{"id":2107,"date":"2012-08-28T16:18:15","date_gmt":"2012-08-28T14:18:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2107"},"modified":"2012-08-28T17:42:34","modified_gmt":"2012-08-28T15:42:34","slug":"deuxieme-partie-le-temps-dapprendre-a-mourir-1","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2107","title":{"rendered":"DEUXIEME PARTIE : LE TEMPS D&rsquo;APPRENDRE A MOURIR  -1-"},"content":{"rendered":"<h1 align=\"center\"><strong>DEUXIEME PARTIE<\/strong><\/h1>\n<h1 align=\"center\"><strong><em>LE TEMPS <\/em><\/strong><\/h1>\n<h1 align=\"center\"><strong><em>D&rsquo;APPRENDRE A MOURIR<\/em><\/strong><\/h1>\n<div id=\"attachment_2108\" style=\"width: 577px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/monk3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2108\" class=\"size-large wp-image-2108\" title=\"monk3\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/monk3-567x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"567\" height=\"1024\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/monk3-567x1024.jpg 567w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/monk3-166x300.jpg 166w\" sizes=\"auto, (max-width: 567px) 100vw, 567px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2108\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p align=\"center\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<h2 align=\"center\"><strong><em>I<\/em><\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong><em>LA SURVIE PAR LA LOI<\/em><\/strong><\/h2>\n<p align=\"center\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une chose est s\u00fbre. Quand m\u00eame Dieu, en sa figure d\u00e9pass\u00e9e, ne s&rsquo;adresse plus jamais aux hommes, quand m\u00eame les Puissances ne les exaltent plus, alors que le pr\u00eatre est devenu un fonctionnaire, non plus capable du martyre que du d\u00e9pouillement, alors que l&rsquo;astuce, le compromis, toutes les formes de la propagande et du mensonge apparaissent indispensables au maintien de l&rsquo;Eglise et du Culte \u2014 la religion poursuit avec une sorte de rage sa carri\u00e8re r\u00e9duite \u00e0 une r\u00e9gie sociale : maintenir l&rsquo;ordre et la loi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trop heureux, les royaumes d\u00e9funts, Kish, Isra\u00ebl, Byzance disparus \u00e0 temps pour ne pas subir cette d\u00e9gradation! Moins de cinquante ans apr\u00e8s leur fin, s&rsquo;annonce la honte du royaume survivant \u2014 par la domination la\u00efque, voire \u00e9trang\u00e8re : des Assyriens sur Juda, des Fran\u00e7ais sur Rome. Le sac de la ville sainte (en 1527) ne surprit pas les initi\u00e9s : sur l&rsquo;illustre mod\u00e8le juda\u00efque, Savonarole l&rsquo;avait pr\u00e9dit!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers le m\u00eame temps (ou \u00e0 peu pr\u00e8s), la cr\u00e9ation de l&rsquo;Inquisition romaine (1542) et, surtout, le Concile de Trente (1545-63) donnaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise survivante (la catholique) ses statuts et ses bases. Ainsi avait-on vu, sous le roi Lougal-Zaggisi, Lagash en cendres, le culte recr\u00e9\u00e9 er Ourouk renaissant; ainsi avait-on vu, sous le r\u00e8gne de Josias, le temple restaur\u00e9, B\u00e9thel an\u00e9anti, les hauts-lieux de Salomon purifi\u00e9s des vestiges d&rsquo;Astart\u00e9 et de Chamos, une codification plus s\u00e9v\u00e8re institu\u00e9e<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;est aussi l&rsquo;\u00e9poque, ne l&rsquo;oublions pas, o\u00f9 paraissent les signes pr\u00e9curseurs de la nouvelle \u00e8re, le temps des derniers proph\u00e8tes h\u00e9breux et des derniers proph\u00e8tes chr\u00e9tiens. Bien qu&rsquo;ils fussent incertains, obscurs, r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 certains esprits, ces proph\u00e9ties et ces symboles touchent \u00e9trangement les masses, avides de renouveau et qui cherchent dans l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;autre \u00e9vasion, le moyen d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;\u00e9treinte du pr\u00eatre. Il ne suffit plus de massacrer : il faut mentir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne savons quels mensonges avaient accompagn\u00e9 le renouveau sum\u00e9rien; mais nous n&rsquo;ignorons pas quelle imposture \u00e9trange permit les destructions massives et les rigueurs du roi Josias : ce fut la \u00ab\u00a0d\u00e9couverte\u00a0\u00bb des lois v\u00e9ritables de Mo\u00efse, lors de la r\u00e9fection du Temple. Sur ce mod\u00e8le, Nostradamus crut pouvoir annoncer dans deux de ses quatrains la d\u00e9couverte prochaine du tombeau de Saint-Pierre \u00e0 Rome, o\u00f9 d&rsquo;augustes manuscrits auraient \u00e9t\u00e9 cach\u00e9s. Il se trompait sur ce point (ainsi que sur quelques autres) : les concordances cycliques ne vont pas jusqu&rsquo;aux d\u00e9tails.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela ne signifie pas qu&rsquo;elles ne puissent se v\u00e9rifier. Les dogmes qu&rsquo;imposait le Concile de Trente \u00e9taient bien pr\u00e9sent\u00e9s comme les seuls v\u00e9ritables; pour la premi\u00e8re fois d\u00e9finis \u2014 et de telle sorte que \u00ab\u00a0jamais plus ils ne seraient discut\u00e9s<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>\u00ab\u00a0. Puis, ayant ainsi condamn\u00e9 le libre mouvement de la foi, l&rsquo;\u00e9lan irr\u00e9sistible de la gr\u00e2ce, s&rsquo;\u00e9tant en somme coup\u00e9e de tout avenir vivant, l&rsquo;Eglise s&rsquo;attaqua au reste, les formes secondes de la vie. Aux cath\u00e9drales, po\u00e8mes de pierre, succ\u00e9d\u00e8rent les images saint-sulpiciennes; aux f\u00eates populaires, na\u00efves, tonitruantes, les sages cort\u00e8ges des F\u00eates-Dieu; \u00e0 l&rsquo;\u00e9panchement ravi du Moyen Age (o\u00f9 toutes les \u0153uvres avaient \u00e9t\u00e9 comme sanctifi\u00e9es par l&rsquo;Evangile) succ\u00e9d\u00e8rent les voiles pudiques impos\u00e9s aux statues. Paul IV n&rsquo;avait pas attendu les d\u00e9cisions conciliaires pour faire voiler, d\u00e8s 1558, les nudit\u00e9s de la Sixtine, et Pie V fit achever \u00ab\u00a0ce m\u00e9ritoire travail<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>\u00ab\u00a0. Ainsi, le m\u00eame concile qui interdit le libre examen des Ecritures (parce que l&rsquo;esprit de Dieu n&rsquo;impr\u00e8gne plus les hommes et que la Loi, d\u00e9sormais, remplace la Parole) est aussi celui-l\u00e0 qui instaure la pudeur. On sait assez, depuis le paradis terrestre, que la pudeur est un aveu. \u00ab\u00a0Ils se connaissaient nus, parce qu&rsquo;ils avaient p\u00e9ch\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les si\u00e8cles d&rsquo;imposture sont toujours habill\u00e9s. Et nul n&rsquo;est, en notre \u00e8re, plus somptueusement v\u00eatu que notre 