{"id":917,"date":"2011-10-08T17:27:21","date_gmt":"2011-10-08T15:27:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=917"},"modified":"2012-06-22T17:13:11","modified_gmt":"2012-06-22T15:13:11","slug":"les-precis-ridicules-i-3","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=917","title":{"rendered":"LES PRECIS RIDICULES &#8211; I (3) &#8211;"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>III<\/strong><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Les Chinois :<\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>LIE TSEU<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le texte<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma\u00eetre Lie tseu dit : \u00ab\u00a0Les anciens sages voyaient dans lumi\u00e8re et t\u00e9n\u00e8bres, Yang et Yin, les principes r\u00e9gulateurs du monde. Or, tout ce qui a un corps na\u00eet de l&rsquo;incorporel : ainsi d&rsquo;o\u00f9 serait n\u00e9 le monde? C&rsquo;est pourquoi (je ne me fonde pas sur les 2 mais sur les 4) je dis : \u00ab\u00a0Il y eut une grande Mutation, un grand Commencement, une grande Gen\u00e8se, une grande Cr\u00e9ation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En la Mutation la force ne se manifeste pas encore : le Commencement est la source de la force.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la Gen\u00e8se na\u00eet la forme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mati\u00e8re jaillit de la Cr\u00e9ation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9tat de non-s\u00e9paration de la force, de la forme et de la mati\u00e8re est dit Chaos. On appelle Chaos l&rsquo;\u00e9tat dans lequel les dix mille \u00eatres n&rsquo;\u00e9taient pas encore s\u00e9par\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si on regarde on ne voit rien. Si on \u00e9coute on n&rsquo;entend rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi nomme-t-on Mutation l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 l&rsquo;\u00eatre, changeant, ne peut \u00eatre situ\u00e9 en aucune forme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Changeant, cet \u00eatre mue et devient Un.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Un change et devient Sept.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De Sept il devient Neuf.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il change de nouveau et redevient l&rsquo;Un.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet Un est le Commencement de la transformation des formes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pur-l\u00e9ger monta et devint le Ciel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le trouble-lourd descendit et devint la Terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En se m\u00e9langeant harmonieusement les souffles interm\u00e9diaires produisirent l&rsquo;homme,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">et de m\u00eame, ciel et terre contenant les germes, les dix mille \u00eatres naquirent par Mutation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Le vrai classique du vide parfait, I, 2 : Gen\u00e8se des mondes).<\/p>\n<div id=\"attachment_991\" style=\"width: 202px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU-a001.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-991\" class=\"size-medium wp-image-991\" title=\"LIE TSEU a001\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU-a001-192x300.jpg\" alt=\"\" width=\"192\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU-a001-192x300.jpg 192w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU-a001.jpg 499w\" sizes=\"auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-991\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le commentaire<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ez\u00e9chiel a \u00e9tabli le pont entre la quadrilogie cardinale et celle des El\u00e9ments 5LA Terre au Nord, l&rsquo;Air \u00e0 l&rsquo;Orient, le Feu au Sud, les Grandes Eaux \u00e0 l&rsquo;Occident). ON peut retrouver sans peine l&rsquo;\u00e9quivalence que Platon maintient entre les El\u00e9ments et les Jeux, en rattachant le Vertige \u00e0 la d\u00e9esse de Terre, le Combat au dieu de Feu, le Risque au dieu d&rsquo;Eau, le Mimecry au dieu ou aux dieux de la m\u00e9tamorphose, qui se trouvent \u00eatre des dieux d&rsquo;Air : le Souffle formateur, les G\u00e9meaux, Dionysos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La quadrilogie d&rsquo;Aristote elle-m\u00eame, bien qu&rsquo;elle soit rationnelle et non mythologique, se r\u00e9f\u00e8re sans difficult\u00e9 aux El\u00e9ments. Car le Feu est n\u00e9cessairement chaud, l&rsquo;Eau humide et la Terre s\u00e8che. L&rsquo;Air sera donc consid\u00e9r\u00e9 comme froid (humide ou sec).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;en est pas de m\u00eame pour la quadrature de Lie tseu ou, du moins, le rapport n&rsquo;est pas \u00e9vident qui s&rsquo;\u00e9tablit entre les El\u00e9ments d&rsquo;une part, le Commencement, la Cr\u00e9ation, la Gen\u00e8se et la Mutation de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour y voir plus clair, il convient de revenir \u00e0 des textes ant\u00e9rieurs \u00e0 Platon, et m\u00eame \u00e0 Ez\u00e9chiel, dont l&rsquo;un des plus connus \u2013 et des moins anciens (9<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle) \u2013 pourrait \u00eatre <em>Les neuf livres de la chronique de Sanchoniaton<\/em>, sans doute d&rsquo;origine ph\u00e9nicienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon ce texte, le <em>Chaos<\/em> a \u00e9t\u00e9 un \u00ab\u00a0air\u00a0\u00bb t\u00e9n\u00e9breux et subtil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En sortit un limon <em>aqueux<\/em> qui, sous l&rsquo;influence de l&rsquo;affinit\u00e9 ou de la sympathie, devint le principe de toutes choses : le <em>Commencement<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les astres commen\u00e7ant \u00e0 luire, leur <em>chaleur<\/em> se r\u00e9pandit dans l&rsquo;air. Les vents circul\u00e8rent, des nu\u00e9es se form\u00e8rent qui retomb\u00e8rent