{"id":80,"date":"2010-12-13T16:36:26","date_gmt":"2010-12-13T14:36:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=80"},"modified":"2013-03-28T16:04:17","modified_gmt":"2013-03-28T14:04:17","slug":"le-petit-metaphysicien-illustre-1ere-partie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=80","title":{"rendered":"Le Petit M\u00e9taphysicien Illustr\u00e9 (1\u00e8re partie)"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">LE PETIT METAPHYSICIEN ILLUSTR\u00c9<\/span><\/em><\/strong><\/h1>\n<p><strong>SOMMAIRE<\/strong><\/p>\n<p>La mise au point<\/p>\n<p>En guise de pr\u00e9face (1977)<\/p>\n<p>Pr\u00e9ambule \u2013 LES DEUX ACTEURS \u2013 la rentr\u00e9e en soi \u2013 le principe de causalit\u00e9 \u2013 le principe d&rsquo;identit\u00e9 \u2013 le gagnant \u2013 LA DESIGNATION \u2013 la sortie de soi \u2013 le morceau de viande rouge \u2013 1984.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Premi\u00e8re partie : Une confection d&rsquo;inventaire<\/span><\/p>\n<p>I LE PROCES<\/p>\n<p>La compl\u00e9tude et le maintien \u2013 l&rsquo;accomplissement \u2013 le m\u00eame et l&rsquo;autre \u2013 partition et parturition \u2013 les trois et les quatre \u2013 \u00e9l\u00e9ments et qualit\u00e9s \u2013 compl\u00e9tude, opacit\u00e9, r\u00e9currence.<\/p>\n<p>II LA FIGURE<\/p>\n<p>Pourquoi un inventaire? \u2013 la d\u00e9finition \u2013 histoire des inventaires \u2013 le motif et le joint \u2013 l&rsquo;inversion \u2013 les derni\u00e8res figures \u2013 la caverne et l&rsquo;autel \u2013 le suffrage et l&rsquo;\u00e9cart.<\/p>\n<p>III LES LOIS<\/p>\n<p>Leur trilogie \u2013 les lois de la polarit\u00e9 \u2013 les lois de la finalit\u00e9 \u2013 les lois de localisations \u2013 thermodynamique et information \u2013 une g\u00e9n\u00e9ration inventive.<\/p>\n<p>IV LA FORME VIDE<\/p>\n<p>L&rsquo;attrait de l&rsquo;ab\u00eeme \u2013 brimborions et pendeloques \u2013 la 1<sup>\u00e8re<\/sup> application : le m\u00eame et l&rsquo;autre \u2013 la 2<sup>\u00e8me<\/sup> application : le contenant et le contenu \u2013 la 3<sup>\u00e8me<\/sup> application : ordonnancement et passage.<\/p>\n<p>V LES MANEGES<\/p>\n<p>La disposition \u2013 les visions \u2013 note \u2013 des projections et des relations \u2013 le premier sch\u00e8me.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Deuxi\u00e8me partie : la scolastique machinale<\/span><\/p>\n<p>I LA PROCEDURE<\/p>\n<p>L&rsquo;anguille et la civelle \u2013 la m\u00e8re CMISA \u2013 je pense, donc je suis \u2013 les inscriptions \u2013 les descriptions.<\/p>\n<p>II LES VALENCES<\/p>\n<p>Lettres ou nombres? \u2013 le mode et la relation \u2013 les trois valences \u2013 des rapports primitifs \u2013 les deux mues \u2013 moins et plus \u2013 les points et les tirets.<\/p>\n<p>III L&rsquo;UNITE<\/p>\n<p>La soif et la mesure \u2013 avant et apr\u00e8s \u2013 la moyenne \u2013 les matrices \u2013 la moyenne sectorielle \u2013 l&rsquo;unit\u00e9 d\u00e9finie \u2013 l&rsquo;amalgame.<\/p>\n<p>IV LES DIMENSIONS<\/p>\n<p>La sym\u00e9trie \u2013 mat\u00e9riau, proportion, niveau \u2013 les mat\u00e9riels \u2013 proportions et libert\u00e9 \u2013 l&rsquo;Espace et la dur\u00e9e \u2013 les associations \u2013 l&rsquo;unit\u00e9 potentielle \u2013 contenance et libert\u00e9.<\/p>\n<p>V LES RELATIONS<\/p>\n<p>De la coexistence des syst\u00e8mes math\u00e9matiques \u2013 d\u00e9finitions de l&rsquo;infini \u2013 les relations d&rsquo;\u00e9quivalence \u2013 de l&rsquo;unit\u00e9 originelle \u2013 insuffisance des relations.<\/p>\n<p>VI LA VIS SANS FIN<\/p>\n<p>Le contenant et le contenu \u2013 la marmite lib\u00e9ratrice \u2013 la gestion ou jection \u2013 l&rsquo;\u00e9cart et sa correction \u2013 le passage et sa clusion \u2013 suite \u2013 les descriptions et les actes \u2013 l&rsquo;horizontal et le vertical.<\/p>\n<p>VII LES DEUX UNITES<\/p>\n<p>Les jugements et les lois \u2013 l&rsquo;articulation \u2013 la r\u00e9duction \u2013 pourquoi le vocabulaire? \u2013 les suspens \u2013 applications.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Troisi\u00e8me partie : les verdicts zodiacaux<\/span><\/p>\n<p>I LE VOCABLE VIVANT<\/p>\n<p>La crise des vers \u2013 les \u00e9toiles de midi \u2013 l&rsquo;enroulement \u2013 trois formes vides \u2013 les vivants et les morts \u2013 une notation chronologique.<\/p>\n<p>II LES ACTEURS<\/p>\n<p>L&rsquo;horizontal et le vertical \u2013 le r\u00f4le et l&#8217;emploi \u2013 la station et l&rsquo;\u00e9tat \u2013 le principe et le drapeau.<\/p>\n<p>III LE SUCCESSIF ET LE SIMULTANE<\/p>\n<p>La presse \u2013 le PAN \u2013 la primaut\u00e9 \u2013 la projection \u2013 le voyage \u2013 les sens.<\/p>\n<p>IV LES MOYENS<\/p>\n<p>Le voyage pr\u00e9cis\u00e9 \u2013 les op\u00e9rations \u2013 les pas \u2013 la complexi-fiction \u2013 l&rsquo;instance.<\/p>\n<p>V LE VERDICT ZODIACAL<\/p>\n<p>Le pr\u00e9venu et l&rsquo;inculp\u00e9 \u2013 la partition \u2013 la parturition \u2013 l&rsquo;appareil \u2013 l&rsquo;accusation \u2013 la pr\u00e9cession \u2013 la culpabilit\u00e9.<\/p>\n<p>VI UNE FIGURE TEMPORELLE<\/p>\n<p>La pr\u00e9tention in\u00e9vitable \u2013 l&rsquo;analemme \u2013 la bande de Moebius \u2013 le palimpseste \u2013 le jeu des vocables.<\/p>\n<p>VII CONTRE DUMEZIL<\/p>\n<p>Pourquoi ce d\u00e9tour? \u2013 les deux parts \u2013 la maladie \u2013 le Grand Guerrier \u2013 le Sagittaire \u2013 la r\u00e8gle du jeu \u2013 \u00e9ternit\u00e9 du zodiaque \u2013 le labyrinthe.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Quatri\u00e8me partie : l&rsquo;objet-dieu<\/span><\/p>\n<p>I LE SERPENT VERT<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&rsquo;artifice \u2013 des chronologies \u2013 M\u00e4rchen \u2013 commentaire \u2013 l&rsquo;ant\u00e9rieur et le contenant.<\/p>\n<p>II DU POISSON AU VERSEAU<\/p>\n<p>La relation et la projection \u2013 les sept voyages \u2013 les personnages \u2013 les deux successions \u2013 la troisi\u00e8me croix.<\/p>\n<p>III LES TROIS MORTS<\/p>\n<p>La mention et l&rsquo;usage \u2013 lectures longue et courte \u2013 l&rsquo;Apocalypse \u2013 a) des voyageurs et des temps \u2013 b) des phases de l&rsquo;unique \u2013 les trois morts.<\/p>\n<p>IV POURQUOI LES SEPT<\/p>\n<p>De l&rsquo;opacit\u00e9 des machines c\u00e9libataires \u2013 le discours renaissant : <span style=\"text-decoration: underline;\">mantic consugens<\/span> \u2013 le Temps et l&rsquo;\u00e9tendue \u2013 l&rsquo;\u00e9tendue et la dur\u00e9e \u2013 la dur\u00e9e et l&rsquo;Espace \u2013 l&rsquo;Espace et le Temps \u2013 les 2n (le r\u00e9cit et la s\u00e9quence).<\/p>\n<p>V LES BIBLES DE PIERRE<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9dification \u2013 la bible d&rsquo;Amiens \u2013 d&rsquo;un dieu l&rsquo;autre \u2013 les nombres mutants \u2013 le probl\u00e8me des chronologies \u2013 les illusions \u2013 la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>VI LES SOULAGEMENTS<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me \u2013 la <span style=\"text-decoration: underline;\">monture<\/span> \u2013 l&rsquo;<span style=\"text-decoration: underline;\">\u00e9margement<\/span> \u2013 l&#8217;emprunt et la restitution \u2013 les niveaux \u2013 la <span style=\"text-decoration: underline;\">diagonale<\/span> \u2013 pour continuer \u2013 la diagonale et ses jeux.<\/p>\n<p>VII VADE MECUM<\/p>\n<p>le double mensonge \u2013 le proc\u00e8s, le voyage et la vie \u2013 l&rsquo;objet kantien \u2013 les dialectiques factrices \u2013 les trois centres \u2013 la danse des nombres \u2013 l&rsquo;inexprimable.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Les cinq po\u00e8mes et leurs tables<\/span><\/p>\n<p>1 \u2013 En Un<\/p>\n<p>CONSTRUCTION DE LA MACHINE<\/p>\n<p>2 \u2013 Hybrides<\/p>\n<p>CONNAISSANCE DE L&rsquo;OBJET-DIEU<\/p>\n<p>3 \u2013 Le dialogue<\/p>\n<p>EN CETTE HEURE DU SERPENT<\/p>\n<p>4 &#8211; L&rsquo;arbre : un po\u00e8me de nombres<\/p>\n<p>UN ARBRE PLANETAIRE<\/p>\n<p>5 \u2013 Les d\u00e9livrances<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">La mise au point<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partout dans le monde il y a des gens qui ne feraient pas de mal \u00e0 une mouche et qui pourtant torturent leur compagnon ou leur compagne, d\u00e9truisent des r\u00e9putations et m\u00e8nent les meilleurs au suicide, vendent et ach\u00e8tent les armements qui accomplissent les g\u00e9nocides.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a des hommes qui ne diraient jamais un mensonge, par exemple : je vous aime, quand ils n&rsquo;aiment pas et qui pourtant vivent dans le mensonge. Ils disent : la v\u00e9rit\u00e9 est sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les religions, lorsque leur religion se nomme V\u00e9rit\u00e9. Ils disent : Dieu est toute bont\u00e9, ce qu&rsquo;il est non moins \u00e9videmment que toutes les peurs et tous les courages, toutes les sciences et tous les jeux, toute l&rsquo;ironie du monde et sa prise au tragique. Et l&rsquo;envers du Bien, s&rsquo;il est Tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a des femmes aussi qui agissent comme ces hommes et tiennent les m\u00eames discours. Plus nombreuses, peut-\u00eatre, puisque elles meurent moins jeunes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pourquoi on se gardera de telles affirmations douteuses, prof\u00e9r\u00e9es comme en marge de sa propre existence, et plus g\u00e9n\u00e9ralement de toutes les formules qui, \u00e0 vouloir trop dire, ne disent rien. On traquera Dieu avec des nombres, avec des noms interchangeables et des figures g\u00e9om\u00e9triques, ou bien on laissera les dieux tranquilles, car ils n&rsquo;ont pas piti\u00e9 du chasseur malheureux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour de septembre 1985,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">o\u00f9 j&rsquo;ai commenc\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire ce livre<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">sans savoir si je le finirais.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: center;\"><em>En guise de pr\u00e9face<\/em><\/h1>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>(1977)<\/em><\/strong><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pr\u00e9ambule<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Ath\u00e9niens ne voulaient pas croire que l&rsquo;Amour d\u00e9sir\u00e2t le Bien; ils voyaient en lui l&rsquo;amant de la Beaut\u00e9. \u00ab\u00a0Quoi donc! leur dit Socrate, L&rsquo;Amour n&rsquo;est-il pas beau? \u2013 Assur\u00e9ment, il l&rsquo;est. \u2013 Est-ce qu&rsquo;on d\u00e9sire ce qu&rsquo;on a?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des ironies furent autres, telles que de J\u00e9sus: \u00ab\u00a0Que celui d&rsquo;entre vous qui n&rsquo;a jamais p\u00e9ch\u00e9 jette la premi\u00e8re pierre\u00a0\u00bb (puisque vous me parlez de justice). Ou bien: \u00ab\u00a0Quelle figure orne cette pi\u00e8ce? \u2013 Celle de C\u00e9sar. \u2013 Rendez donc \u00e0 C\u00e9sar ce qui lui appartient\u00a0\u00bb (puisque vous me parlez de la dette). Telles que de Cues, inventant son principe de Contradiction aux extr\u00eames, ou de Rabelais, de Nietzsche, enseignant le Gay S\u00e7avoir. Mais ce rire dionysiaque, ce fatal retournement aux jointures des extr\u00eames, ce renversement du mythe qu&rsquo;entra\u00eene sa \u00ab\u00a0mention\u00a0\u00bb sont encore l&rsquo;ironie de Socrate, le refus du signifi\u00e9, l&rsquo;appel au signifiant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le \u00ab\u00a0Personne\u00a0\u00bb d&rsquo;Ulysse ou son naufrage ultime, pr\u00e8s de l&rsquo;\u00eele voisine d&rsquo;Ithaque, au retour d&rsquo;un voyage de dix ann\u00e9es, sont des \u00e9clats de rire, comme les contradictions voulues d&rsquo;Emmanuel Kant ou les m\u00e9saventures de K., qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du proc\u00e8s in\u00e9vitable ou du ch\u00e2teau inaccessible. Bien que Kafka, Kant ou Hom\u00e8re ne soient pas des clowns patent\u00e9s. La litt\u00e9rature, l&rsquo;art, la philosophie m\u00eame sont pleins de ces ironies, car ceux qui vivent dans la m\u00e9moire, qui survivent, sont ceux qui ont su les manier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9el non plus n&rsquo;en est pas avare. Un jeu de mots, parfois, lib\u00e8re de l&rsquo;angoisse, tel que le double sens du mot <span style=\"text-decoration: underline;\">sens<\/span> (un vecteur ou un signifi\u00e9); ou un jeu de choses relance la qu\u00eate. En mars 1974, alors que j&rsquo;h\u00e9sitais \u00e0 reprendre la mienne apr\u00e8s tant de livres \u00e9crits (et si mal lus!), il est possible qu&rsquo;un tel jeu m&rsquo;en ait donn\u00e9 le soudain courage. C&rsquo;\u00e9tait dans la campagne, non loin de Garons. Je gravissais un sentier parmi les vignes quand, tout \u00e0 coup, un mur m&rsquo;a barr\u00e9 le chemin. Or, il n&rsquo;y avait jamais eu de mur en cet endroit: le chemin qui montait n&rsquo;\u00e9tait pas une impasse. Quelques secondes plus tard, je vis que le mur marchait (comme s&rsquo;est mise \u00e0 marcher la for\u00eat de Macbeth). Une minute plus tard, il avait disparu et la voie \u00e9tait libre. Ce n&rsquo;avait rien \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un troupeau de moutons qui traversait lentement un chemin transversal, au sommet de la c\u00f4te. Dix souvenirs me vinrent alors, d&rsquo;autres murailles dress\u00e9es contre ma vie et que j&rsquo;avais reconnues pour des troupeaux de moutons. Le plus souvent: une foule transversale, acclamant le Mar\u00e9chal ou le G\u00e9n\u00e9ral, selon le cas, allant de l&rsquo;est vers l&rsquo;ouest ou au contraire quand je montais du sud au nord\u2026 Mais, toujours, quelle joie, que de d\u00e9celer l&rsquo;illusion, que de voir s&rsquo;effilocher la continuit\u00e9 feinte!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La muraille \u00e9clips\u00e9e, on se prend \u00e0 rire. Du rire de Socrate, de J\u00e9sus, de Rabelais, de Nietzsche, de Kafka, quand, le concept \u00e9clat\u00e9, ils ont vu de leurs yeux le chemin se rouvrir, l&rsquo;horizon se repr\u00e9senter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, bient\u00f4t apr\u00e8s, je ne riais plus, d\u00e9fait et d\u00e9membr\u00e9 moi-m\u00eame, par la faiblesse, l&rsquo;incertitude et l&rsquo;outrecuidance de mes sens (dans le troisi\u00e8me sens du mot, non plus vecteur ou signe, mais appareil). Car, s&rsquo;ils ne distinguent pas un mur d&rsquo;un troupeau, que puis-je en attendre? Que demeure-t-il, en fin de compte ou en fin de parcours, de la r\u00e9alit\u00e9?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la nommer, la d\u00e9finir et la contenir, je l&rsquo;ai trahie, elle, le mur-troupeau, la mort-\u00e9ternit\u00e9. Ne me suis-je pas trahi en la trahissant, choisissant l&rsquo;arr\u00eat, trop de fois en ma vie, dans la voie ouverte? Ou, croyant l&rsquo;\u00e9pouser, ne me suis-je pas perdu? Ne l&rsquo;ai-je pas perdue en une autre confusion? Car, en un autre temps, le troupeau est mur aussi, aussi longtemps qu&rsquo;il passe. Mortel, la mort au bout, je ne suis pas immortel, et le troupeau est fait de ces murs s\u00e9par\u00e9s: les individus qui composent la foule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut bien rire, alors. Le rire est \u00e9pouvantable: il nous jette au n\u00e9ant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vivant de cette censure et dans cette confusion, comment puis-je vivre encore? Dire JE? Dire l&rsquo;univers? C&rsquo;est le probl\u00e8me que pose ce texte, quelques feuillets extraits d&rsquo;une qu\u00eate de quatre ans et d&rsquo;un millier de pages. Il ne dit que la difficult\u00e9 de dire, l&rsquo;objet d&rsquo;une part, le sujet de l&rsquo;autre, l&rsquo;un et l&rsquo;autre censur\u00e9s \u2013 ou confondus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, un jour, une id\u00e9e bizarre m&rsquo;est venue. Que l&rsquo;Eccl\u00e9siaste n&rsquo;a pas eu tort d&rsquo;\u00e9crire le verset scandaleux (monstrueux, quand il porte le supplice de Bruno, l&rsquo;exclusion de Galil\u00e9e): \u00ab\u00a0le soleil se l\u00e8ve et se couche, la terre demeure immobile\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, c&rsquo;est de la terre que j&rsquo;observe l&rsquo;astre. Comment mon poste d&rsquo;observation ne serait-il pas stable? Qu&rsquo;observer d&rsquo;un poste mobile?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque tout bouge autour de moi, ne faut-il pas que JE, pour juger du mouvement, se consid\u00e8re comme stable, infaillible, \u00e9ternel, ou bien qu&rsquo;il renonce \u00e0 juger? La notion de stabilit\u00e9 d\u00e9range : \u00e0 la limite, elle rend d\u00e9risoire le jugement. Mais la notion contraire fait de JE un imposteur, car <span style=\"text-decoration: underline;\">il ne pouvait pas<\/span> juger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;est pas d&rsquo;objectivit\u00e9 qui n&rsquo;exclut d&rsquo;abord l&rsquo;objectif (la cam\u00e9ra ou le cerveau, mon lieu d&rsquo;observation et le temps o\u00f9 je vis). Lorsque Kant a rejet\u00e9 dans le transcendantal toutes les transcendances, quelque chose le transcende encore: sa pens\u00e9e. Elle seule n&rsquo;ob\u00e9it pas aux r\u00e8gles qu&rsquo;elle formule (c&rsquo;est son droit) et qu&rsquo;elle impose (son crime). Il n&rsquo;est pas une science ou une th\u00e9ologie qui, levant plus haut un pied, ne s&rsquo;assure plus fermement de l&rsquo;autre. Celui pour qui tout bouge s&rsquo;est situ\u00e9 en dehors, dans le non-mouvement du dogme ou de la loi, avant de l&rsquo;oser dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ni les nombres savants, ni la folle certitude ne m&rsquo;aveuglent \u00e0 ce point. Sur l&rsquo;ironie de Socrate, sur le mur et les moutons, sur le mot de l&rsquo;Eccl\u00e9siaste se fondent mes ouvrages. Mais il est vrai que, depuis le 14 mars 1974, je danse, l&rsquo;un de mes pieds s&rsquo;assure toujours avant le lancer de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LES DEUX ACTEURS<\/strong><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La rentr\u00e9e en soi<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je jouerai assez dans ce livre: il n&rsquo;est que jeu, mais un jeu de bridge ou d&rsquo;\u00e9checs, qui se fonde sur des r\u00e8gles pr\u00e9cises, non pas sur la visite de l&rsquo;ange, qui se situerait hors des r\u00e8gles. Il ne m&rsquo;est pas entr\u00e9 tout entier dans le cerveau comme Ath\u00e9na sortit du cr\u00e2ne de Jupiter ou Dionysos de la cuisse du dieu. Je n&rsquo;ai pas connu la conversion (mondaine) de saint Vincent de Paul, de Cocteau, de Claudel ou de Frossard, au bon moment, ni celle (\u00e0 rebrousse poil et au mauvais moment) de Dante et de K\u00e2bir, de Daniel, de Ramakrishna, du Bab\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou bien je les ai connues, tant\u00f4t l&rsquo;une, tant\u00f4t l&rsquo;autre, vingt fois en cinquante ans, dont plus de la moiti\u00e9 en cet \u00e2ge incertain qu&rsquo;on prend pour l&rsquo;\u00e2ge de raison et qui s&rsquo;est prolong\u00e9 pour moi au-del\u00e0 de l&rsquo;adolescence. De sorte qu&rsquo;elles ne me furent pas des conversions mais, plut\u00f4t, des retournements \u00e0 quelque humus ant\u00e9rieur. Presque impossibles \u00e0 circonscrire dans le temps\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Impossibles tout \u00e0 fait, si je n&rsquo;avais eu mes livres, mes \u00e9bauches du Livre, mes journaux. Et, bien s\u00fbr, les ouvrages d&rsquo;autrui, milliers d&rsquo;ouvrages \u2013 ou n&rsquo;est-ce pas des dizaines de milliers? \u2013 qui me forgeaient une \u00e2me universelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne sais que tirer de mes exp\u00e9riences propres ou de celles d&rsquo;autrui des traces dont on a dit que je les recensais seulement. Il y a huit ans, mon fils a\u00een\u00e9: \u00ab\u00a0Tu te pr\u00e9tends un cr\u00e9ateur, mais tu ne cr\u00e9es rien!\u00a0\u00bb Le mot m&rsquo;a fait mal, JE est ainsi: l&rsquo;amour-propre a sur lui plus de pouvoir que l&rsquo;\u00e9vidence. Mais le mot \u00e9tait exact: on ne peut se dire un cr\u00e9ateur lorsqu&rsquo;on nie le principe de causalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne puis non plus m&rsquo;en repentir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, malgr\u00e9 le refus ou le rejet du miracle (je ne dis pas: son absence, car des miracles me furent donn\u00e9s, que mes autobiographies recensent), je me consid\u00e8re encore comme <span style=\"text-decoration: underline;\">conduit<\/span>, n&rsquo;est-ce point par la gr\u00e2ce de tous ces plagiats, de mes \u0153uvres et d&rsquo;autres, dont l&rsquo;ind\u00e9cence e\u00fbt d\u00fb me d\u00e9truire, alors qu&rsquo;elle m&rsquo;a <span style=\"text-decoration: underline;\">constitu\u00e9<\/span>?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le principe de causalit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Allons plus loin: ce cynisme ne fut pas inconscient, ni hasardeux son fruit. J&rsquo;avais dix-neuf ans, matelot \u00e0 Rochefort, quand Nietzsche m&rsquo;a sugg\u00e9r\u00e9 le vocable: \u00ab\u00a0moraliste ind\u00e9licat\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer le moraliste qui ne se pr\u00e9occupe pas de dire vrai, ni vertueusement, quand le discours profite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux ans plus t\u00f4t, mon camarade Ross et moi, nous avions invent\u00e9 la <span style=\"text-decoration: underline;\">m\u00e9thode des surcauses<\/span>, qui renversait le principe de causalit\u00e9. Quatre ans plus tard, en 1943, je commen\u00e7ais d&rsquo;\u00e9laborer <span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;Ethique<\/span> (la mienne), \u00e0 laquelle j&rsquo;ai travaill\u00e9 chaque jour pendant quatre ans, avant et apr\u00e8s sa publication dans la revue <span style=\"text-decoration: underline;\">Pr\u00e9textes<\/span> (cr\u00e9\u00e9e \u00e0 cet effet).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai souvent dit par quelles \u00e9tapes le refus du principe m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9. Au d\u00e9part: le refus d&rsquo;une causalit\u00e9 m\u00e9taphysique: le dieu \u00ab\u00a0incarn\u00e9\u00a0\u00bb de Hegel, puis le dieu cr\u00e9ateur, s\u00e9par\u00e9 du monde, puis le dieu \u00e9manant et immanent des juifs, des brahmanes, des l\u00e9gislateurs. Plus tard: le refus d&rsquo;une causalit\u00e9 scientiste, \u00e0 partir de l&rsquo;atome originel, du premier soleil, du premier vivant, du premier vert\u00e9br\u00e9, mammif\u00e8re, homme\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait en moi d\u00e8s mon affirmation de 1937: le jour co\u00efncide avec le lever du soleil, par lequel on l&rsquo;explique. Mais l&rsquo;explication de l&rsquo;effet par la cause, inventori\u00e9e apr\u00e8s l&rsquo;effet, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que le \u00ab\u00a0p\u00e9ch\u00e9\u00a0\u00bb philosophique, que les philosophes nomment un \u00ab\u00a0cercle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, non seulement les philosophes (ou, du moins, les plus honor\u00e9s d&rsquo;entre eux) mais les savants, qui les d\u00e9noncent ont toujours sauvegard\u00e9 ce cercle, par le raisonnement dit \u00ab\u00a0ad hoc\u00a0\u00bb, que le syst\u00e8me a exig\u00e9. Puisque, au d\u00e9part, toujours, ils se disent en mesure, sans l&rsquo;avoir d\u00e9montr\u00e9, de cr\u00e9er LE syst\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Refusant avec d\u00e9go\u00fbt, en mon ann\u00e9e de philosophie scolaire, un principe dont je distinguais le faussage, je refusai d&rsquo;abord toute philosophie. La po\u00e9sie me suffisait alors, qui ignore sa cause; plus tard, ce fut la soumission aveugle aux mythes, de la Patrie (en 1939), de l&rsquo;Amour l&rsquo;ann\u00e9e suivante, de l&rsquo;\u0152uvre, de la Libert\u00e9, de la Citoyennet\u00e9 du monde et de l&rsquo;Egalit\u00e9 (en 1950), de la Famille, plus tard encore. De la V\u00e9rit\u00e9, au passage, et bien s\u00fbr de la Fraternit\u00e9\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En m\u00eame temps \u2013 de 1937 \u00e0 1957, pour faire court \u2013 je m&rsquo;effor\u00e7ais de trouver un chemin contraire \u00e0 celui de la causalit\u00e9 et de l&rsquo;entropie. Mais ce chemin e\u00fbt \u00e9t\u00e9 de l&rsquo;avenir vers le pass\u00e9, de l&rsquo;inertie (contre la vitesse), de la n\u00e9guentropie, de la r\u00e9surrection, du miracle, contre la voie mortelle de la rationalit\u00e9. Comment le d\u00e9couvrir, alors que tout mourait autour de moi, en moi?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Indiscutables en leur principe, contraires au principe de causalit\u00e9, la m\u00e9thode des surcauses, la vocation du moraliste ind\u00e9licat et toute \u00e9thique demeuraient imaginaires, \u00ab\u00a0mythiques\u00a0\u00bb: j&rsquo;avais pu les construire, admettre et signifier, je ne pouvais les vivre. Ma vie m\u00eame (c&rsquo;est JE encore) interdisait qu&rsquo;ils fussent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je cr\u00e9ais malgr\u00e9 tout, et malgr\u00e9 moi souvent, hors tout plagiat, un chapitre de roman, un po\u00e8me, un dialogue, dont le \u00ab\u00a0ton\u00a0\u00bb me surprenait \u2013 si surprenant que je ne pouvais le reproduire. J&rsquo;aimais \u00e0 la folie ma femme, mes enfants, ne vivant que pour eux et soumis au d\u00e9mon qui me pressait de leur sacrifier m\u00eame l&rsquo;\u00e9go\u00efsme de mes \u0153uvres. Je combattais, un jour ou l&rsquo;autre, pour une \u00e9galit\u00e9 des droits, des races, des sexes, des \u00e2ges, sans douter pour autant des \u00e2ges, des sexes, des races \u2013 et m&rsquo;assurer de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 n\u00e9cessaire des droits (le roseau n&rsquo;a pas les m\u00eames que le c\u00e8dre). Pour une lib\u00e9ration surtout je combattais, qui m&rsquo;e\u00fbt arrach\u00e9 \u00e0 ce couple, \u00e0 cette famille, \u00e0 cette patrie, \u00e0 cette humanit\u00e9, auxquels je sacrifiais ma vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ni ces \u0153uvres ni ces amours, ni ces d\u00e9lires justiciers, ni les r\u00e9voltes les plus vaines, qui constituaient aussi ma vie, ne m&rsquo;offraient la moindre chance de m&rsquo;en abstraire. Au contraire, \u00e0 toutes fois, ils m&rsquo;usaient un peu plus, m&rsquo;approchaient de ma mort. Plus j&rsquo;ajoutais \u00e0 JE, plus ces ajouts me pr\u00e9cipitaient \u00e0 la destruction de JE. Il n&rsquo;\u00e9tait aucun de ces d\u00e9tours, effectu\u00e9s ou suivis pour me survivre, qui ne me conduis\u00eet seulement \u00e0 la raillerie ultime du Trou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne mourais pas, petit \u00e0 petit comme proc\u00e8de l&rsquo;ab\u00eeme, sans que mour\u00fbt une volont\u00e9 d&rsquo;\u0153uvre ou un amour, une soif de justice, une r\u00e9volte avort\u00e9e. Je n&rsquo;inventais rien qui ne f\u00fbt d\u00e9lire; il n&rsquo;\u00e9tait pas de d\u00e9lire qui ne f\u00fbt la mort plus prompte. Je suis mort mille fois, le plus souvent sans savoir de quoi je mourais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre dit qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas possible d&rsquo;\u00eatre aussi sot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le principe d&rsquo;identit\u00e9<\/strong><em> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au milieu de l&rsquo;ann\u00e9e 1957, je cessai de cr\u00e9er, et m\u00eame d&rsquo;\u00e9crire. Comme toujours, ce n&rsquo;\u00e9tait pas de ma part une volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e. Grasset me refusait mon dernier manuscrit (une suite de \u00ab\u00a0L&rsquo;autobiographe\u00a0\u00bb) et, bien s\u00fbr, je ne pouvais l&rsquo;offrir \u00e0 un autre \u00e9diteur. J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 bout de forces, aussi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me laissai conduire d&rsquo;une <span style=\"text-decoration: underline;\">bo\u00eete<\/span> \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je parle de la manie de boire, qui me vint alors et commen\u00e7a de me jeter, d&rsquo;un soir l&rsquo;autre, dans un bar diff\u00e9rent &#8211; dans le m\u00eame \u00ab\u00a0enfer bleu\u00a0\u00bb(1). Mais je parle \u00e9galement de la manie de lire qui, pendant pr\u00e8s de quinze ans, m&rsquo;avait abandonn\u00e9. Car chaque oeuvre parfaite est bien comme une \u00ab\u00a0bo\u00eete\u00a0\u00bb, o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;enferme huit jours ou dix-huit mois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je croyais les avoir toutes faites (comme on fait le tour de sa chambre ou de l&rsquo;Europe), mais l&rsquo;ignorance que j&rsquo;en avais, o\u00f9 j&rsquo;en \u00e9tais, m&rsquo;apparut infinie. Des milliers de livres avaient paru, pendant mes quinze ann\u00e9es d&rsquo;absence: presque tous renvoyaient \u00e0 d&rsquo;autres milliers d&rsquo;autres, dont personne n&rsquo;avait parl\u00e9, dans le milieu ou le \u00ab\u00a0m\u00e9dia\u00a0\u00bb qui m&rsquo;avait recouvert au cours des quinze ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ignorant Bataille, Reich, Artaud, Michaux, Borg\u00e8s, qu&rsquo;aurais-je su de Sumer, du Rig Veda, des religions am\u00e9rindiennes, de la proph\u00e9tie m\u00e9di\u00e9vale? Ne sachant rien de Shelley, de Goethe et de Moli\u00e8re que ce qu&rsquo;en dit l&rsquo;Ecole, qu&rsquo;aurais-je imagin\u00e9 de l&rsquo;audace baroque, de la science des tragiques grecs? L&rsquo;ignorance qu&rsquo;imposent les universit\u00e9s et que prolongent les m\u00e9dias, elle ne tient pas au rejet de quelques oeuvres ma\u00eetresses: une ali\u00e9nation l&rsquo;entretient, de toute \u00ab\u00a0\u00e2me\u00a0\u00bb, de Balzac et de Flaubert, de Racine, de Hugo. Mille coupes ne tendent qu&rsquo;\u00e0 rompre le fil d&rsquo;une continuit\u00e9 que l&rsquo;Histoire n&rsquo;interrompt pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne pouvais, il y a vingt ans, d\u00e9celer ce fil. Mais la charge des impostures m&rsquo;\u00e9pouvanta. Une obsession me tenait, que formulait d\u00e9j\u00e0 un roman de 1952, \u00ab\u00a0S\u00e9rum et Cie\u00a0\u00bb: l&rsquo;inexistence de JE, fabriqu\u00e9 de morceaux innombrables. A l&rsquo;\u00e9poque, rien de plus qu&rsquo;une trouvaille litt\u00e9raire, peut-\u00eatre un alibi. Je rejetais sur l&rsquo;AUTRE le mauvais, le mensonge, le crime (que tribunaux et m\u00e9dias ne nommaient pas ainsi): la mort de ma femme France, et sans doute bien d&rsquo;autres, impos\u00e9es par mes livres, mes d\u00e9lires, mes absences. Je nommais cet AUTRE Pigobert (Charles), puisque je me nommais Jean-Baptiste Constant Marie. J&rsquo;y voyais le Pip bard\u00e9 d&rsquo;or, le culott\u00e9, le botteur de culs, l&rsquo;inf\u00e2me, puisque Baptiste \u00e9tait l&rsquo;Auguste, le sans-culotte ou l&rsquo;ange tomb\u00e9 des cieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une difficult\u00e9 demeurait, s\u00e9rieuse &#8211; elle me bloqua pendant dix ans -: faire la part en moi de Jean-Baptiste\u00a0et de Pig. Ils se r\u00e9v\u00e9laient, chacun, une infinit\u00e9 d&rsquo;\u00eatres.<\/p>\n<div id=\"attachment_81\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-81\" class=\"size-medium wp-image-81\" title=\"META1\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META1-300x213.jpg\" width=\"300\" height=\"213\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META1-300x213.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META1-1024x727.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-81\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je me d\u00e9nombrais deux, pourquoi pas quatre, seize ou soixante-quatre? Je n&rsquo;analysais pas mon actif, mon passif, sans y trouver cent \u00e9l\u00e9ments divers, a, b, c, d, dont je ne pouvais pas toujours dire lequel \u00e9tait de A, lequel de B. Ce besoin de Baptiste, Pigobert le comblait; ce d\u00e9sir de Pigobert, il arrivait que Baptiste le r\u00e9alis\u00e2t. Un cercle rouge a-t-il sa place dans un ensemble de choses rouges ou un ensemble de figures g\u00e9om\u00e9triques?