{"id":3149,"date":"2016-07-09T16:07:06","date_gmt":"2016-07-09T14:07:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=3149"},"modified":"2016-07-19T16:04:11","modified_gmt":"2016-07-19T14:04:11","slug":"science-fiction-et-antiquite","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=3149","title":{"rendered":"SCIENCE-FICTION ET ANTIQUITE"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><strong>SCIENCE-FICTION ET ANTIQUITE<\/strong><\/h1>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Jean-Paul DEBENAT<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pr\u00e9sente \u00e9tude refl\u00e8te l\u2019int\u00e9r\u00eat que son auteur porte \u00e0 l\u2019Histoire, \u00e0 la Science-fiction et, entre autres \u00e9crivains, \u00e0 Jean-Charles Pichon, n\u00e9 au Croisic, en 1920.<br \/>\nJournaliste, sc\u00e9nariste (de G. Oury, de J.-P. Mocky, de G. Franju), co-fondateur avec Gary Davis du journal \u00ab Le Citoyen du Monde \u00bb (40 num\u00e9ros), romancier (Il faut que je tue M. Rumann, prix Sainte-Beuve 1950, Les Cl\u00e9s et la Prison, Prix de la Soci\u00e9t\u00e9 des Gens de Lettres 1955, Borille 1966), Pichon se consacre depuis pratiquement 25 ans \u00e0 la mythologie, dans la lign\u00e9e de Caillois, Bachelard, Eliade et Jung. A ce titre, son \u0153uvre est consid\u00e9rable depuis Saint-N\u00e9ron (1961) jusqu\u2019aux Proph\u00e9ties de Paracelse (1985) en passant par L\u2019Homme et les Dieux (1965), ouvrage \u00e9puis\u00e9, puis r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1986 par l\u2019\u00e9diteur Maisonneuve.<br \/>\nEn 1961, para\u00eet l\u2019essai historique Saint-N\u00e9ron dont l\u2019\u00e9dition augment\u00e9e deviendra en 1971 N\u00e9ron et le Myst\u00e8re des Origines chr\u00e9tiennes. L\u2019ouvrage para\u00eet scandaleux \u00e0 certains, brillamment audacieux \u00e0 d\u2019autres. Les journaux de la France enti\u00e8re en parlent.<br \/>\nEn effet, jusqu\u2019\u00e0 cette date, aucun auteur fran\u00e7ais, historien, voire romancier n\u2019a pu appr\u00e9hender N\u00e9ron dans son essence. Aucun n\u2019a su allier sa connaissance de l\u2019histoire \u00e0 la science des religions, comme si l\u2019une pouvait aller sans l\u2019autre, lorsque la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e est impr\u00e9gn\u00e9e de religions.<br \/>\nLes historiens A. Weigall et A. Toynbee y sont parvenus en partie. Le plus important, Toynbee, perspicace et lucide, replace les faits et gestes des grands personnages dans le cadre qui leur convient : lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019Antiquit\u00e9, ce cadre est celui de l\u2019histoire cyclique.<br \/>\nOublier ce cadre volontairement constitue une malhonn\u00eatet\u00e9 doubl\u00e9e d\u2019une absurdit\u00e9.<br \/>\nOr, ce cadre est parfaitement d\u00e9limit\u00e9 par J.-C. Pichon et la d\u00e9mence de N\u00e9ron retrouve une coh\u00e9rence qui \u00e9chappe \u00e0 la majorit\u00e9 des chercheurs.<br \/>\nAu d\u00e9but du r\u00e8gne (54), N\u00e9ron est un homme sage et vertueux : il r\u00e9duit les imp\u00f4ts, autorise les esclaves \u00e0 porter plainte contre les ma\u00eetres injustes, n\u2019applique pas la loi sur la trahison, interdit les effusions de sang dans les jeux du cirque (cf. <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=138\">l\u2019article Nero de J-C Pichon \u2014 Encyclopedia Britannica<\/a>).<br \/>\nPuis le d\u00e9lire artistique et la folie religieuse s\u2019emparent de lui. Il r\u00eave d\u2019abandonner le tr\u00f4ne pour se consacrer \u00e0 la po\u00e9sie et \u00e0 la musique. Il monte sur les planches et incarne Hercule au supplice \u2014 Hercule se sacrifiant pour sauver de la mort sa famille ; Canac\u00e9 accouchant, la l\u00e9gende de la Vierge-M\u00e8re ; Thyeste \u2014 cet homme \u00e0 qui Atr\u00e9e sert le corps de son fils.<br \/>\nN\u00e9ron adore la d\u00e9esse syrienne Atargatis dont le symbole est le Poisson.<br \/>\nIl se convertit \u00e0 la religion de Mithra, le Sol Invictus, dont le jour de la naissance deviendra celui de la naissance de J\u00e9sus.<br \/>\nIl s\u2019entretient avec le gnostique Simon le magicien qui avec H\u00e9l\u00e8ne forme le couple sauveur proche du couple J\u00e9sus Marie-Madeleine.<br \/>\nIl s\u2019int\u00e9resse aux doctrines des n\u00e9o-pythagoriciens repr\u00e9sent\u00e9s par Apollonius de Tyane qui pr\u00f4nent l\u2019Harmonie, non seulement musicale, mais l\u2019Harmonie des Sph\u00e8res, l\u2019harmonie cosmique sous l\u2019\u00e9gide d\u2019Herm\u00e8s, le dieu d\u2019eau.<br \/>\nEnfin, il autorise Paul \u00e0 pr\u00eacher \u00e0 Rome pendant deux ans.<br \/>\nLui-m\u00eame s\u2019habille de blanc, confie le consulat \u00e0 un affranchi, et parcourt la Gr\u00e8ce pendant plus d\u2019un an, chantant et jouant dans les th\u00e9\u00e2tres. Il est suivi par des centaines de jeunes gens, les Augustians, \u00e9galement v\u00eatus de blanc, sortes de jeunesses n\u00e9roniennes.<br \/>\nPichon montre N\u00e9ron en concurrence avec Paul, le premier ap\u00f4tre et th\u00e9ologien du christianisme ; un N\u00e9ron nourri de science \u00e9sot\u00e9rique, dont l\u2019ambition ultime est de cr\u00e9er Dieu, hic et nunc. La diff\u00e9rence entre Paul et N\u00e9ron tient \u00e0 ce que N\u00e9ron ambitionne sa gloire, Paul la gloire de Dieu.<br \/>\nLorsqu\u2019\u00e0 la fin, en 68, Galba rentre dans Rome pour supprimer N\u00e9ron et ses fid\u00e8les, il est accueilli par des marins sans armes, des soldats de Neptune, J-C Pichon ajoute : ces fid\u00e8les de l\u2019empereur, des marins d\u00e9sarm\u00e9s ? Non. Des p\u00eacheurs plut\u00f4t. Des p\u00eacheurs d\u2019\u00e2mes.<br \/>\nTelle est, tr\u00e8s bri\u00e8vement, la vision de N\u00e9ron que nous offre Jean-Charles Pichon.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">***<\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center;\">LES TEMOINS DE L&rsquo;APOCALYPSE<strong><br \/>\n<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La dimension sacr\u00e9e s\u2019impose \u00e0 l\u2019historien d\u2019aujourd\u2019hui alors qu\u2019hier encore, il \u00e9tait r\u00e9fractaire \u00e0 toute approche religieuse \u2014 sinon sous une forme caricaturale ou superficielle \u2014 de l\u2019\u00e9poque n\u00e9ronienne. L\u2019historien des religions se trouvait en mesure de saisir cette dimension mais il restait trop souvent cantonn\u00e9 dans sa sp\u00e9cialit\u00e9. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 une date r\u00e9cente que la lucidit\u00e9 d\u2019un Mircea Eliade, par exemple, commen\u00e7a \u00e0 \u00eatre admise. Cette lucidit\u00e9 est \u00e9clatante et le lecteur avis\u00e9 ne saurait s\u2019en priver :<br \/>\n\u00ab \u2026 de m\u00eame que le temps liturgique diff\u00e8re du temps profane \u2014 celui de la chronologie et de nos emplois du temps \u2014 le temps th\u00e9\u00e2tral est une \u00ab sortie \u00bb hors du temps ordinaire. La musique aussi, d\u2019ailleurs \u2014 du moins, certaines musiques, et je pense surtout \u00e0 Bach \u2014 nous fait parfois sortir du temps quotidien. Cette exp\u00e9rience, chacun l\u2019a faite, et par l\u00e0, elle peut aider l\u2019esprit le plus \u00ab profane \u00bb \u00e0 comprendre le temps sacr\u00e9, le temps liturgique\u2026 Mais je ne suis pas moins fascin\u00e9 par la condition de l\u2019acteur que par cette qualit\u00e9 du temps th\u00e9\u00e2tral. L\u2019acteur conna\u00eet une sorte de \u00ab transmigration \u00bb. Incarner tant de personnages, n\u2019est-ce pas se r\u00e9incarner autant de fois ? A la fin de sa vie, je suis s\u00fbr que le com\u00e9dien a une exp\u00e9rience humaine d\u2019une autre qualit\u00e9 que la n\u00f4tre. Je crois qu\u2019on ne peut se livrer \u00e0 ce d\u2019incarnations si nombreuses impun\u00e9ment, \u00e0 moins d\u2019une certaine asc\u00e8se. