{"id":2119,"date":"2012-08-28T15:13:32","date_gmt":"2012-08-28T13:13:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2119"},"modified":"2012-08-28T17:43:16","modified_gmt":"2012-08-28T15:43:16","slug":"deuxieme-partie-le-temps-dapprendre-a-mourir-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2119","title":{"rendered":"DEUXIEME PARTIE : LE TEMPS D&rsquo;APPRENDRE A MOURIR &#8211; 2 &#8211;"},"content":{"rendered":"<h2 align=\"center\"><strong><em>II<\/em><\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong><em>LA FOI EN L&rsquo;ETERNEL RETOUR<\/em><\/strong><\/h2>\n<p align=\"center\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il n&rsquo;est pas vrai que la puissance temporelle de Juda se soit maintenue intacte jusqu&rsquo;au Christ, il ne l&rsquo;est pas plus qu&rsquo;\u00e0 partir de J\u00e9sus elle se soit compl\u00e8tement effondr\u00e9e. On conna\u00eet la raison de ce mensonge : les catholiques tenaient \u00e0 r\u00e9pandre que les souffrances des juifs \u00e9taient le ch\u00e2timent du crime d&rsquo;avoir livr\u00e9 J\u00e9sus. D&rsquo;o\u00f9, la n\u00e9cessit\u00e9 de dater la \u00ab\u00a0dispersion\u00a0\u00bb de la mort du Christ et d&rsquo;o\u00f9 le d\u00e9veloppement \u00e0 l&rsquo;infini du th\u00e8me : \u00ab\u00a0Le peuple d&rsquo;Isra\u00ebl, en se dispersant par toute la terre, a continu\u00e9 \u00e0 former une race \u00e0 part, demeurant ainsi malgr\u00e9 lui le t\u00e9moin perp\u00e9tuel de l&rsquo;accomplissement des proph\u00e9ties et de la mal\u00e9diction qui p\u00e8se sur le peuple d\u00e9icide<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, r\u00e9p\u00e9tons-le, le mot lui-m\u00eame \u00ab\u00a0diaspora\u00a0\u00bb date de la captivit\u00e9 babylonienne, au 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. Quant \u00e0 l&rsquo;avenir de Juda, Cecil Roth dit excellemment : \u00ab\u00a0Contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;on pense, la chute de J\u00e9rusalem fut, dans l&rsquo;histoire du peuple juif, un \u00e9pisode plut\u00f4t que la fin d&rsquo;une \u00e9poque<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.\u00a0\u00bb Sans doute la destruction du Temple a-t-elle marqu\u00e9 dans l&rsquo;histoire du Peuple une terrible coupure; mais elle ne fut \u00e0 aucun degr\u00e9 le commencement d&rsquo;une agonie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l&rsquo;appr\u00e9cier, imaginons ce que deviendrait le christianisme, si le Vatican devait \u00eatre d\u00e9truit. Les \u00e9glises protestantes et l&rsquo;\u00e9glise orthodoxe ne seraient pas directement atteintes par la disparition de la papaut\u00e9. Puis, on peut croire que des millions de catholiques pers\u00e9v\u00e9reraient dans leur foi. T\u00f4t ou tard, ils se rassembleraient ici et l\u00e0 en de petites communaut\u00e9s et chercheraient dans l&rsquo;\u00e9tude de leurs livres sacr\u00e9s l&rsquo;enseignement qui ne leur viendrait plus de Rome.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leur adversaire, alors, serait bien moins l&rsquo;un des Etats \u00e0 demi mat\u00e9rialistes, indiff\u00e9rents ou peut-\u00eatre condamn\u00e9s, qui auraient abattu l\u00a0\u00bbEglise \u2014 que la foi nouvelle (encore hypoth\u00e9tique), dont les adeptes auraient \u00e0 c\u0153ur d&rsquo;achever la religion moribonde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi des juifs. A cela pr\u00e8s, qu&rsquo;il est dans l&rsquo;esprit des Poissons, mais nullement dans celui du B\u00e9lier, de savoir s&rsquo;adapter et se soumettre. Quarante-cinq ans apr\u00e8s la chute de J\u00e9rusalem, les juifs du Levant et de l&rsquo;Afrique se soulev\u00e8rent; la Ville fut reprise; sous le commandement de Simon bar Koziba, Juda put esp\u00e9rer revivre. La dispersion de 135, m\u00eame, ne mit pas fin \u00e0 cet espoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des acad\u00e9mies se reconstituaient en Palestine et en Babylonie; le Talmud y \u00e9tait compos\u00e9, la Thora \u00e9tudi\u00e9e. Des communaut\u00e9s s&rsquo;y recr\u00e9aient : certaines d&rsquo;entre elles ne dispara\u00eetront qu&rsquo;au temps des croisades.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s 138, dans une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de \u00ab\u00a0retour aux sources\u00a0\u00bb, le patriarcat \u00e9tait r\u00e9 institu\u00e9. De Sim\u00e9on III jusqu&rsquo;\u00e0 Gamaliel VI (suspendu en 415, mort en 425), les \u00ab\u00a0patriarches\u00a0\u00bb allaient se maintenir trois si\u00e8cles. Un d\u00e9veloppement philosophique et scientifique accompagnait le redressement religieux. C&rsquo;\u00e9tait le temps o\u00f9 une secte juive se faisait appeler \u00ab\u00a0les Th\u00e9rapeutes\u00a0\u00bb, et ce nom n&rsquo;\u00e9tait pas usurp\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Sur la science des anciens, notamment en mati\u00e8re d&rsquo;anatomie et de physiologie animale, le trait\u00e9 talmudique de Hulin apporte un grand nombre d&rsquo;\u00e9claircissements\u2026 Les structures du c\u0153ur, des poumons, des reins, du foie semblent avoir \u00e9t\u00e9 parfaitement connues (au 4<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re), de m\u00eame que la circulation du sang et la direction du torrent sanguin dans les divers circuits du syst\u00e8me vasculaire. Des travaux de reconstitution tr\u00e8s complets ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s \u00e0 ce propos par la Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Histoire de la M\u00e9decine h\u00e9bra\u00efque<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La science m\u00e9dicale des juifs n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs nulle part discut\u00e9e, bien qu&rsquo;on y feigne parfois d&rsquo;y voir une connaissance surtout