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Parure du v\u00eatement, parure du style. Les dentelles, le velours et l&rsquo;or cachent la crasse de Versailles; l&rsquo;alexandrin sonore, le vulgaire plagiat. C&rsquo;est alors que les ge\u00f4les du Vatican, les \u00ab\u00a0plombs\u00a0\u00bb de Venise, les maisons de fous, les \u00ab\u00a0Petites-Maisons\u00a0\u00bb de Paris accueillent par dizaines de milliers ceux qui s&rsquo;avisent encore de penser librement. Et c&rsquo;est alors que, parqu\u00e9s derri\u00e8re l&rsquo;\u00e9lu de Dieu, le Pontife ou le Roi, cardinaux et grandes dames s&rsquo;adonnent \u00e0 la magie et \u00e0 la sorcellerie, par d\u00e9sespoir, d\u00e9j\u00e0! de ne plus croire en Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est aussi le temps, dira-on, o\u00f9 le peuple prend conscience de lui-m\u00eame? Sans doute. C&rsquo;est en tout lieu, en toute \u00e9poque similaire, le commencement d&rsquo;une puissance sociale nouvelle, que nous connaissons sous le nom de bourgeoisie. Mais, si le mot caract\u00e9rise notre 16<sup>\u00e8me<\/sup> et notre 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, il est \u00e0 penser que la chose avait marqu\u00e9 d&rsquo;autres civilisations. La puissance commerciale que poss\u00e9d\u00e8rent les royaumes catholiques : l&rsquo;Espagne, la France, ou protestants : l&rsquo;Angleterre, les Pays-Bas, avait \u00e9t\u00e9 celle de Juda, conquis apparemment par les Perses et les S\u00e9leucides. Et, plus t\u00f4t, celle d&rsquo;Our, de Nippour et de Lagash, f\u00fbt-ce aux jours o\u00f9 les rois de Sumer \u00e9taient les fils et les petits-fils de Sargon d&rsquo;Akkad.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, \u00e0 Our vers 2500, les temples pr\u00e9sentent une consid\u00e9rable importance (un septi\u00e8me de la ville), c&rsquo;est que les pr\u00eatres sont devenus des n\u00e9gociants. Les revenus de la religion subviennent aux besoins du culte, mais aussi \u00e0 ceux de l&rsquo;Etat, aux constructions publiques, \u00e0 l&rsquo;entretien des canaux, au maintien d&rsquo;une arm\u00e9e de guerre permanente, \u00e0 l&rsquo;organisation des f\u00eates. Les temples cr\u00e9ent et organisent des p\u00eacheries, des huileries, des ateliers de tissage, des palmeraies, des vignobles<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. L\u00e0 non plus, le Vatican ne fera pas \u0153uvre nouvelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ni la richesse croissante ni le dogme arr\u00eat\u00e9 ne sauvent de la d\u00e9ch\u00e9ance spirituelle, de l&rsquo;abdication mat\u00e9rielle l&rsquo;Etat qui n&rsquo;a plus de religieux que le nom. Bient\u00f4t, les villes saintes de Sumer vont admettre la domination de Sargon d&rsquo;Akkad, subir les invasions de tous les peuples voisins. Deux mill\u00e9naires plus tar, Juda se soumettra aux Perses, puis aux Ptol\u00e9m\u00e9e. A cette condition, la religion survivra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne Rome, un si\u00e8cle, le si\u00e8cle du Concile de Trente, a suffi pour lui arracher l&rsquo;Allemagne (1529), l&rsquo;Angleterre (1533), la Hongrie (1557), les Pays-Bas (1562) et seule une guerre inexpiable lui a conserv\u00e9 la France. Le d\u00e9but du Grand Si\u00e8cle catholique a vu le patriarcat s&rsquo;affermir \u00e0 Moscou (1588), l&rsquo;Eglise exclue du Japon (1614) et Venise m\u00eame se r\u00e9volter contre le pouvoir pontifical (1605). Je ne serai pas plus s\u00e9v\u00e8re que Daniel-Rops; je me contenterai de le citer. \u00ab\u00a0D\u00e8s le successeur de Gr\u00e9goire XV, Urbain VIII (1623), il sera flagrant que le pape devra renoncer \u00e0 toute pr\u00e9tention \u00e0 diriger le monde<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.\u00a0\u00bb Pourquoi le dirigerait-il? Quelle \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb d\u00e9sormais pourrait venir de Saint-Pierre de Rome?<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> 2<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0 <em>Livre des Rois<\/em>, XXII, 4, 15; 2<sup>\u00e8me<\/sup> <em>Livre des Chroniques<\/em>, XXXIV, 8-33.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> DANIEL-ROPS : <em>Une \u00e8re de renouveau : la r\u00e9forme catholique<\/em>, Fayard.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> DANIEL-ROPS, opus cit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Documents de Nippour et de Lagash.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> DANIEL-ROPS : <em>L&rsquo;\u00e9glise de la renaissance et de la r\u00e9forme<\/em>, tome II, Fayard.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">La fin d&rsquo;une civilisation<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les historiens philosophes souvent se sont interrog\u00e9s sur les causes v\u00e9ritables de l&rsquo;effondrement des civilisations. Chacun a propos\u00e9 sa propre explication, mystique jusqu&rsquo;au 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, juridique au 18<sup>\u00e8me<\/sup>, \u00e9conomique depuis Marx. Je croirais volontiers que toutes les trois se tiennent, s&rsquo;encha\u00eenent in\u00e9luctablement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il appara\u00eet que leurs dettes peuvent \u00eatre le talon d&rsquo;Achille des grandes nations. Alors que, dans un petit pays comme l&rsquo;Autriche, l&rsquo;Allemagne de l&rsquo;Ouest ou l&rsquo;Italie, en 1962, la dette nationale est de l&rsquo;ordre de 60 \u00e0 100 000 francs par habitant, elle est de l&rsquo;ordre de 700 000 francs par habitant aux U.S.A., par exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;est pas seulement contemporain. Rome vivait de ses possessions ext\u00e9rieures, l&rsquo;Egypte au temps de sa splendeur aussi \u2014 et, de m\u00eame, ces empires vastes au destin bref que furent l&rsquo;Espagne du 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, Byzance, la Cr\u00e8te pr\u00e9hell\u00e9nique, la Perse d&rsquo;Artaxerx\u00e9s et de Darius III;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;\u00e9tait pas question que ces royaumes remboursent leurs dettes? Assur\u00e9ment, ils le croyaient. Mais toutes les dettes se paient, avec de l&rsquo;or ou bien avec du sang. Les \u00ab\u00a0barbares\u00a0\u00bb se sont donc rembours\u00e9s sur Rome, les Myc\u00e9niens sur la Cr\u00e8te, les H\u00e9breux sur les Myc\u00e9niens (les Philistins), les Mac\u00e9doniens sur la Perse, Rome sur les Mac\u00e9doniens \u2014 et les Indiens de l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud ont commenc\u00e9 de se rembourser sur les fils de leurs conqu\u00e9rants, dont l&#8217;empire n&rsquo;est plus qu&rsquo;un souvenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, un Etat qui s&rsquo;endette est toujours un Etat mat\u00e9rialiste, ses citoyens iraient-ils au sacrifice tous les dimanches : une nation dont les objectifs se limitent aux seules richesses mat\u00e9rielles et dont les penseurs, philosophes ou pr\u00eatres, ont perdu tout contact, tout lien avec les r\u00e9alit\u00e9s cosmiques. Un peuple religieux ne saurait s&rsquo;endetter, puisque le fondement de toute mystique est le sens d&rsquo;une certaine \u00ab\u00a0gratuit\u00e9\u00a0\u00bb (d\u00e9sint\u00e9ressement, justice, sacrifice) et que son souci premier est de servir le R\u00e9el, non de se servir de lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, il arrive que l&rsquo;abn\u00e9gation m\u00eame apporte la richesse; alors, la richesse tue l&rsquo;abn\u00e9gation. Il n&rsquo;y a plus de diff\u00e9rence fondamentale entre l&rsquo;Etat religieux et ses voisins, plus \u00ab\u00a0r\u00e9alistes\u00a0\u00bb; sinon que, par sa formation, il demeure moins bien arm\u00e9, plus vuln\u00e9rable. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e2ge des compromis ou des d\u00e9faites : pour survivre, la religion doit se prostituer; se prostituant, elle s&rsquo;enrichit; s&rsquo;enrichissant, elle s&rsquo;encha\u00eene. Ce fut le destin de Juda, ce fut celui de Sumer. Et l&rsquo;on ne con\u00e7oit pas que la promulgation, la codification de la mort spirituelle puisse mener \u00e0 une autre fin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les \u00ab\u00a0pers\u00e9cutions dogmatiques\u00a0\u00bb<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce parall\u00e9lisme mythique entre les derniers si\u00e8cles de Sumer et de Juda, il faut reconna\u00eetre qu&rsquo;au premier regard nous ne le voyons pas se poursuivre entre l&rsquo;histoire de Babylone et celle du peuple juif. Tout au contraire, une diff\u00e9rence majeure s&rsquo;impose \u00e0 l&rsquo;observateur le plus distrait : \u00e0 Babylone, l&#8217;empire est sans cesse reform\u00e9, le culte du dieu restaur\u00e9 : par Nabuchodonosor 1<sup>er<\/sup>\u00a0 en 1137, Nabmassar en 717, Nabuchodonosor II en 602. De telles r\u00e9novations du sanctuaire sont absentes de l&rsquo;histoire du juda\u00efsme. Bri\u00e8vement mais fr\u00e9quemment, il arrive que Babylone soit de nouveau une puissance temporelle; J\u00e9rusalem, jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, cette distinction, plus apparente que r\u00e9elle, ne doit pas nous cacher d&rsquo;autres concordances frappantes entre les deux \u00ab\u00a0survies\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas plus que la \u00ab\u00a0dispersion\u00a0\u00bb de 133 apr\u00e8s J.-C. n&rsquo;ach\u00e8ve les destins de la religion juive, la rupture de l&#8217;empire de Sumer (en 1950 avant J.-C.) n&rsquo;avait mis fin \u00e0 la religion taurique, quoique d&rsquo;incessantes r\u00e9voltes y fussent tout de suite bris\u00e9es, par les rois assyriens, par les princes \u00e9lamites, par les s\u00e9mites amorrh\u00e9ens\u2026 Une tentative de retour aux sources, au culte exclusif de Mardouk, sous le r\u00e8gne d&rsquo;Hammourabi (1730) ne donnera qu&rsquo;un court r\u00e9pit \u00e0 la d\u00e9cadence religieuse. Puis, en 1685, la domination kassite viendra d\u00e9truire \u00e0 Babylone tout espoir de renouveau durable pendant mille ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d&rsquo;abord, une remarque s&rsquo;impose : si les combats et les captivit\u00e9s de Sumer avaient \u00e9t\u00e9 surtout d&rsquo;un ordre politique, les pers\u00e9cutions que subit Babylone sont bien plut\u00f4t d&rsquo;un ordre mythique et religieux. Dans les panth\u00e9ons kassites, assyriens, aram\u00e9ens, le dieu Mardouk s&rsquo;amenuise au point de dispara\u00eetre. Seules traces de son passage : la tiare \u00e0 cornes qu&rsquo;on persiste \u00e0 placer au-dessous de chaque dieu pour t\u00e9moigner de son appartenance taurique; le croissant au front des d\u00e9esses; l&rsquo;aspect bovin des \u00ab\u00a0K\u00e9rubim\u00a0\u00bb ail\u00e9s d&rsquo;Assour\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, c&rsquo;est le temps o\u00f9 l&rsquo;Esprit primordial lui-m\u00eame, Enki, le \u00ab\u00a0taureau sauvage\u00a0\u00bb devient, par un mensonge savant, \u00ab\u00a0Ea, le b\u00e9lier d&rsquo;Eridou\u00a0\u00bb; c&rsquo;est le temps o\u00f9 le culte se modifie, o\u00f9 le mouton remplace le taureau dans les sacrifices, o\u00f9 l&rsquo;expression \u00ab\u00a0agneau d&rsquo;offrande\u00a0\u00bb, m\u00e2ch-da-ri-a (qui donnera Mashdar\u00fb) finit par d\u00e9signer toutes sortes d&rsquo;offrandes\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, quand le r\u00e8gne kassite s&rsquo;ach\u00e8ve (en 1160), l&rsquo;Elam rena\u00eet, puis l&rsquo;Assyrie. La royaut\u00e9 de Nabuchodonosor 1<sup>er<\/sup> (1137) ne conduit qu&rsquo;\u00e0 la prise de Babylone, cinq ans plus tard, au ravage, \u00e0 l&rsquo;exil. En cette nuit que l&rsquo;historien dit incompr\u00e9hensible (et qui l&rsquo;est en effet, comme \u00ab\u00a0d&rsquo;un autre temps\u00a0\u00bb), o\u00f9 s&rsquo;ab\u00eement \u00e0 la fois le P\u00e9loponn\u00e8se, l&rsquo;Egypte, la M\u00e9sopotamie, l&rsquo;Elam, respirent et vivent seuls les peuples du B\u00e9lier. Et ces peuples, Phrygiens dans l&rsquo;Ourartou, H\u00e9breux en Palestine, Aram\u00e9ens et Sout\u00e9ens \u00e0 Babylone, ne savent que ravager sans fin les villes et les temples du Taureau, jusqu&rsquo;\u00e0 n&rsquo;y laisser pierre sur pierre. Fuyant leur sanctuaire an\u00e9anti, les chald\u00e9ens tenteront vainement de constituer un nouveau royaume au nord du Tigre. Du 11<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle jusqu&rsquo;en 747 avant J.-C., leurs destin\u00e9es pr\u00e9figureront exactement les destin\u00e9es du peuple juif, depuis les premi\u00e8res pers\u00e9cutions du Moyen Age jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, contre l&rsquo;oppresseur, contre l&rsquo;envahisseur, contre les dieux solaires des Elamites, l&rsquo;Ishkur kassite, les dieux \u00e0 demi b\u00e9liques, Hadad et B\u00eal, puis contre le B\u00e9lier lui-m\u00eame, l&rsquo;El des Aram\u00e9ens et des H\u00e9breux, contre le massacre et le ravage, Mardouk se maintiendra. La tourmente pass\u00e9e, il retrouvera une place que nul ne lui a prise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment est-ce possible? Autre myst\u00e8re, non moins obscur que ces Moyens Ages cycliques o\u00f9 fondent les empires et o\u00f9 se tait \u00ab\u00a0l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb pour laisser parler Dieu. Gr\u00e2ce aux commentateurs sacr\u00e9s, pense-t-on, gr\u00e2ce aux pr\u00eatres pers\u00e9cut\u00e9s ou trop apparemment soumis, gr\u00e2ce aux savants rituels qui maintiennent intact l&rsquo;esprit des \u00e2ges anciens, jalousement, secr\u00e8tement, au risque de l&rsquo;\u00e9touffer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble qu&rsquo;en l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la mystique suivante, toute religion se renferme en soi-m\u00eame, se coupe de la r\u00e9alit\u00e9 sociale en m\u00eame temps que du r\u00e9el cosmique. Exactement : le r\u00e9el cesse d&rsquo;exister. On ne peut qu&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9, \u00e0 ce sujet, par de tr\u00e8s grandes similitudes entre le scepticisme chald\u00e9en du 8<sup>\u00e8me<\/sup> au 3<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.