{"id":2276,"date":"2012-08-27T17:44:32","date_gmt":"2012-08-27T15:44:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2276"},"modified":"2012-10-06T17:45:32","modified_gmt":"2012-10-06T15:45:32","slug":"les-jours-et-les-nuits-du-cosmos-les-pantheons-4-le-reveil-du-taureau","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2276","title":{"rendered":"LES JOURS ET LES NUITS DU COSMOS &#8211; LES PANTHEONS &#8211; 4 &#8211; LE REVEIL DU TAUREAU"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><strong>IV<\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong>LE REVEIL DU TAUREAU<\/strong><\/h2>\n<p align=\"center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019histoire de la religion taurique, en Sumer puis \u00e0 Babylone, nous avait laiss\u00e9 croire qu\u2019une religion s\u2019achevait au terme de quatre mille ans. Parce qu\u2019elle nous a permis de remonter plus haut dans le temps (jusqu\u2019\u00e0 7000 avant J.-C.), l\u2019histoire des G\u00e9meaux nous r\u00e9v\u00e8le qu\u2019il n\u2019en est rien\u00a0; ou que, du moins, cette \u00ab\u00a0mort\u00a0\u00bb du cinqui\u00e8me mill\u00e9naire peut n\u2019\u00eatre que provisoire, une sorte de \u00ab\u00a0cr\u00e9puscule\u00a0\u00bb, d\u2019o\u00f9 la tradition mythique rena\u00eetrait, encore vivante et cr\u00e9atrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, elle rena\u00eet diff\u00e9rente, moins pure, li\u00e9e \u00e0 d\u2019autres traditions, qui la d\u00e9forment ou la colorent d\u2019une mani\u00e8re inattendue, en sorte qu\u2019elle ne se laisse pas ais\u00e9ment distinguer parmi d\u2019autres panth\u00e9ons ou syncr\u00e9tismes. Un certain recul est n\u00e9cessaire pour la reconna\u00eetre, la suivre au fil des mill\u00e9naires. En ce qui concerne les G\u00e9meaux, le recul est \u00e0 peine suffisant\u00a0: il laisse appara\u00eetre une seule mutation, que d\u2019autres pourront suivre. En ce qui concerne le Taureau, le recul est presque nul.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019hypoth\u00e8se, pourtant, o\u00f9 l\u2019\u00e9ternel retour r\u00e9git le rythme des m\u00e9tamorphoses comme il r\u00e9git le rythme de la marche au \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb, l\u2019histoire des G\u00e9meaux nous enseigne que six ou sept si\u00e8cles de \u00ab\u00a0sommeil\u00a0\u00bb ou d\u2019absence s\u2019\u00e9coulent entre la fin de la religion-m\u00e8re et sa premi\u00e8re mutation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce cas, ce ne serait pas avant le 6<sup>\u00e8me<\/sup> ou m\u00eame le 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re que nous devrions trouver trace d\u2019une ou de plusieurs mues tauriques. Effectivement, du 1<sup>er<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. jusqu\u2019au 3<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C., le Taureau dispara\u00eet du monde entier (des panth\u00e9ons grecs et indiens eux-m\u00eames)\u00a0; c\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Babylone se la\u00efcise, o\u00f9, en Egypte, S\u00e9rapis remplace Apis, o\u00f9 les l\u00e9gions romaines rejettent l\u2019embl\u00e8me du Minotaure. Mais, d\u00e8s le 4<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C., le dieu ressuscite, timidement d\u2019abord, \u00e0 Doura-Europos sous le nom de Zeus-Kyrios<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> et sous le nom de Zeus-Belos (B\u00f4l) \u00e0 Palmyre<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, dieux primitivement solaires, assimil\u00e9s tardivement au Bel babylonien\u00a0; ou bien, sous les nouvelles dynasties sassanides, en Perse, comme victime sacr\u00e9e du dieu solaire Mithra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, victime en Iran, le Taureau se confond encore, en Jordanie et en Transjordanie, avec le dieu-serpent, le dieu-lune ou le dieu solaire, de sorte qu\u2019il n\u2019y a l\u00e0 que l\u2019\u00e9bauche d\u2019un r\u00e9veil, nullement une nouvelle religion. Plus int\u00e9ressante serait la mention, chez les Nabat\u00e9ens (arabes de Transjordanie) d\u2019un dieu secondaire, Dusar\u00e8s, identifi\u00e9 \u00e0 Dionysos. Saint Epiphane rattache ce dieu au Mithra perse en le faisant na\u00eetre un 25 d\u00e9cembre de la vierge Ka\u2019abou. Ador\u00e9 sous la forme d\u2019une pierre noire, il sera plus tard rapproch\u00e9 de l\u2019Allah musulman, et le nom Ka\u2019abou de la Ka\u2019aba de la Mecque. En fait, \u00ab\u00a0les noms propres nabat\u00e9ens attestent que le dieu Allah \u00e9tait v\u00e9n\u00e9r\u00e9 chez eux, tout comme chez les Palmyr\u00e9niens, mais ce ne sont que les inscriptions safa\u00eftiques qui fournissent ce nom divin \u00e0 l\u2019\u00e9tat isol\u00e9\u00a0\u00bb.<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers le m\u00eame temps, le panth\u00e9on indien r\u00e9cup\u00e8re l\u2019ancien Taureau. Apr\u00e8s un \u00ab\u00a0sommeil\u00a0\u00bb de quelques si\u00e8cles, la religion nouvelle, le bouddhisme, l\u2019accueille comme une incarnation de Bouddha\u00a0: Krishna, le dieu joueur, le jeune dieu bouvier aim\u00e9 des vach\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le h\u00e9ros taurique Hercule, Krishna \u00e9trangle, enfant, le serpent K\u00e2liya, qui l\u2019\u00e9touffait de ses anneaux\u00a0; comme Gilgamesh, il triomphe d\u2019un d\u00e9mon (Arishta) et de \u00c7iva lui-m\u00eame, l\u2019ancien dieu taurique, dont il est seul \u00e0 pouvoir bander l\u2019arc. Il faut noter cependant que les dieux solaires de m\u00eame (Indra, Odin, Osiris) combattent le Serpent. D\u2019autre part, dans la mesure o\u00f9 \u00c7iva, pr\u00e9cis\u00e9ment, est dieu-taureau, la victoire de Krishna sur lui ferait du jeune dieu un mythe solaire plut\u00f4t que taurique. Nous verrons qu\u2019\u00e9galement Krishna banda l\u2019arc d\u2019Indra, et que de nombreux traits le rattachent au cycle l\u00e9onin (solaire), si bien qu\u2019il se pr\u00e9sente comme un mythe ambigu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, il faut attendre le 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle pour qu\u2019une religion s\u2019impose en Inde, sinon nouvelle, du moins fond\u00e9e sur un syncr\u00e9tisme nouveau\u00a0: l\u2019hindouisme. N\u00e9e dans les derniers si\u00e8cles du Taureau (vers 250 avant J.-C.) et probablement suscit\u00e9e par les conqu\u00eates d\u2019Alexandre, fid\u00e8le servant de Mardouk, cette religion n\u2019avait d\u2019abord connu qu\u2019une audience limit\u00e9e avant de se fondre dans le bouddhisme et de se pr\u00e9senter comme un \u00ab\u00a0catalogue\u00a0\u00bb des mues du Bouddha. Sous l\u2019impulsion du mouvement \u00ab\u00a0bhakti\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, elle devait rena\u00eetre avec un tout autre caract\u00e8re, et l\u2019ancien dieu \u00c7iva y rev\u00eatir une importance croissante, jusqu\u2019\u00e0 \u00ab\u00a0coiffer\u00a0\u00bb et supplanter toutes les autres divinit\u00e9s v\u00e9diques.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Franz CUMONT\u00a0: <em>Fouilles de Doura-Europos<\/em>, Paris, 1920.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> SEYRIG\u00a0: S<em>yria<\/em>, XIV, 1932.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Ren\u00e9 DUSSAUD, opus cit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Dont le livre essentiel, la \u00ab\u00a0Bhagavad-G\u00eeta\u00a0\u00bb (le chant du bienheureux), est commun\u00e9ment dat\u00e9 du 3<sup>\u00e8me<\/sup> ou du 4<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>\u00c7iva<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019iconographie moderne de l\u2019Inde du Sud, \u00c7iva se pr\u00e9sente avec son \u00e9pouse Parvati (une des mues de l\u2019\u00e9nergie cosmique) sous l\u2019aspect d\u2019un couple divin mont\u00e9 sur le taureau Naudin. En l\u2019ancien dieu ressuscit\u00e9 se retrouvent tous les attributs du mythe primordial\u00a0: le membre viril et la double corne. Sous cet aspect, il est redevenu Indra-\u00c7iva, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u2019Enkil sum\u00e9rien, et les hymnes qui le chantent ont l\u2019accent que nous avons entendu vibrer dans le Livre de la Cr\u00e9ation\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Quand tu danses pour la conservation du monde, la terre battue par tes pieds tremble comme sur le point de p\u00e9rir, le ciel est pris de vertige, l\u2019arm\u00e9e des plan\u00e8tes est d\u00e9tourn\u00e9e (de sa marche) par le mouvement de tes bras et le firmament, que touche ta coiffure, est pr\u00eat \u00e0 s\u2019\u00e9crouler \u2014 tant para\u00eet contradictoire ta puissance, toujours d\u2019accord avec elle-m\u00eame, O Toi qui es au-del\u00e0 de tout et qui renfermes tout\u00a0!