{"id":2396,"date":"2012-08-27T12:55:57","date_gmt":"2012-08-27T10:55:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2396"},"modified":"2012-11-07T16:57:03","modified_gmt":"2012-11-07T14:57:03","slug":"les-jours-et-les-nuits-du-cosmos-troisieme-partie-1-loeil-du-soleil","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2396","title":{"rendered":"LES JOURS ET LES NUITS DU COSMOS &#8211; TROISIEME PARTIE &#8211; 1 &#8211; L&rsquo;OEIL DU SOLEIL"},"content":{"rendered":"<h1 align=\"center\"><strong>TROISIEME PARTIE<\/strong><\/h1>\n<h1 align=\"center\"><strong><em>LA GRANDE ANNEE<\/em><\/strong><\/h1>\n<p align=\"center\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<h2 align=\"center\"><strong>I<\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong>L\u2019\u0152IL DU SOLEIL<\/strong><\/h2>\n<p align=\"center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019orientation de l\u2019activit\u00e9 mentale \u00e0 partir d\u2019Aristote a contribu\u00e9 pour une large part \u00e0 \u00e9mousser notre r\u00e9ceptivit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la <em>totalit\u00e9<\/em> des hi\u00e9rophanies solaires. Que cette nouvelle orientation mentale n\u2019abroge pas n\u00e9cessairement la possibilit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience hi\u00e9rophanique en elle-m\u00eame, le cas de la Lune nous en fournit la preuve. Personne ne soutiendra, en effet, qu\u2019un moderne est <em>ipso facto<\/em> imperm\u00e9able aux hi\u00e9rophanies lunaires<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces lignes de M. Eliade offrent une parfaite introduction \u00e0 l\u2019\u00e9tude des mythes solaires, dont elles soulignent la difficult\u00e9. Mais Aristote n\u2019y est pour rien<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. C\u2019est seulement que les symboles lunaires (canc\u00e9riques) ou tauriques ou g\u00e9miques survivent encore \u00e0 notre \u00e9poque, fussent-ils \u00ab\u00a0cr\u00e9pusculaires\u00a0\u00bb, alors que les mythes solaires sont <em>morts<\/em>, dans toute la force du terme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, le symbole essentiel du Signe, le Soleil lui-m\u00eame, est encore honor\u00e9 dans toute l\u2019Afrique noire comme \u00ab\u00a0fils de l\u2019Etre Supr\u00eame\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00e9poux de la d\u00e9esse-lune\u00a0\u00bb. Mais, dans la plupart des cas \u2014 chez les Bantous d\u2019Afrique Orientale, notamment \u2014 il ne b\u00e9n\u00e9ficie plus d\u2019un culte. De m\u00eame, les Mundas du Bengale reconnaissent un dieu-soleil, Sing-boung, \u00ab\u00a0qui ne s\u2019immisce plus dans les affaires des hommes\u00a0\u00bb. Il re\u00e7oit cependant des sacrifices de boucs blancs et de coqs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Khonds de l\u2019Orissa ont un dieu de la lumi\u00e8re, Bura (ou Bella) Pennu, \u00ab\u00a0qui ne figure pas dans le culte\u00a0\u00bb. Une autre peuplade du Bengale, les Oraou, lui donnent le nom de Dharmesh. Ici, le manque de confiance dans le dieu atteint au d\u00e9sespoir\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons tout tent\u00e9 en vain\u00a0; mais toi, tu peux encore nous secourir\u00a0!\u00a0\u00bb Les Oraou le supplient d\u2019avoir piti\u00e9 et de rena\u00eetre, en lui sacrifiant un coq blanc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, dans les archipels Leti, Sermata, Babar et Timorlant (\u00e0 l\u2019est de Timor), dans la pousse d\u2019un figuier que les indig\u00e8nes placent leur salut\u00a0: \u00ab\u00a0Le Figuier refleurit, crient-ils, O Grand A\u00efeul, A\u00efeul-Soleil, reviens\u00a0! Nous avons d\u00e9pec\u00e9 pour toi le porc, le bouc et la ch\u00e8vre\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pourrions multiplier de tels exemples\u00a0: Eliade et Frazer en citent des centaines. Il suffira de noter que nulle part le dieu solaire n\u2019est plus consid\u00e9r\u00e9 comme r\u00e9ellement vivant. On honore en lui un souvenir, on reporte sur lui la nostalgie d\u2019une absence effrayante de dieu\u00a0; ou bien on lui associe une compagne, d\u00e9esse-lune ou d\u00e9esse-terre, qui lui insuffle parfois certains pouvoirs<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ce dieu mort aurait \u00e0 notre \u00e9poque au moins douze mille ans d\u2019\u00e2ge, puisque les plus anciens t\u00e9moignages d\u2019un culte solaire semblent \u00eatre les vestiges d\u00e9couverts de part et d\u2019autre du d\u00e9troit de B\u00e9ring (10\u00a0000 avant J.-C.\u00a0?)<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Les figures repr\u00e9sent\u00e9es y sont le mammouth et le rhinoc\u00e9ros, le renne, le cheval, le lion-tigre, le loup et le lynx. Cet art animalier se retrouve, post\u00e9rieurement, dans le haut Obi et le haut Ienisse\u00ef, pr\u00e8s du lac sib\u00e9rien Ba\u00efkal, o\u00f9 il se combine avec l\u2019art moust\u00e9rien, tr\u00e8s ant\u00e9rieur. D\u00e9j\u00e0 paraissent dans ces vestiges quelques-uns des symboles solaires, qu\u2019il nous faut \u00e9tudier maintenant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux premiers en seraient le Fauve (l\u2019ours ou le lion) et le G\u00e9ant, comme le montrent les fouilles de Stepanoff \u00e0 Fatian (1958), \u00e0 Varakschi en Asie Centrale et \u00e0 Khor\u00e9zine dans l\u2019actuel d\u00e9sert de Kizilkum.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces fouilles r\u00e9v\u00e8lent peu \u00e0 peu l\u2019existence de plusieurs \u00ab\u00a0nations\u00a0\u00bb dont l\u2019existence jusqu\u2019\u00e0 nos jours \u00e9tait compl\u00e8tement ignor\u00e9e. Les vestiges de Fatian (Fatianovo) remontent pour le moins au V<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire\u00a0; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019ossements et de figures d\u2019oiseaux, qui doivent \u00eatre rattach\u00e9s au cycle g\u00e9mique, s\u2019y trouvent des tombeaux de ch\u00e8vres (embl\u00e8me \u00ab\u00a0Capricorne\u00a0\u00bb\u00a0?) et d\u2019ours, consid\u00e9r\u00e9s comme animaux sacr\u00e9s. Tripol, sur le Dniepr, rec\u00e8le des traces certaines du culte (et de la domestication) du cheval, ant\u00e9rieurement au IV<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire. Quant \u00e0 Varakschi (plus r\u00e9cente\u00a0: des chroniques chinoises du IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C. en font mention), c\u2019\u00e9tait une ville somptueuse, o\u00f9 les fouilles exhument des fresques rouges d\u00e9cor\u00e9es de figures de g\u00e9ants. Les traces d\u2019un feu central dans une salle souterraine attestent qu\u2019un dieu-lumi\u00e8re y \u00e9tait ador\u00e9. \u00ab\u00a0La couleur rouge, la couleur feu, la couleur sang, dit l\u2019ethnologue Chelov, devait \u00eatre le symbole de la purification secr\u00e8te<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> MIRCEA ELIADE, <em>Trait\u00e9 d\u2019Histoire des Religions<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Sinon en cela que son enseignement refl\u00e8te le passage d\u2019une vision sacr\u00e9e, arch\u00e9typique du monde (PLATON) \u00e0 une vision empirique, rationalis\u00e9e (saisie de l\u2019Univers en soi).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Ou bien encore, comme le Narte Syrdon chez l\u2019un des derniers peuples \u00ab\u00a0solaires\u00a0\u00bb du Caucase, les Oss\u00e8tes, descendants des Scythes et des Alains, le dieu-lumi\u00e8re n\u2019est plus qu\u2019un bouffon, un esclave, que seules son ironie et son intelligence prot\u00e8gent des pires humiliations. (G. DUMEZIL, <em>Loki<\/em>, chapitre III, Maisonneuve, 1948).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> \u00ab\u00a0Si les Celtes ont emprunt\u00e9 certains de leurs mythes \u00e0 cette civilisation subarctique dont nous ne connaissons presque rien, on comprendrait comment il se fait que le cycle du Graal pr\u00e9sente avec les mythes des Indiens des for\u00eats de l\u2019Am\u00e9rique du Nord une parent\u00e9 plus grande qu\u2019avec n\u2019importe quel autre syst\u00e8me mythologique\u00a0\u00bb. LEVI-STRAUSS, <em>Tristes Tropiques<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> MERPERT et CHELOV, <em>Les antiquit\u00e9s de notre sol<\/em>, 1961.