{"id":2412,"date":"2012-08-27T10:51:46","date_gmt":"2012-08-27T08:51:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2412"},"modified":"2012-11-09T17:55:57","modified_gmt":"2012-11-09T15:55:57","slug":"les-jours-et-les-nuits-du-cosmos-troisieme-partie-2-la-derniere-mue","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2412","title":{"rendered":"LES JOURS ET LES NUITS DU COSMOS &#8211; TROISIEME PARTIE &#8211; 2 &#8211; LA DERNIERE MUE"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><strong>II<\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong>LA DERNIERE MUE<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/LION001.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2424\" title=\"LION001\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/LION001.jpg\" alt=\"\" width=\"1047\" height=\"806\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/LION001.jpg 1047w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/LION001-300x230.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/LION001-1024x788.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1047px) 100vw, 1047px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne pense plus aujourd\u2019hui que les Mayas furent le premier peuple d\u2019Am\u00e9rique du Sud. Mais il est admis que certains monuments de la ville p\u00e9ruvienne de Tiahuanaco doivent remonter \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9, au Mexique, n\u2019existait encore \u2014 au plus \u2014 que des communaut\u00e9s agraires. En fait, de nouveau, l\u2019Histoire et la l\u00e9gende s\u2019affrontent ici. Tandis que les Aymaras datent la fondation de la ville des origines m\u00eames du monde\u00a0: \u00ab\u00a0Avant que Viracocha e\u00fbt cr\u00e9\u00e9 les \u00e9toiles (indication d\u2019une invention de l\u2019astrologie), Tiahuanaco existait d\u00e9j\u00e0\u00a0\u00bb, A. Posnansky, sp\u00e9cialiste de l\u2019arch\u00e9ologie am\u00e9rindienne, y distingue cinq p\u00e9riodes architecturales, dont la premi\u00e8re (celle des proto-Aymaras) pourrait s\u2019\u00eatre \u00e9tendue du V<sup>e<\/sup> au IV<sup>e<\/sup> mill\u00e9naires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les tribus nomades qui camp\u00e8rent alors sur ce haut plateau adoraient la lune et la mer, cultes canc\u00e9riques, en m\u00eame temps que des divinit\u00e9s solaires. Posnansky pense en effet que les \u00ab\u00a0pierres lev\u00e9es\u00a0\u00bb de la Kalasaya, dont la disposition sinon la forme rappelle les menhirs et les cromlechs bretons, pourraient \u00eatre des vestiges de cette antique civilisation. Une catastrophe naturelle (le d\u00e9bordement du lac Titicaca) y aurait mis fin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde p\u00e9riode (III<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire\u00a0?) n\u2019est gu\u00e8re mieux d\u00e9finie. L\u2019influence aymara y pr\u00e9domine\u00a0; l\u2019application des r\u00e8gles astronomiques et l\u2019adoration du soleil en seraient les caract\u00e9ristiques essentielles. La Porte du Soleil, \u00e9norme construction d\u2019un seul bloc, haute de 3 m\u00e8tres et large de 4, en est le principal vestige. Les d\u00e9corations, puma et condor couronn\u00e9es, disposition sym\u00e9trique des personnages secondaires de part et d\u2019autre de la figure centrale, elle-m\u00eame munie de deux sceptres, font de ce monument le vestige d\u2019un culte \u00e0 la fois solaire et g\u00e9mique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres monuments moins bien conserv\u00e9s, le Puma-Puncu, la porte des Lions, le Tunca-Puncu, la porte des dix et l\u2019Umu-Puncu, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment dat\u00e9s. Enfin, le symbole du lion se retrouve sur des pierres amoncel\u00e9es, des dalles, des morceaux de frises et des statues o\u00f9 se voient des hommes-pumas, les Cacha-Puma. Selon Posnansky, la rupture d\u2019une digue aurait \u00e9t\u00e9 la cause du second d\u00e9luge qui acheva cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plupart des monuments ne sont pas sans offrir certaines ressemblances avec des \u00e9difices de Pers\u00e9polis et de Th\u00e8bes, et la premi\u00e8re pens\u00e9e de ceux qui les d\u00e9couvrirent avait \u00e9t\u00e9 de leur chercher une origine \u00e9gyptienne ou m\u00e9sopotamienne. Aujourd\u2019hui, les arch\u00e9ologues admettraient plus volontiers l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019explorateurs venus d\u2019Extr\u00eame-Orient. La d\u00e9couverte faite \u00e0 Uxmal (au Mexique) de la copie d\u2019un Bouddha et de deux effigies de femmes aux traits mongolo\u00efdes accroupies dans la position du Bouddha endormi (mus\u00e9e de Tiahuanaco) appuie cette hypoth\u00e8se, ainsi que certains bas-reliefs mexicains qui montrent des \u00e9l\u00e9phants (animal inconnu en Am\u00e9rique du Sud) et l\u2019\u00e9criture m\u00eame des Quipu, comparable \u00e0 celle de l\u2019ancienne Chine (n\u0153uds sur cordes ramifi\u00e9es).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais nous verrons qu\u2019on pourrait tout aussi raisonnablement donner \u00e0 la race Inca une origine ach\u00e9enne, et m\u00eame gr\u00e9co-romaine, cependant que certaines l\u00e9gendes chimus et d\u2019autres vestiges d\u2019Am\u00e9rique du Nord (grottes de North Salem, dans le New Hampshire, tour de Newport) \u00e9voquent les premi\u00e8res constructions monastiques en pays celtes (Irlande et Bretagne). Les arch\u00e9ologies, un jour, ne seront-ils pas amen\u00e9s \u2014 contre l\u2019Histoire officielle \u2014 \u00e0 reconna\u00eetre qu\u2019au cours des si\u00e8cles l\u2019Am\u00e9rique n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre d\u00e9couverte\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Effectivement, de nombreux r\u00e9cits, Incas, Tolt\u00e8ques, Ycat\u00e8ques, font \u00e9tat de d\u00e9barquements d\u2019hommes jaunes ou d\u2019hommes blancs, en des points diff\u00e9rents des c\u00f4tes du Pacifique et de l\u2019Atlantique. En ce qui concerne le P\u00e9rou, qui nous int\u00e9resse ici, l\u2019historien espagnol Cabello de\u00a0Balboa avait recueilli d\u00e8s la fin du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle la l\u00e9gende d\u2019un h\u00e9ros, Naymlap \u00ab\u00a0qui voyageait accompagn\u00e9 de dignitaires, de femmes et de toute une arm\u00e9e<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0\u00bb. Les nouveaux venus auraient d\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 l\u2019embouchure de la rivi\u00e8re Faquisllanga (Lambayeque) et pris possession du pays sans combattre. Naymlap, immortel, aurait disparu un jour en plein ciel apr\u00e8s s\u2019\u00eatre fabriqu\u00e9 des ailes. Je vois dans ce mythe la trace d\u2019un syncr\u00e9tisme Lion-G\u00e9meaux, conforme aux vestiges de Tiahuanaco, et le note pour cette raison.