\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux d\u00e9buts de l\u2019hindouisme, \u00c7iva n\u2019\u00e9tait qu\u2019une mue de Vichnou, le dieu supr\u00eame, l\u2019Essence de l\u2019Univers\u00a0; par la suite, il se confondit avec le Ma\u00eetre des Dieux. En Indochine (empire Khmer), d\u00e8s le 7<sup>\u00e8me<\/sup> ou le 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le couple Vichnou-\u00c7iva formait le dieu unique Harihara. En Inde m\u00eame, au 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, \u00c7iva \u00e9tait nomm\u00e9 \u00ab\u00a0Vichnou plus que Vichnou\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Les \u00e2ges o\u00f9 se succ\u00e8dent plusieurs millions de dieux dans le ciel, o\u00f9 plusieurs Brahm\u00e2 meurent et o\u00f9 Vichnou lui-m\u00eame cesse d\u2019\u00eatre ne sont qu\u2019un des moments de \u00c7iva.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous les dieux, dira-t-on, se retrouvent dans l\u2019Inde\u00a0! C\u2019est vrai, et nous verrons pourquoi. Il est \u00e9galement vrai qu\u2019aucun de ces dieux ne s\u2019arrache au \u00ab\u00a0cycle des ann\u00e9es\u00a0\u00bb, dont il est le captif, assez longtemps pour que l\u2019observateur occidental puisse l\u2019isoler nettement de ses rivaux\u00a0: les dieux morts sont toujours sur le point de rena\u00eetre\u00a0; renaissants, de mourir. Pour ces raisons, il faut chercher ailleurs qu\u2019en Inde l\u2019\u00e9quivalent de ce que fut la survie g\u00e9mique en Acha\u00efe puis en Gr\u00e8ce.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Cit\u00e9 par Ren\u00e9 GROUSSET\u00a0: <em>Les religions d\u2019Orient<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Le grand th\u00e9ologien de cette p\u00e9riode fut l\u2019Indien Ramanuja, qui v\u00e9cut aux 12<sup>\u00e8me<\/sup> et 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles. De la m\u00eame \u00e9poque sont dat\u00e9s les Bhagavatas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Le Croissant<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les plus anciens vestiges de la \u00ab\u00a0mue ach\u00e9enne\u00a0\u00bb remontent en fait bien au-del\u00e0 de cette mue elle-m\u00eame, jusqu\u2019au royaume de Kish (entre 3200 et 2800 avant J.-C.), dont nous savons que l\u2019un des dieux fut l\u2019Etre aux deux lions, Gish-Zi-da, le futur dieu de Lagash.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque et en ce lieu, le syncr\u00e9tisme h\u00e9r\u00e9tique \u00ab\u00a0lion-g\u00e9meaux\u00a0\u00bb se retrouverait mille ans plus tard dans la capitale du roi Goud\u00e9a, puis \u00e0 Myc\u00e8nes, la ville pr\u00e9hell\u00e9nique et jusque dans la ville philistine Hazor. Le Taureau, puis le B\u00e9lier s\u2019y ajouteraient sans d\u00e9truire le th\u00e8me g\u00e9mique et solaire dont Castor et Pollux demeurent l\u2019illustration l\u00e9gendaire et l\u2019Aigle Double l\u2019embl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette croyance commune nous a conduits \u00e0 d\u00e9couvrir un lien entre les Gout\u00e9ens (2200-2000), les Peuples de la Mer (1400-1200), les Philistins (1200-1000) et, pour finir, les Ath\u00e9niens et les Spartiates\u00a0; de m\u00eame, d\u2019autres croyances communes rattachent des peuples qu\u2019\u00e0 premi\u00e8re vue on ne songerait pas \u00e0 rapprocher. Elles concernent toutes un syncr\u00e9tisme du Cancer (la Grande M\u00e8re, le Lune) et du Taureau, El ou Hadad, connu de tous les peuples de la M\u00e9diterran\u00e9e d\u00e8s le 2<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire. En effet, le dieu babylonien de la lune, Sin, \u00e9tait appel\u00e9 \u00ab\u00a0le puissant veau d\u2019Enlil\u00a0\u00bb et Nannar, le dieu lunaire d\u2019Our\u00a0: \u00ab\u00a0le puissant taureau du ciel, fils le plus remarquable d\u2019Enlil.\u00a0\u00bb Dans l\u2019Egypte du Moyen Empire, la divinit\u00e9 de la lune \u00e9tait \u00e9galement dite \u00ab\u00a0le taureau des \u00e9toiles\u00a0\u00bb.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le symbole parlant en \u00e9tait le croissant, que le Livre des Juges nous montre port\u00e9 par les Ammonites, ennemis des H\u00e9breux<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, et que nous voyons tout au long du 1<sup>er<\/sup> mill\u00e9naire, d\u00e9corant le front d\u2019Isis, la d\u00e9esse \u00e9gyptienne, d\u2019Ishtar, la d\u00e9esse assyrienne, d\u2019Ashtar, la d\u00e9esse ph\u00e9nicienne, et de la d\u00e9esse carthaginoise Tanit. Le croissant d\u2019une part \u00e9voque la lune, d\u2019autre part les cornes du taureau.<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, l\u2019h\u00e9r\u00e9sie \u00e9l\u00e9phantine, aux premiers si\u00e8cles avant J.-C., consistait en une alliance de ce dieu \u00ab\u00a0Cancer-Taureau\u00a0\u00bb et du b\u00e9lier beth\u00e9lien, sous le nom de Bethel, Harambethel, Ash\u00fbmbethel et de la d\u00e9esse lunaire Anat, comme l\u2019h\u00e9r\u00e9sie de Lagash, sous Goud\u00e9a, avait consist\u00e9 en un syncr\u00e9tisme du dieu \u00ab\u00a0Lion-G\u00e9meaux\u00a0\u00bb et du Taureau d\u2019Ourouk.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce parall\u00e9lisme conduit tout naturellement \u00e0 rechercher une \u00e9quivalence \u00e0 la renaissance des G\u00e9meaux (vers 1500 avant J.-C., \u00e0 Myc\u00e8nes) dans une renaissance probable du Taureau qui se serait situ\u00e9e 2150 ans plus tard, vers 600-650 de notre \u00e8re, et aurait recueilli \u00e0 la fois le Croissant (lune-taureau) et le B\u00e9lier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On en trouve sans peine la trace. Impr\u00e9gn\u00e9e de l\u2019esprit biblique et symbolis\u00e9e par le Croissant m\u00eame, cette religion existe. Son origine, l\u2019H\u00e9gire, est dat\u00e9e de 622.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ce premier lien entre Bethel et la Mecque, s\u2019ajoute un autre symbole permanent\u00a0: la Pierre Noire, d\u00e9j\u00e0 connue des Phrygiens et ador\u00e9e \u00e0 Pessinonte comme une image aniconique de la Grande M\u00e8re.<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre pierre noire avait \u00e9t\u00e9 l\u2019autel du culte h\u00e9r\u00e9tique de Bethel (o\u00f9, nous le savons, v\u00e9curent les H\u00e9t\u00e9ens, premiers occupants du royaume b\u00e9lique de Colchide)\u00a0; plus exactement, Bethel \u00e9tait cette pierre m\u00eame. Apr\u00e8s son r\u00eave proph\u00e9tique, \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9tant lev\u00e9 de bon matin, Jacob prit la pierre (dont il avait fait son chevet), la dressa pour monument et versa de l\u2019huile sur son sommet. Il nomma ce lieu Bethel, car primitivement la ville s\u2019appelait Luz.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, cette pierre beth\u00e9lienne (multipli\u00e9e) allait demeurer un objet de culte pour les arabes nabat\u00e9ens de la Transjordanie et les Safa\u00eftes de l\u2019est du Hauran. En Nabat\u00e8ne, le b\u00e9tyle sacr\u00e9 deviendrait le support du dieu Dusar\u00e8s (identifi\u00e9 \u00e0 Dionysos), fils de la Vierge M\u00e8re Ka\u2019abou<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>, cependant qu\u2019\u00e0 Chypre, dans le port de Bapho, sous forme d\u2019une Pierre Noire on adorait la d\u00e9esse lunaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand Mahomet se dresse, \u00e0 la fin du 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, \u00ab\u00a0les tribus arabes sont encore plong\u00e9es dans une idol\u00e2trie dont le culte de la Pierre Noire, \u00e0 la Ka\u2019aba de la Mecque, donne la mesure\u00a0\u00bb.