{"id":2364,"date":"2012-08-27T14:48:57","date_gmt":"2012-08-27T12:48:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2364"},"modified":"2012-10-30T16:51:04","modified_gmt":"2012-10-30T14:51:04","slug":"les-jours-et-le-nuits-du-cosmos-deuxieme-partie-3-le-serpent-a-plumes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2364","title":{"rendered":"LES JOURS ET LE NUITS DU COSMOS &#8211; DEUXIEME PARTIE &#8211; 3 &#8211; LE SERPENT A PLUMES"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><strong>III<\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong>LE SERPENT A PLUMES<\/strong><\/h2>\n<p align=\"center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son Signe, le Mythe s\u2019impose en une progression continue, qu\u2019il est donc ais\u00e9 d\u2019\u00e9tudier, du \u00ab\u00a0pressentiment\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb\u00a0; mais cette progression m\u00eame s\u2019exerce aux d\u00e9pens des autres mythes mutants, dont elle arr\u00eate ou retarde l\u2019\u00e9volution, ne serait-ce que pendant ce \u00ab\u00a0temps-l\u00e0\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, nous avons vu la premi\u00e8re mue g\u00e9mique (ach\u00e9enne ou maya) conna\u00eetre un double affaiblissement\u00a0: pendant le \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb b\u00e9lique (le moyen \u00e2ge grec) et pendant le \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb des Poissons\u00a0; puis la premi\u00e8re mue taurique (islamique ou hindouiste) conna\u00eetre ses premiers revers, \u00e9parpillements et schismes pendant le \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb chr\u00e9tien et bouddhique. En sorte que le Croissant ici, les Jumeaux solaires l\u00e0 n\u2019ont triomph\u00e9 que sur de courtes p\u00e9riodes, se maintenant et survivant \u00e0 l\u2019aide de nouveaux syncr\u00e9tismes (\u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019Esprit Universel, du Taureau au B\u00e9lier, du B\u00e9lier aux Poissons\u2026).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus lointaine et moins discernable, l\u2019\u00e9volution de la premi\u00e8re mue canc\u00e9rique semble avoir ob\u00e9i \u00e0 un rythme analogue. Reste \u00e0 savoir si la seconde mue du Mythe y ob\u00e9it de m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La seconde mue du Cancer\u00a0: Herm\u00e8s<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en 205 avant J.-C. que le peuple romain re\u00e7ut triomphalement la Pierre Noire de Pessinonte et l\u2019\u00e9rigea sur le Palatin. Quatorze ans plus t\u00f4t, en 219, le roi de Sparte Cl\u00e9om\u00e8ne avait \u00e9t\u00e9, apr\u00e8s sa mort, expos\u00e9 sur la croix par ordre d\u2019un Ptol\u00e9m\u00e9e. Ceux qui gardaient le corps virent un serpent monstrueux s\u2019enrouler autour de la t\u00eate du roi, \u00ab\u00a0de fa\u00e7on qu\u2019aucun oiseau de proie ne p\u00fbt s\u2019en approcher\u00a0\u00bb. Plutarque, citant le fait l\u00e9gendaire, pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0par la suite, les anciens attribu\u00e8rent au serpent plus qu\u2019\u00e0 tout animal un rapport intime avec les h\u00e9ros<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Raison bien faible pour expliquer un renouveau universel\u00a0! C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 renaissent dans l\u2019Inde les antiques rois-serpents, en Gr\u00e8ce la d\u00e9esse-m\u00e8re, en Egypte Isis-aux-serpents. Au si\u00e8cle suivant, alors qu\u2019en Chine les Han ressuscitent le Souverain d\u2019En-Haut sous le nom de la Terre Souveraine et sous le symbole du Serpent Jaune, tous les peuples riverains de la M\u00e9diterran\u00e9e adorent de cent fa\u00e7ons le mythe recr\u00e9\u00e9\u00a0: Junon \u00e0 Rome, Pierre Noire au Nabat\u00e8ne, Serpent de Pallas sur l\u2019Acropole \u2014 et, partout, Herm\u00e8s triomphant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Herm\u00e8s, le dieu au caduc\u00e9e, est \u00e9galement le dieu savant. Strabon rapporte qu\u2019en 24 avant J.-C., les pr\u00eatres de Th\u00e8bes faisaient remonter leur science \u00e0 Herm\u00e8s<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0; Philon de Byblos (vers 100 apr\u00e8s J.-C.) l\u2019affirme des pr\u00eatres ph\u00e9niciens<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0; d\u2019autres auteurs feront du Ma\u00eetre de toute connaissance un synonyme du mage perse Ostar\u00e8s ou de l\u2019Egyptien P\u00e9tosiris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous le nom d\u2019Herm\u00e8s le Trism\u00e9giste seront plac\u00e9es \u00e0 la fois l\u2019alchimie naissante, la science du rapport entre les plantes et les plan\u00e8tes (ainsi que la m\u00e9decine) et la science du rapport entre les Signes et le corps humain (ainsi que l\u2019astrologie).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le Tao chinois, qui savait se soumettre au Yin et Yang g\u00e9mique, Herm\u00e8s-double serpent est \u00e9galement oiseau (ailes au casque, aux talons). Le premier prolongeait l\u2019\u0153uvre et la pens\u00e9e de Confucius, tout impr\u00e9gn\u00e9es du culte de l\u2019Empereur Blanc\u00a0; le second, la pens\u00e9e (dialectique) de Socrate. Mais ce n\u2019\u00e9tait pas sans les contredire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que le Sage chinois et le Sage grec avaient pr\u00each\u00e9 l\u2019Exactitude, non la V\u00e9rit\u00e9, car \u00ab\u00a0l\u2019homme ne conna\u00eet que l\u2019homme\u00a0\u00bb, le tao\u00efsme et l\u2019herm\u00e9tisme pr\u00e9tendaient enfermer toutes choses dans l\u2019orbe du Savoir\u00a0: la dialectique cessait d\u2019\u00eatre un \u00ab\u00a0outil de sagesse\u00a0\u00bb pour devenir un moyen de connaissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre distinction\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 Confucius et