{"id":1579,"date":"2012-05-27T15:49:52","date_gmt":"2012-05-27T13:49:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=1579"},"modified":"2012-05-30T16:02:33","modified_gmt":"2012-05-30T14:02:33","slug":"le-graal-ii-le-temps-dune-mode","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=1579","title":{"rendered":"LE GRAAL &#8211; II &#8211; Le temps d&rsquo;une mode"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><strong>II<\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Le temps d&rsquo;une mode<\/span><\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><br \/>\n<\/span><\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il suit que la Grande Image n&rsquo;est pas une notion simple, ni seulement dialectique, car elle recouvre les 3 notions bien diff\u00e9rentes : un lieu (externe), une nourriture (interne), une permanence ou une rupture, une liaison ou un d\u00e9liement, qui exigent la notion de succession (de phases ou d&rsquo;\u00e9tats distincts).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il n&rsquo;est pas possible de traiter de ces 3 sans supposer quelque communaut\u00e9 entre eux : celui ou cela que le lieu localise, que la nourriture charge ou nourrit, et qui se d\u00e9lie ou se lie, se d\u00e9veloppe ou se r\u00e9duit au long de la succession susdite. Cette chose, localis\u00e9e ou non, charg\u00e9e ou non, durable ou non, ne peut \u00eatre dite un objet (car il peut \u00eatre sujet), ni un fait seulement objectif (\u00e9v\u00e8nement, acte), car il peut \u00eatre agi, par l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement, ou acteur de l&rsquo;action. Ce 4<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9l\u00e9ment, je le nomme un <em>personnage<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussit\u00f4t se d\u00e9couvrent des dialectiques autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le personnage peut \u00eatre l&rsquo;objet de la promesse ou du d\u00e9fi, de la lecture\/promesse ou de l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement : en quelque sorte, au terme du processus. C&rsquo;est lui qu&rsquo;on place : dans l&rsquo;Eden ou hors de l&rsquo;Eden, en Egypte ou en Palestine, en Orient ou en Occident; c&rsquo;est lui qu&rsquo;on nourrit : d&rsquo;herbe ou de viande, richement ou pauvrement, du Sang ou d&rsquo;aucun sang, selon l&rsquo;\u00e9poque; qu&rsquo;on oblige au voyage, de l&rsquo;est vers l&rsquo;ouest ou \u00e0 l&rsquo;inverse, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il demeure ou redevient le sujet du d\u00e9placement, de la liaison ou du d\u00e9liement, de l&rsquo;enrichissement ou de l&rsquo;appauvrissement. On ne lui impose que le Plein ou le Vide, l&rsquo;Eden ou la Sauvagerie, l&rsquo;Egypte ou le Jourdain, le Ch\u00e2teau ou le D\u00e9sert. Mais c&rsquo;est le personnage, en son Syst\u00e8me de symbole physique propre, qui demeure la cause du processus, par l&rsquo;acte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;\u00e9tonne pas que, comme objet, le personnage ne soit qu&rsquo;<em>un<\/em> : Adam, le Peuple ou le Qu\u00eateur du Graal, m\u00eame si le d\u00e9fi le partage en 2 Adam (de la Gen\u00e8se 1<sup>\u00e8re<\/sup> ou de la Cr\u00e9ation), en 2 peuples (l&rsquo;Isra\u00ebl de Jacob, l&rsquo;h\u00e9breu de Mo\u00efse) ou en 2 Qu\u00eateurs (les Ap\u00f4tres de J\u00e9sus, les Chevaliers de la Qu\u00eate). Mais ce ne peut \u00eatre sans que le personnage\/sujet se diversifie sans fin. Il se fait les g\u00e9n\u00e9rations de Seth, celles de Ca\u00efn; les fils de Jacob ou les tribus de Mo\u00efse; les 12 ap\u00f4tres, puis les 12 chevaliers. Incomparables, comme les \u00ab\u00a0modes\u00a0\u00bb qui se succ\u00e8dent dans le temps, car chaque g\u00e9n\u00e9ration de Ca\u00efn, chaque tribu de Mo\u00efse, chaque chevalier vivra son destin propre, commettra son d\u00e9lit ou r\u00e9pondra au grand d\u00e9fi d&rsquo;une mani\u00e8re autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La complexification des personnages se fait telle, en fin de compte, que toute comparaison entre les Grandes Images apparait illusoire. De nombreux ex\u00e9g\u00e8tes ont tent\u00e9 de comparer les g\u00e9n\u00e9rations aux tribus (les proph\u00e8tes juifs) ou