<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a> Mahomet ne pouvait ignorer le sens de cette \u00ab\u00a0idol\u00e2trie\u00a0\u00bb. Loin de la combattre, pourtant, il l\u2019utilise\u00a0: c\u2019est de la Pierre Noire de la Ka\u2019aba qu\u2019il s\u2019\u00e9l\u00e8ve et dispara\u00eet aux yeux des hommes, ravi en Dieu\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce dieu lui-m\u00eame, Allah, n\u2019est autre que l\u2019Aleph de la Torah et de la Cabbale juive (id\u00e9ogramme du Taureau) en m\u00eame temps que l\u2019El phrygien et ammonite (taurique et lunaire \u00e0 la fois), comme le Zeus primitif des Grecs avait \u00e9t\u00e9, tout \u00e0 la fois, le dieu du tonnerre et de la foudre, \u00e9poux de la Grande F\u00e9condatrice et le Ma\u00eetre de l\u2019Aigle, le p\u00e8re d\u2019un des Dioscures.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Mirc\u00e9a ELIADE\u00a0: <em>Trait\u00e9 d\u2019Histoire des Religions<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> <em>Livre des Juges<\/em>, VIII, 21-26.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Mis en lumi\u00e8re par MENGHIN (cit\u00e9 par Mirc\u00e9a ELIADE).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> En 205 avant J.-C., Attale, c\u00e9dant au d\u00e9sir des Romains de poss\u00e9der la M\u00e8re des Dieux, la fit livrer \u00e0 Rome, o\u00f9 la Pierre fut install\u00e9e sur le Palatin.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em>, XXVIII, 18-19.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Ren\u00e9 DUSSAUD, opus cit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Ren\u00e9 GROUSSET\u00a0: <em>Les Civilisations d\u2019Orient<\/em>.<\/p>\n<p><strong><em>Le Coran<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, le dieu\u00a0: Allah, le culte secret\u00a0: la Pierre Noire et le symbole\u00a0: le Croissant rattachent triplement l\u2019Islam \u00e0 l\u2019ancienne religion taurique. Mais l\u2019aveu le plus clair de cette filiation est le <em>Coran<\/em> m\u00eame, dont le chapitre premier (7 versets) n\u2019est qu\u2019une invocation au Souverain Dieu et le chapitre II (286 versets) s\u2019intitule <em>La Vache<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quatre versets en sont particuli\u00e8rement significatifs\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">67 \u2014 \u00ab\u00a0Lorsque vous m\u00eetes un homme \u00e0 mort, et que ce meurtre \u00e9tait l\u2019objet de vos disputes, Dieu produisit au grand jour ce que vous cachiez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">68 \u2014 Nous command\u00e2mes de frapper le mort avec un des membres de la vache\u00a0; c\u2019est ainsi que Dieu ressuscite les morts et fait briller \u00e0 vos yeux ses merveilles, afin que vous compreniez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">69 \u2014 Apr\u00e8s ce miracle, vos c\u0153urs opini\u00e2tres devinrent plus durs que les pierres\u00a0; car \u00e0 la voix du Tr\u00e8s-Haut, le rocher se fendit, et de ses flancs entrouverts coul\u00e8rent des ruisseaux. Mais le Tout-Puissant ne n\u00e9glige pas vos actions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">70 \u2014 Pr\u00e9tendez-vous, \u00f4 musulmans\u00a0! que les juifs aient votre croyance\u00a0? Tandis qu\u2019ils \u00e9coutaient la parole de Dieu, une partie d\u2019entre eux en corrompaient le sens, apr\u00e8s l\u2019avoir comprise. Et ils le savaient\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, cette l\u00e9gende de la vache qui ressuscite les morts (rapport\u00e9e d\u2019autre part par Abulfeda) repose, en fait, sur l\u2019\u00e9pisode du <em>Pentateuque<\/em> o\u00f9 Dieu commande \u00e0 Mo\u00efse d\u2019immoler une vache rousse, sans tache et qui n\u2019a pas port\u00e9 le joug \u2014 mais, dans la Bible, il ne s\u2019agit que d\u2019une \u00ab\u00a0victime d\u2019expiation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019affabulation est \u00e9vidente. Non moins, la mauvaise foi avec laquelle Mahomet, tout au long du <em>Coran<\/em>, parle avec complaisance de \u00ab\u00a0l\u2019h\u00e9r\u00e9sie\u00a0\u00bb du p\u00e8re d\u2019Abraham, Azar, et de la condamnation par Mo\u00efse des adorateurs du Veau<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, alors que le Livre inspir\u00e9 ne fait aucune mention du mythe du B\u00e9lier, infiniment plus important aux yeux des juifs (sacrifice d\u2019Abraham, sacrifice des B\u00e9liers, toison pr\u00e9serv\u00e9e de la ros\u00e9e, b\u00e9lier du Temple, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, Mahomet honore les proph\u00e8tes\u00a0: Abraham, Jacob et Mo\u00efse, mais tout autant \u2014 et peut-\u00eatre plus \u2014 les Pr\u00e9curseurs\u00a0: No\u00e9, H\u00e9noch (cr\u00e9ateur de l\u2019\u00e9criture et de l\u2019astrologie), Hod le proph\u00e8te, Locman, l\u2019Esope s\u00e9mite, tous contemporains de Sumer\u00a0; les Madianites h\u00e9r\u00e9tiques (Cha\u00efd ou Jetro, le beau-p\u00e8re de Mo\u00efse, VII, 83-91)\u00a0; les G\u00e9nies, qui furent \u00e0 Ninive (LXXII) et le premier homme et la premi\u00e8re femme, Adam et H\u00e8ve, que l\u2019historien Abulfeda fait vivre au 6<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire avant J.-C.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la post\u00e9rit\u00e9 d\u2019Abel, les musulmans opposent celle de Cabel, le \u00ab\u00a0premier\u00a0\u00bb, qu\u2019ils se refusent \u00e0 nommer Ca\u00efn, le \u00ab\u00a0tra\u00eetre\u00a0\u00bb et \u00e0 rejeter d\u2019entre les hommes. Dieu charge un corbeau de lui enseigner la mani\u00e8re d\u2019enterrer son fr\u00e8re. \u00ab\u00a0Malheureux suis-je, s\u2019\u00e9crie le meurtrier, de ne pas pouvoir creuser la terre comme ce corbeau, pour y cacher les tristes restes de mon fr\u00e8re\u00a0! Il se livre au repentir.\u00a0\u00bb (<em>Coran<\/em>, V, 34).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par-del\u00e0 l\u2019enseignement de la Bible, qu\u2019ils ne voulaient pas rejeter, ce que les musulmans cherchaient \u00e0 retrouver c\u2019\u00e9tait l\u2019enseignement de Warka et de Kish. Et ils le retrouv\u00e8rent, intact.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019app\u00e9tit de jouissance \u2014 gastronomique, sexuelle, guerri\u00e8re \u2014 qui caract\u00e9risait l\u2019esprit sum\u00e9rien demeure le trait le plus marquant des renaissances tauriques, tel que le dessinent aussi bien <em>Les Mille et Une Nuits<\/em> que les <em>Soutra<\/em>. Le Fatalisme illimit\u00e9 et l\u2019exigence de l\u2019Honneur \u00e9tablissent, en Islam comme en Chald\u00e9e, une contradiction permanente, tandis que les sciences arabes, alg\u00e8bre, astrologie, rejoignent directement les pr\u00e9occupations de l\u2019antique Babylone. Seul, le Taureau Mardouk ne sera jamais recr\u00e9\u00e9, parce qu\u2019en ses mues le dieu se d\u00e9figure.<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Dans le Veau d\u2019Or m\u00eame, les mahom\u00e9tans voyaient autre chose qu\u2019une simple idole. La poussi\u00e8re que foulait le cheval de l\u2019ange Gabriel donnait la vie. Fabriqu\u00e9 avec cette poussi\u00e8re d\u2019or, le Veau mugissait et vivait (<em>Coran<\/em>, XX, 96-97).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La concordance<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le plan strictement religieux o\u00f9 je veux me placer, les concordances temporelles ne sont pas ais\u00e9es \u00e0 \u00e9tablir, entre la mue ach\u00e9enne et la mue mahom\u00e9tane\u00a0; assez nombreuses et significatives pour qu\u2019il suffise de pr\u00e9senter synoptiquement les deux \u00e9volutions parall\u00e8les (en renvoyant aux livres sp\u00e9cialis\u00e9s ceux qui s\u2019int\u00e9resseraient particuli\u00e8rement aux probl\u00e8mes de l\u2019Islam).