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix s&rsquo;y dissipait seulement, niant le JE, qui avait pu encore choisir. Si le r\u00e9el n&rsquo;\u00e9tait que cette diversit\u00e9, ce puzzle, Pig s&rsquo;en voulait le recenseur et, par le recensement, le ma\u00eetre. L&rsquo;Unit\u00e9 dont Baptiste se pr\u00e9valait, elle n&rsquo;\u00e9tait que l&rsquo;\u00e9lan qui le portait \u00e0 se d\u00e9truire. Baptiste &#8211; l&rsquo;homme du bapt\u00eame &#8211; se d\u00e9fendait \u00e0 sa mani\u00e8re: il disait le puzzle sans fin &#8211; et que le carnaval ne m\u00e8ne en aucun cas \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9: que Pigobert jou\u00e2t de la mort, cela ne l&#8217;emp\u00eacherait pas de mourir. Pire: il ne rev\u00eatait d&rsquo;autre masque, d&rsquo;autre loup que de la Mort elle-m\u00eame. Le masque interdisait que Pigobert e\u00fbt un corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais \u00e0 chaque exp\u00e9rience nouvelle, le Baptiste seul mourait en moi, sous les coups, les \u00e9preuves, les stresses, les entropies: le Baptiste enfant, adolescent, adult\u00e9, m\u00fbrissant, le chr\u00e9tien, le catholique enjuiv\u00e9, le patriote, le po\u00e8te, le citoyen du monde, l&rsquo;amant, l&rsquo;\u00e9poux, le p\u00e8re, le r\u00e9volt\u00e9, jamais las de s&rsquo;an\u00e9antir si l&rsquo;infini se pouvait atteindre au-del\u00e0 des fins. Au contraire, le plagiaire, le tricheur, le com\u00e9dien, le technicien survivait aux fins de ses masques; pire: il s&rsquo;enrichissait de ses mues, toujours taill\u00e9es \u00e0 ses mesures. Aucun drame n&rsquo;exc\u00e9dait en dramatique le temps perdu, l&rsquo;ennui de la visite au tailleur. Si JE \u00e9tait ce qui dure, JE \u00e9tait Pigobert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme la recherche d&rsquo;un sens qui ne f\u00fbt entropique m&rsquo;avait rejet\u00e9 du Sens, la recherche d&rsquo;une unit\u00e9\u00a0qui se t\u00eent hors des bo\u00eetes me rejetait de l&rsquo;Unit\u00e9. Une troisi\u00e8me r\u00e9alit\u00e9 s&rsquo;offrait, ni le sens causal ni l&rsquo;unit\u00e9 m\u00e9taphysique, mais le <em>cens des unit\u00e9s<\/em> qui me composent et qui, r\u00e9ellement, existent \u00e0 l&rsquo;infini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ce biais, JE se redonnait une existence; il pouvait choisir de nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais serait-ce l&rsquo;infinit\u00e9 du Cens ou la constance des Unit\u00e9s?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">______________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0L&rsquo;enfer bleu\u00a0\u00bb : voir dans la rubrique \u00ab\u00a0Nouvelles\u00a0\u00bb le texte portant ce titre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gagnant<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les quatre ou cinq ans que je dis, o\u00f9 j&rsquo;abandonnais \u00e0 la fois le principe d&rsquo;identit\u00e9 et le principe de causalit\u00e9 pour fr\u00e9quenter les bo\u00eetes (des bars ou des auteurs), je rejetais \u00e9galement Pigobert et Baptiste, bien que le premier conqu\u00eet encore par son cynisme et sa d\u00e9sinvolture, bien que le second pr\u00eet des coups. Les autres \u2013 des femmes, surtout \u2013 payaient, soit que Baptiste les attendr\u00eet, soit que Pigobert en jou\u00e2t.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, en JE, le combat se poursuivait, sans piti\u00e9 (du c\u00f4t\u00e9 de Pig), sans faiblesse de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, comme le voulait Pigobert, le cens des techniques nie le principe d&rsquo;identit\u00e9, Baptiste n&rsquo;avait pas d&rsquo;existence: il se complaisait en l&rsquo;utopie. Si, comme le croyait Baptiste, le sens de la causalit\u00e9 n&rsquo;est qu&rsquo;entropie et s&rsquo;il interdit d&rsquo;\u00eatre, Pigobert ne serait jamais que les masques dont il s&rsquo;affublait: une chose de carton ou de plastic, par d\u00e9finition n\u00e9gligeable. Ni les \u00e9checs du chim\u00e9rique ne pouvaient troubler le \u00ab\u00a0r\u00e9aliste\u00a0\u00bb, ni les inventions du tricheur ne pouvaient influencer durablement le probe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;y avait pas de solution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, je n&rsquo;avais cess\u00e9 jusqu&rsquo;alors, de faire de l&rsquo;un le <span style=\"text-decoration: underline;\">contenant<\/span> de l&rsquo;autre, ou de pr\u00e9tendre le faire, dans la confusion de leur dialectique avec celles du corps et de l&rsquo;\u00e2me, de la forme et de la substance, puis, en d\u00e9g\u00e9n\u00e9rant, de l&rsquo;apparence et de la mati\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En mon enfance chr\u00e9tienne, je n&rsquo;en pouvais douter: jusqu&rsquo;en ses r\u00eaves charnels et son besoin de souffrir \u00ab\u00a0pour une grande cause\u00a0\u00bb, Baptiste \u00e9tait mon \u00e2me; Pigobert, donc, mon corps. Les journaux de mon adolescence sont pleins de cette horreur de Baptiste pour le corps \u00ab\u00a0qui l&#8217;emprisonne\u00a0\u00bb. Par l&rsquo;asc\u00e9tisme, un jour, il esp\u00e8re vaincre la B\u00eate (le Hyde de Stevenson).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vingt ans d&rsquo;\u00e9cole, de lyc\u00e9e, de facult\u00e9 avaient fait de Pigobert un ma\u00eetre de l&rsquo;esprit scientiste; c&rsquo;\u00e9tait Baptiste qu&rsquo;on exilait dans l&rsquo;irr\u00e9el, ou dans quelque servage (l&#8217;emploi) s&rsquo;il tenait \u2013 on ne savait pourquoi \u2013 \u00e0 subsister. Il n&rsquo;avait pas rejet\u00e9 le principe de causalit\u00e9 par amour-propre, esbroufe, esprit de contradiction, mais pour perdurer sous le fardeau immense. Il avait donc aussi une mani\u00e8re de corps, puisqu&rsquo;il avait tenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus tard, beaucoup plus tard comme on l&rsquo;a vu, j&rsquo;en \u00e9tais venu \u00e0 ne pas douter que Baptiste f\u00fbt mon unit\u00e9 charnelle \u2013 apr\u00e8s tout, c&rsquo;\u00e9tait lui le payant, le d\u00e9biteur payant ma dette, le masochiste \u2013 et Pigobert le puzzle, qu&rsquo;il excellait \u00e0 reconstruire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;\u00e9tait dire que Pigobert ne cessait de sauver Baptiste: sans celui-l\u00e0, celui-ci e\u00fbt-il surv\u00e9cu?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jouant de Pigobert comme d&rsquo;un esclave utile, je lui donnais tout le possible: l&rsquo;escrime, la cr\u00e9ation ludique, le poker, les dames, puisque une technique nouvelle, ou une femme nouvelle lui suffisait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ces dons minimes il s&rsquo;engraissait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A coups de parties victorieuses, de romans couronn\u00e9s, de femmes s\u00e9duites, Pigobert r\u00e9duisait Baptiste. Deux ou trois ann\u00e9es folles eurent raison de l&rsquo;imb\u00e9cile. Bien v\u00eatu, bien nourri, largement abreuv\u00e9, Pig fut de nouveau le roi, en cette quarantaine qui asseoit l&rsquo;homme. Le po\u00e8te, on l&rsquo;e\u00fbt laiss\u00e9 crever sans remords, mais on honorait l&rsquo;homme de lettres, le journaliste, le sc\u00e9nariste. On me demandait des livres, des essais, des articles, le cin\u00e9ma me d\u00e9couvrit. Mes enfants devenant des hommes et des femmes, je me donnais leur \u00e2ge. Je perdais plus de temps \u00e0 chasser les femmes comme on chasse l&rsquo;importun qu&rsquo;\u00e0 les chasser comme la proie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce roi, formellement visible, Baptiste ne pouvait \u00eatre que le sale petit esprit, cr\u00e9dule et tourment\u00e9, dont les vagues r\u00e9voltes agacent plus qu&rsquo;elles ne font peur. Il m&rsquo;aga\u00e7ait surtout par sa croyance, in\u00e9branlable, de m&rsquo;avoir cr\u00e9\u00e9, un jour d&rsquo;hiver, pour se d\u00e9barrasser de son mal et de sa peur. Il ne me suffisait pas de l&rsquo;avoir recouvert de mon m\u00e8tre quatre-vingt deux, de mes quatre-vingts kilos, de l&rsquo;avoir ramen\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de blafard et fuyant ectoplasme. Il fallait que je l&rsquo;eusse pr\u00e9c\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je rameutai mon enfance: cinq de vie pleine et libre, aupr\u00e8s de l&rsquo;oc\u00e9an et parmi les rochers. Je me souvins de mes anc\u00eatres, les fiers Bretons, et, par eux, de vingt g\u00e9n\u00e9rations de Celtes captifs des saints Patrick et Gu\u00e9nol\u00e9: en moi bouillait le sang des pilleuses d&rsquo;\u00e9paves, exigeait de rena\u00eetre un cerveau carnivore, au-del\u00e0 des esclavages. Je m\u00e9prisais l&rsquo;alter ego \u00e0 ce point que je fis appel \u00e0 lui pour compulser les livres, les manuscrits, pour \u00e9cumer toutes les biblioth\u00e8ques. Docile, il m&rsquo;apportait les documents dont je pimentais mes salades. Je n&rsquo;avais pas \u00e0 le combattre: loin de me r\u00e9sister, il admirait ma verve, s&rsquo;en sachant incapable, il adorait mes ordres. Son ma\u00eetre, son univers, son \u00ab\u00a0p\u00e8re\u00a0\u00bb? Pourquoi pas? Il me donnait l&rsquo;Unit\u00e9, que je ne r\u00e9clamais pas. Elle m&rsquo;an\u00e9antit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela ne se fit pas d&rsquo;un coup, car je distinguais mal en quoi le Souverain, le Roi, n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement l&rsquo;Unique, qu&rsquo;on peut \u00eatre celui-l\u00e0 sans \u00eatre celui-ci. Mais, petit \u00e0 petit, je cessai d&rsquo;acheter des v\u00eatements neufs, de pourchasser les femmes, d&rsquo;\u00e9crire des sc\u00e9narios. Recouvrant une mani\u00e8re d&rsquo;audace, Baptiste me d\u00e9fiait de m&rsquo;inventer une \u00ab\u00a0bo\u00eete\u00a0\u00bb o\u00f9 je pus, \u00e0 la fin, enti\u00e8rement m&rsquo;accomplir; je ne l&rsquo;\u00e9craserais d\u00e9finitivement, je le sentais bien, que dans un univers construit \u00e0 ma taille. Il avait raison sur ce point: mes jeux \u00e9taient trop courts pour moi, trop d\u00e9risoires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">JE avait cr\u00e9\u00e9 le pi\u00e8ge; alli\u00e9 de Jean-Baptiste, il jouissait de l&#8217;embarras, de la na\u00efvet\u00e9 du clown. Car JE n&rsquo;est que jouissance: plus Pigobert que Pig, jamais l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on croit, mais toujours \u00e0 c\u00f4t\u00e9, sous l&rsquo;autre coupe ou tasse, ma\u00eetre es-bonneteau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou bien j&rsquo;avais choisi Baptiste, peur-\u00eatre parce qu&rsquo;il \u00e9tait le vaincu, le plaintif, l&rsquo;avorton \u2013 r\u00e9duit \u00e0 ce point qu&rsquo;il n&rsquo;osait plus \u00ab\u00a0la ramener\u00a0\u00bb que dans les heures de colique ou de migraine, au lendemain d&rsquo;une cuite carabin\u00e9e. Car JE est aussi ce compatissant, qui ne prend jamais que le parti des faibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour, fatalement, JE se nomma Baptiste; Pig se retrouva seul, sans un public pour admirer ses mimes et nu, d\u00e9pouill\u00e9 de tous ses masques. Lui, le joueur, il se faisait le jouet du qu\u00eateur. Son habilet\u00e9 m\u00eame, ses techniques, il ne les utilisait plus qu&rsquo;\u00e0 ordonner, organiser la qu\u00eate (dans l&rsquo;illusion b\u00e9ate d&rsquo;aider \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement de son futur Royaume). Il mit toute son ardeur \u00e0 me servir, moi, Baptiste, son ancien esclave.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;il n&rsquo;exista plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, j&rsquo;arr\u00eatai le jeu. Je br\u00fblai tous les papiers \u2013 des dizaines de kilos \u2013 que recouvraient des notes, mes manuscrits d&rsquo;\u00e9bauches, des critiques, des articles; cela fit un grand feu dans la cour de la ferme o\u00f9 Genevi\u00e8ve et moi vivions depuis d\u00e9cembre 1965. Je me croyais assez fort pour admettre \u00e0 nouveau Pigobert et Baptiste, peu \u00e0 craindre le premier, presque heureux le second.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Simplement, \u00e9tais-je encore JE?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>II<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LES DESIGNATIONS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La sortie de soi<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au temps de la victoire \u2013 fragile \u2013 de Pigobert, j&rsquo;avais jou\u00e9, pour accabler Baptiste, des trois dimensions o\u00f9 tout homme se reconna\u00eet. Dans l&rsquo;espace, un volume, et dans le temps les trois temps: je fus, je serai, je suis. Je rappelais \u00e0 l&rsquo;ange, ainsi, sa d\u00e9ch\u00e9ance; je la lui r\u00e9v\u00e9lais sans recours: il \u00e9tait cela, pr\u00e9cis\u00e9ment, qu&rsquo;il refusait d&rsquo;\u00eatre: une bo\u00eete, prise dans un espace\/temps qu&rsquo;il ne pouvait contenir, non plus que l&rsquo;infini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Baptiste l&rsquo;avait admis, car, tout au long de ses qu\u00eates, il avait retrouv\u00e9 les Trois. Puis, il voyait bien, savait ou concevait qu&rsquo;il ne pouvait \u00e0 la fois savoir, observer et cr\u00e9er. Chr\u00e9tien, Pigobert le recouvrait et ma\u00eetrisait (par sa volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9veil); il le pr\u00e9c\u00e9dait aussi, par son celtisme, sa facult\u00e9 de servir un d\u00e9mon disparu. Soumis \u00e0 l&rsquo;Esprit Saint, si ce n&rsquo;\u00e9tait plus au Christ, Bap humiliait la science, le triste jeu du tricheur. Trop souvent, l&rsquo;un et l&rsquo;autre, \u00e9perdus de fatigue, de doute et d\u00e9tresse, avaient demand\u00e9 \u00e0 quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre \u2013 JE \u2013 de r\u00e9gler le diff\u00e9rent, par le sommeil le plus souvent, ou par le mot exact, lorsque j&rsquo;\u00e9tais en veine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ne doutaient des Trois, l&rsquo;arme de Pigobert contre cette Unit\u00e9 qui le mena\u00e7ait de toutes parts, le repos de Baptiste, en la Sainte Trinit\u00e9 d&rsquo;abord, puis dans les trois jugements de Kant (ou les trois Vertus de Platon, les trois Arts de Bo\u00e8ce, les trois cerveaux de Laborit lorsque j&rsquo;y vins).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le recours me g\u00eanait pourtant; pour la simple raison qu&rsquo;il me pla\u00e7ait, moi, JE, au niveau de mes aides. Je me persuadais sans peine qu&rsquo;il ne pr\u00e9sentait pour Pig qu&rsquo;une sorte de pis-aller (qu&rsquo;est-ce que le nombre: 3, en regard de l&rsquo;infinit\u00e9 des bo\u00eetes?) et pour Baptiste qu&rsquo;un laiss\u00e9 pour compte, ainsi que pour la religion catholique, la mienne, depuis le concile de Trente, traitant de l&rsquo;Esprit comme d&rsquo;un passage, n\u00e9cessaire mais redoutable, entre un P\u00e8re \u00e9ternel et un Fils provisoire (ou, du moins, limit\u00e9, de par ses origines). Moi-m\u00eame, JE, avais-je une origine? Laquelle? N&rsquo;aurais-je pas une fin? Je ne me sentais plus, certes, ni du P\u00e8re ni du Fils. Mais qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;Esprit allait exiger de moi? JE redoutait le Trois autant que ses s\u00e9ides. Comment, s\u00e9rieusement, se tenir pour responsable envers une entit\u00e9 \u2013 un nombre \u2013 qui se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 tout moment une imposture ou un r\u00eave?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il me fallait que le Trois se d\u00e9couvr\u00eet r\u00e9el, pour que je pusse y croire. Ce fut chez un boucher de village, \u00e0 moins de trois kilom\u00e8tres du bourg o\u00f9 nous vivions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un logicien dirait que, leur combat r\u00e9solu, par la disparition de Pig, Pigobert et Baptiste ne m&rsquo;int\u00e9ressaient plus; ni, partant, JE. ESOPE RESTE ICI ET SE REPOSE: le palindrome parfait. Mais il marche surtout. Pas apr\u00e8s pas dans les campagnes, histoire de combler un vide; comme, jadis, contre les vagues et les embruns, ou, dans l&rsquo;entre-deux, d&rsquo;une banlieue l&rsquo;autre, au bord des villes tonitruantes\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est surprenant combien une betterave, un kilo de noix, une entrec\u00f4te prennent de l&rsquo;importance pour celui qui a faim. Le Sujet est luxe de riche; le pauvre ne vit que l&rsquo;Objet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous \u00e9tions tous deux (Genevi\u00e8ve \u00e9tant l&rsquo;Autre) en \u00e9tat de d\u00e9sir toujours; souvent, en \u00e9tat de besoin, hors duquel en effet je n&rsquo;aurais pas accord\u00e9 une telle attention au morceau de viande rouge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le morceau de viande rouge<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_82\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-82\" class=\"size-medium wp-image-82\" title=\"META2\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META2-300x225.jpg\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META2-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META2.jpg 560w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-82\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vu par vingt personnes: le boucher, sa femme, son fils, un employ\u00e9 et les clients qui se trouvent l\u00e0, nombreux car c&rsquo;est jour de march\u00e9, parmi lesquels je reconnais Grincheux, le vieux m\u00e9decin du coin, l&rsquo;ennemi de l&rsquo;Eglise, le Barbouilleur, un boh\u00e8me, vaguement hippie &#8211; le mot n&rsquo;existe pas encore en France &#8211; et une voisine, m\u00e8re de famille, que deux de ses enfants accompagnent. Il est donc bien r\u00e9el, quoique vu diff\u00e9remment par les uns, par les autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La femme a demand\u00e9 trois tranches de bavette (ce sera pour ses enfants) et le boucher s&#8217;emploie \u00e0 la servir. Le m\u00e9decin intervient; il dit la viande peu fra\u00eeche, dangereuse et que c&rsquo;est un scandale de l&rsquo;avoir laiss\u00e9e, une semaine enti\u00e8re, expos\u00e9e \u00e0 tous vents. De sa canne, il d\u00e9signe un soup\u00e7on de verdissure qui z\u00e8bre la rougeur: il exag\u00e8re, je ne pense pas que la viande soit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tal depuis beaucoup plus de deux ou trois jours, mais on ne peut lui donner tort; moins que tout autre j&rsquo;y songe, escomptant que la femme renoncera \u00e0 l&rsquo;achat et que, mon tour venu, j&rsquo;aurai le morceau suspect pour la moiti\u00e9 de son prix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est le Barbouilleur, pourtant, qui suit la m\u00e9nag\u00e8re. Elle a de fait renonc\u00e9, convaincue par le Doc, qui proteste toujours. Le boucher proteste aussi, que cette viande est fra\u00eeche, la plus tendre qui soit. Le boh\u00e8me interrompt les plaintes et les craintes: \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas pour la manger, dit-il, c&rsquo;est pour la peindre!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M&rsquo;en revenant par les campagnes, j&rsquo;ai gamberg\u00e9; ou Pig l&rsquo;a fait en moi, un instant ranim\u00e9 par la bagarre; car, le cynisme de mon propos, Baptiste n&rsquo;y aurait pas atteint.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusque vers 1900, sous la double ob\u00e9dience de la science d&rsquo;observation et de la peinture acad\u00e9mique, personne n&rsquo;aurait song\u00e9 \u00e0 la diversit\u00e9 qui a conduit le d\u00e9bat. Bien que l&rsquo;honn\u00eate Maxwell, d\u00e9j\u00e0, ait d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas une observation sans l&rsquo;observateur, et bien que des peintres de toutes modes, impressionnistes, rapha\u00e9listes, maudits, aient observ\u00e9, <span style=\"text-decoration: underline;\">rendu<\/span> un m\u00eame objet sous les aspects les plus divers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, en 1967, seuls des na\u00effs peuvent vivre dans l&rsquo;illusion. Un si\u00e8cle d&rsquo;impressionnisme, de cubisme, de fauvisme, de peinture abstraite ou symbolique a rendu ridicules toutes les acad\u00e9mies. La saisie progressive des champs, des p\u00f4les, de la lumi\u00e8re, de la mati\u00e8re a de m\u00eame annul\u00e9 l&rsquo;ancienne saisie scientiste. Et combien de contraintes, de services d&rsquo;hygi\u00e8ne, d&rsquo;impositions, de lois, restreignent, depuis un si\u00e8cle, le libre usage de la fraude?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ces bouleversements, que pourrais-je dire encore, en toute certitude, de l&rsquo;unique r\u00e9alit\u00e9 de <span style=\"text-decoration: underline;\">ce<\/span> morceau de viande rouge?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Grincheux, les couleurs et les formes que distinguent les autres spectateurs ne sont rien que des \u00ab\u00a0signes\u00a0\u00bb, d&rsquo;une autre r\u00e9alit\u00e9, qu&rsquo;il nomme \u00ab\u00a0la mati\u00e8re\u00a0\u00bb. Le microbe est seul r\u00e9el, ou le bacille, le virus, qui l&rsquo;\u00e9pouvante. Quelque peu physicien, son r\u00e9el est l&rsquo;atome, le noyau de l&rsquo;atome et toutes les particules qui se d\u00e9placent autour, ou les facteurs de ces particules, les relations qui s&rsquo;\u00e9tablissent entre eux, les traces qu&rsquo;ont laiss\u00e9 subsister ces rapports, etc. Math\u00e9maticien, puisqu&rsquo;ici, enfin, tout se r\u00e9duit en nombres, il calculera sur le tableau noir, dans son carnet de notes, la matrice que constituent d&rsquo;une part la ronde des \u00e9lectrons &#8211; ou la dur\u00e9e de vie du microbe &#8211; et d&rsquo;autre part un temps d&rsquo;incubation ou de nocivit\u00e9, tout cela \u00e9tant d\u00e9duit de l&rsquo;approfondissement d&rsquo;un rouge, de la largeur d&rsquo;un vert, de l&rsquo;avachissement (et de la r\u00e9duction) du morceau de bavette. Jouant des trois Epoques, je dirai que Grincheux ne vit que dans le pass\u00e9, un pass\u00e9 fort r\u00e9cent, mais qui d\u00e9borde &#8211; de peu &#8211; son existence propre, o\u00f9 Pasteur, Einstein, Planck lui parlent \u00e0 l&rsquo;oreille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ce qu&rsquo;il con\u00e7oit ou sait n&rsquo;est pas de l&rsquo;irr\u00e9el, puisque une certaine viande intoxique et tue, puisque la croyance en l&rsquo;atome a d\u00e9truit, en vingt secondes, deux villes du Japon. Si cela n&rsquo;est pas r\u00e9el, qu&rsquo;est-ce qui l&rsquo;est?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, le Barbouilleur &#8211; et je ne sais encore s&rsquo;il sera un Rubens, un Braque, un Picasso, un Fautrier &#8211; ne voit rien de ces mol\u00e9cules, de ces particules, de ces traces. Pour Rubens, le morceau de viande rouge est rose, comme toutes les chairs qu&rsquo;il peint; pour Braque, il est noir, vert ou jaune, d\u00e9j\u00e0 bouff\u00e9 des vers. Pour Picasso, c&rsquo;est du taureau, et pour Dali du cheval; pour Fautrier, une mani\u00e8re de feuille, dont les fibres seraient des veinures. Ces perceptions non plus ne seraient pas des erreurs, mais ce sont comme des seuils, qu&rsquo;il convient de franchir pour atteindre \u00e0 l&rsquo;avenir. Peignant les femmes, les hommes de Guernica, Picasso y a vu les membres d\u00e9membr\u00e9s, les visages \u00e9clat\u00e9s des futures h\u00e9catombes. Peignant la jeune fille de 1910, Soutine recueilli dans sa vision la vieille qu&rsquo;elle devait \u00eatre quarante-cinq ans plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, le boucher, sa femme, la m\u00e9nag\u00e8re triomphent, car ils ne vivent pas dans le pass\u00e9 ou dans l&rsquo;avenir; des signes ou des seuils ils se moquent \u00e9galement, mais ils voient ce qu&rsquo;ils voient, croient-ils, bien que l&rsquo;un ou l&rsquo;autre soient daltoniens, peut-\u00eatre, sinon presbytes ou myopes. Comme moi, trop de fois, ils ont pris pour muraille un troupeau de moutons ou pour un d\u00e9sir de beaut\u00e9 leur aspiration vers le bien. Ici et maintenant, puisqu&rsquo;ils se glorifient de vivre dans le pr\u00e9sent, la m\u00e8re de famille voit la joie de ses enfants d\u00e9gustant la bavette; le fils v\u00e9g\u00e9tarien ne voit pas exactement le m\u00eame morceau de viande rouge que son carnassier de p\u00e8re. Ne se fiant pas trop \u00e0 ses yeux, un autre client que je connais, un retrait\u00e9, s&rsquo;est approch\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tal, pour mieux sentir. Tous ont demand\u00e9 l&rsquo;aide d&rsquo;un \u00ab\u00a0appareil\u00a0\u00bb, de leurs sens ou d&rsquo;une vertu que, le plus souvent, ils n&rsquo;auraient pu qu&rsquo;\u00e0 peine nommer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le probl\u00e8me semble insoluble. Il ne l&rsquo;est pas, car le m\u00e9decin, le peintre, le boucher ont jou\u00e9 de cartes diff\u00e9rentes, o\u00f9 Platon e\u00fbt reconnu une sorte de v\u00e9rit\u00e9, le mod\u00e8le et l&rsquo;esth\u00e9tique, Augustin les trois vies et Bo\u00e8ce les trois arts&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais nul ne peut aller plus loin, et surtout pas ramener les Trois \u00e0 l&rsquo;Unit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, si le savant pr\u00e9tend ramener l&rsquo;appareil et le seuil \u00e0 des signes, il dira que la r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est faite que de points (corpusculaires, \u00e9nerg\u00e9tiques) et que ces nombres composent non seulement l&rsquo;\u00eatre <span style=\"text-decoration: underline;\">en soi<\/span> mais la vision ou l&rsquo;audition (mus, d\u00e9cibels) que chacun en a, ou les stations de l&rsquo;initiation cr\u00e9atrice (associations, structures), hors desquels rien ne sera ni per\u00e7u ni con\u00e7u.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, s&rsquo;il pr\u00e9tend ramener le signe et le seuil au seul appareil dont il use, le boucher dira que Grincheux est un peu fou, et que le Barbouilleur l&rsquo;est tout \u00e0 fait. Ce disant, il ne prouvera que la faiblesse de ses sens et la m\u00e9diocrit\u00e9 de ses r\u00e9actions, impuissants \u00e0 saisir l&rsquo;atome et le chef-d&rsquo;\u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, le peintre, englobant l&rsquo;appareil et le signe en sa qu\u00eate infinie, les consid\u00e9rera tous deux comme des phases, des \u00e9tapes transitoires vers l&rsquo;accomplissement de soi ou le non-accomplissement. Il ne d\u00e9cidera pas de l&rsquo;erreur ou de l&rsquo;exactitude\u00a0 du signe, de la norme ou de l&rsquo;anormalit\u00e9 de l&rsquo;appareil, mais de leur pouvoir de cr\u00e9ation, de transformation, de mue. Dans les symboles qu&rsquo;il utilise, dans son degr\u00e9 de myopie ou son ali\u00e9nation, il ne distinguera jamais que la \u00ab\u00a0disposition\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0fonction\u00a0\u00bb qui le font ce qu&rsquo;il est.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;est dire, diff\u00e9remment, qu&rsquo;aucun des trois ne quitte le plan de la dialectique, en d\u00e9pit de toutes les trinit\u00e9s qui les distinguent (le signe, l&rsquo;appareil, le seuil). Le savant joue seulement des composants du Signe, le vrai\/le faux au plus court, \u00e0 un autre niveau: l&rsquo;horizontal et le vertical de la matrice (en ce qui concerne Grincheux: le savoir et l&rsquo;ignorance). Le boucher calcule en gain ou perte et ne l&rsquo;avoue pas: il parlera de norme et d&rsquo;anormalit\u00e9. Le cr\u00e9ateur projette \u00e0 l&rsquo;avenir son angoisse, o\u00f9, par del\u00e0 le choix entre une couleur et l&rsquo;autre, s&rsquo;affirment son horreur et son go\u00fbt de la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma chance, en ce juillet 1967, est que mes constituants ne se combattent plus mais se succ\u00e8dent. Sur le chemin entre les champs, une brise l\u00e9g\u00e8re souffle de l&rsquo;est, Pigobert ayant dit ce qu&rsquo;il avait \u00e0 dire, Baptiste prend la rel\u00e8ve: il s&rsquo;y tiendra longtemps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1984<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dix-sept ans ont pass\u00e9 depuis Neuville, sept de puis l&rsquo;\u00e9bauche qui pr\u00e9c\u00e8de (et dont j&rsquo;ambitionnais d\u00e9j\u00e0 de faire le Livre). Vers 1982 \u2013 l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re \u2013 j&rsquo;ai recommenc\u00e9 de collationner les pages (1980) \u00e9crites en ces sept ans et dont chaque phrase m&rsquo;avait paru d\u00e9finitive, l&rsquo;ayant r\u00e9crite dix fois, sans y trouver le moindre \u00e9claircissement de l&rsquo;\u00e9nigme prodigieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces participants qui me constituaient (Pig et Bap), r\u00e9els au point qu&rsquo;ils avaient failli me d\u00e9truire \u2013 et qu&rsquo;ils le pouvaient toujours \u2013 je n&rsquo;\u00e9tais point parvenu, m\u00eame, \u00e0 les d\u00e9finir: lequel contenait l&rsquo;autre? Lequel \u00e9tait le premier? Lequel mon ossature, lequel mon aspect? Lequel mon \u00e2me, lequel ma chair?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette entit\u00e9, qu&rsquo;il me fallait bien admettre (le morceau de viande rouge), la voir et la concevoir, la reproduire en entier, hors de cette saisie-l\u00e0, du boucher, du Grincheux, du Barbouilleur, elle ne m&rsquo;\u00e9tait plus que chim\u00e8re. Entre l&rsquo;imposture \u2013 de me dire Pig plut\u00f4t que Bap, ou \u00e0 l&rsquo;inverse \u2013 et l&rsquo;illusion de croire que le seuil doit l&#8217;emporter sur le signe et sur l&rsquo;appareil, ou le signe, ou l&rsquo;appareil, sur les deux autres, je ne suis qu&rsquo;un n\u00e9ant dans un n\u00e9ant: le n\u00e9ant d&rsquo;une coh\u00e9rence indiscernable dans le n\u00e9ant d&rsquo;une distinction incoh\u00e9rente. Je joue de la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une inconscience dans la conscience d&rsquo;une irr\u00e9alit\u00e9: Baptiste et Pigobert encore, au plus exact.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pigobert gagnait, d\u00e9finitivement, comme \u00e0 chaque fois. Oh! Le vieil homme ne chasse plus les femmes: je n&rsquo;en ai plus le d\u00e9sir, elles ne viennent plus vers moi. Genevi\u00e8ve est mon univers. J&rsquo;enregistre les livres qu&rsquo;on me pr\u00eate sans y ajouter une phrase, de commentaire ou d&rsquo;interpr\u00e9tation. Mais, plus que jamais, je joue \u2013 \u00e9perdument, je recompose des puzzles, j&rsquo;ordonne mes cartes et mes pions, je ne confonds pas le Roi avec la Reine. J&rsquo;admets que je ne suis plus qu&rsquo;un technicien, l&rsquo;un des meilleurs pourtant, en ma partie. Corporellement, qu&rsquo;il le veuille ou non, le vieil homme redevient le Baptiste de son enfance. Intellectuellement, c&rsquo;est autre chose: le peu de clart\u00e9 que Baptiste attend encore d&rsquo;un dieu, d&rsquo;autres \u00e9crivains me le donnent, qui m&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans la Voie. J&rsquo;ai recommenc\u00e9 de m&rsquo;inspirer des ma\u00eetres: au nombre des derniers, le philosophe Bergson, l&rsquo;\u00e9conomiste Herbert A. Simon, le seul m\u00e9taphysicien conscient de notre \u00e9poque, l&rsquo;Allemand Heidegger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Bergson, l&rsquo;homme est une machine \u00e0 faire les dieux. Selon Herbert Simon, cette machine fonctionne comme un \u00ab\u00a0syst\u00e8me de symboles physiques\u00a0\u00bb, qui tend \u00e0 la cl\u00e9 absolue, \u00e0 l&rsquo;algorithme universel. Elle a pour but, selon Heidegger, de r\u00e9pondre \u00e0 la seule question: pourquoi cela est-il l\u00e0 plut\u00f4t qu&rsquo;une autre chose?