{"id":2046,"date":"2012-08-28T16:48:44","date_gmt":"2012-08-28T14:48:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2046"},"modified":"2012-08-28T17:41:48","modified_gmt":"2012-08-28T15:41:48","slug":"le-royaume-et-les-prophetes-premiere-partie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2046","title":{"rendered":"LE ROYAUME ET LES PROPHETES &#8211; PREMIERE PARTIE"},"content":{"rendered":"<h1 align=\"center\"><strong>PREMIERE PARTIE<\/strong><\/h1>\n<h1 align=\"center\"><strong><em>LA LEGENDE ET L&rsquo;HISTOIRE<\/em><\/strong><\/h1>\n<p align=\"center\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<h2 align=\"center\"><strong><em>I<\/em><\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong><em>LA GRANDE PEUR DU MOYEN AGE<\/em><\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_2078\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/PEUR-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2078\" class=\"size-medium wp-image-2078\" title=\"PEUR 2\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/PEUR-2-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/PEUR-2-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/PEUR-2.jpg 741w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2078\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p align=\"center\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son petit livre <em>Le mythe de l&rsquo;\u00e9ternel retour<\/em>, Mirc\u00e9a Eliade \u00e9crit : \u00ab\u00a0A l&rsquo;apog\u00e9e du Moyen Age, ces th\u00e9ories (des cycles) commencent \u00e0 dominer la sp\u00e9culation historiologique et eschatologique. D\u00e9j\u00e0 populaires au 12<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, elles re\u00e7oivent une \u00e9laboration syst\u00e9matique au si\u00e8cle suivant, \u00e0 la suite surtout des traductions d&rsquo;\u00e9crivains arabes\u2026 Un Albert le Grand, un Saint Thomas, un Roger Bacon, un Dante et bien d&rsquo;autres croient que les cycles et les p\u00e9riodicit\u00e9s de l&rsquo;histoire du monde sont r\u00e9gis par l&rsquo;influence des astres, soit que cette influence ob\u00e9isse \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu et soit son instrument dans l&rsquo;histoire, ou que \u2014 hypoth\u00e8se qui va s&rsquo;imposant de plus en plus \u2014 on la consid\u00e8re comme une force immanente au Cosmos. Bref, pour adopter la formule de Sokorin, le Moyen Age est domin\u00e9 par la conception eschatologique (dans ses deux moments essentiels : la cr\u00e9ation et la fin du monde), compl\u00e9t\u00e9e par la th\u00e9orie de l&rsquo;ondulation cyclique qui explique le retour p\u00e9riodique des \u00e9v\u00e8nements. Ce double dogme commande la sp\u00e9culation jusqu&rsquo;au 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, bien que parall\u00e8lement commence \u00e0 se faire jour une th\u00e9orie du progr\u00e8s lin\u00e9aire de l&rsquo;histoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mirc\u00e9a Eliade cite parmi ses sources : <em>Le syst\u00e8me du monde<\/em> de P. Dhem, Paris, 1913, et <em>History of magic and experimental sciences<\/em> par L. Thorndike, New York, 1929. La lecture de ces ouvrages n&rsquo;en apprend pas beaucoup plus sur les croyances de Saint Thomas et de Roger Bacon; mais elle confirme que \u00ab\u00a0l&rsquo;impr\u00e9cision de leurs connaissances astronomiques d&rsquo;une part, de leurs connaissances historiques d&rsquo;autre part, ne leur permettait pas d&rsquo;\u00e9tablir une corr\u00e9lation suffisante entre d&rsquo;\u00e9ventuels facteurs cosmiques et les \u00e9v\u00e8nements de l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leurs th\u00e9ories, aujourd&rsquo;hui, nous apparaissent encore plus confuses que le syst\u00e8me publi\u00e9 par Joachim de Flore dans son <em>\u00c9vangile \u00e9ternel<\/em> : une histoire du monde r\u00e9duite \u00e0 trois \u00e9poques, dont chacune serait inspir\u00e9e et r\u00e9gie par l&rsquo;une des trois personnes de la Trinit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, Joachim de Flore eut le rare m\u00e9rite de rechercher dans l&rsquo;histoire m\u00eame des preuves d&rsquo;une \u00e9volution progressive de l&rsquo;id\u00e9e de la divinit\u00e9. En cela, il peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un des pr\u00e9curseurs de notre Teilhard de Chardin. Et ce fut en cela sans doute qu&rsquo;il toucha les plus grands docteurs de son temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque le moine cistercien \u00e9crit son livre (vers 1190), l&rsquo;Eglise de Rome est cependant au plus haut point de sa r\u00e9ussite. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque des grandes cath\u00e9drales : Notre-Dame de Paris est commenc\u00e9e; \u00e0 Soissons, \u00e0 Cantorb\u00e9ry, \u00e0 Palerme, \u00e0 Alcoba\u00e7a, \u00e0 L\u00e9on, \u00e0 Bourges, on construit de nouvelles \u00e9glises; on \u00e9tablit les plans des cath\u00e9drales de Chartres, de Rouen, de Reims, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;exception de Grenade, les Arabes ne tiennent plus aucune place forte en Espagne; le Cid leur a repris Valence et Tol\u00e8de est chr\u00e9tienne. Richard C\u0153ur de Lion, Philippe Auguste, Fr\u00e9d\u00e9ric Barberousse ont impos\u00e9 une foi vivante en Angleterre, en France, en Allemagne. Les chr\u00e9tiens du Liban (les Maronites) sont rentr\u00e9s dans l&rsquo;Eglise. Adrien IV a proclam\u00e9 le droit des serfs \u00e0 se marier librement et on lui ob\u00e9it. Les appels qui retentissent de Rome pour la lutte contre les Cathares ou pour la reprise des Croisades sont imm\u00e9diatement entendus. Les enfants eux-m\u00eames prennent la route pour aller lib\u00e9rer le tombeau du Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est alors que para\u00eet <em>L&rsquo;Evangile \u00e9ternel<\/em> o\u00f9, pour la premi\u00e8re fois sous la plume d&rsquo;un chr\u00e9tien, est mis en doute l&rsquo;avenir de la chr\u00e9tient\u00e9. Joachim de Flore ne va-t-il pas jusqu&rsquo;\u00e0 dater, et d&rsquo;une date proche : 1260, les troubles pr\u00e9curseurs de la fin de l&rsquo;\u00e8re du Christ? Au-del\u00e0 commencera le r\u00e8gne de l&rsquo;Esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, on le lit, on le croit. C&rsquo;est que les ann\u00e9es 1200 ferment l&rsquo;\u00e9poque des miracles et que chacun le ressent. Le 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle s&rsquo;ouvre sur la cr\u00e9ation de l&rsquo;Inquisition, dont les pouvoirs ne vont cesser de se fortifier pendant trois si\u00e8cles, et sur le sac de l&rsquo;Eglise d&rsquo;Orient par les crois\u00e9s (1204). En m\u00eame temps, s&rsquo;annoncent les effroyables campagnes de Simon de Montfort dans le Midi de la France, des chevaliers teutoniques dans les pays baltes. Partout, la torture, le pillage, le viol s&rsquo;\u00e9rigent en moyens de gouvernement eccl\u00e9siastique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e9galement le temps, sans doute, o\u00f9 l&rsquo;Eglise conna\u00eet (et m\u00e9conna\u00eet parfois) quelques-uns de ses plus grands esprits : Bonaventure, Albert le Grand, Thomas d&rsquo;Aquin, Roger Bacon, dont les efforts pendant tout le si\u00e8cle tendront \u00e0 concilier la foi avec les r\u00e8gles intellectuelles d&rsquo;Aristote. Mais, justement, cette tentative (comme, plus tard, celle des cabbalistes) est inspir\u00e9e aux saints par des \u00e9crits douteux, voire h\u00e9r\u00e9tiques, et, notamment, par les \u0153uvres des grands Arabes : Averro\u00e8s, et Avicenne, dont les ouvrages commencent d&rsquo;\u00eatre lus en Occident, malgr\u00e9 l&rsquo;interdiction de Rome.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon ces savants \u00ab\u00a0pa\u00efens\u00a0\u00bb, les \u00e9v\u00e8nements de l&rsquo;histoire ne sont que des \u00e9chos des \u00e9v\u00e8nements cosmiques et conna\u00eetre les lois du Cosmos devrait permettre non seulement de comprendre mais de pr\u00e9voir l&rsquo;\u00e9volution des religions et civilisations humaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, s&rsquo;il avait fallu Averro\u00e8s pour rappeler ces anciennes lois \u00e0 un Bonaventure, \u00e0 un Thomas d&rsquo;Aquin, il n&rsquo;en est pas moins vrai que l&rsquo;Eglise elle-m\u00eame, en ses tout premiers si\u00e8cles, les avaient d\u00e9j\u00e0 recueillies et respect\u00e9es. \u00ab\u00a0En d\u00e9pit de la r\u00e9action d&rsquo;un Orig\u00e8ne, d&rsquo;un Saint Basile, d&rsquo;un Saint Gr\u00e9goire et d&rsquo;un Saint Augustin, les th\u00e9ories des cycles et des influences astrales sur la destin\u00e9e humaine et sur les \u00e9v\u00e8nements historiques ont \u00e9t\u00e9 accueillies, en partie tout au moins, par d&rsquo;autres P\u00e8res et \u00e9crivains eccl\u00e9siastiques tels que Cl\u00e9ment d&rsquo;Alexandrie, Minucius Felix, Arnobe, Th\u00e9odoret\u00a0\u00bb. (Mirc\u00e9a Eliade, <em>Le mythe de l&rsquo;\u00e9ternel retour).<\/em><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Christianisme et astrologie<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut voir encore de nos jours, au mus\u00e9e de Cluny, \u00e0 Paris, quatre blocs de pierre sculpt\u00e9s, qui furent d\u00e9couverts sous le ma\u00eetre-autel de Notre-Dame en 1711. L&rsquo;une de ces pierres porte sur l&rsquo;une de ses faces un taureau surmont\u00e9 de trois grues et sur ses trois autres faces les effigies des dieux Jupiter, Vulcain et Esus, le Mars gaulois. Une seconde pierre porte l&rsquo;effigie des jumeaux Castor et Pollux (ou R\u00e9mus et Romulus) ainsi que l&rsquo;image d&rsquo;un homme qui sort \u00e0 demi d&rsquo;un arbre. Sur une troisi\u00e8me, on voit le dieu celte Cerunnos, au chef orn\u00e9 de cornes de b\u00e9lier. Une quatri\u00e8me pierre est en trop mauvais \u00e9tat pour qu&rsquo;on puisse y distinguer autre chose que des silhouettes d&rsquo;hommes et de femmes. Une inscription indique que les pierres furent apport\u00e9es dans l&rsquo;\u00eele de la Cit\u00e9 sous le r\u00e8gne de Tib\u00e8re par des <em>nautae<\/em> (bateliers) de Parisis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la d\u00e9couverte, les esprits les plus savants, et notamment Leibniz, se passionn\u00e8rent pour elle. On cite du savant math\u00e9maticien une longue lettre o\u00f9 il s&rsquo;interroge sur les rapports possibles entre Esus et Isis, la d\u00e9esse \u00e9gyptienne\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans entrer dans le d\u00e9tail pour l&rsquo;instant, nous remarquerons qu&rsquo;il est significatif que Notre-Dame ait \u00e9t\u00e9 construite sur de tels vestiges, dont il est \u00e9vident que chaque pierre repr\u00e9sentait un v\u00e9ritable syncr\u00e9tisme de tous les dieux aff\u00e9rents \u00e0 un signe zodiacal donn\u00e9 : ici le Taureau, l\u00e0 le B\u00e9lier, ailleurs les G\u00e9meaux. La datation \u00ab\u00a0sous Tib\u00e8re\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas moins remarquable : c&rsquo;est sous Tib\u00e8re, nous le verrons, que le \u00ab\u00a0ph\u00e9nix\u00a0\u00bb est reparu en Egypte et que la tradition situe la mort de J\u00e9sus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble en v\u00e9rit\u00e9 que des hommes (les bateliers de Parisis?) aient voulu rappeler aux si\u00e8cles futurs le lien qui unissait la religion chr\u00e9tienne aux signes zodiacaux. Ils y ont parfaitement r\u00e9ussi. Les architectes du 11<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle ont entendu et compris leur message; il a troubl\u00e9 l&rsquo;aurore de l&rsquo;\u00e8re rationaliste et nous trouble encore aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est aussi que d&rsquo;autres t\u00e9moignages sont venus corroborer celui-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout r\u00e9cemment, pendant les fouilles de Pomp\u00e9i, a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e une inscription \u00e9trange, dat\u00e9e par la destruction de la ville (79 apr\u00e8s J.