\u00a0 (auquel Platon empruntera tout son syst\u00e8me id\u00e9aliste) et le m\u00eame id\u00e9alisme philosophique qui se manifeste dans la pens\u00e9e juive, \u00e0 partir des cabbalistes et de Spinoza (et qui durera jusqu&rsquo;\u00e0 Berkeley et Bergson). L&rsquo;un et l&rsquo;autre mouvements, en somme, expriment le m\u00eame d\u00e9sespoir que la voix de Dieu se soit tue. Il ne reste plus au monde que des ombres\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les quatre cinqui\u00e8mes des manuscrits retrouv\u00e9s \u00e0 Ninive, dans le palais du roi assyrien Assourbanipal (22 000 tablettes) annoncent tout \u00e0 la fois les commentaires brahmanes qui prolif\u00e8rent en Inde vers le m\u00eame temps (7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.) et les commentaires du Talmud et de la Thora, o\u00f9 se complairont les juifs d&rsquo;Espagne et de Pologne, vingt et un si\u00e8cles plus tard. Une distinction pourtant : issu des f\u00eates de l&rsquo;Akitu, le rituel babylonien, \u00e0 de certains \u00e9gards, peut \u00eatre tenu pour une science.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les d\u00e9buts de l&rsquo;astrologie<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au temps d&rsquo;Hammourabi, pendant les f\u00eates de l&rsquo;Akitu, les c\u00e9r\u00e9monies du Zagmouk comportaient principalement des lectures de textes sacr\u00e9s (comparables \u00e0 celles qui feront l&rsquo;essentiel des c\u00e9r\u00e9monies juives \u00e0 partir \u00e0 partir du 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re); s&rsquo;y ajoutaient des pr\u00e9dictions pour les douze mois \u00e0 venir, d\u00e9chiffr\u00e9es par les pr\u00eatres sur les tablettes sacr\u00e9es, o\u00f9 le fils de Mardouk, Nabu, les avait inscrites en personne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces pr\u00e9dictions rituelles reposaient en r\u00e9alit\u00e9 sur une science astrologique tr\u00e8s pr\u00e9cise. Nous devons ajouter : sur une certaine science math\u00e9matique \u00e9galement (et peut-\u00eatre, d\u00e9j\u00e0, sur un jeu de concordances n\u00e9 de la croyance \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternel retour). L&rsquo;amour que le Sum\u00e9rien portait \u00e0 la cr\u00e9ation ne s&rsquo;exprimait pas seulement par le go\u00fbt de la jouissance, l&rsquo;app\u00e9tit des femmes et des boissons fortes, mais par la volupt\u00e9 de cr\u00e9er des formes nouvelles. Le caract\u00e8re entier, syst\u00e9matique, du Taureau invite aux constructions abstraites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, la cr\u00e9ation par excellence est le symbole math\u00e9matique, qui \u00e9tablit en marge de l&rsquo;univers r\u00e9el, fluctuant, insaisissable, un autre univers, plus ferm\u00e9, o\u00f9 les bizarreries s&rsquo;estompent, o\u00f9 l&rsquo;impr\u00e9vu s&rsquo;abolit. Le Nombre demeure, alors que tout le reste conna\u00eet la mort, la dispersion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, beaucoup plus tard, Mardouk d\u00e9finitivement rejet\u00e9, verra-t-on cette science devenir un passionnant sujet d&rsquo;\u00e9tude pour les philosophes grecs et les pr\u00eatres \u00e9gyptiens. Simplicius<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> pr\u00e9tendait qu&rsquo;au temps d&rsquo;Alexandre les \u00ab\u00a0chald\u00e9ens\u00a0\u00bb pouvaient appuyer leurs th\u00e9ories et leurs syst\u00e8mes sur 1903 ans d&rsquo;observations, ce qui reporterait les d\u00e9buts de l&rsquo;astrologie scientifique \u00e0 2200-2300 avant J.-C.; mais Hipparque (cit\u00e9 par Jamblique) ne craignait pas de parler d&rsquo;une observation de soixante-douze mille ans! Plus modestement, citant ses conclusions personnelles sur l&rsquo;occultation de Mars par la Lune, Aristote reconnaissait : \u00ab\u00a0Les Egyptiens et les Babyloniens ont fait de semblables observations pendant de nombreuses ann\u00e9es<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mot \u00ab\u00a0chald\u00e9en\u00a0\u00bb utilis\u00e9 par Simplicius ne d\u00e9signe plus une race mais une caste : \u00ab\u00a0Il y a en Babylonie une caste ou colonie de philosophes, appel\u00e9s chald\u00e9ens, qui s&rsquo;occupent principalement d&rsquo;astrologie. Quelques-uns font aussi m\u00e9tier de tirer l&rsquo;horoscope, mais ils n&rsquo;ont pas l&rsquo;approbation de tous<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.\u00a0\u00bb H\u00e9rodote affirme, plus explicitement : \u00ab\u00a0Les chald\u00e9ens \u00e9taient les pr\u00eatres de B\u00eal-Mardouk \u00e0 Babylone<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, la science astrologique, \u00e0 Babylone comme \u00e0 Sumer, demeurait \u00e9troitement li\u00e9e aux croyances religieuses. Le Zodiaque que nous connaissons existait sous la premi\u00e8re dynastie de Babylone avec ses symboles actuels : Lion, Cancer (ou Serpent), Taureau, B\u00e9lier, Capricorne, Scorpion\u2026 Selon Diodore, \u00ab\u00a0ils repr\u00e9sentaient les dieux conseillers, dont chacun pr\u00e9sidait \u00e0 un mois de l&rsquo;ann\u00e9e et \u00e0 un des signes du Zodiaque\u00a0\u00bb. Plus t\u00f4t encore, un document sum\u00e9rien du 3<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire r\u00e9v\u00e8le une croyance rigoureuse en l&rsquo;influence des astres sur les destin\u00e9es humaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non seulement on utilisait \u00e9toiles et plan\u00e8tes pour pr\u00e9dire les \u00ab\u00a0destins des rois et des particuliers\u00a0\u00bb, mais par le canal des Nombres, divinit\u00e9s et plan\u00e8tes s&rsquo;identifiaient. A l&rsquo;\u00e9poque akkadienne, l&rsquo;in des dieux de Lagash, Tello, fils de la terre, \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par le nombre 50; le soleil s&rsquo;inscrivait 20, la lune 30. La 360<sup>\u00e8me<\/sup> partie du cercle, ou degr\u00e9, se disait \u00ab\u00a0gish\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire 1 \u2014 ou la grande unit\u00e9 60, nombre du dieu c\u00e9leste An <a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. V\u00e9nus se disait : Gish Dar (Ishtar) : 15. Or, \u00ab\u00a0gish\u00a0\u00bb signifiait \u00e9galement le membre viril et \u00ab\u00a0dar\u00a0\u00bb : fendre, couper. Ishtar \u00e9tait ainsi la Femme par excellence, la M\u00e8re, en m\u00eame temps que le quart de l&rsquo;unit\u00e9. Des g\u00e9nies \u00e9taient nomm\u00e9s : les 2\/3 et les 5\/6 d&rsquo;Ishtar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ces l\u00e9gendes et ces symboles ne doivent pas nous cacher l&rsquo;intelligence pratique des Babyloniens. Les racines carr\u00e9es, les tables d&rsquo;inverses, les fractions \u00e9taient connues d&rsquo;eux; douze si\u00e8cles avant Pythagore, ils r\u00e9solvaient le fameux probl\u00e8me de l&rsquo;hypot\u00e9nuse du triangle rectangle. En exhumant les cylindres et les tablettes d&rsquo;argile sur lesquels ils conservaient leurs enseignements, les fouilles arch\u00e9ologiques ont permis de v\u00e9rifier sur ce point les assertions de Simplicius et de Diodore \u2014 et de les d\u00e9montrer parfois insuffisantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux mille ans avant J.