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> MIGUEL CABELLO DE BALBOA, <em>Miscelanea austral<\/em>, Quito, 1586.<\/p>\n<p><strong><em>Les Chimus<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e9galement l\u2019arriv\u00e9e d\u2019hommes venus de la mer, \u00ab\u00a0blancs et barbus\u00a0\u00bb, les Viracochas, qui marque l\u2019ouverture de la troisi\u00e8me p\u00e9riode de Tiahuanaco. Le chroniqueur Cieza de Le\u00f3n rapporte qu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Espagnols, les Indiens les baptis\u00e8rent Viracochas en souvenir du mythe s\u00e9culaire<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Aujourd\u2019hui encore, le mot signifie \u00ab\u00a0ma\u00eetre\u00a0\u00bb et d\u00e9signe surtout l\u2019homme blanc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, il n\u2019est pas insoutenable de croire que le dieu Viracocha lui-m\u00eame fut une invention tr\u00e8s post\u00e9rieure aux d\u00e9buts de l\u2019empire chimu. Car les Incas se glorifieront volontiers d\u2019\u00eatre les anciens autochtones de l\u2019empire (chimu) qu\u2019ils auront conquis \u2014 et m\u00eame les cr\u00e9ateurs des temples et des monuments les plus antiques\u00a0; en cons\u00e9quence, ils durent assigner \u00e0 leurs dieux une origine \u00e9galement fausse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On estime g\u00e9n\u00e9ralement que la troisi\u00e8me p\u00e9riode p\u00e9ruvienne se serait prolong\u00e9e des d\u00e9buts de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne jusqu\u2019au IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 peu pr\u00e8s. En fait, nos connaissances de l\u2019empire chimu ont repos\u00e9 longtemps sur les seules pr\u00e9tentions incas, telles que les Espagnols nous les avaient transmises. Ce n\u2019est que tout r\u00e9cemment que se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s aux arch\u00e9ologues des vestiges probants du I<sup>er<\/sup> mill\u00e9naire de notre \u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La finesse des tissages de coton et de laine, des tapisseries et des brocarts, ainsi que la poterie, polychrome, orn\u00e9e de pumas et de condors, t\u00e9moignent d\u2019un art raffin\u00e9 comparable \u00e0 celui auquel parvenaient des artistes persans vers la m\u00eame \u00e9poque (du IV<sup>e<\/sup> au X<sup>e<\/sup> si\u00e8cles). L\u2019Empire avait pour capitale la ville de Chanchan, qui recouvrait 18 km\u00b2 et renfermait des \u00e9difices de 400 m\u00e8tres sur 200, enclos de murailles hautes de 6 m\u00e8tres. Renaissante, Tiahuanaco n\u2019avait pas recouvr\u00e9 sa splendeur d\u2019antan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup plus au nord, pr\u00e8s de Lima, se trouvent les ruines de la ville sacr\u00e9e, la Delphes des Chimus\u00a0: Pachacamac. Selon Cieza de Le\u00f3n, le dieu de cette ville, Pachacamac lui-m\u00eame, empruntait la forme du chat ou du serpent, ce qui en ferait une divinit\u00e9 du Cancer. Selon l\u2019ethnologie moderne, Pachacamac aurait \u00e9t\u00e9 substitu\u00e9 \u00e0 Irma, premi\u00e8re divinit\u00e9 v\u00e9n\u00e9r\u00e9e en ce lieu, qui e\u00fbt symbolis\u00e9e la mer. Lorsque l\u2019Inca Capac Yupanqui (Pachacutec), au XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, exigea que le peuple des contr\u00e9es littorales adopt\u00e2t le culte de Viracocha, les princes de Pachacamac lui auraient r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons notre dieu\u00a0: la mer, plus grand et plus puissant que le soleil m\u00eame, car il nous donne du poisson et nous nourrit, alors que le soleil calcine nos terres<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.\u00a0\u00bb En effet, Cieza de Le\u00f3n rapporte qu\u2019\u00e0 Pachacamac on adorait aussi une divinit\u00e9 poisson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes alors dans la cinqui\u00e8me p\u00e9riode de l\u2019histoire p\u00e9ruvienne avant la conqu\u00eate espagnole, sous la domination inca (XIV<sup>e<\/sup> &#8211; XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles). Une \u00ab\u00a0nuit\u00a0\u00bb de quatre si\u00e8cles (X<sup>e<\/sup> &#8211; XIII<sup>e<\/sup>) l\u2019avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e\u00a0: la quatri\u00e8me p\u00e9riode, qui correspond exactement au \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb chr\u00e9tien et \u00e0 la cr\u00e9ation du dieu \u00ab\u00a0presque chr\u00e9tien\u00a0\u00bb Quetzalc\u00f3atl au Mexique. Il n\u2019est pas impossible que, pendant cette nuit interm\u00e9diaire entre l\u2019empire chimu et l\u2019empire inca, seules des divinit\u00e9s-poissons aient \u00e9t\u00e9 ador\u00e9es dans certaines parties du littoral.<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> PEDRO CIEZA DE LEON, <em>Cr\u00f3nica del Per\u00fa<\/em>, S\u00e9ville, 1553.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> SIEGFRIED HUBER, <em>Au royaume des Incas<\/em>, 1962.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>L\u2019ap\u00f4tre Tonapa<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rappelons \u00e0 ce sujet que les Indiens du lac Titicaca gardent le souvenir d\u2019un thaumaturge, Tonapa, dont l\u2019enseignement ainsi que la vie miraculeuse rappellent plus d\u2019un trait de nos saints chr\u00e9tiens\u00a0: des missionnaires j\u00e9suites crurent reconna\u00eetre en lui l\u2019ap\u00f4tre Thomas<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est de fait que certains des \u00ab\u00a0miracles\u00a0\u00bb rendent un son bien \u00e9vang\u00e9lique\u00a0: son combat contre les \u00ab\u00a0idoles\u00a0\u00bb de Titicaca, qu\u2019il r\u00e9duit au silence, les supplices que les paysans (les \u00ab\u00a0pa\u00efens\u00a0\u00bb) lui infligent \u2014 notamment la flagellation, la marche sur les eaux (ici, sur son manteau, que portent les vagues) et, de nouveau, le radeau magique, qui vogue sans rame, sans voile, sans vent et sans courant sur le lac immobile<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres miracles rappelleraient plut\u00f4t les grandes traditions bibliques\u00a0: le rideau de flammes qui s\u2019ouvre devant le saint ou sa victoire, gr\u00e2ce \u00e0 une fronde, sur le g\u00e9ant Muratata. Enfin, des symboles g\u00e9miques ou solaires se retrouveraient dans un troisi\u00e8me ordre d\u2019\u00e9v\u00e8nements merveilleux\u00a0: les aigles qui coupent les liens qui retiennent l\u2019ap\u00f4tre prisonnier (mais, ici, les aigles sont au nombre de trois). Il reste qu\u2019aujourd\u2019hui encore, les Aymaras pr\u00e9tendent qu\u2019un palmier solitaire fleurit le jour de P\u00e2ques sur la lagune d\u2019Aullaga, o\u00f9 l\u2019\u00e9trange missionnaire acheva son p\u00e9riple