Socrate, sans nier les dieux, ne tenaient pas leur adoration pour n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019accomplissement du Bien (sinon comme soumission \u00e0 un devoir social), herm\u00e9tistes et tao\u00efstes consid\u00e8rent que l\u2019homme, soumis aux lois cosmiques, se doit de les conna\u00eetre et de les respecter. Le Serpent s\u2019est reploy\u00e9 sur lui-m\u00eame\u00a0: d\u00e9doubl\u00e9, il enserre l\u2019univers. Il symbolise toute la science\u00a0; par cons\u00e9quent, il ne peut n\u00e9gliger les rythmes de l\u2019\u00e9ternel retour, la cl\u00e9 secr\u00e8te du \u00ab\u00a0remue-m\u00e9nage des dieux<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas plus que le Tao, ainsi, Herm\u00e8s ne se laisse enfermer dans un culte sp\u00e9cial. Dans l\u2019<em>Ascl\u00e9pius<\/em>, trait\u00e9 anonyme, le dieu lui-m\u00eame l\u2019affirme violemment\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un crime de br\u00fbler de l\u2019encens devant l\u2019autel\u00a0: Dieu n\u2019a aucun besoin, puisqu\u2019il est en toutes les choses et que toutes les choses sont en lui.\u00a0\u00bb Plutarque juge sainement quand il atteste que, par ce Nom, il faut entendre \u00ab\u00a0la puissance du souffle\u00a0\u00bb (de l\u2019Esprit)<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> \u2014 ou Hippolyte, quand il confirme qu\u2019Herm\u00e8s n\u2019est autre que le Logos (l\u2019interpr\u00e8te du dieu invisible)<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, les rapports que croyaient discerner les premiers herm\u00e9tistes entre les \u00ab\u00a0lieux\u00a0\u00bb c\u00e9lestes et les actions des hommes sont \u00e9galement le principal sujet d\u2019\u00e9tude des disciples de Lao-Tseu. Pour les uns et les autres, le probl\u00e8me est de d\u00e9couvrir le secret des mues divines, dans l\u2019espoir de comprendre alors le sens et la direction de l\u2019\u00e9volution humaine<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>. Et c\u2019est aussi pourquoi le Christ et le Bouddha seront re\u00e7us par eux, quand ces dieux ne l\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 de Socrate et de Confucius. Ceux-ci avaient atteint leur \u00e9quilibre\u00a0; ceux-l\u00e0 s\u2019en cherchaient un.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne peut donc surprendre qu\u2019en Chine le tao\u00efsme n\u2019ait triomph\u00e9 que pendant les premiers si\u00e8cles de la mue, o\u00f9 le Tao soumit les trois quarts de l\u2019Empire et assuma pratiquement l\u2019entretien et l\u2019organisation de l\u2019Etat jusqu\u2019au d\u00e9but des Trois Royaumes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019optimum de ce d\u00e9veloppement semble s\u2019\u00eatre situ\u00e9 vers le d\u00e9but du second si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C.\u00a0: alors, les adeptes militants du tao\u00efsme (les Turbans Jaunes) atteignaient le nombre de 360\u00a0000, r\u00e9partis en trente-six circonscriptions. L\u2019un des chefs du mouvement, Tchang Kio, avait proph\u00e9tis\u00e9 pour l\u2019an 184 le renouvellement d\u2019un cycle, et ce fut en 184 justement que la prise de son dernier r\u00e9duit, Nanyang, mit fin aux beaux jours du tao\u00efsme. Quelques \u00eelots de r\u00e9sistance se maintinrent toutefois, difficilement, jusqu\u2019en 215.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces m\u00eames quatre si\u00e8cles (200 avant J.-C. \u2014 200 apr\u00e8s J.-C.), o\u00f9 le Serpent dominait en Chine, furent \u00e9galement l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le Cancer, en ses multiples symboles\u00a0: Grande M\u00e8re, Pierre Noire, Isis, Herm\u00e8s, etc., triomphait en Occident\u00a0; o\u00f9 l\u2019alchimie, l\u2019astrologie et la m\u00e9decine se d\u00e9veloppaient parall\u00e8lement en Gr\u00e8ce, \u00e0 Rome, en Egypte \u2014 et jusque dans les sectes juives de Palestine et de M\u00e9sopotamie, cependant qu\u2019ici et l\u00e0 le christianisme et le bouddhisme commen\u00e7aient \u2014 timidement \u2014 leur prodigieuse croissance<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Frein\u00e9e dans son \u00e9volution par l\u2019av\u00e8nement de l\u2019Esprit (des Poissons), la seconde mue du Cancer se chercha un alli\u00e9 et le trouva bient\u00f4t dans le Taureau, \u00e0 l\u2019aurore de sa premi\u00e8re mue. C\u2019est alors que, dans l\u2019Inde, les derniers dieux-serpents se fondent dans l\u2019hindouisme renaissant, que le S\u00e9rapis d\u00e9cadent (\u00e0 la figure de Serpent) dispara\u00eet au profit des cultes du Croissant, d\u2019o\u00f9 Mahomet tirera l\u2019Islam.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> PLUTARQUE, <em>Agis et Cl\u00e9om\u00e8ne<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> STRABON, XVII, I, 46.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> D\u2019apr\u00e8s EUSEBE, I, 9, 24.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> La m\u00eame \u00e9volution se laisse percevoir deux mill\u00e9naires plus tard, des \u00ab\u00a0libres-penseurs\u00a0\u00bb de notre XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u2014 encyclop\u00e9distes et libertins \u2014 \u00e0 la pr\u00e9tention n\u00e9o-mystique des \u00ab\u00a0inspir\u00e9s\u00a0\u00bb du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (et, notamment, les <em>Transcendantaux<\/em> am\u00e9ricains, pr\u00e9curseurs de la Christian Science et de toutes les th\u00e9osophies). Or, nous sommes \u00e0 ce moment \u00e0 l\u2019aube de la deuxi\u00e8me mue g\u00e9mique et \u00e0 la veille de la troisi\u00e8me mue du Cancer.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> PLUTARQUE, <em>Isis-Osiris<\/em>, 61.