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Du Feu sacr\u00e9 au Dieu borgne<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les hi\u00e9rophanies solaires, le Feu semble avoir eu d\u00e8s l\u2019origine une importance au moins \u00e9gale \u00e0 celle de la Pierre dans les hi\u00e9rophanies lunaires. De m\u00eame que l\u2019ensevelissement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des bourgs, puis dans des galeries pierreuses ou sous des tumulus d\u00e9di\u00e9s \u00e0 des divinit\u00e9s lunaires caract\u00e9rise le culte des morts dans les diverses religions canc\u00e9riques, l\u2019incin\u00e9ration conf\u00e8re un caract\u00e8re commun aux diverses pratiques mortuaires des anciens peuples de l\u2019Europe et de l\u2019Asie Centrales. Plus tard, sous l\u2019influence du syncr\u00e9tisme Lion-Cancer na\u00eetra la pratique des \u00ab\u00a0urnes\u00a0\u00bb de pierre o\u00f9 seront conserv\u00e9es les cendres des morts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De tels \u00ab\u00a0champs d\u2019urnes\u00a0\u00bb se retrouvent \u00e9galement au Laos et en Anatolie (o\u00f9 ils apparaissent vers le XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. (Troie VI), puis en Europe Centrale (Hongrie, Tumulus de Taszeg, niveau C). Enfin, vers 1000 ou 900, l\u2019expansion de la civilisation des \u00ab\u00a0champs d\u2019urnes\u00a0\u00bb atteignit la vall\u00e9e du P\u00f4 et le Latium (Villanoviens), o\u00f9 les urnes, biconiques, sont recouvertes de coupelles ou de couvercles de bronze (influence taurique). Puis, de l\u2019Italie, ces peuples (qui parlaient des langues celtiques) auraient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 en France, les uns traversant le Sud vers la Catalogne, les autres remontant, par la Trou\u00e9e de Belfort, jusqu\u2019en Alsace et en Franche-Comt\u00e9. Au VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., l\u2019Angleterre du Sud fut atteinte<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, avant que des peuples encore \u00e0 demi nomades eussent essaim\u00e9 ainsi dans le monde entier les cendres des morts encombrants, de grandes cit\u00e9s aux dieux solaires s\u2019\u00e9taient implant\u00e9es en Orient (\u00e0 Suse et dans le delta de l\u2019Indus). Selon nos tables de concordances leurs divinit\u00e9s devaient \u00eatre celles d\u2019une premi\u00e8re mue du \u00ab\u00a0lion\u00a0\u00bb, qu\u2019il nous faudrait alors dater du VI<sup>e<\/sup> au III<sup>e<\/sup> mill\u00e9naires avant J.-C., c&rsquo;est-\u00e0-dire rendre contemporaine du culte d\u2019Horus en Egypte pr\u00e9thinite. Consid\u00e9r\u00e9 comme dieu solaire, Horus lui-m\u00eame nous donnerait cet autre symbole du Signe\u00a0: l\u2019\u0153il unique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Junker a montr\u00e9 qu\u2019Horus \u00e9tait primitivement un dieu du ciel, alors parfaitement anonyme<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Il ne prend en fait ce nom qu\u2019apr\u00e8s son identification avec le dieu-faucon (g\u00e9mique), dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9. Or, il est, avec cette forme, ador\u00e9 dans certaines parties de l\u2019Egypte (L\u00e9topolis) sous le nom de \u00ab\u00a0M\u00e9hentiirty\u00a0\u00bb\u00a0: celui qui a deux yeux, ou de \u00ab\u00a0M\u00e9khenti-en-irty\u00a0\u00bb\u00a0: celui qui n\u2019a plus d\u2019yeux. Mais les Textes des Pyramides relatent l\u2019histoire d\u2019un dieu ant\u00e9rieur, R\u00e9, le Ma\u00eetre des Dieux, caract\u00e9ris\u00e9 par son \u0153il unique, et l\u2019on pense qu\u2019un premier Horus pourrait lui \u00eatre identifi\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u0153il d\u2019Horus (l\u2019Oudjat) se reconna\u00eet d\u2019ailleurs dans de tr\u00e8s nombreuses l\u00e9gendes \u00e9gyptiennes, o\u00f9 il sert de pr\u00e9texte aux luttes entre le fils d\u2019Osiris et le dieu mauvais Seth. Dans un papyrus du Nouvel Empire, l\u2019enjeu de la lutte, l\u2019Oudjat, n\u2019est plus l\u2019\u0153il d\u2019Horus mais de R\u00e9 lui-m\u00eame, devenu le p\u00e8re d\u2019Horus et donc identifi\u00e9 \u00e0 Osiris. Tous ces symboles solaires s\u2019accompagnent rarement de la mention du Lion (absente de l\u2019ancienne mythologie thinite). Seule, une l\u00e9gende r\u00e9cente, de\u00a0\u00bb l\u2019\u00e9poque grecque, relate l\u2019histoire de la d\u00e9esse-lionne, fille du dieu-soleil, qu\u2019un messager aurait \u00e9t\u00e9 assez habile pour faire venir de Nubie en Egypte<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> En certaines parties de l\u2019Am\u00e9rique du Nord, au contraire, l\u2019urne ne contient pas des cendres mais un corps reploy\u00e9 dans la forme du f\u0153tus\u00a0: vestige d\u2019une tradition purement canc\u00e9rique.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> JUNKER, <em>Giza<\/em>, II. \u2014 Il serait donc inexact de croire, comme on le pr\u00e9tend commun\u00e9ment, que le Soleil fut le premier dieu de l\u2019humanit\u00e9. Ici encore, les ethnologues viennent confirmer les hypoth\u00e8ses de l\u2019arch\u00e9ologie. Chez les Bantous d\u2019Afrique Orientale, les Toradja d\u2019Indon\u00e9sie, les Munda du Bengale, le dieu-soleil a seulement pris la place d\u2019un dieu ant\u00e9rieur (ouranien ou c\u00e9leste) \u00ab\u00a0dont il a poursuivi l\u2019\u0153uvre cosmogonique\u00a0\u00bb. (PETTAZONI, <em>Dio<\/em>, Rome, 1922).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> JACQUES VANDIER, <em>La religion \u00e9gyptienne<\/em>, Collection Mana, Presses Universitaires. \u2014 Mais un autre texte pr\u00e9cise que la d\u00e9esse-lionne s\u2019\u00e9tait pr\u00e9c\u00e9demment querell\u00e9e avec R\u00e9, et que cette querelle \u00e9tait la cause de son provisoire \u00e9loignement (ERMAN, <em>Religion<\/em>).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Du borgne au cheval<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Egalement, l\u2019\u0153il unique du dieu solaire se retrouve en divers points du globe\u00a0: dans l\u2019Inde pr\u00e9-aryenne et au Japon, ainsi qu\u2019au front d\u2019Odin, le dieu du Nord, et \u00e0 celui du cyclope mythologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne le panth\u00e9on de l\u2019Inde antique, S\u00fbrya, \u00ab\u00a0l\u2019\u0153il du ciel\u00a0\u00bb y serait le plus ancien des dieux, \u00e9quivalent de l\u2019\u00e9gyptien R\u00e9. Savitri lui \u00e9tait associ\u00e9 et quelquefois identifi\u00e9\u00a0: celui qui conduisait les \u00e2mes (fonction d\u00e9partie \u00e0 Osiris dans le panth\u00e9on du Moyen Empire). Conducteur du char du Soleil (comme Apollon), S\u00fbrya-Savitri \u00e9galement symbolis\u00e9 par le Cheval (Eta\u00e7a).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En \u00e9tudiant de plus pr\u00e8s les avatars des dieux indiens, nous aurons \u00e0 montrer comment (et pourquoi) le mythe solaire se survit, d\u00e9grad\u00e9, en la plupart des cr\u00e9ations post\u00e9rieures\u00a0: Indra, Krishna, les Tantra et le Bouddha lui-m\u00eame (selon E. Senart). Mais, d\u00e9j\u00e0, nous pouvons noter que cette d\u00e9gradation para\u00eet li\u00e9e \u00e0 une \u00e9volution du dieu solaire vers les divinit\u00e9s g\u00e9miques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ainsi que le Mitra indien se caract\u00e9rise par la lutte qu\u2019il livre contre le dieu nocturne Varuna. Pas plus que le Mithra des Parthes, le dieu v\u00e9dique n\u2019est repr\u00e9sent\u00e9 sous l\u2019aspect d\u2019un lion\u00a0; mais, originellement, Mitra s\u2019identifiait \u00e0 Indra, repr\u00e9sent\u00e9 avec la barbe rousse et les cheveux roux du fauve, dieu du Tonnerre et du Feu, h\u00e9ros d\u2019un tr\u00e8s grand nombre de mythes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la suite, sous l\u2019influence de la dualit\u00e9 g\u00e9mique, Indra aura son ennemi jumeau Vitra, et le couple Indra-Vitra annoncera tous les autres couples divins\u00a0: Mitra-Varuna, Ormuzd-Ahriman, etc. Vitra (sous le nom de Vithragna) et Ingra se retrouvent aussi dans le panth\u00e9on perse, o\u00f9 leur r\u00f4le cependant para\u00eet effac\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Gr\u00e8ce, la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de \u00ab\u00a0l\u2019\u0153il du ciel\u00a0\u00bb a conduit \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un monstre\u00a0: le cyclope, figure sp\u00e9cialement int\u00e9ressante, en ce qu\u2019elle r\u00e9unit deux symboles solaires\u00a0: le G\u00e9ant et le Borgne. Or, toutes les l\u00e9gendes celtes d\u2019une part, am\u00e9rindiennes de l\u2019autre, comportent l\u2019un des deux symboles<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Les Chimus enseignaient que leurs anc\u00eatres avaient v\u00e9cu dans la nuit des cavernes, avant que des G\u00e9ants \u00ab\u00a0eux-m\u00eames \u00e0 demi-aveugles\u00a0\u00bb leur aient appris \u00e0 voir. D\u2019apr\u00e8s la bible des Maya-Quich\u00e9s, le Popol Vuh, avant l\u2019\u00e8re des G\u00e9meaux fut celle de la grand-m\u00e8re Lune et des Cam\u00e9 (\u00e8re canc\u00e9rique)\u00a0; enfin, celle des G\u00e9ants, dont le chef se nommait Gukup Cakix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les cycles irlandais, de m\u00eame, une race de g\u00e9ants pr\u00e9existe aux peuples successifs de l\u2019Ile. Et, dans la <em>Vol\u00fcspa<\/em> nordique, les fr\u00e8res d\u2019Odin, le dieu borgne, sont des g\u00e9ants<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un symbole directement associ\u00e9 \u00e0 celui du dieu borgne est le cheval blanc (cheval d\u2019Odin, cheval de S\u00fbrya\u2026). Parfois, le cheval lui-m\u00eame est dieu. \u00ab\u00a0Tu \u00e9tais alors une queue de cheval, \u00f4 Indra\u00a0!