiste ne commen\u00e7a de pr\u00eacher qu&rsquo;en l&rsquo;an 29, la quinzi\u00e8me ann\u00e9e du r\u00e8gne de Tib\u00e8re;<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> et, quand il accueille J\u00e9sus, il pr\u00eachait depuis assez longtemps pour avoir eu le loisir d&rsquo;annoncer sa venue.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tous se demandaient s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas le Christ, et Jean leur dit \u00e0 tous : Moi, vous baptise dans l&rsquo;eau; mais il vient, celui sera plus puissant que moi et dont je ne suis pas digne de d\u00e9lier la chaussure\u2026\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a><\/p>\n<p>On accourait \u00e0 lui de partout, on croyait qu&rsquo;il \u00e9tait le Christ : donc, on avait appris \u00e0 le conna\u00eetre, \u00e0 le respecter \u2014 cela ne se fait pas en quelques mois\u2026 Pourtant H\u00e9rode Antipas, T\u00e9trarque de Galil\u00e9e, apprenant les miracles du Christ croit Jean ressuscit\u00e9;<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>dans Luc, cette notation se place tout au d\u00e9but de la Vie Publique, ant\u00e9rieurement au premier voyage \u00e0 J\u00e9rusalem. De sorte que l&rsquo;arrestation et la mise \u00e0 mort de Jean avaient d\u00fb avoir lieu tr\u00e8s peu de temps apr\u00e8s le bapt\u00eame de J\u00e9sus. Il nous faut supposer ou que le pr\u00eache de Jean ne dura que quelques mois, hypoth\u00e8se rejet\u00e9e, ou, s&rsquo;il pr\u00eacha quelques ann\u00e9es, que J\u00e9sus ne re\u00e7ut le bapt\u00eame qu&rsquo;en 31 ou 32.<\/p>\n<p>Dans cette hypoth\u00e8se, la crucifixion se situerait en 34-35 au plus t\u00f4t (J\u00e9sus dans sa quaranti\u00e8me ann\u00e9e), l&rsquo;autre hypoth\u00e8se \u00e9tant que sa naissance ne se situe pas en l&rsquo;an -5 et que toutes les pr\u00e9cisions donn\u00e9es par les \u00e9vang\u00e9listes ne sont que de simples inventions. En quel cas, J\u00e9sus peut \u00eatre n\u00e9 <em>n&rsquo;importe quand<\/em>, f\u00fbt-ce beaucoup plus t\u00f4t, ou beaucoup plus tard.<\/p>\n<p>Notre seule certitude d\u00e9\u00e7oit : tous les textes (Evangiles, Ep\u00eetres, Actes des Ap\u00f4tres) que nous connaissons apparaissent fond\u00e9s sur des manuscrits du second si\u00e8cle : dans certains cas, le premier texte dont nous pouvons soup\u00e7onner l&rsquo;existence a m\u00eame \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 par l&rsquo;\u00e9glise primitive.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que la premi\u00e8re \u00e9dition des Ep\u00eetres de Paul, \u00e9tablie par Marcion vers 140, ne comprenait que dix lettres : Galates, Corinthiens I et II, Romains, Thessaloniciens I et II, Eph\u00e9siens, Colossiens, Philippiens \u2014 et l&rsquo;Ep\u00eetre \u00e0 Phil\u00e9mon. En 144, Marcion fut expuls\u00e9 de l&rsquo;Eglise de Rome et son \u00e9dition d\u00e9truite. Reconstitu\u00e9e en partie par Harnack en 1921 et 1924, gr\u00e2ce aux extraits publi\u00e9s par Tertullien dans son <em>Contre Marcion<\/em> (210) et par l&rsquo;auteur des <em>Dialogues d&rsquo;Adamantius<\/em> (vers 300) ainsi qu&rsquo;aux allusions d&rsquo;Ir\u00e9n\u00e9e, d&rsquo;Orig\u00e8ne et de Chrysostome, cette \u00e9dition se r\u00e9v\u00e8le assez diff\u00e9rente de celle que le Canon admettra.<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a><\/p>\n<p>Les <em>Actes des Ap\u00f4tres<\/em> apparaissent vers 180-190. Les plus anciens manuscrits ne portent ni ce titre ni le nom de l&rsquo;auteur. Une lecture m\u00eame superficielle permet d&rsquo;y distinguer deux \u00e9critures, selon qu&rsquo;il s&rsquo;agit des Actes relatifs \u00e0 Pierre, Jacques et Jean ou des Actes relatifs \u00e0 Paul.