{"id":2249,"date":"2012-08-27T20:06:25","date_gmt":"2012-08-27T18:06:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2249"},"modified":"2012-09-29T15:07:42","modified_gmt":"2012-09-29T13:07:42","slug":"les-jours-et-les-nuits-du-cosmos-les-pantheons-2-la-premiere-mue","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2249","title":{"rendered":"LES JOURS ET LES NUITS DU COSMOS &#8211; LES PANTHEONS &#8211; 2 &#8211; LA PREMIERE MUE"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><strong>II<\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong>LA PREMIERE MUE<\/strong><\/h2>\n<p align=\"center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis le d\u00e9but de notre si\u00e8cle, l\u2019\u00e9tude compar\u00e9e des religions a commenc\u00e9 de dessiner une passionnante synth\u00e8se entre des cultures et des civilisations que, jusqu\u2019alors, on avait crues tr\u00e8s diff\u00e9rentes (bien que, d\u00e8s 1767, le missionnaire C\u0153urdoux ait fait appara\u00eetre des premiers rapports, par la confrontation des langues, entre les religions indiennes et iraniennes). Ces recherches ont \u00e9t\u00e9 reprises et poursuivies, sur le plan linguistique, par Antoine Meillet, Benveniste, E. Forrer, Pieter, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a trente ans, par la confrontation des mythes, Georges Dum\u00e9zil obtenait de plus singuliers rapprochements entre les cultes celtes et romains d\u2019une part, entre les croyances romaines et indo-europ\u00e9ennes de l\u2019autre. Sa m\u00e9thode, d\u00e9finie par lui-m\u00eame, consiste \u00e0 \u00ab\u00a0s\u2019attacher aux faits homologues, entre lesquels l\u2019homologie est telle qu\u2019elle sugg\u00e8re une commune origine\u00a0\u00bb. Un exemple significatif en serait la c\u00e9l\u00e8bre comparaison entre la l\u00e9gende irlandaise du C\u00fbchulainn et la geste des Horace et des Curiace\u00a0; un autre exemple, ce trait commun aux religions indo-europ\u00e9ennes et \u00e0 la civilisation italo-celtique\u00a0: une hi\u00e9rarchie fond\u00e9e sur la contradiction. A un niveau \u00ab\u00a0populaire et producteur\u00a0\u00bb s\u2019oppose un niveau sacerdotal et souverain\u00a0; puis, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de celui-ci, un aspect violent et magique s\u2019oppose \u00e0 un aspect juridique civilisateur. Cette dialectique d\u2019organisation devait correspondre, pense-t-on, \u00e0 une dialectique mythique. Le th\u00e8me des G\u00e9meaux conviendrait parfaitement ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, la double expansion des Indo-europ\u00e9ens et des Celtes \u00e0 travers l\u2019Espagne, la Gaule, la Bretagne, la Germanie, puis \u00e0 travers l\u2019Europe Centrale, l\u2019Anatolie, la Gr\u00e8ce, les Etats italiques \u2014 et la Gaule de nouveau, avait laiss\u00e9 dans ces divers pays des traces de leur passage qui paraissaient corroborer ce que la confrontation des mythes et des langages avait fait appara\u00eetre\u00a0; en sorte que, vers 1930, on put croire le probl\u00e8me r\u00e9solu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, la religion initiale de ces peuples, de m\u00eame que leurs origines (nordiques selon les uns, indiennes selon les autres), continuaient d\u2019intriguer l\u2019historien, puisque des dieux aussi divers, contradictoires, que les divinit\u00e9s de l\u2019Ouragan, de la Terre Fertile et du Soleil se retrouvent dans leurs panth\u00e9ons, sans oublier le culte des pierres lev\u00e9es et celui des urnes fun\u00e9raires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la suite, la volont\u00e9 nazie de ramener toutes les races \u00ab\u00a0cr\u00e9atrices\u00a0\u00bb \u00e0 une commune origine aryenne (indo-europ\u00e9enne) conduisit \u00e0 de tels exc\u00e8s qu\u2019un revirement se produisit. Ce revirement atteint aujourd\u2019hui l\u2019exc\u00e8s contraire, et l\u2019on voit le docteur Gordon affirmer que les Cr\u00e9tois du 3<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire avant J.-C. appartenaient \u00e0 la m\u00eame race que les H\u00e9breux\u00a0; que les Akkadiens, les Sum\u00e9riens, les Egyptiens eux-m\u00eames \u00e9taient des S\u00e9mites\u00a0; et qu\u2019on devrait attribuer \u00e0 ces derniers la fondation des premiers J\u00e9richo\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Les Ach\u00e9ens<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pense qu\u2019on peut se garder d\u2019un exc\u00e8s comme de l\u2019autre et admettre que les S\u00e9mites, bien avant les H\u00e9breux de Mo\u00efse, s\u2019\u00e9taient \u00e9tablis en Syrie (les Ph\u00e9niciens), en Palestine (les Canan\u00e9ens), en Colchide (les anc\u00eatres des Phrygiens) et peut-\u00eatre en certains lieux d\u2019Akkadie et de Sum\u00e9rie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autre part, il n\u2019est pas douteux que des invasions \u00e9trang\u00e8res (venues des steppes ou de l\u2019Europe Centrale) balay\u00e8rent vers 2400-2300 toute l\u2019Anatolie, la M\u00e9sopotamie, la Syrie, d\u00e9truisant les anciennes villes g\u00e9miques (Troie II) et nourrissant de leurs apports des peuples autochtones et vieillis qui allaient redevenir des races neuves\u00a0: les Elamites, les Peuples de la Mer\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En m\u00eame temps, les nouveaux venus \u00e9taient amen\u00e9s \u00e0 modifier ou reconsid\u00e9rer leurs anciennes croyances (dieu de l\u2019atmosph\u00e8re, dieu solaire) et leurs anciens symboles (le cheval, le lion) pour accueillir dans un neuf syncr\u00e9tisme les religions des peuples asservis\u00a0: le culte des G\u00e9meaux, puis du Taureau, et du B\u00e9lier beaucoup plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On veut voir dans ces peuples les anc\u00eatres \u00e0 la fois des Ach\u00e9ens, des Mitanniens, des Philistins, des Thraces, des Sardes. Mais, en fait, on ne peut les d\u00e9finir avec exactitude qu\u2019en les opposant \u00e0 ce qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas, c\u2019est-\u00e0-dire des S\u00e9mites, des Sum\u00e9riens, des Egyptiens, des Minoenyens (d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s en Cr\u00e8te).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019ils ont particip\u00e9 d\u2019une quelconque mani\u00e8re au renouveau des peuples indig\u00e8nes du nord de la M\u00e9sopotamie et de l\u2019Irak (descendants des Halafiens, anc\u00eatres des Elamites, etc.), il faudrait voir en eux \u00e9galement ce peuple myst\u00e9rieux descendu du Zagros, les Gout\u00e9ens, qui pendant un si\u00e8cle et demi, de 2200 \u00e0 2050, domina le su de la Sum\u00e9rie, avant de se fondre avec les autochtones des Pays de la Mer (riverains du Golfe persique). J\u2019ai dit pourquoi la similitude entre le nom\u00a0: Gout\u00e9ens et celui du roi de Lagash, Goud\u00e9a, ne me semblait pas une co\u00efncidence. Or, les \u00ab\u00a0deux lions\u00a0\u00bb de la vision du roi se retrouvent dans les symboles de l\u2019Elam, dans les symboles assyriens, et plus tard au fronton de la grande porte de Myc\u00e8nes\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi qu\u2019il en soit, pendant six si\u00e8cles, le peuple myst\u00e9rieux ne fait plus parler de lui. Bien que certains historiens, Allemands de la p\u00e9riode nazie, aient tent\u00e9 de l\u2019identifier aux premiers occupants de la Gr\u00e8ce (d\u00e8s 2000 avant J.