en pluie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anim\u00e9es par l&rsquo;ardeur du soleil, les eaux remont\u00e8rent au ciel et donn\u00e8rent naissance aux \u00e9clairs. Anim\u00e9s et \u00ab\u00a0r\u00e9veill\u00e9s\u00a0\u00bb par l&rsquo;orage et le tonnerre, \u00ab\u00a0les animaux intelligents commenc\u00e8rent de se mouvoir sur la terre, dans les airs et dans les eaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ordre \u00e9l\u00e9mental est ici :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Air \u2013 Chaos<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eau \u2013 Commencement<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Feu \u2013 Formation et Animation<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Terre \u2013 Cr\u00e9ation des \u00eatres mat\u00e9riels,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">mais, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la 3<sup>\u00e8me<\/sup> phase : Feu (du soleil), Eau (en vapeur et en pluie), Air (nu\u00e9es, vents).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eternellement r\u00e9p\u00e9t\u00e9, un double mouvement reconduit, mat\u00e9riellement, au sens : Air \u2013 Eau \u2013 Feu \u2013 Terre, et formativement au sens inverse : Feu \u2013 Eau \u2013 Air.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi est-il tr\u00e8s difficile de donner un seul sens au texte cit\u00e9 de Lie tseu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du Chaos na\u00eet le Commencement (1), dit-il;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">puis, par la Cr\u00e9ation, ce 1 devient 7 (mati\u00e8res),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">et 9 (formes) par la Gen\u00e8se.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, par l&rsquo;action de la force, ces 9 retournent au Chaos, mais comment serait-ce possible sans que ces 9 redeviennent les 7; et les formes, mati\u00e8res \u2013 pour se retrouver Un (l&rsquo;Unit\u00e9 informelle)?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeu des 4 Lieux et des 3 (formes, mati\u00e8re et force) semble aussi compliqu\u00e9, pour le moins, que celui de Platon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On notera qu&rsquo;au surplus, les 12 ne sont pas nomm\u00e9s. Les deux termes du double transfert, au sens platonicien du mot, sont la somme de 3 et de 4 : 7 et le carr\u00e9 de 3 : 9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;est-ce que, par cette machine, Lie tseu essaie de nous faire entendre?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les pr\u00e9curseurs<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Extr\u00eame-Orient a connu les m\u00eames \u00e9v\u00e9nements mythiques ou avatars que la Palestine ou la Gr\u00e8ce. A la disparition de la Gr\u00e8ce hom\u00e9rique, \u00e0 la destruction d&rsquo;Isra\u00ebl ont correspondu la fin des <em>Br\u00e2hmanas<\/em> dans l&rsquo;Inde, la fin des Tchou en Chine, et toujours : a) la dissolution des Clans, des Tribus, des Castes, b) la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de la Justice-dieu, c) le chaos des croyances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au renouveau \u2013 d&rsquo;abord messianique \u2013 des Chald\u00e9ens ou de la Vache d&rsquo;Empire \u00e0 Rome, du Taureau de Ptah en Egypte, de Mardouk m\u00eame \u00e0 Babylone, ont correspondu dans les <em>Gaouatas<\/em>, dont l&rsquo;un est devenu le premier Bouddha Gautama; en Chine, les fid\u00e8les du Taureau Vert, dont le plus illustre fut le cr\u00e9ateur du tao\u00efsme : Lao tseu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans doute, pas plus que les h\u00e9ritiers de Parm\u00e9nide en Gr\u00e8ce ou les fid\u00e8les de J\u00e9sus en Palestine (le J\u00e9sus du <em>Livre de la Sagesse<\/em>) ne rendent un culte \u00e0 Mardouk ou Apis, les bouddhistes de l&rsquo;Inde n&rsquo;honorent le Taureau de Civa, Naudin, ni les tao\u00efstes chinois l&rsquo;Empereur Vert : nulle part, le culte taurique n&rsquo;a d\u00e9bord\u00e9 le 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au 3<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant notre \u00e8re, les hommes n&rsquo;ont plus aucun dieu. La seule entit\u00e9 qu&rsquo;ils admettent est le Tout-en-Un, la Sagesse r\u00e9duite \u00e0 la loi; le Serpent Jaune ou le Tao en Chine, \u00e9quivalents du Naga de l&rsquo;Inde, du Toth d&rsquo;Egypte, de l&rsquo;Herm\u00e8s grec, du Sepher juif, ont c\u00e9d\u00e9 aux serpents gu\u00e9risseurs ou marins. Le Grand Python de Delphes, dont les anneaux se lovaient sur l&rsquo;Egide d&rsquo;Ath\u00e9na, n&rsquo;est plus que le tr\u00e8s humain savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce savoir n&rsquo;est pas statique. Puisque la chaleur dilate les volumes et que l&rsquo;humidit\u00e9 permet l&rsquo;assimilation des contraires, c&rsquo;est tr\u00e8s rationnellement de l&rsquo;Eau que na\u00eet la vie et c&rsquo;est le Rythme primordial qui pr\u00e9side au mouvement. L&rsquo;Autre, le sec, le yang, l&rsquo;image, l&rsquo;analogie, l&rsquo;idole ne suscite rien que l&rsquo;incoh\u00e9rence; mais le M\u00eame, l&rsquo;humide, le yin, la loi, le rythme rend compte des fluctuations de la r\u00e9alit\u00e9. Entre le reflet et l&rsquo;onde, nul homme de raison ne peut h\u00e9siter, s&rsquo;il faut choisir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Lie tseu n&rsquo;est pas un homme de raison. Il pense, comme H\u00e9raclite, que le fleuve est toujours le fleuve m\u00eame, bien qu&rsquo;on ne se baigne jamais dans le m\u00eame fleuve. De sorte que le yin, peut-\u00eatre, n&rsquo;exprime pas le Tout de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On le consid\u00e8re souvent comme un ma\u00eetre tao\u00efste et, de fait, il ne renie pas Hoang-ti, le Serpent Jaune, non plus que le Tao, son dieu. Mais c&rsquo;est un tao\u00efste bien \u00e9trange, qui parle avec respect de l&rsquo;Image, de la Magie, du Miroir, si bien que les tao\u00efstes n&rsquo;ont cess\u00e9 de le proscrire, de l&rsquo;oublier