{"id":735,"date":"2012-08-28T09:34:02","date_gmt":"2012-08-28T07:34:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=735"},"modified":"2012-09-24T16:26:03","modified_gmt":"2012-09-24T14:26:03","slug":"de-memoire-dhomme","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=735","title":{"rendered":"LES JOURS ET LES NUITS DU COSMOS &#8211; Pr\u00e9face : De m\u00e9moire d&rsquo;homme&#8230;"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><strong>DE MEMOIRE D&rsquo;HOMME\u2026<\/strong><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les premiers livres de la Bible ne font pas mention d&rsquo;\u00e8res successives qu&rsquo;auraient v\u00e9cues l&rsquo;humanit\u00e9 (sauf, incidemment et confus\u00e9ment, dans Job<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>); les Evangiles, pas davantage, sauf en deux versets chez Luc<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Cependant, les si\u00e8cles hell\u00e9nistiques et ceux qui ont suivi (jusqu&rsquo;au 4<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C.) offrent des \u0153uvres importantes et nombreuses consacr\u00e9es \u00e0 ce sujet : on en trouve trace chez Diodore, Strabon, Plutarque, S\u00e9n\u00e8que, Saint Jean, Tacite, Ptol\u00e9m\u00e9e, Marc-Aur\u00e8le, Dion Cassius, Saint Ir\u00e9n\u00e9e, Jamblique, ainsi que dans les \u0153uvres dites \u00ab\u00a0herm\u00e9tiques\u00a0\u00bb (\u00e9gyptiennes et grecques) ou sibyllines (chr\u00e9tiennes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces divers ouvrages, les Eres apparaissent li\u00e9es au zodiaque et portent les noms m\u00eames des Signes : les Poissons, le B\u00e9lier, le Taureau, l&rsquo;Aigle ou les G\u00e9meaux, le Serpent ou Cancer, etc. Pour trois d&rsquo;entre elles, l&rsquo;Histoire a pu nous \u00eatre un guide s\u00fbr et leur \u00e9tude a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que chacune avait dur\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment le temps o\u00f9 le soleil se l\u00e8ve dans un Signe donn\u00e9; dans le Taureau de 5 000 \u00e0 2850 avant J.-C., dans le B\u00e9lier de 2850 \u00e0 700 avant J.-C., dans les Poissons de 700 avant J.-C. jusqu&rsquo;\u00e0 1450 apr\u00e8s J.-C., chaque passage d&rsquo;une Ere \u00e0 l&rsquo;autre \u00e9tant indiqu\u00e9 au surplus par le remplacement de l&rsquo;\u00e9toile polaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9centes d\u00e9couvertes de l&rsquo;arch\u00e9ologie nous ont \u00e9galement permis de faire appara\u00eetre que, durant chaque p\u00e9riode de 2150 ans ainsi d\u00e9limit\u00e9e, les hommes on invent\u00e9 de nouveaux mythes et de nouveaux dieux, en m\u00eame temps que de nouvelles techniques, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le Mythe ou l&rsquo;Esprit s&rsquo;incarne dans une Eglise (ou tradition ou collectivit\u00e9) dont l&rsquo;apog\u00e9e, le \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb se situe aux derniers si\u00e8cles de l&rsquo;\u00e8re, peu de temps avant sa fin, bien que des principes ou dogmes n\u00e9s de la Tradition aient une dur\u00e9e beaucoup plus longue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette analyse nous fut facilit\u00e9e du fait que les trois Mythes en question nous demeurent familiers et que leur \u00e9tude n&rsquo;exige pas d&rsquo;initiation particuli\u00e8re. En effet, les symboles qui s&rsquo;y rattachent appartiennent \u00e0 un vocabulaire dont presque tout lecteur aura eu connaissance, ne f\u00fbt-ce que par la lecture de l&rsquo;horoscope quotidien : notre astrologie a cinq mille ans d&rsquo;\u00e2ge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, ant\u00e9rieurement \u00e0 3 000 avant J.-C., les rep\u00e8res mythiques nous apparaissent \u00e0 tel point diff\u00e9rents qu&rsquo;une \u00e9tude superficielle ne permet pas de les rattacher aux n\u00f4tres. Ainsi semble-t-il assur\u00e9 que le \u00ab\u00a0bestiaire astral\u00a0\u00bb auquel nous nous r\u00e9f\u00e9rons appartient presque exclusivement \u00e0 la p\u00e9riode : 2000 avant J.-C. \u2013 300 apr\u00e8s J.-C. Alors, les Poissons, le B\u00e9lier, le Taureau prennent ces noms sous lesquels chacun les reconnait; alors, les G\u00e9meaux se nomment l&rsquo;Aigle Double ou le Dragon, le Cancer le Serpent, notre Lion le Lion ou le Cheval ou le Faisan (en Chine), la Vierge le Mouton (en Chine) ou la Tortue (dans l&rsquo;Inde et \u00e0 Cnossos) et la Balance le Sanglier (Inde, pays celtiques). Plus t\u00f4t, le Cancer s&rsquo;\u00e9tait nomm\u00e9 la Lune (ou la Pluie), le Lion : le Soleil (\u00e0 Sumer) ou le Palais Rouge (en Chine), la Vierge : la Terre Fertile ou la D\u00e9esse des Moissons, la Balance : le Vent, l&rsquo;Orage ou la Temp\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus haut dans le temps, nous rencontrons l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame d&rsquo;un zodiaque n&rsquo;existe pas : le calendrier y est lunaire, non solaire, et ce sont les \u00ab\u00a0stations\u00a0\u00bb de la lune dans le ciel qui d\u00e9limitent les mois et les ann\u00e9es. Alors, d&rsquo;autres symboles ont d\u00fb permettre aux mages, aux chamans, aux sorciers, d&rsquo;illustrer les phases successives de l&rsquo;\u00e9volution humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il reste que des monuments comme les alignements de Kermario et de Kerlescan ou le calendrier p\u00e9ruvien de Tiahuanaco attestent que, 5000 ou 6000 ans avant J.