v\u00e9t\u00e9rinaire. En effet, cette science progressait principalement gr\u00e2ce aux examens cliniques auxquels \u00e9tait soumis le b\u00e9tail avant d&rsquo;\u00eatre livr\u00e9 \u00e0 la consommation. Il n&rsquo;en est pas moins vrai que le m\u00e9decin juif, pendant des si\u00e8cles, sera pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 tout autre; et l&rsquo;on retrouvera les juifs, au Moyen Age, dans les premi\u00e8res facult\u00e9s de m\u00e9decine de Toulouse et de Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant aux mystiques de la renaissance juda\u00efque, nous ferons plus ample connaissance avec eux en disant quelques mots de la cabbale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, cette renaissance, Rome l&rsquo;a vue avec une sorte d&rsquo;indiff\u00e9rence, bris\u00e9e, ici, par la r\u00e9pression d&rsquo;une r\u00e9volte (en 351), l\u00e0, au contraire, par la faveur par la faveur in\u00e9branlable d&rsquo;un empereur, Julien, que la mort seule emp\u00eachera de reconstruire le Temple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jules Isaac d\u00e9fend la th\u00e8se que les pers\u00e9cutions des juifs avant le Christ auraient \u00e9t\u00e9 d&rsquo;un ordre \u00e9conomique et militaire : des voisins plus puissants s&rsquo;attaquent \u00e0 un Etat mal d\u00e9fendu et riche; mais que les pers\u00e9cutions apr\u00e8s le Christ rev\u00eatent un caract\u00e8re doctrinal, religieux : un dieu chasse l&rsquo;autre<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci n&rsquo;infirme pas la th\u00e9orie, mais plut\u00f4t la confirme, que pr\u00e9cis\u00e9ment cette autre rupture dans l&rsquo;histoire du Peuple, la fin du patriarcat, ne date pas du Christ mais du d\u00e9but du 5<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, o\u00f9 s&rsquo;impose l&rsquo;\u00e9glise nouvelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, les pers\u00e9cutions les plus atroces ne commenc\u00e8rent pas d\u00e8s ce moment : triomphante, l&rsquo;Eglise s&rsquo;inqui\u00e9tait des barbares. Les s\u00e9v\u00e9rit\u00e9s de l&#8217;empereur chr\u00e9tien Th\u00e9odose II (408-450) et les premiers massacres des juifs d&rsquo;Alexandrie demeurent des exceptions jusqu&rsquo;au succ\u00e8s d\u00e9finitif de l&rsquo;Eglise et son unification, au 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La prohibition de l&rsquo;exercice public du juda\u00efsme date de l&#8217;empereur H\u00e9raclius (610-642) et l&rsquo;expulsion des juifs, en Gaule, du \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb roi Dagobert (626). La Burgondie, la Lombardie, l&rsquo;Espagne, commen\u00e7aient de suivre cet exemple, quand un nouveau danger vint rel\u00e9guer au second plan le probl\u00e8me juif : les musulmans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier ennemi, apr\u00e8s le christianisme, que la religion h\u00e9bra\u00efque e\u00fbt pu redouter! Mais les musulmans se reconnaissaient les fils du B\u00e9lier aussi bien que les adeptes du Croissant. Non seulement ils pratiquaient la circoncision et observaient les rites alimentaires, mais ils acceptaient les Proph\u00e8tes et r\u00e9v\u00e9raient J\u00e9rusalem comme un haut-lieu de l&rsquo;Esprit. Devant l&rsquo;Exilarque, que le Calife asseyait sur un tr\u00f4ne en face du sien, les princes musulmans devaient se tenir debout. Aussi bien, ce sera dans l&rsquo;Espagne \u00ab\u00a0maure\u00a0\u00bb, puis dans l&#8217;empire turc que les juifs pers\u00e9cut\u00e9s trouveront leurs derniers refuges.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux 8<sup>\u00e8me<\/sup> et 9<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles, nous n&rsquo;en sommes pas l\u00e0. M\u00eame aujourd&rsquo;hui, les juifs respectent le nom de Charlemagne, \u00ab\u00a0\u00e0 cause des faveurs dont il combla leurs p\u00e8res\u00a0\u00bb. A Lyon, au 10<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le jour du march\u00e9 \u00e9tait report\u00e9 du samedi au lundi pour la commodit\u00e9 du Peuple. Ses n\u00e9gociants allaient chercher jusque chez les Slaves des esclaves pour le calife de Cordoue et pour les nobles juifs. En vain les conciles eccl\u00e9siastiques remettaient en vigueur de vieilles prohibitions, que nul n&rsquo;appliquait plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au 11<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle encore, des communaut\u00e9s religieuses puissantes existaient tout \u00e0 la fois en Espagne, en Angleterre, en France et en Orient : Arabie, Egypte, Perse \u2014 jusqu&rsquo;aux Indes et en Chine. En m\u00eame temps, les \u00e9crits po\u00e9tiques ou philosophiques d&rsquo;un Mo\u00efse ibn Ezra, de Grenade, d&rsquo;un Abraham ibn Ezra (1092-1167) ou d&rsquo;un Juda haL\u00e9vy (1086-1141) exer\u00e7aient sur les initi\u00e9s et les intellectuels de tous les cultes un surprenant prestige. Bien que ses royaumes terrestres fussent dispers\u00e9s, il restait au B\u00e9lier l&#8217;empire immense de l&rsquo;Esprit.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> W. Devivier, Cours d&rsquo;Apolog\u00e9tique chr\u00e9tienne ou Exposition raisonn\u00e9e des fondements de la foi, Casterman, 1914.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Cecil ROTH : <em>Histoire du peuple juif<\/em>, 1948.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Meyer SAL : <em>Les Tables de la Loi<\/em>, La Colombe, 1962.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Jules ISAAC : <em>J\u00e9sus et Isra\u00ebl, l&rsquo;Enseignement du m\u00e9pris<\/em>, Fasquelle, 1956, 1952.