<\/p>\n<p>En 1920, Alfred Loisy, puis en 1930 Couchoud et Stehl ont publi\u00e9 de passionnants commentaires sur la double origine des Actes. Selon Loisy, qui en apporte des preuves, le r\u00e9dacteur paulinien, bien que plac\u00e9 en second dans l&rsquo;ouvrage, aurait \u00e9t\u00e9 le premier historiquement.<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>Cela est confirm\u00e9 en outre par le fait que les Ep\u00eetres de Paul sont en effet le manuscrit le plus ancien que nous poss\u00e9dions. Pour la critique historique, on peut dire que l&rsquo;histoire du christianisme ne commence pas au Christ mais \u00e0 Paul.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Evangile selon Matthieu, II, 1; selon Luc, I, 5.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Evangile selon Luc, II, 1.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Selon Luc, III,1.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Selon Luc, III, 15, 16.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Selon Luc, IX, 7, 9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Selon P.-L. COUCHOUD, toutes les interpolations qu&rsquo;on rel\u00e8ve dans la version canonique tendent \u00e0 \u00ab\u00a0plaider pour la Loi dans un texte qui la condamne\u00a0\u00bb. M. Georges ORY (<em>Interpolations du Nouveau Testament<\/em>) pr\u00e9cise que partout le nom de \u00ab\u00a0J\u00e9sus\u00a0\u00bb est ajout\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0Christ\u00a0\u00bb, ce qui marque bien la volont\u00e9 de faire du Christ de Marcion un homme particulier.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Une des preuves principales en serait la double \u00e9criture du mot : J\u00e9rusalem. Le narrateur de Paul emploie la forme gr\u00e9cis\u00e9e, plurielle : Hi\u00e9rosolymes, utilis\u00e9e par Strabon, Jos\u00e8phe, l&rsquo;auteur biblique des Maccab\u00e9es; le second narrateur emploie la forme latine : Ierousalem (cf. la traduction des Septante). Il est \u00e0 noter que si \u00e9crivains catholiques rejettent les conclusions de Loisy, ce qui se con\u00e7oit, ils ne l&rsquo;attaquent pas au fond, sur ses m\u00e9thodes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les traces d&rsquo;une imposture<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Or, l&rsquo;application de cette cl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des Actes fait para\u00eetre une r\u00e9v\u00e9lation plus singuli\u00e8re : le premier auteur (qui connut Paul) emploie des mots comme : Ap\u00f4tre (fondateur), Esprit, Parole (inspir\u00e9e)\u2026 dans un sens tout autre que le second auteur. Pour ce dernier, l&rsquo;Ap\u00f4tre est un disciple de J\u00e9sus; l&rsquo;Esprit, le Saint-Esprit; la Parole, la Parole du P\u00e8re. Nous assistons en somme, de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre auteur, au passage d&rsquo;une croyance gnostique \u00e0 une croyance r\u00e9v\u00e9l\u00e9e.<\/p>\n<p>Une semblable contradiction serait per\u00e7ue dans les titres des deux premiers ouvrages bibliques, le <em>Yahviste<\/em> et l&rsquo;<em>Elohiste<\/em>, dont nous savons qu&rsquo;ils ont divis\u00e9 Isra\u00ebl au temps des Rois. De m\u00eame, toute l&rsquo;histoire de la religion taurique laisse croire \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;un double courant analogue d\u00e8s les premiers \u00e2ges de Sumer.