-C. (certains disent 10 000), le ciel \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;objet d&rsquo;observations; celles-ci conditionnaient certaines architectures, elles \u00e9taient consign\u00e9es sur des \u00ab\u00a0agendas\u00a0\u00bb de pierre, o\u00f9 il nous faut bien voir comme une mani\u00e8re d&rsquo;\u00e9bauche de l&rsquo;astrologie, l&rsquo;\u00e9bauche d&rsquo;une croyance en des Forces inconnues, en des influences cosmiques ou divines, dont les cycles eussent expliqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 travers des \u00e8res ou des \u00ab\u00a0avatars\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 d\u00e9nomm\u00e9s et pr\u00e9dits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, les peuples \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb eux-m\u00eames, priv\u00e9s de sch\u00e9mas mythiques, admettent cependant l&rsquo;id\u00e9e des \u00ab\u00a0incarnations\u00a0\u00bb successives du Dieu. \u00ab\u00a0L&rsquo;homme qui marche s&rsquo;arr\u00eate o\u00f9 il lui pla\u00eet, disait \u00e0 Miss Fletcher un indien dakota. Ainsi de la divinit\u00e9 : le <em>soleil<\/em> est un endroit o\u00f9 elle s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e, les <em>arbres<\/em>, les <em>animaux<\/em> en sont d&rsquo;autres. C&rsquo;est pourquoi on les prie, car on parvient enfin \u00e0 la place o\u00f9 le Dieu stationne, et l&rsquo;obtient de Lui aide et b\u00e9n\u00e9diction<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, cette croyance para\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 commune \u00e0 tous les peuples \u00e0 un moment de leur histoire. Des Chinois aux Mayas, des Chimus aux Mongols, des Assyriens aux Romains, des Japonais aux juifs de la Cabbale, des Ph\u00e9niciens aux nestoriens et des Grecs aux Peaux-Rouges, les nuances perceptibles concernent quelquefois les embl\u00e8mes employ\u00e9s \u2013 mais jamais le c\u0153ur du probl\u00e8me. Tous ont dit la m\u00eame chose, bien que ce f\u00fbt diff\u00e9remment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>L&rsquo;escalade et le voyage<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e8me de la Travers\u00e9e ou du Voyage se retrouve en Egypte et au Tibet. En Egypte, le Voyage s&rsquo;effectue \u00e0 travers des zones ou des \u00ab\u00a0chambres\u00a0\u00bb successives, o\u00f9 se laissent parfois reconna\u00eetre, esquiss\u00e9es, les figures zodiacales que nous utilisons : les deux Lions g\u00e9miques, le Serpent, le Soleil, la D\u00e9esse Vierge, le dieu \u00e0 la balance, le Scorpion. Mort, l&rsquo;homme doit revivre les \u00e9tapes ant\u00e9rieures de l&rsquo;\u00e9volution humaine et recueillir l&rsquo;approbation, ou le pardon, des divers dieux qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le sien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pareillement, le <em>Bardo Thodol<\/em> tib\u00e9tain enseigne qu&rsquo;apr\u00e8s sa mort, l&rsquo;homme doit revivre pour son compte personnel les sept \u00e9tapes de l&rsquo;Evolution, pr\u00e9sent\u00e9es comme sept mondes, constitu\u00e9s chacun par sept globes plac\u00e9s sur des cercles parall\u00e8les.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus confus, le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0voyage nocturne\u00a0\u00bb de Mahomet est, de m\u00eame, comme un pressentiment des \u00ab\u00a0ciels\u00a0\u00bb qu&rsquo;il devra traverser apr\u00e8s sa mort. Dans le premier, l&rsquo;attend Adam (l&rsquo;homme \u00e9ternel); dans le second, J\u00e9sus et Jean (les proph\u00e8tes chr\u00e9tiens); dans le troisi\u00e8me, Joseph, le proph\u00e8te biblique; dans le quatri\u00e8me, H\u00e9noch, qui v\u00e9cut au temps de Sumer; dans le cinqui\u00e8me, Aaron; dans le sixi\u00e8me, Mo\u00efse; dans le septi\u00e8me, Abraham. Symboliquement, ce Voyage n&rsquo;a gu\u00e8re de sens : l&rsquo;ignorance historique du Proph\u00e8te de l&rsquo;Islam est un sujet banal de raillerie; mais la mention des sept espaces ou firmaments nous laisse imaginer comme une initiation quelconque, interrompue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Similaire, le th\u00e8me de l&rsquo;Escalade se retrouve chez les M\u00e8des, les Perses, les Mongols. C&rsquo;est une \u00e9chelle \u00e0 sept degr\u00e9s o\u00f9 devait