\u00a0\u00bb s\u2019\u00e9crie un hymne du Rig V\u00e9da, qui fait allusion \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le Dieu vainquit le Serpent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette p\u00e9riode peut \u00eatre dat\u00e9e. En effet, la l\u00e9gende d\u2019Uccaecravas, le cheval divin, telle que la raconte l\u2019<em>Astika<a title=\"\" href=\"#_ftn3\"><strong>[3]<\/strong><\/a><\/em> nous montre la queue de l\u2019animal \u00ab\u00a0noircie\u00a0\u00bb par les serpents qui se sont enroul\u00e9s dans ses crins. La d\u00e9esse Vin\u00e2ta en souffrit cruellement jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019oiseau Gar\u00fbda, son fils, e\u00fbt veng\u00e9 l\u2019affront en faisant des serpents sa nourriture (\u00e0 l\u2019exception du serpent Ananta, \u00ab\u00a0qui soutient la terre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, la M\u00e8re des Serpents, d\u00e9esse canc\u00e9rique, se nomme Kadr\u00e2 (brun, noir\u00e2tre), couleur des terres humides, la M\u00e8re des Oiseaux Ar\u00fbna et Gar\u00fbda, d\u00e9esse des R\u00e9coltes, se nomme Vin\u00e2ta (une sorte de panier) et ce nom \u00e9voque la cueillette des pr\u00e9mices agraires. C\u2019est encore une fois le conflit entre deux modes d\u2019agriculture (not\u00e9 \u00e0 propos de l\u2019Egypte) qui se trouve \u00e9voqu\u00e9 ici. En effet, si l\u2019on donne \u00e0 la religion g\u00e9mique comme origine le VII<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire (selon le tableau des concordances) et le IX<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire (-8800) comme origine \u00e0 la religion du Cancer, la vengeance de l\u2019oiseau qui an\u00e9antit les serpents correspond \u00e0 la fin de l\u2019\u00e8re canc\u00e9rique et au \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb des G\u00e9meaux, soit le VI<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre l\u00e9gende, celle des cavaliers A\u00e7vins, exprime diff\u00e9remment la m\u00eame filiation Soleil-G\u00e9meaux, en faisant des Jumeaux indiens les fils de S\u00fbrya, le dieu solaire primitif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019astrologie chinoise, le symbole \u00e9quivalent du Lion est le Cheval. Solaires sont \u00e9galement en Gr\u00e8ce, les chevaux du char d\u2019Apollon, le P\u00e9gase de Bell\u00e9rophon. Puis, une hypoth\u00e8se d\u00e9fendable serait que le cheval de Troie, cr\u00e9ation d\u2019Ulysse, l\u2019ennemi du solaire Ajax, correspond\u00eet \u00e9galement \u00e0 une caricature, \u00e0 un avilissement du dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains mythes grecs, entre autres celui des Hippomolgues, rapporte la l\u00e9gende des cavales sauvages f\u00e9cond\u00e9es par le vent\u00a0: rapport ouragan-soleil assez peu fr\u00e9quent en d\u2019autres pays. Quant au rapport Vierge-Soleil, qu\u2019indique la qualit\u00e9 de Gar\u00fbda, fils de Vin\u00e2ta, et d\u2019Horus, fils d\u2019Isis, elle nous est confirm\u00e9e en plusieurs points du globe. Pers\u00e9phone, la Vierge Perdue, est emport\u00e9e par des chevaux blancs du Royaume des Morts au sommet de l\u2019Olympe. Le Dumuzi de Kish et de Syrie \u00e9tait \u00e9galement le fils de la D\u00e9esse des Moissons, ainsi que le h\u00e9ros solaire finnois Va\u00efnamo\u00efnen, fils de la Vierge de l\u2019Air, et Apollon, fils de la Vierge L\u00e9to. La disparition de Dumuzi apr\u00e8s la chute de Kish daterait de 2900-2800 avant J.-C. l\u2019ach\u00e8vement de cette premi\u00e8re mue solaire, qui aurait pu consister en un syncr\u00e9tisme Vierge-Lion-G\u00e9meaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Effectivement, le tr\u00e8s beau mythe hittite de T\u00e9l\u00e9pinou, fils du dieu de l\u2019Orage et de la d\u00e9esse solaire, nous retrace l\u2019histoire de la mort du Dieu et de sa renaissance. \u00ab\u00a0Quand T\u00e9l\u00e9pinou eut disparu (de la terre), la b\u00fbche s\u2019\u00e9teignit dans le foyer, les dieux \u00e9touff\u00e8rent dans les temples, le petit b\u00e9tail mourut dans l\u2019enclos, le gros b\u00e9tail dans l\u2019\u00e9table. Il emporta avec lui les r\u00e9coltes en grains des champs, l\u2019orge et le bl\u00e9 ne m\u00fbrirent plus, les arbres se dess\u00e9ch\u00e8rent, les sources tarirent\u2026\u00a0\u00bb Alors, le Dieu des dieux envoie \u00e0 sa recherche le grand aigle, puis le tonnerre\u00a0; la Dame des dieux (la Vierge) envoie l\u2019abeille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne poss\u00e9dons pas la suite du r\u00e9cit, mais seulement sa fin, o\u00f9 l\u2019on voit T\u00e9l\u00e9pinou revenu sur terre<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> et l\u2019on ne sait si le dernier envoy\u00e9 (l\u2019abeille) est responsable de ce retour. Il reste que les trois symboles\u00a0: l\u2019aigle, le tonnerre et l\u2019abeille pr\u00e9sentent une double particularit\u00e9. Tous trois solaires, ils \u00ab\u00a0d\u00e9finissent\u00a0\u00bb des mutations distinctes et successives du Mythe initial, qui n\u2019appara\u00eetra plus d\u00e9sormais que sous ces formes, \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> D\u2019autres l\u00e9gendes les interpr\u00e8tent. Dans la mythologie japonaise, Amaterasu, d\u00e9esse du Soleil, na\u00eet de l\u2019\u0153il droit du dieu Izanagi (jumeau d\u2019Izanami), tandis que la d\u00e9esse de la Lune na\u00eet de son \u0153il gauche.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre proclam\u00e9 \u00ab\u00a0fils de roi\u00a0\u00bb ainsi que ses amis, le h\u00e9ros de GOBINEAU, Wilfrid Nore ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Que nous soyons \u00e9galement \u00e9galement borgnes de l\u2019\u0153il droit, c\u2019est un fait malheureusement incontestable\u00a0\u00bb (<em>Les Pl\u00e9\u00efades<\/em>). La remarque passe inaper\u00e7ue. Elle n\u2019est cependant pas d\u00e9nu\u00e9e d\u2019importance.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> 1<sup>er <\/sup>Chant\u00a0: le <em>Mah\u00e2 Bh\u00e2rata<\/em>, dat\u00e9 du III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> RENE DUSSAUD, opus cit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> En Egypte, ce fut au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. que le pharaon Akhenaton tenta d\u2019instaurer un culte solaire \u00e9pur\u00e9 de ses symboles annexes (1372-1354)\u00a0; \u00e0 Rome, sous le principat d\u2019Aur\u00e9lien, au III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>L\u2019aigle royal<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Aigle nous est connu comme le symbole du syncr\u00e9tisme Soleil-G\u00e9meaux. C\u2019est vers 2400-2300 qu\u2019il appara\u00eet subitement, en Akkadie comme en Elam. Du XXIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle jusqu\u2019au VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., Akkadiens, puis Assyriens en d\u00e9coreront leurs villes et leurs palais (conjointement avec le Lion et le taureau \u00e0 deux ailes, le K\u00e9rubim sacr\u00e9). Avec le Cheval, autre animal solaire, les Assyriens le transporteront, au terme du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb b\u00e9lique, jusque dans le Temple de J\u00e9rusalem. Et, lorsqu\u2019en 605 l\u2019empire assyrien s\u2019effondre, cette destruction n\u2019entra\u00eene pas la mort du mythe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Les Perses<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En \u00e9tudiant la mue g\u00e9mique, nous avons relev\u00e9 un premier syncr\u00e9tisme du Lion et des G\u00e9meaux (les G\u00e9meaux y pr\u00e9dominant) dans le panth\u00e9on ach\u00e9en. Un tout autre syncr\u00e9tisme (le Lion y pr\u00e9dominant) transpara\u00eet dans le panth\u00e9on perse, issu du panth\u00e9on indien et de l\u2019enseignement de Zoroastre. Les G\u00e9meaux y sont figur\u00e9s par les divinit\u00e9s Ahriman (Ahuro Mainyu) et Ormuzd (Ahura Mazda), dont la lutte sans cesse renouvel\u00e9e rappelle les d\u00e9m\u00eal\u00e9s de Seth et d\u2019Osiris. Cependant, la lutte n\u2019est pas \u00e9gale et l\u2019issue en est connue\u00a0: la Lumi\u00e8re, Mazda, doit l\u2019emporter un jour sur les t\u00e9n\u00e8bres et l\u2019enseignement de Zoroastre n\u2019a d\u2019autre but que d\u2019amener les hommes \u00e0 contribuer \u00e0 ce triomphe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est possible qu\u2019un culte issu de cet enseignement ait \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9 dans l\u2019ancienne M\u00e9die (VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), dont l\u2019alliance avec les Babyloniens devait aboutir \u00e0 la destruction de l\u2019Assyrie entre 608 et 605 avant J.-C. Mais, en fait, nous ignorons tout des m\u0153urs et des religions des M\u00e8des, ainsi que de Zoroastre lui-m\u00eame, sinon qu\u2019il \u00e9tait natif de M\u00e9die.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les doctrines du Proph\u00e8te ne nous sont connues qu\u2019\u00e0 travers un premier mazd\u00e9isme, dont l\u2019apparition co\u00efncide avec la fulgurante croissance des Perses, \u00e0 partir de la r\u00e9volte de Cyrus le Grand contre Astyage, roi des M\u00e8des (556). Vingt ans plus tard, les satrapes perses dominent sur toute l\u2019Asie occidentale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Empire durera jusqu\u2019aux conqu\u00eates d\u2019Alexandre et \u00e0 la mort de Darius III (330 avant J.