<\/p>\n<p>En r\u00e9sumant \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, nous pouvons dire que, dans les composants cr\u00e9ateurs du christianisme, indispensables \u00e0 sa compr\u00e9hension, doivent \u00eatre distingu\u00e9s : d&rsquo;une part, certaines sectes d&rsquo;appartenance juive, les Ess\u00e9ens (ou Ess\u00e9niens), les Mand\u00e9ens; d&rsquo;autre part, des mouvements d&rsquo;origine perse (qui se fondront dans le mand\u00e9isme pour donner naissance au manich\u00e9isme) ou gr\u00e9co-\u00e9gyptienne (gnostiques d&rsquo;Alexandrie). L&rsquo;intervention de Paul doit \u00eatre prise comme une tentative \u2014 r\u00e9ussie \u2014 d&rsquo;arracher le personnage, ou le symbole, du Christ aux sectes messianiques juives pour lui donner un caract\u00e8re universel (chald\u00e9o-persico-gnostique).<\/p>\n<p>Tandis que les sectes messianiques s&rsquo;enfermaient dans J\u00e9rusalem, o\u00f9 elles allaient se scl\u00e9roser en d&rsquo;infinies divisions (Ebionites, Elxa\u00eftes), Paul quittait la Jud\u00e9e, enseignait \u00e0 Antioche, dans sa Tarse natale, en Gr\u00e8ce. Il parvenait \u00e0 se faire envoyer \u00e0 Rome, o\u00f9 un empereur, N\u00e9ron, exigeait de tous les pr\u00eatres, de tous les Mages de l&rsquo;univers une collaboration active au culte qu&rsquo;il voulait cr\u00e9er.<\/p>\n<p>Non seulement, Paul s&rsquo;oppose \u00e0 Pierre<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> mais il s&rsquo;oppose \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;enseignement johannique, ne f\u00fbt-ce que par son refus de baptiser, sa g\u00eane lorsqu&rsquo;il y est contraint.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> Il s&rsquo;oppose \u00e0 la Loi \u00ab\u00a0qui fait le p\u00e9ch\u00e9\u00a0\u00bb, ainsi qu&rsquo;aux r\u00e9formateurs qui, moyennant quelques \u00ab\u00a0retouches\u00a0\u00bb esp\u00e8rent sauvegarder les vieux cultes. Ce qu&rsquo;il annonce, c&rsquo;est l&rsquo;Esprit Nouveau, c&rsquo;est <em>contre<\/em> le dieu de Justice Yahv\u00e9, un dieu d&rsquo;Injustice et d&rsquo;Amour.<\/p>\n<p>Or, cette r\u00e9volution n&rsquo;allait pas sans scandale, au regard des juifs, qui n&rsquo;avaient point pr\u00e9vu que le Messie serait leur destructeur, et au regard des gentils, qui refusaient d&rsquo;adorer un Christ en qui se reconnaissaient le Saoshyant des Perses et l&rsquo;Askl\u00e9pios des Grecs. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de modifier les Ep\u00eetres, de compl\u00e9ter les Actes \u2014 et ce serait la t\u00e2che de l&rsquo;Eglise des Colonnes (Pierre et Jean) au lendemain de la mort de Paul, en 68.<\/p>\n<p>Dans les Ep\u00eetres, lues et connues en Palestine, en Gr\u00e8ce et \u00e0 Rome m\u00eame d\u00e8s la fin du premier si\u00e8cle, seul le sens du message de Paul pouvait \u00eatre tardivement \u00ab\u00a0interpr\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Au contraire, dans les Actes canoniques, les faits ne sont pas moins d\u00e9form\u00e9s que le sens des mots. Ainsi, Paul n&rsquo;intervenait pas dans le r\u00e9cit du supplice d&rsquo;Etienne cont\u00e9 par le premier auteur. L&rsquo;histoire de Cornelius (le premier gentil admis dans l&rsquo;Eglise) ou la justification de Pierre \u00e0 J\u00e9rusalem sont \u00e9galement du second auteur (alors que, dans l&rsquo;Ep\u00eetre de Paul aux Galates, Pierre se justifie moins ais\u00e9ment). De m\u00eame, du second auteur, l&rsquo;interpolation importante qu&rsquo;\u00e0 Antioche un proph\u00e8te, Agabus, annon\u00e7a une grande famine pour toute la terre, sous