s&rsquo;\u00e9lever le myste mithra\u00efque, et c&rsquo;est un arbre (bouleau) marqu\u00e9 de sept encoches que devait gravir l&rsquo;apprenti chaman chez les peuples s&rsquo;Asie Centrale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces sept encoches figurent clairement sept cycles cosmiques, et nous pouvons reconna\u00eetre certains des symboles qui y correspondent : le Faucon (symbole g\u00e9mique) \u00e0 la 5<sup>\u00e8me<\/sup> encoche, la Lune (symbole canc\u00e9rique) \u00e0 la 6<sup>\u00e8me<\/sup>, le Cheval ou le Soleil (symboles l\u00e9onins) \u00e0 la 7<sup>\u00e8me<\/sup>. Chez les Iakoutes, l&rsquo;Aga supr\u00eame, qui habitait le 7<sup>\u00e8me<\/sup> ciel, \u00e9tait ador\u00e9 comme le dieu de la Foudre. Chez les Toungouses, o\u00f9 les encoches du bouleau atteignent le nombre neuf, le 9<sup>\u00e8me<\/sup> ciel est habit\u00e9 par Buga, le \u00ab\u00a0ciel-monde\u00a0\u00bb, identifiable \u00e0 l&rsquo;Anu sum\u00e9rien, dont le temple \u00e0 Ourouk \u00e9tait l&rsquo;E-an-na, la \u00ab\u00a0maison du ciel\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit l\u00e0 de divinit\u00e9s ouraniennes, dont le si\u00e8ge zodiacal serait la Balance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Lettres et dieux<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus abstraitement, les S\u00e9phiroth de la Cabbale correspondent \u00e0 des sph\u00e8res encastr\u00e9es l&rsquo;une dans l&rsquo;autre. Selon le <em>Sepher Yetsira<\/em>, Nombres ou Signes fondamentaux, ils repr\u00e9sentent les formes id\u00e9ales par lesquelles Dieu a cr\u00e9\u00e9 les mondes successifs. Voici leurs noms et leurs \u00e9quivalences mythiques :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 Kether : la Couronne (ou le Cercle).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 Chochmar : la Sagesse ou, primitivement, l&rsquo;Essence de toute vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3\u00b0 Binah : l&rsquo;Intelligence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4\u00b0 Chesed : la Bont\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ou Gedulah : la Magnificence<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">5\u00b0 Geburah : la Puissance (ou la r\u00e9partition dans la Justice).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ou Pechad : la Peur <a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">6\u00b0 Tiferet : la Gloire ou la Perfection.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">7\u00b0 Nisah : la Victoire ou la Dur\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">8\u00b0 Hod : l&rsquo;Honneur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">9\u00b0 Yesod : la Fondation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">10\u00b0 Malchut : le Royaume.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De tous les syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9ternel retour, le syst\u00e8me cabbaliste est le plus difficile \u00e0 r\u00e9duire au zodiaque; sa complexit\u00e9 m\u00eame, pourtant, atteste une mill\u00e9naire \u00e9tude des \u00e9volutions cycliques, et l&rsquo;on con\u00e7oit que de grands esprits (Spinoza, Leibniz, Kant) se soient pench\u00e9s sur le probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus simple \u00e9tait, au d\u00e9part, le syst\u00e8me brahmanique, o\u00f9 des Lettres et des Noms repr\u00e9sentaient \u00e9galement des \u00e8res successives. \u00ab\u00a0La lettre A, la lettre U et la lettre M qui, par leur r\u00e9union, forment le monosyllabe sacr\u00e9 Aum (ou Om) ont \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9es des trois livres saints (les V\u00e9das) par Brahma, le Seigneur des cr\u00e9atures, ainsi que les trois Noms : Bhur, Bhuvar et Swar <a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les <em>Upanishad<\/em> reprirent ces noms dans leurs listes sacr\u00e9es (entre le 6<sup>\u00e8me<\/sup> et le 4<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles avant J.-C.). Bhur y repr\u00e9sentait la terre; Bhuvar, le ciel atmosph\u00e9rique; Swar, la partie du ciel proche de la Polaire; Mahar, la r\u00e9gion situ\u00e9e au-del\u00e0; Janar, l&rsquo;endroit du ciel habit\u00e9 par le fils de Brahma; Tapar, l&rsquo;endroit du ciel habit\u00e9 par les Vairagins d\u00e9ifi\u00e9s; Satya \u00e9tait le domaine de Brahma lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ses ouvrages, o\u00f9 il d\u00e9crit cinq syst\u00e8mes astronomiques diff\u00e9rents, le ma\u00eetre Var\u00e2mihira (6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C.) compare ces sept \u00ab\u00a0ciels\u00a0\u00bb \u00e0 sept des \u00ab\u00a0sph\u00e8res\u00a0\u00bb d&rsquo;Aristote, \u00ab\u00a0manifestations temporelles de l&rsquo;\u00eatre divin\u00a0\u00bb. D&rsquo;autre part, Robert Fludd (1577-1637), dans sa <em>Philosophie mosa\u00efque<\/em>, identifie les dix sph\u00e8res d&rsquo;Aristote aux S\u00e9phiroth de la Cabbale. Enfin, de tr\u00e8s nombreux parall\u00e8les ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis (et le sont encore de nos jours) entre les trois religions indiennes, le brahmanisme, le bouddhisme et l&rsquo;hindouisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, dans un bouddhisme \u00ab\u00a0\u00e9volu\u00e9\u00a0\u00bb, aux sept ciels du brahmanisme correspondent en partie sept \u00ab\u00a0avatars\u00a0\u00bb ou incarnations du Bouddha, depuis la Vierge (Avalokite\u00e7vara) jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e8re des Poissons (\u00c7akya-Mouni), auxquels doit succ\u00e9der l&rsquo;avatar (du Verseau) Maitr\u00eaya.