les tribus aux chevaliers (les proph\u00e8tes chr\u00e9tiens) sans parvenir \u00e0 autre chose qu&rsquo;un amalgame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car le monde o\u00f9 vivaient les uns ne fut pas le monde o\u00f9 vivaient les autres, leurs objectifs furent autres. La r\u00e9ponse donn\u00e9e par No\u00e9 ne pouvait \u00eatre un mod\u00e8le pour Salomon, ni la r\u00e9ponse donn\u00e9e par Salomon un mod\u00e8le pour Galaad. <em>Je<\/em> essaie toujours de comprendre pourquoi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est que si <em>je<\/em> traite des personnages, <em>je<\/em> doit renoncer \u00e0 un parall\u00e9lisme suspect ou improbable. Il lui sera permis de garder en m\u00e9moire que, d&rsquo;une mani\u00e8re indescriptible pour l&rsquo;instant, le processus des Qu\u00eateurs a reproduit celui des tribus, qui reproduisait celui des G\u00e9n\u00e9rations. Mais sans qu&rsquo;il soit possible de comparer tel qu\u00eateur \u00e0 telle tribu, telle tribu \u00e0 telle g\u00e9n\u00e9ration. <em>Je <\/em>ne peut traiter du personnage que dans son monde, son \u00e8re, sa croyance propre (comme le savant ne traite que de \u00ab\u00a0relativit\u00e9 restreinte\u00a0\u00bb ou de la vitesse, de l&rsquo;\u00e9nergie dans un syst\u00e8me donn\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le syst\u00e8me choisi est le plus proche de nous, le mieux connu : celui du Graal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Les personnages du Graal<\/span><\/strong> \u2014 Ils sont enclos entre les deux lectures, de la Promesse (de Matthieu \u00e0 Jean) et de la R\u00e9ponse (\u00e0 partir de 1180). Car ils ne sont jamais que les objets du d\u00e9fi ou les sujets du d\u00e9liement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils sont innombrables (certains textes parlent de 300 chevaliers) ou nombr\u00e9s, par les 12, comme les ap\u00f4tres. Mais, en chaque phase du processus, ils ne sont que 3 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) en l&rsquo;origine, les 3 du Lac, \u00e9lev\u00e9s par la Dame du Lac (la Vierge) : Lancelot, Hector et Bohort;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b) au terme, les 3 de la qu\u00eate finale : Bohort, Perceval, Galaad;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">c) dans l&rsquo;ensemble des qu\u00eates : l&rsquo;homme de l&rsquo;origine, Gauvain, l&rsquo;homme du terme, Galaad, l&rsquo;interm\u00e9diaire : Perceval.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les 9, par suite, ne sont que 6 : Lancelot, Hector, Bohort, Gauvain, Perceval, Galaad.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">6 autres personnages sont exclus de la Qu\u00eate, ou y p\u00e9rissent : le tra\u00eetre par le c\u0153ur : Mordred, le tra\u00eetre par l&rsquo;aspect : le Chevalier Noir (ou Vert), les victimes : Melyant, Yvan, Cologranant, et le bourreau-victime : Lyonel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Yvain pr\u00e9c\u00e8de la Qu\u00eate : il n&rsquo;a pas su choisir entre les b\u00eates : le Serpent et le Lion. Gauvain le tue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cologranant, le non-d\u00e9fini, est tu\u00e9 par Lyonel, fr\u00e8re de Bohort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Melyant, l&rsquo;ind\u00e9cis, s&rsquo;est tromp\u00e9 de route, au carrefour. Il a choisi la voie qu&rsquo;il ne fallait pas prendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mordred est le tra\u00eetre du ch\u00e2teau d&rsquo;Arthur; Lyonel, le maudit de la Qu\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Chevalier Noir (ou Vert) plane sur l&rsquo;ensemble : tous le rencontrent : ils meurent de son d\u00e9fi ou y survivent. S&rsquo;il prend une forme f\u00e9minine, ce qu&rsquo;il peut faire, seuls le vierge (Bohort) et le chaste (Perceval) triomphent de son d\u00e9fi, de sa tentation. Sinon, il n&rsquo;est que l&rsquo;adversaire, dans le PAT, ou le doute au carrefour, dans le PAN. En tous les cas, le Malin, le D\u00e9mon M\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tels sont les personnages de la R\u00e9ponse, de la Qu\u00eate, \u00e9crite mille ans apr\u00e8s l&rsquo;ach\u00e8vement de la Promesse\/d\u00e9fi :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">30\/180, les 4 Evangiles, de Matthieu au pr\u00eatre Jean;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1180\/1260, les qu\u00eates de Gauvain, depuis Chr\u00e9tien de Troyes et Boron, jusqu&rsquo;aux qu\u00eates de Galaad, allemandes ou cisterciennes, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En sa transcription, cette lecture : la R\u00e9ponse, ne couvre pas un si\u00e8cle, au plus les 90 ans (1180\/1270). En son objet, elle ne couvre gu\u00e8re que les 4 si\u00e8cles, du temps d&rsquo;Arthur, le 5<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, au temps de Charlemagne (empereur en 800), mais elle r\u00e9duit ces 4 si\u00e8cles en un seul, puisque Galaad a connu Gauvain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;o\u00f9 la question premi\u00e8re : lesquels succ\u00e8dent les uns aux autres?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lesquels se pr\u00e9sentent comme simultan\u00e9s? C&rsquo;est le probl\u00e8me qui traverse toutes les qu\u00eates du Graal, comme il travers\u00e9 les \u00ab\u00a0r\u00e9ponses\u00a0\u00bb h\u00e9bra\u00efques : des 12 tribus, laquelle est la premi\u00e8re, l&rsquo;\u00e9lue? Ou bien lesquelles, par groupes de 3, doivent \u00eatre situ\u00e9es au nord, au sud, \u00e0 l&rsquo;ouest, \u00e0 l&rsquo;est?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis le premier ordonnancement de Mo\u00efse : l&rsquo;ordre de marche des tribus jusqu&rsquo;au dernier, d&rsquo;Ez\u00e9chiel (tr\u00e8s au-del\u00e0 du terme du Pentateuque), le probl\u00e8me a exig\u00e9 de nombreuses r\u00e9ponses, contradictoires, de Mo\u00efse lui-m\u00eame, de Josu\u00e9, des Juges et des Rois. Mais, dans les qu\u00eates du Graal, il n&rsquo;apparait qu&rsquo;une fois sous cette forme archa\u00efque (dans les textes tardifs du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Perceval, Bohort et Galaad se retrouvent au ch\u00e2teau du Graal chr\u00e9tien, pour la derni\u00e8re eucharistie, avant le voyage ultime. Neuf autres chevaliers sont l\u00e0 : 3 du Nord (Normands ou Vikings), 3 de l&rsquo;Ouest (Irlandais ou Gallois) et 3 de l&rsquo;Est (Gaulois). Il suit que Perceval, Bohort et Galaad sont des h\u00e9ros du Sud, et ce sera bien vers le Sud (est) que le dernier voyage les portera.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le reste, il convient de ne pas l&rsquo;oublier, rien n&rsquo;identifie les 12 de la Qu\u00eate aux 12 des G.I. ant\u00e9rieures (tribus, g\u00e9n\u00e9rations) et m\u00eame pas le nombre. Car, tr\u00e8s vite, les Fils de Jacob n&rsquo;ont plus \u00e9t\u00e9 que 11 (par l&rsquo;exclusion de quelque tribu, de Sim\u00e9on, de Dan ou de Benjamin) ou les 12 autrement (par le d\u00e9doublement de Joseph en Ephra\u00efm ou Manass\u00e9), sinon les 9 nombrables, en 3 triades (avant, apr\u00e8s, successivement) que portaient les 6 Elus, au demi de 12.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est que les 12 Fils ou les 12 Ap\u00f4tres (les 12 du Zodiaque sum\u00e9rien aussi) ne posaient aucunement le probl\u00e8me : la Promesse les contenait ensemble, elle les maintenait dans cet ensemble, toujours une Table : d&rsquo;Emeraude, de la Loi, de la C\u00e8ne. Mais le mill\u00e9nium qui s\u00e9pare les lectures (promesse\/r\u00e9ponse) n&rsquo;impose pas la succession, des 11, des 10 ou des 9, sans rompre cet accord premier (par le d\u00e9liement) ou exiger d&rsquo;autres d\u00e9lits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que demeure-t-il alors? Des dialectiques annexes, et peut-\u00eatre illusoires, abstraites, qui ne jouent plus de la G.I., comme promesse ou comme r\u00e9ponse, mais d&rsquo;une infinit\u00e9 de S.S.P., selon les symboles choisis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ces dialectiques abstraites, la plus fr\u00e9quente est celle des Sens : de l&rsquo;est vers l&rsquo;ouest ou de l&rsquo;ouest vers l&rsquo;est, mais ce peut \u00eatre du vide au plein, du plein au vide, d&rsquo;enrichissement ou d&rsquo;appauvrissement, d&rsquo;augmentation ou de r\u00e9duction, etc. Telle, en tous cas, qu&rsquo;une voie est au contraire de l&rsquo;autre en tous ces points.