dans leurs Annales ou de mettre en doute son existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, il ne pouvait esp\u00e9rer la reconnaissance de leurs adversaires, les \u00ab\u00a0bons\u00a0\u00bb, disciples de Confucius et de Ma\u00eetre Mo, qui ne voyaient en Lao tseu que \u00ab\u00a0le grand dragon\u00a0\u00bb. De sorte que son \u0153uvre, <em>Tchoung hiu-tchen king<\/em>, \u00e9trangement traduite par \u00ab\u00a0Classique du vide parfait\u00a0\u00bb, est demeur\u00e9e inconnue ou incomprise dans la majeure partie des deux mill\u00e9naires suivants, seulement honor\u00e9e par les souverains du Grand V\u00e9hicule bouddhiste, du 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle au 12<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A peine sait-on quand Lie-Tseu a v\u00e9cu. Certainement apr\u00e8s Ma\u00eetre Mo, mort en -380, qu&rsquo;il cite en II, 21(Mei Ti) et avant Hoai Nan tseu, qui le cite (vers -135). Peut-\u00eatre au temps des grands annalistes Se-ma Tan et T&rsquo;seu, le p\u00e8re et le fils (-240\/-180), qui, naturellement, ne le citent pas\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les sept degr\u00e9s<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ez\u00e9chiel nomme et nombre les 12 (4 X 3) : les 12 Tribus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Platon nombre les 3 et les 4; il les nomme diversement : les 4 en regard de chacun des 3, les 3 en regard de chacun des 4. Mais il ne nomme pas les 12.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lie tseu nomme les 4 : le Commencement, la Mutation, la Cr\u00e9ation et la Gen\u00e8se d&rsquo;une part, et les 3 de l&rsquo;autre : la mati\u00e8re, la forme et la force. Mais il ne semble m\u00eame pas imaginer les 12. Il ne parvient qu&rsquo;aux 7 structures, identifi\u00e9es aux 7 h\u00e9ros de son livre :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">lui-m\u00eame, Lie tseu, en I : sa r\u00e9v\u00e9lation de l&rsquo;Appareil, \u00e0 40 ans,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Houang-ti en II : l&#8217;empereur Jaune s&rsquo;ouvre au Tao, et Yin, l&rsquo;\u00e9tudiant, s&rsquo;y ouvre de m\u00eame, mais ils n&rsquo;en d\u00e9couvrent que la limite : la \u00ab\u00a0saintet\u00e9\u00a0\u00bb dialecticienne de Confucius et de ma\u00eetre Mo;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">le roi Mou de Tcheou en III : ce livre est consacr\u00e9 \u00e0 la magie mais \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;illusion des apparences et au r\u00eave;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Confucius en IV : Kong tseu d\u00e9couvre la vanit\u00e9 de la connaissance mais \u00e9galement une dialectique plus r\u00e9elle que la na\u00efve dualit\u00e9 des formes, telle que celle du noir et du blanc ou de la nuit et du jour;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">T&rsquo;ang en V : ce livre traite de divers sujets, apparemment sans lien entre eux : la succession et la s\u00e9paration, le m\u00eame et la diff\u00e9rence, la n\u00e9cessit\u00e9 et la libert\u00e9, l&rsquo;\u00e9quilibre, la musique et l&rsquo;arc;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ming (le Destin) en VI : presque enti\u00e8rement consacr\u00e9 aux ducs de Ts&rsquo;in \u00a0(-800\/-250) et, plus particuli\u00e8rement, au duc de Ts&rsquo;i (-547\/-489), ce livre traite de la fatalit\u00e9;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Yang Tchou en VII : c&rsquo;est le mat\u00e9rialisme conscient, qui certainement domine au temps de Lie tseu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le VIII\u00e8me livre ne traite pas d&rsquo;un homme mais, bizarrement, traduit \u00ab\u00a0Discours sur les conventions et le destin\u00a0\u00bb; son titre, <em>Chouo-fou<\/em>, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la coutume chinoise qui veut que, pour conclure un contrat, un bambou soit bris\u00e9 en deux et chacune des moiti\u00e9s remise \u00e0 l&rsquo;une des parties en cause. Le livre devrait donc se nommer : De la rupture du bambou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est que l&rsquo;extr\u00eame aboutissement de l&rsquo;esprit de causalit\u00e9, en un temps d&rsquo;analyse et de mauvaise foi, qui cherche dans le \u00ab\u00a0particulier\u00a0\u00bb un refuge contre l&rsquo;angoisse croissante de ne plus acc\u00e9der au Tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les 7, ainsi, au plan de l&rsquo;Histoire, d\u00e9crivent d&rsquo;abord une d\u00e9cadence depuis le temps l\u00e9gendaire du Serpent Jaune jusque vers -200 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">les rois Tcheou ont r\u00e9gn\u00e9 de -1080 \u00e0 -800,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Confucius a v\u00e9cu au 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et sa rencontre avec Lao tseu se situe en\u00a0\u00a0 -516,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">les princes de Ts&rsquo;in couvrent la d\u00e9cadence chinoise, depuis la dialectique de T&rsquo;ang jusqu&rsquo;\u00e0 la fatalit\u00e9 de Ming.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, selon une autre lecture, cette d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence (de la v\u00e9rit\u00e9, de la Justice, du Temps du Dieu) s&rsquo;est accompagn\u00e9e d&rsquo;un mouvement inverse, messianique, o\u00f9 Mou, Confucius, T&rsquo;ang, Ming et Yang Tcheou lui-m\u00eame symbolisent des \u00e9tapes vers un nouvel Esprit, comme H\u00e9siode, Pythagore, Platon et ses disciples en Gr\u00e8ce ou les proph\u00e8tes juifs, d&rsquo;Elie \u00e0 Malachie en Isra\u00ebl puis en Juda.