-C.), aucun des textes cun\u00e9iformes retrouv\u00e9s \u00e0 Terguth, \u00e0 Th\u00e8bes ou \u00e0 Pylos n\u2019en porte mention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut attendre la \u00ab\u00a0guerre de Troie\u00a0\u00bb (vers 1300) pour le voir combattre, sous le nom d\u2019Ach\u00e9en, aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Agamemnon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que les Ach\u00e9ens occup\u00e8rent Myc\u00e8nes, cela est attest\u00e9 entre autres par la d\u00e9coration d\u2019un poignard m\u00e9tallique retrouv\u00e9 au Wessex (domaine celte) et semblable \u00e0 celle d\u2019armes enfouies dans les tombes \u00e0 fosses de Myc\u00e8nes. D\u2019un autre point de vue, les tombeaux profonds et circulaires de la ville des Atrides annoncent les tombeaux \u00e9trusques\u00a0; et le \u00ab\u00a0m\u00e9garon\u00a0\u00bb (grande salle rectangulaire munie d\u2019un porche et d\u2019une pi\u00e8ce int\u00e9rieure) caract\u00e9rise \u00e9galement les habitations myc\u00e9niennes et troyennes (de l\u2019\u00e9poque Troie II).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ces trois \u00ab\u00a0moments\u00a0\u00bb de l\u2019histoire ach\u00e9enne se retrouvent les mythes des deux lions et des deux taureaux, auxquels maintenant nous sommes initi\u00e9s. Stefan Przeworski a montr\u00e9 l\u2019importance de la panth\u00e8re et du lion dans l\u2019Anatolie ancienne. Les fouilles turques d\u2019Aladja Heuyk ont exhum\u00e9 des enseignes en cuivre du 4<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire qui figurent le cerf (symbole ouranien) entre deux taureaux ou le m\u00eame animal entre deux panth\u00e8res.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> Enfin, les deux lionnes de la grande porte de Myc\u00e8nes et le culte ach\u00e9en de Castor et Pollux annoncent le Janus et les deux fondateurs, Romulus et R\u00e9mus, que le roi romain Numa empruntera aux Etrusques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi avons-nous, par l\u2019architecture et la symbolique, une cha\u00eene sans faille, qui nous conduit de l\u2019ancienne Anatolie \u00e0 Rome. S\u2019y superpose un lien non moins serr\u00e9\u00a0: toute la mythologie grecque.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Ren\u00e9 DUSSAUD, <em>Les Religions des Hittites et des Hourrites\u2026 <\/em>Presses Universitaires, 1945.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Les trois \u00e9tapes de la mythologie<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Deux mille ans s\u00e9parent les livres sacr\u00e9s babyloniens de leurs mod\u00e8les, l\u2019homme du d\u00e9luge et le roi Gilgamesh. En ce qui concerne les G\u00e9meaux, l\u2019hiatus de temps s\u2019\u00e9largit. Les premiers textes mythiques que nous ayons retracent des \u00e9v\u00e8nements dont quelquefois nous ne pouvons qu\u2019imaginer le lieu et dont l\u2019\u00e9poque doit se situer entre 6000 et 4000 avant J.-C. En outre, ils racontent les d\u00e9buts d\u2019une religion n\u00e9e d\u2019un signe zodiacal dont aujourd\u2018hui la terre a quitt\u00e9 le champ de forces depuis six mill\u00e9naires. Il est impossible dans ces conditions que nous puissions acc\u00e9der par eux \u00e0 la mystique particuli\u00e8re de cette religion. C\u2019est seulement \u00e0 des symboles (modifi\u00e9s et d\u00e9natur\u00e9s par la pens\u00e9e grecque) qu\u2019il nous est permis de nous r\u00e9f\u00e9rer.<\/p>\n<p>La mythologie h\u00e9ro\u00efque des Grecs peut se diviser en trois parties bien distinctes.<\/p>\n<p>1\u00b0 La premi\u00e8re (la plus proche de nous) concerne Th\u00e9s\u00e9e, Jason, les Argonautes, la qu\u00eate de la Toison d\u2019Or. Sous un voile all\u00e9gorique, elle d\u00e9crit vraisemblablement des \u00e9v\u00e8nements r\u00e9els\u00a0: l\u2019exil des habitants de Myc\u00e8nes apr\u00e8s la destruction de leur ville \u2014 vers 1250 avant J.-C., l\u2019introduction du B\u00e9lier en Gr\u00e8ce \u2014 vers 800, la fondation d\u2019Ath\u00e8nes et de Sparte enfin.<\/p>\n<p>A la m\u00eame s\u00e9rie appartient l\u2019histoire symbolique des derni\u00e8res dynasties myc\u00e9niennes, tout enti\u00e8re contenue dans le r\u00e9cit de la guerre de Troie et des malheurs des Atrides. Cette famille avait pour anc\u00eatre Tantale, roi de \u00ab\u00a0Phrygie\u00a0\u00bb, p\u00e8re de P\u00e9lops. De l\u2019\u00e9lodienne Hippodam\u00e9e, P\u00e9lops avait eu deux enfants\u00a0: Atr\u00e9e et Thyeste, fondateurs de Myc\u00e8nes. Jaloux de son fr\u00e8re couronn\u00e9 roi, Thyeste d\u00e9roba \u00e0 Europe, femme d\u2019Atr\u00e9e, (que le Zeus-Taureau allait conqu\u00e9rir) un b\u00e9lier \u00e0 la toison d\u2019or, pr\u00e9sent de Mercure-Herm\u00e8s. C\u2019est ce m\u00eame b\u00e9lier que nous avons vu sauver Pryxos du sacrifice divin\u00a0; puis, sur le dos de l\u2019animal mythique, le futur roi de Colchide aurait gagn\u00e9 les rives orientales de la Mer Noire.<\/p>\n<p>Par la suite, Atr\u00e9e se vengea de son fr\u00e8re en lui faisant manger les corps de deux de ses fils. Le troisi\u00e8me enfant, Egisthe, \u00e9lev\u00e9 avec les fils d\u2019Atr\u00e9e\u00a0: Agamemnon et M\u00e9n\u00e9las, allait devenir le meurtrier de son p\u00e8re adoptif et, plus tard, de son cousin Agamemnon, qu\u2019il trompait avec Clytemnestre. Deux si\u00e8cles de crimes et de forfaits politiques s\u2019inscrivent sans doute dans cette l\u00e9gende.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Ulysse<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dans sa trag\u00e9die <em>Ajax<\/em>, Sophocle nous raconte comment le h\u00e9ros devint fou pour s\u2019\u00eatre vu pr\u00e9f\u00e9rer Ulysse\u00a0: les armes d\u2019Achille mort qu\u2019Ajax convoitait ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es, en effet, au roi d\u2019Ithaque, le rus\u00e9, l\u2019habile, le plus h\u00e9bra\u00efque des Grecs.<\/p>\n<p>Dans sa d\u00e9mence, le h\u00e9ros massacre un troupeau de b\u00e9liers et de moutons, dans lesquels il a cru reconna\u00eetre Ulysse et ses guerriers. Par ce symbole parlant, toute une antinomie entre deux modes de pens\u00e9e, entre deux conceptions du monde se d\u00e9couvre \u00e0 nous. Car la rivalit\u00e9 entre Ulysse et Ajax, de m\u00eame que le conflit ant\u00e9rieur entre Thyeste et Atr\u00e9e, expriment assur\u00e9ment la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un double courant (b\u00e9lique et taurique) d\u00e9celable \u00e0 travers l\u2019histoire de l\u2019Asie Mineure tout enti\u00e8re de 1600 \u00e0 1200 environ.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 la guerre de Troie, le courant taurique triomphe. C\u2019est le temps du formidable mais \u00e9ph\u00e9m\u00e8re empire du Mitanni (1500-1300) qui en vient \u00e0 r\u00e9unir sous son emprise le nord de la Syrie (r\u00e9gion d\u2019Alep) et l\u2019Assyrie jusqu\u2019au Zagros\u00a0; le temps aussi des grandes conqu\u00eates hittites. En Acha\u00efe de m\u00eame, il faut attendre Ulysse pour que les dieux de l\u2019intelligence et de la prudence l\u2019emportent sur la religion du \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Comme Abraham et Jacob, Ulysse n\u2019a qu\u2019un sens fort incertain de l\u2019honneur et de la vertu guerri\u00e8re\u00a0: un jouet, un cheval de bois, lui livre Troie, que la bravoure seule n\u2019avait pu abattre. Plus tard, de retour \u00e0 Ithaque, son attitude envers les \u00ab\u00a0pr\u00e9tendants\u00a0\u00bb de P\u00e9n\u00e9lope, son d\u00e9guisement, sa ruse, sa victoire obtenue par l\u2019adresse plut\u00f4t que par la force, rappelleront singuli\u00e8rement l\u2019attitude d\u2019Abraham envers les admirateurs de son \u00e9pouse Sarah ou celle de Jacob envers le ravisseur de sa fille\u00a0: la tromperie leur semble \u00e0 tous trois la meilleure d\u00e9fense. Elle l\u2019est en effet, comme le prouve David s\u2019avan\u00e7ant demi-nu, arm\u00e9 d\u2019un b\u00e2ton d\u00e9risoire (et d\u2019une fronde invisible) vers le redoutable champion Goliath.