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> HIPPOLYTE, <em>R\u00e9futation de toutes les h\u00e9r\u00e9sies<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Au si\u00e8cle dernier, le plus grand des Transcendantaux, Emerson (1803-1882) semble souvent traduire un texte tao\u00efste ou herm\u00e9tique alors qu\u2019il exprime, au contraire, sa pens\u00e9e la plus profonde et la plus originale\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans la Nature tout tend au cercle,<\/p>\n<p>Et nous, orgueilleux \u00e9ph\u00e9m\u00e8res,<\/p>\n<p>Spectateurs qui ne voyons que les surfaces,<\/p>\n<p>Si nous comprenions les valeurs cach\u00e9es,<\/p>\n<p>Quels cr\u00e9ateurs ne serions-nous pas \u00e0 notre tour\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(<em>Essais, <\/em>1<sup>\u00e8re<\/sup> s\u00e9rie).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une cha\u00eene subtile aux anneaux innombrables<\/p>\n<p>Rattache le plus proche et le plus \u00e9loign\u00e9,<\/p>\n<p>Et le ver, s\u2019effor\u00e7ant d\u2019\u00eatre homme,<\/p>\n<p>Gravit toute la spirale des formes\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(<em>May-Day<\/em>), 1867).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Entre 200 avant J.-C. et 200 apr\u00e8s J.-C., pr\u00e9cis\u00e9ment, se situe <em>l\u2019\u00e9veil<\/em> de l\u2019Esprit Nouveau, des premiers \u00e9crits messianiques et du premier concile historique bouddhiste aux premi\u00e8res pers\u00e9cutions.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La mont\u00e9e du dieu nouveau<\/em><\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9sormais, seul, ce syncr\u00e9tisme Serpent-Taureau se maintiendra en face de la chr\u00e9tient\u00e9, sauf au c\u0153ur du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb (X<sup>e<\/sup> et XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles) o\u00f9, dans le monde entier, en Inde comme en Afrique, en Espagne comme en Palestine, l\u2019Islam devra c\u00e9der devant le Dieu.<\/p>\n<p>Or, il se trouve qu\u2019en Orient et en Occident, bouddhisme et christianisme vont suivre, synchroniquement, deux \u00e9volutions parall\u00e8les.<\/p>\n<p>En 60-70 apr\u00e8s J.-C., les premi\u00e8res communaut\u00e9s bouddhiques s\u2019installent en Chine\u00a0; le christianisme p\u00e9n\u00e8tre \u00e0 Rome avec Saint Paul.<\/p>\n<p>Aux II<sup>e<\/sup> et III<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, le bouddhisme chinois lutte contre le confucianisme et le tao\u00efsme\u00a0; le christianisme, contre les religions romaines et juives.<\/p>\n<p>Le premier souverain protecteur du bouddhisme en Chine est Che-Hou (330)\u00a0; le premier protecteur romain du christianisme, Constantin (312-337). Le second protecteur du bouddhisme est Fou Kien (380)\u00a0; le retour du christianisme \u00e0 Rome suit l\u2019apostasie de Julien et se situe en 364. D\u00e8s la fin du r\u00e8gne de Th\u00e9odose (379-395), on peut dire que le christianisme est religion souveraine \u00e0 Rome. En 405, sur dix familles chinoises, neuf suivent l\u2019enseignement de la foi nouvelle.<\/p>\n<p>Tout au long des V<sup>e<\/sup> et VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, on voit de m\u00eame les \u00ab\u00a0barbares\u00a0\u00bb se convertir au dieu nouveau, tant en Orient qu\u2019en Occident. Puis, alors que s\u2019affirme la puissance croissante de Byzance et de Rome, la dynastie des Souei (589) et celle des Tang (618) assurent au bouddhisme sa plus grande expansion. C\u2019est le temps des premi\u00e8res missions chr\u00e9tiennes dans les pays celtes et nordiques, et le temps du c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0voyage\u00a0\u00bb de Hiuan-Tsang en Asie Centrale (630). C\u2019est, mat\u00e9riellement, le d\u00e9but de la puissance byzantine qui, trois si\u00e8cles plus tard, \u00e9galera l\u2019ancien empire d\u2019Alexandre, du sud de l\u2019Italie jusqu\u2019au pays des Parthes et le d\u00e9but de la nouvelle puissance chinoise, avec le rattachement de la Mongolie \u00e0 l\u2019Empire (630), la client\u00e8le acquise du Tibet (641), la soumission de Tourfan, Karachahr, Koutcha, Khotan (entre 640 et 648), tandis que des liens plus \u00e9troits se nouent avec l\u2019Inde (643) et avec l\u2019empire sassanide (649).<\/p>\n<p>La fin des dynasties des Tang ne marquera pas la fin de cette expansion\u00a0; et le bouddhisme, puissant sous les Song (960-1127), ne commencera d\u2019\u00eatre combattu qu\u2019au d\u00e9but du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, par les ouvrages philosophiques de Tchou-Hi (mort en 1220), puis par les conqu\u00eates mongoles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Le bouddhisme chinois<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il nous faut retarder l\u2019analyse de la religion bouddhique, dont l\u2019\u00e9tude se situe normalement dans le cadre d\u2019une \u00e9tude des religions de l\u2019Inde (car elle n\u2019est, d\u2019une certaine mani\u00e8re, qu\u2019une des expressions de la conception indienne de l\u2019\u00e9ternel retour). Mais, en Chine, son \u00e9volution pr\u00e9sente des caract\u00e8res tr\u00e8s d\u00e9finis, qui la distinguent de la religion indienne et, peut-\u00eatre, la rendent plus comparable aux religions du Christ dans le rythme de cette \u00e9volution comme dans son esprit.<\/p>\n<p>De m\u00eame que le christianisme des premiers si\u00e8cles ne se laisse pas ais\u00e9ment distinguer des autres cultes et mythes grecs, \u00e9gyptiens et romains (S\u00e9rapis, Herm\u00e8s), le bouddhisme chinois des II<sup>e<\/sup> et III<sup>e<\/sup> si\u00e8cles demeure \u00e9troitement li\u00e9 aux mythes canc\u00e9riques du Tao\u00efsme. A tel point que les premiers textes bouddhiques \u00e9taient interpr\u00e9t\u00e9s dans le sens des id\u00e9es de Lao-Tseu et que les mots des deux vocabulaires purent \u00eatre indiff\u00e9remment pris l\u2019un pour l\u2019autre\u00a0: \u00ab\u00a0Tao\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0Bodhi\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Wou Wei\u00a0\u00bb (le non-agir) pour \u00ab\u00a0Nirvana\u00a0\u00bb, etc.