le r\u00e8gne de Claude. Cette addition a pour dessein manifeste de dater l&rsquo;\u00e9glise d&rsquo;Antioche ant\u00e9rieurement au r\u00e8gne de N\u00e9ron. La grande famine en question se produisit en effet, selon Tacite, sous le consulat de Claude et d&rsquo;Orph\u00e9tus, en l&rsquo;an 51. Lorsqu&rsquo;on rassemble toutes les additions op\u00e9r\u00e9es sur les \u00ab\u00a0Actes\u00a0\u00bb, on doit reconna\u00eetre qu&rsquo;elles tendent, soit \u00e0 discr\u00e9diter Paul, soit \u00e0 donner l&rsquo;impression qu&rsquo;une \u00e9glise primitive \u2014 celle des disciples \u2014 avait \u00e9t\u00e9 largement ant\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;enseignement paulinien. Il est vraisemblable que, parall\u00e8lement, d&rsquo;autres versets durent \u00eatre supprim\u00e9s ou modifi\u00e9s dans le m\u00eame sens. Cependant, l&rsquo;\u00e9puration n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 suffisante, puisque nous trouvons encore dans la version canonique des traces trop parlantes des premiers Actes.<\/p>\n<p>Une de ces \u00ab\u00a0traces\u00a0\u00bb est le discours d&rsquo;Etienne aux pr\u00eatres juifs, qui l&rsquo;accusaient de pr\u00e9dire un nouveau \u00a0Royaume. Tente-t-il de les convaincre que J\u00e9sus est le Christ? Non pas. Il leur rappelle la promesse de Dieu \u00e0 Abraham : \u00ab\u00a0on maltraitera le peuple pendant quatre cents ans\u00a0\u00bb; il pr\u00e9cise la chronologie de Mo\u00efse, \u00e2g\u00e9 de quarante ans quand il tue l&rsquo;Egyptien et s&rsquo;enfuit au pays de Madian (et seulement quarante ans plus tard le buisson de feu lui appara\u00eet dans le d\u00e9sert); il note que le roi David trouva gr\u00e2ce devant Dieu, mais que ce fut Salomon qui lui b\u00e2tit un temple\u2026<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n<p>Etrange d\u00e9monstration, hors d&rsquo;une seule hypoth\u00e8se! Ce long discours chronologique ne peut avoir qu&rsquo;un sens : \u00ab\u00a0Vous ne croyez pas en un autre Royaume, diff\u00e9rent d&rsquo;Isra\u00ebl, parce que le temps n&rsquo;en est pas venu : d&rsquo;Abraham \u00e0 Salomon, mille ans se sont \u00e9coul\u00e9s, et, de m\u00eame, le Royaume du Christ ne surgira pas demain d&rsquo;entre les peuples.\u00a0\u00bb C&rsquo;est le retour \u00e9ternel qu&rsquo;Etienne enseigne aux juifs. Et c&rsquo;est pourquoi ils le lapident, parce qu&rsquo;Isra\u00ebl, dans cette optique, devient un \u00e9pisode de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<p>Un texte non moins surprenant raconte l&rsquo;anecdote de Simon le Mage.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Or, il y avait (en Samarie) un homme nomm\u00e9 Simon, qui pratiquait la magie et qui \u00e9merveillait le peuple, se donnant pour un grand personnage. Tous \u00e9taient attach\u00e9s \u00e0 lui. Cet homme, disaient-ils, est la vertu de Dieu, celle qu&rsquo;on appelle la Grande\u2026 Mais quand ils eurent cru \u00e0 Philippe, qui leur annon\u00e7ait le Royaume de Dieu et le nom de (J\u00e9sus) Christ, hommes et femmes se firent baptiser. Simon lui-m\u00eame crut et, s&rsquo;\u00e9tant fait baptiser, il s&rsquo;attacha \u00e0 Philippe, et les miracles et les prodiges dont il \u00e9tait t\u00e9moin le frappaient d&rsquo;\u00e9tonnement.