<\/p>\n<p>Dans le petit livre extrait de sa volumineuse histoire,<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> Arnold J. Toynbee analyse longuement les raisons qui rendirent la phalange spartiate si terrible \u00e0 ses ennemis et ne cache pas qu\u2019il y reconna\u00eet la le\u00e7on donn\u00e9e par l\u2019h\u00e9bra\u00efque David au Philistin Goliath. La rapidit\u00e9 vaut mieux que la lourdeur\u00a0; l\u2019\u00e9lan donne une autre puissance. Il ne semble pas douteux que les futurs Grecs ont en effet appris du peuple isra\u00e9lite une nouvelle mani\u00e8re de combattre\u00a0; mais une r\u00e9v\u00e9lation technique de cet ordre ne va pas sans un profond bouleversement moral. Ajax ne s\u2019y trompait donc pas\u00a0: Ulysse \u00e9tait bien un b\u00e9lier, dont la divinit\u00e9, la savante Minerve, Ath\u00e9na la chouette, ha\u00efssait le meurtre et la brutale violence.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p>Ce n\u2019est point par hasard non plus si le p\u00e8re de T\u00e9l\u00e9maque se pr\u00e9sente \u00e0 nous, d\u2019abord sous les traits d\u2019un grand voyageur, comme tous les hommes du B\u00e9lier. Il se pourrait d\u2019ailleurs que <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em> ne soit autre chose que le r\u00e9cit de la qu\u00eate du nouveau Grec \u00e0 la recherche d\u2019un nouveau dieu. Sous leurs formes les plus humaines, ce sont des divinit\u00e9s astrales qui tentent Ulysse ou le retiennent quelque moment\u00a0: les Lotophages, en qui se reconnaissent des servants de la Vierge, dont le lotus fut le symbole (le lys et l\u2019hermine en France)\u00a0; les habitants de la terre des vents, adorateurs du dieu de l\u2019Ouragan\u00a0; Calypso et Circ\u00e9, les Magiciennes\u2026 Ou qui menacent sa vie\u00a0: le cyclope, l\u2019hydre Scylla. A noter encore qu\u2019un b\u00e9lier le sauve des mains du cyclope, hideuse figure du soleil-lion<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0; et que des troupeaux de moutons, des pasteurs justes et sages, une vie patriarcale se trouvent justement l\u00e0 o\u00f9 il ferait bon vivre\u00a0: au pays des Ph\u00e9aciens, pr\u00e8s de la douce Nausicaa\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Arnold J. TOYNBEE\u00a0: <em>Guerre et Civilisation<\/em>, Gallimard.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> L\u2019identification de la chouette, du castor et du b\u00e9lier persiste jusqu\u2019au 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re, o\u00f9 \u00ab\u00a0L\u2019Ane d\u2019Or\u00a0\u00bb d\u2019Apul\u00e9e racontera les m\u00e9tamorphoses des amants (\u00e9mascul\u00e9s) d\u2019une sorci\u00e8re, la chouette, en ces animaux. (I, 7-10).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> On se rappelle l\u2019\u00e9pisode\u00a0: pour s\u2019\u00e9vader de la grotte o\u00f9 le Cyclope le tient enferm\u00e9, Ulysse s\u2019accroche \u00e0 la toison d\u2019un b\u00e9lier et quitte sa prison cach\u00e9 au milieu du troupeau. Dans peu de l\u00e9gendes, l\u2019esprit de ruse et l\u2019esprit b\u00e9lique se trouvent aussi clairement associ\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La Toison d\u2019Or<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Entre la sanglante histoire des Atrides et ce p\u00e9riple zodiacal, un \u00e9v\u00e8nement consid\u00e9rable s\u2019\u00e9tait produit\u00a0: l\u2019effondrement de tous les empires aryens d\u2019Asie Mineure et d\u2019Acha\u00efe\u00a0: l\u2019Elam, le Mitanni, le royaume hittite, Myc\u00e8nes m\u00eame. Fuyant Argos, Tyrinthe, la Laconie, l\u2019Elide et l\u2019Acha\u00efe, Jason et ses h\u00e9ros sont partis vers de nouvelles terres pour y conqu\u00e9rir des villes et des dieux.<\/p>\n<p>C\u2019est en effet vers cette \u00e9poque, le 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, qu\u2019appara\u00eet brusquement sous le stylet des scribes \u00e9gyptiens, la premi\u00e8re mention d\u2019un peuple conqu\u00e9rant terrible, qui envahit l\u2019Asie Mineure, balaye l\u2019Anatolie, d\u00e9truit l\u2019empire hittite, s\u2019attaque aux pharaons eux-m\u00eames\u00a0: le Peuples de la Mer. Apr\u00e8s son passage, les ruines s\u2019amoncellent, et notamment dans toute la Syrie-Palestine, o\u00f9 les plus grandes villes ph\u00e9niciennes, Tyr, Ougarit, Sidon, seront durement \u00e9prouv\u00e9es, Ougarit (Ras Shamras) au point de ne jamais rena\u00eetre.<\/p>\n<p>Contenus, puis d\u00e9faits par Rams\u00e8s III, les envahisseurs semblent s\u2019\u00eatre repli\u00e9s vers les rivages palestiniens, entre Gaza et Gezer, o\u00f9, vivant du travail du fer et de la c\u00e9ramique, ils subsisteront pendant plusieurs si\u00e8cles. La Bible nous raconte les luttes acharn\u00e9es que durent livrer contre eux le jeune peuple d\u2019Isra\u00ebl, ses Juges et ses Rois.<\/p>\n<p>L\u2019identification des Myc\u00e9niens avec les Philistins des Livres des Juges et des Rois n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer. Chaque fouille palestinienne y apporte un argument suppl\u00e9mentaire. Parmi les plus r\u00e9centes, sont les fouilles d\u2019Hazor, la ville conquise par Josu\u00e9, puis reperdue et reconquise, o\u00f9 se retrouvent des poteries aux effigies myc\u00e9niennes, ainsi qu\u2019un admirable lion de pierre, semblable par sa facture aux c\u00e9l\u00e8bres lionnes.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p>Or, cette longue cohabitation (deux si\u00e8cles) entre les Philistins et les H\u00e9breux n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 sans laisser chez les deux peuples des traces importantes et nombreuses. L\u2019\u00e9volution des dieux h\u00e9r\u00e9tiques de B\u00e9thel, de l\u2019antique b\u00e9lier jusqu\u2019au veau d\u2019or, en t\u00e9moigne d\u2019une part\u00a0; de l\u2019autre, l\u2019esprit nouveau qui, d\u00e9sormais, impr\u00e8gne le panth\u00e9on ach\u00e9en. Le Livre de Samuel atteste la v\u00e9ritable crainte sacr\u00e9e qu\u2019inspirait aux Philistins le dieu tout-puissant et invisible d\u2019Isra\u00ebl. Ce qu\u2019on redoute \u00e0 ce point, t\u00f4t ou tard, on s\u2019efforce de l\u2019imiter.<\/p>\n<p>En effet, cependant que les Ach\u00e9ens combattaient en Palestine, un obscur \u00ab\u00a0moyen \u00e2ge\u00a0\u00bb ent\u00e9n\u00e9brait l\u2019Attique et le P\u00e9loponn\u00e8se. Et quand, au 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, Ath\u00e8nes resurgira de cette nuit, ce sera sous le double signe de Pallas-Ath\u00e9na et de Th\u00e9s\u00e9e, son premier roi, le triomphateur du Taureau, l\u2019un des navigateurs de la nef Argo.<\/p>\n<p>Selon la l\u00e9gende (transparente), l\u2019\u00e9quipage de la nef comptait, outre Jason et Th\u00e9s\u00e9e, les G\u00e9meaux Castor et Pollux, Hercule le vainqueur du Lion, Orph\u00e9e le chantre \u00e0 la voix d\u2019or. Son but, on le sait, \u00e9tait de retrouver et de ramener en Gr\u00e8ce la toison du B\u00e9lier d\u00e9rob\u00e9 par Thyeste et que Phryxos, l\u2019anc\u00eatre des Phrygiens, avait sacrifi\u00e9 \u00e0 Dieu d\u00e8s son arriv\u00e9e en Colchide \u2014 cette m\u00eame Colchide dont, \u00e9trangement, les habitants, les H\u00e9t\u00e9ens, se retrouveront \u00e0 B\u00e9thel, la ville sacr\u00e9e de Jacob.