-C.), date \u00e0 laquelle les religions solaires entreront en sommeil dans le monde entier, pour une dur\u00e9e d\u2019au moins deux si\u00e8cles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les croyances des rois perses \u2014 Ach\u00e9mides \u2014 \u00e9tant tr\u00e8s controvers\u00e9es, nous voudrions nous en tenir \u00e0 ce qu\u2019expriment d\u2019une part les textes, d\u2019autre part les sculptures, frises et monuments de l\u2019Empire parvenus jusqu\u2019\u00e0 nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d\u2019abord, les textes t\u00e9moignent d\u2019une \u00e9l\u00e9vation mystique, d\u2019un amour de la Justice et de la V\u00e9rit\u00e9, dont \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque on ne trouve d\u2019\u00e9quivalent que dans la religion h\u00e9bra\u00efque. \u00ab\u00a0Le Seigneur de Sagesse est vraiment la repr\u00e9sentation de la Divinit\u00e9 qui convenait \u00e0 un spiritualisme plus \u00e9pur\u00e9 que celui de notre Ancien Testament, aussi transcendant que celui de Platon<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 l\u2019influence b\u00e9lique d\u00e9celable dans le livre sacr\u00e9 du Mazd\u00e9isme, l\u2019<em>Avesta<\/em>. Ce point nous est confirm\u00e9 par la Bible m\u00eame. En effet, le Livre de Daniel nous raconte comment le roi de Babylone, Nabuchodonosor, ayant conquis J\u00e9rusalem, exigea que les enfants de la race royale de Juda fussent re\u00e7us au Palais, o\u00f9 ils durent \u00e9tudier les livres \u00ab\u00a0chald\u00e9ens\u00a0\u00bb. Daniel \u00e9tait l\u2019un de ces enfants, et l\u2019on peut croire que les chald\u00e9ens lui r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent les lois du retour \u00e9ternel et le cycle de la Grande Ann\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mort de Nabuchodonosor survient en 562\u00a0; en 539, la Babylonie tombe aux mains de Cyrus. Entre ces deux dates, doivent \u00eatre situ\u00e9es les visions de Daniel (que nous ne connaissons que sous une forme apocryphe, post\u00e9rieure de quatre si\u00e8cles). La premi\u00e8re vision concerne quatre animaux\u00a0: un lion orn\u00e9 d\u2019ailes d\u2019aigle, un ours, un l\u00e9opard \u00e0 deux paires d\u2019aigle et quatre t\u00eates, enfin une grande b\u00eate aux dents de fer, au chef orn\u00e9 de dix cornes. La seconde vision, trois ans plus tard, advient au proph\u00e8te juif alors que, pr\u00e8s de Suse, il contemple la province d\u2019Elam \u00ab\u00a0pr\u00e8s du fleuve Oula\u00ef\u00a0\u00bb\u00a0: un b\u00e9lier \u00e0 deux cornes combat un jeune bouc unicorne, et l\u2019ange Gabriel explique ainsi la vision\u00a0: \u00ab\u00a0Le b\u00e9lier \u00e0 deux cornes que tu as vu, ce sont les rois de M\u00e9die et de Perse, le bouc est le roi de Javan (les royaumes hell\u00e9nistiques et, particuli\u00e8rement, le conqu\u00e9rant Alexandre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut d\u00e9duire de cette explication\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 que les quatre b\u00eates de la premi\u00e8re vision repr\u00e9sentent les empires ant\u00e9rieurs aux dominations de la Perse, puis des S\u00e9leucides, sur la Palestine. Dans l\u2019ordre\u00a0: l\u2019ancien Elam et son lion g\u00e9mique, l\u2019ours philistin (et scythe), la panth\u00e9e assyrienne (Ishtar) et le Moloch (Mardouk) babylonien\u00a0;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 que la grande terreur des juifs au II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., \u00e9poque o\u00f9 fut \u00e9crit le Songe, n\u2019\u00e9tait plus la crainte d\u2019une renaissance des Perses mais d\u2019une renaissance de la puissance s\u00e9leucide, dont l\u2019un des rois, Antiochos IV, venait de saccager Juda et de pr\u00e9tendre \u00ab\u00a0interdire\u00a0\u00bb Yahv\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette renaissance n\u2019eut pas lieu, alors que l\u2019empire perse allait revivre sous les Parthes, seul adversaire capable de tenir t\u00eate aux C\u00e9sars. Juda s\u2019\u00e9tait tromp\u00e9 d\u2019ennemi\u00a0: plus que des S\u00e9leucides, il aurait \u00e0 redouter de Rome et, surtout, du dieu des Poissons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la seconde vision de Daniel t\u00e9moigne de l\u2019extr\u00eame sympathie que les nouveaux juifs portaient aux chefs des Ach\u00e9mides. Cette sympathie ne peut surprendre lorsqu\u2019on sait que Darius autorisa la reconstruction du Temple de J\u00e9rusalem<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, lorsque l\u2019histoire biblique d\u2019Esther lie le destin de Juda \u00e0 celui de la Perse, lorsque les grands r\u00e9formateurs Esdras et N\u00e9h\u00e9mie partagent leur existence entre la ville de J\u00e9rusalem et la cour des Ach\u00e9mides et lorsque ces derniers sont proclam\u00e9s par les Proph\u00e8tes les \u00ab\u00a0b\u00e9nis du Seigneur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si le Dieu des dieux \u00e0 Pers\u00e9polis est le Seigneur de Sagesse, de Justice et de Tol\u00e9rance, il est aussi Mazda, le dieu-lumi\u00e8re. La divinit\u00e9 du Roi (telle qu\u2019elle appara\u00eet entre autres dans l\u2019histoire d\u2019Ahiqar, texte perse d\u2019origine assyrienne) atteste le caract\u00e8re royal du culte, conforme \u00e0 l\u2019esprit du Signe solaire\u00a0; et l\u2019Aigle et le Lion ne cessent pas, tout le temps que dure le royaume perse, d\u2019orner les portiques des palais et de constituer le motif principal des frises de pierre<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Enfin, le Cheval, import\u00e9 d\u2019Assyrie, allait devenir en Perse un symbole sacr\u00e9 en m\u00eame temps qu\u2019un recours technique non n\u00e9gligeable\u00a0: leur cavalerie compterait pour beaucoup dans la puissance militaire des Ach\u00e9mides<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> RENE GROUSSET, <em>Les Civilisations d\u2019Orient<\/em>, I<sup>er<\/sup> volume, Editions Cr\u00e9s et Cie, 1929.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> <em>Livre d\u2019Esdras<\/em>, V.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Voir au Mus\u00e9e du Louvre un certain nombre de ces frises.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Je ne discuterai pas ici de la question de savoir si l\u2019animal est devenu sacr\u00e9 parce qu\u2019il \u00e9tait <em>utile<\/em>, ou si plut\u00f4t on ne l\u2019a pas utilis\u00e9, d\u2019abord, par une sorte de confiance mystique dans le dieu qu\u2019il symbolisait. Deux \u00e9crivains que j\u2019admire beaucoup l\u2019un et l\u2019autre semblent avoir sur ce probl\u00e8me des vues diam\u00e9tralement oppos\u00e9es. MIRCEA ELIADE \u00e9crit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Si l\u2019histoire a fait peser son influence sur l\u2019exp\u00e9rience religieuse, c\u2019est en ce sens que les \u00e9v\u00e8nements ont offert \u00e0 l\u2019homme des modes in\u00e9dits et diff\u00e9rents d\u2019\u00eatre, de se d\u00e9couvrir lui-m\u00eame et de donner une valeur magico-religieuse \u00e0 l\u2019Univers\u00a0\u00bb (<em>Trait\u00e9 d\u2019Histoire des Religions<\/em>). Au contraire OSWALD SPENGLER, dans <em>Le d\u00e9clin de l\u2019Occident<\/em>, ne cesse de d\u00e9montrer que les mythes pr\u00e9existent aux cultures et les nourrissent de leur apport, aussi longtemps que la Culture ne s\u2019est pas d\u00e9voy\u00e9e en civilisation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Le tonnerre hittite<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les rites initiatiques (australiens et africains) qui utilisent le \u00ab\u00a0bull-roarer\u00a0\u00bb nous ont prouv\u00e9 la survivance jusqu\u2019\u00e0 nos jours d\u2019un syncr\u00e9tisme tonnerre-taureau, dont l\u2019arch\u00e9ologie retrouve l\u2019origine \u00e0 Tell-Ubaid et \u00e0 Tell-Halaf, dans la p\u00e9riode d\u2019\u00e9veil du mythe taurique (V<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, les dieux hittites de l\u2019orage dont il s\u2019agit dans la l\u00e9gende de T\u00e9l\u00e9pinou ont tous un caract\u00e8re taurique nettement d\u00e9fini. Le plus grand d\u2019entre eux est toujours accompagn\u00e9 par deux Taureaux, Seri et Hourri, qu\u2019on reconna\u00eet dans l\u2019attelage du \u00ab\u00a0dieu de l\u2019orage\u00a0\u00bb de Malatya. D\u2019autre part, des divinit\u00e9s typiquement tauriques comme Hadad \u00e9taient assimil\u00e9es par les Hittites au dieu de l\u2019orage et de la foudre, ainsi que le dieu hittite Teshoub, repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019id\u00e9ogramme ISKUR, comme le dieu de Malatya. Hadad s\u2019exprime dans le tonnerre, il lance l\u2019\u00e9clair et dispense la pluie. Les symboles de Teshoub (ou Teshup) sont le foudre, la double hache et la massue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en partie sous cet aspect \u00e0 demi taurique \u00e0 demi solaire qu\u2019appara\u00eet le Zeus cr\u00e9tois et myc\u00e9nien. Incontestable dieu-soleil, il manie le foudre, il s\u2019identifie au Taureau (pour enlever Europe) et porte le nom de \u00ab\u00a0grand bovin\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, s\u2019apparentent \u00e0 ce syncr\u00e9tisme les dieux indiens et iraniens, \u00e0 travers les figures qu\u2019en donnent les V\u00e9das et le mithra\u00efsme des premiers si\u00e8cles. La caract\u00e9ristique essentielle en est que le Taureau ne s\u2019y r\u00e9v\u00e8le plus \u00ab\u00a0f\u00e9condateur\u00a0\u00bb, comme dans le mythe sum\u00e9rien, mais \u00ab\u00a0cr\u00e9ateur\u00a0\u00bb. Ainsi, chez les Iraniens, du corps du taureau primordial tu\u00e9 par Ahriman naissent des c\u00e9r\u00e9ales et des plantes. Avec ce caract\u00e8re, le dieu du tonnerre et de la foudre est tr\u00e8s souvent le principal mythe solaire devenu, par d\u00e9gradation, un mythe taurique. Ainsi de Krishna en Inde, de Mithra en Iran, des Zeus nabat\u00e9ens, ou des th\u00e8mes ambigus dont on retrouve la trace dans les cycles irlandais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour rendre plus claire cette \u00e9volution du syncr\u00e9tisme Lion-G\u00e9meaux au syncr\u00e9tisme Lion-Taureau, il est n\u00e9cessaire de dire quelques mots du mythe du Roi.<\/p>\n<p><strong><em>Le Roi<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sera seulement au cours du I<sup>er<\/sup> mill\u00e9naire avant J.-C. que le Signe solaire prendra un caract\u00e8re nettement \u00ab\u00a0royal\u00a0\u00bb, alors que sa constellation deviendra la Constellation du Roi, et son \u00e9toile principale Regulus ou \u00ab\u00a0Cor Leonis stella regia\u00a0\u00bb\u00a0; mais, d\u00e8s 2300-2200 avant J.