lacustre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est \u00e9galement remarquable que ces l\u00e9gendes offrent une richesse, un enjouement, une na\u00efvet\u00e9 qui contrastent singuli\u00e8rement avec la tristesse affreuse des rites, croyances et \u00ab\u00a0r\u00e8glement\u00a0\u00bb incas \u2014 ainsi qu\u2019en Occident (aux m\u00eames p\u00e9riodes), l\u2019ardeur, la nouveaut\u00e9, la gr\u00e2ce des Chansons de Gestes et des Myst\u00e8res populaires (X<sup>e<\/sup> &#8211; XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles) contrastent avec la gravit\u00e9, la vanit\u00e9 des dogmes, des interdictions, des discussions sans fin des scolastiques (XIV<sup>e<\/sup> et XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles)<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut noter enfin, f\u00fbt-ce sans l\u2019expliquer, que certains mots quichuas pr\u00e9sentaient de frappantes ressemblances avec les langues indo-europ\u00e9ennes\u00a0: Capac pour le latin Caput (t\u00eate)\u00a0; Gori pour le grec Chrysos (or)\u00a0; Hanan pour le grec Ana (haut)\u00a0; Huasi pour l\u2019allemand Haus et l\u2019anglais Home\u00a0; Suma pour Sumus, Umo pour Humor, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre la fin de l\u2019empire chimu, au IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et la conqu\u00eate inca, au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, y aurait-il donc eu des missions chr\u00e9tiennes en Am\u00e9rique du Sud\u00a0? Ou bien l\u2019Esprit du Temps est-il seul responsable de ces similitudes\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois encore, notre adversaire rationaliste se trouve au carrefour de deux hypoth\u00e8ses qui lui d\u00e9plaisent autant l\u2019une que l\u2019autre\u00a0: ou bien une science de la navigation d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9volu\u00e9e chez les bons moines \u00ab\u00a0incultes\u00a0\u00bb du Moyen Age, ou bien la domination cosmique d\u2019une \u00ab\u00a0mana\u00a0\u00bb sur toute la terre \u00e0 \u00e9poques d\u00e9termin\u00e9es.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> C. M. KAUFMANN, <em>L\u2019Am\u00e9rique et le christianisme primitif<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Le rapprochement s\u2019impose avec le \u00ab\u00a0christ\u00a0\u00bb tolt\u00e8que Kukulkan.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Mais en Occident, le dieu (Christ) survit au Signe\u00a0: l\u2019homme se sent coupable de son abandon\u00a0; d\u2019o\u00f9, la n\u00e9cessit\u00e9 du ch\u00e2timent \u2014 le je\u00fbne, l\u2019asc\u00e8se, la discipline. Au P\u00e9rou, le dieu (Soleil) est mort\u00a0; d\u2019o\u00f9, le d\u00e9sespoir sans r\u00e9mission et les suicides collectifs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Les Incas<\/em><\/strong><\/p>\n<p>De ce grand dieu chimu, primitivement solaire, puis \u00e0 partir du IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle dieu-poisson, Pachacamac, les Incas feront seulement l\u2019un des fils de leur dieu supr\u00eame, dont le second fils, Viracocha, divinit\u00e9 de la pluie et de l\u2019\u00e9l\u00e9ment liquide en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019anc\u00eatre direct du peuple inca lui-m\u00eame (par Allca-Vica)\u00a0; Mama-Cocha, la lune, sa femme et s\u0153ur, symbolisait aussi la pluie et l\u2019eau. Quant au troisi\u00e8me fils, Manco-Capac, Il aurait \u00e9t\u00e9 le survivant de quatre couples de fr\u00e8res et de s\u0153urs\u00a0; on voit en lui un chef inca, \u00e0 demi l\u00e9gendaire, \u00e0 demi historique, qui e\u00fbt v\u00e9cu aux XIII<sup>e<\/sup> ou XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles (Manco signifie\u00a0: homme<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> et Capac\u00a0: t\u00eate) et se f\u00fbt impos\u00e9 comme restaurateur du culte.<\/p>\n<p>Mais, contrairement \u00e0 l\u2019opinion commune, il n\u2019est pas assur\u00e9 que ce culte f\u00fbt exclusivement solaire. On a beaucoup dissert\u00e9 sur les pr\u00eatresses incas, les \u00ab\u00a0Vierges du Soleil\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Aclla\u00a0\u00bb, choisies d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de huit ans et enferm\u00e9es \u00e0 vie dans des sortes de clo\u00eetres\u00a0; convaincues de rapports sexuels, elles eussent \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9es vives. Or, il est impossible de ne pas voir dans cette institution une \u00e9quivalence des Vestales romaines, pr\u00eatresses du Feu plut\u00f4t que du Soleil (et les deux mythes peuvent \u00eatre distingu\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre, comme on le voit dans les religions du B\u00e9lier).<\/p>\n<p>En effet, l\u2019\u0153uvre des b\u00e2tisseurs incas (routes, aqueducs, temples) \u00e9voqu\u00e8rent les Romains aux yeux des Espagnols qui venaient les conqu\u00e9rir. D\u2019autre part, leur culte des morts et leurs momies (malqui) rappellent le complexe G\u00e9meaux-Cancer, tel qu\u2019on le trouvait dans l\u2019ancienne Egypte, \u00e0 Myc\u00e8nes et en Etrurie, plut\u00f4t que le culte l\u00e9onin.<\/p>\n<p>Antonio de Calancha donne une indication pr\u00e9cieuse quand, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du dieu-puma de Hu\u00e1nuco, il pr\u00e9cise que les Indiens de Cuzco prient un d\u00e9mon qui a l\u2019aspect d\u2019un serpent, ceux de Tiahuanaco un reptile lov\u00e9, ceux de Tomelamba un ours et ceux de Chachapoya un \u00ab\u00a0tigre\u00a0\u00bb, en r\u00e9alit\u00e9 un jaguar tachet\u00e9 (la \u00ab\u00a0panth\u00e9e\u00a0\u00bb canc\u00e9rique<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Dans les l\u00e9gendes p\u00e9ruviennes de la p\u00e9riode r\u00e9cente, les serpents pr\u00e9dominent, gardiens de tr\u00e9sors pour la plupart. A l\u2019\u00e9poque de la conqu\u00eate, les habitants de Pasasmaya appelaient leur sanctuaire \u00ab\u00a0la maison de la lune\u00a0\u00bb, Si-an, et v\u00e9n\u00e9raient le serpent, tandis qu\u2019\u00e0 Pachacamac, tabernacle du dieu-poisson, une renarde \u00e9tait \u00e9galement l\u2019embl\u00e8me d\u2019on ne sait quelle d\u00e9esse<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Enfin, Viracocha lui-m\u00eame \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 partout par une figure androgyne, et cette f\u00e9minisation convenait \u00e0 un dieu de la pluie\u00a0: comme les Poissons, le Cancer est un signe f\u00e9minin.