-C.) et que des architectes chr\u00e9tiens reproduisirent \u00e0 foison, plus tard, sur divers monuments d&rsquo;Italie et de France : l&rsquo;\u00e9glise Pieve Iersagui pr\u00e8s de Cr\u00e9mone, l&rsquo;\u00e9glise Saint-Laurent de Rochemaure ou le ch\u00e2teau de Jarnac\u2026<\/p>\n<p align=\"center\">SATOR<\/p>\n<p align=\"center\">AREPO<\/p>\n<p align=\"center\">TENET<\/p>\n<p align=\"center\">OPERA<\/p>\n<p align=\"center\">ROTAS<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Inscription chr\u00e9tienne, \u00e0 n&rsquo;en pas douter. On y trouve deux fois le Pater Noster ainsi que, deux fois \u00e9galement, les lettres Alpha et Om\u00e9ga, en sorte qu&rsquo;elle pourrait s&rsquo;\u00e9crire :<\/p>\n<p align=\"center\">P<\/p>\n<p align=\"center\">A<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 T\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 O<\/p>\n<p align=\"center\">E<\/p>\n<p align=\"center\">R<\/p>\n<p align=\"center\">PATER NOSTER<\/p>\n<p align=\"center\">O<\/p>\n<p align=\"center\">S<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 O\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 T\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 A<\/p>\n<p align=\"center\">E<\/p>\n<p align=\"center\">R<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le sens m\u00eame de l&rsquo;inscription est autrement remarquable, quoique sa traduction litt\u00e9rale f\u00fbt longtemps apparue sans signification. \u00ab\u00a0Le semeur conduit avec peine les roues de sa charrue\u00a0\u00bb, selon les uns; et, selon les autres : \u00ab\u00a0Le semeur est \u00e0 sa charrue; le travail occupe les roues\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or <em>arepo<\/em> est inconnu en latin. Il semble un mot cr\u00e9\u00e9 pour les besoins du palindrome. Il pourrait avoir \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s \u00ab\u00a0arepenna\u00a0\u00bb, mesure de terre (d&rsquo;o\u00f9 est tir\u00e9 : arpent). Plut\u00f4t que \u00ab\u00a0semeur\u00a0\u00bb, <em>sator<\/em> signifie \u00ab\u00a0auteur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0p\u00e8re\u00a0\u00bb : il est pris dans ce sens chez Cic\u00e9ron. Enfin, <em>opera<\/em> ne signifie pas seulement : \u00ab\u00a0travail, peine\u00a0\u00bb, mais : \u00ab\u00a0par \u0153uvre, par industrie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sens de l&rsquo;inscription serait alors : \u00ab\u00a0Le p\u00e8re en son domaine tient par \u0153uvre les roues\u00a0\u00bb et son explication astrologique justifierait le nom de \u00ab\u00a0carr\u00e9 mithra\u00efque\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0carr\u00e9 orph\u00e9ique\u00a0\u00bb qu&rsquo;on lui donne quelquefois. Car les \u00ab\u00a0roues\u00a0\u00bb seraient le zodiaque lui-m\u00eame et l&rsquo;\u0153uvre du p\u00e8re ne serait autre que le passage de la charrue divine \u00e0 travers les signes zodiacaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le saint diabolique<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ce n&rsquo;est plus seulement aux premiers chr\u00e9tiens que remontent les traces de cette charrue. Avant le Christ, cent g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;astrologues en avaient \u00e9tabli les r\u00e8gles, et de telle mani\u00e8re qu&rsquo;il fallait bien les consid\u00e9rer comme immuables, puisqu&rsquo;un Platon, un Pythagore y avaient cru.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les constellations \u00e9taient la cl\u00e9 de tout le syst\u00e8me et leur lent d\u00e9placement dans la \u00ab\u00a0dixi\u00e8me\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0neuvi\u00e8me\u00a0\u00bb sph\u00e8re demeurait le guide auquel on devait le fier. Sur la figure fictive du zodiaque, en effet, ce d\u00e9placement avait \u00e9t\u00e9 port\u00e9 et contr\u00f4l\u00e9 depuis des mill\u00e9naires par des observateurs babyloniens, \u00e9gyptiens, grecs. On savait de fa\u00e7on certaine (mais encore impr\u00e9cise) qu&rsquo;il \u00e9tait de l&rsquo;ordre d&rsquo;un degr\u00e9 tous les 72 ou 73 ans; c&rsquo;est-\u00e0-dire que, tous les 2160 ou 2170 ans, notre plan\u00e8te quittait un \u00ab\u00a0signe\u00a0\u00bb de 30\u00b0 pour entrer dans le signe <em>pr\u00e9c\u00e9dent<\/em> (le mouvement \u00ab\u00a0pr\u00e9cessionnel\u00a0\u00bb s&rsquo;effectuant \u00e0 l&rsquo;inverse du mouvement annuel).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au moment o\u00f9 les grands Arabes reprennent ces observations, vers la fin du 11<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, notre plan\u00e8te en est au 25\u00b0 des Poissons dans le sens pr\u00e9cessionnel, si bien qu&rsquo;elle ne va pas tarder \u00e0 quitter le signe. Un simple calcul d\u00e9montrait en effet qu&rsquo;elle y \u00e9tait entr\u00e9e peu apr\u00e8s l&rsquo;an\u00e9antissement d&rsquo;Isra\u00ebl (713 avant J.-C.) et qu&rsquo;elle allait en sortir dans la seconde moiti\u00e9 du 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Alors, l&rsquo;humanit\u00e9 conna\u00eetrait \u00ab\u00a0un ordre de rapports nouveaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Arabes voyaient dans cet \u00ab\u00a0ordre\u00a0\u00bb le triomphe universel d&rsquo;Allah; les juifs, l&rsquo;accomplissement de la promesse messianique; Joachim de Flore et les initi\u00e9s chr\u00e9tiens l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;Esprit Saint, de l&rsquo;Esprit d\u00e9gag\u00e9 de toutes les compromissions charnelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9cis\u00e9ment, la violence et la haine ont tourn\u00e9 court. Sans doute Simon de Montfort a-t-il an\u00e9anti les \u00ab\u00a0h\u00e9r\u00e9tiques\u00a0\u00bb, dont l&rsquo;Inquisition ach\u00e8ve l&rsquo;h\u00e9catombe. Sans doute les Chevaliers \u00e0 la Croix ont-ils converti, ou bien massacr\u00e9, les derniers \u00ab\u00a0pa\u00efens\u00a0\u00bb de la Baltique. Mais, devant le Mongol et le Sarrazin, la brutalit\u00e9 a \u00e9chou\u00e9. La mort de Saint Louis, en 1270, met fin au grand r\u00eave des croisades; Gengis Khan et ses successeurs ont domin\u00e9 sur tout l&rsquo;Orient, sur la Russie du sud, le Turkestan, la Perse, l&rsquo;Europe centrale m\u00eame. A Constantinople, l&#8217;empire latin n&rsquo;a eu qu&rsquo;un temps et Byzance n&rsquo;est plus en mesure de r\u00e9sister longtemps \u00e0 la pouss\u00e9e des Turcs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Min\u00e9e de l&rsquo;ext\u00e9rieur par sa violence m\u00eame, de l&rsquo;int\u00e9rieur par l&rsquo;aristot\u00e9lisme, l&rsquo;Eglise chancelle et ses proph\u00e8tes ont beau jeu de pr\u00e9dire sa fin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi, bien que l&rsquo;Eglise l&rsquo;ait condamn\u00e9 (en 1255), le prestige de <em>L&rsquo;Evangile \u00e9ternel<\/em> continue de cro\u00eetre jusqu&rsquo;aux derni\u00e8res ann\u00e9es du si\u00e8cle. Un Saint Thomas d&rsquo;Aquin lui-m\u00eame ne laisse pas d&rsquo;en \u00eatre troubl\u00e9 parce qu&rsquo;il ne met pas en doute le grand principe des cycles et de la soumission des \u00e9v\u00e8nements aux astres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il tenait ce principe de son ma\u00eetre, Albert le Grand, en qui une certaine tradition populaire pr\u00e9tend voir un sorcier, un alchimiste, un mage, alors qu&rsquo;il fut le \u00ab\u00a0grand\u00a0\u00bb docteur th\u00e9ologien du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et l&rsquo;introducteur m\u00eame dans la doctrine chr\u00e9tienne des principes aristot\u00e9liciens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La volont\u00e9 de rechercher un \u00e9quilibre entre la foi et la raison, l&rsquo;importance donn\u00e9e dans son \u0153uvre \u00e0 une \u00ab\u00a0prescience exp\u00e9rimentale\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;observation, ses nombreuses d\u00e9couvertes, \u00e9tonnantes pour son si\u00e8cle quoique entach\u00e9es d&rsquo;erreurs, relatives \u00e0 la vie des animaux ou \u00e0 la pousse des plantes \u2014 tout cela autorisera, en plein 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le jugement de Pouchet [A. Pouchet : <em>Histoire des sciences naturelles au Moyen Age, <\/em>ou <em>Albert le Grand et son \u00e9poque consid\u00e9r\u00e9s comme le point de d\u00e9part de l&rsquo;\u00e9cole <\/em>exp\u00e9rimentale, Paris, 1853] et, au d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le jugement de Pierre Duhem : \u00ab\u00a0Compilateur clair, consciencieux et complet, c&rsquo;est vraiment le titre que m\u00e9rite Albert\u00a0\u00bb.[Pierre Duhem : <em>Le syst\u00e8me du monde. Histoire des doctrines cosmologiques de Platon \u00e0 Copernic<\/em>, 1913].