-C., le rapport Lion-Roi avait \u00e9t\u00e9 comme soulign\u00e9 par la brusque importance du concept de royaut\u00e9 dans les civilisations l\u00e9onines. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 toutes les villes d\u2019Elam et d\u2019Akkadie poss\u00e8dent leur propre souverain et o\u00f9 les premi\u00e8res tribus s\u00e9mitiques du pays de Canaan se fondent sur leur exemple. Cependant, il semble que le Mythe lui-m\u00eame ait \u00e9t\u00e9 ant\u00e9rieur \u00e0 cette \u00ab\u00a0socialisation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans esquisse du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb g\u00e9mique, Platon fait une part importante aux chevaux (symbole solaire), consid\u00e9r\u00e9s \u00e0 la fois comme dou\u00e9s de pouvoirs particuliers et comme objets de soins quasi religieux des Atlantes. La l\u00e9gende platonicienne \u00e9tablit ainsi un rapport \u00e9troit entre le Signe solaire et la notion de royaut\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dat\u00e9s des premiers si\u00e8cles apr\u00e8s J.-C.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, les <em>Pur\u00e2na<\/em> indiens racontent longuement, en les repla\u00e7ant dans leur chronologie mythique, la cons\u00e9cration et le r\u00e8gne de Prthu. Roi nourricier, Prthu dompte la vache-terre, \u00e0 laquelle s\u2019alimenteront tous les grands th\u00e8mes survivants (les Manes, les Serpents, les Arbres). Cet \u00e9pisode de Prthu poursuivant la vache-terre correspond trop \u00e9videmment \u00e0 la l\u00e9gende ach\u00e9enne de Zeus-Taureau poursuivant Europe\u00a0: il doit remonter \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, soit au II<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire avant J.-C.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Analysant le mythe de Prthu, Georges Dum\u00e9zil dit \u00e9trangement que \u00ab\u00a0dans la perspective de l\u2019Histoire, ce Roi a v\u00e9cu une \u00e8re avant Manu Vaivasvata, lequel reste l\u2019anc\u00eatre incontest\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 arya de l\u2019\u00e8re en cours<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant\u00a0: 1\u00b0 c\u2019est de Prthu que vient le nom de la fonction royale contemporaine (r\u00e2jan)\u00a0; 2\u00b0 les V\u00e9das, o\u00f9 figure d\u00e9j\u00e0 le nom\u00a0: Manu, sont nettement ant\u00e9rieurs aux Pur\u00e2na\u00a0; 3\u00b0 la l\u00e9gende rapporte express\u00e9ment que Prthu na\u00eet du bras droit de Manu. Il semble donc plus probable que Prthu fut, par rapport \u00e0 Manu, une \u00e9manation post\u00e9rieure (contemporaine de la seconde mue solaire). D\u2019ailleurs, G. Dum\u00e9zil lui-m\u00eame se contredit lorsque, comparant Prthu au roi romain Servius, il note que Tarquin et Servius \u00ab\u00a0s\u2019opposent \u00e0 leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs comme Prthu \u00e0 Manu\u00a0<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On doit penser que ce passage du th\u00e8me l\u00e9gendaire \u00e0 sa r\u00e9alisation sociale caract\u00e9rise le passage (cr\u00e9pusculaire, puis auroral) de la premi\u00e8re \u00e0 la seconde mue du Mythe. Ainsi avons-nous vu le th\u00e8me l\u00e9gendaire des Cinq Empereurs (= Palais = Eres) s\u2019incarner dans les faits \u00e0 partir du Premier Empereur de Chine (Houang-Ti) et du premier Auguste romain. Ainsi voyons-nous le th\u00e8me abstrait et th\u00e9orique de la Res Publica (fin de la premi\u00e8re mue g\u00e9mique) s\u2019incarner, d\u00e8s l\u2019aurore de la seconde mue (XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) dans les hommes et les faits\u00a0: R\u00e9volution fran\u00e7aise, D\u00e9mocratie am\u00e9ricaine, Marxisme. Ce serait donc entre la fin de la premi\u00e8re mue du Lion (2850) et le d\u00e9but de sa seconde mue (2350) que le Roi l\u00e9gendaire (et solaire) Manu se serait incarn\u00e9 dans le roi r\u00e9el (et taurique) Prthu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Effectivement, des diff\u00e9rents ouvrages que G. Dum\u00e9zil consacre \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la notion de royaut\u00e9, il ressort que le Dieu-Roi, tout d\u2019abord consid\u00e9r\u00e9 comme une simple entit\u00e9 (Mitra, Manu dans le <em>Rig-V\u00e9da<\/em>, Vohu-Manah, Asu dans le zoroastrisme) \u00e9volue en Roi nourricier (Aryaman, Phru en Inde, Eremon chez les Celtes irlandais), puis en Roi juste et qui pr\u00e9side \u00e0 la r\u00e9partition des biens entre les citoyens (Bhaga dans l\u2019Inde, Servius \u00e0 Rome). La notion de \u00ab\u00a0consentement public\u00a0\u00bb accompagne cette derni\u00e8re \u00e9volution<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, le premier \u00e9tat de roi-entit\u00e9 se caract\u00e9rise par le conflit g\u00e9mique \u00ab\u00a0lumi\u00e8re-t\u00e9n\u00e8bres\u00a0\u00bb\u00a0: Horus-Seth, Ormuzd-Ahriman, Mitra-Varuna\u00a0; le second \u00e9tat, par l\u2019intervention du Taureau, de la Vache ou du B\u0153uf<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0; le troisi\u00e8me, par le recours aux grands th\u00e8mes b\u00e9liques\u00a0: Flamines \u00e0 Rome, Agni en Inde, ainsi qu\u2019au Mythe de l\u2019Abeille.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> PLATON, l\u2019Atlantide dans le <em>Critias<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Certains d\u2019entre eux ne furent cependant r\u00e9dig\u00e9s qu\u2019aux XII<sup>e<\/sup> et XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Georges DUMEZIL, <em>Servius et la Fortune<\/em>, P.34 (Gallimard).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> <em>Servius et la Fortune<\/em>, p.168.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> <em>Les dieux des Indo-Europ\u00e9ens, Les dieux des Germains <\/em>(Presses Universitaires). \u2014 G. DUMEZIL fait remarquer que les \u00ab\u00a0rois par consentement\u00a0\u00bb ont souvent, comme la Fortune, un bandeau sur les yeux\u00a0; ils sont m\u00eame aveugles (Bhaga) ou borgnes (Cocl\u00e9s, Odin, Wotan). Mais l\u2019exemple de R\u00e9, ainsi que les premiers dieux solaires indiens, autorise \u00e0 douter de cette interpr\u00e9tation\u00a0: le Borgne est un symbole contemporain du Mythe solaire le plus archa\u00efque, ant\u00e9rieur m\u00eame \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0royaut\u00e9\u00a0\u00bb. Alors que le mythe du Roi semble une \u00e9manation de l\u2019alliance Lion-G\u00e9meaux, on peut penser que le Borgne est une d\u00e9pr\u00e9ciation de\u00a0\u00bbs mythes syncr\u00e9tiques Soleil + Balance + Serpent (l\u2019\u0152il du Ciel, la Roue, le Cercle et la Couronne), qui durent na\u00eetre au d\u00e9but de la premi\u00e8re mue du Lion.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Voir, plus loin, l\u2019\u00e9tude des mythes celtiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>L\u2019Abeille<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Initialement solaire, l\u2019abeille \u00e9tait l\u2019embl\u00e8me d\u2019Horus dans l\u2019Egypte des deux royaumes. Champollion d\u00e9clare \u00e0 ce sujet que \u00ab\u00a0l\u2019insecte \u00e9tait choisi pour symbole de la royaut\u00e9, parce qu\u2019il est lui-m\u00eame soumis \u00e0 un gouvernement r\u00e9gulier<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0\u00bb, et l\u2019historien Horapollon atteste qu\u2019un peuple ob\u00e9issant \u00e0 son roi est figur\u00e9 par cet embl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s vite, n\u00e9anmoins, l\u2019Abeille connut un d\u00e9clin singulier. L\u2019un des premiers indices en est l\u2019histoire de Samson, o\u00f9 le plus solaire des h\u00e9ros b\u00e9liques d\u00e9couvre du miel et des abeilles dans le cadavre du lion qu\u2019il avait lui-m\u00eame tu\u00e9. \u00ab\u00a0Ainsi, dit-il, le plus doux est n\u00e9 du plus fort\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chassang semble avoir \u00e9t\u00e9 le premier auteur contemporain \u00e0 \u00e9tablir un rapport entre l\u2019abeille et le peuple h\u00e9breu. Du moins donne-t-il au surnom de Zeus, \u00ab\u00a0Essen\u00a0\u00bb, une origine s\u00e9mitique\u00a0; Creuzer pr\u00e9cise qu\u2019Essen voulait dire primitivement \u00ab\u00a0roi des abeilles\u00a0\u00bb et n\u2019en est venu que tardivement \u00e0 signifier le Roi<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. C\u2019est \u00e9galement l\u2019avis de Gustav Hoelscher, qui fait remonter le symbole h\u00e9bra\u00efque de l\u2019Abeille au temps des premiers Juges\u00a0: ant\u00e9rieurement aux Rois, les H\u00e9breux offraient d\u00e9j\u00e0 des libations d\u2019huile et de miel, en l\u2019honneur de D\u00e9borah, \u00ab\u00a0reine des abeilles\u00a0\u00bb. Le lieu de cette c\u00e9r\u00e9monie se nommait l\u2019Arbre des Pleurs et se situait pr\u00e8s de Bethel<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au lendemain de \u00ab\u00a0ce temps-l\u00e0\u00a0\u00bb bouddhique et chr\u00e9tien, les Empires (germanique, espagnol, chinois) n\u2019auront plus avec les anciens Empires (de Rome ou de Houang-ti) en commun que le nom. De m\u00eame, au lendemain de \u00ab\u00a0ce temps-l\u00e0\u00a0\u00bb b\u00e9lique, les Royaumes (perses, romains, hell\u00e9nistiques, etc.) n\u2019ont plus en commun que le nom avec les Royaumes ant\u00e9rieurs (indiens, \u00e9lamites, myc\u00e9niens\u2026). Le cr\u00e9ateur, le fondateur est devenu le \u00ab\u00a0berger des peuples\u00a0\u00bb dont parle Philon d\u2019Alexandrie<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0; le Thesp\u00e9sios de Plutarque, r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, ressuscit\u00e9 au terme d\u2019une mort de trois jours, \u00ab\u00a0plus juste, plus saint, plus ferme dans ses amiti\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce passage du roi fondateur et guerrier au roi juste est inscrit dans la Bible. Lorsque les anciens d\u2019Isra\u00ebl vinrent prier Samuel de leur donner un roi\u00a0: \u00ab\u00a0Voulez-vous donc quelqu\u2019un qui vous impose, vous ran\u00e7onne et vous pille\u00a0?