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les pers\u00e9cutions<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut penser que deux \u00e9v\u00e8nements surtout (l&rsquo;un et l&rsquo;autre chr\u00e9tiens) furent responsables des pers\u00e9cutions contre le Peuple. En premier lieu, les croisades; en second lieu, le quatri\u00e8me concile de Latran (1215) qui d\u00e9chargeait les chr\u00e9tiens de toute dette envers les juifs. Le m\u00eame concile reconnaissait comme dogme la doctrine de la Transsubstantiation. Ce fut le temps o\u00f9 coururent les fables immondes : les juifs fabriquent leur pain azyme avec le sang des petits enfants qu&rsquo;ils \u00e9gorgent, ou bien ils lardent de coups de poignard l&rsquo;hostie sacr\u00e9e, renouvelant ainsi le supplice et la mort de J\u00e9sus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;y avait-il derri\u00e8re ces calomnies, soigneusement entretenues par les pouvoirs eccl\u00e9siastiques? Une fois encore, je le crois, la crainte de l&rsquo;\u00e9ternel retour, car c&rsquo;\u00e9tait Babylone, l&rsquo;antique cit\u00e9 taurique, qui avait, en 585 avant J.-C., \u00e9cras\u00e9 la puissance de Juda, et l&rsquo;on craignait qu&rsquo;\u00e0 la faveur d&rsquo;un inconcevable renouveau, le B\u00e9lier ne s&rsquo;attaqu\u00e2t \u00e0 la puissance chr\u00e9tienne, pr\u00e9cis\u00e9ment menac\u00e9e<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On commen\u00e7a de rendre les juifs responsables de la peste, des mauvaises r\u00e9coltes, des incendies et des razzias musulmanes. A la fin du 12<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, ils n&rsquo;\u00e9taient plus en paix que dans les possessions mahom\u00e9tanes d&rsquo;Espagne et dans le Midi de la France, pays des Albigeois. La double victoire catholique sur les musulmans d&rsquo;Espagne et les Albigeois du Midi les d\u00e9poss\u00e9dera de ces derniers refuges.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s 1182, Philippe Auguste les avait bannis de son royaume et avait confisqu\u00e9 leurs biens; bient\u00f4t, pour la premi\u00e8re fois (mais non pas la derni\u00e8re) ils durent porter un insigne sp\u00e9cial, une \u00ab\u00a0roue\u00a0\u00bb ou la lettre O, et leurs maisons \u00eatre distingu\u00e9es aux yeux de tous; enfin, les populations eurent le droit \u00ab\u00a0tacite\u00a0\u00bb de les lapider pendants les f\u00eates de P\u00e2ques (en Gr\u00e8ce notamment, et en Italie).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au printemps 1240, on saisit tous les livres h\u00e9bra\u00efques pour les br\u00fbler publiquement; apr\u00e8s un long proc\u00e8s, l&rsquo;autodaf\u00e9 eut lieu le 17 juin 1242, \u00e0 Paris. Les rois de France, Saint-Louis et Philippe le Bel appliquaient \u00e0 la lettre les consignes de Latran. En Angleterre, les pers\u00e9cutions avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 celles-l\u00e0 (1189-1190); en Allemagne, d&rsquo;autres pers\u00e9cutions suivirent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus tard, quand les princes se furent ressaisis (Louis X en France), les peuples reprirent \u00e0 leur compte \u00ab\u00a0le bon combat\u00a0\u00bb. Le mouvement des Pastoureaux en pays d&rsquo;Oc entra\u00eena le massacre de centaines de juifs. Dans le reste de l&rsquo;Europe, Boppard, Vienne, Spire, Halle, Erfurt, Mecklenburg, Francfort-sur-le-Main, Orenbourg, etc. \u00e9taient les divers th\u00e9\u00e2tres de massacres non moins monstrueux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Alsace connut cette vague en 1336, la Bavi\u00e8re l&rsquo;ann\u00e9e suivante, la Savoie douze ans plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers le d\u00e9but du 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, les pers\u00e9cutions allaient s&rsquo;apaiser, quand le concile de B\u00e2le (1431) les relan\u00e7a. Cette fois, l&rsquo;Italie, la Bavi\u00e8re et l&rsquo;Allemagne furent les plus atteintes : on enlevait aux familles les enfants qu&rsquo;on ne tuait pas, pour les faire \u00e9lever dans la foi chr\u00e9tienne. La Pologne connut ses premiers pogroms.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, ce fut l&rsquo;Inquisition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis un si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0, l&rsquo;Espagne avait cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un abri pour le Peuple : exactement, depuis le mercredi des Cendres, en 1391, o\u00f9 plusieurs milliers de juifs avaient \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s par la population de S\u00e9ville. On avait suivi l&rsquo;exemple de ce crime \u00e0 Cordoue, \u00e0 Tol\u00e8de et dans toute la Castille. La communaut\u00e9 de Barcelone avait \u00e9t\u00e9 an\u00e9antie, ainsi que celle de Valence. Le nombre total des victimes d\u00e9passait soixante-dix mille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Inquisition ne pas mieux, mais elle codifia l&rsquo;horreur. Torquemada se vantait que trente mille personnes avaient \u00e9t\u00e9 mises \u00e0 mort par son tribunal. \u00ab\u00a0M\u00eame les morts n&rsquo;\u00e9taient pas \u00e9pargn\u00e9s, car, parfois, on d\u00e9terrait leurs ossements pour les condamner et les br\u00fbler dans les r\u00e8gles<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Ce fut en tout cas la crainte avou\u00e9e de ces martyrs volontaires, les Flagellants, qui r\u00e9clamaient la mise \u00e0 mort de tous les juifs. A ce sujet, il n&rsquo;est pas exact que l&rsquo;asc\u00e9tisme des mystiques de la Renaissance, ou celui des Nazirs de Jud\u00e9e au 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., soit le propre d&rsquo;une religion; mais c&rsquo;est la marque de la perte du Royaume de Dieu et de la croyance que l&rsquo;homme en est coupable.