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, pour Albert le Grand, non seulement les climats, mais les \u00ab\u00a0vertus\u00a0\u00bb des animaux, des min\u00e9raux, des plantes sont dus \u00e0 l&rsquo;influence des astres. Ainsi, expliquant que la terre est ronde et anim\u00e9e d&rsquo;un mouvement, il s&#8217;empresse d&rsquo;ajouter : \u00ab\u00a0Quant \u00e0 l&rsquo;influence qu&rsquo;exerce chaque \u00e9toile sur les individus, c&rsquo;est aux astronomes de la calculer. Ptol\u00e9m\u00e9e a \u00e9crit deux livres sur la question. Nous ne nions pas que l&rsquo;influence des astres ajoute des forces aux choses\u2026\u00a0\u00bb [Albert le Grand : <em>De c\u0153lo et mundo<\/em>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, il sauvegarde prudemment le \u00ab\u00a0libre arbitre\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Ni le sort, ni les astres, ni m\u00eame la Providence ne retirent \u00e0 la volont\u00e9 de l&rsquo;homme sa libert\u00e9 d&rsquo;action\u00a0\u00bb. [<em>Summa theologica, <\/em>I]. \u00ab\u00a0Il y a dans l&rsquo;homme un double ressort d&rsquo;action : la nature et la volont\u00e9; la nature, pour sa part, est r\u00e9gl\u00e9e par les astres, la volont\u00e9 reste libre.\u00a0\u00bb [<em>Summa theologica<\/em>, II, III].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ces att\u00e9nuations et cette prudence ne rassurent pas compl\u00e8tement l&rsquo;Eglise, bien qu&rsquo;Albert ait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des principaux critiques de <em>L&rsquo;Evangile \u00e9ternel<\/em>, que Saint Thomas d&rsquo;Aquin ait \u00e9t\u00e9 son \u00e9l\u00e8ve et que, depuis sa mort, l&rsquo;Allemagne n&rsquo;ait cess\u00e9 de lui rendre un culte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est seulement le 16 d\u00e9cembre 1931 que para\u00eetra la lettre d\u00e9cr\u00e9tale de Pie XI, \u00ab\u00a0prescrivant \u00e0 l&rsquo;Eglise universelle le culte de Saint Albert le Grand, confesseur et docteur\u00a0\u00bb. Nous voil\u00e0 loin de la l\u00e9gende selon laquelle le philosophe chr\u00e9tien aurait vendu son \u00e2me au diable!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le second si\u00e8cle apr\u00e8s sa mort, alors qu&rsquo;ayant rouvert sa tombe on d\u00e9couvrit son corps intact, on savait que le rus\u00e9 docteur avait dup\u00e9 le diable lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le pape mendiant<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a beaucoup parl\u00e9 des \u00ab\u00a0terreurs de l&rsquo;an 1000\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;imposture est \u00e9trange, car les seuls documents o\u00f9 paraissent affirm\u00e9es ces craintes sont de beaucoup post\u00e9rieurs : ils datent, pour la plupart, de cinq ou six si\u00e8cles plus tard. Ainsi, la chronique de Tritheim d&rsquo;Hirschau, souvent cit\u00e9e, ne sera publi\u00e9e qu&rsquo;en 1559.<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> Quant au t\u00e9moignage de Raoul Glaber, qui \u00e9crivit effectivement ses \u00ab\u00a0Histoires\u00a0\u00bb entre 1010 et 1040, il ne parle point du tout de ces pr\u00e9tendues terreurs, mais de son opinion personnelle, quand il assure que \u00ab\u00a0l&rsquo;humanit\u00e9 vit la septi\u00e8me p\u00e9riode de l&rsquo;Histoire, qui sera la derni\u00e8re\u00a0\u00bb.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> Encore ne fixe-t-il pas une date pr\u00e9cise \u00e0 la fin de cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, les textes abondent qui r\u00e9v\u00e8lent une telle inqui\u00e9tude au 13<sup>\u00e8me<\/sup> et au 14<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles. Nous en avons cit\u00e9 quelques-uns; mais c&rsquo;est toute la litt\u00e9rature, tr\u00e8s sp\u00e9ciale, de l&rsquo;Inquisition qu&rsquo;il faudrait lire pour d\u00e9celer, \u00e0 travers les attaques de l&rsquo;Eglise contre les Albigeois, les Templiers, les juifs et les sorci\u00e8res, une seule crainte : la perversion des esprits chr\u00e9tiens par la grande menace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1294, cette panique est commenc\u00e9e. C&rsquo;est elle qui explique le succ\u00e8s de Joachim de Flore, l&rsquo;enthousiasme populaire pour le petit Saint Fran\u00e7ois, l&rsquo;\u00e9lection comme pape d&rsquo;un malheureux ermite\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, tandis que l&rsquo;Eglise conna\u00eet les crises que nous savons et que la foi vacille sous les assauts de la volont\u00e9 de conna\u00eetre les choses pour ce qu&rsquo;elles sont, un mouvement spirituel atteint une ampleur singuli\u00e8re : celui de Saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise et des fr\u00e8res mendiants. Le d\u00e9pouillement mat\u00e9riel par quoi doit s&rsquo;annoncer le r\u00e8gne de l&rsquo;Esprit, ne le voil\u00e0-t-il pas prononc\u00e9 dans les faits? Cela en vient au point, en juillet 1294, qu&rsquo;un simple moine b\u00e9n\u00e9dictin est extrait de sa th\u00e9ba\u00efde et hiss\u00e9 sur le tr\u00f4ne pontifical.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Hiss\u00e9\u00a0\u00bb est le mot. Le malheureux n&rsquo;en a jamais demand\u00e9 autant, \u00ab\u00a0ayant v\u00e9cu quarante ann\u00e9es d&rsquo;herbes et d&rsquo;eau fra\u00eeche\u00a0\u00bb. Cependant, quand Pierre de Morrone prend le nom de C\u00e9lestin V, il y a deux ann\u00e9es que le Saint Si\u00e8ge est vacant et pr\u00e8s de quarante ans que les papes s&rsquo;y succ\u00e8dent sans r\u00e9soudre la crise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a m\u00eame vu (en 1278) un pape, Nicolas III, affirmer dans bulle <em>Exiit qui seminat<\/em> la doctrine de la pauvret\u00e9 du Christ, qu&rsquo;un autre pape, Jean XXII (1316 &#8211; 1334) d\u00e9clarera h\u00e9r\u00e9tique dans la bulle <em>Cum inter nonnullos<\/em>, si bien que, depuis cette p\u00e9riode, toutes les nominations cardinalices de Nicolas sont invalid\u00e9es (comme promulgu\u00e9es par un pape h\u00e9r\u00e9tique), les conclaves ill\u00e9gaux, les papes \u00e9lus par ces conclaves de faux papes, y compris Jean XXII lui-m\u00eame, et toute la succession au Saint-Si\u00e8ge pervertie.<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malheureusement, en 1294, les temps de l&rsquo;Esprit ne sont pas encore venus \u2014 et le Saint Si\u00e8ge est trop \u00e9lev\u00e9 pour un ermite perdu dans les intrigues de cour. Ni les cardinaux habitu\u00e9s \u00e0 de confortables \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9fices\u00a0\u00bb ni les grands bourgeois et les nobles gr\u00e2ce auxquels l&rsquo;Eglise subsistait ne tenaient pour bon qu&rsquo;un saint r\u00e9gn\u00e2t.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cinq mois apr\u00e8s son \u00e9lection, C\u00e9lestin V abandonnait la tiare et demandait \u00e0 retourner dans son humble ermitage. Cela ne lui fut pas accord\u00e9. D\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de pouvoir la veille de No\u00ebl, on l&rsquo;enferma dans une cellule du ch\u00e2teau fort de Fumone, o\u00f9 il mourut, deux ans plus tard. L&rsquo;Inquisition recouvra ses droits. Beaucoup d&rsquo;hommes cess\u00e8rent de croire aux astres.<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> \u00a0E. POGNON : <em>L&rsquo;An Mille<\/em>, Paris, 1947. Voir \u00e9galement : L\u00e9on HOMO : <em>Rome m\u00e9di\u00e9vale<\/em>, Paris, 1934.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> L&rsquo;\u00e8re des Poissons : les six pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9tant celles de la Vierge, du Lion, du Cancer, des G\u00e9meaux, du Taureau et du B\u00e9lier.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Cette surprenante d\u00e9monstration se trouve dans <em>Victoriens \u00e9minents<\/em>, par Lytton STRACHEY, traduit par Jacques DOMBALE (Gallimard, 1933).<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les Templiers<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup, mais non pas tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, de nombreux ouvrages ont commenc\u00e9 d&rsquo;\u00e9claircir le drame complexe \u2014 et quelquefois confus \u2014 des Templiers. Au travail fondamental de L. Delisle, <em>M\u00e9moires sur les op\u00e9rations financi\u00e8res des Templiers <\/em>(Paris, 1899), sont venus s&rsquo;ajouter, entre autres : <em>Le Temple, ordre initiatique du Moyen Age<\/em>, par J.-H. Bolle (1931), <em>La vie des Templiers<\/em>, par Marion Melville (1931), <em>La vie des religieuses et corporatives de la Franc-ma\u00e7onnerie<\/em>, par Paul Mandon (1953). Enfin, il y a quelques mois, le journaliste G\u00e9rard de S\u00e8de publiait un ouvrage maladroit et discut\u00e9, <em>Les Templiers sont parmi nous<\/em>, consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9nigme du ch\u00e2teau de Gisors. Malgr\u00e9 quelques erreurs (concernant notamment les pierres zodiacales des nautes parisiens), le livre a le m\u00e9rite de r\u00e9unir, sur les pr\u00e9occupations astrologiques de l&rsquo;Ordre, des notations toujours claires et parfois originales. Je r\u00e9sumerai en quatre points les arguments que j&rsquo;ai trouv\u00e9s ici et l\u00e0 en faveur de mon propos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 Il semble effectivement prouv\u00e9 que les Templiers furent coupables du crime de blasph\u00e8me dont ils s&rsquo;accus\u00e8rent. Certains articles de leurs statuts secrets t\u00e9moignent bien plus que d&rsquo;une tr\u00e8s grande \u00ab\u00a0largeur de vue\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de toutes les religions : \u00ab\u00a0Sachez que Dieu ne fait point de diff\u00e9rence entre Chr\u00e9tiens, Sarrazins, Juifs, Grecs, Romains, Francs et Bulgares : tout homme qui prie Dieu est sauv\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;article 20 de la seconde partie de ces statuts d\u00e9clare : \u00ab\u00a0Le bois de la croix, nous le tenons pour le signe de la b\u00eate dont il est question dans l&rsquo;Apocalypse (interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque comme repr\u00e9sentant N\u00e9ron)\u00a0\u00bb. L&rsquo;affirmation est singuli\u00e8re, inintelligible hors de l&rsquo;hypoth\u00e8se que les fondateurs de l&rsquo;Ordre auraient eu entre les mains des documents inconnus de nous et qui contredisaient d&rsquo;une certaine mani\u00e8re l&rsquo;enseignement officiel de l&rsquo;Eglise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Presque tous les commentateurs apparaissent aujourd&rsquo;hui d&rsquo;accord pour admettre que l&rsquo;Ordre aurait eu, en Palestine, de fr\u00e9quents rapports avec les musulmans, parmi les hommes du Moyen Age les mieux instruits des lois de l&rsquo;\u00e9ternel retour. Les accords pass\u00e9s entre les Chevaliers du Temple d&rsquo;une part et le chef musulman Saladin d&rsquo;autre part, attestent une compr\u00e9hension r\u00e9ciproque, et m\u00eame une amiti\u00e9 sinc\u00e8re, qui ne dut pas aller sans des croyances communes. Ces croyances, ne pouvant se rapporter aux dieux ador\u00e9s dans les deux camps (ni Saladin ne se convertit au Christ, ni les Ma\u00eetres du Temple \u00e0 