\u00a0\u00bb leur demanda-t-il. \u00ab\u00a0Non, r\u00e9pondirent-ils, mais quelqu\u2019un qui nous jugera\u00a0!<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, le roi h\u00e9breu eut la charge des troupeaux, le devoir de faire justice et de r\u00e9gler les partages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons pr\u00e9cis\u00e9 le caract\u00e8re ignicole des pr\u00eatres du B\u00e9lier (autre Signe de Feu), qu\u2019ils fussent h\u00e9t\u00e9ens, amorites, h\u00e9bra\u00efques. Il ne saurait donc \u00e9tonner que le premier caract\u00e8re des syncr\u00e9tismes Lion-B\u00e9lier (post\u00e9rieurs \u00e0 800 avant J.-C.) f\u00fbt pr\u00e9cis\u00e9ment un retour au mythe solaire primitif du Feu, hautement spiritualis\u00e9 par le nouvel id\u00e9al b\u00e9lique. Comme le dieu d\u2019Isra\u00ebl, le roi juste est terrible\u00a0; car toute justice appelle le ch\u00e2timent, la col\u00e8re du \u00ab\u00a0juge inspir\u00e9\u00a0\u00bb sur le coupable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mirc\u00e9a Eliade cite un grand nombre de faits qui t\u00e9moignent de la survivance chez les Indiens et les peuples de l\u2019Asie Centrale de la croyance en un \u00ab\u00a0d\u00e9lire br\u00fblant\u00a0\u00bb\u00a0: initiation secr\u00e8te, col\u00e8re sacr\u00e9e, ma\u00eetrise d\u2019un \u00ab\u00a0feu int\u00e9rieur\u00a0\u00bb, etc. Eliade cite \u00e9galement la l\u00e9gende roumaine de Rom\u00e2nas qui, vainqueur de seize mille Tatars, demeure troubl\u00e9 \u00e0 tel point par la \u00ab\u00a0chaleur sacr\u00e9e\u00a0\u00bb qu\u2019il redoute de poursuivre le massacre parmi les siens<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. Cette fureur est \u00e0 rapprocher, d\u2019une part, du d\u00e9lire d\u2019Ajax, le h\u00e9ros solaire, massacrant ses propres alli\u00e9s, les guerriers d\u2019Ulysse, d\u2019autre part de la col\u00e8re de Cuchulainn, auquel des bains glac\u00e9s sont n\u00e9cessaires pour reconqu\u00e9rir son sang-froid<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">G. Dum\u00e9zil a retrouv\u00e9 le th\u00e8me de l\u2019\u00e9chauffement du h\u00e9ros dans la l\u00e9gende de Badradz chez les Oss\u00e8tes<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>. Tite-Live raconte que du front de Marcius sortaient des flammes qui terrifiaient ses soldats<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a> et M. Eliade note justement que les images litt\u00e9raires qui d\u00e9finissent ou repr\u00e9sentent la <em>furor<\/em> (yeux br\u00fblants, cheveux h\u00e9riss\u00e9s\u2026) sont devenus presque des clich\u00e9s dans la po\u00e9sie latine<a title=\"\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>. Or, les Romains, les Grecs, les Oss\u00e8tes et les Celtes, les Indiens, les Roumains adorent pr\u00e9cis\u00e9ment des dieux \u00e0 demi solaires, \u00e0 demi b\u00e9liques\u00a0; et, ce syncr\u00e9tisme, presque partout l\u2019embl\u00e8me nouveau le symbolise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Eph\u00e8se, les pr\u00eatres de Diane-Art\u00e9mis se nomment eux-m\u00eames les Essines et se comparent aux abeilles de leur d\u00e9esse, dont une effigie orne les m\u00e9dailles de la cit\u00e9. Dans Euripide, Iphig\u00e9nie, pr\u00eatresse d\u2019Art\u00e9mis, et \u0152dipe font de m\u00eame des libations de miel, l\u2019une \u00e0 Pluton, l\u2019autre aux Eum\u00e9nides. A Delphes, la Pythonisse d\u2019Apollon, dieu solaire, \u00e9tait appel\u00e9e l\u2019Abeille. La l\u00e9gende de Glaucus (fils de Minos, comme le B\u00e9lier l\u2019est du Taureau) rapporte que, tomb\u00e9 dans une cuve, le jeune prince avait ressuscit\u00e9 en buvant le miel qui l\u2019\u00e9touffait\u00a0; et l\u2019on sait assez que la boisson sacr\u00e9e, l\u2019hydromel des dieux, n\u2019\u00e9tait autre qu\u2019une liqueur de miel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Inde, c\u2019est sous l\u2019influence des Brahmes que le Soma, autre boisson sacr\u00e9e, fut associ\u00e9 au culte d\u2019Agni. Or, le singe Dadhimuka (bouche de beurre) qui garde \u00ab\u00a0les for\u00eats de miel\u00a0\u00bb \u00e9tait le fils de Soma, consid\u00e9r\u00e9 comme un dieu<a title=\"\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>. L\u2019image de la \u00ab\u00a0for\u00eat\u00a0\u00bb ou du \u00ab\u00a0fleuve\u00a0\u00bb de miel se retrouvera dans tous les cultes et l\u00e9gendes directement inspir\u00e9s du B\u00e9lier\u00a0: le delphisme primitif, le mythe indien de la Ganga, le mosa\u00efsme<a title=\"\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les si\u00e8cles qui suivirent, les juifs eux-m\u00eames durent se d\u00e9fendre contre le symbole envahissant. Ils interdirent les libations de miel, sous le pr\u00e9texte que l\u2019abeille \u00ab\u00a0est un animal immonde, engendr\u00e9, \u00e0 ce qu\u2019on assure, du cadavre du b\u0153uf en putr\u00e9faction<a title=\"\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>\u00a0\u00bb\u00a0; mais, en fait, parce qu\u2019ils ne pouvaient pas admettre un culte \u00e0 demi b\u00e9lique, \u00e0 demi solaire. Pour une raison diff\u00e9rente (ils avaient choisi le syncr\u00e9tisme de l\u2019Aigle), les Romains se d\u00e9fiaient des abeilles. Plutarque et Tite-Live rapportent qu\u2019il \u00e9tait regard\u00e9 comme un mauvais pr\u00e9sage que des abeilles se posent sur la tente du g\u00e9n\u00e9ral en chef, sur le pont d\u2019un navire et, particuli\u00e8rement, sur les enseignes des aigles<a title=\"\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, la l\u00e9gende de l\u2019abeille naissant du cadavre du b\u0153uf (comme le B\u00e9lier du Taureau) survit \u00e0 Rome ainsi qu\u2019en Jud\u00e9e, et l\u2019on voit Virgile consacrer \u00e0 ce mythe une partie importante de la IV<sup>e<\/sup> G\u00e9orgique\u00a0: le taureau (de deux ans) doit \u00eatre sacrifi\u00e9 au printemps, puis \u00e9tendu sur un lit de feuillage, de thym et d\u2019herbe fra\u00eeche (vestige g\u00e9mique) dans un local perc\u00e9 de quatre fen\u00eatres tourn\u00e9es aux quatre vents, afin de recevoir les effluves du cosmos entier. Tout \u00e9tant ainsi pr\u00e9par\u00e9, les abeilles (la parole de Dieu) na\u00eetront d\u2019elles-m\u00eames dans le corps du taureau (et dans l\u2019esprit du nouvel initi\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e9gende tenace\u00a0: sur le tombeau de Chilp\u00e9ric, roi franc, trois cents abeilles tournoyaient autour d\u2019une t\u00eate de taureau<a title=\"\" href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>. Ce d\u00e9tail nous introduit aux l\u00e9gendes celtiques.<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> CHAMPOLLION, <em>Grammaire \u00e9gyptienne<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> CREUZER, <em>Symboles. Eleusis et les traditions<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> GUSTAV HOESCLER, <em>Die Profeten, Untersuchung zur Religions Geschichte Israels<\/em>, Leipzig, 1914.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> PHILON D\u2019ALEXANDRIE, <em>Vie de Mo\u00efse<\/em>, I, II.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> <em>I<sup>er<\/sup> Livre de Samuel<\/em>, VIII.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Mirc\u00e9a ELIADE\u00a0: <em>Naissances mystiques<\/em>, Gallimard.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> <em>Le T\u00e2in B\u00f4 Cu\u00e2lng<\/em> (traduit par D\u2019Arbois de Jubanville).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> G. DUMEZIL\u00a0: <em>Horace et les Curiaces<\/em>, Gallimard.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> TITE-LIVE, XXV, 39, 12.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Ces images \u00e9galement figurent ou symbolisent l\u2019inspiration lyrique et proph\u00e9tique (en Isra\u00ebl, \u00e0 Delphes et chez les Ases nordiques).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> En Chine, de m\u00eame le Singe \u00e9tait le symbole \u00e9quivalent de notre B\u00e9lier.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> LEVI-STRAUSS \u00e9tudie actuellement un passage analogue des mythes solaires aux mythes de l\u2019Abeille et du Miel en Am\u00e9rique du Sud (cours non publi\u00e9).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> PHILON, <em>De ceux qui offrent des victimes en sacrifice<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> TITE-LIVE, <em>Histoire romaine<\/em>, XXI, 46\u00a0; PLUTARQUE, Dion, XXVI\u00a0; <em>Brutus<\/em>, XLIIV, LVI.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> VIRGILE, <em>G\u00e9orgiques<\/em>, IV, vers 294 et suivants.