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parall\u00e8lement, l&rsquo;hindouisme pr\u00eatait au dieu Vichnou dix avatars, dont le 1<sup>er<\/sup> \u00e9tait le poisson Matsya, le 2<sup>\u00e8me<\/sup> : Varaha, le Sanglier, le 3<sup>\u00e8me<\/sup> : Kurma, la Tortue qui devint Femme, le 4<sup>\u00e8me<\/sup> : Nara-Sinha, l&rsquo;homme-lion, le 5<sup>\u00e8me<\/sup> : Vanana, le Nain, le 6<sup>\u00e8me<\/sup> : Parusa-R\u00e2ma ou R\u00e2ma \u00e0 la hache, le 7<sup>\u00e8me<\/sup> : Rama (plus tard, \u00c7iva le Taureau), le 8<sup>\u00e8me<\/sup> : Krishna, mythe taurique, puis b\u00e9lique, le 9<sup>\u00e8me<\/sup> : le Bouddha, dieu d&rsquo;Amour \u2013 et dont le 10<sup>\u00e8me<\/sup> sera l&rsquo;avatar du Verseau : Kalkin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l&rsquo;ensemble des correspondances peut \u00eatre tir\u00e9 le tableau suivant :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/M\u00e9moire-de-lhomme001.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-737\" title=\"M\u00e9moire de l'homme001\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/M\u00e9moire-de-lhomme001.jpg\" alt=\"\" width=\"699\" height=\"700\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/M\u00e9moire-de-lhomme001.jpg 699w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/M\u00e9moire-de-lhomme001-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/M\u00e9moire-de-lhomme001-300x300.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 699px) 100vw, 699px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce tableau fait appara\u00eetre la diff\u00e9rence la plus notable entre les syst\u00e8mes cabbalistes et brahmanes et les autres syst\u00e8mes indiens : les deux premiers (b\u00e9liques) pr\u00e9sentent le caract\u00e8re fondamental du B\u00e9lier : d\u00e9daigneux du pass\u00e9, tourn\u00e9 vers l&rsquo;avenir. Le tableau nous r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement l&rsquo;\u00e9laboration empirique des S\u00e9phiroth, par opposition \u00e0 la cr\u00e9ation abstraite des autres syst\u00e8mes : au 5<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C., la Justice et le Jugement, au 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle la Peur du peuple \u00e9lu sont des faits historiques. Ces mythes recouvrent exactement la p\u00e9riode 700 avant J.-C. \u2013 1500 apr\u00e8s J.-C., <em>telle qu&rsquo;elle fut v\u00e9cue par les juifs<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, le tableau permet de v\u00e9rifier les \u00e9quivalences d\u00e9j\u00e0 \u00e9tudi\u00e9es entre la Cr\u00e9ation (Intelligence abstraite) et le Taureau, entre l&rsquo;Exactitude et le B\u00e9lier; il sugg\u00e8re certaines \u00e9quivalences (sur lesquelles nous reviendrons), entre la Vierge et la Tortue, entre le Cercle, l&rsquo;\u0152uf et le Serpent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les couleurs et les m\u00e9taux<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout autres que les symboles indiens et juifs furent les symboles m\u00e9sopotamiens et iraniens des cycles successifs. H\u00e9rodote rapporte que les murs d&rsquo;enceinte d&rsquo;Ecbatane avaient \u00e9t\u00e9 enduits de couleurs diff\u00e9rentes par le roi des M\u00e8des Dejoc\u00e8s (vers 722 avant J.-C.). Les cr\u00e9neaux de la premi\u00e8re enceinte \u00e9taient blancs, ceux de la seconde noirs, de la troisi\u00e8me pourpres, de la quatri\u00e8me bleus, de la cinqui\u00e8me orang\u00e9s, de la sixi\u00e8me argent\u00e9s et de la septi\u00e8me dor\u00e9s <a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Combinant les couleurs et les plan\u00e8tes, les sept \u00e9tages du palais assyrien de Khorsabad \u00e9taient : le premier blanc et d\u00e9di\u00e9 \u00e0 V\u00e9nus, le second noir (Saturne), le troisi\u00e8me vermillon (Mars), le quatri\u00e8me bleu (Mercure), le cinqui\u00e8me pourpre (Jupiter), le sixi\u00e8me argent\u00e9 (la Lune) et le septi\u00e8me dor\u00e9 (le Soleil). Diff\u00e9remment, l&rsquo;enceinte o\u00f9 s&rsquo;\u00e9levait la tour de Mat-Nu-Nakir, \u00e0 Babylone, comportait sept \u00e9tages ainsi ordonn\u00e9s : noir pour Saturne, blanc pour V\u00e9nus, pourpre pour Jupiter, bleu pour Mercure, vermillon pour Mars, argent pour la Lune, or pour le Soleil <a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, l&rsquo;\u00e9chelle des Perses comportait sept \u00ab\u00a0seuils\u00a0\u00bb. Le premier \u00e9tait de plomb et correspondait \u00e0 Saturne, le second d&rsquo;\u00e9tain (V\u00e9nus), le troisi\u00e8me de cuivre (Jupiter), le quatri\u00e8me de fer (Mercure), le cinqui\u00e8me de divers m\u00e9taux (Mars), le sixi\u00e8me d&rsquo;argent (la Lune) et le septi\u00e8me d&rsquo;or (le Soleil).