l&rsquo;Islam), devaient n\u00e9cessairement concerner une certaine vision de l&rsquo;Histoire, une certaine estimation de la relativit\u00e9 des Mythes et des Cultes. Le plus vraisemblable serait que cette compr\u00e9hension et cette tol\u00e9rance fussent pr\u00e9cis\u00e9ment de nature astrologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 En effet, les constructions architecturales de l&rsquo;Ordre, tant \u00e0 Paris qu&rsquo;\u00e0 Gisors, prouvent non seulement une telle \u00e9tude mais une parfaite connaissance des constellations. Le ch\u00e2teau de Gisors, notamment, est la reproduction exacte du plan du ciel entre les ann\u00e9es 1100 et 1170 au 24 d\u00e9cembre \u00e0 minuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3\u00b0 Enfin, une phrase de leurs statuts, sur laquelle je reviendrai \u00e0 la fin de cet ouvrage, est d&rsquo;une telle clart\u00e9 qu&rsquo;elle m&rsquo;a pratiquement guid\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9laboration du livre. \u00ab\u00a0Notre-Dame (la Vierge) fut au commencement de notre religion et en l&rsquo;honneur d&rsquo;elle, s&rsquo;il pla\u00eet \u00e0 Dieu, sera la fin de notre religion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la Tour du Prisonnier, une certaine disposition d&rsquo;un graffiti du Poisson et d&rsquo;une invocation \u00e0 la Vierge (relev\u00e9e d\u00e9j\u00e0 par Charles Nodier) vient souligner, par une co\u00efncidence<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> curieuse, la valeur zodiacale de l&rsquo;encha\u00eenement du signe de la Vierge au signe des Poissons, puis du signe des Poissons au signe de la Vierge, l&rsquo;axe mystique connu des astrologues. En effet, les deux inscriptions sont \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 l&rsquo;une de l&rsquo;autre, comme les deux signes le sont dans le Zodiaque, dont la Tour reproduit la figure circulaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4\u00b0 A ces indications il convient d&rsquo;ajouter que l&rsquo;arrestation pr\u00e9cipit\u00e9e des Templiers, les r\u00e9actions violentes puis complices du pape, la mani\u00e8re dont le proc\u00e8s fut men\u00e9, les promesses et les reniements, le m\u00e9pris invincible des chefs, les r\u00e9ticences des plus faibles, toute cette lamentable histoire t\u00e9moigne de l&rsquo;importance du secret qu&rsquo;il fallait taire. Ces jours-l\u00e0 (1307-1314) une r\u00e9v\u00e9lation consid\u00e9rable fut sur le point d&rsquo;\u00eatre faite, dont l&rsquo;Eglise peut-\u00eatre ne se f\u00fbt pas relev\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait la moindre prudence que le pape et le roi s&rsquo;entendissent pour \u00e9viter \u00e0 Rome ce dernier coup.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> \u00a0Le mot \u00ab\u00a0co\u00efncidence\u00a0\u00bb s&rsquo;impose ici, puisque la double inscription sym\u00e9trique n&rsquo;est aucunement l&rsquo;\u0153uvre des Templiers, mais doit \u00eatre dat\u00e9e du 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle au plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Un si\u00e8cle hant\u00e9 : le 15<sup>\u00e8me<\/sup><\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas plus que le massacre des Cathares, cependant, l&rsquo;injurieuse condamnation de l&rsquo;Ordre ne r\u00e9tablit dans son int\u00e9grit\u00e9 le pouvoir pontifical. Un schisme s\u00e9culaire (1378-1417) va rappeler bient\u00f4t aux esprits instruits le schisme du 9<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de Juda. On attend la nouvelle \u00ab\u00a0captivit\u00e9 de Babylone\u00a0\u00bb, qui va priver l&rsquo;Eglise de ses droits temporels et que, d\u00e8s 1356, la Bulle d&rsquo;Or annon\u00e7ait. On attend l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie majeure, qui doit creuser au c\u0153ur m\u00eame de la chr\u00e9tient\u00e9 un hiatus comparable \u00e0 celui que, deux mille ans plus t\u00f4t, ouvrirent dans le royaume juif la destruction d&rsquo;Isra\u00ebl et l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie de la Samarie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On croit, en fait, plus fermement que jamais, que l&rsquo;Histoire se r\u00e9p\u00e8te \u2014 et ce n&rsquo;est pas seulement le peuple qui le croit. Les plus cultiv\u00e9s et les plus savants reprennent en les aggravant les mythes arabes et cabbalistes : le cardinal Nicolas de Cues (1401-1464), pourfendeur des Hussites<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, pr\u00e9sident du conseil de B\u00e2le, mais aussi grand \u00e9rudit, grand lecteur de textes arabes, math\u00e9maticien renomm\u00e9, auteur d&rsquo;une somme c\u00e9l\u00e8bre en son temps : <em>La docte ignorance<\/em>; ou le cardinal Pierre d&rsquo;Ailly (1350-1420), docteur en Sorbonne, chancelier de l&rsquo;Universit\u00e9, membre des conciles de Pise et de Constance, th\u00e9ologien retors et financier habile (il ne recueillera pas moins de quatorze \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9fices\u00a0\u00bb)<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un de ses ouvrages, <em>Concordia astronomiae cum historica veritate<\/em>, ce dernier pr\u00e9dit m\u00eame pour l&rsquo;ann\u00e9e 1789, \u00ab\u00a0un grand nombre de grands et prodigieux d\u00e9chirements du monde et de changements engageant l&rsquo;avenir, concernant les lois et partis\u00a0\u00bb, sur le mod\u00e8le des \u00e9v\u00e8nements de 340 \u00e0 330 avant J.-C. (fin de l&rsquo;Egypte et de la Perse, conqu\u00eates d&rsquo;Alexandre, naissance de l&#8217;empire hell\u00e9nistique, impatience d&rsquo;un dieu nouveau, etc.)<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ces hommes illustres, de Cues, d&rsquo;Ailly, tout comme un vulgaire cabbaliste, attendent la fin de l&rsquo;\u00e8re des Poissons (et de la chr\u00e9tient\u00e9) pour 1490 ou 1492. Des deux, l&rsquo;ann\u00e9e cruciale sera 1492 \u2014 o\u00f9 l&rsquo;on verra tout \u00e0 la fois un Borgia devenir pape, les souverains catholiques achever de chasser l&rsquo;Arabe d&rsquo;Espagne (par la prise de Grenade) et Christophe Colomb d\u00e9couvrir l&rsquo;Am\u00e9rique. Fin de l&rsquo;Eglise? D\u00e9but de son renouveau plut\u00f4t. Toutes les proph\u00e9ties s&rsquo;effondrent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Borgia est un monstre, la rupture s&rsquo;accomplit entre l&rsquo;Orient et l&rsquo;Occident : Byzance a v\u00e9cu, l&rsquo;\u00e9glise orthodoxe s&rsquo;accro\u00eet. Luther vient de na\u00eetre (en 1483), Calvin va na\u00eetre (en 1509). La Renaissance qui s&rsquo;annonce ne sera pas un r\u00e9veil de l&rsquo;ancienne chr\u00e9tient\u00e9. Le nom m\u00eame de \u00ab\u00a0chr\u00e9tien\u00a0\u00bb, avec les temps modernes, cesse de pr\u00e9senter un sens. Cette sorte de politique impudente et sagace qu&rsquo;on appelle le catholicisme prendra le relais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faut-il oser le noter? Les Templiers eux-m\u00eames avaient vu juste. Origine du christianisme, la Vierge en marqua la fin. Sa premi\u00e8re \u00ab\u00a0apparition\u00a0\u00bb date pr\u00e9cis\u00e9ment de 1491. Elle se produisit en Alsace, sur une colline qu&rsquo;on appelle depuis lors \u00ab\u00a0colline des trois \u00e9pis\u00a0\u00bb, car cette Vierge-l\u00e0 \u00e9tait bien moins la m\u00e8re du Christ que la l\u00e9gendaire d\u00e9esse des moissons, C\u00e9r\u00e8s, Pers\u00e9phone, l&rsquo;\u00e9ternelle Isis, et, pour l&rsquo;attester, pr\u00e9sentait aux hommes une poign\u00e9e d&rsquo;\u00e9pis.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Les disciples de Jean Hus, condamn\u00e9 au b\u00fbcher le 6 juillet 1415.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> On dit que ce fut en lisant son livre <em>Imago mundi<\/em> que Christophe Colomb trouva l&rsquo;id\u00e9e de la sph\u00e9ricit\u00e9 de la terre et d\u00e9cida d&rsquo;atteindre l&rsquo;Asie par l&rsquo;ouest.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Voir le chapitre <em>La mort du Taureau<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">La fin du royaume de Dieu<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>La prise de Constantinople par les Turcs (1453), la perte d\u00e9finitive du pouvoir temporel des papes devant les rois de France, d&rsquo;Allemagne et d&rsquo;Angleterre, l&rsquo;av\u00e8nement triomphant de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie protestante, la fin de la notion m\u00eame de \u00ab\u00a0chr\u00e9tient\u00e9\u00a0\u00bb, ces \u00e9v\u00e8nements \u2014 pr\u00e9vus \u2014 parlaient trop haut et trop clairement pour que leur dure r\u00e9alit\u00e9 ne l&#8217;emport\u00e2t pas sur les condamnations de <em>L&rsquo;Evangile \u00e9ternel<\/em>, des Cathares, des Templiers, sur les b\u00fbchers m\u00eames de l&rsquo;Inquisition. Lorsqu&rsquo;on recourt \u00e0 la force, n&rsquo;est-ce-pas qu&rsquo;on a tort?<\/p>\n<p>Depuis deux si\u00e8cles maintenant, cent mouvements r\u00e9formistes ou eschatologiques ont vu le jour en Angleterre, en France, en Boh\u00e8me, en Bavi\u00e8re : Pastoureaux, Hussites, Flagellants, B\u00e9guins, etc. \u00ab\u00a0Pas un homme du peuple ne doute qu&rsquo;il vit les derniers jours du christianisme\u00a0\u00bb et pas un seul n&rsquo;attend comme un ultime espoir l&rsquo;abdication de la papaut\u00e9. Mais Rome tient, survit et accro\u00eet son emprise, dont seuls les puissants de l&rsquo;heure, les rois, les riches notables et les princes de l&rsquo;Eglise parviennent \u00e0 s&rsquo;arracher, par la r\u00e9volte ouverte, par la diplomatie ou \u00e0 prix d&rsquo;or. Cela encore, Juda ne l&rsquo;a-t-il pas connu, au lendemain de la ruine d&rsquo;Isra\u00ebl, quand ses rois ouvraient le Temple aux dieux impies des Assyriens et jetaient en prison leurs justes et leurs proph\u00e8tes?<\/p>\n<p>Cependant qu&rsquo;en Allemagne, les masses populaires se soul\u00e8vent de nouveau, conduites par ces singuliers pr\u00e9curseurs du communisme \u00e9galitaire que furent Thomas M\u00fcnster, Hans Hut l&rsquo;anabaptiste, Bernt Rothmann, Matthys, Bockelson (Jean de Leyde), les th\u00e8ses de l&rsquo;\u00e9ternel retour continuent de conqu\u00e9rir un grand nombre d&rsquo;adeptes. Certains attendent encore l&rsquo;Apocalypse, la destruction de l&rsquo;Eglise de Rome, le nouveau Royaume<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Mais d&rsquo;autres, de plus en plus nombreux, comprennent que l&rsquo;Apocalypse a commenc\u00e9 (ou, plut\u00f4t, qu&rsquo;elle ach\u00e8ve) de se r\u00e9aliser. Le royaume de Dieu est venu et tous l&rsquo;ont reconnu pour ce qu&rsquo;il \u00e9tait. Il n&rsquo;est plus l\u00e0. Une nouvelle \u00e8re a commenc\u00e9, dont le nom, le Dieu et les symboles demeurent cach\u00e9s aux humains.