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De leur c\u00f4t\u00e9, les auteurs de Science-fiction parviennent \u00e9galement \u00e0 appr\u00e9hender, et \u00e0 imposer, un temps liturgique.<br \/>\nLe ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tait encore rare il y a un quart de si\u00e8cle, avant que n\u2019apparaissent les romans d\u2019\u00e9crivains tels que Robert Heinlein, Frank Herbert ou Jean-Charles Pichon, une fois de plus. Ceux qui jugent selon des crit\u00e8res nuisibles \u00e0 l\u2019esprit de d\u00e9couverte contribu\u00e8rent \u00e0 rejeter ces auteurs \u00e0 l\u2019\u00e9cart des grands courants de la litt\u00e9rature, \u00e0 les transformer en \u00e9crivains en marge.<br \/>\nOn voudra bien consid\u00e9rer la Science-fiction au sens large, en y incluant l\u2019utopie, cette nostalgie de l\u2019innocence et la contre-utopie, ce repoussoir ou figuration \u00e0 rebours. Dans tous les cas, la Science-fiction semble li\u00e9e au futur. Pourtant, l\u2019Histoire est vitale \u00e0 la Science-fiction. D\u2019une part, son \u00e9tude peur r\u00e9v\u00e9ler des sch\u00e9mas in\u00e9vitables ou cycliques. D\u2019autre part, elle nourrit la Science-fiction et ainsi satisfait notre int\u00e9r\u00eat pour les forces qui fa\u00e7onn\u00e8rent le monde.<br \/>\nEn Europe, Pierre Versins et Jacques Van Herp ont d\u00e9crit, dans des ouvrages fondamentaux, la richesse de la Science-fiction en tant que miroir ludique de l\u2019histoire, selon l\u2019expression de Daniel Riche.<br \/>\nLe critique et \u00e9crivain James Gunn ajoute :<br \/>\n\u00ab Science-fiction within a religious frame work turns into parable.\u201d<br \/>\n[Dans un cadre religieux, la Science-fiction se mue en parabole.]<br \/>\nJean-Marc Gouanvic affirme :<br \/>\n\u00ab La S.F. pourrait \u00eatre comme un laboratoire o\u00f9 se fabriqueraient des possibles historiques. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier si\u00e8cle \u00e0 Rome rec\u00e8le pr\u00e9cis\u00e9ment un nombre consid\u00e9rable de possibles historiques. Avec N\u00e9ropolis, N\u00e9ron donne corps \u00e0 l\u2019utopie. L\u2019itin\u00e9raire de l\u2019empereur, chr\u00e9tien sans la gr\u00e2ce, prend l\u2019allure d\u2019une parabole. Nul doute que dans cette perspective Saint-N\u00e9ron ne f\u00fbt apparu \u00e0 certains comme une \u0153uvre de fiction, qui plus est une \u0153uvre de Science-fiction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pas fut franchi par Jacques Van Herp lui-m\u00eame, pourtant difficile \u00e0 prendre en faute, dans un chapitre intitul\u00e9 Science-fiction et Religion\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0\u2026 bien qu\u2019il ne soit pas un auteur de S. F., on s\u2019en voudrait de ne pas citer ici les id\u00e9es de Pichon. Les \u00e9vangiles furent \u00e9crits par Lucain, sur l\u2019ordre de N\u00e9ron. Et ce dernier mourut en Orient, crucifi\u00e9 parmi les esclaves, et, ma foi, il se pourrait que le Christ soit N\u00e9ron. Cette savoureuse hypoth\u00e8se est une suite au Saint-N\u00e9ron du m\u00eame auteur.\u00a0\u00bb[1]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A notre avis, tant d\u2019erreurs, au-del\u00e0 de la banale erreur de classement, fiche de lecture \u00e9gar\u00e9e et retrouv\u00e9e de m\u00e9moire, t\u00e9moignent de la confusion qui s\u2019op\u00e9ra dans les esprits, lors de la publication du N\u00e9ron de Jean-Charles Pichon. A moins que la publication des T\u00e9moins de l\u2019Apocalypse, du m\u00eame auteur, trois ans plus tard seulement, n\u2019ait contribu\u00e9 \u00e0 la confusion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9cisons donc \u00e0 nouveau que le N\u00e9ron de J-C Pichon est un essai historique\u00a0; Les T\u00e9moins de l\u2019Apocalypse est un roman de Science-fiction, et comme il \u00e9claire de fa\u00e7on originale le temps de N\u00e9ron et les si\u00e8cles qui suivirent, nous nous y attarderons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le roman se pr\u00e9sente de mani\u00e8re inattendue, sous la forme de textes provenant du futur, le premier dat\u00e9 de 2169, le dernier des ann\u00e9es 2500. Ils sont r\u00e9dig\u00e9s par quatre auteurs, quatre t\u00e9moins diff\u00e9rents\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0\u2026 l\u2019am\u00e9ricain qu\u2019emploient nos quatre auteurs est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 l\u2019anglais ce qu\u2019\u00e9tait le latin du Bas-Empire \u00e0 celui de Cic\u00e9ron\u2026\u00a0\u00bb[2]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Perplexe, l\u2019\u00e9diteur Robert Laffont demanda \u00e0 J-C Pichon de traduire ces manuscrits myst\u00e9rieusement tomb\u00e9s entre ses mains\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Mais \u00e9tablir ce texte ne suffisait pas. On me prie de le pr\u00e9senter. Que dire d\u2019un ouvrage dont l\u2019auteur se d\u00e9robe et que nous ne saurions placer sous une rubrique pr\u00e9cise\u00a0? Ces documents sont-ils ce qu\u2019ils annoncent et nous parviennent-ils r\u00e9ellement de l\u2019avenir\u00a0? Ou n\u2019est-ce l\u00e0 que le fruit d\u2019une invention perverse et compliqu\u00e9e\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re partie du livre est constitu\u00e9e du journal de Julien B\u00e9raud, ing\u00e9nieur fran\u00e7ais fourvoy\u00e9 dans la bureaucratie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2169, synchronique avec 2160 ans d\u2019\u00e9cart du r\u00e8gne d\u2019Auguste, l\u2019Afrique et le Sud de l\u2019Europe vivent sous la coupe des Etats-Unis repr\u00e9sent\u00e9s par le g\u00e9n\u00e9ral Honnedy. J. B\u00e9raud r\u00e9side \u00e0 Tidjikdja, en Mauritanie, ville de 1\u00a0750\u00a0000 habitants. L\u2019Afrique est aussi libre que l\u2019Europe ou l\u2019Am\u00e9rique, au d\u00e9tail pr\u00e8s que son architecture d\u2019\u00e9tats est domin\u00e9e par les Etats-Unis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De New-York \u00e0 Paris, de Moscou \u00e0 Hiroshima, les peuples vivent sous le signe de la Fraternit\u00e9, b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un confort raffin\u00e9. Les femmes jouissent d\u2019une lib\u00e9ration totale, l\u2019argent n\u2019existe plus, chacun a droit \u00e0 la culture digeste\u00a0: tel est le 21\u00e8me si\u00e8cle, si\u00e8cle dor\u00e9. Mais dans ce monde apparemment heureux o\u00f9 les \u00eatres s\u2019acceptent divers et comparables, un pr\u00eacheur arabe, Adjoran, vient semer le trouble en rappelant aux hommes leur manque de foi, r\u00e9veillant des souvenirs anciens, durables et forts\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Qu\u2019y a-t-il donc dans l\u2019esprit de l\u2019homme pour que les plus d\u00e9mentes insinuations le frappent ainsi d\u2019angoisse au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019espoir et de la d\u00e9livrance\u00a0?