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Cecil ROTH, opus cit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les cabbalistes<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il est un r\u00e9confort pour la religion meurtrie, pers\u00e9cut\u00e9e, comment ne serait-ce pas l&rsquo;exemple de dur\u00e9e, d&rsquo;incroyable survie, que laisse le souvenir de la religion pr\u00e9c\u00e9dente? Du c\u0153ur de ses malheurs, ainsi, le peuple juif continuait de croire au renouveau. Son esprit s&rsquo;affinait, cernait l&rsquo;universel, s&rsquo;\u00e9battait librement dans l&rsquo;orbe des mill\u00e9naires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des ann\u00e9es de la nuit \u00e9tait sorti un livre \u00e9tonnant, le <em>Zohar<\/em>, dont l&rsquo;auteur, selon les uns, aurait \u00e9t\u00e9 Rabbi Sim\u00e9on bar Yocha\u00ef (2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle) et selon d&rsquo;autres un mystique espagnol du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, Mo\u00efse ben Shem Tov (dit \u00ab\u00a0de L\u00e9on\u00a0\u00bb). Cette derni\u00e8re assertion est sans doute la vraie; mais il se peut que Mo\u00efse de L\u00e9on ait utilis\u00e9 des fragments d&rsquo;\u0153uvres tr\u00e8s anciennes. En effet, du 2<sup>\u00e8me<\/sup> au 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, de nombreux livres herm\u00e9tiques juifs avaient d\u00e9j\u00e0 provoqu\u00e9 de multiples commentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;un de ceux-ci, le <em>Sepher Yetsira<\/em> avait \u00e9t\u00e9 un laborieux sujet d&rsquo;\u00e9tudes pour les plus grands penseurs du Moyen Age : Ibn Gabirol, Abraham ibn Ezra\u2026 L&rsquo;auteur inconnu du livre pose que les vingt-deux lettres de l&rsquo;alphabet sacr\u00e9 et les <em>sephiroth belima<\/em> furent les trente-deux voies de la Cr\u00e9ation. Le terme \u00ab\u00a0sephiroth\u00a0\u00bb demeure obscur : certains ont voulu y voir une d\u00e9rivation du grec : spha\u00efros, sph\u00e8re, en quel cas la th\u00e9orie serait directement rattach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;astral. Selon d&rsquo;autres commentaires, le mot d\u00e9rive de la racine S P R et signifie : entit\u00e9, num\u00e9ration du n\u00e9ant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne sait laquelle des deux interpr\u00e9tations est la meilleure<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, car le <em>Yetsira<\/em> pr\u00e9cise d&rsquo;autre part que les plan\u00e8tes (au nombre de sept) et les constellations (au nombre de douze) commandent aux sept jours et aux douze mois de l&rsquo;ann\u00e9e, ce qui est bien une pr\u00e9tention astrologique. Puis, le symbole de la Roue \u00ab\u00a0dans l&rsquo;ann\u00e9e comme un Roi dans son Etat\u00a0\u00bb nous rappelle la formule Rotas et atteste que l&rsquo;astronomie demeure une des clefs de l&rsquo;ouvrage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;en est pas moins vrai que d&rsquo;autres ouvrages cabbalistes avouent moins clairement leur filiation zodiacale. Vers les m\u00eames temps que le <em>Zohar<\/em>, paraissaient <em>Ghinat Egoz <\/em>et <em>Shaar\u00e9 Ora<\/em> de Joseph ibn Gikatila, dont l&rsquo;importance ne le c\u00e8de en rien \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre de Mo\u00efse de L\u00e9on. Les deux Aboulafia (Todros et Abraham) \u00e9crivent aussi vers 1240-1290. L&rsquo;\u0153uvre de ce dernier pr\u00e9sente l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que les recherches num\u00e9riques n&rsquo;y sont jamais sans r\u00e9f\u00e9rence morale, ce qui nous les rend plus proches, plus \u00ab\u00a0humaines<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est en effet trop souvent aux plus anciennes cosmogonies de l&rsquo;antiquit\u00e9 que fait songer l&rsquo;\u00e9trange synth\u00e8se de po\u00e9sie et de math\u00e9matiques \u00e0 quoi aboutit l&rsquo;\u0153uvre des cabbalistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon l&rsquo;initi\u00e9, les Nombres-lettres qui constituent l&rsquo;Univers, sont la clef m\u00eame des volont\u00e9s divines. Dans cette croyance se retrouvent, d\u00e9form\u00e9es ou recr\u00e9\u00e9es, les plus vieilles traditions indiennes et chald\u00e9ennes, touchant l&rsquo;existence d&rsquo;un ou plusieurs cycles d&rsquo;\u00e9ternel retour. On y reconna\u00eet l&rsquo;affirmation de Platon. \u00ab\u00a0Cet univers, tant\u00f4t la divinit\u00e9 guide l&rsquo;ensemble de sa r\u00e9volution circulaire, tant\u00f4t elle l&rsquo;abandonne \u00e0 lui-m\u00eame, une fois que les r\u00e9volutions ont atteint en mesure la dur\u00e9e qui sied \u00e0 cet univers; et il recommence alors \u00e0 tourner dans le sens oppos\u00e9, de son propre mouvement<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On y reconna\u00eet enfin les croyances de la colonie juive d&rsquo;El\u00e9phantine qui, jusqu&rsquo;au 4<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., tenta de cr\u00e9er le panth\u00e9on des dieux successifs, o\u00f9 la d\u00e9esse Anat et les dieux ph\u00e9niciens et phrygiens : B\u00e9thel, Haramb\u00e9thel, etc., eussent trouv\u00e9 place aux c\u00f4t\u00e9s de Yahv\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, la Cabbale rejette \u00e9galement le panth\u00e9on et la pure gnose philosophique. C&rsquo;est par le Nombre, et le Nombre seul, que le mouvement cyclique est sugg\u00e9r\u00e9. Ce fut par le Nombre qu&rsquo;au c\u0153ur de la pers\u00e9cution, l&rsquo;espoir renaquit dans le peuple juif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, par des calculs diff\u00e9rents de ceux des Egyptiens, les cabbalistes \u00e9taient parvenus \u00e0 la certitude que l&rsquo;\u00e8re des Poissons prendrait fin en 1490 ou 1492 et attendaient pour cette date l&rsquo;av\u00e8nement de leur Messie, leur propre renouveau. Je ne puis m&rsquo;interdire de noter qu&rsquo;ici encore, \u00e0 partir de la renaissance du Taureau sous les Rois des Pays de la Mer, nous retrouvons