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le premier, <span style=\"text-decoration: underline;\">ce qui est<\/span> s&rsquo;inventorie, pour le second se nombre, pour le troisi\u00e8me s&rsquo;\u00e9vade sans cesse d&rsquo;une explication dans l&rsquo;autre. Pour les trois, Dieu n&rsquo;est qu&rsquo;un objet, mais tout objet peut se faire dieu, serait-il un morceau de viande rouge, en pr\u00e9sence duquel Bergson serait comme le Barbouilleur, Simon comme Grincheux, Heidegger \u00e0 la fois le boucher et le client (la m\u00e9nag\u00e8re).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais les trois d\u00e9marches se distinguent en cela, que la premi\u00e8re est dissociative: l&rsquo;homme cr\u00e9e ce dieu-ci ou celui-l\u00e0, puis, l&rsquo;un ou l&rsquo;autre, il le constitue de pi\u00e8ces, de morceaux, comme s&rsquo;\u00e9tablit un inventaire: le d\u00e9compte des chemises apr\u00e8s celui des chaussettes, le recensement des cale\u00e7ons apr\u00e8s celui des gilets de corps (si l&rsquo;inventaire est d&rsquo;une chemiserie).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me est associative, cat\u00e9gorique. Elle exige l&rsquo;existence d&rsquo;une machine telle qu&rsquo;elle ordonne d&rsquo;abord ses propres parties, cet ordonnancement \u00e9tant plus n\u00e9cessaire \u00e0 la marche \u00e0 la marche de la machine que n&rsquo;importe laquelle des parties. Aux notions de maintien et de compl\u00e9tude qui suffisaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement de l&rsquo;inventaire se substituent les deux notions de l&rsquo;efficace et de l&rsquo;inefficace, du pouvoir que j&rsquo;ai sur l&rsquo;objet et de celui que l&rsquo;objet a sur moi. L&rsquo;Objet n&rsquo;est plus n&rsquo;importe quoi, dont rendrait compte un catalogue; il existe hors de moi, et je ne puis que m&rsquo;y soumettre ou me d\u00e9mettre (de mes pouvoirs d&rsquo;abord, de mon existence un jour) si je ne m&rsquo;y soumets pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la troisi\u00e8me d\u00e9marche sera tant\u00f4t disjonctive, tant\u00f4t cat\u00e9gorique, selon que je trouverai \u00e0 ma question: pourquoi? Une r\u00e9ponse fragmentaire (et claire), comme dans les relations que les objets ont entre eux (le m\u00e9taphysicien dit: leurs oppositions, mais c&rsquo;est leur succession); ou une r\u00e9ponse globale (et plus confuse), comme dans la qu\u00eate d&rsquo;une nature commune \u00e0 des objets tout diff\u00e9rents (le m\u00e9taphysicien dit: leur liaison, mais c&rsquo;est, concr\u00e8tement, leur simultan\u00e9it\u00e9). Ces choses que je constate, sont-elles des parties, des \u00e9l\u00e9ments, d&rsquo;un Ensemble qui les recouvre, ou ne sont-elles pas, elles-m\u00eames, chacune d&rsquo;elles, un Ensemble, dont les autres objets peuvent \u00eatre les parties, les \u00ab\u00a0cardinaux\u00a0\u00bb?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute l&rsquo;histoire humaine confirme l&rsquo;hypoth\u00e8se de Bergson, toute qu\u00eate analytique et rationnelle explicite la qu\u00eate de Simon, toute l&rsquo;angoisse m\u00e9taphysique de l&rsquo;homme pose et repose sans fin la question de Heidegger. Mais aussi, les \u00e9volutions\/involutions des peuples et des empires, des civilisations et des races semblent ob\u00e9ir au sch\u00e8me trilogique qui renvoie d&rsquo;une d\u00e9marche \u00e0 l&rsquo;autre. Et l&rsquo;\u00e9volution\/involution des sciences, ou celle des religions y renvoient tout de m\u00eame: du panth\u00e9isme bergsonien au rationalisme scientiste, ou de celui-ci \u00e0 un nouveau polyth\u00e9isme (quelque chose, un monoth\u00e9isme parfait, qui \u00e9chappe \u00e0 nos trois qu\u00eateurs, renvoyant, quelque part, de quelque \u00e9sot\u00e9risme \u00e0 l&rsquo;autre, comme du Dieu-Tout \u00e0 tous les dieux). J&rsquo;y distingue les \u00e9tapes, depuis mes ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9cole jusqu&rsquo;\u00e0 ce temps o\u00f9 je vis, de ma qu\u00eate hallucin\u00e9e, selon que Pigobert a jou\u00e9 de contrastes afin de se proclamer ou que Baptiste en a tir\u00e9 la cons\u00e9quence d&rsquo;une soumission absolue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En quarante ann\u00e9es, cinquante textes, depuis <span style=\"text-decoration: underline;\">La vie impossible<\/span> et \u00ab\u00a0mon\u00a0\u00bb \u00e9thique jusqu&rsquo;au Livre qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, je crois pouvoir \u00e9crire\u2026 Si je les reprends, les rassemble et, sans doute, les recr\u00e9e, c&rsquo;est que je ne crois plus que l&rsquo;Objet puisse se d\u00e9crire, se concevoir et s&rsquo;adorer sans l&rsquo;approche trinitaire o\u00f9 m&rsquo;incitent le peintre (et ses figures), le savant (et ses nombres) et l&rsquo;utilisateur, ses mots, ses justifications.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mes serviteurs fid\u00e8les, le Pig et le Bap, auraient du mal \u00e0 reconna\u00eetre ici chacun son bien. Je donnerai pourtant, parfois, de leurs nouvelles, car ils ne s&rsquo;oublient pas contin\u00fbment, ils ne s&rsquo;abolissent pas l&rsquo;un en l&rsquo;autre sans de violents sursauts d&rsquo;amour-propre, de rage, d&rsquo;incompr\u00e9hension. Mais quelle culture, quel peuple, quel empire n&rsquo;a pas v\u00e9cu de tels conflits, du d\u00e9but \u00e0 la fin de son cycle?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle humanit\u00e9 n&rsquo;y a surv\u00e9cu?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;esp\u00e9rer de plus visible, de plus sage, de plus concret, en cette ann\u00e9e de l&rsquo;Imposture (1984) o\u00f9 triomphe le Grand Fr\u00e8re, le Big Brother, ainsi qu&rsquo;il fut pr\u00e9vu?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur cela se fonder: je vis encore. JE vivra bien aussi longtemps, JE le pr\u00e9sume, qu&rsquo;il pourra jouer des Trois et des Deux \u2013 partag\u00e9s, en autant de dialectiques qu&rsquo;ils se d\u00e9doubleront.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>PREMIERE PARTIE<\/strong><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Une confection d&rsquo;inventaire<\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><em><strong>Le Proc\u00e8s<\/strong><\/em><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>1\u00a0 La compl\u00e9tude et le maintien<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re question sera : pourquoi traque-ton Dieu ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis quelque sept mille ans qu&rsquo;ils inscrivent ce qu&rsquo;ils pensent, les humains n&rsquo;y ont jamais donn\u00e9 que ces deux r\u00e9ponses :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) pour combler une absence,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b) pour maintenir en place ce qui est.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les uns, Dieu compl\u00e8te le monde, auquel, s&rsquo;Il n&rsquo;\u00e9tait pas, il manquerait quelque chose : le Bien supr\u00eame, la V\u00e9rit\u00e9 ou l&rsquo;inaccessible Harmonie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les autres, il assure le maintien, la maintenance &#8211; et c&rsquo;est \u00e0 dire la coh\u00e9rence &#8211; de ce qui existe et perdure, survit \u00e0 toutes les catastrophes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est tout le progressisme des uns, contre, disent-ils, le conservatisme, l&rsquo;atropie des seconds;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">et toute la r\u00e9currence des autres, contre, disent-ils, l&rsquo;entropie o\u00f9 se complaisent les premiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A premi\u00e8re vue, bien s\u00fbr, un \u00e9tat de <span style=\"text-decoration: underline;\">besoin<\/span> fait l&rsquo;attente d&rsquo;une compl\u00e9tude. Mais, dans la compl\u00e9tude aussi, ou du moins dans sa sati\u00e9t\u00e9, s&rsquo;impose l&rsquo;exigence de combler quelque vide, dans une saturation d&rsquo;aventure, de discontinu, ou de distendre la pression de la continuit\u00e9, de l&rsquo;habitude ou de la coutume, dans la saturation inverse. On ne se complait pas longtemps dans l&rsquo;advenu : na\u00eet alors la notion d&rsquo;un dieu pat\u00e9facteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Diff\u00e9remment, un \u00e9tat de non-besoin, de <span style=\"text-decoration: underline;\">pl\u00e9nitude<\/span> devrait lever l&rsquo;exigence d&rsquo;un dieu mainteneur, et c&rsquo;est bien cette exigence qu&rsquo;impose la peur de le perdre, la peur du lendemain : la croyance au dieu du pain quotidien, au Sauveur, non moins qu&rsquo;au L\u00e9gislateur, au dieu technicien, aux G\u00e9meaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, dans l&rsquo;\u00e9tat de besoin aussi, on n&rsquo;aspire pas au miracle pat\u00e9facteur sans prier pour que le peu que l&rsquo;on a soit pr\u00e9serv\u00e9. Le prisonnier, qui r\u00eave de sa libert\u00e9, exige que du moins, en attendant, lui soient laiss\u00e9s la couverture chaude et le broc d&rsquo;eau fra\u00eeche. Le mourant, avant m\u00eame le v\u0153u de sa gu\u00e9rison, formule celui du soin quotidien : il accepterait mieux de mourir si on changeait sa literie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;une et l&rsquo;autre r\u00e9ponse, ainsi, ne sont pas seulement li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat qu qu\u00eateur, \u00e9tat de besoin ou de pl\u00e9nitude. Elles ne sont pas li\u00e9es au prieur. Il faut qu&rsquo;elles le soient au pri\u00e9. Si elles ne tiennent pas aux modes d&rsquo;\u00eatre du suppliant, elles tiennent au mode d&rsquo;\u00eatre du suppli\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tant qu&rsquo;Etre en soi (hors de toute croyance), Dieu aurait ces deux fonctions :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) compl\u00e9ter le Tout du monde, selon l&rsquo;expression de Spinoza, afin que la pl\u00e9nitude en soit parfaite,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b) assurer la survie de ce qui existe et se maintient, par une coh\u00e9rence indestructible (la Pens\u00e9e de Spinoza ou l&rsquo;Energie\/mati\u00e8re\/lumi\u00e8re d&rsquo;Einstein).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, si le monde n&rsquo;\u00e9tait pas toujours \u00e0 compl\u00e9ter, il ne serait qu&rsquo;ancien, advenu, mort. Mais il serait mort aussi, comme vieux, s&rsquo;il perdait sa coh\u00e9rence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une seconde question d\u00e8s lors se pose : est-il possible qu&rsquo;un seul \u00eatre soit \u00e0 la fois ce mainteneur et ce compl\u00e9teur ? L&rsquo;une des deux fonctions n&rsquo;exclut-elle pas l&rsquo;autre?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>2\u00a0 L&rsquo;accomplissement<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En toute religion, le schismatique, le chiite, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9tique est celui qui r\u00e9pond par l&rsquo;exclusion. Aucune orthodoxie, aucun pouvoir central ne voudra douter :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) que la compl\u00e9tude exige la maintenance, car comment passerai-je du 1\/2 aux 3\/4, et des 3\/4 aux 4\/5 si le 1\/2, puis les 3\/4 n&rsquo;\u00e9taient pas pr\u00e9serv\u00e9s ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b) que la maintenance exige la compl\u00e9tude, car on ne conserve pas une vaisselle \u00e9br\u00e9ch\u00e9e ou un vase en morceaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non seulement l&rsquo;orthodoxe ne con\u00e7oit pas un dieu qui ne soit \u00e0 la fois \u00e9ternel et parfait, mais il caract\u00e9rise l&rsquo;Autre, le d\u00e9mon, le dia-bole, par une \u00e9ternit\u00e9 d&rsquo;imperfections (le p\u00e9ch\u00e9 mortel, l&rsquo;enfer) ou par le caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, illusoire, de l&rsquo;\u0153uvre satanique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, les grands livres sacr\u00e9s, le Pentateuque, l&rsquo;Evangile, le Coran, d&rsquo;o\u00f9 se tirent \u00e0 la fois l&rsquo;orthodoxie et le schisme, pr\u00e9sentent toujours de Dieu et de l&rsquo;Autre une approche plus ambigu\u00eb. Dans le Livre de Samuel et dans les Chroniques, c&rsquo;est tant\u00f4t Dieu tant\u00f4t Satan qui persuade David de recenser son peuple. Ou J\u00e9sus maudit l&rsquo;agent du scandale tout en pr\u00e9cisant que le scandale doit venir. Dans le Coran, le dieu, Allah, permet \u00e0 Iblis d&rsquo;agir; il le laisse enti\u00e8rement libre de pervertir les humains; et bien des chiites ne doutent pas qu&rsquo;\u00e0 la fin du Temps qui s&rsquo;annonce, Iblis rejoindra le sein d&rsquo;Allah.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, le r\u00eave constant de l&rsquo;humanit\u00e9 est celui d&rsquo;une <span style=\"text-decoration: underline;\">pl\u00e9nitude qui se maintient<\/span> : nulle religion n&#8217;embraserait des millions d&rsquo;hommes si son dogme ou sa tradition ne concr\u00e9tisaient ce r\u00eave. Au contraire, tout livre sacr\u00e9 se fonde sur le mot &#8211; divin &#8211; qui l&rsquo;interdit : <span style=\"text-decoration: underline;\">accomplissement<\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A prendre dans le sens double :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; ce qui se termine, finit : la fin de la maintenance,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; le plus haut point de la perfection : la compl\u00e9tude m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la double vertu du mot, le devenu, l&rsquo;achev\u00e9, le complet, ne peut que se corrompre, se d\u00e9truire; et, \u00e0 l&rsquo;inverse, ce qui se maintient en devenir ne peut qu&rsquo;\u00eatre inachev\u00e9, incomplet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non seulement inconciliables, la maintenance et la compl\u00e9tude, mais ENNEMIES par excellence. Puisque la maintenance de l&rsquo;incompl\u00e9tude retarde l&rsquo;av\u00e8nement de la perfection ou qu&rsquo;au contraire, l&rsquo;incessante destruction, remise en cause de la compl\u00e9tude en interdit la maintenance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ENNEMIES au point que l&rsquo;abolition de la maintenance n&rsquo;est pas une autre chose que la perfection de la compl\u00e9tude et qu&rsquo;elles se disent toutes deux, l&rsquo;abolition de l&rsquo;une, la perfection de l&rsquo;autre, par le m\u00eame vocable : Accomplissement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car ils ne sont point achev\u00e9s en toutes leurs parties sans l&rsquo;\u00eatre en leur dur\u00e9e : l&rsquo;\u0153uvre, le cycle accomplis. Z\u00e9ro en tant que r\u00e9volu, infini en tant que pl\u00e9nitude. Ou bien, \u00e0 la jonction de ce rien et de ce tout : le Relief, ce qui demeure d&rsquo;un mets, ce qui reste d&rsquo;un repas, le dernier stade de la maintenance, ET ce qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve et surplombe, l&rsquo;ornementale saillie par laquelle, au bord de l&rsquo;ab\u00eeme, s&rsquo;est annonc\u00e9e la compl\u00e9tude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur les deux parties en cause dans le proc\u00e8s universel, Dieu et le diable (ou leurs agents : l&rsquo;ange et le d\u00e9mon), il se d\u00e9duira sans peine que deux jugements seront port\u00e9s :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) la divinit\u00e9 ne peut \u00eatre qu&rsquo;une \u00e9ternelle perfection; en quel cas, le diable ne saurait atteindre \u00e0 aucune des deux qualit\u00e9s : ni \u00e0 la maintenance ni \u00e0 la compl\u00e9tude. En face de l&rsquo;absolu (le Bien, le Vrai ou l&rsquo;Harmonie), le mal, l&rsquo;erreur ou le d\u00e9sordre ne peut \u00eatre que la vaine r\u00e9bellion de l&rsquo;impuissance;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b) l&rsquo;accomplissement (de la compl\u00e9tude) est aussi la fin de la maintenance et \u00e0 l&rsquo;inverse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;ange fait le maintien des choses (des Lettres, des Signes, des Cycles), le d\u00e9mon, qui combat cette maintenance, se pr\u00e9sente comme l&rsquo;agent du Progr\u00e8s, comme le crurent, au si\u00e8cle dernier, les romantiques, puis un Proudhon, un Marx, un Bakounine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;ange est perfection, le diable est imperfection, mais cette imperfection m\u00eame (l&rsquo;erreur ou l&rsquo;ironie) est le moteur qui modifie les choses en d\u00e9truisant ce qui fut ou, au contraire, ce qui survit \u00e0 l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re compl\u00e9tude : le ver \u00e9ternel, renaissant dans le fruit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">c) A ces deux jugements :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">cat\u00e9gorique : la maintenance et la compl\u00e9tude,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">disjonctif : la maintenance ou la compl\u00e9tude,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Emmanuel Kant en ajoutait ce troisi\u00e8me : le jugement hypoth\u00e9tique : si Dieu est tout, le diable n&rsquo;est rien et nous somme dans le cat\u00e9gorique; si le dieu et le diable se compl\u00e8tent, ils ne peuvent se maintenir ensemble, mais \u00e0 tout moment l&rsquo;un doit l&#8217;emporter sur l&rsquo;autre, dans une alternance disjonctive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ici, le proc\u00e8s s&rsquo;ach\u00e8ve, puisqu&rsquo;il ne comporte pas d&rsquo;issue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plut\u00f4t, le Jugement en prend la place, qui ne fera pas un triomphe au dieu ou au d\u00e9mon mais qui reconna\u00eetra les pouvoirs et les dons, les faiblesses, les limitations de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre, l&rsquo;homme entre les deux, parfois, comme la balle de tennis entre les deux joueurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce jugement\/fin de proc\u00e8s peut \u00eatre celui du dieu, son ultime sacrifice. Non pas le verdict rendu par Pilate mais le mot dernier de J\u00e9sus : \u00ab\u00a0Tout est accompli\u00a0\u00bb : consomm\u00e9s, la vie de cet homme-l\u00e0, et son supplice, mais aussi bien, et par l\u00e0 m\u00eame, conduit jusqu&rsquo;\u00e0 la perfection le destin du dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce peut \u00eatre, au contraire, le jugement du monde par Dieu, le Dernier ou le Grand Jugement qu&rsquo;annoncent tous les proph\u00e8tes, \u00ab\u00a0le jour o\u00f9 surviendra l&rsquo;accomplissement du cycle, le terme de ce temps-l\u00e0\u00a0\u00bb. Mais, condamn\u00e9 \u00e0 mort &#8211; en tant que d\u00e9mon ou esprit du Progr\u00e8s &#8211; l&rsquo;autre profil de Dieu acquitte, r\u00e8gle ses dettes. C&rsquo;est lui, le mauvais c\u00f4t\u00e9 des choses (selon Marx), qui inverse le temps et remet \u00e0 z\u00e9ro les aiguilles de l&rsquo;horloge, pour un nouveau grand cycle. Non seulement absous, mais lui-m\u00eame acquitt\u00e9, d\u00e9charg\u00e9 du pass\u00e9, d\u00e9clar\u00e9 non-coupable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que le cycle d&rsquo;un dieu se soit achev\u00e9, ou que ce soit le cycle de cette humanit\u00e9, de cette race, de cette culture, l&rsquo;ach\u00e8vement fait plus qu&rsquo;accomplir les proph\u00e8tes (en justifiant leurs proph\u00e9ties), il accomplit le Jugement, par la condamnation du dieu ou du d\u00e9mon, qui, d&rsquo;une autre mani\u00e8re, fera leur renaissance &#8211; dans le cycle suivant.<\/p>\n<div id=\"attachment_83\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-83\" class=\"size-medium wp-image-83\" title=\"KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META3-300x220.jpg\" width=\"300\" height=\"220\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META3-300x220.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META3.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-83\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>3 \u00a0Le m\u00eame et l&rsquo;autre<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;opinion la plus commune donne \u00e0 Dieu l&rsquo;Unit\u00e9 et au Diable (le dia-bole) l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9, la contradiction. Mais l&rsquo;\u00e9tude des croyances r\u00e9v\u00e8le d&rsquo;autres partages, quelle que soit la croyance choisie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Dieu est Cela seulement, par exemple : le Bien, le Diable n&rsquo;est pas moins unitaire, par exemple Ceci : le Mal. Il n&rsquo;y aura Dualit\u00e9, dialectique ou duade, que des deux parties ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Dieu se fait cat\u00e9gorique : ceci et cela, maintenance et compl\u00e9tude, le d\u00e9mon n&rsquo;est plus rien, qu&rsquo;une imperfection \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. La duade est en Dieu et le diable inexistence :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2 + 0 = 1 + 1 = 2.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ni le dieu cat\u00e9gorique ni le dieu disjonctif ne font du d\u00e9mon un dia-bole; mais le premier en fait le n\u00e9ant, le second en fait une autre unit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour que le d\u00e9mon soit le Diable (par exemple, le Progr\u00e8s m\u00eame, en sa maintenance de l&rsquo;acquis, sa m\u00e9moire informatique, et sa volont\u00e9 de mieux-\u00eatre, de consommation accrue, de soci\u00e9t\u00e9 ascensionnelle, et de compl\u00e9tude num\u00e9rique), il faut que Dieu ne soit plus rien, comme en effet, pr\u00e9cis\u00e9ment, dans les \u00e9poques rationalistes, ath\u00e9es de l&rsquo;Histoire. Alors seulement se constitue la 3\u00e8 \u00e9galit\u00e9, ou le 3\u00e8 jugement :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">0 + 2 = 2.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le polyth\u00e9isme, qui divinise les d\u00e9mons (et les annule comme diables), le monoth\u00e9isme qui, de gr\u00e9 ou de force, fait du Diable un \u00e9gal de Dieu, comme on le voit dans le Coran, et l&rsquo;ath\u00e9isme qui annule Dieu en dialectisant le d\u00e9mon ne sont pas autre chose que la forme m\u00e9taphysique qu&rsquo;une foi &#8211; ou non-foi &#8211; donne aux Trois Jugements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous retrouverions ceux-ci, de m\u00eame, au terme de toutes les qu\u00eates philosophiques ou scientifiques de notre \u00e9poque, comme on le v\u00e9rifie par la proposition de la dialectique la plus simple : AB.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nominativement : le M\u00eame et l&rsquo;Autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je les distingue, je devrai dire que A est la chose en soi, la chose m\u00eame et B, ce qui est en dehors du M\u00eame : l&rsquo;autre chose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je ne les distingue, il me faudra dire, soit que l&rsquo;autre chose ressemble \u00e0 la chose en soi, B \u00e0 A : je dirai que c&rsquo;est la m\u00eame chose;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">soit que la chose en soi se fait l&rsquo;autre chose ou que A se fait B c&rsquo;est \u00e0 dire \u00ab\u00a0autrement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais aussi, selon un autre langage, si je distingue A de B, je pourrai les <span style=\"text-decoration: underline;\">localiser<\/span>, comme l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;est ou \u00e0 l&rsquo;ouest, au nord ou au sud de l&rsquo;autre. Si je ne les distingue pas, ou mal, il me faudra d\u00e9finir ce qui fait leur <span style=\"text-decoration: underline;\">coh\u00e9rence<\/span>, par exemple : la semblance ou la m\u00e9tamorphose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 dire que divers, in concili\u00e9s, je les localiserai dans un unique ensemble C; unifi\u00e9s, concili\u00e9s (en C), je tenterai de reconna\u00eetre &#8211; ou seulement de d\u00e9nommer, ou de nombrer &#8211; la fonction de A et la fonction de B, en tant que \u00ab\u00a0m\u00eame chose\u00a0\u00bb l&rsquo;un, \u00ab\u00a0chose autrement\u00a0\u00bb l&rsquo;autre, ou \u00ab\u00a0chose autrement\u00a0\u00bb le M\u00eame et \u00ab\u00a0m\u00eame chose\u00a0\u00bb l&rsquo;Autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>4\u00a0 Partition et Parturition<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;est pas une d\u00e9finition qui ne comporte ambigu\u00eft\u00e9, duade. Il n&rsquo;est pas de dialectique qui ne comporte trilogie, trinit\u00e9. L&rsquo;important est de s&rsquo;en convaincre d&rsquo;abord, avant toute qu\u00eate ult\u00e9rieure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici le mot : partition. Il dit la division, le partage, comme de 1 en 2 ou de A en a&rsquo; a\u00a0\u00bb. Mais il dit aussi l&rsquo;ensemble (par exemple des parties d&rsquo;une composition musicale). Car il n&rsquo;y a pas de partage sans localisation des parties, ni de localisation sans un lieu, un ensemble d\u00e9termin\u00e9. En h\u00e9raldique, (les partitions de l&rsquo;\u00e9cu) et en musique se partage le mot : partition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une loi : le partage\/partition se fait toujours dans (<span style=\"text-decoration: underline;\">in<\/span>) un ensemble d\u00e9termin\u00e9, qui est lui-m\u00eame \u00ab\u00a0partition\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vois le mot : parturition. Il dit l&rsquo;accouchement de la m\u00e8re, ou animale ou humaine. C&rsquo;est \u00e0 dire le rassemblement en un nouvel \u00eatre, un nouveau vivant, des parties nagu\u00e8re distinctes de l&rsquo;ovule et du spermatozo\u00efde, de la femelle et du m\u00e2le. Or, ce rassemblement se fait du dedans vers le dehors (ex ou <span style=\"text-decoration: underline;\">off<\/span>). Il est une mise au monde, une mise au jour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre loi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, partition dit \u00e0 la fois : localisation, arrangement (des parties de l&rsquo;\u00e9cu ou de la composition musicale) et <span style=\"text-decoration: underline;\">maintenance<\/span> en chaque partie de tout l&rsquo;Art (h\u00e9raldique ou musical).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parturition dit \u00e0 la fois \u00ab\u00a0pat\u00e9faction\u00a0\u00bb, naissance et <span style=\"text-decoration: underline;\">compl\u00e9tude<\/span> du nouvel \u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On retrouve ici et l\u00e0 les deux grandes id\u00e9es de Roger Caillois :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) que la localisation fait la maintenance. \u00ab\u00a0Tout se passe comme s&rsquo;il existait un ordre du monde o\u00f9 toute chose doit arriver \u00e0 sa place et en son temps&#8230; C&rsquo;est le principe m\u00eame de la conservation de l&rsquo;univers\u00a0\u00bb;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b) qu&rsquo;une certaine coh\u00e9rence cach\u00e9e fait l&rsquo;harmonie, la compl\u00e9tude de ce qui est : \u00ab\u00a0une structure math\u00e9matique\u00a0\u00bb, dit Caillois, \u00ab\u00a0une structure math\u00e9matique de l&rsquo;univers r\u00e9git aussi bien l&rsquo;homme que le milieu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On appr\u00e9ciera d&rsquo;autant mieux le caract\u00e8re paradoxal de telles assertions si l&rsquo;on se souvient de l&rsquo;opinion scientiste, aujourd&rsquo;hui g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, selon laquelle la compl\u00e9tude d&rsquo;un ensemble est li\u00e9e \u00e0 la localisation de ses parties, et la maintenance, la conservation d&rsquo;un \u00eatre est li\u00e9e \u00e0 sa coh\u00e9sion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire de la localisation\/partition (<span style=\"text-decoration: underline;\">in<\/span>), cette localisation\/compl\u00e9tude est n\u00e9cessairement ext\u00e9riorisation (<span style=\"text-decoration: underline;\">off<\/span>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire de la coh\u00e9rence\/parturition (<span style=\"text-decoration: underline;\">ex<\/span>), cette coh\u00e9sion\/maintenance est n\u00e9cessairement int\u00e9riorisation (<span style=\"text-decoration: underline;\">in<\/span>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La dialectique est devenue quadrilogie :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Yin (continu, dans la chose, in) et yang (discontinu, hors de la chose, off) la localisation,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">animus (dissociatif, inconciliable) ou anima (associatif, conciliable) la coh\u00e9sion plus ou moins grande de l&rsquo;objet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, ici encore, j&rsquo;aurai le choix entre dire : 1) que la localisation n&rsquo;interdit pas la coh\u00e9rence, ou que l&rsquo;\u00e9tude de la probabilit\u00e9 de position de l&rsquo;objet n&rsquo;interdit pas l&rsquo;\u00e9tude de sa quantit\u00e9 de mouvements, 2) que la pr\u00e9cision dans l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;une interdit la m\u00eame pr\u00e9cision dans l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;autre, 3) que plus l&rsquo;objet sera discernable, discontinu, moins il sera coh\u00e9rent, continu, si bien qu&rsquo;il ne peut \u00eatre que l&rsquo;un ou l&rsquo;autre, le M\u00eame ou l&rsquo;Autre, yin ou yang.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme la dialectique : accomplissement\/inaccomplissement d\u00e9double la dialectique premi\u00e8re de la maintenance et de la compl\u00e9tude, ou comme la dialectique : conciliabilit\u00e9\/inconciliabilt\u00e9 d\u00e9double la dialectique seconde du peuplement ( de 1 vers 2) et du d\u00e9peuplement (de 2 vers 1), c&rsquo;est une dialectique d&rsquo;inversion : pr\u00e9cision\/impr\u00e9cision qui d\u00e9double la dialectique troisi\u00e8me : localisation\/coh\u00e9rence. Mais, dans les trois cas, il est clair que le troisi\u00e8me terme de la trilogie (le 3\u00e8 jugement) est <span style=\"text-decoration: underline;\">n\u00e9cessairement<\/span> appel\u00e9 par les deux autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car les notions de maintenance et de compl\u00e9tude comportent celle d&rsquo;accomplissement; ou les notions de partition et de parturition celle de sens; ou les notions de localisation et de coh\u00e9rence celle de pr\u00e9cision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant et non moins n\u00e9cessairement, l&rsquo;existence de la trilogie suffit \u00e0 d\u00e9doubler la dialectique premi\u00e8re (et r\u00e9ciproquement).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;accomplissement &#8211; et \u00e0 son inverse &#8211; sont li\u00e9es les inventions des deux parties : Dieu et le Diable;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">aux deux sens de peuplement et de d\u00e9peuplement sont li\u00e9es les distinctions du Dedans (in) et du Dehors (ex);<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">aux notions de pr\u00e9cision &#8211; et d&rsquo;impr\u00e9cision &#8211; sont li\u00e9es les notions de probabilit\u00e9, dans la localisation, et de quantit\u00e9s de mouvements, dans la coh\u00e9rence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si bien que j&rsquo;aurai affaire maintenant \u00e0 ces 4 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">la maintenance de Dieu, la compl\u00e9tude du Diable, la compl\u00e9tude de Dieu, la maintenance du Diable,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">le partage conciliable ou sens\u00e9, le partage inconciliable ou insens\u00e9, le rassemblement inconciliable (le complexe), le rassemblement conciliable (l&rsquo;ensemble ordonn\u00e9),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">les deux de la localisation (continu\/discontinu) et les deux de la coh\u00e9rence (animus\/anima), dans un rapport tel que la pr\u00e9cision des distances de localisation entra\u00eenera l&rsquo;impression des instances de coh\u00e9rence, et \u00e0 l&rsquo;inverse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne se cachera pas qu&rsquo;un tel jeu dialectique (trilogique dans un sens, quadrilogique dans l&rsquo;autre) ne peut \u00eatre qu&rsquo;infini. Il correspond cependant, avec la plus grande rigueur, \u00e0 ce que r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;association d&rsquo;id\u00e9es (de figures, de nombres ou de vocables).