\u00a0\u00bb[3]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, l\u2019espoir et la d\u00e9livrance c\u00e8dent vite la place \u00e0 la Grande Panique. En quelques mois, cinq \u00e0 six milliards d\u2019humains p\u00e9rissent d\u2019une accumulation de radiations, provoquant l\u00e8pres atomiques et leuc\u00e9mies\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0On accumule des milliers de grains de sable sans changer, disons, la face du monde\u00a0; mais un seul grain fait na\u00eetre cette r\u00e9alit\u00e9 nouvelle\u00a0: un tas de sable.\u00a0\u00bb[4]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Adjoran, qui se d\u00e9finit comme l\u2019annonciateur de Celui qui vient et qui avait proph\u00e9tis\u00e9 le fl\u00e9au, sera condamn\u00e9 \u00e0 mort, convaincu de haine contre l\u2019humanit\u00e9. La premi\u00e8re partie du journal de Julien B\u00e9raud se termine sur ce fait\u00a0: le Pr\u00e9curseur a \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9 le 24 d\u00e9cembre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde partie, Les Condamn\u00e9s (suite du journal) est dat\u00e9e de l\u2019an 2177. B\u00e9raud, repr\u00e9sentant l\u00e9gal de l\u2019Occident r\u00e9side \u00e0 Rome, comme, il y a vingt deux si\u00e8cles, Ponce Pilate, procurateur romain, r\u00e9sidait \u00e0 J\u00e9rusalem. En 2174, la Grande R\u00e9forme de l\u2019Occident supprima les fronti\u00e8res et transforma en une F\u00e9d\u00e9ration de provinces les anciens Etats d\u2019Europe et d\u2019Afrique. Comme la Rome antique, l\u2019Empire am\u00e9ricain vit toujours sous le signe des Fr\u00e8res, des G\u00e9meaux, du double. Cette croyance se mat\u00e9rialise au travers des progr\u00e8s technologiques\u00a0: ainsi, on annonce la t\u00e9l\u00e9vision totale o\u00f9 le double et non plus l\u2019image de l\u2019\u00e9v\u00e8nement sera communiqu\u00e9 au t\u00e9l\u00e9spectateur\u2026[5] Le peuple se distrait sur les a\u00e9rodromes, en admirant les combats de chasseurs et les vols-suicides\u00a0; comme autrefois les jeux du cirque, ou les naumachies, combats sur l\u2019eau entre navires de guerre, dont l\u2019empereur Claude, oncle de N\u00e9ron, \u00e9tait si friand, attiraient les foules.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque jour apparaissent des sectes nouvelles\u00a0; certaines \u00e9manent de vieilles traditions, les rose-croix, le bogomiles\u00a0; d\u2019autres font appel \u00e0 des traditions plus r\u00e9centes, spirites, th\u00e9osophiques ou franc-ma\u00e7onnes\u00a0; d\u2019autres encore sont de simples r\u00e9surgences de mouvements nationalisants. Julien B\u00e9raud ne s\u2019en pr\u00e9occupe gu\u00e8re, jusqu\u2019au jour o\u00f9 les harc\u00e8lements du Nonce apostolique viennent perturber l\u2019existence du l\u00e9gat de l\u2019Occident, marqu\u00e9e jusque-l\u00e0 par le luxe, l\u2019ennui, et une vague inqui\u00e9tude devant l\u2019agitation de la jeunesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Voulez-vous qu\u2019on dise que les U.S.A. ne peuvent plus se faire respecter \u00e0 Rome\u00a0?\u00a0\u00bb[6]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le m\u00e9contentement du Nonce s\u2019exerce \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une petite secte, les Darconiens, men\u00e9e par un gar\u00e7on de 16 ans, Vitelio. Julien B\u00e9raud d\u00e9cide de se renseigner. Il se m\u00eale \u00e0 la foule qui \u00e9coute Vitelio pr\u00eacher sur une place de Rome.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[1]\u00a0 J. Van Herp, Panorama de la Science-fiction, p. 329.<br \/>\n[2]\u00a0 Texte de pr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9diteur, verso de la jaquette.<br \/>\n[3]\u00a0 J-C Pichon, <em>Les T\u00e9moins<\/em>. Par commodit\u00e9, nous avons raccourci le titre.<br \/>\n[4]\u00a0 Idem.<br \/>\n[5]\u00a0 J-C Pichon, <em>Les T\u00e9moins<\/em>.<br \/>\n[6]\u00a0 <em>Idem<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un agent provocateur vient poser une question au jeune proph\u00e8te\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Si l\u2019homme doit \u00eatre libre d\u2019abord, il doit donc s\u2019arracher aux\u00a0 contraintes sociales, refuser le titre de citoyen\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais lui (Vitelio), sans se troubler, \u00e9tendit le bras et se fit donner une fiasque\u00a0; il remplit un gobelet et but\u00a0; puis il rendit la fiasque et le gobelet. Alors, seulement, il dit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Quel est le meilleur, du verre ou du vin\u00a0? Boit-on le verre\u00a0? Nous donne-t-il la joie\u00a0? Apaise-t-il la soif\u00a0? Mais, si le vin n\u2019\u00e9tait contenu dans le verre, pourrais-je le boire\u00a0? Le vin se r\u00e9pandrait par terre et se perdrait. Ainsi, de la libert\u00e9 de l\u2019homme. Elle seule exalte et d\u00e9salt\u00e8re. Mais si rien ne la contient, personne n\u2019y go\u00fbtera jamais. Elle sera perdue pour tout le monde.\u00a0\u00bb[1]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On le devine en lisant la parabole du vin, Vitelio est perdu. On l\u2019accuse d\u2019anarchie, de renier le Christ, de faire l\u2019\u00e9loge du vice. A l\u2019\u00e9couter, B\u00e9raud ne peut se d\u00e9fendre de subir son \u00e9trange influence\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Quelle est la preuve de l\u2019arbre, sinon l\u2019arbre lui-m\u00eame\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En leur temps et au m\u00eame \u00e2ge, Saint-Just, Evariste Gallois, Arthur Rimbaud invent\u00e8rent des formules non moins prodigieuses. Pourtant, le pape, Pierre VI refuse d\u2019\u00e9pargner Vitelio. Le Vatican sait que le dieu-poisson est mort, les tabernacles sont vides, mais le r\u00f4le de l\u2019Eglise consiste \u00e0 maintenir le vieil ordre, la vieille Foi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Nous honorons, mais nous craignons \u00ab\u00a0ces aventures pr\u00e9matur\u00e9es\u00a0\u00bb, dont le seul fruit est de tromper les hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La troisi\u00e8me partie, Le Com\u00e9dien, regroupe douze articles du journaliste Michael Bart. Nous sommes \u00e0 New-York, m\u00e9gapole de 100 millions d\u2019habitants o\u00f9 se c\u00f4toient toutes les races du monde en 2216.