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne les Qu\u00eates, deux personnages incarnent clairement les deux voies : Gauvain et Galaad.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Gauvain<\/span><\/strong> \u2014 Il n&rsquo;est clairement d\u00e9crit que dans les qu\u00eates du 12<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Toutes ses aventures se situent au temps d&rsquo;Arthur (autour de 500). Bien qu&rsquo;il ne soit jamais dit s&rsquo;il survit ou non au roi, il apparait \u2014 furtivement \u2014 dans les qu\u00eates les plus post\u00e9rieures, et m\u00eame dans certaines o\u00f9 triomphe Galaad.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois traits le caract\u00e9risent, qui l&rsquo;apparent tous trois aux premiers chevaliers ou aux chevaliers du Lac (pr\u00e9chr\u00e9tiens) : il est noble, il voyage de l&rsquo;est vers l&rsquo;ouest, son domaine est la fable, le monde du f\u00e9erique ou du merveilleux (la Promesse).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Gauvain est noble<\/em>, fils de Roi (un fr\u00e8re d&rsquo;Arthur). Ce n&rsquo;est sans doute pas assez dire. Il ne vit, ne voyage que dans son clan, en sa propre famille. Toutes les femmes, tous les hommes qu&rsquo;il rencontre, aime, combat, sont des s\u0153urs, des cousines, une tante, une m\u00e8re, des oncles ou des cousins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est comme ces h\u00e9ros de fables africaines (des traditions bantous ou bambaras) o\u00f9 les combats se livrent entre le neveu et l&rsquo;oncle, le fils et le neveu. Ce lieu clos, la famille, est le lieu du combat, la lice; mais aussi de l&rsquo;amour, le lit. Car c&rsquo;est bien, toujours, une conjugaison de la femelle et du m\u00e2le (la \u00ab\u00a0connaissance\u00a0\u00bb h\u00e9bra\u00efque) qui procr\u00e9e le fils ou le neveu, associe le fr\u00e8re et la belle-s\u0153ur, ou le beau-fr\u00e8re et la s\u0153ur, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;acte de Gauvain ne peut donc \u00eatre qu&rsquo;un PAT, un Passage \u00e0 Tabac.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la limite, il n&rsquo;a jamais le choix : il doit prendre ce qui lui vient, le vaincre ou \u00eatre vaincu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Son domaine est la fable<\/em>. Ce trait se d\u00e9duit du pr\u00e9c\u00e9dent. S&rsquo;il n&rsquo;a pas le choix, il n&rsquo;a pas non plus de libert\u00e9. Il ne peut \u00eatre que conduit en ses voyages, comme le h\u00e9ros des contes par la f\u00e9e qui le guide, la sorci\u00e8re qui le tente. La Dame \u00a0domine ici, et, de fait, c&rsquo;est le plus souvent une femme qui le lance en de nouveaux exploits : la bonne Demoiselle, ou la Malicieuse, une tante ou sa m\u00e8re. Le pr\u00e9texte \u00e0 l&rsquo;aventure est des plus minces, parfois : un caprice donn\u00e9 pour tel. Mais voil\u00e0 Gauvain reparti!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;incitateur est un homme, oncle ou cousin, le pr\u00e9texte n&rsquo;est pas moins \u00e9trange (au regard d&rsquo;un homme du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle) : la vengeance d&rsquo;une injure, ou seulement un mauvais accueil, un objet d\u00e9rob\u00e9, le souci d&rsquo;aider un ami, qui parfois ne fut qu&rsquo;un passant. Plus il est dirig\u00e9, conduit, plus il a de motifs pour se dire libre, livr\u00e9 au moindre de ses instincts. L&rsquo;impuissance de choisir le rend esclave de toutes les sollicitudes; la plus faible des incitations le met en branle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">F\u00e9erique, f\u00e9minin, ce monde est monstrueux. Les monstres ne hantent que les contes. Ceux que les chevaliers combat sont des g\u00e9ants, des lions ou des serpents; celles qu&rsquo;il aime sont des f\u00e9es ou des sorci\u00e8res. Ici, l&rsquo;\u00e9chiquier joue tout seul, les chambres changent de forme, les lits s&rsquo;effondrent sans motif, les rivi\u00e8res s&rsquo;ass\u00e8chent ou s&rsquo;enflent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque le Graal lui apparait enfin \u2014 en son ch\u00e2teau \u2014 il se pr\u00e9sente \u00e0 lui comme une procession d&rsquo;objets inconcevables ou incompr\u00e9hensibles : une \u00e9p\u00e9e bris\u00e9e, deux couteaux, un plat partag\u00e9 ainsi qu&rsquo;un blason (un tailloir). Une lance \u00e9goutte du sang dans les deux coupes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce monde est encore celui des traditions barbares ou panth\u00e9istes (africaines, am\u00e9rindiennes) : chaque monstre, chaque objet, chaque rencontre y conserve son pouvoir magique, son caract\u00e8re arch\u00e9typal de Grande Image (d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e ou non).