<\/p>\n<p>Suspendue \u00e0 un orme (arbre g\u00e9mique) dans un champ d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Mars (plan\u00e8te b\u00e9lique), la Toison d\u2019Or \u00e9tait gard\u00e9e par un dragon. Avant de pouvoir s\u2019en emparer, Jason dut dompter deux taureaux et leur faire labourer le champ, puis y semer les dents du dragon\u00a0; celles-ci devinrent des g\u00e9ants, qu\u2019il lui fallut abattre. A la mani\u00e8re d\u2019Ulysse et de Jacob, il les fit s\u2019entretuer\u00a0: \u00e9l\u00e9gante mani\u00e8re de vaincre sans p\u00e9ril.<\/p>\n<p>Ce ne peut \u00eatre une co\u00efncidence si le Taureau (les <em>deux<\/em> taureaux g\u00e9miques), les G\u00e9meaux et le Cancer (le dragon-serpent) \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire les trois Signes ant\u00e9rieurs au B\u00e9lier \u2014 se retrouvent dans cette autre Odyss\u00e9e. Il n\u2019est pas jusqu\u2019\u00e0 la Vierge, l\u2019enchanteresse M\u00e9d\u00e9e, fille du roi de Colchide, dont les sortil\u00e8ges n\u2019aident Jason \u00e0 r\u00e9ussir son rapt. Effectivement, les H\u00e9t\u00e9ens (Hittites) adorent la Vierge au premier chef.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende se pr\u00e9sente donc comme la minutieuse recette \u00e0 employer pour passer d\u2019un premier syncr\u00e9tisme (ici, G\u00e9meaux-Taureau) \u00e0 un autre (ici, G\u00e9meaux et B\u00e9lier). Une fois le champ \u00e9tranger (b\u00e9lique) pr\u00e9par\u00e9 par le travail des deux taureaux, une graine de la tr\u00e8s antique religion du Cancer, elle-m\u00eame mutante (ce sera la D\u00e9esse-M\u00e8re dans le panth\u00e9on grec) favorise la naissance d\u2019une mue l\u00e9onine (les g\u00e9ants) qu\u2019il suffit de dompter enfin. Sur le plan historique, c\u2019est litt\u00e9ralement que ces g\u00e9ants aryens aux dieux solaires ou l\u00e9onins (Elam, Ourartou \u2014 l\u2019ancienne M\u00e9die \u2014 Mitanni, Hittites) se sont entretu\u00e9s entre 1400 et 1100 avant J.-C. Puis, sur ces ruines, avec l\u2019appui de la Vierge (Minerve) et du B\u00e9lier, les G\u00e9meaux instaur\u00e8rent en Gr\u00e8ce une civilisation nouvelle, dont les h\u00e9ros ne furent plus Achille et Ajax, nobles brutes, mais Ulysse et Th\u00e9s\u00e9e, les aim\u00e9s d\u2019Ath\u00e9na.<\/p>\n<p>La Toison d\u2019Or rendait sage, riche et puissant quiconque la poss\u00e9dait\u00a0: nous sommes en \u00ab\u00a0ce temps-l\u00e0\u00a0\u00bb du royaume b\u00e9lique\u2026 Cette sagesse, cette richesse, cette puissance de l\u2019esprit seront donc d\u00e9sormais le partage d\u2019Ath\u00e8nes. Et l\u2019on ne saurait s\u2019\u00e9tonner que la population ath\u00e9nienne, vers 685 avant J.-C., f\u00fbt partag\u00e9e en \u00ab\u00a0tribus\u00a0\u00bb, chacune divis\u00e9e en douze \u00ab\u00a0naucraries\u00a0\u00bb, sur le mod\u00e8le des royaumes d\u2019Isra\u00ebl et de Juda.<\/p>\n<p>La principale de ces \u00ab\u00a0tribus\u00a0\u00bb, celle des \u00e9gicores ou p\u00e2tres, constituait la classe sacerdotale, dont le dieu devait \u00eatre b\u00e9lique (sinon, pourquoi des \u00ab\u00a0p\u00e2tres\u00a0\u00bb\u00a0?). Elle \u00e9tait en cela parfaitement distincte de la classe des g\u00e9l\u00e9ontes (cultivateurs), ainsi que de celles des ergades, les artisans, et des hoplites, les guerriers.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> Vers le m\u00eame temps, en Inde, les Brahmanes constituaient des castes analogues, et les Mayas au Mexique.<\/p>\n<p>Dans cette Ath\u00e8nes archa\u00efque, le r\u00e9gime est essentiellement patriarcal, comme dans les tribus d\u2019Isra\u00ebl. Le p\u00e8re a le droit de tuer son enfant\u00a0; pendant des si\u00e8cles, il gardera le droit de le vendre. Bien mieux\u00a0: les grands l\u00e9gislateurs d\u2019Ath\u00e8nes et de Sparte, Solon et Lycurgue, appara\u00eetront d\u2019abord comme des arbitres, des juges \u2014 et, l\u00e0 encore, c\u2019est \u00e0 Mo\u00efse, \u00e0 Josu\u00e9, \u00e0 Samuel qu\u2019il faut songer.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> <em>The biblical archaelogist<\/em>, vols XX, n\u00b02, et XXII, n\u00b01, 1957, 1959.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> HERODOTE, II, 66. \u2014 PLUTARQUE\u00a0: <em>Solon<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Le h\u00e9ros taurique\u00a0: Hercule<\/em><\/strong><\/p>\n<p>2\u00b0 La seconde \u00e9pop\u00e9e mythologique raconte les exploits d\u2019H\u00e9rakl\u00e8s, de Bell\u00e9phoron, de Pers\u00e9e, etc. Selon H\u00e9siode ces h\u00e9ros seraient issus de la g\u00e9n\u00e9ration qui combattit devant Troie et devant Th\u00e8bes. En fait, ils se distinguent radicalement de leurs successeurs, Ulysse et Jason, par leur caract\u00e8re dionysiaque, auquel se reconna\u00eet le h\u00e9ros taurique type.<\/p>\n<p>Comme les premiers rois de Kish et de Warka (et comme No\u00eb, qui les repr\u00e9sente dans la Bible), Dionysos est d\u2019abord celui qui d\u00e9couvre le fruit de la vigne. En effet, la \u00ab\u00a0boisson magique\u00a0\u00bb, sous des noms divers, se consomme partout o\u00f9 le Taureau est ador\u00e9\u00a0: aux Indes, le Soma \u00e9tait un \u00e9l\u00e9ment du culte au temps o\u00f9 Indra s\u2019encornait\u00a0; \u00e0 Sumer, Gilgamesh lui-m\u00eame cherche dans la boisson divine \u00e0 reconqu\u00e9rir le paradis perdu.<\/p>\n<p>Gilgamesh \u00e9galement fut un grand voyageur\u00a0: selon la tradition, il eut \u00e0 effectuer vingt mille heures de marche pour atteindre le d\u00e9mon de la Montagne des C\u00e8dres (sans doute l\u2019Amanos au nord de la Syrie).<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> Et, de m\u00eame, Dionysos parcourt la Thrace, la B\u00e9otie, l\u2019Attique, la Laconie, les Iles\u00a0; puis, hors de la Gr\u00e8ce, la Syrie, le Liban, l\u2019Ib\u00e9rie caucasienne, la M\u00e9sopotamie, l\u2019Inde m\u00eame. Partout, il lib\u00e8re les hommes et les \u00ab\u00a0ressuscite\u00a0\u00bb, quand il ne les rend pas ivres-fous.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas impossible que les voyages du Bacchus grec correspondent aux grandes migrations des indo-europ\u00e9ens entre 2000 et 1700 avant J.-C., de m\u00eame que les voyages d\u2019Ulysse symboliseraient le p\u00e9riple des Ach\u00e9ens entre 900 et 700 jusqu\u2019aux rivages de Sicile et d\u2019Italie. Ce qui nous int\u00e9resse principalement ici est que toutes ces fables h\u00e9ro\u00efques (qu\u2019elles concernent Dionysos, H\u00e9rakl\u00e8s ou le premier Th\u00e9s\u00e9e) offrent quelque rapport avec le mythe du Taureau.<\/p>\n<p>Pour punir les filles de Minyos, roi d\u2019Orchom\u00e8ne, Dionysos se changeait en taureau (puis en lion et en panth\u00e8re) et leur faisait perdre la raison, de terreur. Amp\u00e9los, le tr\u00e8s cher ami du dieu, sera pi\u00e9tin\u00e9 et tu\u00e9 par un taureau sauvage (ainsi d\u2019Enkidou, l\u2019ami de Gilgamesh). Ce fut un taureau cr\u00e9tois, le Minotaure (fils de Dionysos et de Pasipha\u00e9) qu\u2019H\u00e9rakl\u00e8s, puis Th\u00e9s\u00e9e, eurent \u00e0 combattre et ce fut tout un troupeau de b\u0153ufs qu\u2019H\u00e9rakl\u00e8s dut ramener d\u2019Ib\u00e9rie sur l\u2019ordre d\u2019Eurysth\u00e9e\u00a0: le long et p\u00e9nible voyage d\u2019Hercule \u00e0 travers la Gaule, la Ligurie, la Sicile, est soigneusement jalonn\u00e9 par la l\u00e9gende. Et chacun des \u00e9pisodes qui la constituent offre \u00e0 n\u2019en pas douter quelque sens symbolique. Un seul exemple\u00a0: afin de permettre aux b\u0153ufs de boire en paix, le h\u00e9ros doit combattre l\u2019Hydre, figure transpos\u00e9e du Cancer, dont l\u2019alli\u00e9, en effet, est un crabe cuirass\u00e9, autre figure du Signe.