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je nomme la premi\u00e8re formulation : directe, la deuxi\u00e8me sera n\u00e9cessairement ou inverse (noir pour blanc) ou compl\u00e9mentaire (rem\u00e8de pour la sant\u00e9), la troisi\u00e8me sera l&rsquo;inverse de la formulation directe si la deuxi\u00e8me a \u00e9t\u00e9 de compl\u00e9ment, ou le compl\u00e9ment de la directe, si la deuxi\u00e8me a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;inversion. La quatri\u00e8me inversera ou la deuxi\u00e8me ou la troisi\u00e8me, en compl\u00e9tant l&rsquo;autre s&rsquo;il se peut. La cinqui\u00e8me ou reviendra \u00e0 la premi\u00e8re directe ou en donnera quelque analogie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble donc bien s&rsquo;agir d&rsquo;un processus universel, en ce qui concerne du moins l&rsquo;humain.<\/p>\n<div id=\"attachment_84\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-84\" class=\"size-medium wp-image-84\" title=\"KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META4-300x220.jpg\" width=\"300\" height=\"220\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META4-300x220.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META4.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-84\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>5\u00a0\u00a0 Les trois et les quatre<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On dira que ces jeux de logique pure nous entra\u00eenent bien loin de notre m\u00e9taphysique premi\u00e8re. Mais quel que soit l&rsquo;objet du jeu intellectuel, il est toujours la qu\u00eate du jugement le plus complet et le plus constant possible. L&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re solution d&rsquo;un probl\u00e8me fragmentaire n&rsquo;int\u00e9resse personne ou, du moins, ni le m\u00e9taphysicien ni le logicien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand, donc, un Spinoza applique \u00e0 la m\u00e9taphysique la plus traditionnelle ( de la Kabbale) les r\u00e8gles les plus \u00e9l\u00e9mentaires de la logique \u00ab\u00a0raisonnante\u00a0\u00bb, ou quand un Kant applique \u00e0 la raison logique les principes m\u00e9taphysiques les plus anciens, ils poursuivent cependant un m\u00eame Objet : l&rsquo;universelle \u00e9ternit\u00e9 que serait, pour l&rsquo;un Dieu accessible et, pour l&rsquo;autre, une Raison inattaquable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non seulement l&rsquo;Objet des deux qu\u00eates n&rsquo;est qu&rsquo;un, mais les moyens utilis\u00e9s par l&rsquo;une et l&rsquo;autre sont num\u00e9riquement les m\u00eames, puisque ce sont les\u00a04 et les 3.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jouant des Modes et des Attributs de Dieu, Spinoza nomme les uns : la Pens\u00e9e et l&rsquo;Espace (invisible et visible), l&rsquo;En Soi et le Tout du Monde les autres, au plan divin, mais au plan humain les 3 que sont l&rsquo;Un, le Multiple et le jeu dialectique de l&rsquo;Unit\u00e9 au Multiple et \u00e0 l&rsquo;inverse, ou le Divergent et le Convergent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <span style=\"text-decoration: underline;\">La critique de la raison pure<\/span>, Kant \u00e9tablit que l&rsquo;objet de la qu\u00eate rationnelle peut \u00eatre connu, soit dans son Mode (en soi) soit dans ses Relations avec d&rsquo;autres objets, puis que la Qu\u00eate m\u00eame peut \u00eatre num\u00e9rique ou non, quantitative dans le premier cas, qualitative dans l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, en aucune des 4 cat\u00e9gories : la Modalit\u00e9, la Relation, la Quantit\u00e9, la Qualit\u00e9, l&rsquo;Objet ne peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 par la pens\u00e9e hors de cette pens\u00e9e ou, pour mieux dire, hors de la croyance, hors du jugement du qu\u00eateur. Ces croyances, ces jugements sont au nombre de 3 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">cat\u00e9gorique, disjonctif ou hypoth\u00e9tique, si je traite des relations de l&rsquo;Objet (par exemple comme\u00a0associatif ou \/et dissociatif), assertorique, probl\u00e9matique ou apodictique, si je traite des modalit\u00e9s de l&rsquo;Objet (par exemple comme continu et\/ou discontinu), affirmatif, n\u00e9gatif et ambigu (\u00e0 la limite) si je traite de son aspect qualitatif,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">g\u00e9n\u00e9ral, particulier ou singulier si je traite de son aspect quantitatif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que Hegel, un peu plus tard, r\u00e9sumera par sa trilogie c\u00e9l\u00e8bre :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">la th\u00e8se (affirmation, cat\u00e9gorie, assertion, g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">son inverse, l&rsquo;antith\u00e8se (n\u00e9gation, disjonctivit\u00e9, probl\u00e9matique, particularit\u00e9),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">la synth\u00e8se ou l&rsquo;accord des deux premiers jugements, par un proc\u00e9d\u00e9 quelconque (num\u00e9rique ou non, relationnel, modal).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces \u00ab\u00a0inventaires\u00a0\u00bb de Spinoza et de Kant sont certainement parmi les plus complets, ou sens\u00e9s, ou pr\u00e9cis qui soient. Ils pr\u00e9sentent toutefois le d\u00e9faut d&rsquo;imposer comme inconciliables soit les Modes et les Attributs, soit les Modes et les Relations, ne retenant comme conciliables (et m\u00eame comme si\u00e8ge de toute conciliation) que la troisi\u00e8me approche de Dieu (la dialectique) dans le syst\u00e8me de Spinoza, ou le 3\u00e8 jugement dans le syst\u00e8me de Kant. Car les choses ne sont pas si simples.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong> 6 \u00a0El\u00e9ments et Qualit\u00e9s<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On r\u00e9sumera tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de en avan\u00e7ant que le confectionneur d&rsquo;inventaire, que d&rsquo;aucuns nommeront un \u00ab\u00a0inventeur de syst\u00e8mes\u00a0\u00bb, doit faire partir son invention soit d&rsquo;une certitude (A) soit d&rsquo;une dialectique (AB). N\u00e9anmoins, sa certitude n&rsquo;est jamais telle qu&rsquo;elle ne suppose l&rsquo;exception, ou bien l&rsquo;esprit de contradiction jamais si fort qu&rsquo;il n&rsquo;exige la pr\u00e9f\u00e9rence (de A sur B ou \u00e0 l&rsquo;inverse).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, le 3\u00e8 jugement ne fera que relativiser les deux autres, par l&rsquo;acceptation de l&rsquo;exception ou l&rsquo;exigence de la pr\u00e9f\u00e9rence. Ce ne sera plus : oui ou non, mais : peut-\u00eatre. Non plus la cat\u00e9gorie ou la disjonction mais l&rsquo;hypoth\u00e8se. Par exemple que, dans tel cas, les probabilit\u00e9s de conciliabilit\u00e9 l&#8217;emportent (vers le cat\u00e9gorique) et\/ou dans tel autre cas, les probabilit\u00e9s d&rsquo;inconciliabilit\u00e9 (vers le disjonctif).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ce qu&rsquo;on voit dans les figures o\u00f9 Leibniz allie et oppose l&rsquo;une des plus vieilles quadrilogies \u00e9sot\u00e9riques de l&rsquo;humanit\u00e9, celle des El\u00e9ments, et la quadrilogie tr\u00e8s rationnelle des Qualit\u00e9s d&rsquo;Aristote (<span style=\"text-decoration: underline;\">Ars Magna<\/span>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur un double cercle &#8211; tout hypoth\u00e9tique &#8211; le philosophe math\u00e9maticien localise les El\u00e9ments aux cardinaux, les Qualit\u00e9s en diagonale, r\u00e9v\u00e9lant de la sorte leur conciliabilit\u00e9 d&rsquo;une part, leur inconciliabilit\u00e9 de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De fait, la quadrilogie des El\u00e9ments comporte 4 cas de disjonctivit\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ce qui est humide n&rsquo;est pas sec,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ce qui est froid n&rsquo;est pas chaud,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">pour 4 cas de liaison cat\u00e9gorique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">l&rsquo;objet peut \u00eatre humide et froid,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">chaud et sec,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">froid et sec,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">humide et chaud.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs cette pr\u00e9f\u00e9rence donn\u00e9e au jugement disjonctif dans les 4 El\u00e9ments qui les donne pour \u00e9sot\u00e9riques, mythologiques, mythiques. C&rsquo;est cette pr\u00e9f\u00e9rence donn\u00e9e au jugement cat\u00e9gorique dans les 4 Qualit\u00e9s qui les donne pour rationalis\u00e9es, scientistes : personne ne consid\u00e8re le syst\u00e8me qu&rsquo;inventorient Aristote et la Thermodynamique comme un inventaire religieux (bien qu&rsquo;il soit \u00e9galement le fondement du Coran).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car l&rsquo;exp\u00e9rience la plus commune d\u00e9montre qu&rsquo;<span style=\"text-decoration: underline;\">en effet<\/span> :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">le froid r\u00e9duit le volume et le chaud l&rsquo;accro\u00eet,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">l&rsquo;humide associe et le sec dissocie (des grains de sable).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Kant, aux Qualit\u00e9s s&rsquo;opposent les Quantit\u00e9s (plus ou moins grandes, plus ou moins associatives); aux Modalit\u00e9s (yin ou yang) de l&rsquo;Objet s&rsquo;opposent ses Relations (associations\/dissociations). Mais je ne jugerai des unes\u00a0ou des autres, des unes et des autres, des unes ou\/et des autres que par l&rsquo;un des 3 jugements, disjonctif, cat\u00e9gorique, hypoth\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une application de ce syst\u00e8me sera que, si je consid\u00e8re les 4 comme surtout disjonctifs (les El\u00e9ments), les 3 seront essentiellement cat\u00e9goriques, et\/ou \u00e0 l&rsquo;inverse, pour qu&rsquo;une compl\u00e9tude soit maintenue ou le maintien men\u00e9 \u00e0 sa perfection.<\/p>\n<div id=\"attachment_85\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-85\" class=\"size-medium wp-image-85\" title=\"KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META5-300x220.jpg\" width=\"300\" height=\"220\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META5-300x220.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META5.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-85\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>7\u00a0 Compl\u00e9tude, opacit\u00e9, r\u00e9currence<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un certain \u00e9sot\u00e9risme &#8211; universel &#8211; dit et r\u00e9p\u00e8te :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) en tant qu&rsquo;il compl\u00e8te, le dieu (panth\u00e9iste) est toujours l&rsquo;un des 4 &#8211; localis\u00e9s :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">de Feu, si les trois autres sont de Terre, d&rsquo;Eau et d&rsquo;Air, ou l&rsquo;un de ces trois autres,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">du Risque, s&rsquo;ils sont de Combat, de Vertige et de Mimecry, ou l&rsquo;un de ces trois,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">du domaine de la Musique (du Rythme), s&rsquo;ils sont de la Topologie (comme Figure), de l&rsquo;Arithm\u00e9tique (comme Nombre), de l&rsquo;Astrologie (comme Signe nominal), ou d&rsquo;une autre des trois sciences,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">plus simplement \u00e0 l&rsquo;Ouest, l&rsquo;Est, au Nord, au Sud, si les trois autres occupent les trois autres cardinaux;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b) en tant qu&rsquo;il maintient, le dieu (monoth\u00e9iste) est \u00e0 la fois les 3 &#8211; concili\u00e9s en coh\u00e9rence,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">comme les 3 dimensions dans le volume,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">les trois arts ou techniques humains : grammaire ou je-moi, dialectique (je-toi), rh\u00e9torique (je-lui),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">les trois personnes, par suite : le P\u00e8re, le Fils, l&rsquo;Esprit (ou Brahma, Vichnou et Civa),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">les trois \u00ab\u00a0natures\u00a0\u00bb de Bolos et de l&rsquo;herm\u00e9tisme pr\u00e9chr\u00e9tien (trism\u00e9giste comme il se doit),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">les 3 facteurs de la dur\u00e9e : le devenir, l&rsquo;instant et le devenu, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce partage n&rsquo;est d\u00e9montrable que dans l&rsquo;hypoth\u00e8se o\u00f9 la localisation reconduit \u00e0 la compl\u00e9tude, et la conciliation \u00e0 la maintenance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne l&rsquo;est plus dans la conception de Caillois. Or, cette conception est moins rare qu&rsquo;il semble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce seront alors les 3 jugements qui se feront inconciliables : je ne puis en m\u00eame temps dire : oui, non et peut-\u00eatre, ou juger cat\u00e9goriquement, disjonctivement et hypoth\u00e9tiquement,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ou les 3 temps qui\u00a0s&rsquo;excluront l&rsquo;un l&rsquo;autre, comme le Pass\u00e9 est un autre temps que le Pr\u00e9sent ou le Futur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A cette localisation des 3, plus logistique qu&rsquo;\u00e9sot\u00e9rique, mais qu&rsquo;appliqu\u00e8rent cependant un Proclus, un Saint-Augustin, se marie et s&rsquo;oppose \u00e0 la fois la coh\u00e9rence quadrilogique des Qualit\u00e9s, o\u00f9 le cat\u00e9gorique prime la disjonction, et sur laquelle se fonde de fait toute la qu\u00eate du fanatisme syst\u00e9matique (ou religieux ou scientiste). S&rsquo;y reconnaissent les 4 temp\u00e9raments d&rsquo;Hippocrate (interactifs) ou les 4 comportements de Laborit (quand les 3 cerveaux sont distincts et localis\u00e9s).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est que, pour r\u00e9soudre de tels probl\u00e8mes, scientifiques ou th\u00e9ologiques, logistiques\u00a0ou m\u00e9taphysiques, il ne suffit pas qu&rsquo;une r\u00e9ponse soit possible ou coh\u00e9rente, dans le mode d&rsquo;\u00eatre du dieu choisi (de telle croyance); il faut qu&rsquo;aucune autre ne le soit, en cet ensemble d\u00e9fini. Les uns rejetteront toute solution hasardeuse, contingente, au profit de la seule \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb, comme Kant. Les autres \u00e9carteront toutes les solutions que sugg\u00e8re le besoin, la n\u00e9cessit\u00e9, au profit de la seule qui s&rsquo;inscrive dans l&rsquo;ensemble complet, \u00ab\u00a0contingent\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si l&rsquo;Ensemble est ais\u00e9ment d\u00e9pouill\u00e9, ou \u00e9clairci, par l&rsquo;\u00e9pouillement, l&rsquo;\u00e9pellation de ses parties, la Fonction n\u00e9cessaire, n\u00e9e du besoin, du manque, fait intervenir des facteurs obscurs, dans l&rsquo;opacit\u00e9 du rev\u00eatement, de la r\u00e9v\u00e9lation mat\u00e9rielle. Interviennent les notions de Jeu (dionysiaque) dans l&rsquo;invention de l&rsquo;ensemble contingent\u00e9 et de Drame (prom\u00e9th\u00e9en) dans l&rsquo;appr\u00e9ciation du manque et du besoin, de la n\u00e9cessit\u00e9 premi\u00e8re, qui inverse, bien s\u00fbr, le conflit de Marsyas (la tragique contingence faunesque) et d&rsquo;Apollon (le divin ordre n\u00e9cessaire). Quand Apollon (l&rsquo;unit\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;univers) retombe en Prom\u00e9th\u00e9e (sa promesse), le faune Marsyas remonte \u00e0 Dionysos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rappelons les l\u00e9gendes. Le dieu de la perfection et le satyre faunesque rivalisent au jeu de la fl\u00fbte, o\u00f9 le dieu ne peut que vaincre. En ch\u00e2timent Marsyas sera d\u00e9pec\u00e9,\u00a0d\u00e9pouill\u00e9 de sa peau et vid\u00e9 de son sang. En ma jeunesse, je voyais dans ce conte le r\u00e9cit du conflit \u00e9ternel entre le g\u00e9nie maladroit, romantique, tortur\u00e9 et le talent souverain de l&rsquo;esth\u00e8te, de l&rsquo;homme des formes et des mots, du Joueur superbe. Toujours est-il qu&rsquo;ici tout joue de l&rsquo;Accomplissement (perfection et triomphe pour Apollon, supplice et mort pour Marsyas). Mille ans apr\u00e8s Orph\u00e9e (inventorieur du mythe), les deux h\u00e9ros de l&rsquo;Accomplissement ne se combattent plus, aucune tradition ne les oppose l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, mais quand un tragique grec chante l&rsquo;un, il se trouve qu&rsquo;il ne chante pas l&rsquo;autre : l&rsquo;homme de la promesse, Prom\u00e9th\u00e9e, que les vautours d\u00e9vorent sur son rocher, et le dieu de la m\u00e9tamorphose, Dionysos. Prisonnier le premier, de la n\u00e9cessit\u00e9, de la fatalit\u00e9; libre, le second, de toute attache, v\u00e9ritable seigneur de la Contingence&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non seulement ils ne se combattent pas, puisqu&rsquo;ils s&rsquo;ignorent, mais ils oeuvrent dans le m\u00eame sens. Au terme des deux qu\u00eates est le m\u00eame Graal, dont le symbole appara\u00eetra vers l&rsquo;an 500, mille ans apr\u00e8s les mythes d&rsquo;Eschyle et d&rsquo;Euripide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeu ne sera plus entre la compl\u00e9tude et la maintenance, ni entre l&rsquo;\u00e9ternelle souffrance du Supplici\u00e9 et la mue toujours neuve de l&rsquo;ancien Bacchus, mais il se jouera encore entre un Contenant (le Vase lui-m\u00eame) et son Contenu (le Sang). C&rsquo;est \u00e0 dire que les trois couples : Marsyas\/Apollon, Dionysos\/Prom\u00e9th\u00e9e, le Vase et le Sang, se fondent sur trois dialectiques bien distinctes, recr\u00e9eront pourtant toujours la m\u00eame, dont la cl\u00e9 pourrait \u00eatre le verbe : r\u00e9curer ou le mot : r\u00e9currence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Litt\u00e9ralement, Marsyas est r\u00e9cur\u00e9, de m\u00eame que Prom\u00e9th\u00e9e plus tard, tout comme le Vase vid\u00e9 du sang c&rsquo;est \u00e0 dire le Graal cistercien. Parall\u00e8lement et inversement, c&rsquo;est de la Forme Nue d&rsquo;Apollon au Sang du Christ que proc\u00e8de l&rsquo;autre \u00e9volution (comme de la mort du Roi \u00e0 son renouveau), par les mutations, faussement tragiques, de l&rsquo;\u00e9ternel Nouveau, le dix fois n\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apollon d\u00e9p\u00e8ce\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 r\u00e9currence du supplice\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le Vase<br \/>\nMarsyas\u00a0 &#8212;&#8212;}\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 mues de Dionysos\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0&#8212;&#8212;-}\u00a0 \u00a0\u00a0 le Sang<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9curage du maladroit (tragique) fait la r\u00e9currence, l&rsquo;\u00e9ternel retour du lac\u00e9rage prom\u00e9th\u00e9en, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la Forme, le Vase soit enti\u00e8rement r\u00e9cur\u00e9, vide. En un cheminement inverse \u00e0 ce drame tout humain, le dieu Bacchus-Dionysos a reconduit de l&rsquo;antique Apollon au nouveau Graal ou Verseau, du dieu de Feu au dieu d&rsquo;Air, ou de la souveraine Forme de l&rsquo;Arche au Sang de l&rsquo;autre martyris\u00e9 : le Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En m\u00eame temps que joue le mot : r\u00e9currence (comme, nagu\u00e8re, le mot : accomplissement), dans l&rsquo;homonymat, il ne serait pas impossible de jouer &#8211; en inverse synonyme &#8211; de r\u00e9curage (qui vide) et de r\u00e9cup\u00e9ration (qui remplit), comme nagu\u00e8re de \u00ab\u00a0partition\u00a0\u00bb, qui partage, et de \u00ab\u00a0parturition\u00a0\u00bb, qui rassemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ces notions interm\u00e9diaires, de \u00ab\u00a0peuplement\u00a0\u00bb (partition ou partage, d\u00e9couvert ou d\u00e9couvrement, vidange) revivent naturellement les 4 Qualit\u00e9s : le Chaud, qui augmente le volume, et le Sec, qui r\u00e9partit, le Froid qui r\u00e9duit le volume et l&rsquo;Humide qui rassemble et peuple. Mais, surtout, se reforment les Figures dont se confectionne un Inventaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeu est moins gratuit qu&rsquo;il semble (le Jeu des dieux). Il exclut tout \u00e0 la fois l&rsquo;imposture du scientiste et celle du th\u00e9ologien. Car n&rsquo;est-ce pas pourquoi les doctrines contraires de la r\u00e9currence et du progr\u00e8s non seulement ne se concilient pas mais ne se joignent pas en un \u00ab\u00a0ensemble fonctionnel\u00a0\u00bb ? Le recouvrement qui les r\u00e9v\u00e8le (ou revoile) interdit leur \u00e9pellation ou d\u00e9pouillement. Leur mise \u00e0 d\u00e9couvert, leur d\u00e9couvert comptable, interdit qu&rsquo;on puisse les recouvrir d&rsquo;une r\u00e9v\u00e9lation commune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le scientiste fonde son progressisme sur \u00ab\u00a0les m\u00eames exp\u00e9riences r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dans les m\u00eames conditions\u00a0\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire sur la M\u00eame Chose et sur l&rsquo;\u00e9ternelle r\u00e9currence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;utopiste th\u00e9ologien fonde son \u00e9ternel retour du (dernier) dieu &#8211; aujourd&rsquo;hui de J\u00e9sus, le Christ &#8211; sur un renouveau de toutes les valeurs dans l&rsquo;Esprit, le Saint-Esprit, le Paraclet, sur la venue d&rsquo;un Christ autrement, non plus victime mais vainqueur, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, c&rsquo;est \u00e0 dire que par del\u00e0 (ou \u00ab\u00a0en de\u00e7\u00e0\u00a0\u00bb) les dialectiques du M\u00eame et de l&rsquo;Autre (du dieu ou du d\u00e9mon) ou du Progr\u00e8s et du Retour, ni le pr\u00e9cis \u00e9claircissement du scientiste ne peut \u00e9claircir toute l&rsquo;opacit\u00e9 du r\u00e9el, ni le myst\u00e9rieux recouvrement du dogmatique religieux ne recouvre en effet le besoin d&rsquo;\u00e9claircissement de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9pellation logique \u00e9choue ici non moins que la r\u00e9v\u00e9lation m\u00e9taphysique. Apollon torture en vain Marsyas, et Prom\u00e9th\u00e9e aussi se laisse torturer en vain. Ni les nombres du scientifique ni les mots du spiritualiste, ni la Quantit\u00e9 ni la Qualit\u00e9 de Kant n&rsquo;inventorient vraiment l&rsquo;univers en question, en cause &#8211; le n\u00f4tre.<\/p>\n<div id=\"attachment_86\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META6.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-86\" class=\"size-medium wp-image-86\" title=\"KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META6-300x220.jpg\" width=\"300\" height=\"220\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META6-300x220.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META6.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-86\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong><em>La Figure<\/em><\/strong><strong> <\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>1\u00a0 Pourquoi un inventaire\u00a0?<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">IL se peut, en effet, que Bergson ait raison et que l\u2019homme ne soit qu\u2019une machine \u00e0 faire des dieux. Mais nous devons admettre qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse, ce sont ses croyances qui font l\u2019homme. Ce qu\u2019il cr\u00e9e, il lui faut pr\u00e9tendre le conna\u00eetre, l\u2019avoir appris et oubli\u00e9\u00a0: d\u2019o\u00f9, le recours aux mythologies, aux l\u00e9gendes, aux livres sacr\u00e9s. On ne croit pas cela que personne d\u2019autre n\u2019a cru.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou ne puisse croire, par la vertu de l\u2019observation, de l\u2019exp\u00e9rience\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019o\u00f9, la puissance des grandes religions partag\u00e9es par le plus grand nombre d\u2019humains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, par del\u00e0 le texte et le nombre, on croit d\u2019abord en ce qu\u2019on voit, comme le montre avec \u00e9clat le morceau de viande rouge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si \u00e9trange qu\u2019en puisse \u00eatre l\u2019id\u00e9e, ni le savant, ni le peintre ni le boucher n\u2019ont consid\u00e9r\u00e9 cet objet en soi. Le peintre l\u2019a observ\u00e9 en tant que figure, soit en sa forme, \u00e9ventuellement g\u00e9om\u00e9trique, dans le cas d\u2019un peintre abstrait, soit en sa couleur sinon, plus subtile, les rapports qui se nouent entre lumi\u00e8re et forme, les \u00ab\u00a0caustiques\u00a0\u00bb que trace en celle-ci celle-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le savant a calcul\u00e9 \u2013 d\u2019instinct en quelque sorte \u2013 les constituants de l\u2019objet en ce moment de sa dur\u00e9e. Eventuellement \u2013 s\u2019il est m\u00e9decin par exemple \u2013 il a d\u00e9duit de ses calculs les effets probables ou possibles que le morceau de viande aura sur l\u2019organisme humain, mais toujours au terme d\u2019une certaine dur\u00e9e, en fonction de ses constituants, par le jeu statistiques d\u2019autres nombres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le boucher l\u2019a nombr\u00e9 de m\u00eame (en termes de profit ou de perte) et de m\u00eame il a consid\u00e9r\u00e9 sa forme et sa couleur, m\u00eame si, faute de la science et de l\u2019art n\u00e9cessaires, il utilise surtout des mots, qualitatifs et informels, pour en parler. Avant que d\u2019en parler, il aura pens\u00e9 en termes vocatifs\u00a0: bavette ou steack, premi\u00e8re fra\u00eecheur ou pourriture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plut\u00f4t qu\u2019ils n\u2019ont appr\u00e9hend\u00e9 le morceau de viande rouge en sa structure, les uns et les autres n\u2019ont fait que son proc\u00e8s\u00a0: esth\u00e9tique, scientiste ou utilitaire, en r\u00e9duisant l\u2019objet \u00e0 l\u2019un de ses aspects\u00a0: par la figure, le nombre ou le vocable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le tableau, le syst\u00e8me et le lexique, dit Oscar Wilde. Et Caillois\u00a0: l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire, le chiffre et l\u2019alphabet. On reconna\u00eetra aussi les 3 grands jeux de la Kabbale depuis Abraham Aboula fia\u00a0: la gh\u00e9m\u00e9trie, qui joue des nombres, le notarikon, qui joue des lettres, la temoura qui les dispose, nombres et lettres, en des figures plus ou moins simples ou compliqu\u00e9es. Mais que sont d\u2019autre les <span style=\"text-decoration: underline;\">mandalas<\/span>, tant hindouistes que bouddhistes, sinon les jeux d\u2019un certain nombre de figures, dot\u00e9es nominalement de certaines \u00ab\u00a0qualit\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00eame d\u00e9monstration, ainsi, que pour le morceau de viande rouge se pourrait faire, quel que soit l\u2019objet en question\u00a0: toute couleur a son nom, son nombre (sa longueur d\u2019onde) et sa dimension\u00a0: celle de la figure qu\u2019elle occupe. Un autre nombre (la fr\u00e9quence) d\u00e9finit une note de musique, que nomment le si ou le r\u00e9 et que figure, entre autres, la \u00a0\u00bb\u00a0port\u00e9e\u00a0\u00ab\u00a0, en cette cl\u00e9 ou cette autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, on pourra dire que la peinture ou la musique, l\u2019\u00e9sot\u00e9risme des mandalas, celui des kabbales, l\u2019art d\u2019Oscar Wilde, la science de Caillois ne sont pas que des inventaires, non plus que les approches du peintre, du savant et du boucher quant au morceau de viande rouge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, en tant qu\u2019ils seront inventaires, les uns ou les autres \u2013 c\u2019est le point \u2013 n\u2019auront jou\u00e9 que des figures. Et, de m\u00eame, l\u2019inventeur de dieux, qui d\u2019abord les inventorie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A premi\u00e8re ou courte vue, un inventaire participe de \u00ab\u00a0cette admirable volont\u00e9 de ne rien s\u00e9parer ni exclure\u00a0\u00bb dont Albert Camus fait le souci privil\u00e9gi\u00e9 de Prom\u00e9th\u00e9e. Il englobe cale\u00e7ons et chemises, chaussettes et bas dans le plus vaste ensemble cat\u00e9gorique qui se puisse trouver (ou remplir d\u2019\u00e9toiles et de plan\u00e8tes, de galaxies et de quasars, de com\u00e8tes et de trous noirs, l\u2019ensemble astronomique, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais aussi, contradictoirement, il n\u2019accouche que cet ensemble-l\u00e0\u00a0: une boutique de sous-v\u00eatements ou le cosmos. Il est alors d\u2019abord, rupture, exclusion de ce qui n\u2019est pas un sous-v\u00eatement, un corps c\u00e9leste (ou une chose rouge dans un ensemble de choses rouges, une figure g\u00e9om\u00e9trique dans un ensemble de telles figures), comme par l\u2019effet du jugement disjonctif le plus rigoureux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019une certaine mani\u00e8re, si le Nombre accumule, le Vocable retranche. L\u2019inventaire peut bien jouer d\u2019<span style=\"text-decoration: underline;\">autant<\/span> de choses rouges qu\u2019on voudra, mais seulement de <span style=\"text-decoration: underline;\">choses rouges<\/span>\u2026 Fond\u00e9 sur les 4 El\u00e9ments, il ne se fondera pas sur les 4 Qualit\u00e9s, et c\u2019est ici le troisi\u00e8me jugement, hypoth\u00e9tique, qui d\u00e9cidera du conciliable ou de l\u2019inconciliable\u00a0: puis-je inclure l\u2019orange fonc\u00e9 dans les rouges, ou la cravate dans l\u2019ensemble des sous-v\u00eatements\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce qu\u2019ont peut dire avec assurance, c\u2019est que l\u2019exclusion concerne l\u2019autre chose, la chose \u00e9trang\u00e8re, d\u00e9nomm\u00e9e diff\u00e9remment\u00a0; elle concerne aussi la chose m\u00eame, la chose en soi, car il n\u2019y a pas, en aucun ensemble, deux \u00eatre identiques, deux brins d\u2019herbe semblables. C&rsquo;est-\u00e0-dire que l\u2019inventaire ne recense que des m\u00eames choses, en nombre ind\u00e9fini\u00a0; plus pr\u00e9cis\u00e9ment, des choses de m\u00eame aspect, de m\u00eame apparence\u2026 de m\u00eame <span style=\"text-decoration: underline;\">figure<\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019INVENTAIRE utilise le vocable et le nombre. Il recensera 10 potiches, 30 plats, 200 assiettes. Mais il ne recueille que des figures, comme le mot lui-m\u00eame le d\u00e9montre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>2\u00a0 La d\u00e9finition<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme tout objet, un mot se d\u00e9-finit, se limite \u00e0 son \u00e0 son origine et ses fins. En tant qu\u2019objet utilisable, il se borne aussi \u00e0 son usage, au moyen de l\u2019utiliser. Examinons, l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre, ces trois limites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Originellement, <span style=\"text-decoration: underline;\">inventum<\/span> fut le super d&rsquo;<span style=\"text-decoration: underline;\">invenire<\/span>, venir dans pour trouver. Quelque chose de ce sens primaire subsiste en de nombreuses expressions, g\u00e9n\u00e9ralement archa\u00efques ou proc\u00e9duri\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;entrer (ou non) en possession de\u2026 se retrouve dans : \u00ab\u00a0sous b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;inventaire\u00a0\u00bb. En ressort aussi l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un tr\u00e9sor, \u00ab\u00a0d\u00e9couvert\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0recouvr\u00e9\u00a0\u00bb \u2013 l&rsquo;h\u00e9ritage \u2013 qu&rsquo;il est en question d&rsquo;accepter, de recueillir, ou de refuser, d&rsquo;exclure, comme en tout inventaire. Car on peut ne d\u00e9couvrir qu&rsquo;un h\u00e9ritage de dettes, et entrer en faillite; on peut ne recouvrer qu&rsquo;un habit de for\u00e7at, une peau de l\u00e9preux, le visage d&rsquo;un condamn\u00e9 \u00e0 mort, le recouvrement se fait recouverture, pi\u00e8ge, prison, agonie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En sa finalit\u00e9, ce sera donc connaissance, reconnaissance d&rsquo;un gain (le recouvrement) ou d&rsquo;une perte (le d\u00e9couvert), au terme d&rsquo;un cycle donn\u00e9 : inventaire de fin de mois, de fin d&rsquo;ann\u00e9e. Le recouvrement se fait un chevauchement, non plus le gain mais la perte (de discernabilit\u00e9); le d\u00e9couvert se fait une marge, non plus la perte mais le gain (la d\u00e9couverte).