<\/p>\n<p>Il semble donc que les mythes solaires purent n\u2019\u00eatre pour l\u2019Inca qu\u2019un vestige de cultes ant\u00e9rieurs chimus, alors que ses autres dieux (le serpent) et m\u0153urs (vestales, momies) lui auraient \u00e9t\u00e9 personnels. Une autre hypoth\u00e8se serait qu\u2019admettant l\u2019agonie finale des dieux solaires, il e\u00fbt cherch\u00e9 en d\u2019autres mythes l\u2019appui de la Divinit\u00e9 Supr\u00eame. Ce passage aurait eu lieu sous le r\u00e8gne de Yupanqui Pachacutec, qui substitua \u00e0 l\u2019ancien dieu-soleil Inti un dieu de l\u2019\u00e9clair (et de la pluie) dont le symbole \u00e9tait la \u00ab\u00a0chuquiilla\u00a0\u00bb, un serpent \u00e0 deux t\u00eates.<\/p>\n<p>Or, si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la liste inca des onze souverains (de Manco-Capac \u00e0 Huayna), Pachacutec, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un \u00ab\u00a0Viracocha\u00a0\u00bb et suivi de Tupac Yupanqui, aurait r\u00e9gn\u00e9 entre 1400 et 1460, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9, selon nos tableaux, les G\u00e9meaux ach\u00e8vent leur premi\u00e8re mue (vers 1450) et o\u00f9 le soleil quitte le \u00ab\u00a0champ\u00a0\u00bb des Poissons. La pr\u00e9diction de \u00ab\u00a0Viracocha\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, annon\u00e7ant que des hommes blancs et barbus viendraient de la mer et que les Incas devraient leur ob\u00e9ir serait alors l\u2019expression de la conscience mythique que \u00ab\u00a0tous les dieux vont mourir\u00a0\u00bb et de l\u2019attente angoiss\u00e9e d\u2019un Mythe nouveau, qui, en Occident de m\u00eame, marqua la fin de l\u2019\u00e8re des Poissons. N\u2019est-ce pas, en effet, dans un \u00e9quivalent des guerres de religion europ\u00e9ennes qu\u2019il nous faut chercher le sens des guerres fratricides qui d\u00e9chir\u00e8rent le P\u00e9rou au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, juste avant l\u2019arriv\u00e9e des Espagnols\u00a0?<\/p>\n<p>Cette autodestruction, sous le r\u00e8gne de Huayna Capac (1490-1525) avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un signe trop clair. Au cours des f\u00eates de l\u2019Inca, un aigle bless\u00e9 apparut, poursuivi par de petits oiseaux de proie. Tomb\u00e9 du ciel, il vint mourir au pied de la liti\u00e8re du souverain. Dernier symbole solaire (en m\u00eame temps que g\u00e9mique), l\u2019aigle mourant annon\u00e7ait la fin de l\u2019empire fond\u00e9 sur le Lion et les G\u00e9meaux.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, le dernier si\u00e8cle de l\u2019histoire inca ne concerne plus l\u2019objet de ce chapitre, car elle correspond \u00e0 la survivance azt\u00e8que au Mexique (le Serpent \u00e0 plumes), de la magie noire en Occident et m\u00eame de ces l\u00e9gendes su\u00e9doises o\u00f9 Loki, jumeau d\u2019Odin, meurt d\u2019une mort \u00e9ternelle, rong\u00e9 par le venin du Serpent. A sa fa\u00e7on, l\u2019ultime croyance inca exprimerait le meurtre cyclique, eschatologique, du Lion par le Cancer survivant.<\/p>\n<p>La confusion et la diversit\u00e9 du panth\u00e9on p\u00e9ruvien au moment de la conqu\u00eate espagnole indique en fait une civilisation agonisante, que la mort de ses dieux a laiss\u00e9e d\u00e9munie. Quand, en 1524, pour la premi\u00e8re fois, Pizarre prit la mer avec quatre-vingts hommes et quatre chevaux, l\u2019empire, divis\u00e9, entr\u00e9 dans la derni\u00e8re phase de sa d\u00e9cadence, s\u2019effor\u00e7ait vainement de lier son avenir \u00e0 des mythes disparus (les G\u00e9meaux, le Lion) ou en voie de disparition (le Cancer). Les Espagnols achev\u00e8rent des moribonds.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> En allemand\u00a0: Mann, en anglais\u00a0: Man.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> ANTONIO DE CALANCHA, <em>Cr\u00f3nica Moralizada<\/em>, 1639.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> CIEZA DE LEON, <em>Cr\u00f3nica del Per\u00fa<\/em>, 1553.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> D\u2019apr\u00e8s le chroniqueur quichua Santa Cruz Pachacuti-Yamqui, ce \u00ab\u00a0Viracocha\u00a0\u00bb aurait \u00e9t\u00e9 le cr\u00e9ateur d\u2019un monument en forme de croix \u00e9rig\u00e9 sur une colline\u00a0; \u00e9galement, il e\u00fbt pratiqu\u00e9 le rite du bapt\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Les Parthes<\/em><\/strong><\/p>\n<p>A la m\u00eame \u00e9poque (les d\u00e9buts de notre \u00e8re) o\u00f9 naissait le peuple chimu, le lion rugissait de nouveau en Europe, en Asie Mineure, en Extr\u00eame-Orient.<\/p>\n<p>Nous avons vu comment, dans l\u2019impatience de l\u2019Esprit nouveau (des Poissons), des pr\u00eatres \u00e9gyptiens, grecs et romains ont cru le reconna\u00eetre dans Apollon ou dans Horus, dans tous les dieux solaires. C\u2019est qu\u2019en ce premier si\u00e8cle avant J.-C., plus brutale encore que sa disparition au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la r\u00e9apparition du Dieu frappe violemment les esprits. Vaincus par les Romains de la R\u00e9publique, les Celtes redressent la t\u00eate\u00a0; un nouveau dieu solaire para\u00eet, Cerunnos, aux cornes de b\u00e9lier\u00a0; en Gaule, les anciens cultes druidiques renaissent\u00a0; dans les pays slaves, un grand chef barbare, Wotan, rassemble son peuple et cr\u00e9e un royaume. En Arm\u00e9nie, Orod\u00e8s arr\u00eate l\u2019expansion romaine (53 avant J.-C.) et ach\u00e8ve d\u2019asseoir fermement la puissance parthe sur toute l\u2019Asie Occidentale (\u00e0 l\u2019exception de la Syro-Palestine).<\/p>\n<p>Il y avait d\u00e9j\u00e0 quatre-vingt-dix ans qu\u2019un Perse, Mithridate, premier roi des Parthes, avait lib\u00e9r\u00e9 son pays de la domination s\u00e9leucide (141). D\u00e8s lors, le nouvel empire ne cesse de cro\u00eetre et les victoires de Septime-S\u00e9v\u00e8re (158-200 apr\u00e8s J.-C.) n\u2019affaibliront gu\u00e8re une puissance que les souverains sassanides prolongeront jusqu\u2019au VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Or, les Parthes, puis les Sassanides, reconnaissaient un dieu-lumi\u00e8re, Mithra, dans le triomphateur du Taureau (alors cr\u00e9pusculaire). Au I<sup>er<\/sup> si\u00e8cle, sous l\u2019influence de N\u00e9ron, l\u2019ancien dieu irano-indien \u00e9tait re\u00e7u \u00e0 Rome, o\u00f9 son influence combattait celle du christianisme naissant, avant de se christianiser dans l\u2019h\u00e9r\u00e9sie manich\u00e9enne. Influence r\u00e9ciproque\u00a0: d\u00e8s le second si\u00e8cle, la naissance de Mithra, comme celle de J\u00e9sus plus tard, \u00e9tait f\u00eat\u00e9e le 25 d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Le nouveau mazd\u00e9isme est en effet tr\u00e8s loin de sa puret\u00e9 primitive. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9, \u00e0 Babylone, les juifs exil\u00e9s compilent dans le Talmud l\u2019enseignement s\u00e9culaire de leurs docteurs et l\u2019on ne peut s\u2019\u00e9tonner que le caract\u00e8re b\u00e9lique de la doctrine zoroastrienne s\u2019\u00e9panouisse \u00e9galement dans la religion parthe, que le Perse Mani enrichira de l\u2019apport d\u2019un christianisme dialectique. Dans le m\u00eame temps, la premi\u00e8re mue g\u00e9mique se poursuivait parall\u00e8lement, pour aboutir aux recherches savantes des philosophes d\u2019Alexandrie.