<\/p>\n<p>Alors \u2014 vers le milieu du 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle \u2014 se l\u00e8ve une g\u00e9n\u00e9ration de proph\u00e8tes tels que le monde n&rsquo;en avait pas connus depuis J\u00e9r\u00e9mie et Isa\u00efe. Ils se nomment Roussat, Turrel, Michel de Nostredame, ou, anonymes, se cachent derri\u00e8re des noms d&#8217;emprunt. Ce qu&rsquo;ils annoncent? Les si\u00e8cles \u00e0 venir de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Dans son <em>Livre aux cent chapitres<\/em>, l&rsquo;homme myst\u00e9rieux qui se nommait lui-m\u00eame \u00ab\u00a0Le R\u00e9volutionnaire du Haut-Rhin\u00a0\u00bb, les annon\u00e7ait, ces \u00e9v\u00e8nements, pour 1515\u2026 en 1510. Quelle assurance!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Nostradamus<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Si, de tous, Michel de Nostredame est le plus c\u00e9l\u00e8bre, ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;il ait parl\u00e9 plus clairement que les autres, mais qu&rsquo;il a eu le courage d&rsquo;aller jusqu&rsquo;au bout de l&rsquo;\u0153uvre : de son propre aveu, vingt-deux si\u00e8cles \u2014 tout le signe du Verseau \u2014 sont contenus dans les mille quatrains qu&rsquo;il publia sous le nom des Centuries.<\/p>\n<p>Cette dur\u00e9e (de 1558 \u00e0 3790 : 2232 ans, exactement) m&rsquo;avait certes intrigu\u00e9 quand j&rsquo;\u00e9crivis la vie de Nostradamus; mais, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, je n&rsquo;avais \u00e9tabli aucun rapport entre elle et le temps suppos\u00e9 o\u00f9 le \u00ab\u00a0point vernal\u00a0\u00bb se trouve dans un signe donn\u00e9. Puis, un autre fait est venu m&rsquo;\u00e9clairer sur la pens\u00e9e de l&rsquo;auteur.<\/p>\n<p>Dans <em>L&rsquo;Ep\u00eetre \u00e0 Henri II<\/em>, qui pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;\u00e9dition originale des <em>Centuries<\/em>, Nostradamus nous donne deux chronologies diff\u00e9rentes de l&rsquo;Histoire pass\u00e9e telle qu&rsquo;il l&rsquo;imagine.<\/p>\n<p>Selon la premi\u00e8re, il s&rsquo;\u00e9coule, ant\u00e9rieurement \u00e0 Abraham :<\/p>\n<p>1242 ans d&rsquo;Adam jusqu&rsquo;\u00e0 No\u00e9<\/p>\n<p>1080 ans de No\u00e9 aux patriarches =<\/p>\n<p>2322 ans.<\/p>\n<p>Et, depuis Abraham :<\/p>\n<p>515\u00a0 ans jusqu&rsquo;\u00e0 Mo\u00efse<\/p>\n<p>570\u00a0 ans de Mo\u00efse \u00e0 David<\/p>\n<p>1350 ans de David \u00e0 J\u00e9sus =<\/p>\n<p>2435 ans.<\/p>\n<p>Selon la seconde :<\/p>\n<p>1506 ans de la cr\u00e9ation jusqu&rsquo;\u00e0 No\u00e9<\/p>\n<p>601 ans de la naissance de No\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du d\u00e9luge<\/p>\n<p>295 ans de la fin du d\u00e9luge \u00e0 Abraham =<\/p>\n<p>2402 ans.<\/p>\n<p>100 ans d&rsquo;Abraham \u00e0 Isaac<\/p>\n<p>60 ans d&rsquo;Isaac \u00e0 Jacob<\/p>\n<p>130 ans de la naissance de Jacob \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e en Egypte<\/p>\n<p>430 ans de l&rsquo;entr\u00e9e en Egypte jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Exode<\/p>\n<p>480 ans de l&rsquo;Exode \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification du Temple<\/p>\n<p>490 ans du Temple jusqu&rsquo;\u00e0 J\u00e9sus =<\/p>\n<p>1690 ans.<\/p>\n<p>Autant la premi\u00e8re chronologie est d\u00e9fendable et, m\u00eame, sur certains points, curieusement v\u00e9rifi\u00e9e : les fouilles arch\u00e9ologiques datent en effet le d\u00e9luge de 3700-3600 avant J.-C., autant la seconde est fantaisiste, absurde (295 ans du d\u00e9luge \u00e0 Abraham! 490 ans du Temple \u00e0 J\u00e9sus!) et visiblement \u00e9crite dans un dessein occulte.<\/p>\n<p>Or, \u00e0 la suite de ces deux chronologies, Nostradamus propose un troisi\u00e8me total de 4173 ans huit mois pour la double p\u00e9riode Adam-Abraham, Abraham-J\u00e9sus. Si, comme je le crois, ces tableaux recouvrent en r\u00e9alit\u00e9 deux cycles astrologiques (le Taureau et le B\u00e9lier), nous devrions avoir, \u00e0 raison de 50\u00a0\u00bb 1 par an : 2150 ans X 2 = 4300 ans. Mais la moyenne des trois totaux nous donne :<\/p>\n<p>(4173 + 4092 + 4757 + 8 mois)\/3 = 4340 ans 80 jours, soit 2170 ans 40 jours pour la travers\u00e9e d&rsquo;un signe.<\/p>\n<p>L&rsquo;erreur serait donc de 20 ans 40 jours pour un parcours de 30\u00b0 en 2150 ans, soit de 4\/10<sup>\u00e8me<\/sup> de seconde par an, c&rsquo;est-\u00e0-dire parfaitement insignifiante.<\/p>\n<p>Il faut tenir compte ici qu&rsquo;en 1558, date de l&rsquo;\u00e9p\u00eetre \u00e0 Henri II, Kepler n&rsquo;a pas encore publi\u00e9 ses travaux sur la pr\u00e9cession des \u00e9quinoxes. Des \u00ab\u00a0professionnels\u00a0\u00bb ont commis des erreurs pires. Nous l&rsquo;avons vu par le calcul d\u00e9duit des observations d&rsquo;Hipparque.<\/p>\n<p>Si, d&rsquo;autre part, l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9tonnait de ce moyen d\u00e9tourn\u00e9 de faire conna\u00eetre sa pens\u00e9e (citer trois chronologies pour en \u00e9tablir une seule), il faudrait se rappeler que les m\u0153urs du 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle se pr\u00eataient mal \u00e0 certaines affirmations. Etienne Dolet vient de payer de sa vie son simple amour des classiques grecs et Galil\u00e9e, bient\u00f4t, devra abjurer \u00e0 genoux l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie de croire que la terre tourne. Or, Nostradamus n&rsquo;a jamais cach\u00e9 son excessive prudence :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si je voulais mettre \u00e0 chaque quatrain (proph\u00e9tique) le d\u00e9nombrement du temps, il se pourrait faire, mais \u00e0 tous ne serait agr\u00e9able\u00a0\u00bb. Aussi s&rsquo;en gardera-t-il, \u00e9crit-il \u00e0 Henri II, \u00ab\u00a0jusqu&rsquo;\u00e0 ce que Votre Majest\u00e9 m&rsquo;ait octroy\u00e9 ample puissance pour ce faire, pour ne donner cause aux calomniateurs de me mordre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En fait, le roi lui e\u00fbt-il donn\u00e9 ce pouvoir, Nostradamus se serait m\u00e9fi\u00e9 encore, car il aurait song\u00e9 aux injures de l&rsquo;avenir \u00ab\u00a0pour ce que les r\u00e8gnes, sectes et religions feront changes si opposites, voire au respect du pr\u00e9sent si oppos\u00e9s, que, si je venais \u00e0 r\u00e9f\u00e9rer ce qui \u00e0 l&rsquo;avenir sera, ceux de r\u00e8gnes, sectes, religions et fois (diff\u00e9rentes) le trouveraient\u2026 mal accordant \u00e0 leur fantaisie auriculaire (et) viendraient \u00e0 damner ce que, par les si\u00e8cles \u00e0 venir, on conna\u00eetra vu et aper\u00e7u\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce qui lui a donn\u00e9 cette profonde sagesse, doubl\u00e9e de clairvoyance? La simple connaissance des \u00e9v\u00e8nements pass\u00e9s :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai calcul\u00e9 aussi bien pour les \u00e9v\u00e8nements \u00e0 venir que pour ceux de l&rsquo;\u00e2ge pass\u00e9, d&rsquo;o\u00f9 d\u00e9coulent ceux du pr\u00e9sent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une telle affirmation ne pouvait gu\u00e8re surprendre les hommes de son temps, que l&rsquo;on voit d&rsquo;autre part impr\u00e9gn\u00e9s de la notion de l&rsquo;\u00e9ternel retour. A l&rsquo;aube des si\u00e8cles cart\u00e9siens, encore, un Lucilio Vanini ne craindra pas d&rsquo;\u00e9crire : \u00ab\u00a0Achille assi\u00e9gera Troie de nouveau; les m\u00eames religions, les m\u00eames cultes rena\u00eetront; l&rsquo;histoire humaine se r\u00e9p\u00e8te; il n&rsquo;est rien qui n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9; ce qui a \u00e9t\u00e9 sera<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0\u00bb et Thomas Browne lui fera \u00e9cho : \u00ab\u00a0L&rsquo;ann\u00e9e de Platon est un ensemble de si\u00e8cles, au terme duquel toute chose retrouvera son \u00e9tat primitif<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Mais il nous surprend, nous, que d&rsquo;aussi curieuses croyances aient pu survivre au massacre des Albigeois, des Templiers, des Juifs, aux supplices, aux b\u00fbchers de l&rsquo;Inquisition, \u00e0 trois si\u00e8cles de pers\u00e9cutions constantes. Sur quelles concordances devaient-elles dons s&rsquo;appuyer, sur quelle intime connaissance de religions ant\u00e9rieures, dont l&rsquo;histoire e\u00fbt pr\u00e9figur\u00e9 le christianisme? Or, la religion la mieux connue du Moyen Age et de la Renaissance, hormis l&rsquo;Eglise du Christ, \u00e9tait naturellement la religion d&rsquo;Abraham, de Jacob et de Mo\u00efse; c&rsquo;\u00e9tait aussi l&rsquo;objet des pr\u00e9occupations d&rsquo;un Joachim de Flore, d&rsquo;un Nicolas de Cues et d&rsquo;un Nostradamus, nous venons de le voir. Elle demeurera longtemps la pr\u00e9occupation des hommes d&rsquo;\u00e9glise eux-m\u00eames : \u00ab\u00a0Si donc, il y avait une parole fix\u00e9e par l&rsquo;Ecriture, laquelle e\u00fbt racont\u00e9e d&rsquo;avance non seulement la destin\u00e9e des empires mais la destin\u00e9e du genre humain, qui e\u00fbt pr\u00e9vu d\u00e8s le commencement la marche des si\u00e8cles, cette parole et cette \u00e9criture seraient n\u00e9cessairement divines. Or, la Bible, qu&rsquo;est-elle autre chose qu&rsquo;une proph\u00e9tie qui s&rsquo;accomplit sous nos yeux?<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc par elle qu&rsquo;il faut poursuivre notre \u00e9tude, avant de conclure au charlatanisme ou bien \u00e0 la science des proph\u00e8tes chr\u00e9tiens.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Lucilio Vanini : <em>De admirandis naturae arcanis<\/em>, dialogue 52, 1616.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Thomas Browne : <em>Religio Medici<\/em>, 1643.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Lacordaire : <em>Conf\u00e9rences de Notre-Dame de Paris, dixi\u00e8me conf\u00e9rence<\/em>, Paris, 1861.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 align=\"center\"><strong><em>II<\/em><\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong><em>LA RELIGION DU BELIER<\/em><\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_2075\" style=\"width: 235px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/BELIER.