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le petit comptable, le professeur d&rsquo;universit\u00e9 croit volontiers que le gain pr\u00e9f\u00e9rable est celui de la clart\u00e9, du d\u00e9pouillement. \u00ab\u00a0D&rsquo;abord, dit-il, y voir clair\u00a0\u00bb. Le grand homme d&rsquo;affaires, comme l&rsquo;inventeur, ressent \u2013 plut\u00f4t qu&rsquo;il ne le sait \u2013 les vertus de l&rsquo;opacit\u00e9, qui recouvrent et o\u00f9 l&rsquo;on recouvre le r\u00e9el le mieux cach\u00e9. A l&rsquo;inventaire il pr\u00e9f\u00e8re le bilan, le jeu de nombres, qui passe le jeu de figures d&rsquo;aussi haut que la r\u00e9v\u00e9lation passe l&rsquo;\u00e9pellation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">c)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sera aussi, enfin, comme nous l&rsquo;avons vu d&rsquo;abord, le moyen de d\u00e9nombrer, de disjoindre dans le rassemblement, les m\u00eames figures, et d&rsquo;exclure, par ce jeu des semblables, ce qui ne ressemble pas, ce qui est autrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu&rsquo;\u00e0 cette d\u00e9finition derni\u00e8re : l&rsquo;\u00e9tat des lieux (avant d&rsquo;entrer dans un nouveau domaine) ou des biens (avant de s&rsquo;en dessaisir), avant l&#8217;emm\u00e9nagement ou la saisie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la qu\u00eate, soit de l&rsquo;aventure, de l&rsquo;inattendu, du possible, de la d\u00e9couverte possible, soit de ce qui reste de l&rsquo;aboli ou du maintenu, de l&rsquo;\u00e9ventuel recouvrement comptable. Par le choix \u2013 libre ou non \u2013 du d\u00e9tour ou du retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais toujours, alors, \u00e0 certaine distance de ce qui fut quitt\u00e9, \u00e0 d\u00e9couvert, perdu, dans l&rsquo;espoir, l&rsquo;utopie d&rsquo;une autre d\u00e9couverte; ou de ce qui sera retrouv\u00e9, regagn\u00e9, recouvr\u00e9, le m\u00eame (la m\u00eame chose).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les trois acceptions, l&rsquo;inventaire s&rsquo;avoue d&rsquo;un ordre topologique. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de trouver (dehors) ou de venir dans, de tendre au discontinu, \u00e0 une \u00e9pellation, ou de tendre au continu, \u00e0 une r\u00e9v\u00e9lation, de d\u00e9couvrir au terme du d\u00e9tour ou de recouvrer par le retour, selon le sens choisi du Temps, ou le progr\u00e8s ou la r\u00e9currence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hors des d\u00e9finitions ici, des limites et des seuils, de compl\u00e9tude ou d&rsquo;ach\u00e8vement, mais encore dans l&rsquo;inach\u00e8vement de la maintenance et de l&rsquo;Histoire\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>3 Histoire des inventaires<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne m&rsquo;attacherai pas \u00e0 d\u00e9crire toutes les Figures inventori\u00e9es par les confectionneurs depuis les derni\u00e8res glaciations (laissant \u00e0 nos pal\u00e9ontologues le soin de remonter plus haut), car elles sont certes innombrables. Elles recouvrent pourtant un nombre restreint de croyances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certaines cr\u00e9ent de grands dieux, d&rsquo;autres des dieux moindres, et cette distinction d\u00e9j\u00e0 fait inventaire, car les seconds se retrouvent contenus dans les premiers, comme de petits cercles dans un grand, ou comme le Carr\u00e9 contient quatre carr\u00e9s au quart aussi bien que les quatre triangles \u00e9gaux (la base de chaque triangle \u00e9gale aux c\u00f4t\u00e9s du petit carr\u00e9), d&rsquo;o\u00f9 Pythagore tira son th\u00e9or\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur les 6000 ans qui inventorient les figures g\u00e9om\u00e9triques, je dirai le dieu \u00e9tranger, ph\u00e9nom\u00e9nal ou humain. Mais sur 12000 ans, depuis les derni\u00e8res glaciations jusqu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, le Dieu fut sans doute ph\u00e9nom\u00e9nal, humain puis \u00e9tranger (en tant que dieu \u00e9tranger), puis \u00e9tranger, ph\u00e9nom\u00e9nal, humain (en tant que ph\u00e9nom\u00e9nal), il est aujourd&rsquo;hui pour les uns humain \u2013 le Christ ou le Bouddha \u2013 pour les autres \u00e9trange \u00e9tranger (le Libre Esprit ou l&rsquo;Esprit Saint), pour les autres encore, plus loin dans le Futur, de nouveau ph\u00e9nom\u00e9nal, a\u00e9rien ou terrestre mais toujours f\u00e9minin, ou anima ou yin. Au moins ETRANGE HUMAIN pour tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je dirai A,B,C en 1,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C,D,E en2,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">E,F,G en 3,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N&rsquo;inventoriant ainsi que 7 ensembles de figures sur bien d&rsquo;autres possibles. Mais il n&rsquo;est pas temps de parler des 7, que le simple inventaire ignore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1-\u00a0\u00a0 <span style=\"text-decoration: underline;\">De la caverne \u00e0 l&rsquo;arche :<\/span> <em>le voyage<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y eut des temps o\u00f9 la Figure fut li\u00e9e au lieu de s\u00e9jour. Ce lieu-l\u00e0 : montagne ou grotte souterraine avec ses salles successives (le parcours \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur). Ou ces divers lieux : la grotte de la Vierge ou de la F\u00e9e, sans autre peinture que la tache de noir ou d&rsquo;ocre au creux de l&rsquo;anfractuosit\u00e9 symbole, et, loin de l\u00e0, les salles de l&rsquo;Aurochs ou du Lion, le parcours, ext\u00e9rieur, menant d&rsquo;un lieu \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">B)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du lieu sacr\u00e9, orn\u00e9 pour \u00eatre visit\u00e9, \u00e0 la diversit\u00e9 des lieux, situ\u00e9s et dispos\u00e9s pour une autre visite, nous passons aussi bien de la \u00ab\u00a0pierre lev\u00e9e\u00a0\u00bb aux grands parcours indiens d&rsquo;Am\u00e9rique ou des Bantous d&rsquo;Afrique : du lieu de rencontre \u00e0 la Roche du Mariage, de celle-ci au lieu d&rsquo;arriv\u00e9e, \u00e0 travers les 7, 8 ou 9 \u00e9tapes, de longueurs in\u00e9gales, que signalent des Roches orn\u00e9es diff\u00e9remment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;est \u00e9galement du lieu et du voyage que jouent les grandes qu\u00eates qui traitent d&rsquo;un d\u00e9luge et d&rsquo;une arche (du livre sum\u00e9rien de Gilgamesh \u00e0 l&rsquo;aventure du No\u00e9 biblique). Ici et l\u00e0, le voyage est seulement nombr\u00e9 (en nombres de jours et de nuits), la figure du lieu, l&rsquo;arche, est \u00e0 la fois nombr\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire mesur\u00e9e, et orn\u00e9e \u2013 par les animaux log\u00e9s aux divers \u00e9tages et dans la longueur, de la poupe \u00e0 la proue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parfois, comme dans le Livre de Gilgamesh, d&rsquo;autres voyages du roi pr\u00e9c\u00e9deront la description de l&rsquo;arche, et la suivront, jusqu&rsquo;aux enfers. En ce cas, l&rsquo;ensemble du voyage constituera lui-m\u00eame une autre Figure, cardinale : du sud et de l&rsquo;est vers l&rsquo;ouest et le nord, en la qu\u00eate du primitif No\u00eb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2-\u00a0\u00a0 <span style=\"text-decoration: underline;\">De la croix cardinale aux deux cercles :<\/span><em> l&rsquo;Ambivalence<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une m\u00eame symbolique d&rsquo;errance hantera les sages de Babylone (on pense \u00e0 Outoul-Enlil vers -2000), puis les sages grecs, mille ans plus tard. Enlil ici, ou bien Eole dans l&rsquo;Odyss\u00e9e, rappelleront les dieux du Vent de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e sum\u00e9rienne. Ils seront les Elohim ou la voix d&rsquo;El, le p\u00e8re de Iahv\u00e9, pour Abraham d&rsquo;abord, puis pour Mo\u00efse. Une autre arche se retrouve, terrestre, au c\u0153ur des entretiens divins, une autre Figure, ou bien la m\u00eame, non moins pr\u00e9cise en son ordonnancement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cardinaux ont fait le lien des qu\u00eates ouraniennes \u00e0 l&rsquo;Arche. Ils ont partag\u00e9 en figures \u00e9gales les 4 voyages d&rsquo;Abraham ou en une pareille partition les \u00ab\u00a0ordres de marche\u00a0\u00bb des Tribus, \u00e9tablis par Mo\u00efse lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus tard, ce seront encore les cardinaux qui r\u00e9giront le p\u00e9riple d&rsquo;Ulysse, de l&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;ouest, et du sud au nord, de la mer Eg\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Oc\u00e9an Atlantique nord, puis des \u00eeles fleuries de l&rsquo;Atlantique sud \u00e0 l&rsquo;Ithaque retrouv\u00e9e (plein est). Ils ordonneront le partage de la Terre Promise entre les 12 Tribus avant que de figurer, Pour Ez\u00e9chiel, les portes de la J\u00e9rusalem nouvelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, d\u00e9j\u00e0, dans ces quinze si\u00e8cles qui se prennent de Tab Outoul \u00e0 Ez\u00e9chiel, une autre figure que cardinale a formul\u00e9 le Grand Inventaire, d&rsquo;autres dieux que le Souffle et l&rsquo;Archer(ou l&rsquo;Arc) l&rsquo;ont r\u00e9gi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Vierge ou l&rsquo;Ea Premi\u00e8re (ch\u00e8vre \u00e0 queue de poisson) ou Rh\u00e9a ou\u00a0 Gh\u00e9a, l&rsquo;ancienne divinit\u00e9 de nouveau honor\u00e9e, est d\u00e9esse et terrienne. En Chine, dans l&rsquo;Inde, plus tard en Egypte et en Gr\u00e8ce voient le jour des ensembles topologiques qui tendent \u00e0 recouvrir le monde connu, la Ville en \u00e9tant le centre ou le moyeu autour de laquelle s&rsquo;irradient, comme des rayons, d&rsquo;autres villes-parages (g\u00e9n\u00e9ralement 12) ou, au contraire, comme dans les anciennes Babels, la Ville \u00e9tant l&rsquo;enceinte \u00e0 l&rsquo;abri de laquelle s&rsquo;accumulent les tr\u00e9sors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus tard, d&rsquo;autres figures symboliseront le vide et le trop plein : la colonne ionienne, avant la corinthienne mais apr\u00e8s la dorienne, depuis la nudit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ornemental, la fleur et la volute. Mais la symbolique des deux Villes n&rsquo;abandonne pas les confectionneurs. D&rsquo;Ez\u00e9chiel en son Livre jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Apocalypse de Jean, la Babel, Babylone, \u00ab\u00a0encombr\u00e9e de marchandises et de marchands, mangeuse de viandes\u00a0\u00bb s&rsquo;oppose \u00e0 la J\u00e9rusalem Nouvelle, que traversent les Quatre Fleuves et que recouvrent les seules ramures de l&rsquo;Arbre aux 12 fruits. Quinze si\u00e8cles apr\u00e8s Ez\u00e9chiel, ce seront l&rsquo;Enfer et le Paradis de nos Myst\u00e8res m\u00e9di\u00e9vaux (aujourd&rsquo;hui seulement la Cour et le Jardin de nos th\u00e9\u00e2tres bourgeois).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, tandis que s&rsquo;amenuisent les figures citadines, d&rsquo;autres figures ont vu le jour et connu d&rsquo;autres mues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Primitivement, peut-\u00eatre, les Cercles furent chinois : ils pr\u00e9sident au premier Yi King, sous les noms de \u00ab\u00a0ciel ant\u00e9rieur\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0ciel post\u00e9rieur\u00a0\u00bb, car l&rsquo;une des roues tourne en sens inverse de l&rsquo;autre. Chacune porte les 8 trigrammes, et les rencontres des deux cercles \u00e9l\u00e8vent ce nombre \u00e0 64 hexagrammes (8&#215;8).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9, selon la Tradition, Confucius proc\u00e8de \u00e0 la derni\u00e8re refonte du Livre des Mutations, Pythagore compl\u00e8te math\u00e9matiquement une nouvelle approche de l&rsquo;univers, par l&rsquo;invention du nombre d&rsquo;Or, et s&rsquo;opposent les deux proph\u00e8tes, H\u00e9raclite et Parm\u00e9nide, dont Platon, un si\u00e8cle plus tard, tentera de concilier les vues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sera par les deux cercles encore : celui du M\u00eame (le yin chinois, le continu de Parm\u00e9nide) et celui de l&rsquo;Autre (le yang, le discontinu h\u00e9raclitien). Comme les orientaux, ax\u00e9s en sens inverse et plus moins s\u00e9cants, selon des degr\u00e9s de p\u00e9n\u00e9tration que tente de d\u00e9crire le <span style=\"text-decoration: underline;\">Tim\u00e9e<\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mille ans plus tard, le M\u00eame sera devenu l&rsquo;humide, puis le Mercure, puis la Substance, l&rsquo;Autre sera devenu le sec, puis le Soufre, puis la Forme, par l&rsquo;\u00e9volution des Teintures (des \u00e9toffes, des m\u00e9taux) \u00e0 la magistrale alchimie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3-\u00a0\u00a0 <span style=\"text-decoration: underline;\">De la Kabbale \u00e0 Yeats :<\/span><em> le D\u00e9passement<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">E)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aucune des duades pr\u00e9c\u00e9dentes n&rsquo;a exclu la qu\u00eate d&rsquo;une trilogie. Aux deux cavernes ou aux deux villes s&rsquo;adjoint le parcours de l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre; de m\u00eame pour les deux villes. A la Demeure de Dieu et au Parvis s&rsquo;adjoint le Temple m\u00eame, que figurent les branches du Chandelier. Ez\u00e9chiel n&rsquo;a pas oppos\u00e9 l&rsquo;antique Babel \u00e0 la J\u00e9rusalem nouvelle sans sugg\u00e9rer les parcours \u2013 des plus complexes \u2013 qui m\u00e8nent de l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre. Ce sont aussi les chemins de la Semblance entre les Visages, bestiaux et pa\u00efens, et les Roues des anges, en sa vision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par le <span style=\"text-decoration: underline;\">Sepher Yetsira<\/span>, la premi\u00e8re Kabbale recueille l&rsquo;h\u00e9ritage de Mo\u00efse et d&rsquo;Ez\u00e9chiel : sa Figure reproduit celle du Temple de toile; ses Lettres-m\u00e8res, Aleph, Shin et M\u00eam (A, U, M chez les Brahmanes) symbolisent la Roue, le C\u0153ur et les Visages du Dragon. En alquimique science ce sera le Mixte, plus tard le Sel, entre le Mercure\/roue et la sulfureuse figure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, c&rsquo;est ce 3<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9l\u00e9ment ou facteur, toujours, qui prime sur les deux premiers, relance le mouvement et change la figure : Voyage, qu\u00eate, fl\u00e8che de l&rsquo;Archer, Semblance d&rsquo;Ez\u00e9chiel ou S\u00e9cante de Platon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand, au 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, Basile Valentin ou Paracelse inventorient le Sel, ils transforment l&rsquo;alchimie en chimie; ils remplacent la roue et le visage par la \u00ab\u00a0droite lib\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_87\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META7.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-87\" class=\"size-medium wp-image-87\" title=\"META7\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META7-300x201.jpg\" width=\"300\" height=\"201\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META7-300x201.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META7.jpg 320w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-87\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat d&rsquo;apr\u00e8s une gravure de Paracelse<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">F)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est en 1536 que, selon Paracelse, le Serpent, le Sator\/soter, quitte les roues que ses reptations faisaient mouvoir (selon la 1<sup>\u00e8re<\/sup> figure de la <span style=\"text-decoration: underline;\">Prognostication<\/span>). Ce sera, de fait, dix ans plus tard, lors de l&rsquo;ouverture du concile de Trente. En la soixantaine d&rsquo;ann\u00e9es qui suivent, vingt proph\u00e8tes de premi\u00e8re grandeur, de Thomas More \u00e0 Campanella ou d&rsquo;Erasme \u00e0 Kepler (tous les Rose-Croix) auront forg\u00e9 la nouvelle R\u00e9publique, la nouvelle Utopie, con\u00e7u toutes ses machines et m\u00e9caniques, comme Sc\u00e8ve, d\u00e9crit sa qu\u00eate rectiligne, n\u00e9gatrice de l&rsquo;\u00e9ternel retour, annonc\u00e9 ses merveilles : l&rsquo;ambitieuse m\u00e9decine, les pas de l&rsquo;homme sur la lune, ses redoutables armements\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, d&rsquo;une autre mani\u00e8re, cette terrible utopie, que fonde l&rsquo;Observation de Campanella, ou cet \u00ab\u00a0Eloge de la Folie\u00a0\u00bb, que, trois si\u00e8cles plus tard, confirmera l&rsquo;<span style=\"text-decoration: underline;\">entropie<\/span> de Clausius, elles n&rsquo;arrachent pas l&rsquo;Inventaire aux figures. Simplement, celles-ci ont chang\u00e9, une fois de plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la Queste foresti\u00e8re de Merlin le Fou ou de Gauvin ou de Perceval, les vains qu\u00eateurs du Graal, a succ\u00e9d\u00e9 la chasse du prince, du fils de Roi, Galaad. Le Vase s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9, vide et tel que son contenu devra gr\u00e9er \u00e0 chacun, non plus seulement empli d&rsquo;on ne sait quel Sang R\u00e9al (r\u00e9el, du Christ, ou royal, qui sauvera le Roi).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;inventaire soigneux mais fix\u00e9 une fois pour toutes, de l&rsquo;alchimie et de la qu\u00eate chr\u00e9tienne, succ\u00e8de un d\u00e9passement tout diff\u00e9rent, dans le sens \u00ab\u00a0insens\u00e9\u00a0\u00bb que Dieu propose, impose \u00e0 l&rsquo;homme, selon le Coran. Non plus le P\u00e9lican qui verse, renverse son eau sur le grain\/mati\u00e8re premi\u00e8re pour en faire une salamandre, mutante en ses mille couleurs, mais le Ph\u00e9nix, en son envol impr\u00e9visible, selon Nuysement, po\u00e8te rose-croix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette esp\u00e9rance met un terme non seulement \u00e0 l&rsquo;alchimie mais \u00e0 toutes les figures marines, de m\u00eame fond\u00e9es sur l&rsquo;eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">G)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s souvent, la Figure s&rsquo;impose en ses d\u00e9buts, la formulation de l&rsquo;Inventaire, puis en sa fin, son accomplissement, \u00e0 le veille de dispara\u00eetre. Tels furent les Cavernes, les Arches, les Cit\u00e9s, les Cercles. Telles furent\u00a0 les figures de l&rsquo;Eau, dont l&rsquo;origine, toute l\u00e9gendaire, remonte au Poisson\/dauphin de Delphes, \u00e0 la Baleine de Jonas, au Poisson de Tobie, au N\u00e9 de l&rsquo;Eau (Narayana) des Upanishad indiens (vers 700 avant J.-C.). Elles ont surv\u00e9cu, bien s\u00fbr, pendant toute l&rsquo;\u00e8re du Bouddha ou du Christ, de Tonapa, l&rsquo;homme au radeau de couleuvres, en Am\u00e9rique du sud : p\u00eache miraculeuse, multiplication des poissons, marche sur l&rsquo;eau dompt\u00e9e\u2026 Ce sont ces figures marines que J\u00e9sus tra\u00e7ait dans le sable avant de sauver la femme adult\u00e8re, puisque c&rsquo;est au bord de la fontaine qu&rsquo;il d\u00e9livre la Samaritaine et que le lavement des pieds est son dernier message dans l&rsquo;\u00e9vangile de Jean. Comme c&rsquo;est la rivi\u00e8re ou le fleuve merveilleux (le Gange) que fait sourcer la fl\u00e8che du Bouddha. Le premier M\u00e9rov\u00e9e na\u00eet de l&rsquo;eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand Christophe Colomb navigue vers l&rsquo;ouest pour atteindre l&rsquo;est, il sait et dit que le Soleil se l\u00e8ve \u00e0 l&rsquo;Est et que l\u00e0-bas s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve le seul Paradis, mais que le r\u00e9el est circulaire et que, pour atteindre cet Eden, c&rsquo;est vers l&rsquo;Ouest qu&rsquo;il faut aller.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, \u00e0 l&rsquo;Ouest n&rsquo;est que l&rsquo;accomplissement des figures marines. En la fin du symbole vont surgir cent ouvrages qui diront la fin monstrueuse du L\u00e9viathan (Hobbes), du Grand Poisson (Hemingway) mais aussi de la Baleine Blanche (Melville). Vingt si\u00e8cles de voyages maritimes s&rsquo;abolissent dans le Temps qui s\u00e9pare le Bateau Ivre du Bateau Lit. Rimbaud-Jarry : les trente derni\u00e8res ann\u00e9es du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre cycle s&rsquo;ouvre en cette fin, comme de l&rsquo;Arche-bateau \u00e0 l&rsquo;Arche-temple, ou comme de la Teinture des m\u00e9taux \u00e0 l&rsquo;Alquimie (par les \u00e9sot\u00e9rismes de l&rsquo;Assyrie, puis de Rome). Mais avant que d&rsquo;en d\u00e9crire les nouvelles Figures (<span style=\"text-decoration: underline;\">c\u00e9libataires<\/span>, selon Carrouges), il convient de prendre un peu de recul, pour en dire l&rsquo;inanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">4 Le Motif et le Joint :<\/span> <em>l&rsquo;Inversion<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;inventaire est figure, mais comment en parler, si ce n&rsquo;est avec des mots?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai longtemps recherch\u00e9 le terme exact, celui qui limite aussi rigoureusement qu&rsquo;il signifie. On ne recense pas un inventaire avant de l&rsquo;avoir confectionn\u00e9; on dit rarement : confectionner un inventaire, on dit : le <span style=\"text-decoration: underline;\">dresser<\/span>, et dans ce but d\u00e9termin\u00e9 : recouvrir, englober un <span style=\"text-decoration: underline;\">exercice<\/span> (g\u00e9n\u00e9ralement, le cycle d&rsquo;une ann\u00e9e).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant les vocables : dresser, exercice, ne sont pas moins polys\u00e8mes que \u00ab\u00a0relief\u00a0\u00bb : ce qui reste, ce qui s&rsquo;\u00e9rige, ou \u00ab\u00a0parade\u00a0\u00bb : ce qui d\u00e9fend, prot\u00e8ge (le parage) et qui expose les ornements, les parures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) En un sens, le dressage et l&rsquo;exercice sont des actes similaires. Ils signifient tous deux : enseignement, instruction, apprentissage. On dresse ou on exerce un cheval, un \u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 peine si \u00ab\u00a0dressage\u00a0\u00bb tourne plus vers l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation ou l&rsquo;\u00e9levage, car \u00ab\u00a0dresser\u00a0\u00bb c&rsquo;est toujours \u00ab\u00a0\u00e9lever\u00a0\u00bb, et, par suite : corriger, remettre droit, tirer un trait (dresser un plan); par extension encore : arranger, aplanir, construire, mettre en place;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">et si \u00ab\u00a0exercice\u00a0\u00bb indique plus pr\u00e9cis\u00e9ment de certains mouvements, une certaine conduite, soit une application concr\u00e8te (l&rsquo;exercice d&rsquo;un m\u00e9tier), soit un progr\u00e8s moral, abstrait, comme l&rsquo;exercice spirituel de Loyola et de ses j\u00e9suites, car l&rsquo;exercice demeure li\u00e9 au processus m\u00eame du cycle : instructif, il ne peut \u00eatre qu&rsquo;un ensemble de mots, de gestes, un rituel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b) Au contraire, s&rsquo;ils ne sont synonymes, les deux mots n&rsquo;ont rien en commun. Le dressement est de l&rsquo;espace, l&rsquo;exercice du temps. Le premier tend \u00e0 surmonter, \u00e0 surplomber : il est une \u00e9rection. Le second tend \u00e0 conserver, \u00e0 maintenir, tout le temps du cycle, sinon d&rsquo;un cycle \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or un mot exprime \u00e0 la fois ce qui s&rsquo;\u00e9rige et surplombe, ce qu&rsquo;on admire de loin, le relief et la parure. C&rsquo;est le mot : Motif (au sens de \u00ab\u00a0figure\u00a0\u00bb, car ce peut \u00eatre \u00ab\u00a0motivation\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et un mot exprime l&rsquo;id\u00e9e de continuit\u00e9 \u2013 d&rsquo;une dur\u00e9e \u2013 et de continuation d&rsquo;un rituel : le mot : Joint, jointure dans le monde physique, jonction dans l&rsquo;abstrait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si toute Compl\u00e9tude n&rsquo;est que le Contingent des Motifs, toute Maintenance se fonde sur la n\u00e9cessite du Joint. Dressage (ou Dressement) est la premi\u00e8re qu\u00eate, depuis le besoin\/motivation, et la \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb encore. Exercice est la deuxi\u00e8me qu\u00eate, depuis la contingence des axiomes jusqu&rsquo;\u00e0 cette n\u00e9cessit\u00e9\/foi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sait que le motif (et la motivation) se fonde sur le semblable, l&rsquo;analogie, la \u00ab\u00a0m\u00eame chose\u00a0\u00bb. Pour quoi les motifs sont pour le moins doubles, dans une architecture ou des deux c\u00f4t\u00e9s de la chemin\u00e9e. Le motif a pour mobile de se r\u00e9p\u00e9ter, serait-ce le motif musical. Au contraire, le joint unit des objets diff\u00e9rents ou des \u00ab\u00a0choses autrement\u00a0\u00bb, ceux en qui la similitude n&rsquo;a pas cr\u00e9\u00e9 d\u00e9j\u00e0 une connivence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dire qu&rsquo;il existera deux fa\u00e7ons d&rsquo;inventaire : l&rsquo;une qui se fonde sur les m\u00eames choses, les \u00ab\u00a0\u00e9quivalences\u00a0\u00bb, comme si, entre diverses croyances, je rechercherais la similitude qui les recueille toutes en un seul dieu : l&rsquo;inventaire monoth\u00e9iste. L&rsquo;autre, qui se fonde sur les diff\u00e9rences \u2013 entre des figures successives, n\u00e9cessairement, mais dispos\u00e9es dans un tel \u00ab\u00a0ordre\u00a0\u00bb que cet ordonnancement leur est une jonction suffisante (les jours de la semaine, les mois de l&rsquo;ann\u00e9e, les signes de l&rsquo;\u00e8re).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, si je consid\u00e8re les figures ou compar\u00e9es ou ordonn\u00e9es par l&rsquo;homme depuis la derni\u00e8re glaciation, je dois constater que :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A) le processus d&rsquo;enroulement qui associe \u2013 toujours paradoxalement \u2013 deux divinit\u00e9s en une interdit toute pr\u00e9cision dans le calcul de leurs probabilit\u00e9s de position, en tant que motifs, sinon de seulement les discerner. Ainsi de l&rsquo;Ouranien et de l&rsquo;Archer en Iahv\u00e9, ou de la Voix et de la Lumi\u00e8re, puis de la Vierge et de la D\u00e9esse M\u00e8re \u00e0 Delphes, \u00e0 Eleusis, puis du Voyage et des Cit\u00e9s, de la Forme et de la Substance, du Sang R\u00e9al et du Graal, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand le polyth\u00e9isme tend \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer l&rsquo;antique Monoth\u00e9isme, n&rsquo;est-ce pas ce chevauchement des Figures qui interdit d&rsquo;atteindre \u00e0 la reconnaissance, ou \u00e0 la cr\u00e9ation ou \u00e0 la science de l&rsquo;Equivalence universelle, par quoi se d\u00e9finirait le Grand Ensemble, la pl\u00e9nitude\/dieu?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">B) la maintenance d&rsquo;un Ordre d\u00e9fini n&rsquo;est pas moins introuvable en une succession de figures qui nous propose simultan\u00e9ment les deux sens contraires :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1) Eau (1<sup>\u00e8re<\/sup> Arche) \u2013 Feu (2<sup>\u00e8me<\/sup> Arche) \u2013 Terre Premi\u00e8re \u2013 Air (les deux zodiaques ou les deux Cercles) \u2013 Eau (les Voyages maritimes) \u2013 Feu (le Prince qu\u00eateur et la Forge),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2) Eau (du D\u00e9luge) \u2013 Air (le Souffle, la Voix) \u2013 Terre (virginale) \u2013 Feu (les m\u00e9taux et l&rsquo;alchimie) \u2013 Eau (la fin de l&rsquo;alchimie ou la fin des voyages) \u2013 Air et Verseau (le Cosmos).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et n&rsquo;est-ce pas \u2013 comme le montrent les qu\u00eates hallucin\u00e9es de la fin des Moyen Age \u2013 \u00e0 cet \u00e9trange hiatus entre les sens (le direct et le pr\u00e9cessionnel) que doit s&rsquo;attribuer la difficult\u00e9 du passage, tous les deux mille ans renouvel\u00e9, du monoth\u00e9isme au polyth\u00e9isme, l&rsquo;estimation inestimable de la nouvelle coh\u00e9rence, d&rsquo;un nouvel ordre?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, si toute compl\u00e9tude n&rsquo;est jamais qu&rsquo;un contingent, elle n&rsquo;est qu&rsquo;une Forme sans autre contenu que soi-m\u00eame (l&rsquo;horloge, le cycle). Si toute maintenance s&rsquo;ach\u00e8ve au terme de sa vie, de sa dur\u00e9e, elle s&rsquo;ach\u00e8ve aussi en la fin du cycle, qui la contient toute, \u00e0 l&rsquo;exclusion de tout reste. Cette n\u00e9cessit\u00e9\/loi qu&rsquo;on nomme l&rsquo;<span style=\"text-decoration: underline;\">entropie<\/span> est la motivation m\u00eame (n\u00e9cessit\u00e9\/besoin) qui fait la relance du cycle, un jour apr\u00e8s le jour. En sa disjonction la maintenance abolie ne peut reconduire qu&rsquo;au nouveau motif. Et le lieu de ce manque (destin\/besoin) n&rsquo;est autre que la Forme Vide o\u00f9 le cycle se recommence, \u00e0 l&rsquo;inverse du chevauchement du contingentement et de la contingence, en l&rsquo;Etre M\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>5 <span style=\"text-decoration: underline;\">Les derni\u00e8res figures<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les p\u00e9riodes o\u00f9 les dieux peuvent \u00eatre dits d\u00e9funts, comme du calendrier hell\u00e9nistique (-312) au renouveau des panth\u00e9ons, deux si\u00e8cles plus tard, ou comme du calendrier r\u00e9publicain (1789) \u00e0 notre \u00e9poque, se trouvent naturellement \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 des Royaumes de Dieu, Eden ou Terre Promise, Temps de Tous les Saints, vers -1350 ou +800. Yeats, que je citerai beaucoup en ce livre, donne les dates, plus traditionnelles mais moins pr\u00e9cises : 0 et 1050. En poursuivant : 2100.