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 peine recr\u00e9\u00e9e, la religion solaire devait subir l\u2019influence des G\u00e9meaux, du B\u00e9lier et des Poissons. Bient\u00f4t, les tauroboles (ou sacrifices sacr\u00e9s du Taureau renaissant) ach\u00e8vent de compliquer le culte sassanide, qui se pr\u00e9sente alors comme un syncr\u00e9tisme de cinq religions diff\u00e9rentes. Puis, \u00e0 la veille des invasions arabes, un r\u00e9formateur, Mazdak, tente de rattacher le mazd\u00e9isme plus \u00e9troitement aux courants chr\u00e9tiens et bouddhistes qui impr\u00e8gnent le monde entier. Un roi sassanide, Kavadh (488-528) se rallie aux th\u00e9ories de Mazdak et, renouvelant la folle tentative n\u00e9ronienne, entreprend d\u2019instaurer un Etat communiste dans son royaume\u00a0; mais, vers la fin de sa vie, revenu \u00e0 de plus saines conceptions civiques, Kavadh condamnera le mazdakisme, qui sera mis hors la loi.<\/p>\n<p>Ni les conqu\u00eates musulmanes, ni m\u00eame la mort du dernier Sassanide (651) n\u2019ach\u00e8veront les destins de la religion solaire (devenue le Zervanisme) et les Persans, jusque sous l\u2019Islam, continu\u00e8rent d\u2019adorer l\u2019\u00e9ternelle Lumi\u00e8re, le Temps Primordial, Zervan Akarana, ant\u00e9rieur et sup\u00e9rieur aux dieux g\u00e9miques Ormuzd et Ahriman. Divinit\u00e9 zodiacale plut\u00f4t que l\u00e9onine, Zervan se pr\u00eatait \u00e0 tous les syncr\u00e9tismes. Aussi vit-on, au X<sup>e<\/sup> et au XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, en plein \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb des Poissons, rena\u00eetre le Mazdakisme, que les Turcs r\u00e9duisirent enfin (au XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle).<\/p>\n<p>Seul, un dernier reste de la religion, la secte des Parsis, r\u00e9fugi\u00e9e au Pakistan en 1490, voue encore aujourd\u2019hui un culte particulier au Feu, et dans leurs temples une flamme br\u00fble, symbole de la lumi\u00e8re divine. L\u2019une de leurs plus grandes f\u00eates c\u00e9l\u00e8bre la mort du dernier Sassanide, d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 par Omar. On estime actuellement leur nombre \u00e0 plusieurs dizaines de millions\u00a0: les Indiens, nous le savons, respectent toutes les croyances.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Krishna<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Non seulement ils les respectent, mais ils les favorisent. C\u2019est le destin singulier de ce peuple de ne laisser passer aucune mutation, aucun r\u00e9veil d\u2019un dieu sans l\u2019adjoindre \u00e0 son panth\u00e9on, comme dans la crainte de n\u00e9gliger le moindre apport de forces cosmiques (de l\u2019Energie Universelle).<\/p>\n<p>Assur\u00e9ment, \u00e9touff\u00e9s par la puissance du Dieu Nouveau, le bouddha \u00c7akya-Mouni, puis par la renaissance taurique, les dieux solaires n\u2019eurent en Inde qu\u2019un r\u00e9veil timide, contest\u00e9. Le plus grand d\u2019entre eux, Krishna, avatar du Bouddha, puis de Vichnou, pr\u00e9sente des traits bouddhiques (tendresse, gentillesse) et tauriques (l\u2019amour des vach\u00e8res, l\u2019arc de \u00c7iva) incontestables. Cependant, \u00e9tudiant les textes v\u00e9diques de la p\u00e9riode puranique, l\u2019\u00e9rudit indien Pusalker a montr\u00e9 qu\u2019un premier Krishna, essentiellement solaire, aurait pr\u00e9exist\u00e9 au Rig-V\u00e9da. Les hindouistes, plus tard, en faisant du jeune dieu ressuscit\u00e9 une incarnation de Vichnou, lui rendront ce caract\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans le <em>Mah\u00e2bh\u00e2rata<\/em>, il bandera l\u2019arc d\u2019Indra, il sera le cocher d\u2019Arjuna. Dans le livre des mutations, le <em>Bh\u00e2gavata Puran\u00e2<\/em>, o\u00f9 Krishna est un dieu-bouvier, certains traits, notamment le bain du h\u00e9ros ou sa radieuse beaut\u00e9, rappellent les grandes figures solaires d\u2019Apollon et de Siegfried.<\/p>\n<p>Au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle enfin, un po\u00e8me sacr\u00e9 du Bengale insistera sur ce caract\u00e8re mythique du Dieu, nostalgiquement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Les derniers embl\u00e8mes<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Sous le second consulat de Marius, en 106 avant J.-C., alors que les Puran\u00e2 recr\u00e9aient Krishna, que les Parthes restauraient le culte de Mithra, que le celte Wotan s\u2019identifiait \u00e0 Odin et que les Chimus servaient l\u2019inti solaire, l\u2019Aigle devint l\u2019unique enseigne des L\u00e9gions\u00a0; pour accentuer son caract\u00e8re solaire, il fut pr\u00e9vu que le porteur de l\u2019Aigle serait rev\u00eatu d\u2019une peau de lion ou tiendrait \u00e9galement un foudre<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>En ce m\u00eame second si\u00e8cle, les Huns (Hiong-nou) reconqu\u00e9raient leur ancienne puissance avec le roi Lao-Chang (174-161 avant J.-C.). Leur tactique militaire, semblable \u00e0 celle des Scythes et des Parthes, \u00e9tait essentiellement \u00ab\u00a0solaire\u00a0\u00bb\u00a0: elle consistait \u00e0 s\u2019appuyer sur la mobilit\u00e9 extr\u00eame de la <em>cavalerie<\/em>, \u00e0 harceler l\u2019ennemi par des vol\u00e9es de <em>fl\u00e8ches<\/em> et \u00e0 ne lancer le v\u00e9ritable assaut que contre un ennemi \u00e9puis\u00e9.<\/p>\n<p>Analysant la seconde mue du Lion, nous avons n\u00e9glig\u00e9 \u2014 volontairement \u2014 d\u2019\u00e9tudier les grandes invasions \u00ab\u00a0barbares\u00a0\u00bb des V<sup>e<\/sup> et IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles avant J.-C.\u00a0: Scythes au Moyen-Orient, Huns Hephtalites dans l\u2019Inde, Turcs, Mongols et Tougous en Chine, dont l\u2019\u00e9lan, curieusement, se trouva partout bris\u00e9 alors que disparaissaient les grands royaumes solaires des Perses, des Celtes (bretons), des pr\u00e9-Chimus, etc.<\/p>\n<p>Ces peuples (Ouralo-alta\u00efques), dits \u00ab\u00a0nomades\u00a0\u00bb, \u00e9taient en fait les h\u00e9ritiers de royaumes consid\u00e9rables. De r\u00e9centes d\u00e9couvertes sovi\u00e9tiques en ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les centres urbains \u00e0 Andronovo (1700-1200 avant J.-C.), Karasuk (1200-700) et Tagar (700-400), dont les vestiges \u2014 figurations de l\u2019ours, du cheval, du lion d\u2019Asie, du cerf et du bouquetin \u2014 s\u2019apparentent aux mythes ouraniens et solaires. Or, connu sous le nom d\u2019art Ordos, l\u2019art animalier des anciens Huns de Mongolie est exactement semblable \u00e0 cet art sib\u00e9rien des second et premier mill\u00e9naires.