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019empereur Iron a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 H\u00e9bert et Glaudin (d\u00e9calques de Tib\u00e8re et Claude) et son r\u00e8gne \u00e9voque par le jeu des correspondances celui de N\u00e9ron \u00e0 son av\u00e8nement, en 54. La personnalit\u00e9 de sa m\u00e8re, l\u2019imp\u00e9ratrice Akrine, correspond \u00e0 celle d\u2019Agrippine et elle mourra d\u2019une mani\u00e8re similaire. Humaniste et d\u00e9mocrate, Iron prend les Kennedy pour mod\u00e8les politiques. En outre, il s\u2019int\u00e9resse aux philosophies allemandes, et aux recherches astrologiques, au point d\u2019entreprendre la r\u00e9daction d\u2019une histoire des religions fond\u00e9e sur le cheminement des astres. L\u2019id\u00e9e lui en a \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9e par les travaux d\u2019un cyclologue, Apollonius, qui vit \u00e0 New-York. Ce dernier pr\u00e9tend\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Les \u00e9v\u00e8nements que nous vivons, ainsi, et ceux que nous allons vivre, r\u00e9pondent aux \u00e9v\u00e8nements des premiers si\u00e8cles de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne, lesquels \u00e9taient, dans une certaine mesure, l\u2019\u00e9cho des \u00e9v\u00e8nements qui, deux mille ans avant le Christ, avaient marqu\u00e9 la fin de la Sum\u00e9rie, les troubles en Egypte, la naissance de l\u2019Assyrie, puis le dieu d\u2019Isra\u00ebl.\u00a0\u00bb[2]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A Washington, dans son th\u00e9\u00e2tre, Iron organise des joutes philosophico-religieuses auxquelles se joint l\u2019\u00e9crivain Petton (P\u00e9trone). Les proph\u00e8tes, les inspir\u00e9s y sont convi\u00e9s. Un certain Simon le Magicien y appara\u00eet lors d\u2019une s\u00e9ance historique\u00a0; un inconnu, Samuel Ragulo, dit Raskul, le contredit violemment, ce qui nous permet de l\u2019identifier \u00e0 Paul de Tarse. Ragulo appartient \u00e0 une secte chr\u00e9tienne dissidente, les Darconiens, qui tire son nom de l\u2019h\u00e9ro\u00efne fran\u00e7aise Jeanne d\u2019Arc. Il pr\u00eache le Versalisme annonc\u00e9 par le proph\u00e8te Vitelio, mort quarante ans plus t\u00f4t. Si Iron pressent \u2014 et cela est tout \u00e0 son honneur \u2014 la mort des dieux anciens, Ragulo craint qu\u2019il ne tente de cr\u00e9er Dieu dans l\u2019heure et par tous les moyens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Puis, le 14 ao\u00fbt 2222, New-York dispara\u00eet sous les eaux. Le S\u00e9nat accuse Iron d\u2019avoir fait exploser une bombe nucl\u00e9aire, par l\u2019interm\u00e9diaire du g\u00e9n\u00e9ral Hullin (Tigellin), au-dessus du p\u00f4le Nord. Iron m\u00e9rite-t-il l\u2019\u00e9tiquette de naufrageur\u00a0? Raskul ne le croit pas\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0\u2026 Raskul aime l\u2019empereur, bien qu\u2019il doive le combattre. Il ne voit pas en lui un fou, un criminel, mais un homme \u00e9gar\u00e9 par ses superstitions. Il ne voit qu\u2019un esprit faible dans le tyran le plus d\u00e9ment de l\u2019Histoire.\u00a0\u00bb[3]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le lecteur s\u2019en doute\u00a0: le r\u00e8gne d\u2019Iron s\u2019ach\u00e8ve dans le d\u00e9sordre\u00a0: les d\u00e9crets de spoliation accablent les citoyens fortun\u00e9s au profit de jeunes inconscients. L\u2019empereur perd ses amis. Seul, ses agents, \u00e2g\u00e9s de moins de quinze ans et le g\u00e9n\u00e9ral Hullin lui demeurent fid\u00e8les. Il prend la fuite vers l\u2019Europe et meurt dans l\u2019accident survenu \u00e0 son avion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Sa ma\u00eetresse, Joan (sosie d\u2019Act\u00e9) pr\u00e9tend n\u00e9anmoins avoir enseveli son cadavre dans le caveau familial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La quatri\u00e8me partie du roman porte la signature de James Totrichd, n\u00e9 \u00e0 Washington en 2416, agent secret de l\u2019empereur Bladwey, puis de l\u2019empereur Porgy.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[1]\u00a0 J.-C. Pichon,<em>Les T\u00e9moins de l&rsquo;Apocalypse<\/em>.<br \/>\n[2] <em>Idem<\/em>.<br \/>\n[3] <em>Idem<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Pendant tout le si\u00e8cle dernier, o\u00f9 le Versalisme dut survivre et se propager dans le secret, mes a\u00efeux ont ou, comme d\u2019autres croyants, feindre d\u2019honorer les dieux d\u2019Etat\u00a0: dieu de Mahomet, dieu de l\u2019Evangile, dieu tout puissant surtout du culte officiel\u00a0: le Janus b\u00e2tard du Peyotlisme.\u00a0\u00bb[1]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Versalisme recherche le soutien de la jeunesse et de l\u2019enfance, de m\u00eame que le christianisme s\u2019appuyait sur les esclaves et les d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s. Totrichd, quant \u00e0 lui, souhaite convaincre l\u2019empereur qu\u2019une tol\u00e9rance \u00e0 demi-avou\u00e9e (ou pr\u00e9tendue) permettrait \u00e0 la police de mesurer plus ais\u00e9ment l\u2019\u00e9volution des esprits, attitude adopt\u00e9e, autrefois, par les empereurs Trajan, Hadrien et Marc-Aur\u00e8le envers les chr\u00e9tiens de Paul et de Pierre. L\u2019agent secret, versalien lui-m\u00eame, enseigne la nouvelle religion \u00e0 l\u2019empereur Porgy. Il l\u2019entretient du sacrifice au Dieu de l\u2019Espace, du rite de la Br\u00fblure, et avec des fortunes diverses, des notions de contradiction f\u00e9conde et d\u2019erreur cr\u00e9atrice.\u00a0 Il le laisse s\u2019impr\u00e9gner des Tables d\u2019Apollonius au point que son illustre \u00e9l\u00e8ve ambitionne pour lui-m\u00eame le destin de l\u2019empereur Constantin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cinqui\u00e8me et derni\u00e8re partie, L\u2019Essaimat, comprend douze lettres de Jonathan Wardy, novice, puis missionnaire. La premi\u00e8re missive porte la date du 9 portan 391, le calendrier versalien d\u00e9butant en 2159 (naissance l\u00e9gendaire de Vitelio). La v\u00e9ritable histoire du Versalisme a \u00e9t\u00e9 alt\u00e9r\u00e9e, par les hommes d\u2019Etat, les historiens, les pr\u00eatres\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0\u2026 il n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e9vident que les technologues du premier si\u00e8cle ne tol\u00e9reraient pas les impudences d\u2019Adjoran, l\u2019humilit\u00e9 plus scandaleuse de Vitelio\u00a0; que les empereurs du second si\u00e8cle ha\u00efraient la m\u00e9moire d\u2019Iron et que les pr\u00eatres du quatri\u00e8me si\u00e8cle ne se montreraient pas empress\u00e9s de r\u00e9v\u00e9ler au public la v\u00e9ritable histoire du Versalisme.\u00a0\u00bb[2]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jonathan Wardy accepte cette imposture, car il est n\u00e9cessaire que la l\u00e9gende de Vitelio et du martyr de ses adeptes soit cr\u00e9\u00e9e. Wardy s\u2019est \u00e9galement donn\u00e9 pour but d\u2019informer ses anc\u00eatres des p\u00e9rip\u00e9ties qui pr\u00e9c\u00e8dent, entourent, puis suivent la naissance du mythe. Apr\u00e8s de longues h\u00e9sitations, il s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode 1960\u20141970 de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne. Transmis \u00e0 une date ult\u00e9rieure, l\u2019ouvrage aurait sans doute paru incompr\u00e9hensible\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0En ce lieu et \u00e0 cette heure, moi, Jonathan Wardy, dernier auteur de la Somme V\u00e9ridique du Versalisme, j\u2019ai transvers\u00e9 l\u2019ensemble des manuscrits qui la composent dans la probable ann\u00e9e 1963 de notre \u00e8re, afin que nos anc\u00eatres du XX\u00e8me si\u00e8cle chr\u00e9tien en re\u00e7oivent l\u2019\u00e9cho, aussi absurdement que ces phrases m\u00eames existent, bien que personne au monde n\u2019ait pu les cr\u00e9er.