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En rapprochant ces diverses suites de nos symboles zodiacaux, nous obtenons le tableau suivant :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/M\u00e9moire-de-lhomme002.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-738\" title=\"M\u00e9moire de l'homme002\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/M\u00e9moire-de-lhomme002.jpg\" alt=\"\" width=\"699\" height=\"312\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/M\u00e9moire-de-lhomme002.jpg 699w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/M\u00e9moire-de-lhomme002-300x133.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 699px) 100vw, 699px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il appara\u00eet que trois \u00ab\u00a0r\u00e9gions\u00a0\u00bb ne changent jamais leurs symboles : l&rsquo;\u00e2ge du Taureau (dont d\u00e9pendent pr\u00e9cis\u00e9ment les divers cultes assyriens, m\u00e8des, babyloniens), l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;Or et l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;Argent. AU contraire, l&rsquo;\u00e8re nouvelle (\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque) du B\u00e9lier est rattach\u00e9e tant\u00f4t \u00e0 Jupiter tant\u00f4t \u00e0 Mars; or, astrologiquement, Mars est la plan\u00e8te du B\u00e9lier. L&rsquo;erreur serait donc ici le fait de Babylone, la patrie du Taureau, ce qui ne peut surprendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle entra\u00eene l&rsquo;erreur \u00ab\u00a0compl\u00e9mentaire\u00a0\u00bb de rattacher le Signe des G\u00e9meaux \u00e0 Mars, alors que la M\u00e9die, la Perse et l&rsquo;Assyrie caract\u00e9risent parfaitement le signe par la couleur orang\u00e9e, divers m\u00e9taux ou la plan\u00e8te Jupiter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant aux deux \u00e8res alors \u00e0 na\u00eetre (les Poissons et le Verseau, selon notre Zodiaque) les Perses et les Babyloniens nous paraissent ici plus <em>exacts<\/em> que les Assyriens, car V\u00e9nus fut effectivement la plan\u00e8te-symbole des Poissons et Saturne celle du Verseau, non l&rsquo;inverse. N\u00e9anmoins, la vraie plan\u00e8te des Poissons est aujourd&rsquo;hui Neptune et celle du Verseau Uranus, toutes deux ignor\u00e9es de Babylone et d&rsquo;Ecbatane : ce qui justifie pleinement l&rsquo;incertitude des anciens astrologues <a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>V\u00e9rit\u00e9 des l\u00e9gendes<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9pit de la diversit\u00e9 de ces illustrations symboliques, il est impossible de douter qu&rsquo;un th\u00e8me unique s&rsquo;y trouve constamment en question. C&rsquo;est pourquoi on ne peut s&rsquo;interdire l&rsquo;ironie en songeant \u00e0 l&rsquo;outrecuidance de certains historiens du si\u00e8cle dernier (pour ne rien dire de leurs h\u00e9ritiers), qui opposaient la confusion et la na\u00efvet\u00e9 des \u00ab\u00a0mythes et l\u00e9gendes\u00a0\u00bb \u00e0 la pr\u00e9cision raisonn\u00e9e de \u00ab\u00a0l&rsquo;historien scientifique\u00a0\u00bb \u2013 alors que, des V\u00e9das jusqu&rsquo;\u00e0 nous (\u00e0 travers cent chefs-d&rsquo;\u0153uvre, dont les sommets se nomment le Livre de la Cr\u00e9ation, les Livres des Morts, l&rsquo;Avesta, l&rsquo;Odyss\u00e9e, les Puran\u00e2s, le Popol Vuh, la Baghavad Git\u00e2, l&rsquo;Apocalypse, la Volupsa, le Lebor Gabala, le Zohar), les mythes et l\u00e9gendes n&rsquo;ont cess\u00e9 de tracer et de creuser le m\u00eame sillon; et alors qu&rsquo;en un si\u00e8cle d&rsquo;existence, les historiens scientifiques n&rsquo;ont su que se combattre et se jeter l&rsquo;anath\u00e8me, sans pouvoir d\u00e9cider seulement des \u00e9poques o\u00f9 v\u00e9curent Man\u00e8s et Zoroastre, Mo\u00efse et le Bouddha, ni m\u00eame du nombre exact de triomphes accord\u00e9s \u00e0 N\u00e9ron.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb des mythes et des l\u00e9gendes est d&rsquo;une autre nature que les \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9s\u00a0\u00bb de l&rsquo;Histoire. Elle leur est opposable comme la v\u00e9rit\u00e9 math\u00e9matique aux v\u00e9rit\u00e9s fluctuantes, parfois contradictoires, des sciences nagu\u00e8re dites \u00ab\u00a0naturelles\u00a0\u00bb (quand elles le sont si peu!).