<\/p>\n<p>Religion reconnue \u00e0 la fin des Trois Royaumes (284 apr\u00e8s J.-C.), le bouddhisme allait, sous l\u2019influence indienne, revenir aux sources du Mythe vers 335. Tout le temps des invasions barbares, jusqu\u2019au VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, cet enseignement ne cessa non seulement de s\u2019\u00e9panouir mais de s\u2019\u00e9purer \u2014 jusqu\u2019aux missions de Hiuan-Tsang, de Yi-Tsing (631-713) et de beaucoup d\u2019autres, dont l\u2019activit\u00e9 missionnaire fut \u00e9galement consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>Une des marques essentielles de l\u2019esprit des Poissons est son caract\u00e8re matriarcal (le Signe lui-m\u00eame \u00e9tant f\u00e9minin)\u00a0; et cela nous explique aussi bien les r\u00e9gences de femmes dans les royaumes chr\u00e9tiens que les Imp\u00e9ratrices byzantines. Il est remarquable que l\u2019apog\u00e9e du bouddhisme en Chine fut annonc\u00e9 par la r\u00e9gence de Wou-Ts\u00f6-t\u2019ien (660), imp\u00e9ratrice \u00e0 partir de 690. Au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent, la br\u00e8ve r\u00e9gence de la reine Hou des T\u2019O-pa avait montr\u00e9 l\u2019exemple\u00a0; bien que tyrannique et cruelle, cette souveraine n\u2019en avait pas moins \u00e9t\u00e9 bouddhiste convaincue, grande b\u00e2tisseuse de monast\u00e8res et de bonzeries.<\/p>\n<p>Les deux grandes doctrines du bouddhisme indien, H\u00eenay\u00e2na, le \u00ab\u00a0petit v\u00e9hicule\u00a0\u00bb (qui met l\u2019accent sur le salut personnel) et le Mah\u00e2y\u00e2na, ou \u00ab\u00a0grand v\u00e9hicule\u00a0\u00bb (qui tend \u00e0 la lib\u00e9ration de soi-m\u00eame dans l\u2019universel) se retrouvent \u00e9galement en Chine, o\u00f9 la seconde doctrine l\u2019emporte rapidement<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Elle entra\u00eenait la croyance aux incarnations successives des dieux (conception orientale de l\u2019\u00e9ternel retour), en m\u00eame temps qu\u2019aux incarnations successives de l\u2019homme en marche vers le Nirvana. Ces incarnations divines ou mythiques prirent le nom de Bodhisattavas, qui les distinguait du Bouddha originel. L\u2019une de ces Bodhisattavas, Avalokite\u00e7vara, re\u00e7ue en Chine sous le nom de Kouan-Cheu Yin (ou Kouan-Yin) y devint tr\u00e8s vite une divinit\u00e9 essentielle, \u00e0 laquelle les confucianistes rattach\u00e8rent naturellement le Yin ancestral, f\u00e9minin et discontinu.<\/p>\n<p>Repr\u00e9sent\u00e9e par les peintres et les sculpteurs comme une \u00ab\u00a0nautonni\u00e8re\u00a0\u00bb, d\u00e9esse des Poissons, Kouan-Yin appara\u00eet \u00e9galement, soit seule et sauvant d\u2019un naufrage des barques ou des hommes, soit assise sur un lotus, symbole de la Vierge, et tenant dans ses bras un petit enfant souriant. On la reconna\u00eet aujourd\u2019hui encore dans la seule femme parmi les huit Immortels\u00a0: la Demoiselle Immortelle Ho<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Les deux grandes tendances qui se font jour dans le christianisme \u00e0 partir du IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0: apostolat dans le monde ou retraite en Dieu (pr\u00eatres ou moines) recouvrent sensiblement la m\u00eame contradiction. Mais, en Occident, la doctrine du \u00ab\u00a0salut personnel\u00a0\u00bb devait l\u2019emporter.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Les sept autres Immortels sont Ti\u00e9-Koua\u00ef Li (le voyageur \u00e0 la b\u00e9quille de fer, b\u00e9lique, comme tous les grands boiteux, Jacob ou Vulcain)\u00a0; Han-Tchoug-Li, pr\u00e9sent\u00e9 comme ayant v\u00e9cu sous les Xia (mythe\u00a0: le Taureau)\u00a0; Lu-Toug-pin, le Joueur aux visages changeants, porteur de l\u2019Ep\u00e9e volante avec laquelle il tua le Serpent Jaune (symbole trop clair des G\u00e9meaux)\u00a0; Han Siang-Tseu, dont nous savons peu de chose\u00a0; Tchang Kouo-Lao, vieillard dont l\u2019\u00e2ne magique pourrait \u00eatre l\u2019image d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9e de l\u2019antique cheval solaire\u00a0; T\u2019sao Kou-Kieou et Lan T\u2019sai-ho (qu\u2019emporte au ciel une cigogne\u00a0?).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Les Mongols<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Parmi les concordances les plus surprenantes qu\u2019offre l\u2019histoire mondiale est assur\u00e9ment la parution au m\u00eame moment, tout \u00e0 la fin du XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, de trois ouvrages qui sonn\u00e8rent le glas de l\u2019Esprit Nouveau. En Europe, le livre de Joachim de Flore\u00a0; en Chine, les ouvrages de Tchou-Hi\u00a0; dans l\u2019Inde, ceux de Ramanuja. Le premier annon\u00e7ait la fin de la chr\u00e9tient\u00e9, les deux autres la d\u00e9cadence du bouddhisme et le retour au confucianisme en Chine, \u00e0 l\u2019hindouisme dans l\u2019Inde. Nous savons ce qu\u2019il en advint de la chr\u00e9tient\u00e9 en Occident. Dans l\u2019Inde, o\u00f9 une attaque des Turcs au d\u00e9but du XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle n\u2019avait eu aucune cons\u00e9quence durable, on peut dater les grandes conqu\u00eates musulmanes de la victoire de Mohamed de Gh\u00fbr en 1192. Au si\u00e8cle suivant, la Chine tombera au pouvoir des Mongols et devra subir leurs mythes et leurs dieux.