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX007.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2286\" title=\"GEMEAUX007\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX007.jpg\" alt=\"\" width=\"668\" height=\"487\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX007.jpg 668w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX007-300x218.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 668px) 100vw, 668px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est encore Oswald Spengler qui a le plus clairement \u00e9tabli un parall\u00e9lisme \u00e9vident entre, d\u2019une part, l\u2019orphisme primitif des Ach\u00e9ens, puis la formation d\u2019une conception math\u00e9matique du Cosmos chez les Grecs, pour aboutir au sto\u00efcisme hell\u00e9nistico-romain du temps du Christ \u2014 et, d\u2019autre part, l\u2019intuition religieuse de Mahomet, la naissance d\u2019une astrologie math\u00e9matique chez les Arabes, le fatalisme r\u00e9aliste qui, de l\u2019Islam, en est venu \u00e0 impr\u00e9gner toute l\u2019Afrique, la moiti\u00e9 de l\u2019Asie et une partie de l\u2019Europe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme souvent chez Spengler, les dates sont malheureusement incertaines et parfois fausses. En fait, il reconna\u00eet devoir son syst\u00e8me de cycles \u00e0 Goethe, qui lui-m\u00eame reproduisait certaines th\u00e9ories zodiacales de la Renaissance, et notamment le syst\u00e8me de Scaliger, l\u2019ennemi jur\u00e9 de Nostradamus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Scaliger, l\u2019\u00e9volution indienne, l\u2019\u00e9volution \u00ab\u00a0persienne\u00a0\u00bb et l\u2019\u00e9volution \u00ab\u00a0barbarique\u00a0\u00bb (musulmane) recouvraient trois zones distinctes et parall\u00e8les d\u2019influence cosmique.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> Contre toutes les donn\u00e9es de l\u2019Histoire, Spengler admet ce sch\u00e9ma, dont il se contente de pr\u00e9ciser le d\u00e9tail, ne craignant pas de dater le d\u00e9but de l\u2019\u00e9volution indienne des V\u00e9das (vers 1500) et le d\u00e9but de l\u2019histoire ach\u00e9enne de 110 avant J.-C. (premi\u00e8res traces d\u2019un orphisme primitif). Or, nous verrons que les premiers grands mythes indiens ont aujourd\u2019hui plus de 6000 ans d\u2019\u00e2ge. Quant \u00e0 la l\u00e9gende d\u2019Orph\u00e9e, ses rites et ses myst\u00e8res, les \u00e9crivains des premiers si\u00e8cles se rencontraient pour en dater l\u2019origine de Cnossos et de Myc\u00e8nes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En revanche, Spengler est convaincant lorsqu\u2019il analyse la diversit\u00e9 des races d\u2019o\u00f9 sortit le \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb musulman. Le nouveau mouvement religieux, dit-il, continue les grandes religions ant\u00e9rieures. \u00ab\u00a0Et son expansion n\u2019est pas davantage une migration de peuples sortis de la p\u00e9ninsule arabique, mais au contraire un assaut de fid\u00e8les enthousiastes qui entra\u00eenent, comme une lave, les chr\u00e9tiens, les juifs et les mazd\u00e9ens et qui parviennent bient\u00f4t \u00e0 dominer, sous le nom de fanatiques musulmans. C\u2019\u00e9taient des Berb\u00e8res, compatriotes d\u2019Augustin, qui conquirent l\u2019Europe, et des Perses de l\u2019Irak (anciens babyloniens) qui s\u2019avanc\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Oxus. Les ennemis d\u2019hier devinrent les champions de demain.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, seize si\u00e8cles avant J.-C., les \u00ab\u00a0peuples\u00a0\u00bb qui se reconnurent li\u00e9s par les th\u00e8mes orphiques accueillaient dans leurs rangs\u00a0: des fid\u00e8les du B\u00e9lier (les H\u00e9t\u00e9ens), des h\u00e9r\u00e9tiques babyloniens des Pays de la Mer, des peuples aux cultes solaires (Elamites, Mitanniens) et g\u00e9miques (le reste des Anatoliens). Ce sont des Indo-europ\u00e9ens qui asservissent la Syrie et l\u2019Assyrie, des Hittites qui dominent en Colchide et les rois des Pays de la Mer qui s\u2019\u00e9tablissent \u2014 provisoirement \u2014 \u00e0 Babylone.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Diodore rapporte que \u00ab\u00a0les Dactyles id\u00e9ens pass\u00e8rent avec Minos en Europe\u2026 Orph\u00e9e devint leur disciple et, le premier, apporta chez les Hell\u00e8nes les initiations et les myst\u00e8res\u00a0\u00bb. Dans son ouvrage <em>Contre les h\u00e9r\u00e9sies<\/em>, Saint Epiphane attache le nom d\u2019Orph\u00e9e aux premiers myst\u00e8res des Hell\u00e8nes, \u00ab\u00a0d\u2019abord con\u00e7us de fa\u00e7on funeste chez les Egyptiens et les Phrygiens, les Ph\u00e9niciens et les Babyloniens et transport\u00e9s d\u2019Egypte chez les Hell\u00e8nes par Cadmos et Inachos\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, Minos est le p\u00e8re du Taureau cr\u00e9tois\u00a0; Cadmos, que guidait une vache, le fondateur de Th\u00e8bes\u00a0; et Inachos (ou Iakhos), l\u2019un des noms de Zagreus, le \u00ab\u00a0p\u00e8re\u00a0\u00bb de Dionysos. Dans l\u2019un et l\u2019autre cas, le symbole taurique est clairement indiqu\u00e9\u00a0: nous sommes dans la premi\u00e8re partie de la premi\u00e8re mue g\u00e9mique (Soleil + G\u00e9meaux + Taureau) entre 1600 et 1200 avant J.-C.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re partie de l\u2019histoire islamique (Cancer + Taureau + B\u00e9lier) y correspond\u00a0: de l\u2019\u00e9panouissement de la \u00ab\u00a0tribu perdue\u00a0\u00bb des Coro\u00efshites (naissance de Mahomet\u00a0: 578) jusqu\u2019au Royaume chr\u00e9tien, p\u00e9riode o\u00f9 les mahom\u00e9tans proclament encore leur filiation b\u00e9lique et traitent les juifs avec le plus grand respect.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette reconnaissance et cette v\u00e9n\u00e9ration s\u2019accompagnent curieusement de la domination de la race mutante sur les Villes Saintes du Dieu respect\u00e9. Au 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., les rois des Pays de la Mer puis les Mitanniens sont ma\u00eetres de Babylone\u00a0; en 638 apr\u00e8s J.-C., les musulmans occupent J\u00e9rusalem.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, dans les deux cas, ce premier syncr\u00e9tisme entra\u00eene le refus de la religion ant\u00e9rieure\u00a0: 1\u00b0 pour les G\u00e9meaux, le refus du Cancer\u00a0: la d\u00e9esse-m\u00e8re H\u00e9ra devient \u00e0 Myc\u00e8nes une par\u00e8dre du Taureau, la d\u00e9esse au mufle de vache\u00a0; 2\u00b0 pour le Taureau, le refus des G\u00e9meaux\u00a0: le Coran prohibe le Double, l\u2019Image \u2014 \u00ab\u00a0la nature n\u2019offre pas de mod\u00e8le\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> SCALIGER\u00a0: <em>Remarques sur Manilius<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> O. SPENGLER\u00a0: <em>Le d\u00e9clin de l\u2019Occident<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>P\u00e9riode interm\u00e9diaire<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je nomme interm\u00e9diaire la p\u00e9riode qui correspond ici et l\u00e0 au \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb de la religion \u00ab\u00a0forte\u00a0\u00bb. En ce qui concerne les Ach\u00e9ens, elle s\u2019\u00e9tend de 1350 \u00e0 900 avant J.-C. (\u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb isra\u00e9lite)\u00a0; en ce qui concerne les musulmans, de 800 \u00e0 1250 apr\u00e8s J.-C. (\u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb chr\u00e9tien). Dans les deux cas, elle est caract\u00e9ris\u00e9e par les combats de plus en plus violents que se livrent la religion nouvelle et la religion mutante\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX008.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2287\" title=\"GEMEAUX008\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX008.jpg\" alt=\"\" width=\"763\" height=\"207\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX008.jpg 763w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX008-300x81.