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;ensuit qu&rsquo;on ne saurait \u00e9tablir la premi\u00e8re comme on \u00e9tablit les secondes. Ainsi, l&rsquo;observation seule ne d\u00e9couvre pas que : 1 + 1 = 2; car, rapproch\u00e9s l&rsquo;un de l&rsquo;autre, un objet A et un objet B seront toujours A <em>et<\/em> B, immodifi\u00e9s dans leur structure par le plus \u00e9troit voisinage. Mieux : l&rsquo;invention de l&rsquo;ensemble (AB), que repr\u00e9sente le chiffre 2, ne fait qu&rsquo;ajouter une troisi\u00e8me r\u00e9alit\u00e9, fictive, aux r\u00e9alit\u00e9s concr\u00e8tes A et B; de sorte qu&rsquo;on devrait \u00e9crire : 1 + 1 = 3. Mais, tout ind\u00e9montrable qu&rsquo;elle soit au regard de l&rsquo;observation quotidienne, la v\u00e9rit\u00e9 \u00ab\u00a0binaire\u00a0\u00bb n&rsquo;en est pas moins indiscutable sur plan o\u00f9 elle se situe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La v\u00e9rit\u00e9 mythique de m\u00eame. Les chamans, les proph\u00e8tes, les pr\u00eatres n&rsquo;ont jamais ni\u00e9 le caract\u00e8re abstrait du Mythe, f\u00fbt-ce quand le Mythe en vient \u00e0 se substituer \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s concr\u00e8tes (historiques ou sociologiques), comme l&rsquo;ensemble (AB) aux objets r\u00e9els A et B qu&rsquo;il symbolisait d&rsquo;abord.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais nous voyons aussi que les \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9s\u00a0\u00bb historiques ou sociologiques \u00e9chappent non seulement au raisonnement mais \u00e0 l&rsquo;observation m\u00eame (une seconde apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement), comme si l&rsquo;esprit n&rsquo;\u00e9tait jamais <em>en prise directe<\/em> sur le r\u00e9el et comme s&rsquo;il lui fallait pr\u00e9cis\u00e9ment inventer quelque fixateur de la r\u00e9alit\u00e9 afin de pouvoir s&rsquo;en saisir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est donc ce fixateur (le Nombre ou le Mythe) que nous devons nommer la V\u00e9rit\u00e9, tout autre \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb \u2013 pr\u00e9tendument identifi\u00e9e au r\u00e9el m\u00eame \u2013 \u00e9tant n\u00e9cessairement une imposture. N&rsquo;est-ce pas pourquoi la v\u00e9rit\u00e9 math\u00e9matique se pr\u00e9sente (\u00e0 l&rsquo;homme de la rue et au physicien nucl\u00e9aire) comme la garantie par excellence du raisonnement le plus simple et de la recherche la plus audacieuse, quand les \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9s\u00a0\u00bb dites empiriques n&rsquo;ont jamais suscit\u00e9 que l&rsquo;orgueil, le fanatisme et la mauvaise foi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0V\u00e9rit\u00e9s\u00a0\u00bb catholique, rationaliste, marxiste, elles se ressemblent en cela : si l&rsquo;Eglise du Concile de Trente br\u00fble Giordano Bruno, la Science du \u00a0Positivisme pers\u00e9cute Boucher de Perthes, et pour la m\u00eame raison : parce que, ici et l\u00e0, le Mythe est devenu un dogme, l&rsquo;Invention une \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9 objective\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, la pers\u00e9cution, Sib\u00e9rie ou b\u00fbcher, ne saurait sauver l&rsquo;Etat, la Discipline, l&rsquo;Eglise qui ont commis l&rsquo;erreur majeure de \u00ab\u00a0prendre la carte pour le territoire\u00a0\u00bb, le Fixateur pour le Fix\u00e9 : les Eglises s&rsquo;y scl\u00e9rosent, les sciences s&rsquo;y ridiculisent. Trop fier d&rsquo;un savoir bient\u00f4t criminel (puisqu&rsquo;il fut d&rsquo;abord mensonger), l&rsquo;homme est comme proscrit d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;il ne peut asservir sans l&rsquo;aide d&rsquo;un <em>agent ex\u00e9cuteur<\/em>, auquel il doit se soumettre avant d&rsquo;y soumettre l&rsquo;univers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>La vie des Formes<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;hypoth\u00e8se est assez r\u00e9cente que les Mythes puissent conditionner le comportement humain, \u00eatre l&rsquo;agent moteur des civilisations, jouer le m\u00eame r\u00f4le que les Nombres, fixateurs du r\u00e9el : il y a cent ans, personne n&rsquo;e\u00fbt pris le risque de la soutenir \u2013 si ce n&rsquo;\u00e9tait quelques po\u00e8tes, Edgar Poe, Nerval, Emerson, Shelley, Baudelaire, Mallarm\u00e9, desquels leurs contemporains n&rsquo;attendaient pas ce genre de r\u00e9v\u00e9lation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, depuis trente ans, la folle hypoth\u00e8se a cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre ind\u00e9fendable; les esprits les plus savants ne craignent plus de la justifier : Russel, Bachelard, Lachenar sur le plan de la philosophie pure, Jung sur le plan de la psychanalyse, Spengler, Toynbee, Borg\u00e8s, Eliade sur le plan de l&rsquo;Histoire, Heisenberg sur le plan de la physique nucl\u00e9aire, etc. Des ouvrages d&rsquo;Elie Faure \u00e0 ceux de Jean E. Charon, une tr\u00e8s importante bibliographie a pr\u00e9par\u00e9 le terrain aux futurs philosophes (qui devront \u00eatre, tout \u00e0 la fois, des biologistes, des historiens et des astrophysiciens).