<\/p>\n<p>De ces derniers, ce n\u2019est pas l\u2019instant de parler encore. Il doit suffire de noter que les Mongols, pas plus que les Huns, n\u2019\u00e9taient les \u00ab\u00a0hommes sans dieu\u00a0\u00bb qu\u2019on se repr\u00e9sente volontiers. Au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Marco Polo leur pr\u00eatera une divinit\u00e9 \u00e0 la fois solaire et b\u00e9lique, Nacigay, \u00ab\u00a0dieu terrien des enfants, des b\u00eates et des bl\u00e9s\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Mais, en fait, leurs croyances \u00e0 cette \u00e9poque, sont tout autant cosmiques que celles des Parsis (les derniers servants du Feu), des Japonais ou des azt\u00e8ques, comme celles de leurs anc\u00eatres, les Huns, avaient ressembl\u00e9 aux croyances des Celtes, des M\u00e8des et des Perses deux mille ans plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Nous avons indiqu\u00e9 comment les sept encoches du bouleau que gravissait l\u2019apprenti-chaman r\u00e9pondaient aux sept couleurs d\u2019Ecbatane, aux sept \u00ab\u00a0seuils\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9chelle mithra\u00efque. Au lendemain du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb des Poissons, une huiti\u00e8me encoche apparaissait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>A la m\u00eame \u00e9poque, en Inde, les servants de la Bhakti pr\u00e9voient la dixi\u00e8me mue de Vichnou et les bouddhistes savaient le nom, Maitr\u00eaya, de la huiti\u00e8me mue du Bouddha \u00ab\u00a0qui versera l\u2019eau\u00a0\u00bb, le vase qu\u2019il tient \u00e0 la main \u00e9tant le symbole m\u00eame sous lequel nous repr\u00e9sentons le Signe du Verseau.<\/p>\n<p>On admet cette science des Indiens (des M\u00e8des, des Perses\u2026)\u00a0; elle surprend de la part des Mongols. Mais il faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence. Pas plus que les Celtes et les Mayas, les Ouralo-alta\u00efques n\u2019ont ignor\u00e9 les lois de l\u2019\u00e9ternel retour.<\/p>\n<p>Alors que s\u2019achevait la Grande Ann\u00e9e du Lion et que d\u00e9p\u00e9rissait le Royaume des Poissons, alors que symboles et mythes g\u00e9miques resurgissaient dans le Saint-Empire (l\u2019Aigle \u00e0 deux t\u00eates), \u00e0 Byzance (la dialectique manich\u00e9enne) et dans toute l\u2019Am\u00e9rique du Sud (Mayas, Azt\u00e8ques), des plaines de l\u2019Asie Centrale naissait l\u2019impr\u00e9visible raz de mar\u00e9e qui allait submerger la Chine, la Perse, la Russie et la moiti\u00e9 de l\u2019Europe. L\u2019homme qui cr\u00e9ait ce mouvement et le conduisait \u00e0 la victoire, Gengis-Khan, choisissait pour embl\u00e8me l\u2019oiseau g\u00e9mique par excellence\u00a0: le Faucon.<\/p>\n<p>Or, le premier ennemi que Gengis-Khan dut vaincre \u00e9tait le chef des Kera\u00eft, dont le clan \u2014 plus de cent mille guerriers \u2014 \u00e9tait bouddhiste et nestorien, et dont l\u2019empire avait domin\u00e9 en Asie Centrale tout le temps du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb chr\u00e9tien, du d\u00e9but du X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 la fin du XII<sup>e<\/sup>. En 1248, Andr\u00e9 de Longjumeau, envoy\u00e9 de Saint Louis, croira voir en ce chef, grand-p\u00e8re du souverain mongol Guyuk, le l\u00e9gendaire Pr\u00eatre Jean, tandis que l\u2019historien oriental Barhebraeus fera de lui \u00ab\u00a0un pr\u00eatre nestorien qui s\u2019\u00e9leva et se fit roi\u00a0\u00bb. Assez vite, toutefois, ces l\u00e9gendes seront combattues. Odoric attestera qu\u2019il n\u2019y a pas \u00ab\u00a0la centi\u00e8me partie de vrai \u00e0 tout ce qu\u2019on a dit du Pr\u00eatre Jean\u00a0\u00bb. Bient\u00f4t, les \u00e9crivains occidentaux de la Renaissance attacheront le nom de Pr\u00eatre Jean aux souverains \u00e9thiopiens de la dynastie chr\u00e9tienne des Zagu\u00e8s (dont la fin, \u00e9galement, se situe au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle).<\/p>\n<p>L\u2019historien contemporain a donc beau jeu de railler cette l\u00e9gende. Mais, s\u2019il \u00e9tait na\u00eff de vouloir comparer le culte syncr\u00e9tique d\u2019une peuplade tartare \u00e0 la minutieuse liturgie de Rome, que penser et que dire d\u2019une sp\u00e9cialisation si \u00ab\u00a0compartiment\u00e9e\u00a0\u00bb qu\u2019elle a pu d\u00e9rober aux historiens l\u2019universelle et synchronique \u00e9volution des Mythes, identiques pour le monde entier dans les m\u00eames temps\u00a0?<\/p>\n<p>En ce XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, en effet, o\u00f9 le bouddhisme doit c\u00e9der en Inde devant la conqu\u00eate musulmane, en Chine devant la conqu\u00eate mongole, les derniers \u00ab\u00a0nestoriens\u00a0\u00bb disparaissent de la Perse, la chr\u00e9tient\u00e9 \u00e9clate, l\u2019Islam reconquiert toute sa puissance, au Moyen-Orient comme au c\u0153ur de l\u2019Afrique noire. Un affolement tragique, cons\u00e9cutif \u00e0 la brusque fin du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb, surprend de m\u00eame et d\u00e9concerte toutes les races de la terre.<\/p>\n<p>Au Bengale, rena\u00eet le culte de Krishna, en Afrique le mythe du Taureau (notamment, chez les Peulhs). Au Japon, le dieu Susanoo, li\u00e9 aux cultes solaire et lunaire, devient le d\u00e9mon de la Pestilence et s\u2019identifie \u00e0 G\u00f4za-Tenn\u00f4, le roi c\u00e9leste \u00e0 la t\u00eate b\u0153uf<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>En d\u2019autres points du globe, ce fut par une alliance avec les dieux jumeaux que le Serpent surv\u00e9cut.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> MARCO POLO\u00a0: <em>Le devisement du Monde<\/em> (1928), traduit par A. t\u2019Serstevens, Albin Michel.