sensiblement les vingt-et-un, vingt-deux si\u00e8cles fatidiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">La sortie de la nuit<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cruelle ironie. En 1492, Grenade \u00e9tait reprise aux Maures, l&rsquo;Espagne tout enti\u00e8re revenait au Christ et l&rsquo;un des premiers actes des souverains catholiques \u00e9tait de promulguer l&rsquo;expulsion des juifs, ind\u00e9sirables d\u00e9j\u00e0 dans le reste de l&rsquo;Europe. Restait le Portugal : l&rsquo;Inquisition n&rsquo;y fut introduite qu&rsquo;en 1531. A la fin du 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, il n&rsquo;y demeura plus un seul juif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait le temps o\u00f9 la R\u00e9forme triomphait en Allemagne, en France, et l&rsquo;Eglise accusait le Peuple d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie protestante (ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas faux puisque, nous l&rsquo;avons vu, une h\u00e9r\u00e9sie se cr\u00e9e n\u00e9cessairement sur le mythe ant\u00e9rieur). Tous les Papes, de 1553 \u00e0 1585, puis de 1592 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aube du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, reprirent la politique des anciens conciles. Sixte-Quint appara\u00eet la seule lueur de compr\u00e9hension et d&rsquo;indulgence dans cette longue suite de rigueurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un peuple moins religieux aurait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Mais les temps \u00e9taient venus, disaient les grands mystiques. Beaucoup les crurent et se rappel\u00e8rent J\u00e9rusalem. En 1538, un exil\u00e9 d&rsquo;Espagne, Jacob B\u00e9rab eut l&rsquo;ambition de r\u00e9tablir en Palestine le centre de la vie spirituelle. Sa tentative, malheureuse, fut cependant reprise et poursuivie par un autre c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9fugi\u00e9 espagnol, Jo\u00e2o Miguez, plus connu sous le nom de Joseph Nassi. Devenu duc de Naxos et des Cyclades, Nassi \u00e9tait l&rsquo;un des personnages les plus riches et les plus influents de l&#8217;empire turc, quand il r\u00e9solut de soutenir la cause des juifs en Palestine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il obtint la concession de la cit\u00e9 de Tib\u00e9riade, la reconstruisit et entreprit de transformer le pays en un centre commercial aliment\u00e9 par l&rsquo;\u00e9levage des vers \u00e0 soie et par l&rsquo;industrie textile. Calcul trop pratique, sans doute, trop raisonnable, pour supporter un si grand r\u00eave! Lorsque Nassi mourut, en 1572, il ne l&rsquo;avait qu&rsquo;en partie r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, des communaut\u00e9s s&rsquo;\u00e9taient reform\u00e9es, non seulement \u00e0 Tib\u00e9riade mais dans toute la Haute-Galil\u00e9e. A Safed, on comptait, \u00e0 la fin du 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, dix-huit coll\u00e8ges talmudiques et vingt-et-une synagogues. De ces centres devaient sortir certains des cabbalistes les plus fameux, Joseph Caro (1488-1575) et, surtout, Isaac Louri\u00e9, n\u00e9 \u00e0 J\u00e9rusalem d&rsquo;une famille allemande. Un long s\u00e9jour en Egypte (sept ann\u00e9es) avait pu le familiariser avec d&rsquo;antiques traditions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoique Louri\u00e9 n&rsquo;e\u00fbt rien publi\u00e9, des notes prises d&rsquo;apr\u00e8s ses paroles circulent bient\u00f4t dans le monde de la Dispersion, revivifiant les espoirs d\u00e9\u00e7us. Les faux Messies commencent \u00e0 pulluler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il serait vain de les citer tous. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux fut exemplaire, Sabbata\u00ef Zewi, n\u00e9 en 1626 \u00e0 Smyrne. Pendant toute sa jeunesse, il s&rsquo;\u00e9tait familiaris\u00e9 avec les secrets du Zohar, de sorte qu&rsquo;il en vint \u00e0 se persuader que lui-m\u00eame \u00e9tait le Messie attendu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ayant proclam\u00e9 publiquement en pleine synagogue, \u00e0 Smyrne m\u00eame (1665), il connut imm\u00e9diatement une vogue retentissante et, sans attendre, commen\u00e7a d&rsquo;organiser le Nouveau Royaume, partageant la Terre Sainte entre tous ses adeptes, dont le nombre allait croissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des pri\u00e8res \u00e9taient dites pour Sabbata\u00ef Zewi dans toute l&rsquo;Europe; les marchands d&rsquo;Amsterdam et les banquiers de Londres assuraient le proph\u00e8te de leur sou mission; on dansait dans les synagogues et l&rsquo;on mariait les enfants d\u00e8s le berceau \u00ab\u00a0pour qu&rsquo;ils pussent engendrer les corps o\u00f9 s&rsquo;incarneraient les derni\u00e8res \u00e2mes disponibles avant la R\u00e9surrection\u00a0\u00bb. On dit m\u00eame que Spinoza, interrog\u00e9 sur le nouveau Messie, aurait admis la possibilit\u00e9 d&rsquo;une restauration temporelle du pouvoir h\u00e9bra\u00efque, sans toutefois en fixer la date.