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le plus important reste \u00e0 faire : \u00e9tablir comment les Mythes \u2013 ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les Formes \u2013 naissent et m\u00fbrissent dans l&rsquo;inconscient collectif avant de se manifester au grand jour et d&rsquo;acqu\u00e9rir soudain le pouvoir cr\u00e9ateur qu&rsquo;on leur voit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s aujourd&rsquo;hui, cependant, on peut se risquer \u00e0 supposer que cette naissance et ce m\u00fbrissement sont comparables \u00e0 la formation de toute vie. Comme le f\u0153tus ou le germe, le rite initial (le symbole-moteur, n\u00e9cessairement <em>absurde<\/em>) contient les \u00e9l\u00e9ments constitutifs de l&rsquo;Etre parvenu \u00e0 sa plus grande expansion; comme la plante ou l&rsquo;animal, le Mythe na\u00eet de l&rsquo;int\u00e9rieur, par accroissement progressif : il ne peut \u00eatre \u00ab\u00a0fabriqu\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0planifi\u00e9\u00a0\u00bb, quelles que soient les raisons \u2013 logiques, morales ou politiques \u2013 qui en font souhaiter l&rsquo;av\u00e8nement. En cons\u00e9quence, on ne saurait pr\u00e9juger de la forme d\u00e9finitive que prendra le Mythe abouti, pas plus que de la forme d\u00e9finitive d&rsquo;un homme, avant que les conditions m\u00eames de son existence aient constitu\u00e9 ses limites naturelles. En ce sens, Rilke affirmait que l&rsquo;homme s&rsquo;accomplit seulement par sa mort : le point qu&rsquo;il n&rsquo;a pu d\u00e9passer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, il est dans le destin de tous les \u00eatres de perdre leur fra\u00eecheur, puis leur vitalit\u00e9, puis leur pouvoir de cr\u00e9ation avant de perdre la vie. Ces \u00eatres impalpables que sont les Mythes ne font pas exception \u00e0 la r\u00e8gle. Leur \u00e9panouissement (le \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb) est pour eux la sortie de la jeunesse \u2013 et l&rsquo;agonie de la religion-m\u00e8re, qui les cr\u00e9a, est l&rsquo;\u00e9quivalent du vieillissement de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durcissement des art\u00e8res, irritation, scl\u00e9rose, appauvrissement de l&rsquo;imagination, fatigue du syst\u00e8me nerveux, perte des divers pouvoirs g\u00e9n\u00e9rateurs (organiques et intellectuels), refus de l&rsquo;Avenir, puis du Pr\u00e9sent, affaiblissement, d\u00e9sespoir, acceptation de sa mort : ces \u00e9tapes successives, qui constituent la plus grande partie d&rsquo;une existence humaine, font de m\u00eame la plus grande partie de l&rsquo;existence du Mythe initial. Et, de m\u00eame que l&rsquo;homme tend \u2013 par la mod\u00e9ration, la prudence, l&rsquo;hygi\u00e8ne \u2013 \u00e0 prolonger le plus longtemps possible cette lente abdication, ainsi avons-nous vu l&rsquo;Eglise, la Religion porteuse du Mythe, s&rsquo;efforcer d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la r\u00e8gle commune par la rigueur du Dogme, la terreur de l&rsquo;Exc\u00e8s et sa condamnation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, imprudent ou sage, l&rsquo;homme ne d\u00e9passe gu\u00e8re son si\u00e8cle d&rsquo;existence; de m\u00eame, aucune pr\u00e9caution n&rsquo;assure au Mythe plus de 4 000 ans de vie (4 800, si l&rsquo;on tient compte de son \u00e9veil et de son cr\u00e9puscule).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vrai que les Symboles renaissent, \u00e0 la diff\u00e9rence de l&rsquo;homme. Cependant, ce dernier survit \u2013 dans sa prog\u00e9niture. Ainsi, les renaissances mythiques ne sont-elles pas, plut\u00f4t, des survivances ? C&rsquo;est, en effet, comme des \u00ab\u00a0mariages\u00a0\u00bb que nous apparaissent les syncr\u00e9tismes, dits \u00ab\u00a0h\u00e9r\u00e9tiques\u00a0\u00bb, du Mythe vivant et des Mythes ant\u00e9rieurs et mutants. Or, de ces h\u00e9r\u00e9sies naissent pr\u00e9cis\u00e9ment les mutations futures du Dieu : de Kish, un renouveau du Lion, de Lagash la premi\u00e8re mue g\u00e9mique, de Sodome la seconde mue du Serpent, du Madian le Croissant islamique, enfants d\u00e9j\u00e0 lass\u00e9s d&rsquo;appartenir \u00e0 de tr\u00e8s anciennes races et dont le temps de vie non plus que les pouvoirs n&rsquo;\u00e9quivaudront ceux de leurs anc\u00eatres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont ces <em>mues<\/em> qu&rsquo;ici j&rsquo;entreprends d&rsquo;\u00e9tudier, dans la croyance qu&rsquo;il y a \u00ab\u00a0dans les