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2075\" class=\"size-medium wp-image-2075\" title=\"BELIER\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/BELIER-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/BELIER-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/BELIER.jpg 540w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2075\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p align=\"center\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"center\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, les chronologies bibliques donn\u00e9es par Nostradamus n&rsquo;eussent \u00e9t\u00e9 aucunement admises par les historiens : ils refusaient d&rsquo;assigner aux d\u00e9buts de la religion h\u00e9bra\u00efque une origine aussi lointaine. Se fondant sur le nom de la ville Rams\u00e8s, cit\u00e9 dans l&rsquo;Exode<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, ils pr\u00e9tendaient que Mo\u00efse avait d\u00fb vivre sous Rams\u00e8s II (1301-1235), fondateur de Pi-Rams\u00e8s, et par suite, Abraham, vers le 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle au plus tard.<\/p>\n<p>Au lendemain de la derni\u00e8re guerre, la th\u00e9orie en \u00e9tait au point de devenir un dogme et, dans <em>L&rsquo;Histoire Universelle<\/em> de la Pl\u00e9iade, publi\u00e9e en 1956, M. Godefroy Goossens situe encore entre 1250 et 1200, tout \u00e0 la fois : la vie de Mo\u00efse, l&rsquo;Exode, l&rsquo;\u00e9tablissement des H\u00e9breux en Palestine, ne laissant plus gu\u00e8re que deux si\u00e8cles pour toute la p\u00e9riode des Juges; les guerres des H\u00e9breux contre d&rsquo;autres races s\u00e9mites, puis contre les Philistins; les r\u00e8gnes de Sa\u00fcl et de David\u2026<\/p>\n<p>Accepterait-on cette chevauch\u00e9e fantastique, un autre d\u00e9lai de trois si\u00e8cles d&rsquo;Abraham \u00e0 Mo\u00efse ne saurait \u00eatre suffisant. En effet, la g\u00e9n\u00e9alogie des patriarches fait appara\u00eetre quatre groupes de familles : Abraham lui-m\u00eame, Isaac, Jacob, les fils de Jacob. Chaque groupe symbolisant une p\u00e9riode de 40 \u00e0 50 ans au minimum, deux si\u00e8cles pour le moins sont contenus dans cet ensemble \u2014 qui nous conduit seulement jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e des Isra\u00e9lites en Egypte. Mais, au moment de l&rsquo;Exode, ces derniers sont au nombre de plus d&rsquo;un demi-million :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les enfants d&rsquo;Isra\u00ebl (descendants de Jacob) partirent de Rams\u00e8s pour Socoth au nombre d&rsquo;environ six cent mille p\u00e8lerins, sans les enfants.\u00a0\u00bb (<em>Exode<\/em>, XII, 37).<\/p>\n<p>Le Livre ajoute que le s\u00e9jour des enfants de Jacob en Egypte avait dur\u00e9 430 ans (XII, 40) et ce laps de temps ne semble pas exag\u00e9r\u00e9, s&rsquo;il f\u00fbt vrai que quelques familles donn\u00e8rent naissance \u00e0 cette multitude.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, le premier Livre des Rois apporte l&rsquo;indication qu&rsquo;une p\u00e9riode de cinq si\u00e8cles (480 ans) s&rsquo;\u00e9tait \u00e9coul\u00e9e depuis l&rsquo;Exode, lorsque Salomon entreprit la construction du Temple de J\u00e9rusalem (vers 960). Nous aurions ainsi les dates de 1440 pour la sortie d&rsquo;Egypte, 1870 pour l&rsquo;arriv\u00e9e de Joseph et de Jacob dans l&#8217;empire, 2070 environ pour la naissance d&rsquo;Abraham.<\/p>\n<p>On comprend que tels arguments, tir\u00e9s de la \u00ab\u00a0l\u00e9gende\u00a0\u00bb n&rsquo;aient pas troubl\u00e9 nos historiens : ils voulaient bien en croire la Bible quant \u00e0 la mention de Rams\u00e8s, on ne sait pourquoi, mais refusaient pour le reste de tenir compte du Livre. Cependant, quand la science historique s&rsquo;oppose \u00e0 la l\u00e9gende, ce n&rsquo;est pas toujours la science qui l&#8217;emporte.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, au d\u00e9but de ce si\u00e8cle, M. R. Hall<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> et M. Orr<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> avaient fait valoir \u00e0 l&rsquo;appui de la chronologie biblique :<\/p>\n<p>1\u00b0 que des documents attestaient que les noms de Sim\u00e9on, Acher, L\u00e9vi, \u00e9taient connus en Palestine d\u00e8s 1400;<\/p>\n<p>2\u00b0 que les Habirou dont les progr\u00e8s sont d\u00e9crits dans des textes de Tell el-Amarna (vers 1400) peuvent \u00eatre identifi\u00e9s aux H\u00e9breux;<\/p>\n<p>3\u00b0 que les noms de rois palestiniens cit\u00e9s dans le Livre des Juges, Adonib\u00e9zeq pour J\u00e9rusalem et Yabin pour Hazor, correspondent aux listes d\u00e9couvertes \u00e0 Tell el-Amarna : Aradhiba pour J\u00e9rusalem, Abdi (-Tirsi) pour Hazor.<\/p>\n<p>Sans vraiment r\u00e9futer ces arguments, les historiens, pour la plupart, demeuraient fermement accroch\u00e9s \u00e0 leur Rams\u00e8s. Je ne sais ce qu&rsquo;ils en pensent aujourd&rsquo;hui, quand, d&rsquo;une mani\u00e8re clairement d\u00e9termin\u00e9e, les faits donnent raison aux textes contre le refus d&rsquo;y croire.<\/p>\n<p>Il se trouve que des fouilles ont mis \u00e0 jour la J\u00e9richo an\u00e9antie par Josu\u00e9; ces vestiges (notamment des m\u00e9dailles) sont dat\u00e9s par l&rsquo;effigie qu&rsquo;ils portent : le portrait du pharaon Am\u00e9nophis III. Si J\u00e9richo avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite plus tard (vers 1200, \u00e0 ce qu&rsquo;on pr\u00e9tendait), des m\u00e9dailles et monnaies s&rsquo;y fussent retrouv\u00e9es, portant des effigies d&rsquo;Akhenaton, de Toutankhamon, de Sethi, des Rams\u00e8s; leur absence date la chute de J\u00e9richo, et par suite l&rsquo;entr\u00e9e dans la Terre Promise, du r\u00e8gne d&rsquo;Am\u00e9nophis III (1413-1377).<\/p>\n<p>A ce moment, Mo\u00efse est mort, apr\u00e8s avoir r\u00e9gi le peuple \u00e9lu pendant quarante ans dans le d\u00e9sert<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Or, on ne peut supposer que, lors de la sortie d&rsquo;Egypte, il ait eu moins de trente-cinq \u00e0 quarante ans : il a d\u00e9j\u00e0 beaucoup v\u00e9cu, sa jeunesse \u00e0 la cour des pharaons et \u00ab\u00a0de longs jours\u00a0\u00bb au pays de Madian. D&rsquo;autre part, ce s\u00e9jour en Madian est tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment dat\u00e9. En effet, l&rsquo;<em>Exode <\/em>nous apprend que Mo\u00efse \u00e9tait en Madian quand le pharaon mourut<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Am\u00e9nophis II meurt en 1425 : le choisir r\u00e9duirait \u00e0 moins de vingt ans le laps de temps qui s&rsquo;\u00e9coula du s\u00e9jour en Madian jusqu&rsquo;\u00e0 la chute de J\u00e9richo. Que deviennent les quarante ans au d\u00e9sert? Le pharaon pr\u00e9c\u00e9dent, Touthm\u00f4sis III, est mort en 1450.<\/p>\n<p>Ajoutons que, selon une th\u00e9orie \u00e0 vrai dire improuv\u00e9e mais non d\u00e9nu\u00e9e de vraisemblance, le nom de Mo\u00efse serait une d\u00e9formation du nom \u00e9gyptien M\u00f4sis, le Fils, port\u00e9 par les pharaons de 1580 \u00e0 1425, ce qui ferait du chef des H\u00e9breux un prince \u00e9gyptien, soit pers\u00e9cut\u00e9, soit rejet\u00e9 du tr\u00f4ne.<\/p>\n<p>L&rsquo;Egypte sort alors d&rsquo;une longue captivit\u00e9 (sous la tyrannie des Hyksos) et d&rsquo;une p\u00e9riode plus longue encore d&rsquo;impi\u00e9t\u00e9. Les pharaons se pr\u00e9occupent de cr\u00e9er une religion nouvelle autant que de restaurer l&#8217;empire. Touthm\u00f4sis III an\u00e9antit toutes les \u00ab\u00a0idoles\u00a0\u00bb apr\u00e8s la mort de sa mar\u00e2tre Hatchepsout (1483) et le pharaon Akhenaton (1372) se fera lui-m\u00eame reconna\u00eetre proph\u00e8te du Soleil, \u00ab\u00a0Celui qui pla\u00eet au Disque\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;expansion du christianisme \u00e0 Rome ne sera pas \u00e9trang\u00e8re aux crises de l&rsquo;Empire, on peut croire que la croissance du peuple d&rsquo;Isra\u00ebl n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 sans influence sur les troubles religieux, qui commencent en Egypte d\u00e8s le 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et se prolongent jusqu&rsquo;au 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. N&rsquo;y a-t-il pas d\u00e9j\u00e0 quatre si\u00e8cles (430 ans, selon la Bible) qu&rsquo;Isra\u00ebl lui-m\u00eame (Jacob) y a \u00e9t\u00e9 embaum\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>, faveur r\u00e9serv\u00e9e aux Princes et aux Grands Pr\u00eatres?<\/p>\n<p>En outre, le d\u00e9but de l&rsquo;<em>Exode<\/em> nous confirme cette influence croissante; en des termes si clairs que le doute n&rsquo;est pas permis : \u00ab\u00a0Les enfants d&rsquo;Isra\u00ebl furent f\u00e9conds et multipli\u00e8rent; ils devinrent nombreux et tr\u00e8s puissants, et le pays en fut rempli<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>.\u00a0\u00bb C&rsquo;est exactement l&rsquo;\u00e9poque (1750-1580) o\u00f9 les Hyksos s&rsquo;infiltrent dans le Delta et deviennent les ma\u00eetres de l&rsquo;Egypte<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>; c&rsquo;est \u00e9galement le temps o\u00f9 R\u00e9, le dieu-soleil au faci\u00e8s de taureau, devient Khnoum-R\u00e9, le potier-b\u00e9lier. Lorsque tout concorde de la sorte, l&rsquo;arch\u00e9ologie, l&rsquo;histoire, la l\u00e9gende, est-ce faire preuve de \u00ab\u00a0bonne foi\u00a0\u00bb que persister \u00e0 douter?<\/p>\n<p>Dans cette optique, Mo\u00efse serait le Th\u00e9odose de l&rsquo;histoire b\u00e9lique, un Th\u00e9odose g\u00e9nial autant qu&rsquo;intransigeant qui refuse le compromis et choisit d&rsquo;\u00e9migrer avec son peuple plut\u00f4t que d&rsquo;accepter le partage. Comme il se comprendrait mieux, alors, qu&rsquo;il ait eu le droit et le pouvoir de parler en \u00e9gal au pharaon, de s&rsquo;opposer aux pr\u00eatres, d&rsquo;exiger, d&rsquo;obtenir le d\u00e9part des H\u00e9breux, non point vaincus et d\u00e9munis, mais charg\u00e9s de tr\u00e9sors, de troupeaux et de vivres! Tout ce qu&rsquo;ils voulurent, les Egyptiens le leur donn\u00e8rent. \u00ab\u00a0Ils d\u00e9pouill\u00e8rent les Egyptiens<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on admet ces arguments et accepte de dater la sortie d&rsquo;Egypte de 1440 environ, nous retrouvons pour la chute de J\u00e9richo la date de 1400, qui correspond aux conclusions de l&rsquo;arch\u00e9ologie. Dans ce cas, la naissance de Mo\u00efse se situe vers 1480, l&rsquo;arriv\u00e9e de Joseph dans l&#8217;empire des pharaons ne peut \u00eatre post\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;an 1870 (1440 + 430) et la naissance d&rsquo;Abraham \u00e0 l&rsquo;an20870 (1870 + 200).<\/p>\n<p>Deux autres faits corroborent cette datation. La <em>Gen\u00e8se<\/em> nous apprend qu&rsquo;Abraham enfant quitta la ville d&rsquo;Our avec sa famille<a title=\"\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>. Puis, lorsqu&rsquo;il fut un homme et se fut r\u00e9fugi\u00e9 au pays de Canaan, il y eut de nombreux rois qui se firent la guerre, certains d&rsquo;entre eux alli\u00e9s au roi d&rsquo;Elam, Chadorlahomor, les autres comme ses adversaires.