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, arr\u00eat\u00e9 par le Grand Vizir de Constantinople, Zewi commen\u00e7ait le cycle de ses \u00ab\u00a0pers\u00e9cutions\u00a0\u00bb. Vivant avec une pompe princi\u00e8re dans la forteresse d&rsquo;Abydos, sa prison, il entreprenait tranquillement de modifier le calendrier des f\u00eates juives et de faire c\u00e9l\u00e9brer par le Peuple les Actes Essentiels de sa vie, quand enfin le Sultan lui donna \u00e0 choisir entre le reniement et la mort. Zewi choisit l&rsquo;apostasie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la trahison m\u00eame, dit-on, ne d\u00e9couragea pas tous les fid\u00e8les; enseign\u00e9s par l&rsquo;exemple du Christ, ce Messie qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas reconnu, ils savaient maintenant que le scandale et la honte paient \u00e0 longue \u00e9ch\u00e9ance. N&rsquo;\u00e9tait-il pas plus m\u00e9ritoire encore de s&rsquo;humilier jusqu&rsquo;\u00e0 choisir le m\u00e9pris universel? Certains de ces subtils m\u00e9taphysiciens pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent quitter la foi juive pour demeurer fid\u00e8les \u00e0 leur Messie. On les nommait les Dunmeh et, sous ce nom, ils se maintinrent pendant trois si\u00e8cles. En 1913, les Jeunes Turcs, cr\u00e9ateurs de la Turquie nouvelle, en comptaient un assez grand nombre dans leurs rangs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis qu&rsquo;on disputait dans les cercles lettr\u00e9s de la divinit\u00e9 ou de la d\u00e9ch\u00e9ance de Zewi, d&rsquo;autres proph\u00e8tes apparaissaient et disparaissaient sans tapage. Vers 1680, un m\u00e9decin marrane, Abraham Michel Carduso, en 1700 le pr\u00e9dicateur italien Mardoch\u00e9e Eisenstadt ou bien, en 1730 \u00e0 Padoue, l&rsquo;\u00e9crivain Mo\u00efse Ha\u00efm Luzzato. En Pologne et en Moravie, les Messies se d\u00e9nombraient plusieurs centaines tout au cours du 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Un aventurier de Podolie, Jacob Leibowicz, dit Frank, devint ainsi le cr\u00e9ateur d&rsquo;une secte, les Frankistes, qui finit par se convertir au Christ. Elle \u00e9tait encore puissante au milieu du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. En revanche, le million d&rsquo;adeptes d&rsquo;une autre secte, les Hassidim, dont le fondateur avait \u00e9t\u00e9 Isra\u00ebl ben Eli\u00e9zer (1700-1760) se fondirent dans le juda\u00efsme et l&rsquo;enrichirent de leur \u00ab\u00a0mysticisme quotidien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Ce qui est un probl\u00e8me secondaire, car l&rsquo;abstraction \u00e9sot\u00e9rique et l&rsquo;abstraction astrologique se recoupent en plus d&rsquo;un point, ne serait-ce que par leur commune origine (sum\u00e9rienne).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> J&rsquo;en donnerai cet exemple (repris dans Gikatila) :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Echad\u00a0\u00bb, Alpha (1) + Heth (8) + Daleth (4) = \u00ab\u00a0Ahabah\u00a0\u00bb, Aleph (1) + H\u00e9 (5) + Beth (2) + H\u00e9 (5). Echad, l&rsquo;unit\u00e9, \u00e9gale Ahabah, l&rsquo;amour. D&rsquo;o\u00f9 : \u00ab\u00a0L&rsquo;Amour de Dieu est son Unit\u00e9 m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Le <em>Politique<\/em>, Platon.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le vrai renouveau<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Echec, donc, sur toute la ligne. On ne voyait pas J\u00e9rusalem rena\u00eetre de ses cendres, le Temple reconstruit, un grand roi faire la loi en Orient. Cette d\u00e9ception renouvel\u00e9e pendant deux si\u00e8cles justifie assez bien le m\u00e9pris ou l&rsquo;ironie que les historiens montrent pour les cabbalistes. Mais, entra\u00een\u00e9s par le m\u00e9pris et l&rsquo;ironie, il se peut aussi qu&rsquo;ils ne voient pas ce qui pourtant cr\u00e8ve les yeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons trop peu de renseignements pr\u00e9cis sur l&rsquo;un des \u00e9v\u00e8nements les plus \u00e9tranges de l&rsquo;histoire juive : la cr\u00e9ation d&rsquo;un vaste empire juda\u00efque aux \u00ab\u00a0Portes du Monde\u00a0\u00bb, entre le Caucase, la Volga et le Don. Les Khazars \u00e9taient un peuple d&rsquo;origine mongole, pense-t-on, dont le prince Boular se convertit au juda\u00efsme vers l&rsquo;an 800. Son successeur, Obadiah, couvrit le pays de synagogues; m\u00eame apr\u00e8s leur conqu\u00eate par le prince de Kiev (965-969), les Khazars conserv\u00e8rent leur foi et, jusqu&rsquo;en 1264, les princes russes durent compter avec eux; si bien que la Russie et la Pologne devinrent naturellement des centres d&rsquo;immigration pour le Peuple pers\u00e9cut\u00e9 dans le reste de l&rsquo;Europe; centres si importants qu&rsquo;une langue nouvelle s&rsquo;y cr\u00e9a : le juif allemand, ou Yiddish.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1500, le nombre des juifs polonais \u00e9tait estim\u00e9 \u00e0 50 000; en 1650, il atteignait le demi-million. Une science singuli\u00e8rement \u00e9clectique, fond\u00e9e sur les analogies, prenait naissance \u00e0 Cracovie (1530), cependant que d&rsquo;autres syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9tude de la Bible et du Talmud se d\u00e9veloppaient \u00e0 Brest-Litovsk et dans d&rsquo;autres lieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un livre publi\u00e9 en 1653 \u00e0 Venise, <em>Even Metzoulah<\/em>, Nathan Hanover d\u00e9crit ainsi cette floraison : \u00ab\u00a0Ce que tout le monde sait ne r\u00e9clame pas de preuves : dans toutes les lointaines colonies d&rsquo;Isra\u00ebl, il n&rsquo;y eut nulle part autant de connaissance de la Thora que dans le pays de Pologne.