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a chez Lie tseu comme un effort constant et impuissant pour rattacher les 7 h\u00e9ros \u00e0 7 des structures \u00e9ternelles. Mais il ne serait ni facile ni assur\u00e9 d&rsquo;y faire correspondre 7 des Tribus ou des Signes, \u00e0 l&rsquo;exception du Serpent Jaune et de Dan, la Vip\u00e8re : le Sepher kabbalistique, l&rsquo;Herm\u00e8s-Toth des Grecs et des Egyptiens. Car Lie tseu n&rsquo;est pas un \u00e9sot\u00e9riste ou un mythologue. S&rsquo;il approche des probl\u00e8mes fondamentaux, c&rsquo;est par le biais de la fable ou de la parabole plut\u00f4t que par l&rsquo;invention d&rsquo;un panth\u00e9on nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les quatre premiers livres<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous les dehors de la conception personnelle de Lie tseu, de la conception mythologique de Houang-ti, le Serpent Jaune, de la conception magique de Mou et de la conception dialectique de Confucius, les quatre premiers livres ne traitent que de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;antinomie du <em>Yang<\/em> et du <em>Yin<\/em> depuis les temps l\u00e9gendaires jusqu&rsquo;au conflit de Lao tseu et de Confucius, vers -516. Mais, ce faisant, ils approfondissent l&rsquo;antinomie, non diff\u00e9rente de celle de l&rsquo;Autre (le Yang) et du M\u00eame (le Yin) chez les El\u00e9ates et leurs successeurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le 1<sup>er<\/sup> livre<\/em> oppose la dialectique dynamique du Yin, \u00ab\u00a0inengendr\u00e9 intransformable\u00a0\u00bb, \u00e0 la dialectique de localisation du Yang, \u00ab\u00a0engendr\u00e9 transformable\u00a0\u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire, d&rsquo;une part, la croissance et la d\u00e9croissance dans le Yin, l&rsquo;hypoth\u00e9tique solitude, l&rsquo;esprit de la profondeur, l&rsquo;\u00e9ternel f\u00e9minin; d&rsquo;autre part, l&rsquo;assimilation et la d\u00e9sassimilation (des figures) dans le Yang.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Lie tseu refuse de privil\u00e9gier l&rsquo;un aux d\u00e9pens de l&rsquo;autre et, curieusement, il s&rsquo;en justifie par la loi m\u00eame du Yin : comme le jour et la nuit en vingt-quatre heures, \u00ab\u00a0l&rsquo;un ne cro\u00eet pas sans que l&rsquo;autre d\u00e9croisse\u00a0\u00bb (I, 10, report\u00e9 en VII, 20 dans certaines adaptations et traductions).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi est-il faux de dire que le monde finira, mais \u00e9galement faux de dire qu&rsquo;il ne finira pas (I, 11). Car la Forme finit, pour revenir au Sans-forme, mais le <em>Tao<\/em> (Yang et Yin) ne finit pas, car le Yin n&rsquo;a pas de fin, n&rsquo;ayant pas de commencement (I, 4).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme les phases du jour ou les saisons de l&rsquo;ann\u00e9e se succ\u00e8dent les \u00e2ges de l&rsquo;homme : l&rsquo;enfance, l&rsquo;\u00e2ge adulte, la vieillesse et la mort. Mais, si la vieillesse est la fin de l&rsquo;\u00e9nergie, elle est aussi le temps o\u00f9 les d\u00e9sirs, les soucis s&rsquo;affaiblissent, o\u00f9 \u00ab\u00a0les \u00eatres et les choses ne sont plus des obstacles\u00a0\u00bb. La mort n&rsquo;est pas le repos sans \u00eatre le nouveau d\u00e9part (I, 4).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi rien n&rsquo;est-il en propre \u00e0 l&rsquo;homme (I, 12). Tout le monde vole : certains, les biens transmissibles : l&rsquo;or, l&rsquo;argent, des bijoux, les autres les biens intransmissibles : l&rsquo;air, l&rsquo;eau, les fruits de la terre, qu&rsquo;ind\u00fbment le vivant s&rsquo;approprie (I, 13).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>2<sup>\u00e8me<\/sup> livre<\/em> oppose la diversit\u00e9 des formes (yang) \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 de la connaissance (yin), II, 18.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La connaissance des lois r\u00e9v\u00e8le le possible et l&rsquo;impossible (dans le M\u00eame et hors du M\u00eame). Mais celui qui \u00e9pouse les formes, animales, v\u00e9g\u00e9tales, \u00e9l\u00e9mentales, \u00e9pouse en m\u00eame temps le rythme propre \u00e0 cette forme-l\u00e0 : il ne conna\u00eet pas la peur, tombe sans se blesser, vit sous l&rsquo;eau, traverse le feu, dompte les fauves et se fait entendre des oiseaux (7, 8, 9, 10, 11, 12).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un tel homme se fait lui-m\u00eame taureau ou serpent, et il comprend pourquoi l&rsquo;Empereur Jaune fut un serpent ou l&rsquo;Empereur Vert un Taureau (18). Il sait que, sous la diversit\u00e9, un rythme est commun \u00e0 toutes les existences, qui n&rsquo;est pas la loi mais le <em>Tao<\/em>; par la modestie de sa conduite et l&rsquo;inconscience m\u00eame de ses actes, il s&rsquo;identifie \u00e0 ce rythme \u00e9ternel (II, 15, 16, parfois transpos\u00e9s en VII, 22 et 23).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le 3<sup>\u00e8me<\/sup> livre<\/em> \u00e9tudie la confusion fr\u00e9quente entre la forme et l&rsquo;apparence; il la compare \u00e0 celle qui s&rsquo;op\u00e8re entre la veille et le r\u00eave.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le royaume du sud-ouest, les gens ne font que dormir et r\u00eaver : c&rsquo;est, pour eux, le r\u00eave qui est r\u00e9alit\u00e9;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">dans le royaume du nord-est, les gens dorment tr\u00e8s peu : ils redoutent le r\u00eave et se veulent r\u00e9alistes (durs, agressifs, praticiens);<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">dans le royaume du milieu, les gens partagent le temps, \u00e9galement, entre le Yin et le Yang. Ils tiennent pour distinctes les formes per\u00e7ues en \u00e9tat de veille et pour confuses les images du r\u00eave (II, 5).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, distingu\u00e9es, les figures de l&rsquo;\u00e9tat de veille ne sont pas r\u00e9elles pour autant : elles peuvent n&rsquo;\u00eatre que des apparences. Confuses, les figures du r\u00eave ne sont pas irr\u00e9elles pour autant : elles peuvent \u00eatre pr\u00e9monitoires ou lib\u00e9ratrices. Il se peut donc que la part r\u00e9elle de la veille (les formes) ait pour objet de corriger les illusions du r\u00eave, et que la part r\u00e9elle du r\u00eave (par exemple, la pr\u00e9monition) ait pour objet de corriger les illusions de la veille. Celui qui vit int\u00e9gralement sa veille, en s&rsquo;oubliant soi-m\u00eame, a-t-il encore besoin de r\u00eaver? (III, 4)<\/p>\n<div id=\"attachment_924\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU003.