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Car, pendant douze ans, ils avaient \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 Chadorlahomor, roi d&rsquo;Elam, et la treizi\u00e8me ann\u00e9e ils s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9volt\u00e9s<a title=\"\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Or, deux p\u00e9riodes seulement offrent la possibilit\u00e9 d&rsquo;un pareil \u00e9chiquier : la premi\u00e8re va de 2190 \u00e0 2060, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la chute d&rsquo;Ourouk (domination des Gout\u00e9ens, alli\u00e9s de l&rsquo;Elam); la seconde, de 1950 \u00e0 1830, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;effondrement d&rsquo;Our \u00e0 la premi\u00e8re dynastie de Babylone (seconde expansion \u00e9lamite).<\/p>\n<p>Mais nous savons qu&rsquo;\u00e0 partir de 1950, Our a cess\u00e9 d&rsquo;exister. A partir de cette date, il ne sera plus question de l&#8217;empire sum\u00e9rien (dynasties d&rsquo;Ourouk et d&rsquo;Our) mais de l&#8217;empire babylonien. C&rsquo;est donc bien d&rsquo;avant 1950 qu&rsquo;il nous faut dater la naissance d&rsquo;Abraham qui, dans son enfance, fuira Our; et, par suite, d&rsquo;avant 2060, puisque la seconde expansion \u00e9lamite sera post\u00e9rieure \u00e0 1950 et trop tardive pour \u00eatre prise en consid\u00e9ration.<\/p>\n<p>Non pas comme preuve, mais comme curiosit\u00e9, je citerai ici Tacite<a title=\"\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>, selon qui le ph\u00e9nix serait apparu \u00e0 H\u00e9liopolis sous le pharaon S\u00e9sostris (1970) pour annoncer l&rsquo;\u00e8re nouvelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Sur la croyance que la ville portait le nom du pharaon. Mais le pharaon pouvait porter le nom de la ville, et m\u00eame un anc\u00eatre du premier Rams\u00e8s, mort en 1312, en avoir \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des fondateurs. Une autre hypoth\u00e8se serait qu&rsquo;\u00e9crivant en des temps o\u00f9 le souvenir de Rams\u00e8s II s&rsquo;imposait encore \u00e0 tous (Grand Si\u00e8cle du nouvel empire), les auteurs du <em>Yahviste<\/em> et de l&rsquo;<em>Elohiste<\/em>, d&rsquo;o\u00f9 est tir\u00e9 notre Exode, aient choisi ce nom, Rams\u00e8s, pour donner plus d&rsquo;\u00e9clat \u00e0 leur r\u00e9cit. Ou bien (troisi\u00e8me hypoth\u00e8se), un texte primitif, du 10<sup>\u00e8me<\/sup> ou 11<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, e\u00fbt port\u00e9 cette mention : la ville (<em>qu&rsquo;on appelle aujourd&rsquo;hui<\/em>) Rams\u00e8s, supprim\u00e9e dans d&rsquo;autres versions. On voit que le mot litigieux peut s&rsquo;expliquer de bien des fa\u00e7ons; mais c&rsquo;est la th\u00e9orie qu&rsquo;on a b\u00e2tie sur lui qui ne se justifie plus.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> R. HALL: <em>The ancient history of the Near East, <\/em>1913.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> ORR: <em>The problem of the old testament<\/em>, 1908.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Pour l&rsquo;instant, aucune preuve historique n&rsquo;atteste la r\u00e9alit\u00e9 de ces quarante ann\u00e9es d&rsquo;exode. Mais, alors que la Bible ne ment pas quant aux autres datations, je ne vois aucune raison de mettre celle-l\u00e0 en doute.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> <em>Exode<\/em>, II, 23.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em> : \u00ab\u00a0Les m\u00e9decins embaum\u00e8rent Isra\u00ebl; ils y employ\u00e8rent 40 jours \u2014 et les Egyptiens le pleur\u00e8rent 70 jours\u00a0\u00bb, 2 et 3.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> <em>Exode<\/em>, I, 1-10.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> THUREAU-DANGIN a montr\u00e9 que le roi hyksos Khyan portait un nom s\u00e9mitique (<em>Revue d&rsquo;Assyr.<\/em>, XXXVII).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> <em>Exode<\/em>, XII, 36.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em>, XI, 31.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em>, XIV, 4.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Tacite, <em>Annales<\/em>, VI, 28.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Chronologie vraisemblable<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Avant 2060\u00a0\u00a0 Naissance d&rsquo;Abraham.<\/p>\n<p>Vers\u00a0\u00a0\u00a0 2000\u00a0\u00a0 Naissance d&rsquo;Isaac, l&rsquo;enfant tardif \u2014 Le sacrifice du B\u00e9lier.<\/p>\n<p>Vers\u00a0 \u00a0\u00a01930\u00a0\u00a0 Jacob.<\/p>\n<p>Vers\u00a0\u00a0 1870\u00a0\u00a0 Les fils de Jacob en Egypte.<\/p>\n<p>Vers\u00a0\u00a0 1480\u00a0\u00a0 Naissance de Mo\u00efse.<\/p>\n<p>Vers\u00a0\u00a0 1450\u00a0\u00a0 S\u00e9jour en Madian \u2014 Le buisson ardent. Mort de Touthm\u00f4sis III.<\/p>\n<p>Vers\u00a0\u00a0 1440\u00a0\u00a0 La sortie d&rsquo;Egypte.<\/p>\n<p>Vers\u00a0\u00a0 1400\u00a0\u00a0 La Terre Promise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les patriarches et le B\u00e9lier<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dans ses admirables <em>Histoires de Jacob<\/em>, Thomas Mann a donn\u00e9 des patriarches un portrait qu&rsquo;on ne lasse pas de relire. Cherchant \u00e0 r\u00e9sumer l&rsquo;\u00e9norme ouvrage en quelques lignes, je suis tomb\u00e9 r\u00e9cemment sur cet autre portrait :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u2026 une \u00e2me enfantine qui ne conna\u00eet pas les d\u00e9doublements et les complications d&rsquo;une \u00e2me adulte, une \u00e2me d&rsquo;une seule pi\u00e8ce, se donnant totalement, r\u00e9agissant totalement en pr\u00e9sence de tout ph\u00e9nom\u00e8ne ext\u00e9rieur, ob\u00e9issant totalement \u00e0 toute impulsion int\u00e9rieure. Comme chez l&rsquo;enfant, la marge entre le d\u00e9sir et l&rsquo;action sera chez lui quasi inexistante et le r\u00eave se confondra souvent avec la r\u00e9alit\u00e9\u2026 Comme l&rsquo;enfant, il conna\u00eetra d&rsquo;autre pass\u00e9 qu&rsquo;un pass\u00e9 imm\u00e9diat. Il vivra orient\u00e9 vers l&rsquo;avenir, dont il ne sera pas capable de mesurer les menaces. Il n&rsquo;aura pas le sens des proportions et de la relativit\u00e9. Le malaise pr\u00e9sent prendra chez lui un caract\u00e8re exag\u00e9r\u00e9 et insupportable\u2026 Il s&rsquo;effrayera d&rsquo;une ombre et ne comprendra pas les dangers r\u00e9els. Pour fuir l&rsquo;angoisse impr\u00e9cise de l&rsquo;instant, il s&rsquo;\u00e9lancera dans l&rsquo;aventure la plus folle, car c&rsquo;est le futur qu&rsquo;il va parer d&rsquo;un prestige merveilleux et le dynamisme in\u00e9puisable de son \u00e2me \u00e9ternellement jeune le projettera constamment vers la conqu\u00eate de l&rsquo;inconnu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Or, ce portrait est celui que l&rsquo;astrologue Cyrille Wilczkowski donne du caract\u00e8re du \u00ab\u00a0b\u00e9lier<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\u00ab\u00a0. Il concorde point pour point avec les traits que la Bible (et Thomas Mann, d&rsquo;apr\u00e8s elle) nous rapporte d&rsquo;Abraham et de Jacob.<\/p>\n<p>Abraham, en effet, a une \u00e2me enfantine, pleine d&rsquo;amour-propre, d&rsquo;avidit\u00e9. Toute sa mission, humainement, est fond\u00e9e sur la mani\u00e8re dont le roi de Sodome le traite apr\u00e8s sa propre victoire sur Chadorlahomor. Le roi de Sodome, cependant, lui laissait le butin mat\u00e9riel de sa victoire et n&rsquo;exigeait que les \u00ab\u00a0personnes\u00a0\u00bb, les captifs faits au cours de la campagne; de rage, Abraham lui abandonna tout<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est qu&rsquo;un homme, mais ouvert sans retenue \u00e0 la voix d&rsquo;Elohim. Sur un mot de cette Voix, il r\u00e9pudie Aga, sa seconde \u00e9pouse, puis, sans autre raison, la chasse dans le d\u00e9sert avec l&rsquo;enfant, son premier fils, qu&rsquo;il tient d&rsquo;elle<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Sur un mot de la Voix, il accepte de sacrifier son second fils, Isaac<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Sa soumission mystique est sans limites et sa confiance \u00e0 la mesure de sa soumission. Mais l&rsquo;une et l&rsquo;autre font le miracle : le b\u00e9lier apparu qui sauve l&rsquo;enfant. Telle est l&rsquo;arme des novateurs en face des temples, des Princes, des Pr\u00eatres, des livres de la V\u00e9rit\u00e9, de la loi \u00e9crite : le soutien de Dieu est sur eux.<\/p>\n<p>Une seule phrase, dans le texte de Wilsczkowski, me paraissait contraire \u00e0 l&rsquo;esprit du patriarche : \u00ab\u00a0[Le b\u00e9lier] sera incapable de calcul et de ruse. Ses actes seront empreints de franchise et de spontan\u00e9it\u00e9.\u00a0\u00bb Mais il est vrai qu&rsquo;un Thomas Mann sait exposer les pires calculs d&rsquo;Abraham et de Jacob de telle fa\u00e7on qu&rsquo;ils apparaissent plut\u00f4t comme une soumission \u00e0 l&rsquo;instinct que comme un raisonnement conscient.<\/p>\n<p>Si Abraham fait passer pour sa s\u0153ur son \u00e9pouse Sarah, tant aupr\u00e8s du pharaon que, plus tard, aupr\u00e8s du roi de G\u00e9rane, ce n&rsquo;est point par int\u00e9r\u00eat mais par terreur : \u00ab\u00a0Je me disais : on me tuera \u00e0 cause de ma femme<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De m\u00eame, quand, \u00e0 son retour, Jacob s&rsquo;attend \u00e0 retrouver Esa\u00fc, le fr\u00e8re dup\u00e9 en sa jeunesse, c&rsquo;est la peur qui le fait parler et agir : \u00ab\u00a0Seigneur, d\u00e9livrez-moi, je vous en supplie, de la main de mon fr\u00e8re, car je crains qu&rsquo;il ne me frappe, et la m\u00e8re avec les enfants. Or, vous m&rsquo;avez dit : je rendrai ta post\u00e9rit\u00e9 pareille aux sables de la mer!<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0\u00bb Aussi d\u00e9cide-t-il de donner \u00e0 Esa\u00fc la moiti\u00e9 de ses troupeaux.<\/p>\n<p>Il est vrai que, lors de la rencontre, il ne semble pas tenir cette promesse, usant du subterfuge de faire partir Esa\u00fc devant lui et refusant les gens que son fr\u00e8re lui propose pour sa \u00ab\u00a0protection\u00a0\u00bb (ou la surveillance des troupeaux?). \u00ab\u00a0Esa\u00fc reprit le chemin de Se\u00efr. Quant \u00e0 lui, Jacob, il partit pour Socoth, o\u00f9 il se construisit une maison<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>.