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il chemine de l&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;ouest<\/em>. Parti de la Bretagne continentale, il a gagn\u00e9 la Grande-Bretagne. Il est all\u00e9 au Pays de Galles, o\u00f9 se situe le Ch\u00e2teau d&rsquo;Arthur. Quand il quittera le roi, il cheminera vers l&rsquo;ouest encore, o\u00f9 se situe le ch\u00e2teau du Graal. Il en est de m\u00eame pour tous les premiers chevaliers, et pour Arthur lui-m\u00eame, qu&rsquo;apr\u00e8s sa mort, une barque emportera vers la Grande Ile, des ombres et des dieux, Avallon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A voir ce cheminement irr\u00e9sistible, certains commentateurs l&rsquo;apparentent au parcours du soleil, de l&rsquo;Orient vers le couchant, de l&rsquo;aube au cr\u00e9puscule. Et c&rsquo;est vrai que, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, toute la vie de Gauvain se r\u00e9sume en ce voyage, de l&rsquo;\u00e9clat de sa naissance, royale, \u00e0 une fin mal connue, t\u00e9n\u00e9breuse, oubli\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, bien plut\u00f4t, son destin est celui du 1<sup>er<\/sup> Age, qui pr\u00e9c\u00e8de la pubert\u00e9. Ce n&rsquo;est pas le r\u00e9duire que voir en lui l&rsquo;Enfant, qui vit dans un monde f\u00e9erique, ne quitte pas le cercle de la famille et auquel tous les \u00ab\u00a0biens\u00a0\u00bb sont donn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;avance, sans qu&rsquo;il les ait voulus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous les temps de la Promesse, ainsi, peuvent \u00eatre donn\u00e9s pour des enfances : de l&rsquo;humanit\u00e9 l&rsquo;Eden, du Peuple Elu le temps des Patriarches, du miracle chr\u00e9tien le temps des Ap\u00f4tres. Et tous ont chemin\u00e9 vers l&rsquo;Ouest : Adam, d&rsquo;Abraham \u00e0 Joseph les patriarches (vers l&rsquo;Egypte) ou vers Rome les ap\u00f4tres : Matthieu et les Marie, Paul, Pierre, les premiers papes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les premi\u00e8res aventures de la Table Ronde, ainsi, ne portent filigrane que le monde f\u00e9erique et la marche vers l&rsquo;ouest. Mais il convient de pr\u00e9ciser que le premier texte qui \u00e9voque la Table remonte \u00e0 1135 : <span style=\"text-decoration: underline;\">Historia regum Britanniae<\/span>, de Geoffroy de Monmouth, et qu&rsquo;il n&rsquo;y est pas encore question du Graal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, les traditions, post\u00e9rieures au 12<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, donnent l&rsquo;apparition de la Coupe (ou du Vase ou du Plat), les dates 717\/720. Il s&rsquo;agirait de contes ou de po\u00e8mes oraux, de caract\u00e8re \u00e9pique, chant\u00e9s par des \u00ab\u00a0rhapsodes\u00a0\u00bb occidentaux, pr\u00e9curseurs des trouv\u00e8res et des goliards du 11<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Le plus c\u00e9l\u00e8bre d&rsquo;entre eux, Teliecin (ou Tiercelin) sera donn\u00e9 aussi comme un autre Merlin, sinon comme une forme premi\u00e8re de l&rsquo;Enchanteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son po\u00e8me (oral) le plus connu, fragmentairement reconstitu\u00e9, les 12 sont des arbres, et Tiercelin se nomme lui-m\u00eame ou l&rsquo;arbre ou leur ensemble, la For\u00eat. Or, Gauvain est souvent d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab\u00a0l&rsquo;ancien Arbre\u00a0\u00bb, et tous les monstres qu&rsquo;il combat, le Lion et le Serpent entre autres, se retrouvent dans ces anciens contes (ou le Loup et le Dragon dans les contes germaniques).