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-924\" class=\"size-medium wp-image-924\" title=\"LIE TSEU003\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU003-300x224.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"224\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU003-300x224.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU003.jpg 815w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-924\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ayant montr\u00e9 que tout le r\u00eave n&rsquo;est pas une erreur, non plus que toute la veille v\u00e9rit\u00e9, Lie tseu atteste qu&rsquo;il en est de m\u00eame pour la m\u00e9moire et l&rsquo;oubli (III, 8), pour la folie et le bon sens (III, 9), pour la magie m\u00eame et la connaissance (III, 10) dont nul ne peut dire avec certitude laquelle est la plus illusoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>4<sup>\u00e8me<\/sup> livre<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jeune, Lie tseu cherchait l&rsquo;accomplissement dans le voyage. Puis, son ma\u00eetre lui a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 sa vanit\u00e9, car o\u00f9 serait le but ultime du voyage? Quand l&rsquo;homme pourrait-il dire : je me suis accompli?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lie tseu n&rsquo;est plus sorti de chez lui. Alors, le ma\u00eetre lui a d\u00e9couvert que le but du voyage est dans le voyage m\u00eame, en chacune de ses \u00e9tapes, \u00ab\u00a0dans l&rsquo;ignorance du but et la contemplation des choses formelles\u00a0\u00bb (IV, 7).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La chose qui finit, elle eut une origine. C&rsquo;est sa causalit\u00e9 qui permet sa mort. Mais une vie n&rsquo;a ni terme ni cause : c&rsquo;est le Tao (IV, 9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, toute chose qui atteint son terme conna\u00eet le retour : la loi de la dur\u00e9e est cyclique (IV, 10). Mais le Tao n&rsquo;est pas ce <em>miroir<\/em> sans \u00eatre le <em>fleuve<\/em> en son mouvement : \u00ab\u00a0Dans son mouvement il est comme l&rsquo;eau, dans ses repos comme un reflet dans un miroir et dans ses r\u00e9ponses comme l&rsquo;\u00e9cho. Si les choses (formelles) s&rsquo;opposent au Tao (en tant que Yin), le Tao ne s&rsquo;oppose pas aux choses, dont il est une fid\u00e8le image\u00a0\u00bb (IV, 15).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 4<sup>\u00e8me<\/sup> livre a renvers\u00e9 la dialectique tao\u00efste entre la dynamique femelle du Yin et la statique (m\u00e2le) du Yang. Si le Yin est la loi, il reconduit seulement \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternel retour du cycle : les m\u00eames causes produisent les m\u00eames effets. Mais le Yang non plus n&rsquo;a pas l&rsquo;immutabilit\u00e9 que le tao\u00efste lui pr\u00eate : par leurs reflets et par leurs \u00e9chos m\u00eames, les formes suscitent un monde sans borne, o\u00f9 tout est toujours diff\u00e9rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La dialectique de la r\u00e9alit\u00e9 ne se situe plus entre le Yin et le Yang mais entre le Miroir (le semblable) et le Fleuve (la diversit\u00e9). Mais c&rsquo;est la Loi qui cr\u00e9e le M\u00eame, et la Forme qui suscite l&rsquo;Autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le M\u00eame et l&rsquo;Autre<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les quatre premiers livres ont approfondi la dialectique du Yang (engendr\u00e9, transformable, figur\u00e9, multiforme) et du Yin (inengendr\u00e9, informel, identique, solitaire), jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;illusion des apparences l&rsquo;un, jusqu&rsquo;au retour \u00e9ternel de la loi, le second. Mais aucun des quatre livres n&rsquo;a tent\u00e9 de d\u00e9cider de leur pr\u00e9\u00e9minence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le 5<sup>\u00e8me<\/sup> livre<\/em> (celui de T&rsquo;ang) est essentiellement le livre du choix. Lequel fut \u00e0 l&rsquo;origine, de l&rsquo;Identique ou du Diff\u00e9rent (V, 1)? Naturellement, les \u00eatres sont-ils semblables ou diff\u00e9rents (V, 2)?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La tradition de King dit qu&rsquo;il y eut un grand arbre, \u00ab\u00a0dont le printemps durait huit mille ans et l&rsquo;automne huit mille ans encore\u00a0\u00bb; puis des champignons naquirent de la pourriture. Celle du Nord st\u00e9rile parle d&rsquo;un grand Poisson, puis d&rsquo;un Oiseau immense : <em>k&rsquo;ouen <\/em>et <em>p&rsquo;eng<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais d&rsquo;autres pays auraient connu les quinze tortues, puis les g\u00e9ants. \u00ab\u00a0La grive ne passe pas le fleuve Ts&rsquo;i; le tapir meurt s&rsquo;il franchit le fleuve Wen. Chaque esp\u00e8ce se pla\u00eet en son temps et en son lieu\u00a0\u00bb. Comment donc savoir s&rsquo;il y a un crit\u00e8re absolu pour grand et petit, long et court et (m\u00eame, au-del\u00e0) pour semblable et diff\u00e9rent? (V, 2)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il en est ainsi des figures, \u00e0 plus forte raison en est-il ainsi des opinions, diverses \u00e0 l&rsquo;infini (V, 7), mais \u00e9galement des lois donn\u00e9es pour scientifiques. Si bien que le rapport le plus simple : chaleur\/grandeur, froid\/petitesse, est contredit par l&rsquo;apparence : quand le soleil para\u00eet le plus grand, \u00e0 son lever, c&rsquo;est alors qu&rsquo;il est le moins chaud (V, 8).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De tous les arts humains, l&rsquo;un surtout, la Musique, infirme la pr\u00e9tention des philosophes (la sup\u00e9riorit\u00e9 du M\u00eame). S&rsquo;il chante et danse, l&rsquo;automate de Ning che bat toutes les inventions des mages, car, par le jeu des notes, la musique suscite l&rsquo;eau, la for\u00eat, la temp\u00eate, la douleur et la joie (V, 12, 13 et 14).