\u00a0\u00bb L&rsquo;auteur explique comment, dans chaque communaut\u00e9, des acad\u00e9mies talmudiques se constituaient autour d&rsquo;un Ma\u00eetre, r\u00e9tribu\u00e9 par le peuple pour se consacrer enti\u00e8rement \u00e0 son enseignement; les \u00e9tudiants \u00e9taient r\u00e9tribu\u00e9s de m\u00eame et instruisaient \u00e0 leur tour les plus jeunes enfants. \u00ab\u00a0Dans l&rsquo;ensemble des royaumes de Pologne, on n&rsquo;aurait pu trouver sans peine une seule maison o\u00f9 ne f\u00fbt \u00e9tudi\u00e9e la Thora. Ou le p\u00e8re \u00e9tait un savant, ou bien son fils ou son gendre \u00e9tudiait perp\u00e9tuellement; ou bien quelque \u00e9tudiant y avait table ouverte\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce texte nous rappelle qu&rsquo;un \u00e9v\u00e8nement consid\u00e9rable s&rsquo;\u00e9tait effectivement produit tout \u00e0 la fin du 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle : l&rsquo;invention de l&rsquo;imprimerie, et que cet \u00e9v\u00e8nement ouvrait aux livres sacr\u00e9s des juifs, au premier rang desquels la Bible, un champ de propagation encore sans exemple. Il n&rsquo;est pas inutile de rappeler \u00e9galement que l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie protestante (et le retour au dieu ant\u00e9rieur, qu&rsquo;elle impliquait) eut, quant au sort des juifs dans le monde, de bienfaisantes cons\u00e9quences. Sans doute, l&rsquo;attitude des premiers r\u00e9form\u00e9s devant le probl\u00e8me n&rsquo;avait t\u00e9moign\u00e9 de nulle tol\u00e9rance, bien au contraire! Luther lui-m\u00eame conseillait de \u00ab\u00a0mettre le soufre, la poix, le feu de l&rsquo;enfer aux synagogues et aux \u00e9coles juives, de d\u00e9truire leurs maisons, de s&#8217;emparer de leurs capitaux et de tous leurs effets pr\u00e9cieux, avant de les chasser en pleine campagne ainsi que des chiens enrag\u00e9s<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;\u00e9tait la Bible, cependant, que les protestants donnaient \u00e0 lire (et qu&rsquo;ils donnent encore aujourd&rsquo;hui). Si le Livre a conquis la terre enti\u00e8re, du Labrador au P\u00e9rou, c&rsquo;est bien aux sectes h\u00e9r\u00e9tiques que ce pros\u00e9lytisme immense est d\u00fb. N\u00e9cessairement, quelque apaisement au sort des juifs devait s&rsquo;ensuivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vraisemblable que, si le Peuple avait su comprendre cette chance et tirer parti de cet adoucissement, la Religion, nourrie de m\u00e9ditations et d&rsquo;\u00e9tudes mystiques, aurait connu un \u00e9clatant renouveau. Mais c&rsquo;est le plus grand danger de la th\u00e9orie des cycles que de vouloir et d&rsquo;attendre que l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement se reproduise dans des formes identiques \u00e0 celles qu&rsquo;on a connues. Parce que le Taureau avait, sous Nabuchodonosor, vaincu par la Puissance, par le Fer et le Feu, les juifs des 16<sup>\u00e8me<\/sup> et 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles continuaient d&rsquo;attendre le triomphe d&rsquo;une Ville alors qu&rsquo;on leur donnait l&rsquo;audience de toute la terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, seul d&rsquo;abord, un certain groupe juif, les Marranes, sut appr\u00e9cier l&rsquo;occasion. Fid\u00e8les au plus ancien dieu d&rsquo;Isra\u00ebl, Adona\u00ef, et aux plus anciens rites bibliques, ils avaient \u00e9t\u00e9, en Espagne, des victimes de choix pour l&rsquo;Inquisition. Parmi ceux qui se convertirent en apparence et gard\u00e8rent dans le c\u0153ur la foi de leurs p\u00e8res, les \u00ab\u00a0Nouveaux Chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb, on compte des hommes aussi illustres que Spinoza, le p\u00e8re de Montaigne, celui de Nostradamus, des m\u00e9decins et des professeurs r\u00e9put\u00e9s. En m\u00eame temps, les Marranes s&rsquo;installaient dans tous les pays, en Turquie, \u00e0 Venise, en France, en Afrique du Nord et aux Pays-Bas, o\u00f9 se constitua bient\u00f4t leur plus importante colonie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l\u00e0, sous l&rsquo;impulsion du rabbin Manassi ben Isra\u00ebl (1604-1657), ils gagn\u00e8rent l&rsquo;Angleterre, o\u00f9 Cromwell les tol\u00e9ra. A ces communaut\u00e9s nouvelles, allaient se joindre les derniers r\u00e9fugi\u00e9s, traqu\u00e9s dans la Pologne de Charles X de Su\u00e8de. En 1730, rejetant le masque, les Marranes se faisaient reconna\u00eetre partout pour des juifs authentiques. Un continent nouveau appelait des hommes nouveaux. Des ports o\u00f9 ils s&rsquo;\u00e9taient mass\u00e9s, des milliers de jeunes gens gagn\u00e8rent l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le juif moderne<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au nombre des \u00e9v\u00e8nements qui boulevers\u00e8rent le sort des juifs dans le monde, il faut compter en premier lieu la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine. Dans une lettre \u00e0 M. Jacob-H. Schiff (du 12 janvier 1906), Th\u00e9odore Roosevelt pouvait \u00e9crire : \u00ab\u00a0La c\u00e9l\u00e9bration du 250<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de l&rsquo;\u00e9tablissement des juifs aux Etats-Unis est li\u00e9e \u00e0 une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements historiques dont l&rsquo;importance est plus que nationale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Pr\u00e9sident ajoutait que, pendant la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire, notamment, les juifs s&rsquo;\u00e9taient fait les \u00ab\u00a0champions de la libert\u00e9\u00a0\u00bb, combattant pour elle dans les rangs de l&rsquo;arm\u00e9e, alimentant d&rsquo;abondance le Tr\u00e9sor public, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la m\u00eame \u00e9poque, en Allemagne, la traduction du \u00ab\u00a0Pentateuque\u00a0\u00bb par Mendelssohn (1729-1786) et la cr\u00e9ation de l&rsquo;Ecole juive libre de Berlin en 1781 confirmaient le d\u00e9part d&rsquo;un mouvement irr\u00e9versible. Puisqu&rsquo;il apparaissait que les barri\u00e8res dress\u00e9es au cours des si\u00e8cles entre les juifs et les gentils n&rsquo;\u00e9taient pas insurmontables, il fallait premi\u00e8rement que les juifs aient les m\u00eames droits que les autres hommes, deuxi\u00e8mement qu&rsquo;eux-m\u00eames se consid\u00e8rent comme des citoyens \u00ab\u00a0normaux\u00a0\u00bb des pays qu&rsquo;ils habitaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Napol\u00e9on Bonaparte \u00e9tablit clairement le second principe : le Congr\u00e8s de Vienne et les assembl\u00e9es qui suivirent surent