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;agit donc toujours, dans ces premiers r\u00e9cits de la R\u00e9ponse, d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements tr\u00e8s ant\u00e9rieurs \u00e0 la R\u00e9ponse, d&rsquo;un temps o\u00f9 l&rsquo;on n&rsquo;\u00e9crivait plus, absent de la lecture et d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;acte : la christianisation elle-m\u00eame de l&rsquo;Europe, de l&rsquo;est vers l&rsquo;ouest.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Michel roumain ou lithuanien, ici, se faisait le Lokis, puis l&rsquo;Ours (Arthur), comme l&rsquo;a d\u00e9couvert, en \u00ab\u00a0Lokis\u00a0\u00bb, M\u00e9rim\u00e9e. Mais il n&rsquo;est pas temps de parler de l&rsquo;ange Michel et de la symbolique de l&rsquo;Ours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour \u00e9clairer ce propos, il faut en venir, tout de suite, \u00e0 <span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Galaad<\/strong>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;apparait qu&rsquo;au 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, sans doute au temps de Fr\u00e9deric II \u00ab\u00a0le premier empereur moderne\u00a0\u00bb. Pendant de nombreux si\u00e8cles, sa post\u00e9rit\u00e9 a pu \u00eatre jug\u00e9e des plus courtes : ni Goethe, ni Wagner ne parleront de lui. Mais son nom rena\u00eet avec le soul\u00e8vement de la Jeunesse, et c&rsquo;est son nom que prennent certains meneurs hippies, preuve qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas si br\u00e8ve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs au 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle que la qu\u00eate cistercienne a \u00e9t\u00e9 traduite et r\u00e9\u00e9dit\u00e9e par Albert Pauphilet (<span style=\"text-decoration: underline;\">Queste del Saint Graal<\/span>), puis par Albert B\u00e9guin (1944), puis par Yves Bonnefoy (1965), sans parler d&rsquo;innombrables ouvrages, romanc\u00e9s ou annexes. Car cette qu\u00eate ne pouvait \u00eatre comprise \u2014 ou admise \u2014 avant le 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, comme d&rsquo;ailleurs les proph\u00e8tes du Moyen Age l&rsquo;avaient pr\u00e9vu et annonc\u00e9. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du r\u00e8gne de Fr\u00e9d\u00e9ric II ou des adaptations contemporaines, les qu\u00eates de Galaad portent, au premier chef, le sceau de la \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb, dans le double sens, scientiste et utopiste, qu&rsquo;on donne \u00e0 ce vocable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car Galaad n&rsquo;est pas un noble, il chemine de l&rsquo;ouest vers l&rsquo;est, son univers n&rsquo;est pas celui du conte mais celui de la sentence ou du principe. C&rsquo;est, au contraire d&rsquo;une Grande Image, un Syst\u00e8me de symbole physique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Galaad est un roturier<\/em>. Le vocable vient de \u00ab\u00a0roture\u00a0\u00bb : la terre que le paysan exploite sans la poss\u00e9der et pour laquelle, naturellement, il paie une redevance \u00e0 son seigneur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus que cela : Galaad n&rsquo;a pas un p\u00e8re. Lorsqu&rsquo;on l&rsquo;interroge sur ce point, il r\u00e9pons : \u00ab\u00a0Je ne sais pas\u00a0\u00bb. Certains lui donnent pour anc\u00eatre Lancelot, l&rsquo;un des 3 fr\u00e8res du Lac; d&rsquo;autres lui pr\u00e9f\u00e8rent Perceval, son compagnon. Dans tous les cas, il fut \u00ab\u00a0le fils du P\u00e9ch\u00e9\u00a0\u00bb, car sa m\u00e8re fut l&rsquo;Etrang\u00e8re, soit une fille du Roi P\u00eacheur, soit une islamique, une Sarrasine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N&rsquo;ayant pas de parents, ce n&rsquo;est pas au sein de sa famille qu&rsquo;il va, mais au milieu de maints \u00e9trangers, dont sa vertu sera de faire des fr\u00e8res. Comme les g\u00e9n\u00e9rations de Ca\u00efn ou comme les tribus de Mo\u00efse, il traversera les peuples \u2014 et l&rsquo;humanit\u00e9 tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne peut y r\u00e9ussir seulement par le combat, car on ne triomphe pas toujours : les g\u00e9n\u00e9rations, les tribus l&rsquo;ont montr\u00e9. Avec un art extr\u00eame, la Qu\u00eate cistercienne parvient \u00e0 \u00e9viter totalement ce combat, ce PAT. Une seule fois, Galaad combat de nombreux ennemis : les 7 nains ou Gnomes qui gardent les Vierges prisonni\u00e8res, mais il les met en fuite et ne les massacre pas. Un prudhomme, un homme sage en donne la raison : en lib\u00e9rant les Vierges, il a lib\u00e9r\u00e9 les Sept Nains de leur fonction de ge\u00f4liers, il n&rsquo;eut donc pas besoin de les tuer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le nom qu&rsquo;on lui donne souvent, de \u00ab\u00a0bon chevalier\u00a0\u00bb, t\u00e9moigne de ce refus constant du PAT. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une bont\u00e9 diff\u00e9rente du bien (qui exige le mal), ainsi que Nietzsche le montrera. Le \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb est sup\u00e9rieur parce qu&rsquo;il est englobant, le plus grand, le plus fort, mais non comme partie d&rsquo;une autre dialectique : le bien\/le mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Galaad, par suite, est ignorant de toute justice, qui partage le monde selon les r\u00e8gles morales. Son ennemi n&rsquo;est pas le mal mais le mauvais (ce qui fait mal parce que c&rsquo;est hors de l&rsquo;harmonie du monde, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re : hors du Monde).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne combat jamais (pour le bien), il est seulement bien portant, et c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0port\u00e9 vers le meilleur des deux chemins\u00a0\u00bb, au carrefour. Ses qu\u00eates ne sont faites que de tels carrefours, de PAN, \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e de la For\u00eat P\u00e9rilleuse, puis \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e de la For\u00eat Aube. L\u00e0, toujours, il perd l&rsquo;un de ses compagnons, Melyant, qui n&rsquo;a pas su choisir, Bohort ou Perceval, qu&rsquo;il retrouvera au-del\u00e0 de la For\u00eat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, si je nomme Gauvain l&rsquo;homme du PAT et Galaad l&rsquo;homme du PAN, je dis d\u00e9j\u00e0 tout autre chose que la noblesse de celui-l\u00e0 et la roture de celui-ci. Je dois parler du R\u00e9cit l\u00e0 et de la Sentence ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le domaine de Galaad est rationnel<\/em>. Le mot surprendra d&rsquo;abord. Comment des textes du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle pourraient-ils \u00eatre dits rationnels? Ils le peuvent au point de n&rsquo;\u00eatre compris qu&rsquo;au 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Comment expliquer autrement que, dans les qu\u00eates du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, toute f\u00e9erie a disparu? Plus de monstres, de serpent, de lion, plus de sorci\u00e8res, de f\u00e9es, et plus d&rsquo;anamorphoses. Le carrefour, le PAN, seul dirige.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Bien ne combat plus le Mal : la fonction m\u00eame s&rsquo;an\u00e9antit, il n&rsquo;y a plus que des dispositions, \u00e0 droite, \u00e0 gauche, selon qu&rsquo;on se d\u00e9sire ou s&rsquo;accepte malade, et qu&rsquo;on se veut d&rsquo;abord en bonne sant\u00e9. Il n&rsquo;y a plus que rem\u00e8des, des m\u00e9thodes, des techniques pour s&rsquo;assurer, non point du Bien, mais du meilleur. Les objets qui subsistent, et que portent les R\u00eaves, de Bohort ou de Perceval, sont encore des symboles (la fleur et l&rsquo;arbre, les deux oiseaux), ce ne sont plus des images : si bien qu&rsquo;ils ne seront complets qu&rsquo;une fois expliqu\u00e9s, nombr\u00e9s, par quelque moine ou nonne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Galaad ne chemine plus dans un monde d&rsquo;images, merveilleuses, monstrueuses, mais dans une for\u00eat de symboles, qu&rsquo;une certaine science, toujours, pourra expliciter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gauvain ne pouvait pas comprendre, et le d\u00e9sir de comprendre le tue. Galaad ne veut pas comprendre, car il sait; mais ses deux compagnons ne peuvent que comprendre, ou p\u00e9rir. Si Gauvain \u00e9tait l&rsquo;innocence, Galaad est la compr\u00e9hension : leurs compagnons ne vont que de l&rsquo;innocence au p\u00e9ch\u00e9 (Lancelot) ou de la compr\u00e9hension \u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hension (Melyant). Comme une multitude d&rsquo;humains, sans