rites magiques et religieux, dans l&rsquo;immense litt\u00e9rature ancienne consacr\u00e9e aux moments singuliers, aux instants fantastiques de l&rsquo;esprit, des milliers et des milliers de descriptions fragmentaires qu&rsquo;il faudrait r\u00e9unir, comparer, et qui \u00e9voquent peut-\u00eatre une m\u00e9thode perdue \u2013 ou une m\u00e9thode \u00e0 venir <a href=\"#_ftn1\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il reste \u00e0 m&rsquo;expliquer d&rsquo;avoir conserv\u00e9 aux chapitres de ce livre les r\u00e9f\u00e9rences les plus simples \u2013 aux signes zodiacaux que chacun reconna\u00eet, bien que les aient ignor\u00e9s certains des grands anc\u00eatres dont j&rsquo;\u00e9tudie les \u0153uvres et les syst\u00e8mes. Qu&rsquo;on me passe cette libert\u00e9, en raison du souci qui me l&rsquo;a fait prendre : accueillant le lecteur dans le pays inconnu et immense des Mythes, l&rsquo;aider par des rep\u00e8res ais\u00e9ment reconnaissables, comme un guide prend soin de traduire dans la langue du touriste \u00e9tranger les noms des rues, des places, des palais et des temples qu&rsquo;il doit lui d\u00e9couvrir.<\/p>\n<div>\n<hr size=\"1\" \/>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Charles Pichon\u00a0\u00a0\u00a0 1963<\/p>\n<div id=\"attachment_744\" style=\"width: 160px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/MEMOIRE.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-744\" class=\"size-thumbnail wp-image-744\" title=\"KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2011\/05\/MEMOIRE-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-744\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<div>\n<hr size=\"1\" \/>\n<div>\n<p>1 <em>Job, <\/em>XXXVIII, 31-33. \u2013 Dieu s&rsquo;adresse \u00e0 Job : \u00ab\u00a0Est-ce toi qui serres les liens des Pl\u00e9iades? Pourrais-tu rel\u00e2cher les cha\u00eenes d&rsquo;Orion (dans le Taureau)? Est-ce toi qui fais lever les constellations en leur temps? Connais-tu les lois du ciel et ses influences sur la terre?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Selon <em>Luc<\/em>, XXI, 25. \u2013 \u00ab\u00a0Et il y aura des signes dans le ciel\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Cit\u00e9 par ROGER CAILLOIS : <em>L&rsquo;homme et le sacr\u00e9<\/em>, Gallimard.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Selon PAUL RICCI : <em>Porta Lucis<\/em>, Augsbourg (1516).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Selon la <em>Cabala Haeraeorum <\/em>(1652).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> <em>Lois de Manou<\/em>, II, 76.- Selon le <em>Yetsira<\/em>, les trois lettres-m\u00e8res sont Aleph (A), Mem (M) et Shin (SH); Aleph repr\u00e9sente l&rsquo;Air, Mem l&rsquo;Eau et Shin le Feu. Des combinaisons entre ces trois Verbes et les dix S\u00e9phiroth sont n\u00e9es toutes les existences, par l&rsquo;interm\u00e9diaire des 7 lettres doubles et des 12 lettres simples.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> HERODOTE, I, 98<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> DION CASSIUS, XXXVII, 19.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Ce rapport entre les Signes et les plan\u00e8tes \u00e9tait encore un objet de discussion aux premiers si\u00e8cles apr\u00e8s J.-C. Paul d&rsquo;Alexandrie (sous Gratien) et H\u00e9liodore (vers 500) y consacraient de longues \u00e9tudes dans leurs analyses des livres herm\u00e9tiques.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[10]<\/a> LOUIS PAUWELS et JACQUES BERGIER, Pr\u00e9face du livre d&rsquo;Alleau, <em>Les Soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes<\/em>, Encyclop\u00e9die Plan\u00e8te. Deno\u00ebl.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DE MEMOIRE D&rsquo;HOMME\u2026 &nbsp; Les premiers livres de la Bible ne font pas mention d&rsquo;\u00e8res successives qu&rsquo;auraient v\u00e9cues l&rsquo;humanit\u00e9 (sauf, incidemment et confus\u00e9ment, dans Job[1]); les Evangiles, pas davantage, sauf en deux versets chez Luc[2]. Cependant, les si\u00e8cles hell\u00e9nistiques et &hellip; <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=735\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-735","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-cycles-du-retour-eternel"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/735","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=735"}],"version-history":[{"count":19,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/735\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":751,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/735\/revisions\/751"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=735"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=735"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=735"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}