reconna\u00eetre le premier, dont les diverses d\u00e9clarations des \u00ab\u00a0Droits de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb avaient jet\u00e9 les bases. La Hollande, puis la France l&rsquo;appliqu\u00e8rent aussit\u00f4t. La r\u00e9volution de 1830 mit le juda\u00efsme au rang des autres religions officielles et l&rsquo;Etat commen\u00e7a de subventionner le culte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Allemagne suivit cet exemple, mais avec quelque retard et non sans r\u00e9ticence : il fallut la vague r\u00e9volutionnaire de 1848 pour garantir aux juifs les droits d\u00e9mocratiques. En Autriche, la Constitution qui les leur accordait, cette m\u00eame ann\u00e9e, leur fut retir\u00e9e trois ans plus tard et rendue seulement en 1867; dans le Grand-duch\u00e9 de Bade, l&rsquo;\u00e9mancipation des juifs ne fut reconnue qu&rsquo;en 1862, en Saxe en 1868.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, curieusement, ce fut en Angleterre que les r\u00e9formes lib\u00e9ratrices apparurent le plus farouchement combattues. D&rsquo;innombrables discussions, projets et rejets de lois se succ\u00e9d\u00e8rent presque sans discontinuer de 1833 \u00e0 1871, avant que les derni\u00e8res oppositions fussent surmont\u00e9es. Il y avait seize ans qu&rsquo;en Russie m\u00eame le tsar Alexandre II avait commenc\u00e9 de pratiquer envers le Peuple une attitude plus conciliante; n\u00e9anmoins, la Russie des tsars continua de se montrer hostile \u00e0 l&rsquo;\u00e9mancipation compl\u00e8te \u2014 et l&rsquo;on sait assez que la Russie de Staline ne s&rsquo;y montrait qu&rsquo;officiellement dispos\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il serait bien inutile de montrer par des exemples, qui devraient \u00eatre plusieurs milliers, la prise de position croissante des juifs dans la vie de l&rsquo;Occident depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle : sur le plan financier, politique, artistique et scientifique enfin. Certains en prirent ombrage : l&rsquo;affaire Dreyfus en France est dans toutes les m\u00e9moires. C&rsquo;\u00e9tait le signe avant-coureur de cette recrudescence barbare de l&rsquo;antijuda\u00efsme que fut la terreur nazie : six millions de juifs assassin\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, cinq millions de juifs b\u00e2tissent l&rsquo;Am\u00e9rique nouvelle, cependant qu&rsquo;en Palestine Isra\u00ebl r\u00e9nov\u00e9 s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 affronter dans les prochaines ann\u00e9es l&rsquo;invasion musulmane. Mais les U.S.A. ne sont pas \u2014 et ne seront jamais \u2014 un Temple pour la religion. En Palestine, le gouvernement isra\u00e9lien maintient avec grande fermet\u00e9 une la\u00efcisation \u00e0 peine combattue; on y restaure l&rsquo;h\u00e9breu, dans le temps qu&rsquo;on y construit des villes am\u00e9ricaines. Et si, depuis un demi-si\u00e8cle, les plus grands noms de la litt\u00e9rature et de la science internationales sont juifs, la plupart d&rsquo;entre eux ne pratiquent plus leur culte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;on peut croire que l&rsquo;\u00e9mancipation du Peuple n&rsquo;a aucunement servi la cause du B\u00e9lier. Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, le juif s&rsquo;\u00e9tait trop flatt\u00e9 d&rsquo;\u00eatre diff\u00e9rent des autres hommes : l&rsquo;\u00e9lu de Dieu; mais on lui voit maintenant l&rsquo;ambition inverse. L&rsquo;\u00e9lection a cess\u00e9 de lui \u00eatre un honneur pour lui devenir un fardeau<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Or, cette crainte d&rsquo;\u00eatre distingu\u00e9 entre les peuples est simplement la preuve d&rsquo;un manque de foi en ses \u00ab\u00a0destins particuliers\u00a0\u00bb, l&rsquo;attestation de la perte d\u00e9finitive de toute mystique v\u00e9ritable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Isra\u00e9lien, le juif doivent nous toucher comme hommes, et ce n&rsquo;est pas \u00e0 nous de leur souhaiter une \u00ab\u00a0conscience religieuse\u00a0\u00bb qui ne les conduirait qu&rsquo;\u00e0 de nouveaux martyres. Mais, d\u00e9sormais, leur sort ne concerne plus en rien l&rsquo;histoire des religions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Charles Pichon 1963<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Jean-Charles PICHON : <em>Nostradamus et le secret des temps<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Dans son livre <em>Portrait d&rsquo;un Juif<\/em>, Albert MEMMI r\u00e9v\u00e8le quelle obsession d\u00e9mente peut atteindre le refus d&rsquo;\u00eatre autre que \u00ab\u00a0les autres\u00a0\u00bb, (Gallimard, 1962).<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>II LA FOI EN L&rsquo;ETERNEL RETOUR \u00a0 S&rsquo;il n&rsquo;est pas vrai que la puissance temporelle de Juda se soit maintenue intacte jusqu&rsquo;au Christ, il ne l&rsquo;est pas plus qu&rsquo;\u00e0 partir de J\u00e9sus elle se soit compl\u00e8tement effondr\u00e9e. On conna\u00eet la &hellip; <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2119\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-2119","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-cycles-du-retour-eternel"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2119","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2119"}],"version-history":[{"count":7,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2119\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2151,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2119\/revisions\/2151"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2119"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2119"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2119"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}