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faite de figures (les sons), mais de figures mutantes, soumises \u00e0 des lois, elle figure elle-m\u00eame : le bruit du vent, la source, le chant de l&rsquo;oiseau; une musique \u00e9voque l&rsquo;\u00e9t\u00e9, l&rsquo;autre l&rsquo;hiver; celle-ci \u00e9veille la peine et celle-l\u00e0 le plaisir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dira-t-on qu&rsquo;elle est yang, formelle, diverse, ou yin, informelle, d\u00e9finie par le rythme? Elle n&rsquo;est ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ou tous les deux \u00e0 la fois : le Tao. Elle n&rsquo;est ni forme ni mati\u00e8re mais <em>force<\/em>. Toute dialectique se dissipe ici, au profit de la Trinit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mou, le roi mage, poss\u00e9dait une \u00e9p\u00e9e qui coupait le jade et une \u00e9toffe incombustible. Houang tseu ne croit pas \u00e0 l&rsquo;existence de ces objets, il les tient pour des traditions mensong\u00e8res; mais Siao Chou dit :\u00a0\u00bbHouang tseu a trop confiance en lui-m\u00eame et dans de faux principes\u00a0\u00bb (V, 18).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au 3<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant notre \u00e8re, le temps de Mou est bien \u00e9loign\u00e9; le temps de Confucius et de Lao tseu l&rsquo;est aussi. Seuls quelques philosophes non moins obtus que Houang tseu se passionnent encore pour le jeu de l&rsquo;Autre et du M\u00eame ou de la figure et de la loi. Les hommes n&rsquo;ont plus besoin des dieux, ni des id\u00e9es. Mais, informul\u00e9s ou na\u00effs, leurs probl\u00e8mes quotidiens demeurent dialectiques : ils se fondent sur la diversit\u00e9 de leurs natures et sur l&rsquo;identit\u00e9 de leur destin (de la naissance \u00e0 la mort).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la dialectique du <em>6<sup>\u00e8me<\/sup> livre<\/em> joue-t-elle de la nature (<em>li<\/em>) et du destin (<em>ming<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est toujours l&rsquo;antinomie du Yang et du Yin, mais en quelque sorte invers\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 le Yang peut \u00eatre le M\u00eame (le semblable, la m\u00eame chose) et le Yin l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 parfaite (l&rsquo;indiff\u00e9rence).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car le Destin ignore la dualit\u00e9 de la forme (le semblable et le diff\u00e9rent) mais il n&rsquo;est pas <em>la chose m\u00eame<\/em> sans \u00eatre indiff\u00e9rent aux probl\u00e8mes de justice (le bien\/le mal) et de fid\u00e9lit\u00e9 ou d&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9. Ming dit : je m\u00e8ne \u00e0 son terme ce qui est droit et je redresse le tordu (par le cycle), mais je ne cr\u00e9e pas le droit et le tors; je prends les formes, et les rapports entre les formes, pour ce qu&rsquo;ils sont. Je me soumets seulement aux distinctions de natures, dont j&rsquo;ignore le pourquoi (VI, 1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dix anecdotes illustrent ce point, que l&rsquo;homme du destin, le sage, est triste, inquiet, souvent \u00ab\u00a0puni\u00a0\u00bb par son indiff\u00e9rence aux f\u00e9\u00e9ries des couleurs, qu&rsquo;il tient pour apparences; et l&rsquo;insens\u00e9 heureux, satisfait de son sort, combl\u00e9 d&rsquo;honneurs, habile au jeu des formes et des contrats. Mais il n&rsquo;en peut \u00eatre autrement; de cette injustice, le Destin ne se reconna\u00eet pas responsable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la volont\u00e9 (de gain, d&rsquo;artifices particuliers, de r\u00e9ussite sociale et d&rsquo;accaparements) et \u00e0 la passivit\u00e9 du sage se substituent d&rsquo;autres dialectiques : de l&rsquo;humide et du sec, de l&rsquo;ach\u00e8vement et de l&rsquo;inach\u00e8vement, de l&rsquo;affinit\u00e9 et de l&rsquo;hostilit\u00e9, de l&rsquo;accord et du d\u00e9saccord, auxquelles Lie tseu ne donne encore leur v\u00e9ritable nom (VI, 14).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La force : electra<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des historiettes pr\u00e9c\u00e9dentes on pourrait dire du moins qu&rsquo;elles pr\u00e9sentent quelque int\u00e9r\u00eat philosophique ou moral. Mais ce n&rsquo;est pas le cas de toutes, loin de l\u00e0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant r\u00e9duire la nourriture de ses singes, leur ma\u00eetre leur annon\u00e7a d&rsquo;abord qu&rsquo;il ne leur donnerait plus que trois ch\u00e2taignes le matin et quatre le soir. Comme pr\u00e9vu, les singes se r\u00e9volt\u00e8rent. Le ma\u00eetre, alors : \u00ab\u00a0Tr\u00e8s bien! Vous en aurez quatre le matin et le soir trois\u00a0\u00bb, ce qui mit fin \u00e0 la r\u00e9volte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Morale : sans changer le nom ni la chose, mais seulement leurs localisations, le <em>cheng-jen<\/em> (saint, plut\u00f4t que sage) rend la foule des na\u00effs heureux ou m\u00e9contents (II, 19).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour dresser un coq de combat, il faut rendre celui-ci compl\u00e8tement indiff\u00e9rent aux chants des autres coqs (II, 20).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Recette pour devenir un bon archer : apprendre \u00e0 voir grand ce qui est petit, distinctement l&rsquo;invisible. On y parvient en contemplant pendant trois ans un pou suspendu \u00e0 un fil (V, 15).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour devenir un bon cocher : ne faire qu&rsquo;un avec ses chevaux. On y parvient en marchant sur une poutre \u00e9troite (V, 16).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un chien ne reconna\u00eet pas tout de suite son ma\u00eetre quand celui-ci change d&rsquo;habit et, de blanc, devient noir (VII, 30 \u2013 De la r\u00e9alit\u00e9 et de l&rsquo;apparence).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les disputes suivent le profit, qui suit la renomm\u00e9e, qui suit le bien qu&rsquo;on fait, quoique les disputes n&rsquo;aient rien \u00e0 voir avec le bien (VII, 31).