<\/p>\n<p>Remarquons toutefois que ces mythes tauriques ne sont jamais trait\u00e9s s\u00e9rieusement par les Grecs. Si Zeus se change en bovid\u00e9 pour enlever Europe, cela reste un exploit de garnison\u00a0; et les plus grands ennemis que le bouvier Hercule eut \u00e0 combattre furent le crabe cuirass\u00e9 qui le mordit au talon et le taon qui dispersa ses b\u0153ufs.<\/p>\n<p>Il appara\u00eet donc qu\u2019H\u00e9siode avait raison. La tol\u00e9rance du Taureau dans le panth\u00e9on ach\u00e9en ne doit pas \u00eatre ant\u00e9rieure au 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. (\u00e9poque o\u00f9 le dieu de Babylone a d\u00e9j\u00e0 entam\u00e9 sa d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence)\u00a0; il ne survivra pas \u00e0 la guerre de quatre si\u00e8cles qui opposera les Myc\u00e9niens aux Hittites, aux Egyptiens, puis aux H\u00e9breux. Cette tol\u00e9rance correspondait ainsi \u00e0 la p\u00e9riode d\u2019agressivit\u00e9 des \u00ab\u00a0Peuples de la Mer\u00a0\u00bb entre la guerre de Troie et le retour en Gr\u00e8ce (au 9<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re).<\/p>\n<p>Il ne faut pas en d\u00e9duire que la religion de Mardouk n\u2019a pas \u00e9mu les anciens Grecs \u00e0 un moment de leur histoire, mais simplement que les r\u00e9cits qui en portent le t\u00e9moignage ont \u00e9t\u00e9 compos\u00e9s (ou r\u00e9crits) \u00e0 une \u00e9poque, le 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., o\u00f9 ces mythes n\u2019offraient plus aucun caract\u00e8re sacr\u00e9 pour les Ath\u00e9niens.<\/p>\n<p>Il en va autrement pour Sparte. Au m\u00eame ordre taurique, en effet, appartient le mythe de Cadmos, anc\u00eatre des h\u00e9ros th\u00e9bains, fr\u00e8re de Ph\u0153nix, de Cilix et d\u2019Europe. Conduit par une vache, apr\u00e8s le rapt de sa s\u0153ur par Zeus-Taureau, le h\u00e9ros fut emmen\u00e9 par l\u2019animal fatidique jusqu\u2019\u00e0 l\u2019emplacement de Th\u00e8bes, qu\u2019il fonda. Avant de sacrifier la vache \u00e0 Ath\u00e9na, Cadmos eut \u00e0 combattre un serpent monstrueux, dont il sema les dents (c\u2019est, transpos\u00e9 dans le caract\u00e8re laconien, le mythe attique de Jason). De ces dents naquirent des guerriers, dans lesquels les Spartiates reconnaissaient leurs anc\u00eatres (et c\u2019est, transpos\u00e9e sur le plan mythique, l\u2019assimilation technique que Toynbee fait appara\u00eetre). Ainsi se recoupent parfois les l\u00e9gendes et les faits avec une pr\u00e9cision tout \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Cependant, ce voyage de Gilgamesh n\u2019est pas encore la longue errance b\u00e9lique des patriarches ou m\u00eame d\u2019Ulysse. C\u2019est la recherche du Royaume, mythe \u00e9ternel de toutes les religions naissantes jusqu\u2019\u00e0 la Qu\u00eate du Graal.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Les G\u00e9meaux<\/em><\/strong><\/p>\n<p>3\u00b0 La troisi\u00e8me s\u00e9rie de r\u00e9cits mythologiques ressortit \u00e0 un type bien diff\u00e9rent. Mon hypoth\u00e8se est qu\u2019elle retrace non plus des faits mais de purs symboles religieux, dont l\u2019origine, au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge taurique, remonte \u00e0 l\u2019\u00e8re des G\u00e9meaux.<\/p>\n<p>Le lien sensible entre les conqu\u00e9rants de la Toison d\u2019Or et les anciens h\u00e9ros dionysiaques \u00e9tait assur\u00e9 par Th\u00e9s\u00e9e, vainqueur du Minotaure et Argonaute, en m\u00eame temps que cr\u00e9ateur d\u2019Ath\u00e8nes. Le lien sensible entre l\u2019\u00e8re dionysiaque et l\u2019\u00e8re g\u00e9mique serait assur\u00e9 par H\u00e9rakl\u00e8s, h\u00e9ros taurique et fr\u00e8re jumeau d\u2019Iphicl\u00e8s. Son premier acte, encore b\u00e9b\u00e9, n\u2019avait-il pas \u00e9t\u00e9 de tuer les deux serpents (cancer-g\u00e9meaux) envoy\u00e9s par la D\u00e9esse-M\u00e8re H\u00e9ra pour \u00e9touffer les deux enfants\u00a0?<\/p>\n<p>Une Th\u00e9baine, Alcm\u00e8ne, ayant la m\u00eame nuit subi l\u2019\u00e9treinte de Zeus et de son \u00e9poux Amphitryon, avait mis au monde les deux fr\u00e8res, de sorte qu\u2019Iphicl\u00e8s \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme le fils d\u2019Amphitryon, H\u00e9rakl\u00e8s comme le fils de Zeus. Cette g\u00e9n\u00e9alogie des deux h\u00e9ros illustre celle de tous les g\u00e9meaux attiques. Ce fut sous la forme d\u2019un cygne que Zeus rendit L\u00e9da enceinte, la nuit o\u00f9 son \u00e9poux Tyndare la rejoignait\u00a0; \u00e0 la suite de cette double possession, L\u00e9da mit au monde deux fils et deux filles\u00a0: Pollux et H\u00e9l\u00e8ne, r\u00e9put\u00e9s enfants du Dieu, Castor et Clytemnestre, r\u00e9put\u00e9s enfants de Tyndare.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p>Z\u00e9tos le ma\u00e7on, Amphion le po\u00e8te (types plus archa\u00efques<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>) \u00e9taient \u00e9galement jumeaux, fils de Zeus et d\u2019Antiope. Vainqueurs de Lycos, roi de Th\u00e8bes et de son \u00e9pouse Dirc\u00e9 (attach\u00e9e aux cornes d\u2019un taureau sauvage), les deux fr\u00e8res organis\u00e8rent et fortifi\u00e8rent la ville. Z\u00e9tos \u00e9pousa Th\u00e9b\u00e9, Amphion Niob\u00e9, laquelle, pour avoir offens\u00e9 les dieux, vit mourir tous ses enfants et fut chang\u00e9e en rocher au sommet du mont Sipyle.<\/p>\n<p>Les destins des jumeaux sont rarement favorables. Iphicl\u00e8s sera tu\u00e9 par le taureau, H\u00e9rakl\u00e8s br\u00fbl\u00e9 vif dans la d\u00e9pouille du Lion qu\u2019il avait abattu. H\u00e9l\u00e8ne deviendra la trop c\u00e9l\u00e8bre h\u00e9ro\u00efne de Troie et sa s\u0153ur, Clytemnestre, \u00e9pouse de Tantale puis d\u2019Agamemnon, assassinera son second \u00e9poux avec l\u2019aide de son amant Egisthe, avant d\u2019\u00eatre ch\u00e2ti\u00e9e par son propre fils, Oreste. En effet, les destins des grands mythes g\u00e9miques s\u2019annon\u00e7aient difficiles en une \u00e9poque o\u00f9 la religion renaissante devait combattre non seulement le Taureau encore vigoureux mais tous ces dieux\u00a0: le Cancer, le Lion, la Vierge, \u00e9galement d\u00e9sireux de rena\u00eetre et soutenus par des Etats puissants.<\/p>\n<p>Une exception\u00a0: les Dioscures. Lorsque Idas eut puni Castor en lui tranchant la t\u00eate (\u00e0 la suite d\u2019une complexe histoire de troupeau de b\u0153ufs mal partag\u00e9), Pollux obtint de Zeus l\u2019immortalit\u00e9 pour son fr\u00e8re, \u00e0 condition que Castor et lui acceptent de vivre un jour sur deux, alternativement.<\/p>\n<p>On peut d\u00e9duire de ces l\u00e9gendes un certain nombre de conclusions que rien jusque aujourd\u2019hui ne d\u00e9ment. La premi\u00e8re sera que la naissance de jumeaux, \u00e0 un certain moment de l\u2019Histoire, fut tenue pour \u00ab\u00a0miraculeuse\u00a0\u00bb. Il fallut que l\u2019un des deux enfants f\u00fbt l\u2019\u0153uvre d\u2019un dieu.<\/p>\n<p>La seconde sera que la substitution de la religion taurique \u00e0 la religion g\u00e9mique dut \u00eatre re\u00e7ue par les \u00ab\u00a0fid\u00e8les\u00a0\u00bb comme le seront plus tard les substitutions de la religion b\u00e9lique \u00e0 la religion taurique, de la religion des Poissons \u00e0 celle du B\u00e9lier\u00a0: un v\u00e9ritable d\u00e9icide, plus monstrueux d\u2019\u00eatre laiss\u00e9 sans ch\u00e2timent. En contrepartie, aux temps qui suivirent le \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb taurique, d\u2019effroyables h\u00e9catombes durent \u00eatre perp\u00e9tr\u00e9es parmi les croyants de l\u2019ancienne religion. C\u2019est un taureau qui tue le fr\u00e8re d\u2019H\u00e9rakl\u00e8s et l\u2019ami de Dionysos\u00a0; c\u2019est \u00e0 cause d\u2019un troupeau de b\u0153ufs que Castor meurt\u2026 Ainsi, les massacres juifs des 13<sup>\u00e8me<\/sup> et 14<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles n\u2019eussent pas reproduit un seul pr\u00e9c\u00e9dent (le ravage des cit\u00e9s babyloniennes par les S\u00e9mites aux 9<sup>\u00e8me<\/sup> et 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles avant J.