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 763px) 100vw, 763px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au sortir de cette p\u00e9riode, une double influence manifeste s\u2019est exerc\u00e9e entre les adversaires. D\u2019une part, les Isra\u00e9lites repensent leur religion sous l\u2019influence des Philistins\u00a0: c\u2019est le schisme d\u2019Isra\u00ebl, puis l\u2019h\u00e9r\u00e9sie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de Juda (de J\u00e9roboam \u00e0 Athalie\u00a0: 933-837). 2150 ans plus tard, certains crois\u00e9s, les Templiers entre autres, subissent l\u2019influence des Sarrasins\u00a0: 1200-1300.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autre part, les Ach\u00e9ens s\u2019\u00e9loignent du dieu-taureau et se rapprochent du B\u00e9lier (Toison d\u2019Or, Ulysse, etc.) vers 900 avant J.-C. 2150 ans plus tard, les musulmans (et principalement les Turcs) s\u2019\u00e9loignent du B\u00e9lier et se rapprochent des chr\u00e9tiens\u00a0: alliances avec les Templiers, avec Fr\u00e9d\u00e9ric II (1229).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce dernier mouvement avait commenc\u00e9 d\u00e8s le 10<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, au c\u0153ur m\u00eame du \u00ab\u00a0temps\u00a0\u00bb chr\u00e9tien. C\u2019est ainsi qu\u2019en 922 le mystique musulman Hall\u00e2j avait \u00e9t\u00e9 supplici\u00e9 pour avoir pr\u00each\u00e9 l\u2019identification avec la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9 vraie\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u2019amour total et la perte de soi-m\u00eame en l\u2019autre.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En m\u00eame temps que se produisait cette \u00e9volution, s\u2019amor\u00e7ait ici et l\u00e0 un morcellement Irr\u00e9m\u00e9diable. Entre 1400 et 1194, les Peuples de la Mer se fragmentent en Ach\u00e9ens, Philistins, Thraces, Sardes, etc. Certains choisissent de s\u00e9journer en Anatolie, d\u2019autres d\u2019attaquer l\u2019Egypte, qui les vainc, ou choisissent \u00ab\u00a0l\u2019Odyss\u00e9e\u00a0\u00bb jusqu\u2019aux mers inconnues (l\u2019Atlantique). A partir de 800 avant J.-C., l\u2019un de ces groupes fonde Ath\u00e8nes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre 750 et 970, les disciples spirituels de Mahomet, les khalifes se partagent en groupes dissidents\u00a0: en Perse, les Abb\u00e2ssides (760)\u00a0; en Espagne, les Umayyades (apr\u00e8s la d\u00e9faite de Poitiers\u00a0: 732)\u00a0; en Egypte, les F\u00e2timides (969). A partir de 1350, l\u2019un de ces groupes, les Abb\u00e2ssides, va conna\u00eetre une carri\u00e8re prodigieuse, \u00e0 la suite des premi\u00e8res victoires (turques) en Europe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, les grandes dates des deux \u00e9volutions sont dans toutes les m\u00e9moires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX009.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2288\" title=\"GEMEAUX009\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX009.jpg\" alt=\"\" width=\"763\" height=\"408\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX009.jpg 763w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX009-300x160.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 763px) 100vw, 763px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces concordances temporelles recouvrent un autre parall\u00e9lisme non plus seulement religieux mais artistique et litt\u00e9raire. La po\u00e9sie et l\u2019art persan ne le c\u00e8dent en rien \u00e0 la culture ath\u00e9nienne. Omar Khayy\u00e2m, Djelaleddine, Roumi, Hafiz\u2026 ne sont pas inf\u00e9rieurs aux grands lyriques et tragiques grecs. Trait d\u2019union entre la Bible et la Croix, les po\u00e8mes et livres persans r\u00e9p\u00e8tent sans fin le drame du Couple dans la Famille<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>, ainsi que les trag\u00e9dies de Sophocle et d\u2019Euripide avaient brod\u00e9 sur le th\u00e8me\u00a0: malheurs de la Famille dans la Cit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette p\u00e9riode de victoires et de stabilit\u00e9 sociale d\u2019Ath\u00e8nes s\u2019ach\u00e8ve avec la conqu\u00eate spartiate de l\u2019Attique (413) que suivront la domination mac\u00e9donienne (340) et la mainmise de Rome sur la Gr\u00e8ce (au cours du 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1599, tout \u00e0 la fin des dynasties Shaib\u00e2nides, se situe la d\u00e9cadence persane. La domination turque sur l\u2019Iran \u00e0 partir du 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle ressemble en bien des points \u00e0 celle que les Spartiates inflig\u00e8rent \u00e0 l\u2019Attique. Du moins, dans les deux cas, s\u2019agit-il du triomphe de l\u2019esprit militariste et civique sur une civilisation plus pacifique et esth\u00e8te. Triomphe de peu de dur\u00e9e\u00a0: avant deux si\u00e8cles, la Turquie, comme Sparte autrefois, entre elle-m\u00eame en d\u00e9cadence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., se lib\u00e9rant de la domination des Cassandre, des Antigone et des Mac\u00e9doniens, les Hell\u00e8nes cr\u00e9aient des G\u00e9meaux une m\u00e9tamorphose nouvelle, qui les rendit aptes \u00e0 s\u2019assimiler le dieu-serpent Herm\u00e8s, puis le dieu des Poissons, et ce fut le nouvel empire grec (Byzance) du 5<sup>\u00e8me<\/sup> au 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re. Nous sommes \u00e0 l\u2019instant, sans doute, o\u00f9 le renouveau arabe, s\u2019il veut s\u2019assurer une longue vie, devra conna\u00eetre une semblable \u00e9volution, qui l\u2019am\u00e8nera peut-\u00eatre \u00e0 accueillir (vers 2700) la religion nouvelle du Verseau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9j\u00e0, les conqu\u00eates europ\u00e9ennes (fran\u00e7aises en Afrique du Nord, anglaises dans le Moyen-Orient) avaient, au si\u00e8cle dernier, l\u2019\u00e9quivalent du d\u00e9membrement grec au 3<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. D\u00e9j\u00e0, les \u00ab\u00a0lib\u00e9rateurs\u00a0\u00bb n\u2019ont pas manqu\u00e9 \u00e0 l\u2019Islam plus qu\u2019aux derniers royaumes ach\u00e9ens. Depuis le cri de Djam\u00e2l al-Din al- Afgh\u00e2ni (au d\u00e9but du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle)\u00a0: \u00ab\u00a0Musulmans, unissez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb, nous avons vu l\u2019Egypte, puis l\u2019Afrique du Nord secouer leurs cha\u00eenes\u00a0; l\u2019Arabie S\u00e9oudite se cr\u00e9er sous Ibn S\u00e9oud\u00a0; Sajid Ahmed Khan, puis Mohammed Iqb\u00e2l (mort en 1938) faire du Pakistan l\u2019un des centres modernistes du nouvel Islam.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est certain qu\u2019aujourd\u2019hui m\u00eame nous ne distinguons pas clairement ce syncr\u00e9tisme \u00ab\u00a0Islam et Croix\u00a0\u00bb que laissent pr\u00e9voir les lois de l\u2019\u00e9ternel retour, bien que le refus du B\u00e9lier (du juif) dans les pays arabes rappelle l\u2019\u00e9loignement d\u00e9finitif des Grecs pour le Taureau. Mais des mouvements dans ce sens (ainsi que dans le sens d\u2019un nouveau dualisme g\u00e9mique) commencent \u00e0 se dessiner ici et l\u00e0\u00a0: la secte Baha\u00ef (n\u00e9e du B\u00e2bisme) accro\u00eet chaque jour le nombre de ses adeptes dans le monde entier et compte pr\u00e9sentement cinquante-sept communaut\u00e9s religieuses, r\u00e9parties de l\u2019Iran jusqu\u2019en Am\u00e9rique<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0; la secte Ahmad\u00eeja, fond\u00e9e par Mirza Ghul\u00e2m Ahmed, le nouveau \u00ab\u00a0Christ\u00a0\u00bb (1880) se survit \u00e0 Lahore\u00a0: elle s\u2019est donn\u00e9e pour mission la propagation de l\u2019Islam dans le monde chr\u00e9tien.