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La dialectique commune \u00e0 toutes ces fables est clairement celle du M\u00eame et de l&rsquo;Autre. Mais ce \u00ab\u00a0m\u00eame\u00a0\u00bb n&rsquo;est plus le cercle de Platon et d&rsquo;Aristote : <em>la chose m\u00eame<\/em>, mati\u00e8re ou loi. C&rsquo;est le semblable ou la <em>m\u00eame chose<\/em>, oppos\u00e9 au <em>contraire<\/em> ou \u00e0 la diff\u00e9rence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi se formule une trilogie nouvelle, contenue dans la dualit\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU0011.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-922\" title=\"LIE TSEU001\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU0011-300x57.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"57\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU0011-300x57.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU0011.jpg 815w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la chose m\u00eame se pr\u00e9sente comme une expression de la loi, du rythme interne \u00e0 la mati\u00e8re et, finalement, de la mati\u00e8re m\u00eame, la <em>figure<\/em> se d\u00e9double en \u00ab\u00a0contraire\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0semblable\u00a0\u00bb, et cette dialectique seconde se pr\u00e9sente comme la <em>force<\/em> ou comme la dynamique contenue en la forme, que nous nommons aujourd&rsquo;hui <em>polarit\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il serait sans doute ridicule d&rsquo;avancer qu&rsquo;au 3<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant notre \u00e8re, des hommes connaissaient le champ magn\u00e9tique, les lois de polarit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, bien que le paratonnerre exist\u00e2t certainement et, tr\u00e8s probablement, une mani\u00e8re de \u00ab\u00a0pile\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du moins existait l&rsquo;<em>electra<\/em>, l&rsquo;ambre, dont une tradition plausible fait de Thal\u00e8s l&rsquo;inventeur en Gr\u00e8ce et, en Chine, le roi Mou de Tcheou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au 5<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, d\u00e9j\u00e0, Emp\u00e9docle a fond\u00e9 son syst\u00e8me du monde sur les forces contraires de r\u00e9pulsion et de sympathie (ou d&rsquo;attraction). D\u00e9mocrite sait que les contraires s&rsquo;attirent et que les semblables se repoussent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers -200, alors que Lie tseu \u00e9crit son livre, un Hell\u00e9nistique, Bolos, fonde son \u0153uvre sur le double principe de la r\u00e9pulsion et de l&rsquo;affinit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ce principe fait \u00e9clater toute la science aristot\u00e9licienne. Par le transfert que la polarit\u00e9 op\u00e8re de la mati\u00e8re aux formes. La force de mutation qui ordonne et meut l&rsquo;univers n&rsquo;est plus une force de cr\u00e9ation mais une force polarisante li\u00e9e aux formes semblables et aux formes diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La diff\u00e9rence<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans doute, si l&rsquo;on rejette la <em>loi<\/em>, tout devient confus et inclassable. C&rsquo;est ce que r\u00e9v\u00e8le le 5<sup>\u00e8me<\/sup> chapitre de la 5<sup>\u00e8me<\/sup> partie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le grand Yu dit : \u00ab\u00a0Dans l&rsquo;espace compris entre les 6 points cardinaux (les 4, plus le haut et le bas) et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des 4 mers, toute lumi\u00e8re provient du soleil et de la lune; le temps est fix\u00e9 par les corps c\u00e9lestes et la ronde des saisons, toute n\u00e9cessit\u00e9 d\u00e9coule du cycle de la Grande Ann\u00e9e\u00a0\u00bb. Ce Yu s&rsquo;exprime comme Aristote.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Hio Ko dit qu&rsquo;il est des \u00eatres qui ne doivent rien aux divinit\u00e9s, des formes existent qui ne d\u00e9pendent pas du Yin et du Yang (le rythme int\u00e9rieur, inversant du cycle?). Des lumi\u00e8res ne proviennent pas du soleil ou de la lune : celle des lampes. Des morts sont pr\u00e9matur\u00e9es et de longues vies ne doivent rien aux soins qu&rsquo;on leur dispense. On peut se nourrir sans consommer aucune des cinq c\u00e9r\u00e9ales. On peut se v\u00eatir sans \u00e9toffe, voyager sans bateau ni char. \u00ab\u00a0Le Tao est la libert\u00e9 que le sage lui-m\u00eame ne comprend pas\u00a0\u00bb. Car cette libert\u00e9 de mutation n&rsquo;est pas la connaissance des lois mais l&rsquo;acceptation des formes diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, si la diff\u00e9rence d\u00e9tient une telle vertu, l&rsquo;erreur et le mal ne r\u00e9sideraient-ils pas dans la ressemblance ou m\u00eame chose?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre texte l&rsquo;affirme, VI, 11, pr\u00e9cis\u00e9ment titr\u00e9 : \u00ab\u00a0L&rsquo;erreur na\u00eet de la ressemblance\u00a0\u00bb. Lie tseu le d\u00e9montre de la sorte :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La perfection de l&rsquo;\u00eatre, le non-\u00eatre et toutes les modifications de l&rsquo;en-soi, gains ou pertes, d\u00e9coulent de la chose m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est la diff\u00e9rence qui unit les \u00eatres, et toutes les dialectiques dynamiques se retrouvent en elle, particuli\u00e8rement dans la diff\u00e9rence temporelle, entre l&rsquo;inopportun et l&rsquo;opportun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre fable illustre ce point. Yuen, prince de Song, enrichit un jongleur et en condamne un autre \u00e0 mort, bien qu&rsquo;ils eussent pr\u00e9sent\u00e9 tous deux les m\u00eames tours, parce que le premier est venu \u00e0 propos, non le second.