\u00a0\u00bb[3]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, dans le cadre d\u2019un ouvrage de Science-fiction, le roman de J-C Pichon suit le mod\u00e8le des Am\u00e9ricains pour qui il n\u2019est pas de futur sans renouveau religieux (Heinlein, etc.).[4]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1] J.C. Pichon,\u00a0<em>Les T\u00e9moins de l&rsquo;Apocalypse.<\/em><br \/>\n[2]\u00a0 <em>Idem<\/em>.<br \/>\n[3]\u00a0<em> Idem<\/em>.<br \/>\n[4]\u00a0 Pierre Versins \u2013 Fiche de lecture \u2013 Biblioth\u00e8que de la Maison d\u2019Ailleurs \u2013 Yverdon, Suisse. Notons que l\u2019Am\u00e9rique \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb fut cr\u00e9\u00e9e par des hommes religieux, les \u00ab\u00a0Pilgrim Fathers\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">***<\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center;\">EN TERRE ETRANGERE<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019importance accord\u00e9e au ph\u00e9nom\u00e8ne religieux, \u00e0 la mani\u00e8re dont il d\u00e9ploie, hier comme aujourd\u2019hui, caract\u00e9rise d\u2019autres ouvrages. A juste titre, P. Versins mentionne le nom de Robert Heinlein.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En effet, cet \u00e9crivain publia en 1961 Stranger in a strange land \u2014 titre fran\u00e7ais\u00a0: En terre \u00e9trang\u00e8re \u2014 son roman le plus c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Heinlein y raconte qu\u2019\u00e0 la suite d\u2019une premi\u00e8re exp\u00e9dition sur Mars, tous les participants p\u00e9rirent, sauf un\u00a0: Valentin Michael Smith. Elev\u00e9 par les Martiens, recueilli et ramen\u00e9 sur Terre, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt ans, au d\u00e9but du 21\u00e8me si\u00e8cle, par les membres de la deuxi\u00e8me exp\u00e9dition vers Mars, Smith est, physiquement, un \u00eatre humain. Mentalement, c\u2019est un Martien. Clou\u00e9 \u00e0 son lit hydraulique en raison de la gravit\u00e9 terrestre, ne poss\u00e9dant que les rudiments de la langue anglaise, ignorant tout des m\u0153urs des Terriens, il constitue une proie facile pour les journalistes, les publicistes, les politiciens. Sous pr\u00e9texte de le prot\u00e9ger, le gouvernement le s\u00e9questre. Une infirmi\u00e8re et un journaliste parviennent \u00e0 le d\u00e9livrer et le placent sous la protection de Jubal Harshaw, m\u00e9decin, avocat et auteur de romans populaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Avec l\u2019aide de Jubal, Michael apprend la langue et les coutumes terrestres, puis il quitte la maison Harshaw et occupe divers emplois, notamment celui de magicien dans un cirque o\u00f9 il exploite ses dons supranormaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Attir\u00e9, momentan\u00e9ment, par l\u2019imposante secte Fosterite, Michael s\u2019en d\u00e9tourne pour fonder son propre mouvement religieux qui compte vite de nombreux fid\u00e8les. Devant la menace que pose cette organisation face \u00e0 l\u2019ordre \u00e9tabli, les autorit\u00e9s favorisent l\u2019intervention violente des d\u00e9tracteurs de Michael. Ce dernier, en connaissance de cause, s\u2019offre \u00e0 la foule d\u00e9cha\u00een\u00e9e\u00a0: lapid\u00e9 et cribl\u00e9 de balles, il meurt en martyr.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A la derni\u00e8re page du roman, nous le retrouvons Archange Michael, s\u2019appr\u00eatant \u00e0 quitter Mars pour une autre mission sp\u00e9ciale\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Valentin Michael Smith, le merveilleux androgyne, porte un regard na\u00eff sur le monde terrestre. Il y voit r\u00e9gner la technologie, le confort, la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019image, l\u2019information sous toutes ses formes, l\u2019argent, la sexualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il constate que le mythe virginal existe encore sous la forme de la Pr\u00e9servation, car il ne s\u2019agit que de maintenir, de conserver. L\u2019Amour est devenu altruisme, synonyme de bons sentiments et d\u2019hypocrisie\u00a0; la Justice a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9\u00a0; la Cr\u00e9ation est morte, remplac\u00e9e par le mod\u00e8le, la mode, le plagiat, la copie conforme\u00a0: le mythe du Double, qui m\u00e8ne ici au simulacre, est \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans ce contexte, la tendance apollinienne \u00e9voqu\u00e9e par Jubal Harshaw, s\u2019est transform\u00e9e en id\u00e9al de sagesse et d\u2019\u00e9quilibre, Apollon n\u2019\u00e9tant plus que le berger secourable qui prot\u00e8ge les troupeaux et les moissons\u00a0; celui qui gu\u00e9rit les hommes et engendre Ascl\u00e9pios (Esculape), ou encore le l\u00e9gislateur, protecteur de l\u2019ordre. Aussi peut-on opposer cet Apollon \u00e0 Dionysos, comme la raison \u00e0 l\u2019enthousiasme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Aisance mat\u00e9rielle, sp\u00e9culations financi\u00e8res, soif de loisirs, nous retrouvons le 21\u00e8me si\u00e8cle des T\u00e9moins de l\u2019Apocalypse. Et dans ce si\u00e8cle domin\u00e9 par l\u2019abstraction rationnelle, c\u2019est s\u2019opposer aux rationalistes que de d\u00e9fendre le langage du symbole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le langage m\u00e9taphorique \u2014 aux antipodes de la \u00ab\u00a0culture digeste\u00a0\u00bb \u2014 celui du fabuliste, du proph\u00e8te, du po\u00e8te, du romancier parfois, \u00e9claire, \u00e9veille et r\u00e9v\u00e8le, Heinlein le souligne par l\u2019interm\u00e9diaire de Mahmoud, arabe et musulman, l\u2019interpr\u00e8te officiel de Michael.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les similitudes entre les langues arabe et martienne m\u00e9ritent qu\u2019on s\u2019y arr\u00eate. Mahmoud don l\u2019exemple du verbe martien \u00ab\u00a0grok\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0grogner\u00a0\u00bb dans la traduction fran\u00e7aise).[1]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0It means \u00ab\u00a0fear\u00a0\u00bb, it means \u00ab\u00a0love\u00a0\u00bb, it means \u00ab\u00a0hate\u00a0\u00bb \u2014 proper hate, for by the Martian \u201cmap\u201d you cannot hate anything unless you grok it, understand it so thoroughly that you merge with it and it merges with you \u2014 then you can hate.\u201d[2]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 [Il signifie \u201cpeur\u201d, il signifie \u201camour\u201d, il signifie \u201chaine\u201d \u2014 la haine v\u00e9ritable, car selon la \u00ab\u00a0carte\u00a0\u00bb martienne, on ne peut ha\u00efr une chose, \u00e0 moins de la \u00ab\u00a0groquer\u00a0\u00bb, de la comprendre si profond\u00e9ment que l\u2019on se fonde avec elle et qu\u2019elle se fonde avec soi \u2014 alors on sait ha\u00efr.]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce langage antinomique \u2014 dont l\u2019existence remonte \u00e0 6\u00a0000 ans avec J.