<\/p>\n<p>Renaissant aux II<sup>e <\/sup>et I<sup>er<\/sup> si\u00e8cles avant J.-C., l\u2019art Ordos se retrouvera autour de Tchita, de Derestoursk, de No\u00efn-Oula et de Loun-p\u2019ing, domaines hunniques d\u2019o\u00f9 partiront les invasions barbares des IV<sup>e<\/sup> et V<sup>e<\/sup> si\u00e8cles apr\u00e8s J.-C. Puis, au moment o\u00f9 le Celte et le Sassanide commenceront de c\u00e9der sous la double pression chr\u00e9tienne (VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) et musulmane (VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), on verra de m\u00eame un grand nombre de Huns Hephtalites et de Turcs se convertir au christianisme (branche nestorienne) ou \u00e0 l\u2019Islam.<\/p>\n<p>A la fin du VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, des trois grands peuples turco-mongols\u00a0: les Jouan-Jouan, les Huns Hephtalites et les Huns d\u2019Europe, ma\u00eetres des steppes russes, seuls les derniers survivront. Les T\u2019ou-kiue occidentaux (les Turcs), descendants des Hiong-nou, chercheront et obtiendront l\u2019appui de Byzance, sans cependant abandonner leur dieu. \u00ab\u00a0Les Turcs tiennent le Feu en honneur d\u2019une mani\u00e8re extraordinaire\u00a0\u00bb, \u00e9crira le Byzantin Th\u00e9ophylacte Simocatta\u00a0; quant \u00e0 leur divinit\u00e9, c\u2019est encore et toujours le ciel solaire Tengri, auquel on sacrifie des chevaux et des moutons.<\/p>\n<p>Culte du Feu et sacrifice du cheval nous sont connus pour des rites solaires\u00a0: ils se retrouveront chez tous les peuples alta\u00efques, fussent-ils ennemis comme les Mongols et les Tatars. De m\u00eame, les divinit\u00e9s de ces tribus, qu\u2019elles se nomment l\u2019Aga Supr\u00eame, Tengri ou Bai Ulgen, se rattachent soit au Mythe \u00ab\u00a0Maison du Ciel\u00a0\u00bb soit au Mythe de l\u2019\u0152il du Ciel (syncr\u00e9tismes Lion-Cancer).<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les Perses exaltaient l\u2019enseignement b\u00e9lique de Zoroastre, o\u00f9 les Indiens adoraient Agni, dieu-b\u00e9lier, o\u00f9 les Grecs (Ulysse), les Romains (Horace), les Celtes (Cuchulainn) recueillaient la le\u00e7on militaire d\u2019Isra\u00ebl\u00a0: mobilit\u00e9 et ruse l\u2019emportent sur la force, les peuples d\u2019Asie Centrale paraissent avoir subi une \u00e9volution parall\u00e8le. Ces grands guerriers solaires acc\u00e9daient \u2014 lentement \u2014 \u00e0 une morale tribale et familiale, dont l\u2019esprit de Justice frappa quinze si\u00e8cles plus tard les premiers explorateurs chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>Interdiction de battre sa femme (mais autorisation de la tuer, dans quelques cas tr\u00e8s strictement pr\u00e9vus)\u00a0; interdiction d\u2019outrager un guerrier du clan et de le blesser dans son honneur, quelle que f\u00fbt la faute commise\u00a0; partage \u00e9quitable des biens\u2026 Au XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, remis en vigueur ou confirm\u00e9s par Gengis-Khan lui-m\u00eame, ces lois et ces pr\u00e9ceptes patriarcaux n\u2019avaient pas aboli les pratiques chamaniques (l\u2019escalade du bouleau) et les cultes solaires (le sacrifice du cheval). Mais, pour les Mongols de Gengis-Khan comme pour les Am\u00e9rindiens, les Celtes, les Persans de la m\u00eame \u00e9poque, il ne fait pas de doute que le dieu-soleil est moribond ou mort.<\/p>\n<p>A preuve\u00a0: l\u2019accueil des religions les plus diverses, le recours aux rites b\u00e9liques, aux mythes g\u00e9miques, la tentative de r\u00e9nover le bouddhisme en Chine, la tol\u00e9rance polie que ces d\u00e9vastateurs montrent pour tous les dieux rencontr\u00e9s sur les routes de leurs conqu\u00eates\u00a0: Tantras, \u00c7iva, Allah ou Christ.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Plusieurs empereurs tenteront m\u00eame de r\u00e9tablir le culte solaire dans sa puret\u00e9 originelle (H\u00e9liogabale\u00a0: 218-222)\u00a0; Aur\u00e9lien\u00a0: 270-275\u00a0; Julien\u00a0: 361-363).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La nostalgie<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ainsi tenteront de recourir \u2014 une derni\u00e8re fois \u2014 aux mythes solaires les peuples d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs dieux-poissons, bouddhistes ou chr\u00e9tiens\u00a0: Saint-Empire germanique au lendemain du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb, Parsis fuyant l\u2019Islam, Bengale se refusant \u00e0 l\u2019hindouisme, provisoires empires, azt\u00e8que au Mexique, inca au P\u00e9rou. Mais cet ultime r\u00e9veil, dont la bri\u00e8vet\u00e9 m\u00eame atteste la fragilit\u00e9, ne semble avoir \u00e9t\u00e9 nulle part une survivance l\u00e9onine\u00a0: l\u2019Inca honore le Serpent, le Krishna du Bengale est un dieu hindouiste, taurique au premier chef, les Parsis reconnaissent une appartenance certaine \u00e0 la tradition g\u00e9mique de l\u2019ancien mazd\u00e9isme manich\u00e9en et l\u2019aigle double de Sigismond est trop \u00e9videmment g\u00e9mique en m\u00eame temps que chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Il faudrait plut\u00f4t voir dans ces divers sursauts le signe d\u2019un affolement cons\u00e9cutif \u00e0 la fin du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb, une nostalgie active mais sans espoir des anciens dieux\u00a0: symbole d\u00e9nu\u00e9 de valeur religieuse dans le Saint-Empire ou f\u00eate du souvenir chez les Parsis.<\/p>\n<p>Nous relevons ce m\u00eame affolement, ce m\u00eame regret dans certaines allusions \u00e9nigmatiques des \u00ab\u00a0Kenningar\u00a0\u00bb de la po\u00e9sie islandaise. Compos\u00e9s vers l\u2019an 1000, ces courts po\u00e8mes nous parlent des \u00ab\u00a0serpents de la lune\u00a0\u00bb qui accomplirent la volont\u00e9 des Dieux, ou du \u00ab\u00a0faucon \u00e0 la ros\u00e9e de l\u2019\u00e9p\u00e9e, qui se nourrit de h\u00e9ros dans la plaine\u00a0\u00bb. De telles rencontres de mots ne sauraient \u00eatre un effet du hasard. Encore moins celles-ci\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le destructeur de la descendance des <em>g\u00e9ants<\/em><\/p>\n<p>brisa le puissant bison de la prairie aux mouettes.<\/p>\n<p>Ainsi les dieux, pendant que le gardien de la cloche se lamentait,<\/p>\n<p>an\u00e9antirent le <em>faucon<\/em> du rivage.