-C., non seulement la r\u00e9volution du soleil et de la lune mais la position de certaines \u00e9toiles \u00e9taient correctement appr\u00e9ci\u00e9es, les \u00e9clipses de lune pr\u00e9dites, chaque plan\u00e8te l&rsquo;objet d&rsquo;une \u00e9tude particuli\u00e8re<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. Plus tard, une grande partie de cette science se perdra et Diodore, au temps d&rsquo;Auguste, pourra conclure avec quelque amertume que les derniers chald\u00e9ens \u00ab\u00a0sont vers\u00e9s dans l&rsquo;astrologie plus que les autres hommes\u00a0\u00bb. N\u00e9anmoins, cette amertume ne sera pas compl\u00e8tement fond\u00e9e : au temps d&rsquo;Auguste d\u00e9j\u00e0, certains peuples, les Arabes, les Egyptiens, les Grecs auront pris la rel\u00e8ve des Babyloniens.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> SIMPLICIUS, Comm. in Arist. (<em>De c\u0153lo<\/em>, C, II).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> ARISTOTE : <em>De c\u0153lo<\/em> II.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> STRABON, XV, 1.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> HERODOTE, I, 181.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Il ne m&rsquo;est pas possible d&rsquo;expliquer ici dans le d\u00e9tail le Syst\u00e8me babylonien. Ceux qui s&rsquo;\u00e9tonneraient de cette \u00e9galit\u00e9 entre 1 et 60 n&rsquo;auraient qu&rsquo;\u00e0 se rappeler notre degr\u00e9, qui vaut 60 minutes, alors que la minute vaut 60 secondes, et \u00e0 \u00e9tendre cet exemple \u00e0 l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me arithm\u00e9tique.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Parmi les instruments astronomiques retrouv\u00e9s dans les villes babyloniennes, il faut citer la \u00ab\u00a0clepsydre\u00a0\u00bb, cylindre gradu\u00e9 qui permettait de mesurer le temps par un \u00e9coulement d&rsquo;eau; le \u00ab\u00a0gnomon\u00a0\u00bb, tige verticale dont l&rsquo;ombre projet\u00e9e variait selon la course du soleil; le \u00ab\u00a0polos\u00a0\u00bb, demi-sph\u00e8re creuse dans laquelle une boule suspendue projetait des ombres diff\u00e9rentes selon les jours et les mois. Aucun de ces instruments n&rsquo;explique d&rsquo;une mani\u00e8re satisfaisante les r\u00e9sultats auxquels les chald\u00e9ens parvenaient.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;ensemencement du Taureau<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une telle influence, parfois philosophique et parfois scientifique, du peuple religieux sur les peuples qui l&rsquo;accablent l&#8217;emporte en importance \u2014 et de beaucoup \u2014 sur les victoires m\u00eames de ses oppresseurs. Elle entra\u00eene bien plus qu&rsquo;une reconnaissance de fait : l&rsquo;\u00e9ternelle propagation de la religion et de ses symboles, chez ceux-l\u00e0 m\u00eames qui peuvent le moins les comprendre et le moins fid\u00e8lement les appliquer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s la domination de Sargon sur la Sum\u00e9rie (vers 2400), le mythe taurique \u00e9tait connu de l&rsquo;Inde pr\u00e9-aryenne (fouilles de Mohenjodaro et Chanhudaro). \u00c7iva, l&rsquo;un des plus anciens dieux indiens, avait pour \u00ab\u00a0v\u00e9hicule\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0mue\u00a0\u00bb le taureau Naudin. Indra, autre dieu primitif \u2014 anciennement solaire \u2014 est compar\u00e9 sans cesse dans les V\u00e9das \u00e0 un taureau f\u00e9condateur ou furieux. Un rite indien de renaissance, le \u00ab\u00a0hiranyagarbha\u00a0\u00bb, \u00e9galement d\u00e9crit dans l&rsquo;Atharva V\u00e9da, \u00e9tait encore en usage au si\u00e8cle dernier. Le \u00ab\u00a0vase d&rsquo;or\u00a0\u00bb en forme de vache o\u00f9 \u00e9tait introduit le novice symbolisait \u00e0 la fois le Cancer (\u0153uf et serpent) et la femelle du taureau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ce syncr\u00e9tisme est indiqu\u00e9 dans H\u00e9rodote, qui rapporte que Myk\u00e9rinos avait enterr\u00e9 sa fille dans une vache d&rsquo;or. Mirc\u00e9a Eliade, \u00e0 qui j&#8217;emprunte ce trait, ajoute justement que le rituel indien \u00ab\u00a0pourrait \u00eatre rang\u00e9 parmi les r\u00e9sidus de la grande culture afrasiatique qui, entre les 4<sup>\u00e8me<\/sup> et 3<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naires, s&rsquo;\u00e9tendait de la M\u00e9diterran\u00e9e orientale et la M\u00e9sopotamie aux Indes<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\u00ab\u00a0. Et bien plus loin, puisque, vers le m\u00eame temps, en Chine, les rois de la dynastie Hia honoraient chaque saison par le sacrifice d&rsquo;un taureau roux ou noir\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne peut nous \u00e9tonner que les anciens Iraniens aient ador\u00e9 le Taureau : nous avons vu cro\u00eetre parall\u00e8lement la civilisation sum\u00e9rienne et la culture s\u00e9mite. Le sacrifice du bovin sera en effet l&rsquo;un des cultes que Zoroastre combattra le plus v\u00e9h\u00e9mentement; de m\u00eame, les grands proph\u00e8tes bibliques, en Palestine, s&rsquo;opposeront aux sacrifices tauriques offerts \u00e0 Ba&rsquo;al-Hadad, le dieu ph\u00e9nicien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce dieu \u00e9tait form\u00e9 de l&rsquo;alliance de deux divinit\u00e9s ant\u00e9rieures, l&rsquo;El ammonite et le proto-ph\u00e9nicien Hadad. Sa par\u00e8dre \u00e9tait Asherat (l&rsquo;Anat de Byblos mais aussi l&rsquo;Ishtar assyrienne<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au reste, ce sont bient\u00f4t tous les dieux de l&rsquo;ouragan qui empruntent la forme taurique : l&rsquo;amorrh\u00e9en Adad se pr\u00e9sente coiff\u00e9 de cornes, mont\u00e9 sur un taureau. Les hymnes le nomment \u00ab\u00a0le grand bovin\u00a0\u00bb et confondent en une seule clameur son tonnerre et son