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu importe ici. L&rsquo;essentiel est que ces p\u00e9riodes regorgent d&rsquo;inventaires figur\u00e9s, et que leurs inventeurs particuli\u00e8rement s&rsquo;attachent non pas au chevauchement de l&rsquo;Un, qu&rsquo;ils ne vivent pas, mais aux contours, reliefs, dressements de la Forme Vide, de la Figure en soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n\u00e9gligerai les innombrables figures herm\u00e9tiques du 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., comme de Bolos \u00e0 Varon, par Ennius, Carn\u00e9ade, Lucr\u00e8ce, etc., pour ne m&rsquo;attacher qu&rsquo;\u00e0 celles de notre \u00e9poque, assez nombreuses pour que leur \u00e9tude occupe une vie d&rsquo;homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De leur \u00e9bauche \u2013 inachev\u00e9e \u2013 jusqu&rsquo;\u00e0 leur fin, toute provisoire, elles couvrent les deux si\u00e8cles, en leur syst\u00e9matique la plus concr\u00e8te le si\u00e8cle, en leur divagation la plus, ou la mieux, cr\u00e9atrice, les cinquante ans. Selon le sch\u00e8me :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C) un grand cycle ext\u00e9rieur, qui embrasse les deux si\u00e8cles, du <span style=\"text-decoration: underline;\">M\u00e4rchen<\/span> de Goethe et de la Critique de la raison pure aux innombrables figures de ce temps, de la macrobiologie (Watson), de la neurobiologie (Laborit), de la psychanalyse jungienne (Soli\u00e9), etc., sans oublier la figure que d\u00e9crit cet inventaire;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D) le petit cycle de cinquante ans, comme de Rimbaud \u00e0 Jarry, qui embrasse les machines proprement \u00ab\u00a0c\u00e9libataires\u00a0\u00bb, de Villiers de l&rsquo;Isle Adam, Kafka, Jarry, Roussel, Duchamp, mais aussi le r\u00eave de Mallarm\u00e9 : le Livre et la Qu\u00eate d&rsquo;Alice au pays des merveilles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;ailleurs, toutes ces \u00ab\u00a0machines\u00a0\u00bb ne d\u00e9crivent qu&rsquo;une qu\u00eate \u00e0 travers les quatre mondes, c&rsquo;est-\u00e0-dire la partie centrale de la Figure : voyages \u00e0 travers un jardin (<span style=\"text-decoration: underline;\">Locus solus<\/span>) ou l&rsquo;Egypte (<span style=\"text-decoration: underline;\">Nouvelles impressions d&rsquo;Afrique<\/span>), d&rsquo;un bord \u00e0 l&rsquo;autre de l&rsquo;Atlantique (<span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;Eve future<\/span>), au monde souterrain, f\u00e9\u00e9rique (<span style=\"text-decoration: underline;\">Alice<\/span>), de la vie \u00e0 la mort et de la mort \u00e0 la vie (<span style=\"text-decoration: underline;\">Faustroll<\/span>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Carrouges et moi avons longuement d\u00e9crit les quatre mondes que suffisent \u00e0 d\u00e9nommer les cardinaux :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">nord-ouest\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 nord-est<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">sud-ouest\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 sud-est<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">mais que j&rsquo;ai d\u00e9finis plus pr\u00e9cis\u00e9ment comme le parcours m\u00eame de la lumi\u00e8re :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">longueur d&rsquo;onde et couleurs\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 ionisation de<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">les apparences de l&rsquo;\u00e9tendue\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l&rsquo;Espace<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">fr\u00e9quences : la masse\/\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la forme<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00e9nergie en sa dur\u00e9e\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 du temps<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">E) interm\u00e9diaire entre le plus grand et le plus petit, un cycle d&rsquo;un si\u00e8cle plus ou moins (1840\/1936) ach\u00e8ve la description ou l&rsquo;inventaire de la Figure, dont je m&rsquo;occuperai pr\u00e9cis\u00e9ment ici. Car, des machines qui jalonnent la p\u00e9riode, cent \u00e9sot\u00e9ristes ont jou\u00e9 sans vergogne et, parfois, sans les citer, d&rsquo;Eliphas L\u00e9vi \u00e0 Ossendowski, par Papus et Gu\u00e9non, tandis qu&rsquo;autant de po\u00e8tes leur devaient quelques vers, une quelconque illumination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces machines sont au nombre de 3, les trois branches du E :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; avant 1850, le <span style=\"text-decoration: underline;\">prognoscope<\/span> de Wronski (1778-1853)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; de 1896 \u00e0 1909, l&rsquo;<span style=\"text-decoration: underline;\">arch\u00e9om\u00e8tre<\/span> de Saint-Yves d&rsquo;Alveydre<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; de 1917 \u00e0 1923, avec reprises et commentaires jusqu&rsquo;en 1936 : la <span style=\"text-decoration: underline;\">vision<\/span> du po\u00e8te anglais W.B. Yeats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce que ces \u0153uvres furent inconnues du grand public, on ne d\u00e9duire que leurs auteurs s&rsquo;ignor\u00e8rent l&rsquo;un l&rsquo;autre. Une \u00e9trange continuit\u00e9 les relie, dont le fil pourrait \u00eatre constitu\u00e9 des Lytton, p\u00e8re et fils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En France, la qu\u00eate de Wronski, parent de Mme de Balzac, passionnait l&rsquo;\u00e9crivain, comme on le voit par le personnage de Lambert et par <span style=\"text-decoration: underline;\">La Qu\u00eate de l&rsquo;Absolu<\/span>. Balzac doit \u00e0 l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme, du moins, la grande id\u00e9e qui animera toute son \u0153uvre et que d\u00e9finit d\u00e9j\u00e0 un roman de jeunesse : <span style=\"text-decoration: underline;\">St\u00e9nie<\/span>, en 1818. La recherche des lois du hasard, consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab\u00a0l&rsquo;incidence forc\u00e9e des accidents partiels\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00eame famille polonaise sera celle de l&rsquo;\u00e9pouse de Sain-Yves d&rsquo;Alveydre, et ce sera le fant\u00f4me de cette \u00e9pouse qui, apr\u00e8s 1896, communiquera au mage les \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;Arch\u00e9om\u00e8tre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant au fil des Lytton, le p\u00e8re, Lord Butler, c\u00e9l\u00e8bre auteur des \u00ab\u00a0Derniers jours de Pomp\u00e9i\u00a0\u00bb, avait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;ami de Wronski et de L\u00e9vi, h\u00e9ritier du <span style=\"text-decoration: underline;\">Prognom\u00e8tre<\/span>; le fils, ami de Saint-Yves et de Papus, lui-m\u00eame \u00e9l\u00e8ve de L\u00e9vi, politicien et po\u00e8te, ne sera pas inconnu de Gu\u00e9non et de ses soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes. L&rsquo;un des cr\u00e9ateurs du Golden Dawn, le second lord Lytton y connut s\u00fbrement Yeats et Hardy, sinon, par eux, le colonel Lawrence\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car le cycle E est lui-m\u00eame contenu dans le B, qui engloberait toute la p\u00e9riode rationaliste, depuis les Rose-Croix de 1600 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Ermite \u00e0 na\u00eetre au XXIe si\u00e8cle, selon Mahomet et Paracelse. Il n&rsquo;est pas indiff\u00e9rent que l&rsquo;adolescence de Wronski d\u00fbt \u00eatre nourrie des \u0153uvres de Kant et de Goethe, que celle de Saint-Yves fut, \u00e0 Jersey, la p\u00e9riode des \u00ab\u00a0tables parlantes\u00a0\u00bb de Hugo et que le fantastique moderne d&rsquo;une part, un pr\u00e9-nazisme de l&rsquo;autre eurent certainement leurs germes dans le Golden Dawn. En B, les Trois Machines joignent le r\u00eave de Swedenborg et des Illumin\u00e9s de Bavi\u00e8re \u00e0 celui de Lawrence ou celui d&rsquo;Artaud. S&rsquo;y reconnaissent l&rsquo;ach\u00e8vement du Transcendantalisme de Kant, de Poe, d&rsquo;Emerson, et le germe des structuralismes de notre si\u00e8cle finissant. Au c\u0153ur, naturellement, le Hugo de <span style=\"text-decoration: underline;\">Dieu<\/span> et de <span style=\"text-decoration: underline;\">La fin de Satan<\/span>, mais aussi les grands adversaires : Darwin\/Lamarck, Marx\/Proudhon, Freud\/Jung\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Figures, pourtant, ne se r\u00e9p\u00e8tent pas l&rsquo;une l&rsquo;autre, puisque Wronski construit deux sph\u00e8res l\u00e0 o\u00f9 Saint-Yves parle de deux cercles, Yeats de deux c\u00f4nes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Wronski se fonde sur 96 structures : 32 \u00ab\u00a0portes\u00a0\u00bb o\u00f9 s&rsquo;inscrivent 3 \u00ab\u00a0sciences\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;image des 32 Voies kabbalistiques et des 3 Lettres-m\u00e8res du Yetsira. Saint-Yves joue des 22 lettres de la Kabbale en m\u00eame temps que des 12 zodiacaux, et Yeats des 12 en m\u00eame temps que des 28 phases lunaires (14&#215;2).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, il s&rsquo;agit toujours de r\u00e9pondre \u00e0 la question que l&rsquo;humanit\u00e9 se pose depuis les grottes glaciaires : comment l&rsquo;Etre-objet \u2013 quel que soit cet \u00eatre \u2013 passe-t-il d&rsquo;une figure \u00e0 l&rsquo;autre, de l&rsquo;ouest vers l&rsquo;est ou \u00e0 l&rsquo;inverse, d&rsquo;une sph\u00e8re, d&rsquo;un cercle, d&rsquo;un c\u00f4ne \u00e0 l&rsquo;autre? Il s&rsquo;agit toujours d&rsquo;une Machine circulaire, dont toutes les sciences (ou autres structures choisies) sont les degr\u00e9s, ou \u00ab\u00a0dont les connaissances associ\u00e9es sont les rayons\u00a0\u00bb selon l&rsquo;expression de Wronski. Il s&rsquo;agit toujours de savoir comment peuvent op\u00e9rer de compagnie, dans un cycle quelconque, les Nombres, les Figures et les Vocables qui constituent les seuls Aspects concevables de l&rsquo;Etre-objet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et il s&rsquo;agit toujours, par suite, de confectionner un inventaire aussi complet que possible, d&rsquo;une part, et de l&rsquo;autre aussi durable que possible, en d\u00e9pit de l&rsquo;imperfection de l&rsquo;inventeur et de l&rsquo;entropie qui ach\u00e8ve toute chose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>6 <span style=\"text-decoration: underline;\">La caverne et l&rsquo;autel<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces points communs : les deux figures, les deux sens, les deux positionnements (\u00e0 l&rsquo;est et \u00e0 l&rsquo;ouest) sont plus essentiels que les divergences entre Wronski, Saint-Yves et Yeats. Ils soulignent ces autres analogies qui se d\u00e9couvrent, sur dix mille ans et plus, en toutes figures cr\u00e9\u00e9es, inventori\u00e9es, en tout inventaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;y ajoute la notion que seul le po\u00e8te anglais formule : une dialectique permanente entre le Vide et le Plein, le manque et le chevauchement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les navigateurs de Sumer et de la Bible, la grotte vide et les cavernes peintes sont devenues le d\u00e9sert liquide et la \u00ab\u00a0compl\u00e8te\u00a0\u00bb population de l&rsquo;Arche. Ici, la Compl\u00e9tude sauve du d\u00e9faut de Maintenance (le d\u00e9luge). Mais, pour Mo\u00efse de m\u00eame, l&rsquo;Autel, la Demeure de Dieu, contient le Dieu de Feu en ses trois personnes : formellement, l&rsquo;Arche m\u00eame, le Chandelier et les Offrandes, mat\u00e9riellement : l&rsquo;or, la toison de b\u00e9lier et l&rsquo;acacia en l&rsquo;Arche, etc. A l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9, il n&rsquo;est que le parvis, vide si ce n&rsquo;est de la foule, n\u00e9gligeable. Dieu est dans l&rsquo;autel, lui-m\u00eame trinitaire (l&rsquo;EN Sof), la justice commune en troisi\u00e8me position, pour les 12 tribus. En deuxi\u00e8me position, le temple m\u00eame, en la dialectique des deux sens, de l&rsquo;assembl\u00e9e vers l&rsquo;Etre ou de l&rsquo;Etre vers l&rsquo;assembl\u00e9e, par la justice\/foi d&rsquo;une part, la Justice\/Dieu de l&rsquo;autre, c&rsquo;est-\u00e0-dire en l&rsquo;Alliance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce seront aussi les basiliques de la chr\u00e9tient\u00e9, o\u00f9 Pistis\/Basis, le dieu-verbe, tiendra la place du dieu-archer dans le temple<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>[1], et les kabbales, qui joueront des Lettres comme d&rsquo;autres figures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Diversement, semblablement, c&rsquo;est le M\u00eame en soi, plein de sa mati\u00e8re\/\u00e9nergie, et l&rsquo;Autre, vide, car on ne conna\u00eet d&rsquo;autrui que l&rsquo;ext\u00e9rieur; c&rsquo;est de la Substance et de la Forme que jouent les figures de Platon et d&rsquo;Augustin : les deux Cercles ou les deux Cit\u00e9s. Plus tard, en la corruption de la chair-dieu, dans le refus du miracle, l&rsquo;apparence (ext\u00e9rieure), la mati\u00e8re (int\u00e9rieure), ou bien la longueur d&rsquo;onde et la fr\u00e9quence, en la Figure d\u00e9nombr\u00e9e, d\u00e9figur\u00e9e. L&rsquo;Objet et le Sujet de Kant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce sont surtout les \u0153uvres qui ach\u00e8vent les temps sans dieu dont on peut dire qu&rsquo;elles se consacrent enti\u00e8rement \u00e0 ce probl\u00e8me, se constituent sur cette dualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le nomade Tabi-Outoul-Enlil, en la d\u00e9cadence d&rsquo;Akkad, la qu\u00eate \u00e9sot\u00e9rique traverse les 12 portes. L&rsquo;une se ferme sur l&rsquo;enroulement Abondance\/surabondance, au d\u00e9part de et au retour en la Ville originelle. L&rsquo;autre, \u00e0 l&rsquo;inverse, survient au terme, en la fin des souffrances, des faux jugements, des mal\u00e9dictions, des crimes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux mille ans plus tard, d\u00e8s -200, Lie-Tseu oppose l&rsquo;Unit\u00e9 (pleine de dieux) au Vide o\u00f9 prennent germe les Dix Mille \u00eatres. La <span style=\"text-decoration: underline;\">Kosmopoiia<\/span> oppose \u00e0 l&rsquo;indicible (les 3\/4 ou 4\/3) les 3 ou 4 anges premiers et les 7 Rires, successifs, de Dieu. Mais c&rsquo;est aussi de ces formes vides : \u00e9chos et reflets que nait \u2013 ou renait \u2013 Iosos, le seul R\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur, gr\u00e2ce \u00e0 ses mues, (en Dionysos). A la Sympathie, ses concordes, ses \u00ab\u00a0jugements cat\u00e9goriques\u00a0\u00bb, s&rsquo;oppose, pour Bolos, l&rsquo;Antipathie, ses discordes, ses \u00ab\u00a0jugements disjonctifs\u00a0\u00bb. Il y applique tous les rapports possibles, imaginables, entre les esp\u00e8ces min\u00e9rales, v\u00e9g\u00e9tales, animales, connues \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque : le Serpent et le Ch\u00eane (solaire) se ha\u00efssent, comme le Serpent et le Lion, mille ans plus tard dans les romans m\u00e9di\u00e9vaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux mille ans plus tard, ce sont les figures tao\u00efstes ou herm\u00e9tiques que r\u00e9p\u00e8tent les \u00ab\u00a0Machines c\u00e9libataires\u00a0\u00bb, et ce sont les sympathies et antipathie de Bolos que renouvellent les deux c\u00f4nes de Yeats : \u00ab\u00a0concorde\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;ouest, \u00ab\u00a0discorde\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;est, en leur premi\u00e8re nomination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, cherchant \u00e0 mieux d\u00e9finir l&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 des figures, \u00e9largissement\/amincissement, le po\u00e8te \u00e9voquera deux pays vivants, plus ou moins visibles ou invisibles, ainsi que l&rsquo;hiver et l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Il ne rappellera pas ses devanciers : Wronski et Saint-Yves, mais l&rsquo;obsession de Flaubert : <span style=\"text-decoration: underline;\">la Spirale<\/span>, \u00e9bauch\u00e9e ou r\u00eav\u00e9e au long de vingt-cinq ans, jamais \u00e9crite. C&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;histoire d&rsquo;un homme qui r\u00eave \u00e0 l&rsquo;encontre de sa vie : plus le temps du songe s&#8217;embellit plus la vie s&rsquo;enlaidit et \u00e0 l&rsquo;inverse. Mais Yeats ne cite pas l&rsquo;autre figure, de Wilde, tr\u00e8s analogue : <span style=\"text-decoration: underline;\">Le portrait de Dorian Gray<\/span>, o\u00f9 la peinture tient la place du r\u00eave.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non plus entre No\u00ebl et la Saint-Jean mais entre le cr\u00e9puscule et l&rsquo;aube, une autre figure \u2013 de Saint-Yves \u2013 a port\u00e9 la m\u00eame alternance, que Ren\u00e9 Gu\u00e9non reprend et illustre par l&rsquo;opposition des deux lettres N\u00fbn (arabe) et Na (sanskrite) : N\u00fbn, moiti\u00e9 inf\u00e9rieure du cercle, se situant \u00e0 l&rsquo;ouest, Na, moiti\u00e9 sup\u00e9rieure du cercle, \u00e0 l&rsquo;est<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, dit Gu\u00e9non dans <span style=\"text-decoration: underline;\">Le roi du monde<\/span>, c&rsquo;est en orient, terre du Na, que le soleil se l\u00e8ve dans le ciel au d\u00e9but du jour, c&rsquo;est en occident, terre du N\u00fbn, qu&rsquo;il s&rsquo;enfonce au soir dans les eaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 Yeats, il s&rsquo;est content\u00e9 de remonter, au-del\u00e0 de Flaubert, aux gen\u00e8ses romantiques, de Coleridge, de Shelley, de Blake. Mais il ne craint pas d&rsquo;imaginer toute une histoire de l&rsquo;humanit\u00e9 o\u00f9, au flot culturel, \u00e9ternel, de l&rsquo;homme vers Dieu et de l&rsquo;est vers l&rsquo;ouest, s&rsquo;opposerait un flot civilisateur, scolastique, raisonneur, progressiste, de l&rsquo;ouest vers l&rsquo;est. Depuis la barbarie, le <span style=\"text-decoration: underline;\">vide<\/span> de la caverne le premier, depuis l&rsquo;autel reconstitu\u00e9, <span style=\"text-decoration: underline;\">peupl\u00e9<\/span>, le second.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;histoire des religions, prise en \u2013 ou de \u2013 chaque religion, n&rsquo;y contredit pas, en effet. C&rsquo;est bien, toujours, comme d&rsquo;un autel (en ruines), la fin des Royaumes de Dieu, que l&rsquo;humanit\u00e9 se remet en marche vers l&rsquo;orient, ainsi que le soleil lui-m\u00eame pendant la nuit. Et c&rsquo;est bien du d\u00e9sert ou de la caverne vide qui ach\u00e8vent les temps de l&rsquo;Homme que l&rsquo;humanit\u00e9 se remet en marche vers l&rsquo;occident, o\u00f9 devra s&rsquo;\u00e9lever le nouveau temple, d&rsquo;un dieu \u00e0 l&rsquo;autre, comme le soleil traverse le jour. A la voie de l&rsquo;ath\u00e9isme d\u00e9lirant, \u00e9perdu, n\u00e9 des soudaines incompl\u00e9tudes, succ\u00e8de toujours la voie des mages que, depuis leur d\u00e9sert (la fin de la maintenance), attire vers l&rsquo;ouest l&rsquo;\u00e9toile de l&rsquo;aube.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;une mani\u00e8re plus surprenante \u2013 plus hasardeuse, plus contingente \u2013 n&rsquo;y contredit pas l&rsquo;inventaire des figures que sugg\u00e8re ou impose l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme de notre \u00e9poque, sous le couvert de la science-fiction. On dira celle-ci parall\u00e8le aux cycles que nous venons de survoler, puisque elle commence aux romantiques : Marie Shelley, Georges Sand (Casanova un peu plus t\u00f4t), rencontre l&rsquo;Edgar Poe des Machines c\u00e9libataires, le Lytton-lien, englobe tous les voyages ou marins ou cosmiques, pour rejoindre les auteurs du Golden Dawn, Merritt, Hodgson, Lovecraft au-del\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, il s&rsquo;agit toujours d&rsquo;une qu\u00eate \u2013 sans cesse recommenc\u00e9e \u2013 entre les p\u00f4les : l&rsquo;ouverture vers le monde interne, l&rsquo;envers du monde d&rsquo;une part, peupl\u00e9 de dieux, de grands anciens, des r\u00eaves et des symboles de Lewis Carroll, Babylone invers\u00e9e o\u00f9 le peuple pr\u00e9-nazi de Lytton attend son heure; le Massif t\u00e9n\u00e9breux, l&rsquo;Ile myst\u00e9rieuse, la Montagne hallucin\u00e9e d&rsquo;autre part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, on dira que c&rsquo;est l\u00e0 le contraire de la partition m\u00e9di\u00e9vale, o\u00f9 la Caverne, \u00e0 l&rsquo;est, se dresse dans le d\u00e9sert (la hutte de l&rsquo;ermite) mais o\u00f9 les monstres, les dragons, les g\u00e9ants et les d\u00e9mons hantent le m\u00eame bocage d\u00e9frich\u00e9, \u00ab\u00a0essart\u00e9\u00a0\u00bb, et o\u00f9 l&rsquo;Autel, le ch\u00e2teau d&rsquo;Arthur, lieu du d\u00e9tour et du retour, \u00e0 l&rsquo;ouest, est aussi le lieu o\u00f9 l&rsquo;on habille, que l&rsquo;on peuple \u2013 essentiellement d&rsquo;atours, au jour des noces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;important est qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ouest, paradis ou enfer, est le monde peupl\u00e9, de dieux ou de d\u00e9mons; \u00e0 l&rsquo;est, essart ou d\u00e9sert, est le monde d\u00e9sert\u00e9, la Forme Vide qui, par l\u00e0 m\u00eame, n&rsquo;est rien que figure. On ne recense pas les enfers ou les cieux, le premier inventaire ne serait que supplice, comme on le voit par Dante ou Sade, le second ineffable, in\u00e9narrable, hors de la fable ou du r\u00e9cit. Mais on d\u00e9crit, raconte, inventorie la Forme Vide, le bosquet essart\u00e9, le jardin \u00e0 l&rsquo;anglaise, la partition de l&rsquo;\u00e9cu, ou le carr\u00e9, le triangle, le cercle, le c\u00f4ne : la figure nue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aboutissement du jugement cat\u00e9gorique de Kant, de l&rsquo;Autel de Yeats, que le po\u00e8te pr\u00e9f\u00e8re nommer \u00ab\u00a0primaire\u00a0\u00bb, car il tient tout en l&rsquo;Un, ou du jugement disjonctif, de la Discorde et de l&rsquo;Essart, de la Caverne de Yeats, que le po\u00e8te nomme \u00ab\u00a0antith\u00e9tique\u00a0\u00bb, car il ne s&rsquo;agit jamais que de l&rsquo;opposition aux contraires du renaissant cardinal de Cues\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Illogiques, absurdes mais \u00e9videntes, ces analogies rassemblent en une seule figure inventori\u00e9e toutes les machines c\u00e9libataires, puis les trois de Wronski, de Saint-Yves et de Yeats, puis les romans et les contes qui recouvrent les deux derniers si\u00e8cles, puis les qu\u00eates de l&rsquo;Islam, de l&rsquo;Inde et de la chr\u00e9tient\u00e9 depuis l&rsquo;an Mil, puis toutes les figures \u2013alchimiques, eucharistiques, apostoliques \u2013 de l&rsquo;Ere d&rsquo;Amour, puis les figures connues d&rsquo;au moins six \u00e8res, la moiti\u00e9 de la Grande Ann\u00e9e, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est une figure cardinale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;ouest est l&rsquo;autel ou l&rsquo;atour, ainsi que la Babylone : la compl\u00e9tude de l&rsquo;Etre-Unit\u00e9 ou le peuplement des dieux, puis des d\u00e9mons, qui somme toute commence \u00e0 l&rsquo;ornementation, \u00e0 la parade, simple accumulation des distinctions et des motifs, qu&rsquo;\u00e0 la limite l&rsquo;Inventaire ne peut plus dire, \u00e0 cause de l&rsquo;usure du crayon et de l&rsquo;insuffisance de la marge. Ce peuplement aussi se fait en profondeur, dans l&rsquo;int\u00e9rieur de la Terre ou de l&rsquo;humus, l\u00e0 o\u00f9 expire l&rsquo;enroulement de la premi\u00e8re spire, renaissante, respirante en la seconde, qui est encore l&rsquo;Unit\u00e9 (comme cause et non plus comme totalit\u00e9, comme premier terme et non comme dernier, le premier d\u00e9mon et non le dernier ange).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;est est le d\u00e9sert, ou l&rsquo;essart absolu, la Forme Vide, en une autre J\u00e9rusalem, que peuplent seulement l&rsquo;Arbre et les Quatre Fleuves (ou les Quatre Coupes du Voyage c\u00e9leste de Mahomet). Cette Forme est sur\u00e9lev\u00e9e, \u00e0 la limite : dans le ciel, au-dessus, en quelque sur-face, \u00e0 l&rsquo;inverse de la pile, du pile purgatif ou infernal, l\u00e0 o\u00f9 s&rsquo;ach\u00e8vent les peuplements et o\u00f9 renait, dans le r\u00e9curage des reliefs, la r\u00e9currence du seul relief qui peut survivre : la forme m\u00eame (la m\u00eame figure plut\u00f4t que ce qui fut) de la Figure Vide, horloge, temps \u00e9ternel du renoncement, du repentir absolu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;essart, l&rsquo;\u00e9cart. La Sur-face, le suffrage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">7 Le suffrage et l&rsquo;\u00e9cart<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la question : pourquoi un inventaire? nous avons d\u00fb r\u00e9pondre : pour tenter de concilier pendant un certain temps (l&rsquo;exercice ou le cycle) le maintien, la maintenance (c&rsquo;est aussi le dressement) de cette compl\u00e9tude-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la question qui doit suivre : comment? nous voyons que l&rsquo;humanit\u00e9 ne cesse de r\u00e9pondre : par l&rsquo;acceptation de certains objets et le refus d&rsquo;autres. ET, plus pr\u00e9cis\u00e9ment peut-\u00eatre : par la r\u00e9v\u00e9lation, le recouvrement de ce qui fut cach\u00e9, le rejet, l&rsquo;exclusion de la chose d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e, cass\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ici, ce n&rsquo;est plus seulement quelques machines c\u00e9libataires, quelques figures \u00e9sot\u00e9riques qui peuvent illustrer le propos. Il n&rsquo;est gu\u00e8re de p\u00e9riode o\u00f9 quelque grand conflit n&rsquo;a oppos\u00e9 les deux m\u00e9thodes \u2013 sur des d\u00e9cennies ou des si\u00e8cles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un tel conflit a partag\u00e9 le si\u00e8cle dernier, entre l&rsquo;\u00e9volutionnisme de Darwin et la paling\u00e9n\u00e9sie ou \u00ab\u00a0th\u00e9orie des catastrophes\u00a0\u00bb, que r\u00e9p\u00e8te aujourd&rsquo;hui, partiellement, la cryptozoologie d&rsquo;Heuvelmans. Un autre conflit partage le XXe si\u00e8cle, entre la psychanalyse freudienne et la psychanalyse jungienne. Mais c&rsquo;est aussi, dans l&rsquo;un et l&rsquo;autre cas, entre un rationalisme ath\u00e9e et le r\u00e9alisme irrationnel qu&rsquo;on dit volontiers \u00ab\u00a0fantastique\u00a0\u00bb lorsque ce n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0r\u00e9trograde\u00a0\u00bb. En d\u00e9pit de contraires apparences, ils se fondent, le premier sur la casse, le rejet, le manque, le second sur la cache, l&rsquo;acceptation, le chevauchement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une cl\u00e9 commune aux deux parties ou adversaires pourrait \u00eatre l&rsquo;invention de Conan Doyle : <span style=\"text-decoration: underline;\">Le monde perdu<\/span>, dans les deux que, pr\u00e9cis\u00e9ment, on donne au mot. Monde cass\u00e9, disparu, r\u00e9volu dans l&rsquo;optique des darwinistes et des freudiens, car il n&rsquo;y a plus de diplodocus, de serpent de mer, d&rsquo;homme du Cro-Magnon en notre \u00e9poque et, de m\u00eame, c&rsquo;est au premier \u00e2ge, la prime enfance, sinon au moment de la naissance que s&rsquo;est effectu\u00e9e la casse du placenta, puis du parfait rapport oral (l&rsquo;allaitement), puis le monde anal du b\u00e9b\u00e9, etc. Monde cach\u00e9, recouvert mais toujours pr\u00e9sent, dans l&rsquo;optique des palingen\u00e8ses, de la cryptozoologie, de la psychanalyse jungienne, car les dieux cach\u00e9s ou les arch\u00e9types fondamentaux habitent l&rsquo;inconscient de l&rsquo;adulte aussi bien que l&rsquo;inconscient de l&rsquo;enfant, et notre \u00e9poque est de nouveau pleine de Serpents de mer (ou des Temp\u00eates qu&rsquo;ils symbolisent), d&rsquo;hommes des neiges, de Y\u00e9ti (ou des violences inv\u00e9t\u00e9r\u00e9es en l&rsquo;homme que figure le monstre de Marie Shelley).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus paradoxalement encore, il suit que l&rsquo;\u00e9volutionnisme joue n\u00e9cessairement du \u00ab\u00a0manque\u00a0\u00bb ou de la \u00ab\u00a0marge\u00a0\u00bb : le Cha\u00eenon Manquant, rationnellement introuvable, puisque le syst\u00e8me est rationnel, irr\u00e9aliste et irr\u00e9alisable. Car le progressisme, commun \u00e0 Darwin et \u00e0 Freud, est une croyance dans le discontinu, le yang, que la R\u00e9sonance raisonnante ordonne seulement, par jointure de ses parties (selon le mot de Caillois : la localisation fait la maintenance). Mieux : la qu\u00eate du Cha\u00eenon Manquant est le moteur, non du progressisme, toujours improuv\u00e9 (\u00e0 cause du Cha\u00eenon Manquant) mais de l&rsquo;illusion rationnelle, en son progr\u00e8s m\u00eame, \u00e9vident.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;inverse, l&rsquo;acceptation \u2013 incontr\u00f4l\u00e9e \u2013 de toutes les fables r\u00e9currentes, de tous les mythes, de tous les r\u00eaves, ne peut qu&rsquo;ajouter au chevauchement, \u00e0 l&rsquo;enchev\u00eatrement de l&rsquo;irrationalit\u00e9, car, sans doute, le Serpent de mer de notre \u00e9poque, ni serpent peut-\u00eatre mais poulpe, ni vraiment \u00ab\u00a0de mer\u00a0\u00bb, anaconda venu des fleuves aux rivages, ou notre Y\u00e9ti, que mesure seulement son pied, ne pr\u00e9sentent que peu de traits communs avec leurs anc\u00eatres illusoires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jeu tr\u00e8s analogue rend ridicules autant les dites psychanalyses. Si le freudien a raison, comment peut-il parler du monde de l&rsquo;enfant, auquel par \u00e9vidence, l&rsquo;adulte n&rsquo;entend rien? Si le jungien est dans le r\u00e9el, comment va-t-il cerner, circonscrire celui-ci, dans le flot m\u00eame de l&rsquo;indiscernable, illimit\u00e9e croyance?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le yang, qu&rsquo;il pr\u00e9tend dominer, contraint le freudien \u00e0 cent syst\u00e8mes, cent mille nominations, chacun ou chacune exclusive des autres. Le yin, qu&rsquo;il pr\u00e9tend \u00e9pouser, contraint le jungien \u00e0 un accueil illimit\u00e9 de tous les possibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;\u00e9volution joue n\u00e9cessairement d&rsquo;une marge, le Cha\u00eenon Manquant, et le freudien de m\u00eame : le r\u00e9el cass\u00e9, toute psychanalyse jungienne, comme toute cryptozoologie, joue d&rsquo;un perp\u00e9tuel chevauchement. Car o\u00f9 finit le Grand Fr\u00e8re, le Sagittaire, o\u00f9 commence la M\u00e8re ou la Terre Premi\u00e8re? O\u00f9 finit le Singe, diff\u00e9remment, o\u00f9 commence l&rsquo;Homme? Comme les arch\u00e9types dans l&rsquo;inconscient, les Esp\u00e8ces ne sont plus des arbres successifs mais les branches d&rsquo;un seul arbre, dont l&rsquo;une continue de cro\u00eetre (celle de l&rsquo;homme) quand l&rsquo;autre se dess\u00e8che (celle du singe), mais celle qui se dess\u00e8che la premi\u00e8re n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement celle qui a commenc\u00e9 de cro\u00eetre en premier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire : il est bien probable que le singe descende de l&rsquo;homme puisque un des f\u0153tus du singe ressemble \u00e0 celui de l&rsquo;homme, mais qu&rsquo;aucun f\u0153tus de l&rsquo;homme (reptilien ou avien, porcin, etc.) ne ressemble \u00e0 celui du singe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le Tao, dit Lie-tseu, quel est le premier, du yin ou du yang? Dans le cercle ou l&rsquo;horloge, disent les Occidentaux, de Platon \u00e0 Einstein, quel est le point originel? De Pigobert ou de Baptiste, quel fut le premier, le second? Quel, l&rsquo;anc\u00eatre?