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a><\/p>\n<p>Ces versets doivent \u00eatre compar\u00e9s \u00e0 ceux o\u00f9 il est dit que Simon, apr\u00e8s son bapt\u00eame, fut appel\u00e9 Pierre<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Naturellement, il s&rsquo;agit cette fois de l&rsquo;Ap\u00f4tre. Un autre Simon le Mage appara\u00eet cependant dans l&rsquo;Histoire, et c&rsquo;est l&rsquo;astrologue aim\u00e9 de N\u00e9ron, Simon le magicien, qu&rsquo;on trouve \u00e0 Rome en 63 ou 64, disputant contre Paul, qui le convertira (sc\u00e8ne reproduite notamment dans une mosa\u00efque de la chapelle palatine, \u00e0 Palerme).<\/p>\n<p>Nous avons ainsi trois Simon, tous trois convertis et baptis\u00e9s, dont deux furent magiciens, l&rsquo;un en Samarie, l&rsquo;autre \u00e0 Rome. La seule explication possible du ph\u00e9nom\u00e8ne serait que le Simon romain, converti par Paul, se soit trouv\u00e9 plus tard en Palestine sous le nom de Pierre. Mais, pour oser une telle explication, il faudrait admettre l&rsquo;hypoth\u00e8se fantastique que la pr\u00e9diction de Pierre et des \u00ab\u00a0disciples\u00a0\u00bb ait \u00e9t\u00e9 post\u00e9rieure au voyage de Paul \u00e0 Rome; admettre enfin, comme Saint Jean l&rsquo;apocalypte et comme Saint Augustin<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>, que N\u00e9ron fut \u00ab\u00a0l&rsquo;Ant\u00e9christ\u00a0\u00bb, celui qui vint <em>avant<\/em> le Christ (et non pas <em>contre<\/em> lui, comme on le croit commun\u00e9ment).<\/p>\n<p>Le texte \u00ab\u00a0pa\u00efen\u00a0\u00bb le plus ancien relatif \u00e0 la crucifixion de J\u00e9sus est rarement cit\u00e9. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une lettre en syriaque d&rsquo;un certain Mara bar S\u00e9rapion, dat\u00e9e de 73. \u00ab\u00a0Quel profit, y lit-on, les juifs tirent-ils de l&rsquo;ex\u00e9cution de leur roi sage, puisque d\u00e8s lors leur Royaume leur est enlev\u00e9?\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a><\/p>\n<p>Ce texte prouve \u00e0 coup s\u00fbr l&rsquo;existence historique d&rsquo;un Christ; mais, \u00e9galement, on doit s&rsquo;\u00e9tonner que Mara bar S\u00e9rapion e\u00fbt song\u00e9 \u00e0 lier de la sorte deux \u00e9v\u00e8nements s\u00e9par\u00e9s par pr\u00e8s d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, suppos\u00e9 que la mort du Christ ait eu lieu vers les ann\u00e9es 30. Autre sujet d&rsquo;\u00e9tonnement : les deux \u00e9v\u00e8nements sont totalement disproportionn\u00e9s : il s&rsquo;agit, d&rsquo;une part, de la ruine de J\u00e9rusalem et de la destruction du Temple (en 70) et, d&rsquo;autre part, de la mise \u00e0 mort d&rsquo;un \u00ab\u00a0anarchiste\u00a0\u00bb \u00e0 ce point d\u00e9nu\u00e9 d&rsquo;importance que, jusqu&rsquo;alors, nul texte n&rsquo;en a fait mention. Combien la lettre de S\u00e9rapion serait-elle plus claire s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un vrai Roi-Christ supplici\u00e9 en 68 ou 69!<\/p>\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit, ces questions, qui demeurent encore sans r\u00e9ponse, expliquent la g\u00eane, commune aux juifs et aux Romains, devant la religion naissante; bien mieux : leur certitude commune d&rsquo;\u00eatre les dupes d&rsquo;une imposture g\u00e9ante, dont nous ne pouvons plus d\u00e9terminer la nature.<\/p>\n<p>En 134, l&#8217;empereur Hadrien \u00e9crivait au consul Sarvianus : \u00ab\u00a0Ceux qui adorent S\u00e9rapis font comme les Chr\u00e9tiens; m\u00eame ceux qui se pr\u00e9tendent \u00e9v\u00eaques du Christ v\u00e9n\u00e8rent S\u00e9rapis. Le patriarche lui-m\u00eame est contraint par d&rsquo;autres \u00e0 se prosterner devant le Christ. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul Dieu pour tous\u2026\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a><\/p>\n<p>Vers 180, Lucien parle du \u00ab\u00a0sophiste crucifi\u00e9\u00a0\u00bb et ridiculise les chr\u00e9tiens, susceptibles de se laisser leurrer de toutes les mani\u00e8res. Vers la m\u00eame \u00e9poque, le philosophe Celse et un certain Fronton, pr\u00e9cepteur de Marc-Aur\u00e8le, entreprennent d&rsquo;attaquer le christianisme naissant en d\u00e9non\u00e7ant les th\u00e8mes l\u00e9gendaires ou classiques qu&rsquo;on y retrouve (emprunt\u00e9s au mouvement gnostique, \u00e0 la philosophie de Plotin, aux panth\u00e9ons syrien, \u00e9gyptien et grec). Au d\u00e9but du 3<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle encore, des graffiti caricaturaient le Christ sous la forme d&rsquo;un homme crucifi\u00e9 \u00e0 t\u00eate d&rsquo;\u00e2ne.<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a><\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Ep\u00eetre aux Galates. 2<sup>\u00e8me<\/sup> Ep\u00eetre aux Corinthiens, I, 12.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> 1<sup>\u00e8re<\/sup> Ep\u00eetre aux Corinthiens, I, 13-18.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Actes des Ap\u00f4tres, VII, 6, 23, 30, 50.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Actes des Ap\u00f4tres, VIII, 9-13.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Actes des Ap\u00f4tres, X, 5, XI, 14.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> SAINT AUGUSTIN : <em>La Cit\u00e9 de Dieu<\/em>, XX, 19.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Dans le <em>Spicolegium Syriacum<\/em>, de Curetone.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Dans Vopiscus, <em>Vie de Saturnin<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Et l&rsquo;Ane d&rsquo;Apul\u00e9e est \u00e9galement le na\u00eff dispos\u00e9 \u00e0 tout croire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le scandale<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il faut l&rsquo;avouer : le caract\u00e8re m\u00eame du christianisme avait de quoi exciter l&rsquo;ironie des Romains, sans qu&rsquo;il soit besoin de susciter l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une imposture suppl\u00e9mentaire. \u00ab\u00a0Les chr\u00e9tiens, disaient-ils, expliquent leurs c\u00e9r\u00e9monies en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un homme ch\u00e2ti\u00e9 sur une croix!\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p>Comme si ce scandale d&rsquo;un crucifi\u00e9-messie n&rsquo;e\u00fbt pas suffi, il y avait l&rsquo;insolence du dogme fondamental de la nouvelle \u00e9glise, tel qu&rsquo;on le trouve exprim\u00e9 pour la premi\u00e8re fois dans Saint Paul :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour moi, j&rsquo;ai re\u00e7u du Seigneur ce que je vous ai transmis, que le Seigneur\u00a0 [dans la nuit o\u00f9 il fut livr\u00e9] prit du pain et, apr\u00e8s avoir rendu gr\u00e2ce, le rompit et dit : [Ceci est mon corps; pour vous,] faites ceci en m\u00e9moire de moi. De m\u00eame, apr\u00e8s avoir soup\u00e9, il prit le calice et dit : [Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang;] faites ceci, toutes les fois que vous boirez, en m\u00e9moire de moi. Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez ce calice, vous annoncez la mort du Seigneur [jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il vienne]. C&rsquo;est pourquoi celui qui mangera le pain ou boira le calice du Seigneur indignement sera coupable [envers le corps et le sang du Seigneur]\u2026 car celui qui mange et boit indignement [sans discerner le corps du Seigneur] mange et boit son propre jugement.