mugissement. Bien plus : \u00e0 une certaine p\u00e9riode le Zeus grec a \u00e9t\u00e9 vu comme un taureau, cela nous est confirm\u00e9 par d&rsquo;anciennes c\u00e9ramiques et par cette \u00e9pitaphe trouv\u00e9e dans l&rsquo;\u00eele de Cr\u00e8te : \u00ab\u00a0Ci-g\u00eet le grand bovid\u00e9 Zeus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;est principalement sur les rives du Nil que l&rsquo;influence sum\u00e9rienne para\u00eet en pleine lumi\u00e8re, et beaucoup plus t\u00f4t que partout ailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;un des plus anciens dieux th\u00e9bains, Mentou, repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9thinite par un personnage \u00e0 t\u00eate de faucon surmont\u00e9e du disque solaire, fut figur\u00e9 plus tardivement, par le m\u00eame personnage avec une t\u00eate de taureau. C&rsquo;est \u00e9galement un dieu-taureau, Boukhis, incarnation de Mentou, qu&rsquo;on honorait et nourrissait \u00e0 Hermontis, la \u00ab\u00a0r\u00e9sidence du soleil\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Memphis, le b\u0153uf Apis \u00e9tait en fait un taureau. Incarnation de Ptah, il symbolisait l&rsquo;union de l&rsquo;\u00e2me divine et de l&rsquo;\u00e2me animale. Apparu d\u00e8s la premi\u00e8re dynastie thinite (vers 2900<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>), il semble avoir \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 d&rsquo;abord comme un dieu secondaire \u2014 jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9volution religieuse de la dix-huiti\u00e8me dynastie (vers 1580). A partir de cette date, chaque taureau Apis eut droit \u00e0 son tombeau particulier, surmont\u00e9 d&rsquo;une chapelle fun\u00e9raire. On le pr\u00e9tendra n\u00e9 d&rsquo;une vache vierge f\u00e9cond\u00e9e par un rayon de lune (\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Isis, d\u00e9esse lunaire, sera repr\u00e9sent\u00e9e le chef orn\u00e9 du croissant de lune \u2014 les cornes du taureau). Comme le dieu Mardouk, Apis rendait des oracles dans son temple, l&rsquo;Apeum, o\u00f9 les fid\u00e8les se pressaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Morts, les taureaux sacr\u00e9s, devenus Osiris Apis, \u00e9taient momifi\u00e9s et enterr\u00e9s dans les souterrains de Saggarah, dans de grands sarcophages de granit rose. Osiris lui-m\u00eame s&rsquo;incarnait dans le taureau Onuphis ou Aa N\u00e9fer \u00ab\u00a0le tr\u00e8s bon\u00a0\u00bb. Enfin, le M\u00e9rou Our, taureau sacr\u00e9 d&rsquo;H\u00e9liopolis, aurait \u00e9t\u00e9 \u00e0 partir de la dix-huiti\u00e8me dynastie, l&rsquo;incarnation du dieu soleil R\u00e9 Atoum, qu&rsquo;on repr\u00e9sentera plus tard sous l&rsquo;aspect d&rsquo;un b\u00e9lier.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Mirc\u00e9a ELIADE : <em>Naissances mystiques<\/em>, N.R.F.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Dans la l\u00e9gende de la \u00ab\u00a0Chasse de Ba&rsquo;al\u00a0\u00bb, la mort du dieu est express\u00e9ment compar\u00e9e \u00e0 la mort du taureau. D&rsquo;autre part, Ba&rsquo;al frappe de la corne, \u00ab\u00a0comme le taureau sauvage\u00a0\u00bb. (DUSSAUD, <em>Le vrai nom<\/em>, et <em>Sanctuaire<\/em>).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Cependant, sur l&#8217;emplacement de l&rsquo;agglom\u00e9ration pr\u00e9dynastique de Hemamieh, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes treize piles d&rsquo;os de b\u0153ufs soigneusement enterr\u00e9s (fouilles de Miss Caton-Thompson) et d&rsquo;autres cimeti\u00e8res ant\u00e9rieurs \u00e0 3000 ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des s\u00e9pultures de b\u0153ufs, o\u00f9 les cadavres \u00e9taient envelopp\u00e9s de nattes et de toile.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;ensemencement du B\u00e9lier<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, l&rsquo;Egypte du 2<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire connaissait une divinit\u00e9 suppl\u00e9mentaire, que le panth\u00e9on de l&rsquo;ancienne Egypte avait ignor\u00e9e : Osiris-B\u00e9lier, Ba Neb Djedet<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Elle passera plus tard dans le panth\u00e9on carthaginois sous le nom de B\u00eal-Amnon repr\u00e9sent\u00e9s l&rsquo;un et l&rsquo;autre le chef orn\u00e9 des cornes du b\u00e9lier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, l&rsquo;influence b\u00e9lique a balay\u00e9 partout dans le monde l&rsquo;ancienne croyance. Aux Indes, Agni supplante Indra, lui-m\u00eame chang\u00e9 en b\u00e9lier<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>; en Iran, sous l&rsquo;influence de Zoroastre, le dieu Veretgragna a chang\u00e9 pour les cornes courbes les cornes ouvertes du dieu taurique<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la c\u00e9l\u00e8bre vision de Daniel, une voix dit au proph\u00e8te : \u00ab\u00a0Le b\u00e9lier \u00e0 deux cornes que tu as vu, ce sont les rois de M\u00e9die et de Perse\u00a0\u00bb et cette explication ne laisse pas de surprendre. Car la Perse et la M\u00e9die ne semblent pas, \u00e0 premi\u00e8re vue, avoir \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9es \u00e0 ce point par la religion b\u00e9lique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l&rsquo;expansion \u00e9lamite jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Elam au 11<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., la religion iranienne a \u00e9t\u00e9 une sorte de panth\u00e9on, o\u00f9 les symboles du Lion et du Taureau dominent. D\u00e9sormais, envahie par le peuple d&rsquo;Ouratou (Argisti I), puis par les Assyriens (Sargon II), par les Scythes et par les Assyriens de nouveau, la M\u00e9die ne gagnera une br\u00e8ve autonomie qu&rsquo;en 625 avant J.-C., sous le roi Cyaxare, avant d&rsquo;\u00eatre, un si\u00e8cle plus tard, conquise par les souverains perses. De cet empire sans cesse modifi\u00e9, morcel\u00e9, aux fronti\u00e8res fluctuantes, nous ne savons presque rien \u2014 ni m\u00eame de la r\u00e9sidence royale, au nom prestigieux : Ecbatane. Cependant, d&rsquo;aucuns pr\u00e9tendent que l&rsquo;ancienne M\u00e9die avait pu s&rsquo;\u00e9tendre jusqu&rsquo;aux rivages de la Mer Noire, en quel cas elle e\u00fbt contenu le royaume de Colchide, l&rsquo;un des berceaux du B\u00e9lier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 la Perse, c&rsquo;est sous le signe du Lion que ses souverains vont se tailler un empire, \u00e0 partir de Cyrus II. N\u00e9anmoins, vers 700 avant J.