{"id":2898,"date":"2013-11-04T15:27:11","date_gmt":"2013-11-04T13:27:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2898"},"modified":"2013-11-04T15:27:11","modified_gmt":"2013-11-04T13:27:11","slug":"le-tresor-de-la-resistance","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2898","title":{"rendered":"Le tr\u00e9sor de la R\u00e9sistance"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>J&rsquo;ai retrouv\u00e9 r\u00e9cemment, au fond de mon disque dur, le texte ci-joint, que j&rsquo;avais propos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Encyclop\u00e9die de l&rsquo;Agora (agora,qc,ca) en 1995; je n&rsquo;avais obtenu aucune r\u00e9ponse. J&rsquo;y r\u00e9sumais l&rsquo;affaire Dominici telle que JCP l&rsquo;avait racont\u00e9e dans <i>Un homme en creux<\/i>, en m&rsquo;aidant du livre de Giono.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Andr\u00e9 Lemelin<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<h2 style=\"text-align: center;\">LE TR\u00c9SOR DE LA R\u00c9SISTANCE<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Par Andr\u00e9 Lemelin<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paris a f\u00eat\u00e9 le cinquantenaire de sa Lib\u00e9ration, mais la France n\u2019a pas c\u00e9l\u00e9br\u00e9, et pour cause, le quaranti\u00e8me anniversaire de la condamnation \u00e0 mort de Gaston Dominici : c\u2019est sans doute le grand scandale de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique. Or cette condamnation, qui a toutes les apparences d\u2019un complot d\u2019\u00c9tat, trouvait sa source dans un \u00e9pisode n\u00e9buleux de la R\u00e9sistance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un matin d\u2019\u00e9t\u00e9 1952, sur le lieu-dit la Grande-Terre, \u00e0 1 km de Lurs, en Haute-Provence, les femmes de la famille Dominici d\u00e9couvrent les cadavres de Sir Jack Drummond, de sa femme et de leur fille de onze ans, Elizabeth. Ils campaient dans cet endroit invraisemblable : sur des graviers, entre un chemin de fer et une route, passante de jour comme de nuit. Les parents ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s \u00e0 coups de fusil, la petite a re\u00e7u deux terribles coups \u00e0 la t\u00eate. Gustave, l\u2019un des fils, avouera avoir \u00e9t\u00e9 attir\u00e9 dehors par un bruit vers cinq heures. Il niera tout mais dira avoir trouv\u00e9 la fillette encore vivante. Un t\u00e9moin, ou pr\u00e9tendu tel, affirmera d\u2019abord l\u2019avoir aper\u00e7u en pleine nuit, sur la route, puis n\u2019en sera plus s\u00fbr et Gustave \u00e9copera de deux mois pour d\u00e9faut d\u2019assistance \u00e0 personne en danger. Ce n\u2019est que le d\u00e9but de deux ann\u00e9es de proc\u00e9dures loufoques : le fils accusera le p\u00e8re, Gaston (76 ans), puis se r\u00e9tractera; le second fils, Clovis, rejet\u00e9 par sa famille, l\u2019accusera aussi, mais ne se r\u00e9tractera jamais; le p\u00e8re lui-m\u00eame avouera quatre fois, et quatre fois se d\u00e9savouera : \u00ab\u00a0Ce que j\u2019ai dit, je l\u2019ai dit, je ne l\u2019ai pas fait.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute la France se perd en conjectures, mais la justice, contre toute logique, charge Gaston, dont les aveux sont contredits par une constellation de faits. Et d\u2019abord par celui-ci : le campement des Drummond ne pouvait pas \u00eatre l\u00e0, la veille au soir; tous les t\u00e9moignages le situent \u00e0 1 km plus loin. De la police aux magistrats, on semble respecter une consigne, puisque tous les indices retenus, tous les t\u00e9moignages admis sont invraisemblables, les faits \u00e9tant syst\u00e9matiquement \u00e9cart\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le c\u00e9l\u00e8bre auteur du <i>Hussard sur le toit<\/i>, Jean Giono, a assist\u00e9 au proc\u00e8s. Dans ses <i>Notes sur l\u2019affaire Dominici<\/i> (Gallimard, 1955), il rel\u00e8ve de nombreux faits troublants ignor\u00e9s par la justice. Ainsi, on ne s\u2019interroge pas sur la fortune de Gaston (10 \u00e0 12 millions d\u2019anciens francs) et sur celle de pas mal de gens m\u00eal\u00e9s de pr\u00e8s ou de loin \u00e0 cette affaire. On rejette le t\u00e9moignage du Dr Dragon, qui a examin\u00e9 la fillette et affirme qu\u2019on l\u2019a port\u00e9e moribonde jusqu\u2019\u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 on l\u2019a trouv\u00e9e. On lui pr\u00e9f\u00e8re le t\u00e9moignage d\u2019un autre m\u00e9decin, qui ne l\u2019a pas examin\u00e9e mais qui est une notabilit\u00e9. De plus, on ne s\u2019\u00e9tonne pas que l\u2019huile qui graissait l\u2019arme du crime soit semblable \u00e0 celle qui graisse les armes de Clovis. Le pr\u00e9sident du tribunal va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 provoquer le scandale quand il interdit \u00e0 Gustave de r\u00e9pondre au cri de son p\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Tu sais que je suis innocent. Dis ce que tu sais\u00a0!