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Le myhe b\u00e9lique et l\u2019embl\u00e8me demeureront longtemps associ\u00e9s. Restaurateur du Sanh\u00e9drin, Napol\u00e9on fera broder des abeilles sur son manteau imp\u00e9rial et en d\u00e9corera ses appartements. Cela aussi, Nostradamus l\u2019avait pr\u00e9vu, dans un quatrain curieusement \u00e9crit en langue romane (alors que les <em>Centuries<\/em> sont en fran\u00e7ais)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Lou grand eyssame le levera d\u2019albehelos<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Que non sauram donte sigem venguddos<\/em>\u00a0\u00bb (IV, 26).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Un grand essaim d\u2019abeilles se l\u00e8vera et l\u2019on ne comprendra pas le sens cach\u00e9 de ce r\u00e9veil).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La \u00ab\u00a0grande ann\u00e9e\u00a0\u00bb des Celtes<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, les trois \u00e9tapes de la \u00ab\u00a0mue solaire\u00a0\u00bb des II<sup>e<\/sup> et I<sup>er<\/sup> mill\u00e9naires avant J.-C., d\u00e9celables dans l\u2019histoire de l\u2019Elam puis de la Perse et r\u00e9sum\u00e9es en trois symboles dans la l\u00e9gende hittite, sont au contraire longuement, copieusement d\u00e9velopp\u00e9es dans les cycles celtiques et, particuli\u00e8rement, les mythes irlandais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une des \u0153uvres les plus importantes de cette litt\u00e9rature me semble \u00eatre le <em>Lebor Gab\u00e2la<\/em> ou <em>Livre des Conqu\u00eates<\/em>, qu\u2019on suppose \u00e9crit vers le IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re \u00e0 partir d\u2019un fond nettement ant\u00e9rieur. Le po\u00e8me retrace l\u2019histoire de six peuples distincts qui se seraient succ\u00e9d\u00e9 sur la terre irlandaise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier, ant\u00e9rieur au d\u00e9luge, aurait disparu avec lui\u00a0; le second, dont le chef s\u2019appelait Partholon, aurait \u00e9t\u00e9 une race de d\u00e9fricheurs et de laboureurs\u00a0; il disparut subitement lors d\u2019une f\u00eate de Mai. Le troisi\u00e8me, les Nemed, ne subsiste que peu de temps\u00a0; le quatri\u00e8me, les Fir Bolg (anc\u00eatres des Belges\u00a0?) et les Fir Domnainn (anc\u00eatres des Domnon\u00e9ens de Grande-Bretagne\u00a0?), apporte dans le pays l\u2019usage du fer de lance et l\u2019institution d\u2019une royaut\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9 du sol. Cette race est vaincue par un cinqui\u00e8me envahisseur, les Tuatha de Danann, qui adorent la d\u00e9esse Anu et d\u00e9tiennent des secrets magiques\u00a0: le chaudron de Dayda, dieu b\u00e2tisseur, l\u2019Ep\u00e9e de Niada, dieu-roi (li\u00e9 \u00e0 la fertilit\u00e9). La sixi\u00e8me race, les fils de Mil, \u00e9tait celle dans laquelle le peuple ga\u00eblique reconnaissait ses anc\u00eatres directs\u00a0: ses h\u00e9ros, Eremon, Amairgin le po\u00e8te et surtout Cuchulainn ne cesseront de combattre le peuple-f\u00e9e des Tuatha ainsi que les Fomor\u00e9, voisins sanguinaires et cruels, que ni Partholon, ni les Nemed, ni les Fir Bolg, ni les Tuatha n\u2019avaient encore pu vaincre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette longue l\u00e9gende retrace au minimum cinq mill\u00e9naires d\u2019Histoire si l\u2019on en croit la mention du \u00ab\u00a0d\u00e9luge\u00a0\u00bb. On y reconna\u00eet des magiciens g\u00e9miques (mutants d\u2019un syncr\u00e9tisme G\u00e9meaux-Vierge), les Tuatha\u00a0; des r\u00e9galistes (mutants d\u2019un syncr\u00e9tisme Lion-G\u00e9meaux), les Domnainn\u00a0; des d\u00e9fricheurs, dont le culte de Mai d\u00e9nonce l\u2019appartenance g\u00e9mique, le peuple de Partholon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on applique ici le tableau des concordances, on peut avancer (prudemment) que ce dernier peuple dut appara\u00eetre en Irlande vers le IV<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire et s\u2019y maintenir jusqu\u2019au milieu du III<sup>e<\/sup>. Les Domnainn repr\u00e9senteraient une premi\u00e8re invasion indo-europ\u00e9enne vers 2400-2300 et se seraient maintenus dans l\u2019\u00eele jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des envahisseurs tuatha (fr\u00e8res des Hittites\u00a0?). La domination des fils de Mil, les Mil\u00e9siens (venus de Gr\u00e8ce\u00a0?), se situerait enfin au cours du I<sup>er<\/sup> mill\u00e9naire avant J.-C. et se serait maintenue tr\u00e8s avant dans notre \u00e8re. La tradition veut en effet qu\u2019un de leurs h\u00e9ros, Conchobar, soit n\u00e9 la m\u00eame nuit que le Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant aux Fomor\u00e9, dont l\u2019empire aurait alors dur\u00e9 du milieu du IV<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire jusqu\u2019au premier si\u00e8cle avant J.-C., il faudrait voir en eux un peuple taurique. Le <em>Lebor Gab\u00e2la<\/em> confirme cette hypoth\u00e8se, quand il indique que cette race honorait par des sacrifices bovins sa f\u00eate de novembre (Samhain). La <em>Tain B\u00f4 Cu\u00e2lng<\/em>, autre po\u00e8me celtique, la confirme \u00e9galement par le r\u00e9cit de la grave querelle qui oppose les souverains tuatha, Ailill et Medb, \u00e0 Conchobar, roi d\u2019Ulster, l\u2019oncle de Cuchulainn<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Conquis, le Taureau Brun s\u2019\u00e9vade et enl\u00e8ve Corne Blanche\u00a0; il revient de lui-m\u00eame en Ulster, o\u00f9 il arrive pour mourir, le c\u0153ur \u00e9clat\u00e9.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> D\u2019ARBOIS DE JUBAINVILLE, traduction du <em>Tain B\u00f4 Cu\u00e2lng<\/em>, Paris, Champion, 1907.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Le cr\u00e9puscule du dieu<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Un brusque cr\u00e9puscule du dieu solaire \u00e0 partir du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. nous a \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9\u00a0: 1\u00b0 par le rejet de l\u2019Aigle \u00e0 Rome (vers 360) et de l\u2019Empereur Rouge en Chine (368), 2\u00b0 par l\u2019an\u00e9antissement de l\u2019empire perse et la domination mac\u00e9donienne sur la Gr\u00e8ce et l\u2019Egypte. Une \u00e9mouvante confirmation de la disparition du dieu serait le p\u00e9riple des Celtes depuis leur \u00eele lointaine jusqu\u2019au temple de Delphes (277).<\/p>\n<p>Brennus et ses guerriers casqu\u00e9s de corbeaux de bronze, \u00ab\u00a0guid\u00e9s par des oiseaux\u00a0\u00bb, ne venaient pas pour piller \u2014 et ils ne pill\u00e8rent pas. Mais ils venaient qu\u00e9rir au lieu m\u00eame du sanctuaire la certitude que le fils de leur Vierge hyperbor\u00e9enne L\u00e9to \u00e9tait vivant ou mort<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. L\u2019\u00e9clat de rire du grand chef celte devant les repr\u00e9sentations trop humaines d\u2019Apollon est \u00e0 rapprocher, ainsi, du geste d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 du \u00ab\u00a0dernier S\u00e9minole\u00a0\u00bb jetant aux pieds de ses vainqueurs l\u2019idole du Serpent cr\u00e9pusculaire (1862).<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, ce sera dans une alliance nouvelle (G\u00e9meaux-Taureau) que les Celtes des III<sup>e<\/sup> et II<sup>e<\/sup> si\u00e8cles avant J.-C. chercheront la patience d\u2019attendre la derni\u00e8re aurore d\u2019Apollon (ainsi, depuis leur \u00e9crasement, les Indiens des R\u00e9serves se r\u00e9fugient dans ces \u00e9glises \u00ab\u00a0nouvelles\u00a0\u00bb, \u00e0 demi h\u00e9bra\u00efques, \u00e0 demi chr\u00e9tiennes\u00a0: \u00ab\u00a0Native Church\u00a0\u00bb, etc.).<\/p>\n<p>En Gaule m\u00eame, l\u2019acceptation tardive (et provisoire) d\u2019un dieu Taureau par les Bretons a laiss\u00e9 de nombreuses traces. Paimboeuf (Loire-Atlantique) signifie \u00ab\u00a0la pointe aux b\u0153ufs\u00a0\u00bb. Dans sa <em>G\u00e9ographie<\/em>, Strabon parle d\u2019une \u00eele de Basse-Loire, o\u00f9 des femmes barbares c\u00e9l\u00e9braient le culte de Dionysos<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. En Irlande \u00e9galement\u00a0: dans le <em>Dindsenchas<\/em>, le lait de vache gu\u00e9rit des blessures empoisonn\u00e9es.<\/p>\n<p>Nous sommes tout \u00e0 la fin de la religion taurique (premi\u00e8re p\u00e9riode). En effet, le <em>Dindsenchas<\/em> relate d\u2019autre part l\u2019histoire du roi Bress, qui fut victime d\u2019un subterfuge de ses vassaux, les Munst\u00e9riens. Contraints de lui remettre en tribut un troupeau de trois cents vaches, ceux-ci avaient fabriqu\u00e9 pour figurer le b\u00e9tail trois cents mannequins de bois aux pis fictifs enduits de tourbe noire. Ayant bu avidement de cette tourbe, Bress en mourut six ans six mois et six jours plus tard (666). On se rappellera que, de m\u00eame, aux derniers si\u00e8cles du Taureau, le sang de l\u2019animal empoisonnait le phrygien Midas, le perse Tanyoxart\u00e8s, l\u2019\u00e9gyptien Psam\u00e9nite. Ici, cependant, l\u2019affabulation est grotesque et l\u2019intention parodique\u00a0: le drame fait place \u00e0 la farce, preuve que le dieu Taureau n\u2019existe plus<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Dum\u00e9zil \u00e9tablit un int\u00e9ressant parall\u00e8le entre ces anecdotes et les rapports existant entre le Servius romains ou le Prthu indien et le mythe de la Vache<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Je m\u2019\u00e9tonne qu\u2019il n\u2019ait pas pouss\u00e9 plus loin sa d\u00e9monstration, jusqu\u2019\u00e0 faire appara\u00eetre l\u2019existence en Inde, en Perse, en Scandinavie et m\u00eame \u00e0 Rome, d\u2019un conflit unique et durable entre, d\u2019une part, les Mythes tauriques et canc\u00e9riques (\u00c7iva, Prthu, Ahriman, Eremon, Servius, les Pierres lev\u00e9es ou le Minotaure) et, d\u2019autre part, les Mythes g\u00e9miques et solaires (Manu, Indra, Ormuzd, les Domnainn et les Tuatha, les Dioscures, Odin-Wotan, etc.). Les deux mouvements ne furent-ils pas des syncr\u00e9tismes simultan\u00e9s en un moment de leurs \u00e9volutions (premi\u00e8re mue du Cancer\u00a0: 3700-700, deuxi\u00e8me mue du Lion\u00a0: 2350-350) et qui, n\u00e9cessairement, s\u2019affront\u00e8rent\u00a0?