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> M. N. MATSUMOTO, <em>Mythologie japonaise<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Quetzalc\u00f3atl<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Nous ne savons que peu de chose du \u00ab\u00a0moyen \u00e2ge\u00a0\u00bb maya au Mexique, sinon que les ma\u00eetres de l\u2019heure en Am\u00e9rique Centrale, Tolt\u00e8ques et Olm\u00e8ques, nous ont laiss\u00e9 des \u0153uvres (statuettes, principalement) dont le d\u00e9pouillement, la spiritualit\u00e9 rappellent d\u2019une mani\u00e8re frappante l\u2019art sum\u00e9rien du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb taurique (ant\u00e9rieur de quatre mill\u00e9naires). A la m\u00eame \u00e9poque \u2014 IX<sup>e<\/sup> et X<sup>e<\/sup> si\u00e8cles \u2014 l\u2019art roman des pays chr\u00e9tiens et l\u2019art \u00ab\u00a0Song\u00a0\u00bb en Chine expriment la m\u00eame puret\u00e9 et la m\u00eame innocence, caract\u00e8res essentiels de tout \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Or, dans les r\u00e9cits que Bernardino de Sahagun a rapport\u00e9s de l\u2019exp\u00e9dition de Cortez au Mexique<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, le saint tolt\u00e8que Kukulkan (dont les Azt\u00e8ques feront Quetzalc\u00f3atl) appara\u00eet\u00a0 bien comme un \u00ab\u00a0double\u00a0\u00bb du Christ et du Bouddha, tandis qu\u2019accompagn\u00e9 \u00ab\u00a0de boiteux, de bossus et de nains\u00a0\u00bb, il parcourt l\u2019Am\u00e9rique Centrale en pr\u00eachant le d\u00e9nuement, le don de soi et l\u2019entraide. Mais, en franchissant les cols de la Sierra Nevada, il perdra ses disciples, qui mourront de froid. Ayant \u00ab\u00a0pleur\u00e9 longuement leur mort\u00a0\u00bb, le saint poursuivra seul son apostolat<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Sa disparition est des plus singuli\u00e8res\u00a0: elle r\u00e9unit dans un seul mythe le caract\u00e8re marin des \u00ab\u00a0Poissons\u00a0\u00bb et l\u2019ancestrale l\u00e9gende de la victoire du Signe.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> BERNARDINO DE SAHAGUN, <em>Historia de las Casas de la Nueva Espa\u00f1a<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Le boiteux est un symbole b\u00e9lique, le bossu un symbole taurique, le nain un symbole canc\u00e9rique\u00a0: aucun des trois ne survit au Froid du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb, o\u00f9 le dieu des Poissons se meut \u00e0 l\u2019aise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Quetzalc\u00f3atl<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Nous ne savons que peu de chose du \u00ab\u00a0moyen \u00e2ge\u00a0\u00bb maya au Mexique, sinon que les ma\u00eetres de l\u2019heure en Am\u00e9rique Centrale, Tolt\u00e8ques et Olm\u00e8ques, nous ont laiss\u00e9 des \u0153uvres (statuettes, principalement) dont le d\u00e9pouillement, la spiritualit\u00e9 rappellent d\u2019une mani\u00e8re frappante l\u2019art sum\u00e9rien du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb taurique (ant\u00e9rieur de quatre mill\u00e9naires). A la m\u00eame \u00e9poque \u2014 IX<sup>e<\/sup> et X<sup>e<\/sup> si\u00e8cles \u2014 l\u2019art roman des pays chr\u00e9tiens et l\u2019art \u00ab\u00a0Song\u00a0\u00bb en Chine expriment la m\u00eame puret\u00e9 et la m\u00eame innocence, caract\u00e8res essentiels de tout \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Or, dans les r\u00e9cits que Bernardino de Sahagun a rapport\u00e9s de l\u2019exp\u00e9dition de Cortez au Mexique<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, le saint tolt\u00e8que Kukulkan (dont les Azt\u00e8ques feront Quetzalc\u00f3atl) appara\u00eet\u00a0 bien comme un \u00ab\u00a0double\u00a0\u00bb du Christ et du Bouddha, tandis qu\u2019accompagn\u00e9 \u00ab\u00a0de boiteux, de bossus et de nains\u00a0\u00bb, il parcourt l\u2019Am\u00e9rique Centrale en pr\u00eachant le d\u00e9nuement, le don de soi et l\u2019entraide. Mais, en franchissant les cols de la Sierra Nevada, il perdra ses disciples, qui mourront de froid. Ayant \u00ab\u00a0pleur\u00e9 longuement leur mort\u00a0\u00bb, le saint poursuivra seul son apostolat<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Sa disparition est des plus singuli\u00e8res\u00a0: elle r\u00e9unit dans un seul mythe le caract\u00e8re marin des \u00ab\u00a0Poissons\u00a0\u00bb et l\u2019ancestrale l\u00e9gende de la victoire du Signe sur le Serpent<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Sentant sa fin prochaine, Kukulkan se construit un radeau de \u00ab\u00a0couleuvres\u00a0\u00bb et s\u2019y assied comme dans une barque\u00a0; puis, lentement, l\u2019embarcation d\u00e9rive vers la mer\u2026<\/p>\n<p>Il faut dispara\u00eetre pour r\u00e9appara\u00eetre, mourir pour na\u00eetre \u00e0 nouveau. Cet enseignement de Saint Paul et des premiers P\u00e8res de l\u2019Eglise fut \u00e9galement celui de Quetzalc\u00f3atl. De sorte que les Indiens attendaient son retour. Les Azt\u00e8ques eux-m\u00eames, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de Cortez, crurent d\u2019abord \u00e0 sa r\u00e9surrection. Bien qu\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, cette croyance devait durer assez longtemps pour que cinq cents conquistadors viennent \u00e0 bout de cinquante mille guerriers d\u2019\u00e9lite.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> BERNARDINO DE SAHAGUN, <em>Historia de las Casas de la Nueva Espa\u00f1a<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Le boiteux est un symbole b\u00e9lique, le bossu un symbole taurique, le nain un symbole canc\u00e9rique\u00a0: aucun des trois ne survit au Froid du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb, o\u00f9 le dieu des Poissons se meut \u00e0 l\u2019aise.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> De m\u00eame, dans les <em>Actes<\/em>, Saint Paul, piqu\u00e9 par une vip\u00e8re, n\u2019en \u00e9prouve aucun mal.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Le Serpent \u00e0 plumes<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ma\u00eetres de la majeure partie de l\u2019antique empire maya \u00e0 partir du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (vers 1225), les Azt\u00e8ques avaient fait de Quetzalc\u00f3atl leur principale divinit\u00e9 en lui \u00f4tant cependant tout caract\u00e8re \u00ab\u00a0n\u00e9o-chr\u00e9tien\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Ils avaient \u00e9galement, du reste, emprunt\u00e9 aux anciens Mayas l\u2019essentiel de leur panth\u00e9on et, notamment, \u00ab\u00a0l\u2019esprit g\u00e9mique\u00a0\u00bb, dont ils color\u00e8rent leurs mythes et leurs cultes.