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, l&rsquo;erreur na\u00eet de la ressemblance, car ce qui para\u00eet presque achev\u00e9 ou presque manqu\u00e9 ne l&rsquo;est pas dans son principe (en soi-m\u00eame). Les ressemblances ne sont que des degr\u00e9s ou des moments de l&rsquo;En-soi. Prendre ce provisoire pour l&rsquo;\u00e9ternel, telle est l&rsquo;erreur. Mais, en-soi, chaque \u00eatre ne peut qu&rsquo;\u00eatre diff\u00e9rent de tout autre (sans quoi, il ne serait pas distingu\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lie tseu, ainsi, transgresse la dialectique de la figure-reflet et de la mati\u00e8re-loi, du Miroir et du Fleuve. Il y adjoint la diff\u00e9rence, en quoi r\u00e9side la force.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussit\u00f4t s&rsquo;impose la r\u00e9alit\u00e9 des 4 Portes : la Cr\u00e9ation, la Gen\u00e8se formatrice, le Grand Commencement et la Mutation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, ni li\u00e9e au semblable ni li\u00e9e \u00e0 la mati\u00e8re, la force se pr\u00e9sente comme un incessant passage de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, \u00e0 travers les 4 seuils, selon que les figures l&#8217;emportent, en leur diversit\u00e9, celle-ci dominant sur celle-l\u00e0, ou que le rythme mat\u00e9riel, la loi, recr\u00e9e l&rsquo;en-soi, la chose m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les 7 et les 9<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais quel rapport trouver de cette d\u00e9monstration en forme de paraboles \u00e0 l&rsquo;\u00e9trange d\u00e9compte des 7 mati\u00e8res et des 9 formes dans le chapitre d&rsquo;introduction? Le moins qu&rsquo;on puisse en dire est que le rapport n&rsquo;est pas \u00e9vident.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le lecteur superficiel, la seule le\u00e7on \u00e0 tirer des fables est que rien n&rsquo;en peut \u00eatre tir\u00e9, car les transformations formelles ne succ\u00e8dent pas aux transitions de la mati\u00e8re, mais les unes coexistent avec les autres : l&rsquo;\u00e9panouissement et la d\u00e9cr\u00e9pitude s&rsquo;engendrent et se tuent perp\u00e9tuellement (VII, 20).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;erreur na\u00eet de la ressemblance, l&rsquo;erreur est cr\u00e9atrice de bien des inventions, dont toutes ne sont pas des maux. Ainsi la Force n&rsquo;est-elle pas dans le serpent des apparences sans \u00eatre dans le miroir qui refl\u00e8te le mod\u00e8le, ou dans l&rsquo;union de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre. Puisque les contraires s&rsquo;attirent et, par l\u00e0, stoppent tout mouvement, il faut parfois se fier aux semblables, qui se repoussent et, par l\u00e0, relancent le mouvement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, des 3 relations : la m\u00eame chose, la chose m\u00eame et la diff\u00e9rence, ce ne serait pas agir en sage-saint que pr\u00e9f\u00e9rer toujours la troisi\u00e8me. Car, \u00e0 force de rompre le bambou (pour concr\u00e9tiser le contrat), il ne reste plus de bambou : si la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9side dans la dialectique infinie, elle ignore la justice et la fid\u00e9lit\u00e9. Elle tombe au chaos (VII, 18).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pourquoi Lao tseu a dit : \u00ab\u00a0Le nom est l&rsquo;h\u00f4te de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. Il n&rsquo;est pas la r\u00e9alit\u00e9. Celui qui r\u00e9p\u00e8te le nom ne doit donc pas se plaindre s&rsquo;il se trouve en p\u00e9ril et condamn\u00e9. Au contraire, \u00ab\u00a0celui qui renonce \u00e0 la gloire (du nom) est sans tristesse\u00a0\u00bb, mais c&rsquo;est \u00e0 chacun de savoir s&rsquo;il veut la joie ou l&rsquo;amertume (VII, 19).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le vrai sage\/saint n&rsquo;est pas celui qui choisit \u00e0 tout coup la v\u00e9rit\u00e9 ou l&rsquo;erreur; la tristesse ou la joie, le divers ou le semblable, mais c&rsquo;est celui qui s&rsquo;adapte aux circonstances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce recours permanent \u00e0 l&rsquo;Etre (mati\u00e8re\/forme) est le fait d&rsquo;une certaine <em>habilet\u00e9<\/em>, qui tient de l&rsquo;occasion ext\u00e9rieure et de l&rsquo;opportunit\u00e9 mais \u2013 aussi \u2013 de la connaissance exacte des cycles, des heures du jour, des saisons, car \u00ab\u00a0les circonstances favorables font la r\u00e9ussite et, d\u00e9favorables, la ruine\u00a0\u00bb (VIII, 7).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi faut-il admettre l&rsquo;<em>utilit\u00e9<\/em> du nom, mais admettre que le nom change quand le moment est venu d&rsquo;en changer. Si, hors de la volont\u00e9 de l&rsquo;homme, dans le sens de la d\u00e9cr\u00e9pitude, le mouvant contraint d&rsquo;acc\u00e9der \u2013 successivement \u2013 aux 7 \u00e9tats de la mati\u00e8re, comme de l&rsquo;enfance \u00e0 la mort, il est vrai que le nom (la forme) en se r\u00e9p\u00e9tant suspend la d\u00e9gradation mat\u00e9rielle. Aux 7 s&rsquo;adjoignent les 2 du reflet ou de l&rsquo;\u00e9cho. Encore faut-il admettre alors les diff\u00e9rences qui font des 9 (7 + 2) non plus des mati\u00e8res, soumises \u00e0 la loi, mais des formes m\u00e9tamorphosantes o\u00f9 r\u00e9sident la force et la joie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;appareil de Lie tseu \u00e9pouse ce sch\u00e8me :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU002.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-923\" title=\"LIE TSEU002\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU002-300x60.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"60\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU002-300x60.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/LIE-TSEU002.jpg 813w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Jean-Charles Pichon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>III Les Chinois : LIE TSEU Le texte Ma\u00eetre Lie tseu dit : \u00ab\u00a0Les anciens sages voyaient dans lumi\u00e8re et t\u00e9n\u00e8bres, Yang et Yin, les principes r\u00e9gulateurs du monde. 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