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p>Une pr\u00e9cieuse indication sur ce que le peuple romain (et surtout les nobles) pouvaient penser de cette croyance nous est donn\u00e9e par la fureur de Vindex voyant N\u00e9ron jouer le r\u00f4le de Thyeste, oblig\u00e9e par Atr\u00e9e de d\u00e9vorer le corps de son propre fils.<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> Une autre indication se trouve dans les derni\u00e8res pages du <em>Satyricon<\/em>, que le romancier P\u00e9trone, ami de N\u00e9ron, \u00e9crivait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Paul pr\u00eachait.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai invent\u00e9, dit Eumolpe, un exp\u00e9dient qui mettra dans un grand embarras ces coureurs d&rsquo;h\u00e9ritages\u00a0\u00bb. Il tira de ses bagages les tablettes o\u00f9 \u00e9taient consign\u00e9es ses derni\u00e8res volont\u00e9s, qu&rsquo;il nous lut en ces termes : \u00a0\u00bb Tous ceux qui sont couch\u00e9s sur mon testament, \u00e0 l&rsquo;exception de mes affranchis,<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> ne pourront toucher leurs legs que sous la condition de couper mon corps en morceaux, et de le manger en pr\u00e9sence du peuple assembl\u00e9. Cette clause n&rsquo;a rien qui doive les effrayer; car il nous est connu qu&rsquo;une loi, en vigueur chez certains peuples, oblige les parents d&rsquo;un d\u00e9funt \u00e0 se partager et \u00e0 manger son corps; et cela est si vrai que, dans ces pays, on reproche souvent aux moribonds de g\u00e2ter leur chair par la longueur de leur maladie. Cet exemple doit vous engager \u00e0 ne point vous refuser \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution de mes ordres, mais \u00e0 d\u00e9vorer mon corps avec un z\u00e8le \u00e9gal \u00e0 celui que apporterez \u00e0 maudire mon \u00e2me.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quoi, mis en verve, Eumolpe cherche des exemples chez les Sagontins qui, assi\u00e9g\u00e9s par Annibal, s&rsquo;\u00e9taient nourris de chair humaine, \u00ab\u00a0bien qu&rsquo;ils n&rsquo;eussent pas de succession \u00e0 esp\u00e9rer\u00a0\u00bb; chez les P\u00e9rusiens qui en firent autant, r\u00e9duits \u00e0 une grande disette; chez les habitants de Numance o\u00f9 l&rsquo;on trouva, la ville prise, \u00ab\u00a0des enfants \u00e0 demi d\u00e9vor\u00e9s sur le sein de leur m\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Eumolpe d\u00e9bitait ces r\u00e9voltantes nouveaut\u00e9s avec si peu d&rsquo;ordre et de suite que nos h\u00e9ritiers en herbe commenc\u00e8rent \u00e0 douter de la r\u00e9alit\u00e9 de ses promesses. D\u00e8s ce moment, ils \u00e9pi\u00e8rent de plus pr\u00e8s nos paroles et nos actes; cet examen accrut leurs soup\u00e7ons, et bient\u00f4t ils furent convaincus que nous \u00e9tions des mis\u00e9rables, vagabonds et escrocs. Alors ceux qui s&rsquo;\u00e9taient mis le plus en d\u00e9pense pour nous faire accueil r\u00e9solurent de se saisir de nous et de nous punir selon nos m\u00e9rites\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ses disciples abandonnent Eumolpe, comme P\u00e9trone lui-m\u00eame abandonnera N\u00e9ron (en fait, il pr\u00e9f\u00e9rera le suicide \u00e0 l&rsquo;acceptation du scandale n\u00e9ronien). Et \u00ab\u00a0le vieux fourbe\u00a0\u00bb est trait\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 la mode de Marseille\u00a0\u00bb. Celui qui avait m\u00e9rit\u00e9 ce traitement, \u00ab\u00a0on lui