-C., en Egypte notamment \u2014, cet aspect contradictoire des pens\u00e9es martienne et arabe, cette coexistence des contraires, encore courante dans la pens\u00e9e persane, restent \u00e9trangers \u00e0 l\u2019Occident.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019Occidental s\u2019en irrite ou au mieux condescend \u00e0 s\u2019en amuser. Ce n\u2019est pas le moindre m\u00e9rite d\u2019Heinlein que d\u2019attirer l\u2019attention sur le langage porteur de contradictions f\u00e9condes \u2014 rappelons \u00e0 ce propos \u00ab\u00a0l\u2019erreur cr\u00e9atrice\u00a0\u00bb des T\u00e9moins de l\u2019Apocalypse \u2014, sur la richesse du Coran \u00e0 travers la diversit\u00e9 de ses ambig\u00fcit\u00e9s, sur le r\u00f4le enfin que pourrait jouer l\u2019Islam au sein d\u2019un renouveau dionysiaque, r\u00f4le qu\u2019\u00e9voque \u00e9galement J.-C. Pichon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019absurde, la m\u00e9taphore, le mythe qui cr\u00e9e les langages nouveaux, les formes neuves\u00a0: les pyramides, le temple, la cath\u00e9drale\u00a0; et c\u2019est l\u2019absurde qui fait progresser l\u2019homme, car il d\u00e9truit la planification, il interdit l\u2019orgueil et nous livre sans d\u00e9fense \u00e0 Dieu.\u00a0\u00bb[3]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Par cette affirmation, l\u2019auteur fournit une clef qui permet de mieux saisir le message du Christ, de Vitelio, de Valentin Michael Smith, et de comprendre l\u2019attitude de N\u00e9ron, d\u2019Iron et de Jubal Harshaw.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 De m\u00eame que le Christ rejetait les armes, tendait l\u2019autre joue, pardonnait \u00e0 la femme adult\u00e8re, Vitelio et Valentin Michael Smith proposent un renversement inconcevable et scandaleux. En l\u2019occurrence, lorsqu\u2019on parle de haine et donc d\u2019ennemi, il s\u2019agit de devenir cet ennemi. Tel est le sens du verbe \u00ab\u00a0grok\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0Comprendre l\u2019adversaire\u00a0\u00bb disions-nous, mon ami\u00a0? Non\u00a0: il faut le p\u00e9n\u00e9trer\u00a0! Il faut entrer en lui comme dans une cire molle, il faut en faire le cercle dont on sera le Centre\u2026\u00a0\u00bb[4]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u00e0 encore, la teneur des propos de J.-C. Pichon d\u2019Heinlein est identique. Autre point commun\u00a0: la multiplication des sectes avec en arri\u00e8re-plan le d\u00e9clin du christianisme. L\u2019Eglise Fost\u00e9rite qui, un temps, suscite la curiosit\u00e9 de Michael, est un \u00ab\u00a0salmigondis syncr\u00e9tique\u00a0\u00bb\u00a0: elle emprunte aux mouvements revivalistes (Holy Rollers, Shakers, Pentec\u00f4tistes), \u00e0 l\u2019Eglise de Scientologie (fond\u00e9e par l\u2019\u00e9crivain de Science-fiction R. L. Hubbard), insiste sur l\u2019\u00e9panouissement de la sexualit\u00e9 et promet le bonheur. La clef de la religion Fost\u00e9rite nous est donn\u00e9e par la d\u00e9nomination m\u00eame de la secte\u00a0: en anglais, \u00ab\u00a0foster-rite\u00a0\u00bb signifie rite de remplacement. Michael ne peut s\u2019en contenter\u00a0: il fonde sa propre secte, l\u2019Eglise de Tous les Mondes, influenc\u00e9e par les gnostiques des Ier, II\u00e8me, III\u00e8me si\u00e8cles apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ (Simoniens \u2014 un certain Simon Magus appara\u00eet d\u2019ailleurs dans le roman \u2014, Ophites, Valentiniens), pr\u00f4ne les mythes Dionysiaques (de Cr\u00e9ation), de Fraternit\u00e9 (c\u2019est le sens du partage de l\u2019eau, de l\u2019humanisation de Michael, homme parmi les hommes), de Libert\u00e9 (car Michael appara\u00eet comme le Verse-eau).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Avec Stranger in a Strange Land, dont on appr\u00e9ciera la simplicit\u00e9 de ton, Heinlein montre le caract\u00e8re crypto chr\u00e9tien des inclinations mystiques de l\u2019Am\u00e9rique et se livre, comme J.-C. Pichon, \u00e0 une v\u00e9ritable sp\u00e9culation mythologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En consid\u00e9rant le pass\u00e9 comme prospective, ces \u00e9crivains nous invitent \u00e0 amorcer un double mouvement\u00a0: d\u2019une part, r\u00e9examiner les grands courants mythiques qui anim\u00e8rent l\u2019humanit\u00e9 d\u2019hier, d\u2019autre part, sp\u00e9culer sur les courants, d\u00e9j\u00e0 perceptibles, qui animeront l\u2019humanit\u00e9 de demain.<\/p>\n<p>[1]\u00a0 Signalons l\u2019excellente traduction de Frank Straschits\u00a0: <em>En Terre Etrang\u00e8re<\/em> \u2013 Ed. R. Laffont.<br \/>\n[2] \u00a0R. Heinlein, <em>Stranger in a strange land<\/em>, p.199.<br \/>\n[3] J.-C. Pichon, <em>Les T\u00e9moins<\/em>, p.219.<br \/>\n[4]\u00a0 <em>Idem<\/em>, p\u00a0; 174.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">***<\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center;\">LE MONDE DE DUNE<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce fut l\u2019objectif que se fixa Frank Herbert en \u00e9crivant le roman Dune, qu\u2019il qualifie ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0an effort at prediction\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Stylistiquement sup\u00e9rieur \u00e0 Stranger in a Strange Land et aux T\u00e9moins de l\u2019Apocalypse, Dune devint un \u00ab\u00a0cult-book\u00a0\u00bb. De par son audience, son contenu, et sa date de parution, 1965 (soit un an apr\u00e8s le roman de J.-C. Pichon), nous nous sentons tenus de l\u2019\u00e9voquer bri\u00e8vement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019action se situe sur Arrakis, la plan\u00e8te des sables, aussi appel\u00e9e Dune. Outre les animaux habituels du d\u00e9sert, les sables rec\u00e8lent des vers monstrueux, plus \u00e9normes que le plus gros des dragons, forces brutales et destructrices, issues des profondeurs du sol, mais que l\u2019on peut dompter et m\u00eame chevaucher\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il s\u2019agit de peupler ce d\u00e9sert, de donner une forme \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 hostile. La t\u00e2che en \u00e9choit au duc Leto et \u00e0 son fils Paul, de la maison des Atr\u00e9ides. D\u2019embl\u00e9e, ces noms \u00e9voquent les l\u00e9gendes grecques, entre autres celle d\u2019Apollon et d\u2019Art\u00e9mis, enfants de Zeus et de la d\u00e9esse L\u00e9to.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Errant de pays en pays, victime de la jalousie d\u2019H\u00e9ra, L\u00e9to ne peut acc\u00e9der \u00e0 Delphes car le monstrueux serpent Python envoy\u00e9 par H\u00e9ra lui barre le passage. Apollon l\u2019en d\u00e9barrassera. Quant \u00e0 la funeste histoire des Atrides, nous renvoyons le lecteur \u00e0 son dictionnaire des mythologies\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le duc Leto subit la jalousie des grandes familles de l\u2019Empire et perd la vie en tentant d\u2019asseoir son r\u00e8gne. Son fils, Paul, est accueilli comme le Mahdi par les Fremen (les hommes libres) du d\u00e9sert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0They\u2019ve a legend here, a prophecy, that a leader will come to them, child of a Bene Gesserit, to lead them to freedom. It follows the familiar Messiah pattern.