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le Tao, l&rsquo;horloge, le cycle, tout sera donc inventori\u00e9 : la casse avec la cache, l&rsquo;\u00e9cart et le suffrage diff\u00e9remment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je choisis ces mots parce que, en effet, ils formulent, figurent le double paradoxe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Ecart<\/span> signifie : 1) exclusion, rejet, d\u00e9tour (et refus du retour, de la r\u00e9currence), c&rsquo;est la voie, tout \u00e0 la fois, de l&rsquo;\u00e9volutionnisme et du freudisme. Mais c&rsquo;est aussi, bien s\u00fbr, le d\u00e9peuplement par abolitions ou casses successives, de nos anc\u00eatres \u00e0 l&rsquo;homme contemporain ou de l&rsquo;enfant \u00e0 l&rsquo;adulte;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2) la partition de l&rsquo;\u00e9cu en quatre parties cardinales, ou bien la jointure de deux pi\u00e8ces de charpente. Car, \u00e0 chaque casse, \u00e9volutionniste ou freudienne, se cr\u00e9e bien s\u00fbr un nouveau syst\u00e8me quadripartite, comme des 4 Temp\u00e9raments aux 4 Conditionnements, ou des 4 Facteurs de l&rsquo;\u00e9lectron aux 4 Forces, ou bien des deux types de n\u00e9vroses et des deux types de psychoses aux 4 structures ali\u00e9nantes, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Suffrage<\/span> ne signifie plus aujourd&rsquo;hui que le vote positif, approbatif, acceptant; mais, en des sens primitifs, (m\u00e9di\u00e9vaux, th\u00e9ologiques) il signifia : apport, accord, aide. On l&rsquo;utilisait notamment pour dire l&rsquo;un quelconque des moyens qui lib\u00e8re l&rsquo;\u00e2me du purgatoire et la fait admettre dans le Paradis : pri\u00e8re, messe, indulgences. En ce double sens, on le sait, il n&rsquo;est pas une survivance de la cryptozoologie, ni un arch\u00e9type jungien, qui ne soit un suffrage, un vote plus ou moins contingent (n\u00e9 du besoin), une pri\u00e8re pour qu&rsquo;il en soit ainsi, une messe rituelle, un appel \u00e0 toutes les indulgences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du jugement disjonctif (cela n&rsquo;est pas) au progressisme \u00e9volutif, l&rsquo;Ecart fait bien toute la marge du Cha\u00eenon Manquant, en m\u00eame temps que la Forme Vide de l&rsquo;essart, de l&rsquo;\u00e9cu, de la succession calend\u00e9rique des circonstances et des formulations, des jours dans le mois, des mois dans l&rsquo;ann\u00e9e, des ann\u00e9es dans le cycle oriental des mythes ou dans le cycle occidental de l&rsquo;activit\u00e9 solaire. Ou bien des ordres, des esp\u00e8ces, des familles de nos sciences dites \u00ab\u00a0naturelles\u00a0\u00bb. Ou bien des cassures freudiennes, ainsi que nous l&rsquo;avons vu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du jugement cat\u00e9gorique (cela est en m\u00eame temps que ceci) aux th\u00e8ses de l&rsquo;\u00e9ternel retour, le Suffrage est bien comme un amoncellement, un chevauchement d&rsquo;intercessions ou de m\u00e9rites cach\u00e9s (dans la pri\u00e8re, la messe), sinon pr\u00e9sents encore \u2013 et non moins recouverts \u2013 comme les monstres d&rsquo;Heuvelmans, les Grands Anciens de Lovecraft, les arch\u00e9types jungiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, dans une autre vue, rationnelle, l&rsquo;Ecart est le processus qui m\u00e8ne, par jonctions et partages (analyses), depuis un chevauchement primitif, l&rsquo;ignorance ou l&rsquo;aveuglement, aux \u00e9claircissements de la science, au d\u00e9frichement final. Le Suffrage est le proc\u00e9d\u00e9 archa\u00efque, r\u00e9trograde, qui ne ramenait pas du purgatoire au Paradis mais de la distanciation rationnelle, o\u00f9 tout est clair, \u00e0 l&rsquo;opacit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;obscurantisme des l\u00e9gendes, des superstitions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En bref, qu&rsquo;est-ce donc qui se tient \u00e0 l&rsquo;ouest? Est-ce le ch\u00e2teau d&rsquo;Arthur ou le Paradis, la Pr\u00e9sence du Roi ou de Dieu? Ou n&rsquo;est-ce pas, tout au contraire, la part maudite, opaque, encombr\u00e9e de l&rsquo;inconscient?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et qu&rsquo;est-ce qui se tient \u00e0 l&rsquo;est? Le jardin essart\u00e9, ordonn\u00e9 de la Raison? Le d\u00e9sert o\u00f9, loin de Dieu et de toute Pr\u00e9sence, l&rsquo;\u00e2me d\u00e9senchant\u00e9e se meurt de solitude?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ayant nomm\u00e9 \u00ab\u00a0discorde\u00a0\u00bb le c\u00f4ne de l&rsquo;est et \u00ab\u00a0concorde\u00a0\u00bb le c\u00f4ne de l&rsquo;ouest, \u00e0 l&rsquo;imitation d&rsquo;Emp\u00e9docle, Yeats a trouv\u00e9 le c\u00f4ne \u00ab\u00a0primaire\u00a0\u00bb pour dire l&rsquo;Autel occidental et le c\u00f4ne \u00ab\u00a0antith\u00e9tique\u00a0\u00bb pour dire, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, la Caverne orientale. En m\u00eame temps, logiquement, il lui d\u00e9doubler les deux mouvements de l&rsquo;ouest vers l&rsquo;est et \u00e0 l&rsquo;inverse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il d\u00e9finit non 2 mais 4 \u00ab\u00a0facult\u00e9s\u00a0\u00bb. L&rsquo;Esprit cr\u00e9ateur et le Corps du destin sont comme des spirales qui tournent dans le sens des aiguilles d&rsquo;une montre, ainsi que le Cercle de l&rsquo;Autre, de Confucius et de Platon. La Volont\u00e9 et le Masque sont comme des spirales qui tournent en sens inverse, ainsi que le cercle du M\u00eame jadis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du double jeu de p\u00e9n\u00e9tration et d&rsquo;arrachement vers l&rsquo;occident ou vers l&rsquo;orient, le po\u00e8te formule enfin les 4 figures que peuvent engendrer les deux c\u00f4nes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META8.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-88\" title=\"META8\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META8-300x196.jpg\" width=\"300\" height=\"196\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META8-300x196.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META8.jpg 978w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, enseign\u00e9 par des esprits (les Visiteurs) dont Mme Yeats prend les messages en \u00e9criture automatique comme en st\u00e9no, et n&rsquo;en recevant aucune explication des figures, le po\u00e8te ne dit jamais comment, des jugements, disjonctif (la discorde) et cat\u00e9gorique (la concorde), il est pass\u00e9 aux notions neuves de chevauchement, de recouvrement, de d\u00e9couvert, de cache et de casse. Ou comment les Jugements reconduisent aux Lois.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong><em>Les lois<\/em><\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>1<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Leur trilogie<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;est pas de proc\u00e8s sans jugement, ni de jugement sans loi. Si le jugement tend \u00e0 d\u00e9cider de la conciliation (cat\u00e9gorique) ou de l&rsquo;inconciliation (disjonctif) des parties, les lois permettent la d\u00e9cision. Elles constituent un recueil de recettes pour juger : au premier chef, l&rsquo;inventaire des codifications possibles, ou ce qu&rsquo;on appelle un code.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme il en est de tout inventaire, nous devons donc consid\u00e9rer que les Lois concerneront d&rsquo;abord \u2013 ou ne concerneront que \u2013 des figures. Ou, mieux, qu&rsquo;elles peuvent \u00eatre d\u00e9duites de ces figures dialectiques que nous avons vu se succ\u00e9der depuis la derni\u00e8re glaciation :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) l&rsquo;int\u00e9rieur et l&rsquo;ext\u00e9rieur,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b) le passage et l&rsquo;impasse,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">c) le continu et le discontinu,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">de nouveau a : le contenant et le contenu,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">de nouveau b : la terre et la mer, le d\u00e9sert\/la for\u00eat,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">de nouveau c : le yin et le yang,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A premi\u00e8re vue, ces trois ordres dialectiques semblent renvoyer \u00e0 la trilogie la plus claire : des jugements,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme des lois de polarit\u00e9 (c) au jugement disjonctif : cela est continu ou discontinu, yin ou yang, le m\u00eame ou l&rsquo;autre,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des lois de contenance ou de peuplement (a) au jugement cat\u00e9gorique : cela est contenu en \u2026 et contenant de \u2026,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des lois de passage (b) au jugement hypoth\u00e9tique : cela passe si \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, possible, le rapprochement demeure al\u00e9atoire, le parall\u00e9lisme incertain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, de fait, les Lois r\u00e9v\u00e8lent en chaque dialectique une quadrilogie cach\u00e9e. Exemple : le M\u00eame est la chose m\u00eame en soi, mais il peut \u00eatre la m\u00eame chose dans l&rsquo;Autre. L&rsquo;Autre n&rsquo;est pas seulement l&rsquo;autre chose, mais aussi la chose autrement dans le M\u00eame (l&rsquo;adolescence apr\u00e8s l&rsquo;enfance, l&rsquo;adulte apr\u00e8s l&rsquo;adolescent).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;une des dialectiques, alors, se pr\u00e9sente comme disjonctive : le M\u00eame ou l&rsquo;Autre, l&rsquo;autre se pr\u00e9sentera comme cat\u00e9gorique : l&rsquo;autre chose et la m\u00eame chose; la chose m\u00eame, autrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est qu&rsquo;en effet les 3 jugements demeurent li\u00e9s \u00e0 notre dialectique de base : la compl\u00e9tude et la maintenance, soit que le disjonctif tende \u00e0 maintenir A (Dieu) contre B (le diable) ou l&rsquo;inverse, soit que le cat\u00e9gorique tende \u00e0 compl\u00e9ter A par B ou l&rsquo;inverse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 l&rsquo;accomplissement, qu&rsquo;une m\u00eame syst\u00e9matique rapproche du troisi\u00e8me jugement, nous l&rsquo;avons montr\u00e9 d\u00e9doubl\u00e9 aussi, en terme de la maintenance (achev\u00e9e) et en plus haut point de la compl\u00e9tude, une acception excluant l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois encore, la dualit\u00e9 s&rsquo;est faite quadrilogique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La compl\u00e9tude,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son inverse : l&rsquo;incompl\u00e9tude, l&rsquo;inaccomplissement,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La maintenance,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa fin : l&rsquo;accomplissement,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien incapable, ce lexique, de se plier aux 3 jugements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A quoi allons-nous r\u00e9f\u00e9rer nos trois lois, ind\u00e9finiment r\u00e9p\u00e9t\u00e9es?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la raison ne peut r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il se peut que la r\u00e9alit\u00e9, toute irrationnelle qu&rsquo;elle soit, y r\u00e9ponde \u2013 par le jeu (m\u00eame et autre) de ses figures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons vu qu&rsquo;une figure \u00e9tant donn\u00e9e, je pourrai en exclure certains objets, dissemblables, par l&rsquo;\u00e9cart, et y accueillir d&rsquo;autres, cat\u00e9goriques ou motivants, par le suffrage. C&rsquo;est-\u00e0-dire, d\u00e9peupler ou peupler le cercle, le c\u00f4ne, le cube, la sph\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pourrai donc en sortir moi-m\u00eame ou y entrer, dans un passage incessant du dedans au dehors ou \u00e0 l&rsquo;inverse. A moins que, pris dans la figure comme en une prison, je ne puisse en sortir, hors de la figure, je ne puisse y entrer. Ce sera le cas de l&rsquo;exercice cyclique dont nul ph\u00e9nom\u00e8ne ne peut s&rsquo;arracher s&rsquo;il s&rsquo;y trouve; o\u00f9 nul ne peut p\u00e9n\u00e9trer, s&rsquo;il ne s&rsquo;y trouve pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, au d\u00e9part, existe la figure m\u00eame, continue ou discontinue et, comme continue, selon Yeats, as de carreau ou sablier, comme discontinue ou associante ou dissociante. En un langage plus psychanalytique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; yin ou yang, la chose m\u00eame ou l&rsquo;autre chose,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; animus ou anima, la chose autrement ou la m\u00eame chose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dire que, tendant \u00e0 la compl\u00e9tude (qui exige le cat\u00e9gorique : ceci et cela) alors que son jugement pr\u00e9f\u00e9rentiel est disjonctif : l&rsquo;ensemble \u00ab\u00a0rouge\u00a0\u00bb ne contient que des choses rouges, l&rsquo;Inventaire ne peut localiser que des figures \u2013 jointes ou semblables \u2013 dans un arrangement qui permettra de se soustraire au paradoxe. Je nomme Dispositions ou Lois ces arrangements qui, seuls, peuvent r\u00e9soudre le probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;en induit imm\u00e9diatement, par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la constatation ci-dessus, que :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; l&rsquo;objet de l&rsquo;inventaire sera continu (le M\u00eame) ou discontinu (l&rsquo;Autre), substantiel ou formel dans le langage m\u00e9di\u00e9val,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; en tant que discontinu, plus ou moins distant, dans l&rsquo;\u00e9loignement, le d\u00e9tour, ou dans l&rsquo;approche, le retour, selon la distance et l&rsquo;instance,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; en tant que continu, soit contenant de l&rsquo;autre (la chose autrement) soit contenu en l&rsquo;autre (l&rsquo;autre chose), ou exclu du contenant, \u00e0 d\u00e9couvert, ou vid\u00e9 de son contenu, ne recouvrant plus rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contenant ou vide, l&rsquo;objet sera plus ou moins peupl\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Recouvert ou d\u00e9couvert, il sera plus ou moins grand.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; \u00e9voluant sans cesse, bien s\u00fbr :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">de la chose m\u00eame \u00e0 l&rsquo;autrement,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">de l&rsquo;autre au semblable,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">de l&rsquo;\u00e9loignement \u00e0 l&rsquo;approche,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">de l&rsquo;approche \u00e0 l&rsquo;\u00e9loignement,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">dans le d\u00e9tour ou le retour,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">du + (peuplement ou grandeur) au \u2013 (d\u00e9peuplement ou petitesse),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">du \u2013 au +.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces 4 modes et les 7 \u00e9volutions\/involutions (processus) que doivent \u00e9noncer les Lois. Nous en dirons diversement les 4 proc\u00e9d\u00e9s, d\u00e9doubl\u00e9s des dualit\u00e9s kantiennes de base, mais nous n&rsquo;\u00e9voquerons que superficiellement, sans nous y r\u00e9f\u00e9rer, les 7 processus, qui jouent des nombres et des vocables autant que des figures inventori\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>2<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Les lois de polarit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au minimum un inventaire se fond sur le 2. Si son objet est l&rsquo;Unit\u00e9, il lui faudra la partager pour en recenser les parties.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces 2, il ne peut ni les nombrer ni les nommer d&rsquo;une mani\u00e8re d\u00e9finitive : on n&rsquo;inventorie que des figures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soit les deux nominations les plus simples : A et B, ou l&rsquo;un, l&rsquo;autre. Elles formulent un sens, de A vers B ou de l&rsquo;un (le premier) vers l&rsquo;autre (le second), qui n&rsquo;est plus seulement d&rsquo;un ordre inventorial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je puis, certes, dresser l&rsquo;inventaire de deux objets sans commune mesure, tels que le M\u00eame et l&rsquo;Autre : le premier coh\u00e9rent, continu, yin, le second distinct, discontinu, yang.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l&rsquo;exp\u00e9rience montre qu&rsquo;alors, je serai tenu de consid\u00e9rer chacun des deux comme unit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire de le partager en deux sens ou acceptions : la chose m\u00eame dans le M\u00eame et la m\u00eame chose dans l&rsquo;Autre, l&rsquo;autre chose dans l&rsquo;autre, la chose autrement dans le M\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne pouvant \u00eatre complet, faute d&rsquo;atteindre au Un, le confectionneur d&rsquo;inventaire voudra du moins tendre \u00e0 quelque maintien, constance. Ce sera presque toujours une constance de rapport entre des dialectiques diverses,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">comme entre la Forme et l&rsquo;Espace, la Mati\u00e8re et le Temps,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ou entre le M\u00eame et le continu, dans le yin,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">l&rsquo;Autre et le discontinu, dans le yang,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ou entre la Mati\u00e8re, le M\u00eame, le continu, le yin dans le Temps,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">la Forme, l&rsquo;Autre, le discontinu, le yang dans l&rsquo;Espace, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l&rsquo;espoir que l&rsquo;accumulation des dialectiques similaires, par jonctions rationnelles, reconduira l&rsquo;inventeur \u00e0 la Jonction Universelle, but \u2013 avou\u00e9 ou non \u2013 de toutes les sciences : le faux et le vrai.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9alit\u00e9, au contraire, les rapprochements dialectiques ne font appara\u00eetre qu&rsquo;un nombre croissant de diff\u00e9rences, c&rsquo;est-\u00e0-dire de sp\u00e9cialisations. Une science ne peut que partager les \u00eatres en inertes et vivants, puis les vivants entre animaux et v\u00e9g\u00e9taux, les animaux entre unicellulaires et pluricellulaires, ces derniers entre les reptiles, les oiseaux, les mammif\u00e8res, ceux-ci entre herbivores, carnivores, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Longtemps seulement th\u00e9orique, une loi se r\u00e9v\u00e9lait ainsi : du yin, du M\u00eame ne peut surgir que la dissociation, l&rsquo;\u00e9cart (la chose autrement) dans un mouvement qu&rsquo;on dit aujourd&rsquo;hui <span style=\"text-decoration: underline;\">animus<\/span> ou dissociation; du yang, de l&rsquo;autre chose ne peut na\u00eetre que le rassemblement ou la ressemblance (la m\u00eame chose), dans un mouvement qu&rsquo;on dit aujourd&rsquo;hui <span style=\"text-decoration: underline;\">anima<\/span>, faute d&rsquo;un nom plus appropri\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, c&rsquo;est dire seulement que tout objet est le M\u00eame et l&rsquo;Autre, fait de discontinuit\u00e9s ou d&rsquo;animus si je le dis continu, yin ou femelle, tendant \u00e0 une continuit\u00e9 ou l&rsquo;anima si je le dis yang, discontinu, m\u00e2le. D\u00e8s Thal\u00e8s, il y a plus de vingt-cinq si\u00e8cles, la d\u00e9couverte de l&rsquo;<span style=\"text-decoration: underline;\">\u00e9lectra<\/span>, l&rsquo;ambre, avait montr\u00e9 qu&rsquo;en effet, certains corps ne contiennent pas un des p\u00f4les sans contenir l&rsquo;autre. Ou, comme le dit Bolos, quatre si\u00e8cles apr\u00e8s Thal\u00e8s, que tout objet est dou\u00e9 de sympathie pour certains objets, d&rsquo;antipathie pour d&rsquo;autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Arabes savaient que, si je partage un objet \u00ab\u00a0magn\u00e9tis\u00e9\u00a0\u00bb, chaque nouveau morceau de cet objet sera positif \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9, n\u00e9gatif \u00e0 l&rsquo;autre. Puis, le XVIe si\u00e8cle a connu les premi\u00e8res soci\u00e9t\u00e9s \u00ab\u00a0scientifiques\u00a0\u00bb qui, recouvrant les d\u00e9couvertes du 3<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., \u00e9tablissaient que les m\u00eames se repoussent, cr\u00e9ant le discontinu, les p\u00f4les diff\u00e9rents s&rsquo;attirent, recr\u00e9ant la continuit\u00e9. Il est curieux qu&rsquo;alors, doublement d\u00e9montr\u00e9 par les nouvelles sciences, Bolos ait \u00e9t\u00e9 aussi oubli\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00e9pris\u00e9e cependant, sa dialectique s&rsquo;instaure. Elle prolif\u00e8re en d&rsquo;innombrables applications. A la fin du 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, Newton fait de l&rsquo;Attraction des contraires une loi de l&rsquo;univers. Peu apr\u00e8s, Leibniz, Boscovitch et d&rsquo;autres math\u00e9maticiens dotent leurs \u00ab\u00a0monades\u00a0\u00bb et leurs \u00ab\u00a0points\u00a0\u00bb des deux forces contraires. L&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 s&rsquo;invente, elle est formul\u00e9e, nombr\u00e9e, tout au long du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;inverse, une doctrine du 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, \u00ab\u00a0l&rsquo;opposition aux extr\u00eames\u00a0\u00bb du cardinal de Cues ou de Cuse, exploite le processus de r\u00e9pulsion, qui aboutira, vers 1900 et depuis lors, \u00e0 l&rsquo;opposition de la longueur d&rsquo;onde et de la fr\u00e9quence, de la probabilit\u00e9 de position et de la quantit\u00e9 de mouvements, de l&rsquo;\u00e9loignement de la particule depuis le noyau et de son rapprochement (dans la r\u00e9sonance), c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 toute la physique nucl\u00e9aire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans doute, aux p\u00f4les \u00ab\u00a0na\u00effs\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9lectra se juxtaposent alors un autre positif et un autre n\u00e9gatif, plus comparables aux \u00ab\u00a0primaire\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0antith\u00e9tique\u00a0\u00bb de Yeats, cependant que les sens, de la gauche vers la droite ou de la droite vers la gauche, donnent naissance aux \u00ab\u00a0spins\u00a0\u00bb \u00e9lectroniques. Ce sont deux facteurs sur les quatre qui d\u00e9finissent la particule, les deux autres \u00e9tant son positionnement et sa quantit\u00e9 de mouvements (sa charge).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, ici de m\u00eame, la dialectique ind\u00e9finiment partag\u00e9e reconduit \u00e0 une loi constante : r\u00e9duite \u00e0 cet ensemble, elle s&rsquo;amenuise sans fin. C&rsquo;est ainsi que la particule, d\u00e9finie par ses 4 facteurs, se positionne sur une orbite d\u00e9finie (selon la loi, dite \u00ab\u00a0d&rsquo;exclusion\u00a0\u00bb de Pauli). Mais la loi ne se v\u00e9rifie que pour les particules de spin \u00bd (fermions), c&rsquo;est-\u00e0-dire pour une partie des particules possibles ou imaginables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les lois de Bolos n&rsquo;\u00e9taient pas seulement \u00e9sot\u00e9riques, comme, pendant quinze si\u00e8cles on l&rsquo;a cru : elles \u00e9taient une approche certaine de la r\u00e9alit\u00e9 la plus concr\u00e8te. A l&rsquo;inverse, les lois de la physique nucl\u00e9aire ne sont que pr\u00e9tendument physiques : elles formulent seulement, \u00e9pisodiquement dans la chronologie universelle et \u00e9ternelle, les lois \u00e9sot\u00e9riques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ainsi que le positionnement orbital de la particule subatomique de Pauli ne se v\u00e9rifie en somme que pour la moiti\u00e9 des particules, celles qui tournent dans le cercle de l&rsquo;Autre platonicien ou dans le c\u00f4ne antith\u00e9tique de Yeats. Mais, dans le cercle ou le c\u00f4ne inverse, les particules de spin 1 ou 2 (bosons) n&rsquo;ob\u00e9issent pas au m\u00eame positionnement. Or, ce n&rsquo;est plus alors la fr\u00e9quence et la constante de Planck \u00ab\u00a0h\u00a0\u00bb qui mesurent la probabilit\u00e9 de position de la particule (en tant que mati\u00e8re\/\u00e9nergie); c&rsquo;est la longueur d&rsquo;onde, la vitesse qui limite celle de la lumi\u00e8re, qui mesurent la quantit\u00e9 de mouvements du \u00ab\u00a0boson\u00a0\u00bb. La constante n&rsquo;est plus \u00ab\u00a0h\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0C\u00a0\u00bb; la longueur d&rsquo;onde, commune mesure des couleurs, inverse la fr\u00e9quence, commune mesure des sons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La formule fonctionnelle n&rsquo;est plus : e (l&rsquo;\u00e9nergie) = h.f (fr\u00e9quence) comme dans le cheminement de l&rsquo;Ecart, de la jointure \u00e0 la disjonction, \u00e0 l&rsquo;ionisation de l&rsquo;\u00e9lectron.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle joue du rapport de la longueur de l&rsquo;onde et du temps ou de la fonction de Mandeleieff : 2n2, selon laquelle l&rsquo;orbite n=1 ne porte pas moins de 2 atomes : 2&#215;1 au carr\u00e9 = 2. V\u00e9ritable \u00ab\u00a0suffrage\u00a0\u00bb math\u00e9matique auquel on comprend que Caillois se r\u00e9f\u00e8re sans cesse pour d\u00e9montrer que la \u00ab\u00a0maintenance\u00a0\u00bb n&rsquo;est affaire que de \u00ab\u00a0localisation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, si, au terme du processus fond\u00e9 sur le principe d&rsquo;exclusion de Pauli et sur l&rsquo;\u00e9quation de Planck, est l&rsquo;exclusion, en effet, l&rsquo;ionisation absolue de l&rsquo;\u00e9lectron dans l&rsquo;Espace, c&rsquo;est l&rsquo;Unit\u00e9, la nouvelle mol\u00e9cule, d&rsquo;hydrog\u00e8ne sur la plus petite orbite, qui accomplit le cycle de Mandeleieff. Ici encore la m\u00eame chose, la similitude des facteurs ne conduit qu&rsquo;au grand \u00e9cart : la destruction. Les diff\u00e9rences, ruptures, motivations distinctes reconduisent au grand ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>3<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Les lois de finalit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les semblables font l&rsquo;\u00e9loignement, ou les m\u00eames choses la discontinuit\u00e9 (le yang). Les diff\u00e9rences font l&rsquo;approche, ou les choses autrement la continuit\u00e9 (le yin). Mais l&rsquo;\u00e9loignement, l&rsquo;approche de quoi?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut bien r\u00e9pondre :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) on ne s&rsquo;\u00e9loigne que d&rsquo;un d\u00e9part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;aventure, le d\u00e9tour proc\u00e8de sur une route inconnue. D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, il n&rsquo;y est que des d\u00e9lais. Je remets chaque jour \u00e0 demain l&rsquo;arriv\u00e9e, le terme du voyage, le jour et le lieu \u00e9trangers. L&rsquo;espoir incertain de la d\u00e9couverte ne va pas sans une certaine crainte, que fonde l&rsquo;ignorance. On ne mesure pas une distance depuis l&rsquo;inconnu,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">b) on ne se rapproche que d&rsquo;une arriv\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le retour proc\u00e8de sur une route connue. On ne s&rsquo;y conduit d&rsquo;un relais \u00e0 l&rsquo;autre (les cailloux blancs du Petit Poucet), car les \u00e9tapes en sont jalonn\u00e9es de longtemps, depuis le voyage d&rsquo;aller. Mais on veut toujours h\u00e2ter le retour, car l&rsquo;espoir du recouvrement ne va pas sans une certaine crainte : celle de ne pas retrouver les choses en l&rsquo;\u00e9tat. Ainsi mesure-t-on la distance d&rsquo;approche sur le terme du voyage de retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Telle, cette deuxi\u00e8me loi contredit la premi\u00e8re :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les M\u00eames font l&rsquo;\u00e9loignement, qui m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;Autre, dans le d\u00e9tour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Alt\u00e9rit\u00e9s font l&rsquo;approche, qui ram\u00e8ne au M\u00eame, dans le retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour admettre le paradoxe, il ne suffit pas de d\u00e9doubler le M\u00eame, en m\u00eame chose et chose m\u00eame, et l&rsquo;Autre, en autre chose et chose autrement. Un second d\u00e9doublement s&rsquo;impose : celui des fins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9couverte n&rsquo;est pas seulement la fin heureuse qu&rsquo;esp\u00e8re l&rsquo;homme du d\u00e9tour (le progressiste). C&rsquo;est aussi le d\u00e9couvert comptable, le cha\u00eenon manquant d&rsquo;abord, le manque absolu, la casse, qu&rsquo;il trouve tout au long, puis au terme de sa route.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le recouvrement n&rsquo;est pas seulement la r\u00e9cup\u00e9ration qu&rsquo;esp\u00e8re l&rsquo;homme du retour. C&rsquo;est aussi le fait de recouvrir, d&rsquo;englober, la cache o\u00f9 trop souvent s&rsquo;ab\u00eeme l&rsquo;\u00e9sot\u00e9riste (occultiste), non moins que le cryptozoologue et le jungien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais encore ces nouvelles identifications, du d\u00e9couvert et du d\u00e9peuplement, du recouvrement et du peuplement, ne simplifient pas le probl\u00e8me. Elles le compliquent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sait qu&rsquo;en effet, alg\u00e9briquement, le peuplement retarde le retour, que le d\u00e9peuplement autorise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ensemble ABCD ne redeviendra tel qu&rsquo;apr\u00e8s les 3 groupements : BCDA, CDAB, DABC. Mais l&rsquo;ensemble ABC redeviendra tel apr\u00e8s les 2 phases : BCA et CAB.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est, entre autres cons\u00e9quences, pourquoi la notion de progr\u00e8s, qui nie le retour, exige la production, l&rsquo;accroissement et la consommation : on s&rsquo;accro\u00eet ou l&rsquo;on s&rsquo;enrichit pour ne pas revenir. Mais le d\u00e9pouillement, l&rsquo;appauvrissement, le d\u00e9nuement (\u00ab\u00a0la catastrophe\u00a0\u00bb) fondent la paling\u00e9n\u00e9sie, relancent la r\u00e9currence, imposent en effet le <span style=\"text-decoration: underline;\">feed-back<\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le d\u00e9tour fait la d\u00e9couverte, c&rsquo;est le recouvrement\/peuplement qui fait le d\u00e9tour. Si le retour fait le recouvrement, c&rsquo;est le d\u00e9couvert\/d\u00e9peuplement qui fait le retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du paradoxe qu&rsquo;impose la quadrilogie du M\u00eame et de l&rsquo;Autre \u00e0 celui qu&rsquo;impose la quadrilogie des Fins, un joint nous manque \u2013 ou un motif, dont l&rsquo;Inventaire ne rend pas enti\u00e8rement compte, car, pr\u00e9cis\u00e9ment, cela n&rsquo;est pas de l&rsquo;ordre des <span style=\"text-decoration: underline;\">Inscriptions<\/span> (le m\u00eame\/l&rsquo;autre) ni des <span style=\"text-decoration: underline;\">Fins<\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-\u00eatre cela n&rsquo;est-il pas de l&rsquo;ordre de l&rsquo;Objet mais seulement subjectif. Me le fait croire le fait que la loi s&rsquo;applique seulement, qu&rsquo;elle est surtout connue, aux temps (bibliques ou brahmaniques) et aux \u00e9poques (la fin du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, par exemple) o\u00f9 domine ou rena\u00eet la religion du JE, la notion de \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb, toute subjectivit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plut\u00f4t que sur les Fins ou sur les Inscriptions, cette loi \u2013 si l&rsquo;on peut lui garder ce nom \u2013 semble jouer des \u00ab\u00a0moyens\u00a0\u00bb : la distance et l&rsquo;instance. Elle peut se formuler ainsi :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9loignement r\u00e9duit les lieux d&rsquo;o\u00f9 je m&rsquo;\u00e9loigne, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il les peuple, ou qu&rsquo;il peuple le champ de vision que j&rsquo;en ai : il situe la for\u00eat l\u00e0 o\u00f9 n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un arbre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;approche accro\u00eet le lieu dont je m&rsquo;approche, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle le d\u00e9peuple ou qu&rsquo;elle d\u00e9peuple la vision que j&rsquo;en ai : elle situe l&rsquo;arbre l\u00e0 o\u00f9 se tenait la for\u00eat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, n\u00e9anmoins, je pouvais imaginer un \u00e9loignement de mon point de d\u00e9part dans le retour (la nostalgie du progressiste confront\u00e9 \u00e0 la catastrophe), cet \u00e9loignement serait con\u00e7u comme un d\u00e9peuplement, une casse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je pouvais imaginer une approche de mon point d&rsquo;arriv\u00e9e dans le d\u00e9tour (l&rsquo;utopie du faux-proph\u00e8te, du mythomane), cette approche serait toujours con\u00e7ue comme un accroissement, un enrichissement, un gain, n\u00e9cessairement cach\u00e9 : \u00ab\u00a0les voies du Seigneur sont imp\u00e9n\u00e9trables\u00a0\u00bb ou les formules connues de Hegel, puis de Marx : les erreurs de la science, les d\u00e9viations de l&rsquo;Histoire, la victoire de la \u00ab\u00a0mauvaise part\u00a0\u00bb sur la bonne sont les meilleurs garants de la science comme progressiste, de l&rsquo;Histoire comme dialectique, du d\u00e9terminisme rationnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contre cette double vision se sont \u00e9lev\u00e9s Abraham, Mo\u00efse, tous les proph\u00e8tes de la Bible, depuis Elie jusqu&rsquo;\u00e0 Daniel, mais aussi le J\u00e9sus des Evangiles et tous les proph\u00e8tes de l&rsquo;apr\u00e8s-chr\u00e9tient\u00e9, des 15\u00e8mme et 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qu&rsquo;ils disent?