<\/p>\n<p>Le roi des Grecs ne fut pas d\u2019un grand secours<\/p>\n<p>au <em>cheval<\/em> qui court par les r\u00e9cifs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>J. L. Borg\u00e8s, qui cite ces vers, traduit\u00a0: \u00ab\u00a0Le destructeur des g\u00e9ants est Thor le Rous\u00a0; le gardien de la cloche, l\u2019Eglise chr\u00e9tienne\u00a0; le roi des Grecs, J\u00e9sus-Christ (par l\u2019entremise de l\u2019Empereur de Constantinople)<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0\u00bb. Borg\u00e8s va jusqu\u2019\u00e0 remarquer que \u00ab\u00a0le bison du pr\u00e9 de la mouette, le faucon des rivages, le cheval qui court par les r\u00e9cifs ne sont pas des animaux monstrueux mais un seul navire en perdition\u00a0\u00bb. Pour quelque raison inconnue, cependant, il ne va pas jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9ciser que le navire en perdition n\u2019est autre que le Dieu solaire des Islandais dont les g\u00e9ants, le faucon, le cheval sont exactement les symboles.<\/p>\n<p>Cette clef donn\u00e9e, le sens du po\u00e8me s\u2019impose\u00a0: c\u2019est le m\u00eame \u00ab\u00a0destructeur\u00a0\u00bb qui an\u00e9antit la descendance solaire (les g\u00e9ants) et le bison des peuples du rivage. Ainsi, malgr\u00e9 la conversion des Celtes, le syncr\u00e9tisme Lion-G\u00e9meaux (le faucon) n\u2019a pu survivre\u00a0; la g\u00e9mique et chr\u00e9tienne Byzance elle-m\u00eame n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 la mort du cheval.<\/p>\n<p>Le Destructeur n\u2019est pas nomm\u00e9. Je ne pense pas qu\u2019il soit Thor le Roux, mais ce peut \u00eatre la Loi des Cycles.<\/p>\n<p>Ce fatalisme appara\u00eet plus noble et plus lucide que la r\u00eaverie du j\u00e9suite Baltasar Gracian Y Morales dans la mauvaise imitation qu\u2019il donna, au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, des Kenningar islandais (toujours selon Borg\u00e8s).<\/p>\n<p>Vainqueur du Taureau, le Cavalier du Jour y triomphe, coq, entre \u00ab\u00a0les poussins n\u00e9s de l\u2019\u0153uf tyndarique (les fils n\u00e9s de L\u00e9da, \u00e9pouse de Tyndare\u00a0: les Dioscures)\u00a0\u00bb. Effectivement, aux premiers si\u00e8cles avant J.-C., le syncr\u00e9tisme Soleil-G\u00e9meaux (hell\u00e9nique) et Lion-G\u00e9meaux (Perse et Parthe) triompha du Taureau babylonien. Mardouk est mort, quand Castor et Pollux \u2014 et Mithra survivaient. Mais ce n\u2019est pas \u00e0 cette ancienne victoire que le bon j\u00e9suite songe. Le symbole du Coq et le ton du po\u00e8me, bien de son \u00e9poque \u00ab\u00a0pr\u00e9cieuse\u00a0\u00bb, laissent voir que Morales entend pr\u00e9dire ici une future victoire de l\u2019embl\u00e8me solaire (gallique) et g\u00e9mique (byzantin) sur le Taureau musulman\u00a0; car c\u2019est le temps o\u00f9 le catholicisme pleure la perte de Constantinople et se d\u00e9sesp\u00e8re de l\u2019influence turque en Europe. Vains espoirs\u00a0: nul dieu l\u00e9onin n\u2019est plus en mesure de vaincre le Croissant.<\/p>\n<p>Un \u00e9crivain qui ne l\u2019ignorait pas, Rabelais, s\u2019\u00e9tait attach\u00e9 dans son Gargantua \u00e0 donner de cette agonie des mythes solaires une illustration satirique et pr\u00e9cise\u00a0: les roues enflamm\u00e9es y deviennent des jeux\u00a0; ce sont des poutres de bois que chevauche le g\u00e9ant au sommet du ch\u00e2teau de son p\u00e8re\u00a0; enfin, le concept de \u00ab\u00a0gigantisme\u00a0\u00bb c\u00e8de au concept d\u2019\u00e9normit\u00e9, d\u00e9finitif avilissement.<\/p>\n<p>Dans une \u0153uvre ant\u00e9rieure, \u00ab\u00a0Les Grandes et Inestimables Chroniques du Grand et Enorme G\u00e9ant Gargantua\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, le fils de Grand-Gousier et Gallemelle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une parodie de Narayana, le dieu-lumi\u00e8re. La jument qui les porte tous trois \u2014 un nuage orageux \u2014 vient mourir au bord de \u00ab\u00a0la mer des Celtes\u00a0\u00bb, o\u00f9 Grand-Gousier forme la presqu\u2019\u00eele du mont Saint-Michel et Gallemelle l\u2019\u00eelot de Tombelaine. Merlin adopte l\u2019orphelin et l\u2019emm\u00e8ne \u00e0 la cour du roi Arthur, o\u00f9 ses exploits \u00e9merveilleront les princes. Reprenant l\u2019\u0153uvre et l\u2019\u00e9purant de certains aspects mythiques, Rabelais l\u2019enrichit d\u2019autres symboles. Ainsi, Gallemelle, devenue Gargamelle, est fille du roi des papillons (d\u00e9esse de l\u2019air) comme toutes les D\u00e9esses Vierges, m\u00e8res de h\u00e9ros solaires, des l\u00e9gendes hittites, indiennes ou nordiques.<\/p>\n<p>Morts au monde, d\u00e9pourvus de quelque efficacit\u00e9, les dieux n\u2019en survivent pas moins dans les \u0153uvres. Au Gargantua succ\u00e8dent le \u00ab\u00a0<em>Don Quichotte<\/em>\u00a0\u00bb, autre parodie d\u00e9sabus\u00e9e des grandes l\u00e9gendes solaires, \u00ab\u00a0<em>L\u2019Astr\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb, puis les po\u00e8mes de La Fontaine, Parny, Fabre d\u2019Eglantine, Ch\u00e9nier. Les sonnets des <em>Chim\u00e8res<\/em> sont \u00e0 relire dans cet esprit\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019aigle a d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9, l\u2019esprit nouveau m\u2019appelle,<\/p>\n<p>J\u2019ai rev\u00eatu pour lui la robe de Cyb\u00e8le\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019enfant bien-aim\u00e9 d\u2019Herm\u00e8s et d\u2019Osiris\u00a0!<\/p>\n<p>(HORUS.)<\/p>\n<p>La treizi\u00e8me revient, c\u2019est encore la premi\u00e8re\u2026<\/p>\n<p>Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant\u00a0?<\/p>\n<p>(ARTEMIS.)<\/p>\n<p>ou bien\u00a0:<\/p>\n<p>Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours\u00a0!<\/p>\n<p>Le temps va ramener l\u2019ordre des anciens jours.<\/p>\n<p>(DELFICA.)<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019\u0153uvre de Nerval, il faudrait \u00e9tudier <em>Les rois en exil<\/em>, de Daudet, les romans de son fils, ceux d\u2019El\u00e9mir Bourges\u00a0: <em>Les oiseaux s\u2019envolent, les fleurs tombent, Le cr\u00e9puscule des dieux<\/em> \u2014 et, naturellement, <em>Les Pl\u00e9iades<\/em>, de Gobineau.<\/p>\n<p>Nostalgie des vestiges ou parade des ombres\u00a0?&#8230; Mais tout n\u2019est pas litt\u00e9rature ici. Parall\u00e8lement, les mythes solaires, le lys, l\u2019abeille, la roue, illustrent les diverses interpr\u00e9tations donn\u00e9es par les \u00ab\u00a0initi\u00e9s\u00a0\u00bb royalistes aux Centuries de Nostradamus, \u00e0 la Proph\u00e9tie de Malachie, etc. La m\u00eame nostalgie explique cette passion v\u00e9h\u00e9mente que les lecteurs de <em>France-Dimanche<\/em> et <em>Ici Paris<\/em> vouent aux \u00ab\u00a0romans\u00a0v\u00e9cus\u00a0\u00bb des Rois et des Princesses.<\/p>\n<p>Quelques ordres monarchiques occultes ne tentent-ils pas encore de retrouver le secret de leur anc\u00eatre \u00ab\u00a0L\u2019ordre de l\u2019Etoile\u00a0\u00bb, fond\u00e9 par Jean II en 1350 et dont la devise \u00e9tait\u00a0: \u00ab\u00a0Monstrant regibus astra viam\u00a0\u00bb, les astres montrent la route aux rois\u00a0? Mais cette route astrale, aujourd\u2019hui, ne m\u00e8ne plus qu\u2019au royaume des morts.