\u201d[1]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[Ils ont une l\u00e9gende, une proph\u00e9tie, qui dit qu\u2019un chef viendra \u00e0 eux, enfant d\u2019un Bene Gesserit, pour les conduire vers la libert\u00e9. Elle s\u2019apparente au mod\u00e8le messianique traditionnel.]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 D\u00e8s les premi\u00e8res pages, on apprend que Paul est marqu\u00e9 d\u2019un signe, \u00ab\u00a0a stamp of strangeness\u00a0\u00bb [un sceau d\u2019\u00e9tranget\u00e9]. L\u2019\u00e9tranget\u00e9 r\u00e9side en la force de sa pr\u00e9sence, son emprise sur les \u00eatres, son intuition hors du commun, sa puissance physique et mentale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On le voit se soumettre avec succ\u00e8s \u00e0 la derni\u00e8re \u00e9preuve de son initiation\u00a0: le poing enferm\u00e9 dans une bo\u00eete, il doit supporter une br\u00fblure d\u2019intensit\u00e9 croissante. Le moindre mouvement lui serait fatal\u00a0: une aiguille empoisonn\u00e9e est point\u00e9e sur sa carotide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Paul r\u00e9ussira \u00e0 chevaucher un ver g\u00e9ant, \u00e0 r\u00e9unir les tribus des Fremen sous son commandement, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Lawrence d\u2019Arabie, et \u00e0 se d\u00e9barrasser de ses adversaires\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0He was a warrior and mystic, ogre and saint, the fox and the innocent, chivalrous, ruthless, less than a God, more than a man.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[C\u2019\u00e9tait un guerrier et un mystique, un ogre et un saint\u00a0; il \u00e9tait le renard et l\u2019innocent, chevaleresque, impitoyable, moins qu\u2019un Dieu, plus qu\u2019un homme.]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019\u00e9preuve de la br\u00fblure, dont parle d\u00e9j\u00e0 J.-C. Pichon, puis celle du proscrit partageant la dure existence des hommes du d\u00e9sert, enfin l\u2019unification des tribus contre la grande famille ennemie qui les exploite, placent Paul Atr\u00e9ides sous le triple signe de la Cr\u00e9ation, de la Fraternit\u00e9 et de la Libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019usage fr\u00e9quent des mots arabes, ou \u00e0 connotation arabe invite le lecteur \u00e0 prendre conscience de la richesse de la civilisation musulmane, de sa mystique propre et des avatars de cette derni\u00e8re (ainsi, on trouve\u00a0: crysknife\u00a0: couteau sacr\u00e9 des Fremen\u00a0; fedaykin\u00a0: commandos de la mort\u00a0; jihad\u00a0: croisade religieuse\u00a0; mahdi\u00a0: proph\u00e8te\u00a0; ramadhan\u00a0: je\u00fbne\u00a0; ou encore\u00a0: zensunni\u00a0: secte schismatique, dont la d\u00e9nomination renvoie au bouddhisme zen et \u00e0 l\u2019Islam sunnite).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 D\u2019autre part, s\u2019il fallait chercher l\u2019une des influences qui men\u00e8rent \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019univers de Dune \u2014 lequel poss\u00e8de son g\u00e9nie propre, bien s\u00fbr \u2014 nous nous tournerions vers l\u2019histoire des Templiers, ces moines-soldats dont l\u2019Ordre fut reconnu lors du concile de Troyes, le 14 janvier 1128, sous la pr\u00e9sidence de Bernard de Clairvaux, mystique et \u00e9rudit, homme d\u2019Etat et homme de Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A l\u2019origine, la nouvelle chevalerie du Temple m\u00e8ne un \u00ab\u00a0combat double, tant\u00f4t contre des adversaires de chair et de sang, tant\u00f4t contre l\u2019esprit du mal dans les cieux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans les 9\u00a0000 commanderies des chevaliers, comme dans les \u00ab\u00a0essaimats\u00a0\u00bb du 25\u00e8me si\u00e8cle, ou dans les \u00ab\u00a0sietchs\u00a0\u00bb, grottes du d\u00e9sert habit\u00e9es par les communaut\u00e9s tribales des Fremen, la discipline est stricte, tant au plan moral, que militaire ou religieux. On conna\u00eet l\u2019activit\u00e9 des Templiers, d\u2019abord lib\u00e9rateurs de l\u2019Ib\u00e9rie partiellement occup\u00e9e par les Sarrasins, puis protecteurs des lieux saints et des p\u00e8lerins au Moyen-Orient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0N\u00e9anmoins, les Templiers furent les premiers \u00e0 prendre conscience de la civilisation de l\u2019Islam, \u00e0 entrevoir les perspectives spirituelles et mat\u00e9rielles incalculables que pourrait apporter une coop\u00e9ration \u00e9troite avec celle-ci.\u00a0\u00bb[2]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019institution chevaleresque, dont Ali, gendre de Mahomet, fut le premier membre, \u00ab\u00a0chevalier par excellence\u00a0\u00bb, existait chez les Arabes ou les Perses. Les rapports entre chevaliers chr\u00e9tiens et musulmans furent parfois emprunts d\u2019estime mutuelle. L\u2019ennemi devint, plus noblement, l\u2019adversaire. Ce respect de l\u2019adversaire, s\u2019il ne va pas jusqu\u2019\u00e0 \u00ab\u00a0comprendre l\u2019ennemi de l\u2019int\u00e9rieur\u00a0\u00bb, est illustr\u00e9 dans Dune, lorsque le Comte Fenrig refuse de tuer Paul Atr\u00e9ides en duel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On remarque aussi dans l\u2019entourage du duc Leto, un certain Thufir Hawat, \u00ab\u00a0Ma\u00eetre des Assassins\u00a0\u00bb. Or, parmi les interlocuteurs des Templiers dans le monde islamique, l\u2019Ordre des Assassins tint une place privil\u00e9gi\u00e9e. Ainsi en 1172, le Vieux de la Montagne, chef de la secte des Isma\u00ebliens \u2014 les fameux Assassins \u2014 envoya des \u00e9missaires \u00e0 Amaury de J\u00e9rusalem pour lui offrir son alliance contre les Sunnites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La similitude entre un rite particulier aux Fremen et aux Templiers surprend pareillement le lecteur. Les chr\u00e9tiens s\u2019embrassaient sur la bouche afin de transmettre le Souffle, les membres de l\u2019Eglise de Tous les Mondes s\u2019abordent en prof\u00e9rant\u00a0: \u00ab\u00a0Tu es Dieu\u00a0\u00bb, les Fremen crachent au sol. Lors d\u2019une entrevue avec un Fremen, le duc Leto interpr\u00e8te d\u2019abord le geste comme une insulte avant de comprendre que dans cette contr\u00e9e o\u00f9 la moindre goutte d\u2019eau est un tr\u00e9sor, le crachat est un don pr\u00e9cieux, une haute marque de respect.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le 13 octobre 1307, Philippe le Bel jette les Templiers en prison et les accuse de m\u0153urs contre nature, d\u2019h\u00e9r\u00e9sie, d\u2019idol\u00e2trie, de reniement et de sacril\u00e8ge. On pr\u00e9tend notamment qu\u2019ils renient Dieu et crachent sur la croix. Ce rite pratiqu\u00e9 lors de l\u2019admission d\u2019un chevalier \u00e9tait peut-\u00eatre destin\u00e9 \u00e0 rappeler le reniement de Saint Pierre. Julius Evola propose une interpr\u00e9tation diff\u00e9rente\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0On doit cependant penser qu\u2019il ne s\u2019agissait d\u2019une v\u00e9ritable abjuration, encore moins de blasph\u00e8me, mais bien d\u2019une \u00e9preuve\u00a0: on devait t\u00e9moigner de la facult\u00e9 de d\u00e9passer une forme exot\u00e9rique, simplement religieuse et d\u00e9votionnelle, du culte.