<\/p>\n<p>Comme l\u2019<em>Avesta<\/em> perse, les grands po\u00e8mes celtiques, en d\u00e9crivant les luttes des peuples successifs de l\u2019Irlande contre les Fomor\u00e9, nous repr\u00e9senteraient donc le combat (sur deux mill\u00e9naires) que les civilisations g\u00e9miques et solaires eurent \u00e0 livrer contre le dieu Taureau, tant\u00f4t le refusant, tant\u00f4t l\u2019acceptant, avant de le vaincre enfin au premier si\u00e8cle avant J.-C. (derni\u00e8re mue solaire, cr\u00e9puscule taurique).<\/p>\n<p>Des cycles irlandais post\u00e9rieurs retracent de mani\u00e8re plus confuse le p\u00e9riple zodiacal (syncr\u00e9tisme successif) des Celtes. Impr\u00e9gn\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences odyss\u00e9ennes, le <em>Voyage de Maelduin<\/em> nous fait retrouver des oiseaux de mer (symbole g\u00e9mique), un chat gardien de tr\u00e9sors (symbole canc\u00e9rique), les trois pommes miraculeuses des Hesp\u00e9rides (symbole virginal), la b\u00eate du vent (symbole ouranien) et des sangliers rouges<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0; Dans le texte <em>Baile in sceail<\/em>, la reine-f\u00e9e d\u2019Irlande offre au roi Conn une c\u00f4te de b\u0153uf apparemment dot\u00e9e de pouvoirs particuliers.<\/p>\n<p>Mais la plupart de ces r\u00e9cits, compos\u00e9s vers le XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ont subi fortement l\u2019influence chr\u00e9tienne et les traces des anciens mythes ne s\u2019y r\u00e9v\u00e8lent plus clairement.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Voir l\u2019article de JEAN MARKALE sur \u00ab\u00a0la prise de Delphes\u00a0\u00bb dans Les Cahiers du Sud (N\u00b0 370).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> STABON, <em>G\u00e9ographie<\/em>, V, 6.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> WHITLEY STOKES, <em>The Rennes Dindsenchas<\/em>, Revue Celtique, XV, 1894.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> GEORGES DUMEZIL, <em>Servius et la Fortune<\/em>, Gallimard, 1943.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Dans l\u2019hindouisme, le Sanglier est le symbole de la Balance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La Su\u00e8de et l\u2019Allemagne<\/em><\/strong><\/p>\n<p>On doit faire la m\u00eame remarque en ce qui concerne les litt\u00e9ratures ga\u00eblique, \u00e9cossaise et galloise. En revanche, un autre bel exemple de syncr\u00e9tisme Soleil-G\u00e9meaux nous est donn\u00e9 par le dieu scandinave et germain Odin.<\/p>\n<p>Divinit\u00e9 agraire, le dernier \u00e9pi du champ lui \u00e9tait consacr\u00e9, tandis que deux corbeaux, ses symboles (Huan la Pens\u00e9e et Munin la M\u00e9moire) t\u00e9moignaient de son caract\u00e8re g\u00e9mique. Mais \u00e9galement, le dieu d\u00e9tenait son pouvoir de son oncle Nimir et l\u2019avait pay\u00e9 d\u2019un de ses yeux\u00a0; en sorte qu\u2019Odin n\u2019avait qu\u2019un \u0153il (comme le Cyclope, Horus et S\u00fbrya). Sous cet aspect solaire, il manie le foudre\u00a0; il chevauche un coursier blanc, comme son \u00e9quivalent Wotan. Historiquement, on assimile ce Wotan-Odin \u00e0 un grand chef barbare du Don, qui aurait dirig\u00e9 une \u00e9migration celte \u00e0 travers la Russie vers les pays du Nord, au I<sup>er<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.\u00a0; on voit en lui le fondateur d\u2019Upsal.<\/p>\n<p>La saga de <em>Vol\u00fcpsa<\/em>, mythologie occulte du dieu scandinave, relate la guerre sans merci que dut livrer Odin contre les \u00ab\u00a0puissances\u00a0\u00bb zodiacales qui lui \u00e9taient contraires, au premier rang desquelles le Serpent (Midgard ou Niddh\u00f6gg) et le G\u00e9ant Loki, fr\u00e8re de lait du dieu (en qui l\u2019on peut voir un h\u00e9ros g\u00e9mique), tant\u00f4t alli\u00e9, tant\u00f4t ennemi d\u2019Odin<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Loki meurt d\u2019une mort \u00e9ternelle, horrible, le Serpent r\u00e9pandant sur son visage retourn\u00e9 du venin, que l\u2019\u00e9pouse du h\u00e9ros, Sigyn, recueille au fur et \u00e0 mesure dans une cuvette. Vaincu \u00e0 son tour et emprisonn\u00e9, le Serpent un jour sera lib\u00e9r\u00e9\u00a0; il \u00e9branlera le monde\u00a0; alors, Loki s\u2019\u00e9chappera et les l\u00e9gions de Surt, le dieu de l\u2019ab\u00eeme, se mettront en marche pour d\u00e9truire les dieux. Mais, dans un tr\u00e8s lointain avenir, ils rena\u00eetront et le royaume d\u2019Odin rayonnera de nouveau.<\/p>\n<p>Tous les dieux germaniques, de m\u00eame, se laisseraient rattacher sans difficult\u00e9 au culte solaire\u00a0: Heimdall, Balder (fils d\u2019Odin) sont des h\u00e9ros de lumi\u00e8re\u00a0; Freyr (dieu primitivement su\u00e9dois) poss\u00e8de un cheval magique. Tous doivent combattre des g\u00e9ants. Enfin, pas plus que les Scandinaves, les Germains ne croyaient \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9 des dieux, mais seulement \u00e0 leurs renaissances sans fin, apr\u00e8s de plus ou moins longues p\u00e9riodes de d\u00e9faite et d\u2019absence.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre la plus c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019Allemagne m\u00e9di\u00e9vale, les <em>Nibelungen<\/em>, me semble raconter sous les voiles du symbole l\u2019encha\u00eenement des signes et des dieux du Cosmos dans un rythme assez comparable \u00e0 celui des l\u00e9gendes irlandaises. Les combats de Siegfried contre le dragon, son vol du filet magique qui lui permet, invisible, de se faire le \u00ab\u00a0double\u00a0\u00bb du roi, sa lutte contre l\u2019amazone vierge Brunehilde (o\u00f9 beaucoup voient la d\u00e9esse-reine Anu des Tuatha de Danann) sont les \u00e9tapes symboliques de la lutte que doit livrer le Mythe solaire contre les mythes et cultes des religions mutantes du Cancer, des G\u00e9meaux et contre la nostalgie de la Vierge, avant de triompher \u2014 une derni\u00e8re fois \u2014 \u00e0 l\u2019aube de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Tous ces r\u00e9cits, n\u00e9s au c\u0153ur de la chr\u00e9tient\u00e9, attestent la volont\u00e9 du Celte de d\u00e9fendre ses mythes et ses l\u00e9gendes contre l\u2019emprise croissante du Christ<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Ils t\u00e9moignent de la vitalit\u00e9, de la survivance jusqu\u2019\u00e0 l\u2019an 1000 apr\u00e8s J.-C. des mythes solaires et l\u00e9onins. C\u2019est donc cette survie, cette derni\u00e8re mue du Lion, qu\u2019il nous faut maintenant \u00e9tudier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> C\u2019est toujours le combat d\u2019Ormuzd contre Ahriman, d\u2019Osiris contre Seth\u2026<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Je ne me cache pas que l\u2019\u00e9tude immense des dieux celtiques reste en grande partie \u00e0 faire\u00a0; mais il semble improbable que des ouvrages futurs puissent contredire l\u2019\u00e9volution que j\u2019esquisse ici. J\u2019en donnerai pour preuve un livre qui vient de para\u00eetre et qui traite du probl\u00e8me mal connu des divinit\u00e9s suisses. De Lug, l\u2019ancien dieu celte, \u00e0 Castor et Pollux et de ceux-ci \u00e0 la vache nourrici\u00e8re, leur \u00e9volution suit le m\u00eame rythme qu\u2019en Irlande et en Scandinavie (CHRISTINGER et BORGEAUD, <em>Mythologie de la Suisse ancienne<\/em>, Librairie de l\u2019Universit\u00e9, Gen\u00e8ve).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Au prix, parfois, de tr\u00e8s \u00e9tranges subterfuges. Le Dragon que combat Siegfried se nomme Fafnir\u00a0; or, Fafnir aurait \u00e9t\u00e9 un saint ermite des IV<sup>e<\/sup> ou V<sup>e<\/sup> si\u00e8cles\u2026 A l\u2019inverse, sous le nom de Saint Corn\u00e9ly, on reconna\u00eet aujourd\u2019hui un ancien mythe celtique, contemporain du syncr\u00e9tisme Soleil-Taureau. En effet, selon la l\u00e9gende, Corn\u00e9ly, pape (de 251 \u00e0 253) s\u2019enfuit de Rome accompagn\u00e9 de b\u0153ufs qui portaient son bagage et le portaient lui-m\u00eame. On l\u2019aurait enterr\u00e9 dans la montagne Saint-Michel, o\u00f9 une chapelle lui est d\u00e9di\u00e9e\u2026 Le tumulus de Saint-Michel vient de livrer son secret\u00a0: des ossements d\u2019un homme et de plusieurs b\u0153ufs \u2014 ils ont 5\u00a0000 ans d\u2019\u00e2ge\u00a0! (Selon AIME MICHEL, <em>La plus vieille religion d\u2019Europe\u00a0?<\/em> dans la revue Plan\u00e8te, N\u00b09).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jean-Charles Pichon 1963<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<\/div>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TROISIEME PARTIE LA GRANDE ANNEE \u00a0 I L\u2019\u0152IL DU SOLEIL \u00a0 \u00ab\u00a0L\u2019orientation de l\u2019activit\u00e9 mentale \u00e0 partir d\u2019Aristote a contribu\u00e9 pour une large part \u00e0 \u00e9mousser notre r\u00e9ceptivit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la totalit\u00e9 des hi\u00e9rophanies solaires. 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