-C.), mais \u00e9galement d\u2019autres pers\u00e9cutions (de quatre mille ans ant\u00e9rieures) dont la l\u00e9gende a conserv\u00e9 le souvenir.<\/p>\n<p>Notre troisi\u00e8me conclusion sera que, si le mythe d\u2019H\u00e9rakl\u00e8s raconte l\u2019agonie des G\u00e9meaux, le mythe des Dioscures raconte leur renouveau ou \u00ab\u00a0mue\u00a0\u00bb. Et ce renouveau, cette mue paraissent \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 la naissance (ou renaissance) de l\u2019astrologie. C\u2019est en qualit\u00e9 de \u00ab\u00a0constellation\u00a0\u00bb que les jumeaux survivent, symbole transparent\u2026<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Fils de Tyndare, roi de Lac\u00e9d\u00e9mone, les Dioscures \u00e9taient particuli\u00e8rement v\u00e9n\u00e9r\u00e9s des Spartiates, qui les repr\u00e9sentaient par \u00ab\u00a0deux pi\u00e8ces de bois parall\u00e8les, sans sculpture d\u2019aucune sorte, jointes par deux traverses\u00a0\u00bb. (PLUTARQUE\u00a0: <em>De l\u2019amiti\u00e9 fraternelle.<\/em>)<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Comme nous l\u2019avons vu, l\u2019art de b\u00e2tir et le chant \u00e9taient probablement parmi les primitives r\u00e9alisations du Signe. D\u2019o\u00f9, le ma\u00e7on Z\u00e9tos et le po\u00e8te Amphion.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>La nostalgie de l\u2019Age d\u2019Or<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ce bref r\u00e9sum\u00e9 ne tend pas \u00e0 donner un tableau complet de tous les mythes grecs, mais il dessine assez nettement la courbe de leur \u00e9volution.<\/p>\n<p>Ant\u00e9rieurement au second mill\u00e9naire, la religion du \u00eatre uniquement g\u00e9mique\u00a0: en Anatolie, s\u00fbrement, si l\u2019on en croit les vestiges qu\u2019on y trouve, et peut-\u00eatre dans cette tr\u00e8s antique Argos qu\u2019Hom\u00e8re nommait \u00ab\u00a0p\u00e9lasgique\u00a0\u00bb, par opposition \u00e0 l\u2019Argos post\u00e9rieure, et m\u00eame, plus \u00e9trangement, \u00ab\u00a0Argos ionienne\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0, la rattachant ainsi au monde anatolien.<\/p>\n<p>Or, le nom d\u2019Argos contient l\u2019id\u00e9e de paresse, de n\u00e9gligence (X\u00e9nophon l\u2019emploie dans ce sens) et l\u2019\u00e9pith\u00e8te \u00ab\u00a0jasien\u00a0\u00bb qu\u2019on lui rattache parfois, vient de \u00ab\u00a0jasion\u00a0\u00bb, hi\u00e9roglyphe de la terre cultiv\u00e9e et synonyme de \u00ab\u00a0mauvaise herbe\u00a0\u00bb. Le P\u00e9lasgien est ainsi l\u2019homme de l\u2019\u00e2ge d\u2019or g\u00e9mique, qui \u00ab\u00a0poss\u00e8de la blonde C\u00e9r\u00e8s dans un gu\u00e9ret heureux\u00a0\u00bb. C\u2019est pourquoi le culte nostalgique des herbes sauvages (parmi lesquelles l\u2019ache et la mauve) persistera jusqu\u2019au temps du Christ. Plutarque note qu\u2019\u00e0 D\u00e9los, dans le temple d\u2019Apollon, on faisait manger de l\u2019ache aux fid\u00e8les, \u00ab\u00a0avec certaines plantes communes, qui poussent d\u2019elles-m\u00eames\u00a0\u00bb, en souvenir d\u2019une nourriture primitive.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p>Platon assure que, dans ces temps anciens, \u00ab\u00a0les arbres donnaient des fruits en abondance et que les hommes dormaient nus sur le sol, sans avoir besoin de lit, car toutes les saisons \u00e9taient alors temp\u00e9r\u00e9es\u00a0\u00bb.<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n<p>S\u00e9n\u00e8que \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Le genre humain ne s\u2019est jamais trouv\u00e9 dans un \u00e9tat plus digne d\u2019envie, et si la Divinit\u00e9 permettait \u00e0 un mortel de former lui-m\u00eame la terre et d\u2019enseigner \u00e0 ses semblables, elle ne pourrait les mettre dans une situation plus heureuse\u2026 Chacun jouissait de la nature\u00a0: cette m\u00e8re suffisait au soutien de ses enfants.\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a><\/p>\n<p>Ovide ne dit rien d\u2019autre\u00a0: \u00ab\u00a0Contents des aliments que la terre cr\u00e9ait sans y \u00eatre contrainte, les hommes recueillaient les fruits de l\u2019arbousier, les fraises des montagnes, les cornouilles, les m\u00fbres suspendues aux ronces cruelles et les glands tomb\u00e9s de l\u2019arbre de Jupiter aux larges branchages\u00a0\u00bb.<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a><\/p>\n<p>Puis, Saturne est pr\u00e9cit\u00e9 dans le Tartare, Jupiter r\u00e8gne sur l\u2019univers. \u00ab\u00a0Alors, vint l\u2019\u00e2ge d\u2019argent, d\u2019une valeur moindre que l\u2019\u00e2ge d\u2019or, mais plus pr\u00e9cieux que l\u2019\u00e2ge d\u2019airain \u00e0 la couleur fauve. Pour la premi\u00e8re fois, les hommes entr\u00e8rent dans les maisons\u2026 Pour la premi\u00e8re fois, de longs sillons couvrirent la semence de C\u00e9r\u00e8s et le poids du joug fit g\u00e9mir les jeunes taureaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Si l\u2019on admet, comme les concordances y invitent, que le \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb g\u00e9mique a pris fin vers 5000, au moment o\u00f9 s\u2019ouvrait l\u2019\u00e8re du Taureau (dont le \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb doit \u00eatre dat\u00e9 de 3500 \u00e0 3000), on voit que la tr\u00e8s br\u00e8ve description de l\u2019\u00e2ge d\u2019Argent par le po\u00e8te illustre ce passage m\u00eame du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb g\u00e9mique (\u00e2ge d\u2019Or) au \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb taurique (\u00e2ge de Bronze). Nous avons not\u00e9, en effet, que le bronze fut une cr\u00e9ation du Taureau. D\u2019autre part, Jupiter, le dieu \u00e0 l\u2019aigle, p\u00e8re d\u2019H\u00e9rakl\u00e8s et de Pollux, est bien le dieu g\u00e9mique par excellence.<\/p>\n<p>Dans cet \u00ab\u00a0\u00e2ge d\u2019argent\u00a0\u00bb d\u2019Ovide, reproduit d\u2019H\u00e9siode, on pourrait reconna\u00eetre l\u2019Etat fabuleux que Platon d\u00e9crit longuement dans le <em>Critias<\/em>, l\u2019Atlantide. Des rois jumeaux y r\u00e8gnent. H\u00e9r\u00e9tiques g\u00e9miques, les Atlantes honorent le Cheval, symbole solaire. Leurs \u00ab\u00a0douces lois\u00a0\u00bb laissent aux hommes, encore, une certaine libert\u00e9\u00a0; et le Jeu est d\u00e9j\u00e0, semble-t-il, leur occupation favorite. S\u2019il n\u2019ose r\u00eaver de r\u00e9tablir l\u2019Age d\u2019Or, Platon ne juge pas insens\u00e9 l\u2019espoir de recr\u00e9er cette cit\u00e9 id\u00e9ale.<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a> On peut penser que son effondrement correspondit \u00e0 l\u2019effondrement de l\u2019ancien royaume anatolien ainsi qu\u2019\u00e0 la disparition de la double royaut\u00e9 \u00e9gyptienne (vers 4000).<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> HOMERE\u00a0: <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em>, XVIII\u00a0, 246.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> PLUTARQUE\u00a0: <em>Banquet des sept sages<\/em>, 14.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> PLATON\u00a0: <em>Le Politique,\u00a0<\/em> 272<em>a.<\/em><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> SENEQUE, lettre XC.