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Dans son ouvrage, <em>Les Templiers<\/em>, Albert OLLIVIER tente de rejeter cette accusation. Je pr\u00e9f\u00e8re en croire l\u2019empereur Fr\u00e9d\u00e9ric II qui, d\u00e8s le d\u00e9but du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, \u00ab\u00a0reprochait \u00e0 l\u2019Ordre d\u2019entretenir des relations avec le sultan de Damas et d\u2019assister \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration des rites islamiques\u00a0\u00bb. En fait, il est assur\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s l\u2019excommunication de l\u2019empereur (pour la troisi\u00e8me fois) en 1245, les Templiers entam\u00e8rent des n\u00e9gociations secr\u00e8tes avec Damas. Or, ce m\u00eame d\u00e9but du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle est le temps o\u00f9 Byzance subit le plus fortement l\u2019influence musulmane, au point que les prince chr\u00e9tiens d\u00e9cideront de la d\u00e9truire (1205). Bient\u00f4t, Roger Bacon, Albert le Grand, Thomas d\u2019Aquin d\u00e9couvriront les \u0153uvres des Grands Arabes et, par eux, l\u2019\u0153uvre d\u2019Aristote.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> \u00ab\u00a0Je suis celui que j\u2019aime, celui que j\u2019aime est moi. Si vous me regardez, vous le voyez, lui\u00a0; le regardant, vous nous contemplez tous deux\u00a0\u00bb. (C\u00e9l\u00e8bre quatrain de Hall\u00e2j).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Au si\u00e8cle dernier encore, sous l\u2019influence du B\u00e2b, cr\u00e9ateur d\u2019un syncr\u00e9tisme Islam-Croix, les \u0153uvres iraniennes retrouvaient spontan\u00e9ment ce th\u00e8me dramatique (voir extraits et commentaires dans \u00ab\u00a0Religions et Philosophies dans l\u2019Asie Centrale\u00a0\u00bb, par le Comte de Gobineau).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Alors que j\u2019\u00e9cris ces lignes, en d\u00e9cembre 1962, trois \u00ab\u00a0bahi\u2019a\u00a0\u00bb sont condamn\u00e9s \u00e0 mort pour atteinte \u00e0 la foi musulmane (au Maroc).<\/p>\n<p><strong><em>Le peuple et la nation<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, dira-t-on, quels peuples \u00e9tranges, qui rassemblent dans un m\u00eame \u00ab\u00a0groupe\u00a0\u00bb Myc\u00e9niens, Ath\u00e9niens, Etrusques \u2014 ou les Nabat\u00e9ens, les Turcs et les Noirs du Mali\u00a0! Je laisserai r\u00e9pondre Oswald Spengler\u00a0: \u00ab\u00a0Le principe g\u00e9n\u00e9rateur de peuple a-t-il \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent chez les Jacobins et chez les Hyksos\u00a0? Combien de peuples ont pu na\u00eetre de l\u2019escorte d\u2019un chef ou d\u2019une bande de fuyards\u00a0? Une telle association peut changer de race, comme les Osmaniens apparus en Asie Mineure sous le nom de Mongols\u00a0; elle peut changer de langue comme les Normands de Sicile, de nom comme les Ach\u00e9ens ou les Danaens. Il existe un peuple comme tel, tant que dure le sentiment de la communaut\u00e9.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ajouterai seulement qu\u2019au contraire, parfois, le Nom nous trompe, lorsqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 pour faire illusion ou tromperie. Il n\u2019y a pas plus de rapport entre le Saint Empire Romain du Moyen Age chr\u00e9tien et l\u2019Empire Romain des premiers si\u00e8cles qu\u2019entre les Assyriens de 700 avant J.-C. et le premier royaume assyrien, mille ans plus t\u00f4t. Mais, visiblement, au c\u0153ur du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb b\u00e9lique (1100-900 avant J.-C.) des rois, ou des aventuriers, s\u00e9mites ont voulu recr\u00e9er l\u2019ancienne unit\u00e9 assyrienne (reprenant m\u00eame, au 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, ce nom\u00a0: Sargon, charg\u00e9 d\u2019une gloire imp\u00e9rissable) comme, au c\u0153ur du \u00ab\u00a0royaume chr\u00e9tien\u00a0\u00bb, les princes allemands r\u00eaveront de restaurer sous l\u2019embl\u00e8me de la Croix l\u2019antique puissance romaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019imposture porte en soi son ch\u00e2timent\u00a0: ni vraiment akkadien, ni r\u00e9ellement b\u00e9lique (malgr\u00e9 le mouton du sacrifice), le nouvel Etat assyrien ne survivra pas au 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.\u00a0; quant au Saint Empire, ni vraiment chr\u00e9tien, ni, bien s\u00fbr, romain, il sera emport\u00e9 dans les troubles du 16<sup>\u00e8me<\/sup>. H\u00e2tivement \u00ab\u00a0rapi\u00e9c\u00e9s\u00a0\u00bb, les antiques symboles, la d\u00e9esse canc\u00e9rique Ishtar ou l\u2019Aigle g\u00e9mique, entra\u00eeneront dans leur nuit les deux royaumes hybrides.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, nous voyons que la Premi\u00e8re Mue couvre trois mill\u00e9naires. Elle na\u00eet au lendemain du Fl\u00e9au, \u00e0 la veille du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb du Dieu nouveau, port\u00e9e par la puissance cosmique qui \u00e9veille, exalte l\u2019Esprit. Dans ce d\u00e9lai de deux si\u00e8cles (1550-1350 avant J.-C., 600-800 apr\u00e8s J.-C.), la religion syncr\u00e9tique se trouve des proph\u00e8tes (Orph\u00e9e ou Mahomet), un terrain d\u2019\u00e9lection, h\u00e9ro\u00efque \u2014 pr\u00e9cis\u00e9ment chez ceux que la mort de l\u2019ancien Dieu laissait d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s\u00a0: Anatoliens, Indo-europ\u00e9ens \u2014 ou bien Arabes, Syriens, Persans. S\u2019y adjoignent bient\u00f4t les peuples h\u00e9r\u00e9tiques de la religion pr\u00e9c\u00e9dente\u00a0: Gout\u00e9ens des Pays de la Mer \u2014 ou bien \u00ab\u00a0tribus perdues\u00a0\u00bb du temps des Juges\u00a0; enfin, des impatients de la religion nouvelle, qui croient le Royaume venu\u00a0: H\u00e9t\u00e9ens de Colchide \u2014 ou bien Turcs nestoriens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">El\u00e9ments disparates, rien ne les pr\u00e9dispose \u00e0 s\u2019accorder, ni le pays d\u2019origine ni le dieu primitif. Quinze si\u00e8cles avant J.-C., les premiers Ach\u00e9ens venaient des steppes, dit-on, leurs dieux \u00e9taient solaires\u00a0; le dieu du Troyen \u00e9tait g\u00e9mique et celui de l\u2019H\u00e9t\u00e9en un B\u00e9lier d\u2019Or. Six si\u00e8cles apr\u00e8s J.-C., la plupart des Arabes ont des dieux canc\u00e9riques (la Pierre Noire, le Croissant), les Irakiens de l\u2019ancienne Chald\u00e9e ont le dieu Taureau et les Turcs nestoriens J\u00e9sus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019est-ce donc qui fait un peuple\u00a0? Qu\u2019est-ce donc qui lui donne ce \u00ab\u00a0sentiment de la communaut\u00e9\u00a0\u00bb, sans lequel il ne serait qu\u2019une invention fragile\u00a0? A ce point de notre \u00e9tude, il nous faut r\u00e9pondre\u00a0: ses symboles, ses mythes syncr\u00e9tiques. Car ses dieux ont cr\u00e9\u00e9, d\u00e9velopp\u00e9, entretenu ses m\u0153urs et sa morale\u00a0; ses mythes ont inspir\u00e9 son pass\u00e9 et lui font tardivement une Histoire\u00a0; ses symboles ont cr\u00e9\u00e9 des \u00ab\u00a0formes\u00a0\u00bb qui sont devenues son visage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mosqu\u00e9e est une \u00ab\u00a0forme\u00a0\u00bb inimitable, au m\u00eame titre que le temple grec. Que le Temple f\u00fbt \u00e0 Epidaure ou \u00e0 Ostie, cela ne changeait rien \u00e0 son pouvoir de rassemblement, de coh\u00e9sion, de synth\u00e8se \u2014 et, de m\u00eame, il importe peu que la mosqu\u00e9e soit \u00e0 Paris ou \u00e0 Bagdad, au Caire ou \u00e0 Tombouctou. Il y a un \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb musulman par la vertu de la mosqu\u00e9e comme, par la vertu du temple, il y eut un \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb hell\u00e9nique, bien que par Hell\u00e8nes on entend\u00eet des communaut\u00e9s aussi diff\u00e9rentes que les Ath\u00e9niens, les Spartiates, les Cr\u00e9tois, les Cypriotes, les Lydiens \u2014 et, par ce nom de musulmans des Soudanais et des Arabes, des Iraniens, des Egyptiens et des Pakistanais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, curieusement, ces formes catalysatrices, c\u2019est \u00e0 la patrie-m\u00e8re du Mythe que les nouveaux croyants vont la demander. D\u00e8s le 14<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., le \u00ab\u00a0m\u00e9garon\u00a0\u00bb myc\u00e9nien provient de l\u2019Anatolie troyenne\u00a0; au lendemain du \u00ab\u00a0moyen \u00e2ge grec\u00a0\u00bb, naissent dans l\u2019Ionie anatolienne la statuaire grecque et le principe m\u00eame de l\u2019ordre architectural nouveau, sous l\u2019impulsion d\u2019Anaximandre et de Thal\u00e8s de Milet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, c\u2019est le ziggourat babylonien qui directement inspire le minaret de Samarra (8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle), c\u2019est sur l\u2019Euphrate que se dresse d\u00e8s 790 le palais de Rakka et c\u2019est \u00e0 Bagdad m\u00eame, au c\u0153ur de l\u2019ancienne M\u00e9sopotamie, que naissent les premi\u00e8res mosqu\u00e9es de style musulman (762). Enfin, c\u2019est \u00e0 Bagdad encore, \u00e0 Ispahan (Perse, province d\u2019Irak) qu\u2019au lendemain de notre Moyen Age l\u2019art islamique atteint son apog\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, sans cesse, pouss\u00e9s comme malgr\u00e9 eux au berceau du Dieu mort, les Ach\u00e9ens, puis les Hell\u00e8nes reviennent en Anatolie, patrie de la divinit\u00e9 g\u00e9mique\u00a0: d\u00e8s le 14<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. (guerre de Troie), puis de 750 \u00e0 500 (la seconde colonisation), enfin au 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. (au lendemain de l\u2019\u00e8re hell\u00e9nistique). De m\u00eame, les Musulmans, ma\u00eetres en Babylonie, l\u2019ancien royaume taurique, au 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C. (l\u2019\u00e2ge des conqu\u00eates), y triomphaient une seconde fois au lendemain du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb chr\u00e9tien et de l\u2019invasion mongole (\u00e9panouissement de l\u2019art persan). Aujourd\u2019hui enfin, l\u2019Irak (o\u00f9 fut l\u2019antique Babylone) rejoint le nouvel Etat arabe \u2014 et ce ne peut pas \u00eatre une co\u00efncidence\u2026 Ou bien, il faudrait admettre que l\u2019Histoire tout enti\u00e8re en est une.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il ne peut surprendre qu\u2019une m\u00eame nostalgie, des mythes analogues, des constructions semblables, \u00e0 la longue, fassent un peuple. Si le Dieu est pur de tout syncr\u00e9tisme, cela peut faire un Peuple indestructible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non pas nos fils, ni nos petits-enfants, mais ceux qui na\u00eetront dans cent cinquante ans commenceront de voir, ainsi, se former et se d\u00e9velopper sous la pers\u00e9cution un peuple de Chr\u00e9tiens aux caract\u00e8res d\u2019autant plus affirm\u00e9s qu\u2019il sera plus divis\u00e9, \u00e9parpill\u00e9 dans le monde. Car, au contraire de la \u00ab\u00a0nation\u00a0\u00bb, qui se constitue autour d\u2019une \u00ab\u00a0id\u00e9e\u00a0\u00bb et meurt sans laisser de traces sous le coup de butoir d\u2019une id\u00e9e neuve, un peuple est un symbole, un Verbe qui a pris forme et partout o\u00f9 la Forme peut \u00eatre recr\u00e9\u00e9e, le Peuple existe.<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> O. SPENGLER\u00a0: <em>Le d\u00e9clin de l\u2019Occident<\/em>, 2<sup>\u00e8me<\/sup> partie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Une communaut\u00e9\u00a0: la Pierre<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, des \u00e9changes ont lieu. C\u2019est ainsi qu\u2019on ne comprendrait pas que les Ach\u00e9ens et les Arabes, en contact pendant des si\u00e8cles (en Palestine et en Syrie) n\u2019aient pas eu des dieux, des mythes communs, passages n\u00e9cessaires d\u2019une \u00ab\u00a0h\u00e9r\u00e9sie\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019autre. Nous avons vu que certains dieux nabat\u00e9ens portent encore le nom de Zeus alors qu\u2019ils d\u00e9j\u00e0 devenus le dieu taurique (et b\u00e9lique) Allah. Ant\u00e9rieurement aux peuples du Nabat\u00e8ne, le panth\u00e9on ph\u00e9nicien et le panth\u00e9on grec offraient d\u00e9j\u00e0 de curieuses \u00e9quivalences entre les diff\u00e9rentes amours et les prog\u00e9nitures de Kronos et de El\u00a0: Dion\u00e9, c\u2019est Baaltis\u00a0; Astart\u00e9, Aphrodite\u00a0; Rh\u00e9a se retrouve elle-m\u00eame dans les deux panth\u00e9ons.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre trait commun serait le mythe de la Pierre. Pausanias (VIII, 24) affirme que, dans les temps anciens, on voyait tous les Grecs rendre des honneurs divins \u00ab\u00a0non pas \u00e0 des statues, mais \u00e0 des pierres brutes\u00a0\u00bb. Bien avant qu\u2019Herm\u00e8s f\u00fbt devenu un dieu (le dieu serpent-b\u00e9lier de la Toison d\u2019Or), les pierres protectrices du chemin \u00e9taient nomm\u00e9es des \u00ab\u00a0herma\u00ef\u00a0\u00bb. Ainsi Bethel, lieu du culte isra\u00e9lite, Pierre Sacr\u00e9e de Jacob, repr\u00e9sentait le dieu lui-m\u00eame pour les h\u00e9r\u00e9tiques d\u2019El\u00e9phantine et de Samarie.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, les deux courants se m\u00ealent en un seul fleuve, la pierre philosophale, d\u00e9couverte en terre noire (Al Ch\u00e9mia) par les Arabes musulmans, allait devenir, pour les alchimistes du Moyen Age un don d\u2019Herm\u00e8s lui-m\u00eame, dont le nom signifiait pr\u00e9cis\u00e9ment \u00ab\u00a0la pierre\u00a0\u00bb. Ici, nous rejoignons la magie, mais sous un angle neuf. L\u2019image (le simulacre) g\u00e9mique \u00e9tant proscrite de l\u2019Islam, ce n\u2019est point par le \u00ab\u00a0double\u00a0\u00bb qu\u2019on frappe ou qu\u2019on gu\u00e9rit, mais par l\u2019incantation. Rien n\u2019est magique ici, que le Mot.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Equivalences cit\u00e9es par Philon de Byblos.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Non seulement pour les h\u00e9r\u00e9tiques. Bethel, Baitilani, se retrouve \u00e0 la t\u00eate des dieux ph\u00e9niciens invoqu\u00e9s dans le trait\u00e9 entre Asarhaddon et le roi Ba\u2019al de Tyr (Ren\u00e9 Dussaud).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La magie incantatoire<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous toutes les formes imaginables, les l\u00e9gendes de l\u2019Islam et de l\u2019hindouisme r\u00e9p\u00e8tent \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 le S\u00e9same d\u2019Aladin. Ce sont les mots sacr\u00e9s qui ouvrent les portes et fendent les rochers, qui font na\u00eetre ou suppriment l\u2019amour (leur pouvoir \u00e9rotique est soulign\u00e9 de m\u00eame dans <em>Les Mille et Une Nuits<\/em> et les <em>Kama Soutra<\/em>), qui tuent ou ressuscitent.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> Le code matrimonial n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette contagion\u00a0: dire trois fois \u00e0 l\u2019\u00e9pouse qu\u2019on la r\u00e9pudie, c\u2019est obtenir le droit de se s\u00e9parer d\u2019elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019il arrive que les jeteuses de sort musulmanes utilisent de plus anciens symboles\u00a0: la tourterelle coup\u00e9e en deux vivante, dont le contact gu\u00e9rit la m\u00e9ningite, le rem\u00e8de resterait inefficace en l\u2019ignorance du Mot qui seul peut le charger de vertu th\u00e9rapeutique. Les conjurations (de verrues, de maux de t\u00eate\u2026) ob\u00e9issent aux m\u00eames principes\u00a0: la Formule en fait tout le prix. Car nommer, c\u2019est cr\u00e9er.