faisait faire le tour de la ville, couronn\u00e9 de verveine et rev\u00eatu de la robe sacr\u00e9e; on le chargeait de mal\u00e9dictions, pour faire retomber sur sa t\u00eate tous les maux de la ville et, du haut d&rsquo;un rocher, on le pr\u00e9cipitait dans la mer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Telles sont les derni\u00e8res lignes du manuscrit tronqu\u00e9 du <em>Satyricon<\/em> que nous poss\u00e9dons<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>, l&rsquo;un des tr\u00e8s rares passages (avec les discours de la C\u00e9na) que les critiques s&rsquo;accordent \u00e0 reconna\u00eetre comme authentiques.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Malheur \u00e0 l&rsquo;homme par qui le scandale arrive! dit \u00e9galement J\u00e9sus. Mieux vaudrait pour lui qu&rsquo;une meule au cou, il soit pr\u00e9cipit\u00e9 dans la mer!\u00a0\u00bb Mais la crainte de ce scandale ne pouvait troubler l&rsquo;Eglise, puisqu&rsquo;au contraire, elle s&rsquo;appuyait sur lui. \u00ab\u00a0Car il faut que le scandale arrive!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Or, le probl\u00e8me est bien l\u00e0 : pourquoi une religion fond\u00e9e sur l&rsquo;humilit\u00e9 et le sacrifice a-t-elle entour\u00e9 de telles ombres et entach\u00e9 de tant d&rsquo;interpolations les premiers r\u00e9cits de ses origines? Quel scandale pire qu&rsquo;une mise en croix et que le myst\u00e8re de l&rsquo;eucharistie lui fallait-il cacher avec obstination?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Charles Pichon\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1963<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> D&rsquo;apr\u00e8s Tertullien.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> SAINT PAUL : <em>1<sup>\u00e8re<\/sup> Ep\u00eetre aux Corinthiens<\/em>, XI, 23-30. Les passages entre crochets ne se trouvaient pas dans la premi\u00e8re \u00e9dition des Ep\u00eetres (Marcion).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0Le discours de Vindex\u00a0\u00bb, dans le <em>N\u00e9ron<\/em> de Dion CASSIUS.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Selon l&rsquo;hypoth\u00e8se la plus favorable \u00e0 la tradition chr\u00e9tienne, ce morceau serait une parodie de l&rsquo;enseignement de Paul. Mais la mention du privil\u00e8ge des affranchis \u00e9voque irr\u00e9sistiblement N\u00e9ron.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Selon un manuscrit retrouv\u00e9 en 1476.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TROISIEME PARTIE LE TEMPS D&rsquo;APPRENDRE A VIVRE &nbsp; \u00a0 I L&rsquo;ATTENTE DU DIEU \u00a0 Brusquement, un objet nouveau est l\u00e0 : \u00e0 Tell Halaf, \u00e0 Tell Ubaid, sur les bords de l&rsquo;Indus : une t\u00eate de taureau cisel\u00e9e. Dans l&rsquo;Egypte &hellip; <a href=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2132\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-2132","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-cycles-du-retour-eternel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2132","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2132"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2132\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2153,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2132\/revisions\/2153"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2132"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2132"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2132"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}