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> OVIDE\u00a0: <em>M\u00e9tamorphoses<\/em>, I, 89-120.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> PLATON\u00a0: <em>La R\u00e9publique<\/em>, 592 b.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Le symbole de l\u2019Aigle<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Pendant tout le temps o\u00f9 cro\u00eet l\u2019Esprit taurique et o\u00f9 s\u2019impose son Royaume (de l\u2019antique Warka jusqu\u2019\u00e0 la fin de Sumer), nous voyons les cit\u00e9s g\u00e9miques \u2014 Suse, Troie \u2014 sans cesse d\u00e9truites et recr\u00e9\u00e9es. Puis, au lendemain du Royaume taurique, les mythes g\u00e9miques renaissent, confus\u00e9ment d\u2019abord, sous forme d\u2019h\u00e9r\u00e9sie (\u00e0 Lagash), ou d\u2019emprunts nettement plus nostalgiques que religieux (en Elam, en Akkad). Il faut attendre Myc\u00e8nes, ses deux lionnes et ses silos de bl\u00e9, il faut attendre Orph\u00e9e pour que le Dieu renaisse, \u00e0 demi g\u00e9mique, \u00e0 demi solaire, comme le prouvent les embl\u00e8mes jupit\u00e9riens de l\u2019Aigle et du Foudre.<\/p>\n<p>Il ne serait pas concevable, en effet, que cette longue suite de syncr\u00e9tismes que nous venons d\u2019\u00e9tudier n\u2019eussent pas pr\u00e9sent\u00e9 un symbole commun, illustration de l\u2019alliance G\u00e9meaux-Lion (ou G\u00e9meaux-Soleil). Ce symbole existe\u00a0: c\u2019est l\u2019<em>Aigle<\/em>.<\/p>\n<p>Symbole solaire, Plutarque en fait le ministre de Zeus<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0; Pline le croit \u00e0 l\u2019abri de la foudre<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0; Lucien le pr\u00e9tend capable de \u00ab\u00a0soutenir, sans baisser la paupi\u00e8re, l\u2019\u00e9clat des rayons du soleil\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Symbole g\u00e9mique, il se pr\u00e9sente souvent sous la forme d\u2019aigle double ou bic\u00e9phale. Ce sont deux aigles qui punissent Prom\u00e9th\u00e9e du vol du feu divin. Mais, double ou unique, l\u2019embl\u00e8me se retrouve, au cours des second et premier mill\u00e9naires, sur tous les bords de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Le dieu assyrien Nin-Girsou \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019Aigle, le Taureau et le Lion (vase d\u2019Ent\u00e9m\u00e9na). Quinte-Curce rapporte qu\u2019aux attelages du char de l\u2019Ach\u00e9mide, le joug supportait deux divinit\u00e9s jumelles, Ninus et Bellus, reli\u00e9es par un aigle d\u2019or aux ailes \u00e9ploy\u00e9es.<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> En Egypte, le symbole essentiel des nomes avait \u00e9t\u00e9 le Faucon. Mais Horapollon affirme qu\u2019au second mill\u00e9naire, l\u2019Aigle \u00e9tait devenu l\u2019image du roi solitaire et impitoyable<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> en m\u00eame temps que l\u2019embl\u00e8me de la \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 citadine\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019oiseau enlevant une pierre dans son bec ou dans ses serres repr\u00e9sentait un homme qui habite une ville en toute s\u00e9curit\u00e9.<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a><\/p>\n<p>Ce trait est \u00e0 rapprocher du vol d\u2019aigles qui indique \u00e0 Romulus et \u00e0 R\u00e9mus l\u2019emplacement o\u00f9 ils devront b\u00e2tir Rome.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> PLUTARQUE\u00a0: <em>Dion<\/em>, XXVI.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> PLINE\u00a0: <em>Histoire naturelle<\/em>, II, 56.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> LUCIEN\u00a0: <em>Icarom<\/em>, XIV.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> QUINTE-CURCE\u00a0: <em>Vie d\u2019Alexandre<\/em>, III, 3.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> HORAPOLLON\u00a0: <em>Hi\u00e9roglyphes<\/em>, II, 56.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> HORAPOLLON\u00a0: <em>Hi\u00e9roglyphes<\/em>, II, 49.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Rome<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les Sabins pr\u00e9tendaient descendre des Grecs \u00e9migr\u00e9s de Lac\u00e9d\u00e9monie, ce que l\u2019arch\u00e9ologie tendrait \u00e0 mettre en doute. Mais tous les peuples qui occupaient alors le Latium et les environs de Rome se pr\u00e9valaient plus ou moins d\u2019une ascendance grecque ou troyenne \u2014 g\u00e9mique dans les deux cas. Et ce que nous savons des Etrusques r\u00e9v\u00e8le effectivement de curieuses ressemblances entre leurs croyances et celles d\u2019Anatolie. Les Jumeaux, entre autres, y figurent.<\/p>\n<p>Ce fut \u00e9galement aux Etrusques que les premiers rois romains emprunt\u00e8rent l\u2019embl\u00e8me de l\u2019Aigle.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> Plutarque nous apprend que le premier de ces rois, Numa, avait modifi\u00e9 le calendrier, selon les enseignements \u00e9gyptiens, en rempla\u00e7ant l\u2019ancienne ann\u00e9e de 10 mois par une ann\u00e9e de 12 mois. D\u00e9sormais, f\u00e9vrier (mois de purification) et janvier (mois de Janus) ouvrirent l\u2019ann\u00e9e aux lieu et place du mois vernal.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> Cependant, aucun des rois qui suivirent n\u2019abolit le symbole aquilin\u00a0: sous Tarquin le Superbe, encore, il figurait la royaut\u00e9.<\/p>\n<p>Le rite de purification institu\u00e9 par Numa annon\u00e7ait \u00e9galement une civilisation b\u00e9lique, dont Rome, jusqu\u2019aux empereurs, ne s\u2019\u00e9loignerait plus. Elle donne leur v\u00e9ritable caract\u00e8re aux lares familiaux, au culte des P\u00e9nates, \u00e0 l\u2019entretien du Feu sacr\u00e9, au sacerdoce des Flamines.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Janus, le dieu au double visage, il refl\u00e8te cette autre dualit\u00e9 dont le mythe impr\u00e8gne toute l\u2019histoire romaine\u00a0: Romulus et R\u00e9mus. Il arrivera pourtant que le culte des Fondateurs ne semble plus assez respectueux aux Romains.<\/p>\n<p>En 509 avant J.-C., la R\u00e9publique \u00e9tait fond\u00e9e. Imitant les rois jumeaux de l\u2019Atlantide, les deux rois de la vall\u00e9e du Nil et les deux rois de la Sparte l\u00e9gendaire, deux consuls allaient d\u00e9sormais se partager le pouvoir \u00e0 Rome. Douze ans plus tard, pendant la guerre du Latium, le dictateur Aulus Posthumius fera v\u0153u d\u2019\u00e9lever un temple \u00e0 Castor et Pollux, comme les Dioscures en avaient un dans la ville ennemie, Tusculum.<\/p>\n<p>Les G\u00e9meaux descendirent du ciel pour se mettre \u00e0 la t\u00eate de la cavalerie romaine et gagn\u00e8rent la bataille\u00a0; puis ils entr\u00e8rent dans la Ville avec les troupes. Sur le Forum, \u00e0 l\u2019emplacement o\u00f9 burent leurs chevaux blancs, on leur \u00e9difia le temple promis.<\/p>\n<p>En 1715, date l\u00e9gendaire de la fondation de Rome, les Jumeaux \u00e9trusques avaient vu deux groupes d\u2019aigles\u00a0; R\u00e9mus un groupe de six, Romulus un groupe de douze. C\u2019\u00e9tait donner \u00e0 Rome l\u2019alternative d\u2019une double dur\u00e9e, et cette ambigu\u00eft\u00e9 tourmenta non seulement les pr\u00eatres mais le peuple \u2014 jusque sous Auguste, qui mit fin \u00e0 ces terreurs en d\u00e9cr\u00e9tant l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Il y avait un si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0 (sous le consulat de Marius, en 106 avant J.