\u00a0\u00bb[3]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La d\u00e9formation, volontaire, du sens de cette pratique, devait contribuer \u00e0 d\u00e9consid\u00e9rer les Templiers et conduire finalement au d\u00e9mant\u00e8lement complet de l\u2019Ordre, des grands \u00ab\u00a0mouvements\u00a0\u00bb chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dune est un monde en \u00e9tat de stagnation, un d\u00e9sert parsem\u00e9 d\u2019ilots de r\u00e9sistants (les Fremen), dot\u00e9s d\u2019une morale rigide, fig\u00e9e et brutale, qui parviennent tout juste \u00e0 survivre face \u00e0 l\u2019exploitation d\u2019une Grande Famille. Dune vit dans l\u2019attente d\u2019un peuplement\u00a0: physique, moral, m\u00e9taphysique. Paul Atr\u00e9ides suscite le \u00ab\u00a0mouvement\u00a0\u00bb tant attendu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Heinlein d\u00e9crit le d\u00e9sarroi id\u00e9ologique du 21\u00e8me si\u00e8cle, amplifi\u00e9 par le mythe du Double (l\u2019Image)\u00a0; l\u2019incertitude religieuse, repr\u00e9sent\u00e9e par le Fosterisme\u00a0; le m\u00e9pris de la cr\u00e9ation. Valentin Michael Smith vient remplir ce vide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans les T\u00e9moins de l\u2019Apocalypse, la croyance au progr\u00e8s humain, en la science, se r\u00e9v\u00e8lent palliatifs insuffisants \u2014 comme le furent le sto\u00efcisme, l\u2019\u00e9picurisme, l\u2019accumulation des biens mat\u00e9riels au 1er si\u00e8cle \u2014 vis-\u00e0-vis d\u2019un panth\u00e9on destin\u00e9 avant tout \u00e0 maintenir les liens sociaux. Vitelio appara\u00eet comme le proph\u00e8te et Iron comme l\u2019artisan de la renaissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si Jean-Charles Pichon consid\u00e8re, explicitement, que les nouveaux exclus, qui correspondent aux esclaves du 1er si\u00e8cle, sont les jeunes, on constate que c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment aupr\u00e8s de la jeunesse que Stranger in a Strange Land et Dune trouv\u00e8rent le meilleur accueil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour Herbert, Heinlein et Pichon, l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments constitutifs de la renaissance est issu de l\u2019Islam, de m\u00eame qu\u2019on ne peut nier l\u2019apport du gnosticisme et du Mithra\u00efsme dans l\u2019av\u00e8nement du christianisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les emprunts \u00e0 l\u2019histoire, aux religions, \u00e0 l\u2019\u00e9sot\u00e9risme pr\u00e9sentent des variantes et le ton des trois ouvrages diff\u00e8re. Transposant une \u00e9poque \u00e9loign\u00e9e, celle de N\u00e9ron, dans le futur, J.-C. Pichon est amen\u00e9 \u00e0 un didactisme qui alourdit parfois son propos.[4] Mais l\u2019aspect essentiel commun aux trois romans r\u00e9side dans la description du vide, de l\u2019attente et du renouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans le cas des T\u00e9moins de l\u2019Apocalypse, cette description couvre quatre si\u00e8cles synchroniques de l\u2019apparition du christianisme jusqu\u2019\u00e0 la conversion de Constantin. Ainsi, en repla\u00e7ant dans une chronologie indispensable, la naissance et la croissance d\u2019un dieu, J.-C. Pichon permet de mesurer l\u2019ampleur du chemin parcouru avant que le mythe nouveau n\u2019exerce se pleine influence et modifie durablement une civilisation. Sensible \u00e0 l\u2019\u00e9nergie mythique, au caract\u00e8re fabuleux de l\u2019\u00e9v\u00e8nement, l\u2019auteur propose, avec Les T\u00e9moins de l\u2019Apocalypse, un commentaire et un prolongement qui pr\u00e9cisent le propos de son N\u00e9ron et le myst\u00e8re des origines chr\u00e9tiennes.<\/p>\n<p>[1] Herbert,<em> Dune<\/em>, p.101.<br \/>\n[2]\u00a0 Daniel R\u00e9ju, Temple, Islam et Assassins in <em>Historia<\/em> N\u00b0 358 bis, p.96.<br \/>\n[3]\u00a0 Evola, Le myst\u00e8re du Graal et l\u2019Id\u00e9e imp\u00e9riale gibeline \u2013 in<em> Historia<\/em> N\u00b0 358 bis, p.86.<br \/>\n[4]\u00a0 Van Herp signale cependant\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut au lecteur un minimum de connaissances pour entrer dans le jeu.\u00a0\u00bb<br \/>\n&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c\u2019est pourquoi, en g\u00e9n\u00e9ral, tout comme le roman de cape et d\u2019\u00e9p\u00e9e a ses \u00e9poques de pr\u00e9dilection, le roman Uchronique se cantonne dans quelques p\u00e9riodes, toujours les m\u00eames\u00a0: l\u2019Empire, l\u2019Invincible Armada, la Guerre de S\u00e9cession, la 2\u00e8me Guerre Mondiale.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p>ELIADE Mirc\u00e9a,<em> L\u2019Epreuve du Labyrinthe<\/em> \u2013 Belfond, Paris, 1985.<\/p>\n<p>HEINLEIN Robert A.,<em> Stranger in a Strange Land<\/em>, N.E.L., London, 1965.<\/p>\n<p>Traduction fran\u00e7aise, <em>En Terre Etrang\u00e8re<\/em>, R. Laffont, Paris, 1970.<\/p>\n<p>Herbert Frank,<em> Dune<\/em>, R. Laffont, Paris, 1972.<\/p>\n<p>PICHON Jean-Charles<\/p>\n<p>Article \u00ab\u00a0Nero\u00a0\u00bb, <em>Encyclopedia Britannica<\/em>, 1974.<\/p>\n<p><em>N\u00e9ron et le Myst\u00e8re des Origines Chr\u00e9tiennes<\/em>, R. Laffont, Paris, 1971.<\/p>\n<p><em>Les T\u00e9moins de l\u2019Apocalypse<\/em>, R. Laffont, Paris, 1964.<\/p>\n<p><em>L\u2019Homme et les Dieux<\/em>, R. Laffont, Paris, 1965.<\/p>\n<p>VAN HERP Jacques<\/p>\n<p><em>Panorama de la Science-Fiction<\/em>, Marabout Universit\u00e9, Verviers, 1975.<\/p>\n<p><em>L\u2019Histoire imaginaire<\/em>, Ed. Recto-Verso, Bruxelles, 1984.<\/p>\n<p><em>Fantastique et Mythologies Modernes<\/em>, Ed. Recto-verso, Bruxelles, 1985.<\/p>\n<p>Ouvrages divers\u00a0:<\/p>\n<p>Science-fiction et Histoires,<em> Cahiers du Collectif Change<\/em>, N\u00b0 40, Seghers\/Laffont,Paris, 1981.<\/p>\n<p><em>The road to Science-Fiction\u00a0: from Gilgamesh to Wells<\/em>, James Gunn, New American Libray, New-York, 1977.<\/p>\n<p><em>Historia<\/em> N\u00b0 385 bis.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SCIENCE-FICTION ET ANTIQUITE Jean-Paul DEBENAT &nbsp; La pr\u00e9sente \u00e9tude refl\u00e8te l\u2019int\u00e9r\u00eat que son auteur porte \u00e0 l\u2019Histoire, \u00e0 la Science-fiction et, entre autres \u00e9crivains, \u00e0 Jean-Charles Pichon, n\u00e9 au Croisic, en 1920. Journaliste, sc\u00e9nariste (de G. Oury, de J.-P. Mocky, &hellip; <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=3149\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[],"class_list":["post-3149","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-science-fiction"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3149","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3149"}],"version-history":[{"count":13,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3149\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3189,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3149\/revisions\/3189"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3149"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3149"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3149"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}