doute, entre le Mythe et le Savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Galaad s&rsquo;oriente toujours<\/em>. Sans p\u00e8re (ou fils d&rsquo;un p\u00e8re hypoth\u00e9tique, imagin\u00e9) et hors du f\u00e9erique, il ne peut \u00eatre qu&rsquo;orient\u00e9, de l&rsquo;occident vers l&rsquo;orient. Car, si l&rsquo;enfant chemine de sa conception \u00e0 sa mort (la pubert\u00e9), l&rsquo;Adulte chemine, dans le sens inverse, de la pubert\u00e9 aux sollicitations de la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En toutes les lectures qui le d\u00e9crivent, Galaad sort de l&rsquo;adolescence, on ne sait rien de son enfance. A quinze ou seize ans, il prendra la route. Et, toujours, ce sera vers l&rsquo;Orient, \u00e0 l&rsquo;exception peut-\u00eatre, d&rsquo;un tout premier voyage, o\u00f9 Bohort et Perceval l&rsquo;ont ramen\u00e9 au Ch\u00e2teau du Graal, vers l&rsquo;ouest.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est qu&rsquo;il est apparu dans le ch\u00e2teau d&rsquo;Arthur, adolescent encore, mais il n&rsquo;y a v\u00e9cu que le temps de s&rsquo;asseoir sur le \u00ab\u00a0si\u00e8ge p\u00e9rilleux\u00a0\u00bb, la place vide de Judas, o\u00f9 nul ne prend place sans p\u00e9rir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;essentiel de sa qu\u00eate se situe autre part. Elle n&rsquo;est m\u00eame plus terrestre, comme les qu\u00eates pr\u00e9c\u00e9dentes. Une Nef l&rsquo;attend ici ou l\u00e0, qui, pourrait-on dire, le pr\u00e9c\u00e8de. C&rsquo;est elle, finalement, qui le transportera vers l&rsquo;Est, le pays des Musulmans, leur capitale : Sarraz, o\u00f9 r\u00e8gne le second Graal, qui ne doit plus rien au Sang.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0, Galaad est \u00e9lu Roi, contre son gr\u00e9, et, tout de suite, meurt, apr\u00e8s avoir per\u00e7u la vraie nature du Graal : un contenant vide, dont le contenu, le R\u00eave, gr\u00e9e \u00e0 chacun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce vase est si diff\u00e9rent de la nourriture premi\u00e8re que plusieurs, ici et l\u00e0, parlent d&rsquo;objets diff\u00e9rents ou que, selon sa foi, le commentateur partial rejette l&rsquo;un ou l&rsquo;autre. Le celtique nie que le Graal ait pu \u00eatre chr\u00e9tien : il l&rsquo;explique tout entier par les fables pa\u00efennes. Au contraire, un Beguin exclut de sa traduction l&rsquo;aventure de Galaad et la majeure partie des arch\u00e9types (floraux, animaux) qu&rsquo;elle contient, pour garder au Graal son caract\u00e8re chr\u00e9tien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un unique objet. Et, malgr\u00e9 les contradictoires qui les opposent, le Qu\u00eateur est bien unique aussi, comme l&rsquo;Androgyne et l&rsquo;\u00e9poux d&rsquo;Eve ne furent qu&rsquo;Adam, ou le peuple de Jacob et celui de Mo\u00efse l&rsquo;Elu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Sang R\u00e9al et le Gr\u00e9 sont \u00e9galement le Graal, leurs qu\u00eates ne sont que la Qu\u00eate. Gauvain et Galaad se rencontrent en Perceval qui les unit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Charles Pichon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>II Le temps d&rsquo;une mode De ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il suit que la Grande Image n&rsquo;est pas une notion simple, ni seulement dialectique, car elle recouvre les 3 notions bien diff\u00e9rentes : un lieu (externe), une nourriture (interne), une permanence &hellip; <a href=\"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=1579\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[36],"tags":[],"class_list":["post-1579","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-quetes-du-graal"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1579","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1579"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1579\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1830,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1579\/revisions\/1830"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1579"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1579"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1579"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}