<\/p>\n<p>Comme les Mayas reconnaissaient un dieu solaire, le jumeau Hunhapu, et la survivance canc\u00e9rique des Cam\u00e9, les Azt\u00e8ques eurent un dieu solaire, Huitzilpochtli (Totec) et un dieu de la pluie, Tlaloc. Mais le grand-pr\u00eatre du premier dieu portait le nom de Quetzalc\u00f3atl-Totec-Tlamaczqui\u00a0; le grand-pr\u00eatre du second, le nom de Quetzalc\u00f3atl-Tlaloc-Tlamacazqui\u00a0; si bien que Quetzalc\u00f3atl \u00ab\u00a0coiffait\u00a0\u00bb en quelque sorte les deux divinit\u00e9s. Dieu de la pluie, il \u00e9tait serpent\u00a0; dieu du soleil, condor\u00a0; \u00e0 la fois reptile et oiseau (comme le fabuleux Herm\u00e8s grec<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>)\u00a0: le Serpent \u00e0 plumes.<\/p>\n<p>Appliqu\u00e9s \u00e0 \u00ab\u00a0vivre\u00a0\u00bb le mythe ambigu, les Azt\u00e8ques l\u2019incarnaient dans l\u2019organisation de leur cit\u00e9, de leurs cultes et de leur arm\u00e9e m\u00eame\u00a0: aux guerriers du Soleil, les chevaliers-aigles, s\u2019opposaient les guerriers de la Lune, les chevaliers-jaguars. Enfin, leur calendrier, comme celui des anciens Mayas comportait certains mois d\u00e9di\u00e9s au Soleil, d\u2019autres mois \u00e0 la Lune.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s notre tableau de concordances, la premi\u00e8re mue des G\u00e9meaux dut s\u2019achever entre 1450 et 1500. Or, dans ces m\u00eames ann\u00e9es, qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent la venue de Cortez, le roi Montezuma re\u00e7ut un jour en pr\u00e9sent un \u00ab\u00a0oiseau de couleur noire et de la grosseur d\u2019une grue\u00a0\u00bb. Le roi se trouvait dans une salle de son palais. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait l\u2019apr\u00e8s-midi. L\u2019oiseau avait au milieu de la t\u00eate un miroir rond dans lequel on apercevait le ciel et les \u00e9toiles, en particulier les G\u00e9meaux. Puis, dans le miroir, apparut une foule de gens \u00e0 cheval puissamment arm\u00e9s\u2026\u00a0\u00bb Montezuma fit aussit\u00f4t chercher ses pr\u00eatres pour qu\u2019ils lui expliquent le prodige\u00a0; mais, tandis qu\u2019ils r\u00e9fl\u00e9chissaient, l\u2019oiseau disparut.<\/p>\n<p>De ce moment, il semble que l\u2019empire azt\u00e8que se sut condamn\u00e9. Il y avait d\u00e9j\u00e0 un si\u00e8cle qu\u2019il vivait (ou se survivait) dans l\u2019attente de cette fin, et que le peuple s\u2019entra\u00eenait \u00e0 subir la \u00ab\u00a0grande \u00e9preuve\u00a0\u00bb en d\u00e9truisant, tous les cinquante-deux ans, le peu de biens (meubles, poteries, v\u00eatements) qu\u2019il poss\u00e9dait<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait au cours de cette c\u00e9r\u00e9monie de la Fin qu\u2019une victime volontaire \u00e9tait amen\u00e9e au sanctuaire d\u2019Uixachtlan et sacrifi\u00e9e devant le peuple assembl\u00e9. A la vue de tous, le Grand Pr\u00eatre ranimait la Flamme sacr\u00e9e en y jetant le c\u0153ur de la victime.<\/p>\n<p>Les Espagnols \u2014 qui surent an\u00e9antir deux peuples au prix de quelques trahisons \u2014 s\u2019indignaient particuli\u00e8rement de ces sacrifices humains, \u00ab\u00a0inutiles et cruels\u00a0\u00bb. Ils \u00e9taient cruels, c\u2019est vrai, et les Azt\u00e8ques ne l\u2019ignoraient pas, qui choyaient comme un dieu la victime volontaire pendant les mois qui pr\u00e9c\u00e9daient le sacrifice\u00a0; mais leurs pr\u00eatres ne jugeaient pas qu\u2019ils fussent inutiles, car il s\u2019agissait pour eux d\u2019alimenter par une lib\u00e9ration de l\u2019\u00e9nergie humaine (dont le c\u0153ur \u00e9tait le foyer) l\u2019\u00e9nergie d\u00e9faillante des dieux.<\/p>\n<p>Cette notion d\u2019un \u00e9change \u00e9nerg\u00e9tique entre le Cosmos et l\u2019homme se retrouve au lendemain de chaque \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb. Nous verrons que, vers le IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., les Phrygiens esp\u00e9raient par des sacrifices humains restaurer la puissance de leurs dieux disparus ou moribonds. Au lendemain du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb taurique, Sum\u00e9riens et Akkadiens avaient pratiqu\u00e9 de m\u00eame (ensevelissement de l\u2019\u00e9pouse et des esclaves avec le mort\u00a0; holocaustes sanglants\u2026). Au lendemain du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb chr\u00e9tien, non seulement les Azt\u00e8ques mais les chr\u00e9tiens eux-m\u00eames attendent de la souffrance (mutilations, flagellations, asc\u00e8ses, autodaf\u00e9s\u2026) le catalyseur n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Simplement, il ne semble pas que les Europ\u00e9ens aient toujours compris pourquoi ils agissaient de la sorte, alors que les Azt\u00e8ques ne l\u2019ignoraient pas. Il n\u2019est que de comparer aux douces courbes et \u00e0 la pure sobri\u00e9t\u00e9 de l\u2019art olm\u00e8que la violence grima\u00e7ante de l\u2019art azt\u00e8que pour prendre conscience de ce que put \u00eatre le d\u00e9sespoir des Mexicains, lors du brusque passage du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb de Kukulkan-Quetzalc\u00f3atl \u00e0 l\u2019empire du Serpent \u00e0 plumes.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Cela se fit sans doute par \u00e9tapes. Ainsi, en Chine, les Mongols Yuan (1277-1367) avaient d\u2019abord tent\u00e9 de prolonger au-del\u00e0 du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb bouddhique l\u2019Esprit qui l\u2019avait anim\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> La ressemblance est encore plus pr\u00e9cise\u00a0: l\u2019embl\u00e8me de Tlaloc, comme celui d\u2019Herm\u00e8s, \u00e9tait fait de deux serpents enlac\u00e9s (SELER, <em>Codex Borgia<\/em>, I, fig. 229).