-C.) que l\u2019Aigle \u00e9tait redevenu l\u2019embl\u00e8me des l\u00e9gions, \u00e0 la t\u00eate desquelles il rempla\u00e7ait le loup, le minotaure et le sanglier. Se pr\u00e9sentant inspir\u00e9 par l\u2019oiseau de Jupiter, Auguste proscrivit les cultes \u00e9trangers.<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> D\u00e9sormais, lors de l\u2019apoth\u00e9ose d\u2019un empereur, on l\u00e2cha dans le ciel un aigle, qui \u00e9tait suppos\u00e9 ravir et porter au Ma\u00eetre des Dieux l\u2019\u00e2me du souverain d\u00e9funt.<\/p>\n<p>Au premier si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C., Romulus et R\u00e9mus devaient se contenter d\u2019une \u00ab\u00a0chaumi\u00e8re\u00a0\u00bb et d\u2019un \u00ab\u00a0figuier\u00a0\u00bb sur le Palatin. L\u2019arbre mythique des comices, dit\u00a0: figuier ruminal, perdit ses branches et son tronc se dess\u00e9cha en l\u2019an 59 (812 de Rome). L\u2019\u00e9v\u00e8nement parut si grave et frappa si vivement les esprits que Tacite, cinquante ans plus tard, le consignait dans ses <em>Annales<\/em> (XIII, 58).<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Denys d\u2019HALICARNASSE\u00a0: <em>Antiquit\u00e9s Romaines<\/em>, XVIII.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> PLUTARQUE\u00a0: <em>Numa<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Cette proscription fut renouvel\u00e9e par Tib\u00e8re, en 19 apr\u00e8s J.-C., apr\u00e8s que Livie lui eut donn\u00e9 des jumeaux (TACITE\u00a0: <em>Annales<\/em>, II, 84 et 85).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>L\u2019esprit des G\u00e9meaux<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Or, cette approche de la mystique g\u00e9mique que ne nous permettaient pas les traces, trop vagues et trop succinctes, de Suse I, de Troie I et de l\u2019Egypte des \u00ab\u00a0nomes\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9tude de la \u00ab\u00a0premi\u00e8re mue\u00a0\u00bb nous autorise \u00e0 l\u2019entreprendre. Nous avons vu qu\u2019\u00e0 l\u2019origine, la r\u00e9v\u00e9lation du Signe dut reposer sur l\u2019effroi de d\u00e9couvrir un \u00eatre \u2014 le jumeau \u2014 parfaitement semblable \u00e0 un autre \u00eatre, alors que, selon le mot gidien, \u00ab\u00a0pas un brin d\u2019herbe ne reproduit exactement un autre brin d\u2019herbe\u00a0\u00bb. Cet \u00e9tonnement m\u00eal\u00e9 de crainte sacr\u00e9e appelait la croyance primitive que le \u00ab\u00a0double\u00a0\u00bb \u00e9tait la cr\u00e9ation miraculeuse d\u2019un dieu.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, le hasard d\u2019une charogne dans un champ d\u00e9couvrait aux hommes du Signe que la mort fait la vie, \u00e9tablissait un lien entre la mort de la plante et la vie de l\u2019homme. Cette r\u00e9v\u00e9lation mystique de \u00ab\u00a0l\u2019engrais\u00a0\u00bb qu\u2019enrichissait bient\u00f4t le sens nouveau de la technique (r\u00e9p\u00e9tition du geste) condamnait <em>ipso facto<\/em> la vie nomade. Tous les h\u00e9ros g\u00e9miques sont cr\u00e9ateurs de villes, en Egypte et en Acha\u00efe comme au Mexique.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p>S\u00e9journant, l\u2019homme s\u2019assagissait\u00a0; s\u2019assagissant, il joua. Le jeu, sous toutes ses formes, pr\u00e9sente ce caract\u00e8re de \u00ab\u00a0gratuit\u00e9\u00a0\u00bb que r\u00e9v\u00e9laient \u00e0 la fois le vol libre de l\u2019oiseau et le sentiment profond que la vie na\u00eet de la mort\u00a0: l\u2019inutile m\u00eame n\u2019est pas sans prix\u00a0; il faut accepter de perdre pour gagner. Sous toutes ses formes \u00e9galement, le jeu, ce temps perdu, repose sur la r\u00e9p\u00e9tition, sur la technique\u00a0: en conna\u00eetre les r\u00e8gles, c\u2019est savoir reproduire les m\u00eames actes en fonction des actes du partenaire, dans le cadre d\u2019une parfaite sym\u00e9trie.<\/p>\n<p>Gratuit\u00e9, r\u00e8gles et sym\u00e9trie se red\u00e9couvrent dans la danse, la plus haute cr\u00e9ation g\u00e9mique\u00a0; \u00e0 un degr\u00e9 moindre, dans la c\u00e9ramique des \u00e2ges archa\u00efques \u2014 et, sur le plan moral, dans l\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n<p>Ces trois innovations devaient marquer les \u00e9tapes de l\u2019\u00e9volution du Mythe et constituer son univers au moment de sa \u00ab\u00a0premi\u00e8re mort\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A Myc\u00e8nes, la religion, tout en restant g\u00e9mique et en devenant solaire, subit les influences du taureau sum\u00e9rien (apr\u00e8s son passage par la Cr\u00e8te, sous le nom du Minotaure, le fils de Dionysos<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>). Alors le sens de l\u2019abstraction, h\u00e9rit\u00e9 du Taureau, renfor\u00e7a les premi\u00e8res donn\u00e9es du Mythe\u00a0: les R\u00e8gles du Jeu se soumirent au Nombre, les techniques artisanales devinrent des lois de production (math\u00e9matiques), la confraternit\u00e9 devint la base de l\u2019\u00e9thique (en Lac\u00e9d\u00e9mone, particuli\u00e8rement).<\/p>\n<p>Enfin, au lendemain du Royaume d\u2019Isra\u00ebl, les deux apports b\u00e9liques\u00a0: la Justice et le culte familial achev\u00e8rent l\u2019\u00e9difice de la Cit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 cette perfection qu\u2019en furent le droit, les jeux et les principes romains.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que Myc\u00e8nes avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e \u00e0 l\u2019ombre de Cnossos, sous la terreur du Minotaure\u00a0; qu\u2019Ath\u00e8nes s\u2019inspira de l\u2019esprit du B\u00e9lier\u00a0; qu\u2019\u00e0 partir de N\u00e9ron, l\u2019histoire des Latins n\u2019est plus dissociable de la mont\u00e9e et de l\u2019expansion du christianisme.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> O\u00f9 ce fut l\u2019Aigle am\u00e9ricain (le Condor) qui indiqua aux Azt\u00e8ques l\u2019emplacement de leur ville sainte\u00a0: Tenochtitlan (Mexico).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Parlant du temple de Junon (H\u00e9ra), l\u2019Haerum, situ\u00e9 \u00e0 mi-chemin entre Argos et Myc\u00e8nes, Georges Lano\u00e9-Vill\u00e8ne pr\u00e9cise \u00ab\u00a0qu\u2019on a pu donner aussi le nom de Vall\u00e9e des Mugissements \u00e0 cette partie du territoire myc\u00e9nien \u00e0 cause de Junon, \u00ab\u00a0au visage de vache\u00a0\u00bb, hi\u00e9roglyphi\u00e9e par cet animal dans l\u2019\u00e9sot\u00e9risme\u00a0\u00bb. (<em>Le Livre des Symboles<\/em>, Lettre C, Editions Bossard, 1929).<\/p>\n<p>Jean-Charles Pichon, 1963<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>II LA PREMIERE MUE \u00a0 Depuis le d\u00e9but de notre si\u00e8cle, l\u2019\u00e9tude compar\u00e9e des religions a commenc\u00e9 de dessiner une passionnante synth\u00e8se entre des cultures et des civilisations que, jusqu\u2019alors, on avait crues tr\u00e8s diff\u00e9rentes (bien que, d\u00e8s 1767, le &hellip; <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2249\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-2249","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-cycles-du-retour-eternel"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2249","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2249"}],"version-history":[{"count":14,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2249\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2263,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2249\/revisions\/2263"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2249"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2249"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2249"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}