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Seul le M\u00eame (l&rsquo;attachement \u00e0 soi-m\u00eame) fait le discontinu, la plus grande distance, l&rsquo;\u00e9loignement. Puis, l&rsquo;\u00e9loignement ne peut que peupler, subjectivement, et le peuplement m\u00eame interdit le retour, le recouvrement du M\u00eame\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La chose diff\u00e9rente, autrement (l&rsquo;arrachement \u00e0 soi-m\u00eame) fait le continu, la moindre distance, l&rsquo;approche. L&rsquo;approche ne peut que d\u00e9peupler, subjectivement, et le d\u00e9peuplement rapproche le retour, aux lieux d\u00e9j\u00e0 connus, que le temps a fait diff\u00e9rents, dans l&rsquo;incomparable d\u00e9couverte qu&rsquo;est le recouvrement v\u00e9ritable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi n&rsquo;est-il plus aucun paradoxe, ni en l&rsquo;\u00e9tude quadrilogique des Inscriptions ni en celle des Fins. Il y a suffi de l&rsquo;\u00e9tude soigneuse des Moyens : l&rsquo;\u00e9loignement, l&rsquo;approche, le d\u00e9tour et le retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais on voit qu&rsquo;ici, tout n&rsquo;est plus question que de positionnement, de localisation, du mobile ou de l&rsquo;observation, \u00e0 une quelconque distance de l&rsquo;arriv\u00e9e, dans le retour, ou du d\u00e9part, dans le d\u00e9tour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment donc se disposent les trois points : le d\u00e9part, le terme du parcours et le mobile? C&rsquo;est ce que formule la troisi\u00e8me loi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>4<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>La loi de localisation<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est en optique que, tout r\u00e9cemment, a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e \u2013 ou r\u00e9invent\u00e9e \u2013 la troisi\u00e8me loi, qui lie les notions de passage et d&rsquo;impasse \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une localisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une source de lumi\u00e8re \u00e9tant plac\u00e9e en O et un \u00e9cran de r\u00e9ception en O&rsquo;, l&rsquo;observateur dispose de 3 \u00e9crans polarisants pour intercepter le rayon lumineux : le premier constitu\u00e9 de bandes horizontales, A, le deuxi\u00e8me constitu\u00e9 de bandes verticales, C, le troisi\u00e8me constitu\u00e9 de bandes diagonales, B.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si je dispose les trois polarisateurs comme en (1) ou en (2), le rayon de ne passe pas :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">O______A______C. . . . .B\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 O&rsquo;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">O______B______A. . . . .C\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 O&rsquo;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 (2)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il passe enti\u00e8rement si je les dispose comme en (3) :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">O______A______B______C____O&rsquo;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 (3)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;\u00e9cris que cette loi est <span style=\"text-decoration: underline;\">retrouv\u00e9e<\/span> aujourd&rsquo;hui. Il ne fait pas doute, en effet, que la r\u00e9partition soigneuse des Tribus aux 4 cardinaux, dans le livre des Nombres et le livre d&rsquo;Ez\u00e9chiel notamment, tend \u00e0 respecter une telle loi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus : l&rsquo;ob\u00e9issance du Peuple Elu, dont d\u00e9pend \u00e9troitement le maintien de l&rsquo;Alliance entre le Peuple et Dieu (c&rsquo;est-\u00e0-dire le passage de la Lumi\u00e8re, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un dieu de Feu), n&rsquo;est autre qu&rsquo;une ob\u00e9issance aveugle aux localisations de Mo\u00efse, puis des Juges, puis des Proph\u00e8tes, localisations spatiales des \u00ab\u00a0ordres de marche\u00a0\u00bb ou de l&#8217;emplacement des tribus en Terre Promise, ou localisations temporelles des Jours de la semaine, des Mois et des Ann\u00e9es\u2026 Ici surtout se v\u00e9rifie pleinement l&rsquo;assertion de Caillois, que \u00ab\u00a0la localisation fait la maintenance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dix signes, et notamment l&rsquo;inversion math\u00e9matique, plusieurs livres, et notamment le <span style=\"text-decoration: underline;\">Livre de l&rsquo;homme qui a vu<\/span>, mais surtout la constante alliance de la Vierge, Innina ou Neith ou Nisiba, d\u00e9esse de la Pr\u00e9servation, du Maintien, avec les divinit\u00e9s du Nombre et de la Localisation Sens\u00e9e (Anzeti, Nin, Horus), dans l&rsquo;ancienne Egypte ainsi qu&rsquo;\u00e0 Ourouk, Warka, Ur ou Sumer, attestent que cette loi troisi\u00e8me ne dut pas y \u00eatre moins essentielle que la deuxi\u00e8me, de finalit\u00e9, dans les traditions brahmaniques ou bibliques, ou la premi\u00e8re, de polarit\u00e9, de Thal\u00e8s jusqu&rsquo;\u00e0 notre \u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car le christianisme et le bouddhisme ne sont que d&rsquo;extr\u00eames extrapolations des lois qui fondent le M\u00eame et l&rsquo;Autre. Les religions de Justice, de Brahma ou d&rsquo;Abraham, ne sont que d&rsquo;extr\u00eames finalit\u00e9s des lois que fondent le peuplement et le d\u00e9peuplement, ou d&rsquo;Alliance dedans, de Mal\u00e9diction hors. Les religions ant\u00e9rieures, d&rsquo;o\u00f9 survivent les Taureaux, de Rudra ou de Mardouk, Apis ou Kamoutef, se fond\u00e8rent en effet sur le rapport inconcevable entre les deux Dispositions (localisation et tendance), qui sont aussi les deux Moyens : distances\/instances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En sa forme la plus g\u00e9n\u00e9rale, la loi semble \u00eatre telle : les Trois \u00e9tant donn\u00e9s, A, B, C, le passage exige cet ordre, ou son inverse : C,B,A, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il exige la localisation de B entre A et C ou C et A. Toute autre succession interdit le passage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je peux aller du P\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Esprit par le Fils, ou de l&rsquo;Esprit au P\u00e8re, par le m\u00eame canal. Ou de l&rsquo;Unit\u00e9 au Vide, ou \u00e0 l&rsquo;inverse, par la dualit\u00e9 polarisante (de l&rsquo;Autel \u00e0 la Caverne ou \u00e0 l&rsquo;inverse par l&rsquo;une ou l&rsquo;autre des spirales de Yeats). Ou, par le jeu de l&rsquo;Ecart, du joint \u00e0 l&rsquo;exclusion, par le jeu du Suffrage dans le sens inverse : de l&rsquo;absence purgative \u00e0 la pr\u00e9sence paradisiaque, de la parade\/protection au paradis. Etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais une localisation autre m&rsquo;est interdite. Comme celle qui pr\u00e9tendrait permettre le passage de l&rsquo;Unit\u00e9 \u00e0 la Forme Vide, ou \u00e0 l&rsquo;inverse, sans passer par le polarisateur B; le passage du P\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Esprit ou de l&rsquo;Esprit au P\u00e8re sans passer par le Fils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons vu comment la 1<sup>\u00e8re<\/sup> loi se figure : par le continu et le discontinu, et comment la 2<sup>\u00e8me<\/sup> : par le contenant et le contenu. Comment figurer la 3<sup>\u00e8me<\/sup>?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce peut \u00eatre par une Forme Vide, qui exclut tout contenu, s\u00e9par\u00e9e de ce contenu m\u00eame (l&rsquo;En soi, le P\u00e8re, l&rsquo;Unit\u00e9), si bien que je ne puis passer directement de l&rsquo;Un \u00e0 l&rsquo;Autre, ni de l&rsquo;Autre \u00e0 l&rsquo;Un. Cette Forme, pourtant, comporte une Entr\u00e9e : l&rsquo;\u00e9cart, et une Sortie : le suffrage, dans les acceptions d\u00e9finies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu&rsquo;\u00e0 ces derniers mois, un mot me manquait pour d\u00e9nommer cette \u00e9trange figure. Un texte me le donne, qui date \u00e9videmment de Wronski et de Baudelaire, traducteur de Poe, de 1854. Il s&rsquo;agit du premier conte fantastique de Verne, dont le Voyage au Centre de la Terre demeure au c\u0153ur de la qu\u00eate du monde perdu (cach\u00e9) et dont le dernier texte : <span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;\u00e9ternel Adam<\/span>, en 1905, renouera avec l&rsquo;\u00e9ternelle r\u00e9currence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce conte : <span style=\"text-decoration: underline;\">Ma\u00eetre Zacharius<\/span> se trouve en clair pos\u00e9 le double probl\u00e8me du Vide (et de l&rsquo;\u00e9cart) comme absence et comme r\u00e9currence, en m\u00eame temps que le dilemme th\u00e9ologique de la perte ou du salut de l&rsquo;\u00e2me, par la piti\u00e9, l&rsquo;amour, la pri\u00e8re, le suffrage r\u00e9dempteur. Le mot est celui qu&rsquo;on utilise surtout en horlogerie, mais il pr\u00e9sente tout son sens \u2013 double \u2013 en m\u00e9canique, en charpenterie, en musique : l&rsquo;<span style=\"text-decoration: underline;\">Echappement<\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;agit toujours de l&rsquo;\u00e9viction, du rejet d&rsquo;un rouage (en horlogerie) ou d&rsquo;une note (en musique) qui relance le mouvement en sens <span style=\"text-decoration: underline;\">inverse<\/span>, l&rsquo;\u00e9ternisant par ce retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On notera m\u00eame que l&rsquo;architecture, qui ne conna\u00eet pas cette notion de retour, science uniquement statique, nomme \u00ab\u00a0\u00e9chappement\u00a0\u00bb la distance qui s\u00e9pare un escalier de la vo\u00fbte qui la surplombe. Or, c&rsquo;est bien cet \u00ab\u00a0\u00e9cart\u00a0\u00bb, cet \u00e9cartement, qui permet que l&rsquo;escalier soit descendu ou mont\u00e9 dans les deux sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, quand une tribu ne prenait pas sa place dans l&rsquo;ordonnancement des structures (ou quand on la rejetait de son r\u00f4le, comme la tribu de Benjamin, le Loup\/Archer, exclue de la garde de l&rsquo;Arche), il \u00e9tait n\u00e9cessaire de l&rsquo;exclure des tribus, comme on saute la dent du rouage, en horlogerie, pour relancer le mouvement, <span style=\"text-decoration: underline;\">laisser passer<\/span> \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans nos justices encore, le coupable, celui qu&rsquo;on peut couper de l&rsquo;ensemble, n&rsquo;est rejet\u00e9 du cercle, de cette soci\u00e9t\u00e9-l\u00e0, que parce qu&rsquo;il combattait l&rsquo;\u00e9change social, interdisait la libre communication des id\u00e9es ou des \u00ab\u00a0biens\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais que font le po\u00e8te, le peintre, quand ils excluent de leur \u0153uvre ce mot, cette couleur? N&rsquo;en tirent-ils pas, celui-ci ou celui-l\u00e0, la seule relance \u2013 et, par del\u00e0, la seule maintenance, survie \u2013 possible?<\/p>\n<div id=\"attachment_89\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META9.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-89\" class=\"size-medium wp-image-89\" title=\"META9\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META9-300x198.jpg\" width=\"300\" height=\"198\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META9-300x198.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META9-1024x678.jpg 1024w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META9.jpg 1246w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-89\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>5<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em> Thermodynamique et information<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fin du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle se caract\u00e9rise, entre autres merveilles, par un rapprochement, cru impossible hier, des qu\u00eates irrationnelles d&rsquo;une part, rationnelles de l&rsquo;autre. C&rsquo;est tant\u00f4t le mythologue Roger Caillois qui, gardant son vocabulaire po\u00e9tique, se d\u00e9clare s\u00e9duit et convaincu par les figures orbitales de Mendeleieff. Et tant\u00f4t l&rsquo;\u00e9minent chercheur fondamental Henri Laborit qui, conservant son vocabulaire scientifique, en vient \u00e0 cr\u00e9er une figure (la nouvelle Grille), peu diff\u00e9rente des deux spirales de Yeats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que j&rsquo;ai nomm\u00e9 le passage (de A vers C par B ou \u00e0 l&rsquo;inverse) y porte le nom de \u00ab\u00a0syst\u00e8me ouvert\u00a0\u00bb, les deux seuils de C en \u00e9tant l&rsquo;entr\u00e9e et la sortie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que j&rsquo;ai nomm\u00e9 la voie de l&rsquo;Ecart est dit par Laborit l&rsquo;aboutissement de la cha\u00eene thermodynamique, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;Entropie \u00e0 quoi aboutit cette cha\u00eene, avec son relief (\u00ab\u00a0d\u00e9chets\u00a0\u00bb, ici, de l&rsquo;\u00e9nergie\/mati\u00e8re). De cette voie, Yeats \u00e9crivait dans <span style=\"text-decoration: underline;\">Vision<\/span> : \u00ab\u00a0Lorsque l&rsquo;ancien primaire devient le nouvel antith\u00e9tique, l&rsquo;ancienne prise de conscience d&rsquo;une loi morale objective se trouve chang\u00e9e en un instinct subconscient et d\u00e9sordonn\u00e9\u00a0\u00bb, lorsque l&rsquo;\u00e9cart\/joint devient l&rsquo;\u00e9loignement, le d\u00e9tour et la catastrophe pour finir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que j&rsquo;ai nomm\u00e9 la voie du Suffrage est dit par Laborit la sortie de C en information (irrationnelle, arch\u00e9typale en son d\u00e9part). De cette voie, Yeats \u00e9crivait, il y a soixante-quatre ans : \u00ab\u00a0Lorsque l&rsquo;ancien antith\u00e9tique devient le nouveau primaire, le sentiment moral se trouve chang\u00e9 en un syst\u00e8me organis\u00e9 d&rsquo;exp\u00e9rience qui doit \u00e0 son tour rechercher une unit\u00e9, la totalit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience\u00a0\u00bb. C&rsquo;est ici le relief dress\u00e9, le dressage, qui constitue l&rsquo;essentiel du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi pr\u00e9cis\u00e9ment que possible, faisant de la mati\u00e8re\/\u00e9nergie le fondement de la voie rationnelle, thermodynamique, et des croyances de l&rsquo;\u00e9poque les substrats de la voie irrationnelle, informatique, Laborit nie que tout irrationnel soit \u00e0 rejeter, toute rationalit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme b\u00e9n\u00e9fique : si l&rsquo;utopie, souvent, d\u00e9nature le premier, l&rsquo;entropie, \u00e0 coup s\u00fbr, ach\u00e8ve la seconde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, et d&rsquo;autres chercheurs, comme Charon, le suivent en cela, Laborit ne pense pas que l&rsquo;entropie soit le terme \u00ab\u00a0d\u00e9finitif\u00a0\u00bb de la voie thermodynamique. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il charge des organites intracellulaires, les mitochondries, de r\u00e9cup\u00e9rer les \u00ab\u00a0d\u00e9chets\u00a0\u00bb ou vestiges de l&rsquo;ionisation \u00e9lectronique pour les inclure, par utilisation de l&rsquo;oxyg\u00e8ne comme \u00ab\u00a0accepteur d&rsquo;\u00e9lectrons\u00a0\u00bb, dans la cha\u00eene biocatalytique similaire \u00e0 l&rsquo;information. Cette \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb utilise la chaleur m\u00eame pour \u00e9tablir la r\u00e9currence, le feed-back impossible, de l&rsquo;\u00e9lectron de mati\u00e8re au photon de lumi\u00e8re, de l&rsquo;\u00e9nergie us\u00e9e \u00e0 la nouvelle forme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette forme, provisoirement <span style=\"text-decoration: underline;\">vide<\/span> de toute \u00e9nergie\/mati\u00e8re, est porteuse, en sa structure m\u00eame, d&rsquo;une information r\u00e9demptrice, n\u00e9guentropique, comme de l&rsquo;entr\u00e9e en C de la forme restante (l&rsquo;espace) que laisse b\u00e9ante la n\u00e9antisation de la mati\u00e8re et comme de la sortie de C de la vitesse formelle brute du photon (la vitesse\/limite de la lumi\u00e8re). Comme Jules Verne parlant de l&rsquo;\u00e9chappement, Laborit emploie le mot : r\u00e9gulateur, pour dire \u00e0 la fois le vide laiss\u00e9 par l&rsquo;entropie mat\u00e9rielle (la dent, la note ou le rouage saut\u00e9s) et la r\u00e9currence, la r\u00e9troaction, le feed-back qui relance le mouvement \u00e0 l&rsquo;inverse, de ABC \u00e0 CBA.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les deux figures de Laborit et de Yeats, mais plus pr\u00e9cis\u00e9ment en la premi\u00e8re, il suit que le R\u00e9gulateur\/\u00e9chappement, ouvert par cette entr\u00e9e et cette sortie, se pr\u00e9sente cependant comme un syst\u00e8me ferm\u00e9, une impasse, si je pr\u00e9tends sauter de C \u00e0 A ou de A \u00e0 C sans passer par B, \u00e0 l&rsquo;aller ou au retour. Car c&rsquo;est B seul qui porte l&rsquo;Ecart, donc l&rsquo;entropie, le manque dans un sens (thermodynamique, mat\u00e9riel, rationnel), et le Suffrage, la \u00ab\u00a0consid\u00e9ration\u00a0\u00bb mythique, le dressage, la r\u00e9currence dans l&rsquo;autre (irrationnel, informatique). Comme le p\u00e9ch\u00e9 m\u00e8ne les catholiques au purgatoire (ou \u00e0 l&rsquo;enfer, s&rsquo;il est mortel, sans repentir, sans d\u00e9chet pour remonter la pente) et comme quelque croyance les en rach\u00e8te, quelque \u00e9lection, suffrage, les en sauve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A quel point ces croyances ou ces suffrages demeurent hypoth\u00e9tiques, al\u00e9atoires, contingentes, nous en prenons quelque conscience en remontant au temps o\u00f9 la notion de Purgatoire s&rsquo;instaure mais o\u00f9, encore, bien d&rsquo;autres topologies formulent lieu r\u00e9gulateur, la forme vide et r\u00e9currente : le d\u00e9sert, la for\u00eat sauvage (vaste l&rsquo;un, gaste l&rsquo;autre, toujours vides, \u00e9cart\u00e9s). Le Qu\u00eateur perdu comme le Monde plus tard et bien pr\u00e8s, aussi, d&rsquo;\u00eatre cass\u00e9, affronte n\u00e9cessairement deux croyances \u00e9ventuelles, dont il doit \u00e9lire l&rsquo;une. Tel, le chevalier Yvain, le Serpent et le Lion, savoir et hi\u00e9rarchie, sagesse et pouvoir, mais aussi le dieu d&rsquo;Eau, l&rsquo;Oint, le nouvel Herm\u00e8s, et le Christ ressuscit\u00e9, royal et noble. Et, encore plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le dieu de V\u00e9rit\u00e9 des juifs, IAHVE, et le dieu \u00e0 venir, le second Christ, le Paraclet de Jean, le fils de Roi ou le Prince que sera l&rsquo;Esprit. Car, selon qu&rsquo;il choisit une croyance ou l&rsquo;autre, le premier animal ou le second, Yvain se sauve ou se perd.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es plus tard, les Cisterciens offriront le m\u00eame choix \u00e0 leur qu\u00eateur, Galahad : entre la voie de droite et la voie de gauche, \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e de la for\u00eat, il lui faudra choisir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui ne voit que ce choix, cette \u00e9lection d&rsquo;Yvain ou de Galahad, puis des suffrages purgatifs, cent ans plus tard, sont du m\u00eame ordre, mieux : de la m\u00eame figure, que les cercles de Platon et les sph\u00e8res de Wronski, les volutes contraires de Saint-Yves et de Gu\u00e9non (N\u00fbn et Na), les c\u00f4nes de Yeats, la science de la mati\u00e8re\/\u00e9nergie, serpentiforme, et l&rsquo;information cr\u00e9ative, royale de Laborit?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais qui ne voit que tous ces lieux : d\u00e9sert vaste, gaste for\u00eat, purgatoire, antith\u00e9tique de Yeats, \u00e9chappement de Jules Verne, r\u00e9gulateur de Laborit sont uniquement des Formes Vides, et comme telles, oppos\u00e9es \u00e0 la Ville, au Ch\u00e2teau, \u00e0 la Pr\u00e9sence de l&rsquo;Etre (ou Dieu ou Lucifer), au primaire, au peuplement presque indiscernable de l&rsquo;Un, dont aucune de ces l\u00e9gendes, aucune de ces sciences ne parle, sinon comme de l&rsquo;Entit\u00e9 originelle, cass\u00e9e (le Boum originel ou l&rsquo;Age d&rsquo;Or primitif, l&rsquo;affect freudien) ou comme de l&rsquo;Entit\u00e9 \u00e0 recouvrer, au terme de l&rsquo;information, cach\u00e9e encore ( le Christ-Om\u00e9ga de Teilhard de Chardin, le Paraclet de Jean, la V\u00e9rit\u00e9 peut-\u00eatre accord\u00e9e aux ultimes mutants des temps \u00e0 venir)?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce purgatoire, ce r\u00e9gulateur, cette Forme Vide est le lieu par excellence, le seul en fin de compte, qu&rsquo;inventorie un inventaire quelconque, th\u00e9ologique ou scientifique, de Thomas d&rsquo;Aquin ou de Laborit. Mais comment peut-on recenser une forme vide? Est-ce que le n\u00e9ant s&rsquo;inventorie?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A peine peut-on dire qu&rsquo;il s&rsquo;invente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>6<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em> Une g\u00e9n\u00e9ration inventive<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ouvrage de Laborit n&rsquo;est pas unique. Par la date de son \u00e9criture (1974), il se situe entre l&rsquo;article d&rsquo;Alfred Korzybski : \u00ab\u00a0le r\u00f4le du langage dans les processus pr\u00e9ceptuels\u00a0\u00bb (publi\u00e9 en 1951, traduit en fran\u00e7ais en 1966) et le gros livre de Douglas Hofstadter, <span style=\"text-decoration: underline;\">G\u00f6del Escher Bach<\/span>, publi\u00e9 en 1977, traduit et publi\u00e9 en fran\u00e7ais en 1985. Nil&rsquo; un ni l&rsquo;autre ne traitent de \u00ab\u00a0l&rsquo;information\/structure\u00a0\u00bb que Laborit situe entre la voie de l&rsquo;entropie (thermodynamique) et la voie de la n\u00e9guentropie informative, mais Korzybski en quelque sorte la sugg\u00e8re et Hofstadter en montre le caract\u00e8re universel par l&rsquo;invention de ses multiples applications : math\u00e9matique et scientifique d&rsquo;une part, litt\u00e9raire, picturale et musicale de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Korzybski d\u00e9crit longuement le niveau o\u00f9, entre l&rsquo;indicible et non-verbal subatomique comme entr\u00e9e et le verbal imaginaire comme sortie, se situent l&rsquo;apport physico-chimique du ion et la r\u00e9action \u00e9lectro-collo\u00efdale (sentiment\/pens\u00e9e). Ce Lieu n&rsquo;est pas encore nomm\u00e9 (neurone, forme vide, information\/structure), mais il est d\u00e9fini comme circulaire et r\u00e9current, ainsi que l&rsquo;\u00e9chappement de Verne. Pour ne laisser aucun doute sur la nature de ce niveau\/pivot entre l&rsquo;\u00eatre\/mati\u00e8re\/\u00e9nergie et la croyance\/nom\/structure, l&rsquo;auteur ach\u00e8ve son \u00e9tude par une citation de S. Eddington, dont le livre : <span style=\"text-decoration: underline;\">Space time and gravitation<\/span> est paru en 1920 : \u00ab\u00a0En ce qui concerne la nature des choses, cette connaissance n&rsquo;est qu&rsquo;une coquille vide \u2013 une forme de symboles\u2026 L&rsquo;esprit ne retrouve dans la nature que ce que l&rsquo;esprit y a mis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On notera qu&rsquo;il ne peut l&rsquo;y avoir mis que par r\u00e9currence ou <span style=\"text-decoration: underline;\">feed-back<\/span>, comme on ne conna\u00eet le cycle \u00e0 venir qu&rsquo;une fois le cycle achev\u00e9. Cette r\u00e9v\u00e9lation de S. Eddington recule de trente ans l&rsquo;invention scientiste de la Forme Vide, de 1950 \u00e0 1920. A l&rsquo;inverse, bien d&rsquo;autres d\u00e9couvertes prolongent d&rsquo;autant d&rsquo;ann\u00e9es l&rsquo;invention de Korzybski\u2026 jusqu&rsquo;\u00e0 notre \u00e9poque. Je citerai le sp\u00e9cialiste des \u00ab\u00a0caissons de r\u00eave\u00a0\u00bb et l&rsquo;\u00e9ducateur de dauphins, John C. Lilly qui, dans son livre : \u00ab\u00a0Les simulacres de Dieu\u00a0\u00bb, ne craint pas d&rsquo;\u00e9crire : \u00ab\u00a0Tout semble se passer comme si, par le jeu infini de la dialectique, le tout de l&rsquo;int\u00e9grale se trouve \u00eatre toujours ZERO\u00a0\u00bb. En 1982, plus rien de ce myst\u00e8re n&rsquo;est obscur, et Lilly peut pr\u00e9ciser que le Z\u00e9ro est figure, forme, mais une forme vide, qu&rsquo;il nombre N, initiale de n\u00e9guentropie et de neurone, entre la destruction de tout relief et le relief\/renaissance du feed-back, entre l&rsquo;\u00e9clat (ement) et le suffrage r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur. Si l&rsquo;accomplissement de la maintenance, son \u00e9clatement, ach\u00e8ve la voie de l&rsquo;entropie causale, c&rsquo;est l&rsquo;accomplissement de la compl\u00e9tude, connu d&rsquo;avance, dans le sens de la finalit\u00e9 non-causale, qui ouvre la voie inverse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aucun doute sur la croyance profonde de tous ces d\u00e9couvreurs : elle se fonde sur la 3<sup>\u00e8me<\/sup> Loi, car le feed-back est absolu : il renvoie ABC (le d\u00e9tour) au retour sym\u00e9trique, motivant, CBA, mais jamais de ABC \u00e0 CAB par exemple. Et ils savent tous que, si le peuplement a fait le joint et la disjonction de l&rsquo;entropie scientiste, c&rsquo;est le d\u00e9peuplement, jusqu&rsquo;au Z\u00e9ro, qui fait le retour, selon la 2<sup>\u00e8me<\/sup> Loi. Etrangement, ils ne semblent pas, ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre, avoir gard\u00e9 m\u00e9moire de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> Loi, de polarit\u00e9. A l&rsquo;exception de Hofstadter, qui n&rsquo;omet pas de citer Georges Steiner : \u00ab\u00a0l&rsquo;hypoth\u00e9tique, l&rsquo;imaginaire, le conditionnel, la syntaxe de l&rsquo;antifait et de la contingence sont peut-\u00eatre les centres producteurs du langage\u2026 Il est peu probable que l&rsquo;homme, tel qu&rsquo;il est aujourd&rsquo;hui, aurait surv\u00e9cu (sans eux) et sans le pouvoir s\u00e9mantique, engendr\u00e9 et tenu \u00e0 disposition dans les zones <span style=\"text-decoration: underline;\">superflues<\/span> du cortex, d&rsquo;imaginer et d&rsquo;organiser des possibles qui \u00e9chappent au cercle de la d\u00e9composition et de la mort\u00a0\u00bb (<span style=\"text-decoration: underline;\">Apr\u00e8s Babel<\/span>, Steiner, Albin Michel, 1978).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, comment Steiner nomme-t-il ce lieu de renversement, ce neurone, cette forme vide, cette information-structure? L&rsquo;<span style=\"text-decoration: underline;\">alt\u00e9rit\u00e9<\/span>. C&rsquo;est l&rsquo;Autre qui ouvre, fait le continu de l&rsquo;antifait et qui, par la marge de l&rsquo;imaginaire (le cycle en soi), ouvre la voie de la r\u00e9currence. C&rsquo;est l&rsquo;Autre qui recr\u00e9e dans le Retour, quand les m\u00eames p\u00f4les n&rsquo;ont pu que dissocier, distendre, \u00e9carteler dans la voie (\u00e9lectromagn\u00e9tique) de l&rsquo;entropie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces Trois Lois, qu&rsquo;il nomme autrement, Hofstadter les retrouve appliqu\u00e9es par le musicien Bach ou ses propres dialogues, le peintre Escher et les figures qu&rsquo;il r\u00e9invente, le math\u00e9maticien G\u00f6del et ses propres s\u00e9ries. Et peu importe qu&rsquo;au vocable : Forme Vide, il pr\u00e9f\u00e8re \u00ab\u00a0Boucle Etrange\u00a0\u00bb, une expression sur laquelle il faudra revenir. L&rsquo;important est que cette boucle aussi \u2013 la bande de Moebius, connue de l&rsquo;auteur du <span style=\"text-decoration: underline;\">Tim\u00e9e<\/span> \u2013 peut se refermer ou se reformer en cercle, comme les inventions de S. Eddington, de Korzybski, de Laborit, de Steiner, etc. En ces noms ou figures ou nombres divers, que formulent les vocables : Forme Vide, le Z\u00e9ro ou le nombre N et dont il ne se peut pas que, dans la p\u00e9riode 1920\/1950, des po\u00e8tes, des \u00e9crivains n&rsquo;aient point parl\u00e9, puisque la science ne fait jamais qu&rsquo;expliciter l&rsquo;Art cr\u00e9ateur\u2026<\/p>\n<div id=\"attachment_90\" style=\"width: 237px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META10.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-90\" class=\"size-medium wp-image-90\" title=\"META10\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META10-227x300.jpg\" width=\"227\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META10-227x300.jpg 227w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META10-775x1024.jpg 775w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/META10.jpg 1088w\" sizes=\"auto, (max-width: 227px) 100vw, 227px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-90\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">(\u00e0 suivre)<\/p>\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<table style=\"text-align: justify;\" width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"100%\">\n<table width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"100%\">\n<table width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"text-align: justify;\" valign=\"top\" width=\"100%\"><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a>[1] Dans la crypte, sous l&rsquo;autel.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE PETIT METAPHYSICIEN ILLUSTR\u00c9 SOMMAIRE La mise au point En guise de pr\u00e9face (1977) Pr\u00e9ambule \u2013 LES DEUX ACTEURS \u2013 la rentr\u00e9e en soi \u2013 le principe de causalit\u00e9 \u2013 le principe d&rsquo;identit\u00e9 \u2013 le gagnant \u2013 LA DESIGNATION \u2013 &hellip; <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=80\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-80","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-petit-metaphysicien"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/80","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=80"}],"version-history":[{"count":11,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/80\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2629,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/80\/revisions\/2629"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=80"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=80"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=80"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}