-C. selon les uns, vers 1100 ou 1200 selon les autres, donc bien avant qu&rsquo;au 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle f\u00fbt \u00e9crit le livre de Daniel, aurait v\u00e9cu en Perse un homme dont l&rsquo;influence religieuse allait devenir consid\u00e9rable : le proph\u00e8te Zarathoustra, ou Zoroastre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dirig\u00e9e contre la religion du Taureau, dont les pr\u00eatres sont au regard du proph\u00e8te des \u00ab\u00a0monstres de mensonge et d&rsquo;hypocrisie\u00a0\u00bb, l&rsquo;enseignement de l&rsquo;Avesta se pr\u00e9sente comme une refonte des croyances rituelles dans une mystique morale d\u00e9sincarn\u00e9e : la v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;est pas dans le rite, mais dans l&rsquo;effort de l&rsquo;\u00e2me vers sa lib\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La partie la plus ancienne de l&rsquo;Avesta, les Gathas (attribu\u00e9s \u00e0 Zoroastre lui-m\u00eame) pr\u00e9cisent que la voie religieuse par excellence est celle de la Connaissance, de l&rsquo;amour de l&rsquo;Exactitude (ou Justice). Longtemps occulte et clandestin, l&rsquo;enseignement des Gathas ne para\u00eetra au grand jour que sous les rois perses; il ne s&rsquo;\u00e9panouira que quatre si\u00e8cles plus tard, sous les Parthes et les Sassanides, dans la religion mazd\u00e9enne. Ce qui nous int\u00e9resse ici, c&rsquo;est le \u00ab\u00a0ton\u00a0\u00bb de l&rsquo;ouvrage primitif (ce qui en reste) et les principales prescriptions morales qu&rsquo;il contient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Qui suis-je? \u00e9crit Zarathoustra. Quel est mon ma\u00eetre? D&rsquo;o\u00f9 suis-je venu? Quels sont mon r\u00f4le et mon devoir sur cette terre?&#8230; Combien de chemins m\u00e8nent au salut? De qui provient le bien? De qui le mal? De qui la gr\u00e2ce et de qui l&rsquo;inflexible duret\u00e9?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant aux r\u00e8gles morales de l&rsquo;Avesta, elles peuvent \u00eatre group\u00e9es en cinq points :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 Croire au vrai Dieu et l&rsquo;honorer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 Se marier, avoir des enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3\u00b0 Cultiver le sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4\u00b0 Traiter le b\u00e9tail avec justice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">5\u00b0 Prier et m\u00e9diter un tiers du temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est s\u00fbrement pas forcer la lettre et le sens que retrouver dans ce \u00ab\u00a0ton\u00a0\u00bb et dans ces r\u00e8gles comme un \u00e9cho du <em>D\u00e9calogue <\/em>et des grands po\u00e8mes h\u00e9bra\u00efques. Quoi qu&rsquo;il en soit de la construction dualiste du monde \u00e0 laquelle aboutira la conception mazd\u00e9iste, son inspiration fut celle des patriarches : refus des idoles, des rites (sauf du rite de la purification), justice pour l&rsquo;homme et pour la b\u00eate, d\u00e9vouement quotidien \u2014 et d&rsquo;ailleurs passionn\u00e9 \u2014 \u00e0 la famille. Il faut y ajouter l&rsquo;acceptation de son sort, f\u00fbt-il cruel et malheureux :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0On m&rsquo;isole de mes parents, de mes amis, on me rejette. Ni les chefs ni les hommes ne me sont favorables. Comment ferais-je ta volont\u00e9, Ormuzd?\u00a0\u00bb; une soumission inconditionnelle \u00e0 Dieu :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ahriman n&rsquo;existe pas, puisqu&rsquo;il doit \u00eatre an\u00e9anti. J&rsquo;appartiens \u00e0 Ormuzd et \u00e0 ses immortels, de qui na\u00eet tout le bien\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ni le Taureau, nous l&rsquo;avons vu, ni le Lion, nous le verrons, n&rsquo;ont jamais dict\u00e9 de tels cris; ils n&rsquo;ont jamais support\u00e9 le poids d&rsquo;un si humble ent\u00eatement. Oui, le B\u00e9lier est l\u00e0, ce b\u00e9lier perse dont l&rsquo;auteur apocryphe du livre de Daniel connaissait s\u00fbrement l&rsquo;\u0153uvre, puisque les grands rois perses honoraient Zoroastre au-dessus de tous les proph\u00e8tes, cependant que les S\u00e9leucides voyaient en lui \u00ab\u00a0le premier disciple d&rsquo;Abraham<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Selon Man\u00e9thon, cependant, un premier culte du b\u00e9lier e\u00fbt exist\u00e9 d\u00e8s les d\u00e9buts du Signe, sous les rois de la 2<sup>\u00e8me<\/sup> dynastie.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> <em>Rig V\u00e9da<\/em> (I, 51, 1).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> BENVENISTE-RENOU : <em>Vitra et Vithragna<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> BIDEZ-F. CUMONT : <em>Les mages hell\u00e9nis\u00e9s<\/em>, Paris, 1938.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Et dans tout l&rsquo;univers\u2026<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous voil\u00e0 loin de l&rsquo;habituelle conception d&rsquo;un \u00ab\u00a0peuple \u00e9lu\u00a0\u00bb. Le B\u00e9lier est ador\u00e9 aux Indes, en Phrygie, en Egypte; il est accompli en Perse. En Gaule m\u00eame, on conna\u00eet bient\u00f4t un dieu b\u00e9lique, dont le culte s&rsquo;impose dans le Vexin, Pagus Beliocassinus, le Pays de Secret du B\u00e9lier : le Bel gaulois, aux cornes courbes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle encore, le cur\u00e9 Denyan relevait pr\u00e8s de Gisors les noms de Montagny, de Mont Ouen, mont des agneaux, mont des brebis, etc. En d&rsquo;autres r\u00e9gions de France, se sont d\u00e9roul\u00e9es pendant des si\u00e8cles des c\u00e9r\u00e9monies moins chr\u00e9tiennes que \u00ab\u00a0pa\u00efennes\u00a0\u00bb, telle aux Baux de Provence, la c\u00e9r\u00e9monie du pastrage : l&rsquo;agneau y est port\u00e9 dans un chariot tra\u00een\u00e9 par un b\u00e9lier consacr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 m\u00eame o\u00f9 le symbole fait d\u00e9faut, on ne peut m\u00e9conna\u00eetre l&rsquo;esprit, f\u00fbt-ce jusqu&rsquo;en Chine, o\u00f9 Confucius na\u00eet \u00e0 Ts\u00e9ou, en 551 avant J.-C. Cet homme sage, g\u00e9n\u00e9reux mais prudent et qui ha\u00efssait la violence, disait de lui-m\u00eame qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas un inspir\u00e9 mais qu&rsquo;il aimait les textes antiques et la recherche. Or, son enseignement ne rompt pas absolument avec l&rsquo;ancienne religion chinoise, sinon qu&rsquo;il rejette l&rsquo;existence des dieux primitifs et se m\u00e9fie de la m\u00e9taphysique; mais il repose essentiellement sur une morale sociale et familiale; et les vertus qu&rsquo;il recommande, la justice, la droiture, l&rsquo;humanit\u00e9 parfaite, l&rsquo;ob\u00e9issance aux rites de la famille, etc., sont celles qu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent nous savons reconna\u00eetre. Ajoutons \u00e0 cela son attitude m\u00eame, que d\u00e9finissent cent anecdotes (et, notamment, celle-ci : au milieu de ses disciples, il se refusait \u00e0 distinguer ses fils, se gardait de leur donner des conseils en priv\u00e9 et leur interdisait toute question personnelle). L&rsquo;esprit des patriarches n&rsquo;est pas loin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, dans ces si\u00e8cles m\u00eames o\u00f9 le juda\u00efsme conna\u00eet ses premi\u00e8res \u00e9preuves : 500 ans de domination \u00e9trang\u00e8re et de captivit\u00e9 pour un si\u00e8cle de libert\u00e9, le B\u00e9lier est partout o\u00f9 des hommes pensent et croient. Concr\u00e8tement, il existe des communaut\u00e9s juives en Egypte et en Gr\u00e8ce, en M\u00e9sopotamie, dans l&rsquo;\u00eele de Cos, \u00e0 Rome. Au premier si\u00e8cle avant J.