\u00a0\u00bb\u00c0 un autre moment, il dira, selon Giono\u00a0: \u00ab\u00a0Gustave, je te pardonne. Je ne veux pas que tu dises que je suis innocent. Ce n\u2019est pas ce qu\u2019il faut dire. Dis la v\u00e9rit\u00e9. Qui \u00e9tait avec toi dans la luzerne quant tu as entendu les cris? Qui \u00e9tait avec toi? Qui \u00e9tait avec toi? Qui \u00e9tait avec toi?\u00a0\u00bb L\u2019audience est suspendue!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un an plus tard, Gaston est condamn\u00e9 \u00e0 mort, mais la peine de cet horrible assassin est bient\u00f4t commu\u00e9e en emprisonnement \u00e0 vie. Enfin de Gaulle graciera le vieil homme, mais n\u2019invalidera pas le proc\u00e8s. Quarante ans plus tard, les Fran\u00e7ais ignorent toujours la v\u00e9rit\u00e9 que voici. Entre avril et juillet 1944, de fortes sommes destin\u00e9es aux centres de r\u00e9sistance avaient \u00e9t\u00e9 parachut\u00e9es par les Anglais en plusieurs points du continent, mais une partie de cet argent ne fut pas retrouv\u00e9e. Apr\u00e8s la guerre, un ancien haut fonctionnaire britannique charg\u00e9 des parachutages, Sir Drummond, passe toutes ses vacances en camping avec sa famille dans des r\u00e9gions o\u00f9 l\u2019argent \u00e9tait tomb\u00e9 du ciel, comme en Hollande ou en Alsace. Retrouvant les enrichis de la R\u00e9sistance, il les fait chanter en pr\u00e9tendant r\u00e9clamer cet argent au nom de Sa Majest\u00e9. \u00c0 Digne, o\u00f9 plusieurs millions parachut\u00e9s en juin 1944 n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s, des gens bien en vue avaient achet\u00e9 de nombreux terrains \u00e0 la Lib\u00e9ration. En compagnie de Clovis, six ou sept de ces enrichis s\u2019\u00e9taient enivr\u00e9s le jour m\u00eame du meurtre. Ayant donn\u00e9 rendez-vous \u00e0 Sir Drummond dans un monast\u00e8re, ils l\u2019attiraient sur le lieu de leurs libations et le tuaient d\u2019un coup de fusil apr\u00e8s l\u2019avoir bless\u00e9 \u00e0 la main. Puis ils se rendaient abattre sa femme au campement de la famille, deux kilom\u00e8tres plus loin. Trois ou quatre heures plus tard, ils assommaient la fillette et la transportaient moribonde sur la Grande-Terre, o\u00f9, au cours de la nuit, ils r\u00e9installeront le campement et les deux autres corps. Pour une raison inconnue, on voulait mouiller les Dominici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au matin, Gustave sort de chez lui, assiste \u00e0 la fin de la mise en sc\u00e8ne, comprend tout et menace de parler. Mais Gustave avait \u00e9t\u00e9 de la R\u00e9sistance et il \u00e9tait, comme dit Giono, \u00ab\u00a0dans la politique\u00a0\u00bb. Il \u00e9tait devenu un homme de parti. Ses liens avec ces gens seront les plus forts; lui qui accusera son p\u00e8re, ne les donnera jamais. Il aura peut-\u00eatre sa part du magot, il a en tout cas une femme ambitieuse et c\u2019est un faible. \u00ab\u00a0Le l\u00e2che des albums de Zig et Puce\u00bb, selon le jugement de Giono. En novembre 1953, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des aveux de Gaston, le journaliste Jean-Charles Pichon r\u00e9sout l\u2019affaire en 16 jours. Non sans prendre quelques risques. Comme il le rappelle dans son autobiographie <i>Un homme en creux<\/i> (Stock, 1973), pass\u00e9e largement inaper\u00e7ue, il est menac\u00e9 par Clovis, le fusil en main, \u00ab\u00a0menac\u00e9 d\u2019un revolver dans une administration de Digne\u00a0\u00bb, puis \u00ab par la police de Marseille, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un coll\u00e8gue de <i>France Soir<\/i>, qui me faisait savoir que \u201c\u00e7a suffisait comme \u00e7a\u201d.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019hebdomadaire <i>Carrefour<\/i> publia ses deux premiers articles. Mais, \u00ab\u00a0inform\u00e9 sans doute, lui aussi, des probl\u00e8mes r\u00e9els qui se posaient, il ne put rendre public le troisi\u00e8me, qui contenait mes conclusions.\u00a0\u00bb Celles-ci ne furent publi\u00e9es qu\u2019apr\u00e8s la condamnation du vieux Dominici, dans les <i>Lettres nouvelles<\/i> (f\u00e9vrier 1955). \u00ab\u00a0Mais il fallut que ce soit sous la forme d\u2019un \u201cr\u00eave\u201d, et tout cela n\u2019\u00e9tait-il pas comme un cauchemar, apr\u00e8s tout\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1995<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; J&rsquo;ai retrouv\u00e9 r\u00e9cemment, au fond de mon disque dur, le texte ci-joint, que j&rsquo;avais propos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Encyclop\u00e9die de l&rsquo;Agora (agora,qc,ca) en 1995; je n&rsquo;avais obtenu aucune r\u00e9ponse. 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