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> J. L. BORGES, <em>Histoire de l\u2019Eternit\u00e9<\/em>, Ed. du Rocher.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> G. LANOE-VILLENE, <em>Le Livre des Symboles<\/em>, Lettre C (Cheval). LOUIS MOLAND assure que l\u2019opuscule \u00ab\u00a0plat et lourd\u00a0\u00bb ne peut \u00eatre de la main de Rabelais. Mais CHARLES BRUNET (<em>Recherches<\/em>, 1852) et PAUL LACROIX (<em>Editions de Rabelais<\/em>, 1868) \u00e9taient d\u2019un avis contraire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Les derni\u00e8res mues du Lion<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Aussi loin que nous puissions remonter dans l\u2019Histoire et aussi pr\u00e8s que nous regardions, il semble donc que le Lion (ou le Soleil ou le Roi) ait \u00e9t\u00e9 de tout temps ador\u00e9 \u2014 jusque vers l\u2019an 1000 de notre \u00e8re (et regrett\u00e9 depuis).<\/p>\n<p>En \u00e9tudiant de plus pr\u00e8s ces cultes, cependant, nous devons remarquer dans leur succession deux solutions de continuit\u00e9 tr\u00e8s exactement d\u00e9finies. La premi\u00e8re s\u00e9pare les \u00ab\u00a0\u00e2ges l\u00e9gendaires\u00a0\u00bb (Shamash, Horus, Dumuzi) de la renaissance \u00e9lamite et de la croissance akkadienne. Elle pourrait s\u2019\u00e9tendre de la fin de Suse III et de la ruine de Kish, vers 2850, jusqu\u2019\u00e0 2350 avant J.-C.<\/p>\n<p>La seconde se situerait au moment de la destruction de l\u2019empire perse et du premier arr\u00eat des invasions barbares, au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.\u00a0; elle n\u2019exc\u00e8derait pas trois si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Nous aurions ainsi\u00a0:<\/p>\n<p>1\u00b0 d\u2019une part, une mue de deux mill\u00e9naires (XXIV<sup>e<\/sup>-IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles avant J.-C.), caract\u00e9ris\u00e9e par\u00a0:<\/p>\n<p>\u2014 les traces d\u2019une culture p\u00e9ruvienne au II<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire avant J.-C. (Porte du Soleil, etc.)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 les traces d\u2019une ou de plusieurs civilisations celtes en Irlande et dans les pays nordiques\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 les royaumes successifs de l\u2019Elam, de l\u2019Ourartou, de la M\u00e9die, puis de la Perse, dont le dernier fut d\u00e9truit par Alexandre (331 avant J.-C.)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 des vestiges de cultes solaires en Inde \u2014 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019av\u00e8nement du Bouddha\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 des vestiges de cultes solaires en ETRURIE et dans la Rome primitive des Rois\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 les r\u00e9sultats des fouilles (\u00e0 peine commenc\u00e9es) dans les grands royaumes disparus de l\u2019Asie Centrale\u00a0: Andronovo, Karasuk, Tagar\u00a0;<\/p>\n<p>2\u00b0 d\u2019autre part, une mue d\u2019un mill\u00e9naire plus ou moins, dont l\u2019origine pourrait \u00eatre dat\u00e9e du second si\u00e8cle avant J.-C. et dont l\u2019agonie se prolongerait jusqu\u2019au c\u0153ur du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>En ses divers syncr\u00e9tismes (Lion-G\u00e9meaux\u00a0; Lion-Taureau\u00a0; Lion-B\u00e9lier), elle serait caract\u00e9ris\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u2014 en Asie Centrale, par la renaissance de l\u2019art Ordos, puis la ru\u00e9e des Huns (jusqu\u2019en Occident)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 dans l\u2019Inde, par la renaissance de Krishna\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 \u00e0 Rome, par le recours \u00e0 l\u2019Aigle solaire (106 avant J.-C.)\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 en Iran, par l\u2019av\u00e8nement des Parthes, puis des Sassanides\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 dans les pays nordiques par la renaissance d\u2019Odin (Wotan) et en Irlande par le cycle de Cuchulainn\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 en Europe occidentale, par les reconqu\u00eates celtiques et franques\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 au P\u00e9rou, par l\u2019av\u00e8nement de la civilisation chimu.<\/p>\n<p>Cette mue s\u2019ach\u00e8verait\u00a0:<\/p>\n<p>\u2014 au P\u00e9rou, par la p\u00e9riode dite du \u00ab\u00a0moyen \u00e2ge\u00a0chimu\u00a0\u00bb\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 en Scandinavie, Germanie, Irlande, etc., par les conversions massives des Celtes\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 en Iran, par la conqu\u00eate musulmane, puis par le succ\u00e8s du mazdakisme\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 \u00e0 Rome et \u00e0 Byzance, par le triomphe du christianisme\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 dans l\u2019Inde, par la recr\u00e9ation de Vichnou, le retour \u00e0 \u00c7iva\u00a0;<\/p>\n<p>\u2014 enfin, par le d\u00e9veloppement du bouddhisme dans tout l\u2019Orient.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/LION002.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2425\" title=\"LION002\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/LION002.jpg\" alt=\"\" width=\"1047\" height=\"1483\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/LION002.jpg 1047w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/LION002-211x300.jpg 211w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/LION002-722x1024.jpg 722w\" sizes=\"auto, (max-width: 1047px) 100vw, 1047px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Charles Pichon 1963<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>II LA DERNIERE MUE &nbsp; \u00a0 On ne pense plus aujourd\u2019hui que les Mayas furent le premier peuple d\u2019Am\u00e9rique du Sud. Mais il est admis que certains monuments de la ville p\u00e9ruvienne de Tiahuanaco doivent remonter \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9, &hellip; <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2412\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-2412","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-cycles-du-retour-eternel"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2412","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2412"}],"version-history":[{"count":13,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2412\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2429,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2412\/revisions\/2429"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2412"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2412"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2412"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}