-C., Strabon \u00e9crit que \u00ab\u00a0les juifs ont envahi tous les Etats\u00a0\u00bb et que, \u00ab\u00a0partout, ils se conduisent en ma\u00eetres\u00a0\u00bb, tandis qu&rsquo;\u00e0 J\u00e9rusalem, des apologistes s&rsquo;attachent \u00e0 d\u00e9montrer que les lois de Mo\u00efse ne contredisent pas les conceptions contemporaines, Maritain, Daniel-Rops et Guitton de l&rsquo;\u00e9poque\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;un d&rsquo;entre eux, le c\u00e9l\u00e8bre Philon d&rsquo;Alexandrie, ne donnera-t-il pas aux \u00e9rudits romains une lumineuse synth\u00e8se de l&rsquo;esprit grec et de l&rsquo;esprit juif? S\u00e9n\u00e8que en sera touch\u00e9 et, par lui, beaucoup d&rsquo;autres. Les empereurs recevront des pr\u00eatres \u00e0 leur cour (et des po\u00e8tes, des com\u00e9diens, des historiens, qui ne cacheront pas leurs origines et leurs croyances). Les plus grandes dames romaines respecteront les r\u00e8gles alimentaires de la Thora et observeront le Sabbat tout comme de v\u00e9ritables juives. M\u00eame, on verra l&rsquo;imp\u00e9ratrice Popp\u00e9e proclamer son admiration pour les livres sacr\u00e9s et se laisser nommer une \u00ab\u00a0pros\u00e9lyte du seuil\u00a0\u00bb, quelques ann\u00e9es avant que le peuple \u00e9lu se r\u00e9volte contre les pr\u00e9tentions n\u00e9roniennes, en refusant le sacrifice quotidien \u00e0 l&#8217;empereur, et paie cruellement sa t\u00e9m\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il serait facile mais fastidieux de prolonger longuement cet \u00e9chantillonnage, dont le seul but \u00e9tait de rappeler au lecteur que le pros\u00e9lytisme n&rsquo;est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne typiquement catholique, ni uniquement chr\u00e9tien, ni m\u00eame contemporain. Le demi-milliard de croyants qui avouent aujourd&rsquo;hui leur foi dans le Christ (parfois, sans la pratiquer) ne sauraient constituer, sur trois milliards deux cents millions d&rsquo;humains, un pourcentage plus important que l&rsquo;ensemble des S\u00e9mites, Egyptiens, zoroastriens, confucianistes, Romains, Syriens, Gaulois, etc. qui r\u00e9v\u00e9raient le B\u00e9lier (sinon Yahv\u00e9 lui-m\u00eame) au premier si\u00e8cle avant J.-C., ou que la multitude de Sum\u00e9riens, Akkadiens, gout\u00e9ens, Egyptiens, Cr\u00e9tois et Ach\u00e9ens, Ph\u00e9niciens et Indiens qui sacrifiaient au dieu-taureau vers 2200 avant notre \u00e8re. N&rsquo;est-ce-pas pr\u00e9cis\u00e9ment cette propagation quasi-universelle de la religion au seuil de ses plus grandes \u00e9preuves qui commande et explique sa volont\u00e9 de survie?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;orgueil du peuple \u00e9lu<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est bien elle, en tout cas, qui inspire \u00e0 la race, \u00e0 l&rsquo;Eglise fid\u00e8le, en face des Etats panth\u00e9istes ou mat\u00e9rialistes qui la combattent ou l&rsquo;asservissent, l&rsquo;indestructible orgueil qu&rsquo;on lui voit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au moment o\u00f9 la Terre quittait le signe du B\u00e9lier, 700 ans avant J.-C., ce m\u00eame orgueil fit croire au vieil empire taurique que le temps \u00e9tait venu de rena\u00eetre. Au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, les textes assyriens retrouv\u00e9s \u00e0 Ninive apparaissent troubl\u00e9s, obs\u00e9d\u00e9s : les pr\u00eatres attendent la fin d&rsquo;une \u00e8re, le renouveau\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9parpillement des races s\u00e9mites de l&rsquo;Ourartou et de la Palestine du Nord, l&rsquo;\u00e9crasement d&rsquo;Isra\u00ebl, la conqu\u00eate de la Samarie et de Juda n&rsquo;ont pas apais\u00e9 toute crainte mais fait na\u00eetre un immense espoir. Le B\u00e9lier est abaiss\u00e9; on l&rsquo;imagine mort. N&rsquo;est-ce-pas l&rsquo;annonce, enfin, de la renaissance du Taureau?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce triomphe, l&rsquo;Assyrie ne le conna\u00eetra pas. Vers 631, Assourbanipal meurt; dans les vingt ans qui suivent, l&rsquo;Assyrie a v\u00e9cu. En 612, il ne reste plus rien de Ninive; vers 608, l&rsquo;ultime r\u00e9sistance des vaincus prend fin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l&rsquo;Assyrien, qu&rsquo;\u00e9tait-ce? Vieux compagnon de route, oppresseur plut\u00f4t qu&rsquo;alli\u00e9\u2026 Sans remords, les Rois des Pays de la Mer ont aid\u00e9 \u00e0 sa destruction. C&rsquo;est de la terre de Sumer qu&rsquo;est n\u00e9 le dieu-taureau; c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il doit revivre. Nabuchodonosor II, fils de Nabopolassar, est sacr\u00e9 roi de Babylone. Le temps de prendre J\u00e9rusalem, de la d\u00e9truire et de disperser aux quatre vents le peuple du B\u00e9lier\u2026 Plus belle que jamais, la Ville est reconstruite, la vieille Babylone des l\u00e9gendes, o\u00f9 se dresse enfin le Temple du Dieu Unique, Mardouk, qui a vaincu les cycles de l&rsquo;\u00e9ternel retour et triomph\u00e9 de son triomphateur.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DEUXIEME PARTIE LE TEMPS D&rsquo;APPRENDRE A MOURIR \u00a0 I LA SURVIE PAR LA LOI \u00a0 Une chose est s\u00fbre. Quand m\u00eame Dieu, en sa figure d\u00e9pass\u00e9e, ne s&rsquo;adresse plus jamais aux hommes, quand m\u00eame les Puissances ne les exaltent plus, &hellip; <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2107\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-2107","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-cycles-du-retour-eternel"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2107","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2107"}],"version-history":[{"count":10,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2107\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2150,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2107\/revisions\/2150"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2107"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2107"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2107"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}