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Afin de comprendre ce que signifiait ce \u00ab\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb de 52 ans, au terme duquel tout devait \u00eatre d\u00e9truit et restaur\u00e9, il faut savoir que l\u2019ann\u00e9e azt\u00e8que, emprunt\u00e9e aux Mayas, comportait 18 mois de 20 jours\u00a0: 360 jours, divis\u00e9s en 260 jours \u00ab\u00a0lunaires\u00a0\u00bb consacr\u00e9s au Serpent et 100 jours solaires. Ce calendrier semble avoir \u00e9t\u00e9 li\u00e9 \u00e0 l\u2019observation du cycle de la plan\u00e8te V\u00e9nus, tant\u00f4t \u00e9toile du Matin, tant\u00f4t \u00e9toile du Soir, dont l\u2019ann\u00e9e est de 584 jours. En sorte que, tous les 104 ans, le premier jour du calendrier v\u00e9nusien correspondait au jour initial du si\u00e8cle maya (moiti\u00e9 du cycle v\u00e9nusien).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La fin d\u2019un monde<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ils croyaient vivre les derniers jours d\u2019un dieu. Ils connaissaient, en fait, comme les Mongols, les derniers jours de trois divinit\u00e9s\u00a0: le mythe solaire avait achev\u00e9 sa \u00ab\u00a0grande ann\u00e9e\u00a0\u00bb depuis le XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les mythes g\u00e9miques venaient d\u2019entrer dans leur second cr\u00e9puscule, les mythes canc\u00e9riques, seuls survivants, allaient entrer bient\u00f4t dans leur troisi\u00e8me nuit.<\/p>\n<p>La seconde moiti\u00e9 du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle apporterait, au Mexique, la fin des derniers Azt\u00e8ques (1697)\u00a0; en Chine la domination des T\u2019sing (1644), qui devait, d\u2019une part, stopper l\u2019\u00e9volution de la culture chinoise, d\u2019autre part livrer le pays \u00e0 l\u2019Occident.<\/p>\n<p>En Europe, les rites agraires et la pratique de la magie blanche (g\u00e9miques) ont pris fin en m\u00eame temps que l\u2019Empire de Byzance (1453) et les derniers Mayas (1461). Seule, la magie noire, satanique (Satan = Serpent), continua de se faire des adeptes, principalement dans les cours seigneuriales et dans l\u2019Eglise elle-m\u00eame, tout au long des XVI<sup>e<\/sup> et XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. Au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ces pratiques cess\u00e8rent \u2014 si compl\u00e8tement qu\u2019en 1731 la peine de mort pour crime de sorcellerie put \u00eatre supprim\u00e9e en France. Vers 1800, ni au Mexique ni en Europe le Serpent n\u2019est plus ador\u00e9\u00a0; en Floride, il le sera encore jusque vers 1850, o\u00f9 les Am\u00e9ricains ach\u00e8veront de massacrer ses derniers adorateurs, les S\u00e9minoles.<\/p>\n<p>En Chine, berceau du Mythe, d\u00e8s le XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019influence des J\u00e9suites avait contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9tourner les T\u2019sing du Souverain d\u2019En-Haut. En 1840, alors que les Anglais interviennent en Extr\u00eame-Orient, la culture et les philosophies de l\u2019Occident balayent les derniers vestiges des \u00ab\u00a0superstitions\u00a0\u00bb ancestrales. Les grands penseurs du si\u00e8cle dernier, Yen Fou, Lin Chou, s\u2019y sont ralli\u00e9s bien avant que la R\u00e9publique (1911) entra\u00eene la Chine dans les voies de l\u2019esprit o\u00f9 les mythes canc\u00e9riques n\u2019ont plus le moindre sens.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/SERPENT001.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2377\" title=\"SERPENT001\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/SERPENT001.jpg\" alt=\"\" width=\"1188\" height=\"1554\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/SERPENT001.jpg 1188w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/SERPENT001-229x300.jpg 229w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/SERPENT001-782x1024.jpg 782w\" sizes=\"auto, (max-width: 1188px) 100vw, 1188px\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/SERPENT002.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2378\" title=\"SERPENT002\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/SERPENT002.jpg\" alt=\"\" width=\"1187\" height=\"707\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/SERPENT002.jpg 1187w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/SERPENT002-300x178.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/SERPENT002-1024x609.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1187px) 100vw, 1187px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Jean-Charles Pichon 1963<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>III LE SERPENT A PLUMES \u00a0 Dans son Signe, le Mythe s\u2019impose en une progression continue, qu\u2019il est donc ais\u00e9 d\u2019\u00e9tudier, du \u00ab\u00a0pressentiment\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb\u00a0; mais cette progression m\u00eame s\u2019exerce aux d\u00e9pens des autres mythes mutants, dont elle arr\u00eate ou &hellip; <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2364\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-2364","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-cycles-du-retour-eternel"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2364","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2364"}],"version-history":[{"count":14,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2364\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2382,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2364\/revisions\/2382"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2364"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2364"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2364"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}