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On jugera par l\u00e0 combien nous sommes loin de la technique du Double et proches du Nombre babylonien, des incantations assyriennes ou \u00e9gyptiennes de l\u2019\u00e8re du Taureau. De m\u00eame, dans le rite sum\u00e9rien de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, le Verbe (ou la sacralisation du Nom) avait primitivement plus d\u2019importance que le rite d\u2019imitation et de reproduction, bien que, naturellement, celui-ci f\u00fbt ant\u00e9rieur \u00e0 celui-l\u00e0. L\u2019incantation est faite pour \u00eatre <em>r\u00e9p\u00e9t\u00e9e<\/em>, ce qui implique une certaine croyance en la vertu de la Similitude. Sous cet angle, on peut admettre que la magie incantatoire n\u2019est qu\u2019une \u00e9volution (et une sp\u00e9cialisation) de la magie du simulacre\u00a0; mais aussi une pr\u00e9cision\u00a0: le simulacre imite l\u2019objet, le mot reproduit exactement le mot. De la mue g\u00e9mique \u00e0 la mue taurique, l\u2019homme s\u2019\u00e9carte un peu plus du \u00ab\u00a0mouvant de la vie\u00a0\u00bb, et, pour dominer le R\u00e9el, s\u2019en \u00e9loigne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Le manich\u00e9isme byzantin<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeu des concordances nous a permis d\u2019\u00e9claircir trop de points obscurs dans les filiations h\u00e9r\u00e9tiques pour ne pas tenter d\u2019en \u00e9claircir un autre. L\u2019\u00e9cart classique des 2150 ans nous sugg\u00e8re que, vers les d\u00e9buts de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne, a d\u00fb na\u00eetre un syncr\u00e9tisme entre le B\u00e9lier et les G\u00e9meaux, qui provoqua plus tard un premier schisme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la chr\u00e9tient\u00e9 (aux temps m\u00eames du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb) et qui donnera naissance, l\u2019heure venue, \u00e0 la premi\u00e8re mue du B\u00e9lier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet ancien syncr\u00e9tisme existe. Nous connaissons ses cr\u00e9ateurs\u00a0: les disciples de Zoroastre au 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., les mystiques alexandrins au 1<sup>er<\/sup> si\u00e8cle, Mani enfin, le Perse fils d\u2019un pr\u00eatre jud\u00e9o-chr\u00e9tien de la secte des Alexeites (3<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le schisme existe \u00e9galement. Il est connu sous le nom de premier schisme grec (1054). Vers le milieu du 11<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, en effet, Byzance \u00e9tant aux mains des femmes, Zo\u00e9, Th\u00e9odora, et sous la menace des Abbassides, des r\u00e9formateurs inconscients tendaient \u00e0 dissocier la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0l\u2019acte\u00a0\u00bb reproduisant ainsi, sous la r\u00e9gie de l\u2019Eglise, l\u2019ancien manich\u00e9isme chr\u00e9tien, lui-m\u00eame apparent\u00e9 \u00e0 l\u2019antique syncr\u00e9tisme zoroastrien\u00a0: G\u00e9meaux-B\u00e9lier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La longue \u00ab\u00a0querelle des Images\u00a0\u00bb \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine de ce mouvement. D\u00e9clench\u00e9e en 726 par L\u00e9on III et \u00e2prement poursuivie par son fils Constantin V (740-775), cette affaire s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e d\u2019abord comme une crise iconoclaste, vraisemblablement provoqu\u00e9e par l\u2019influence des musulmans et de leur doctrine\u00a0: Dieu ne peut \u00eatre figur\u00e9. On d\u00e9crocha de force les crucifix\u00a0; le peuple se r\u00e9volta (qui ne trouvait plus que dans ces \u00ab\u00a0images\u00a0\u00bb des vestiges de l\u2019ancienne foi g\u00e9mique)\u00a0; du sang coula et des massacres eurent lieu. Deux partis naquirent dans Byzance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La grandeur byzantine dura le temps du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb, o\u00f9 l\u2019on vit l\u2019Empire englober le sud de l\u2019Italie, toute la Gr\u00e8ce, l\u2019Illyrie et la Mac\u00e9doine, ainsi que l\u2019ancienne Anatolie, la Chald\u00e9e et m\u00eame l\u2019Arm\u00e9nie. La paix int\u00e9rieure dura juste autant. Au 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le probl\u00e8me renaissait, accru de l\u2019apport des dialectiques manich\u00e9ennes r\u00e9nov\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans entrer dans les d\u00e9tails, o\u00f9 l\u2019on se perdrait ais\u00e9ment, nous pouvons dire que la crise, reprise ind\u00e9finiment, tournait autour de cet unique pivot\u00a0: l\u2019Esprit peut-il s\u2019incarner dans des \u0153uvres humaines sans passer par les voies de l\u2019erreur et du mensonge\u00a0? Peut-on \u00ab\u00a0r\u00e9aliser\u00a0\u00bb l\u2019Esprit sans le corrompre\u00a0? Le probl\u00e8me de l\u2019Image Sacr\u00e9e \u00e9tait naturellement une claire illustration de ce dilemme th\u00e9ologique\u00a0; mais ce n\u2019en \u00e9tait pas la seule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la limite, le manich\u00e9isme devait aboutir aux deux courants qui divis\u00e8rent et affaiblirent Byzance en ses derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0: d\u2019une part, cette acceptation r\u00e9aliste du Mal que fut le Patriarcat fonctionnalis\u00e9 du Palais Sacr\u00e9\u00a0; de l\u2019autre, l\u2019accomplissement monastique, d\u00e9tach\u00e9 du R\u00e9el social, que furent les Higoum\u00e8nes de l\u2019Athos, isol\u00e9s du monde \u00e0 ce point que, seul, un filin (ou une \u00e9chelle de corde) \u00e9tablissait le contact entre la plaine et leurs refuges inaccessibles\u2026 Parfaits solitaires ou franches canailles\u00a0? Rome refusa de choisir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>La proph\u00e9tie<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019application des concordances aux suites probables du syncr\u00e9tisme manich\u00e9en, puis de l\u2019h\u00e9r\u00e9sie byzantine, nous donnerait le sch\u00e9ma suivant.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX010.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2293\" title=\"GEMEAUX010\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX010.jpg\" alt=\"\" width=\"763\" height=\"1108\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX010.jpg 763w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX010-206x300.jpg 206w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/GEMEAUX010-705x1024.jpg 705w\" sizes=\"auto, (max-width: 763px) 100vw, 763px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Charles Pichon 1963<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Et le caract\u00e8re sacr\u00e9 du <em>Coran<\/em> tient \u00e0 la splendeur de son verbe.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Pour l\u2019admettre, il est suffisant (mais n\u00e9cessaire) d\u2019avoir compris qu\u2019un \u00ab\u00a0panth\u00e9on\u00a0\u00bb n\u2019est autre chose qu\u2019un syncr\u00e9tisme vu de l\u2019ext\u00e9rieur. Les liens qui unissent les dieux grecs par exemple (ou les dieux mayas ou les dieux indiens) sont aussi forts et rationnellement bas\u00e9s que ceux qui unissent le Croissant (lui-m\u00eame syncr\u00e9tique) et le dieu de la Bible dans l\u2019Islam ou le culte des ic\u00f4nes (g\u00e9mique) et le culte de la Croix dans l\u2019Eglise orthodoxe. Simplement, la mystique d\u2019Apollon, des Dioscures ou d\u2019Herm\u00e8s nous demeure \u00e9trang\u00e8re, tandis que nous \u00ab\u00a0habitons\u00a0\u00bb la mystique biblique ou m\u00eame la dialectique du double.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>IV LE REVEIL DU TAUREAU \u00a0 L\u2019histoire de la religion taurique, en Sumer puis \u00e0 Babylone, nous avait laiss\u00e9 croire qu\u2019une religion s\u2019achevait au terme de quatre mille ans. Parce qu\u2019elle nous a permis de remonter plus haut dans le &hellip; <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2276\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-2276","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-cycles-du-retour-eternel"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2276","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2276"}],"version-history":[{"count":15,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2276\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2296,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2276\/revisions\/2296"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2276"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2276"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2276"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}