\u00a0\u00bb Mais c&rsquo;est qu&rsquo;alors le fr\u00e8re est dup\u00e9 de nouveau; Jacob n&rsquo;en a plus peur, il peut c\u00e9der \u00e0 son avidit\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, le m\u00eame \u00ab\u00a0instinct\u00a0\u00bb, la m\u00eame peur se retrouve dans cette sc\u00e8ne o\u00f9 l&rsquo;on voit Jacob reprocher \u00e0 ses fils d&rsquo;avoir veng\u00e9 par l&rsquo;\u00e9p\u00e9e l&rsquo;honneur de leur s\u0153ur Dinah : \u00ab\u00a0Vous m&rsquo;avez d\u00e9truit, leur dit-il, en me rendant odieux aux habitants de ce pays. Ils vont se r\u00e9unir et me tuer, car je n&rsquo;ai avec moi que peu de gens. Je serai d\u00e9truit, moi et ma maison!\u00a0\u00bb Les fils ne comprennent pas : \u00ab\u00a0Traitera-t-on notre s\u0153ur comme une prostitu\u00e9e?<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>\u00a0\u00bb Mais, sans rien entendre, Jacob s&rsquo;enfuit de Sichem le jour m\u00eame.<\/p>\n<p>Certes, la peur n&rsquo;est pas un calcul. C&rsquo;est le sentiment le plus instinctif \u00a0qui soit. J&rsquo;insiste sur ce point, parce qu&rsquo;il se peut que la \u00ab\u00a0l\u00e2chet\u00e9\u00a0\u00bb des patriarches ait \u00e9t\u00e9 un sujet de bl\u00e2me pour ceux qui les virent vivre et les jug\u00e8rent. Nous reconna\u00eetrons cette m\u00eame crainte et ce m\u00eame jugement \u00e0 propos d&rsquo;Ulysse en Gr\u00e8ce et de Zarathoustra en Perse \u2014 et ce sera une raison de plus pour les associer l&rsquo;un et l&rsquo;autre \u00e0 l&rsquo;histoire du B\u00e9lier.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;on ne s&rsquo;y trompe pas, pourtant : la l\u00e2chet\u00e9 b\u00e9lique est d&rsquo;une esp\u00e8ce tout particuli\u00e8re. Elle n&rsquo;exclut pas les audaces les plus folles. Il s&rsquo;agit d&rsquo;hommes, rappelons-le, qui ont entrepris de servir, contre toutes les croyances admises, un dieu nouveau et r\u00e9volutionnaire. Ce sentiment d&rsquo;\u00eatre seul au milieu de tous ne quitte pas Abraham, Isaac, Jacob; il ne quittera pas Mo\u00efse plus tard et, plus tard encore, Job. Du moins seraient-ils seuls s&rsquo;ils n&rsquo;avaient Dieu, Elohim ou Yahv\u00e9, pour leur parler et les soutenir.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je me dois aux choses de mon p\u00e8re, dira J\u00e9sus, j&rsquo;accomplis son unique volont\u00e9.\u00a0\u00bb C&rsquo;est la m\u00eame attitude chez les grands patriarches. En regard de la bravoure hallucin\u00e9e qu&rsquo;il leur faut pour d\u00e9fendre leur croyance, les peurs qui les assaillent nous semblent secondaires et leurs abdications b\u00e9nignes. Comme le b\u00e9lier lui-m\u00eame, on peut dire qu&rsquo;ils se tassent, s&rsquo;immobilisent ou reculent pour mieux sauter<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> <em>L&rsquo;homme et le Zodiaque<\/em>, Edition du Griffon d&rsquo;Or, 1947.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em>, XIV, 17-24.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em>, XVI, 1-4, XXI, 9-14.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em>, XXII, 1-9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em>, XX, II.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em>, XXXII, 12, 13.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em>, XXXII, 16, 17.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em>, XXXIV, 30, 31.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Plus tard, ce sera pour mieux combattre. Contre l&rsquo;effrayant g\u00e9ant Goliath, le jeune David n&rsquo;a qu&rsquo;une fronde; contre les pr\u00e9tendants, Ulysse, la feinte premi\u00e8re d&rsquo;un d\u00e9guisement, puis son adresse \u00e0 l&rsquo;arc.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le scandale<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>J\u00e9sus meurt pour le salut des hommes. Cela est la marque du Poisson, religion-oc\u00e9an, religion-humanit\u00e9. Ni Abraham ni Jacob ne meurent supplici\u00e9s mais, au contraire, tr\u00e8s vieux et entour\u00e9s de l&rsquo;affection des leurs. Ils ne sont pas les proph\u00e8tes du don de soi, de l&rsquo;amour et du salut, mais ils sont les proph\u00e8tes de la Justice et de l&rsquo;Alliance.<\/p>\n<p>Pourtant, hors de ce contraste, que de similitudes! Les patriarches, comme J\u00e9sus, vivent dans un milieu religieux o\u00f9 le dieu nouveau cherche \u00e0 na\u00eetre. Le mouvement messianique du 1<sup>er<\/sup> si\u00e8cle en Jud\u00e9e (Ess\u00e9niens, nouveaux \u00ab\u00a0Nazirs\u00a0\u00bb, etc.) correspond aux tendances et recherches religieuses des Canan\u00e9ens \u00a0vers 2200 avant J.-C. Ceux-ci ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli certaines des prescriptions et r\u00e8gles que les patriarches imposeront : prescriptions alimentaires (interdiction du porc); culte des morts : inhumation rempla\u00e7ant l&rsquo;incin\u00e9ration, sac de deuil et pleureurs; culte des \u00ab\u00a0pierres sacr\u00e9es\u00a0\u00bb. Le \u00ab\u00a0patron\u00a0\u00bb de Sichem \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 Baal-B\u00e9rit; Ba-ai-ti-il\u00e9 (d&rsquo;o\u00f9 viendra peut-\u00eatre B\u00e9thel) est mentionn\u00e9 dans un trait\u00e9 entre Assarhadon et le Baal de Tyr comme un des dieux \u00ab\u00a0d&rsquo;au-del\u00e0 du Fleuve\u00a0\u00bb (des pays \u00e0 l&rsquo;ouest de l&rsquo;Euphrate).<\/p>\n<p>Bien mieux : comme les sectes messianiques plus tard, les petits royaumes canan\u00e9ens forment d\u00e9j\u00e0 des groupes fortement constitu\u00e9s, o\u00f9 le pr\u00eatre et le roi ne font qu&rsquo;un. \u00ab\u00a0Melchis\u00e9dech, roi de Salem, \u00e9tait pr\u00eatre du Dieu tr\u00e8s-haut<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb Avant de vaincre les \u00ab\u00a0faux dieux\u00a0\u00bb, c&rsquo;est ce nationalisme et cette intransigeance qu&rsquo;il faut combattre.<\/p>\n<p>Or, les patriarches vivent avec simplicit\u00e9 dans la soumission aux lois, f\u00fbt-ce m\u00eame aux lois des conqu\u00e9rants. Le \u00ab\u00a0Rendez \u00e0 C\u00e9sar\u00a0\u00bb de J\u00e9sus est d\u00e9j\u00e0 contenu dans l&rsquo;attitude d&rsquo;Abraham, d&rsquo;Isaac, puis de Joseph devant les rois de Sodome et devant les pharaons; mais ils pr\u00eachent la \u00ab\u00a0nouvelle\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire le scandale.<\/p>\n<p>Comme plus tard l&rsquo;Action du Christ, le partage du \u00ab\u00a0pain-symbole\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il appara\u00eet pu\u00e9ril, inefficace, le rite de la foi nouvelle : la circoncision, en regard de l&rsquo;imposante architecture de l&rsquo;Akitu ou de la \u00ab\u00a0C\u00e9r\u00e9monie des Morts\u00a0\u00bb chez les Egyptiens! Mais c&rsquo;est un rite original, une marque propre, sans exemple \u2014 et donc dans le sens de la vie.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je serai pour vous un objet de scandale, dit J\u00e9sus \u00e0 ses disciples, car ils me mettront en croix.\u00a0\u00bb Le vrai scandale, il l&rsquo;accomplit d\u00e9j\u00e0 quand, au lendemain\u00a0 de la Transfiguration, il annonce aux Juifs, dans leur temple, qu&rsquo;il sera, lui-m\u00eame, leur nourriture. Alors, ils rirent de lui, et la plupart quitt\u00e8rent le temple.<\/p>\n<p>Il est \u00e0 craindre que l&rsquo;Eucharistie et la Croix, ces deux \u00ab\u00a0nouvelles\u00a0\u00bb qui n&rsquo;en sont qu&rsquo;une, origine du christianisme, ne fassent perdre conscience aux hommes du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle de cet autre scandale que fut, il y a quatre mille ans, l&rsquo;exemple et l&rsquo;enseignement des patriarches. Nous pouvons cependant en juger \u00e0 ceci qu&rsquo;il fallut plus de quatre si\u00e8cles pour que la religion nouvelle s&rsquo;incarn\u00e2t dans un peuple, et plus de mille ans pour qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9panou\u00eet dans le monde.<\/p>\n<p>R\u00e9sistance d&rsquo;autant plus \u00e9trange qu&rsquo;au temps d&rsquo;Abraham, justement, le monde m\u00e9diterran\u00e9en est en pleine transformation sociale et intellectuelle. Temps de destruction et de renaissance tr\u00e8s comparable au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne \u2014 et c&rsquo;est bien, en effet, aux premiers si\u00e8cles avant le Christ que font penser les r\u00e9volutions de toutes sortes qui s&rsquo;accomplissent alors dans les techniques, les m\u0153urs et les croyances.<\/p>\n<p>Comme deux mille ans plus tard, toutes les valeurs morales viennent de s&rsquo;effondrer : en Egypte avec les derni\u00e8res dynasties memphites (2260-2220), en Sum\u00e9rie avec la d\u00e9sagr\u00e9gation de l&#8217;empire sous la triple menace des Akkadiens, des Elamites et de ce peuple s\u00e9mite : les Amorites. Mais, en Cr\u00e8te s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent les premiers palais d&rsquo;une civilisation nouvelle et les Hittites commencent \u00e0 \u00e9tablir la leur contre l&rsquo;ancienne civilisation anatolienne. En m\u00eame temps, des peuples \u00e0 demi barbares qu&rsquo;on dit venir des steppes, que nous nommons les Indo-europ\u00e9ens et que les Egyptiens nommeront (beaucoup plus tard) les \u00ab\u00a0peuples de la mer\u00a0\u00bb arr\u00eatent leur course vagabonde et jettent des regards d&rsquo;envie sur les tr\u00e8s vieux royaumes.<\/p>\n<p>Le cataclysme intellectuel qui mit fin \u00e0 l&rsquo;ancien empire \u00e9gyptien nous est connu seulement par des textes post\u00e9rieurs : les <em>Admonitions<\/em>, la <em>Proph\u00e9tie de N\u00e9ferty<\/em>, les <em>Propos d&rsquo;Ankou<\/em> (entre 2000 et 1900 avant J.-C.). Ces trois textes insistent surtout sur la d\u00e9saffection qui atteint les croyances et les dogmes de l&rsquo;ancien empire. Mais le bouleversement ne touche pas que les esprits.<\/p>\n<p>Une expression de Man\u00e9thon a fait fortune : \u00ab\u00a0Soixante-dix rois en soixante-dix jours\u00a0\u00bb. Elle symbolise la phase finale des dynasties memphites. La faiblesse des pharaons est alors si grande que le Delta re\u00e7oit des invasions des peuplades du d\u00e9sert, contre lesquelles le formidable empire se d\u00e9fend malais\u00e9ment. Les b\u00e9douins y font r\u00e9gner la terreur. Le palais de Memphis est incendi\u00e9, les ateliers ferment, les campagnes sont abandonn\u00e9es.<\/p>\n<p>De nombreuses proph\u00e9ties sont r\u00e9pandues dans l&#8217;empire et toutes annoncent un bouleversement des m\u0153urs, un transfert des richesses, un dieu nouveau. Les tombes des pharaons, pr\u00e9occupation centrale des dynasties pr\u00e9c\u00e9dentes, montrent sous les 7<sup>\u00e8me<\/sup> et 8<sup>\u00e8me<\/sup> dynasties une pauvret\u00e9, une m\u00e9diocrit\u00e9 frappantes. Les cuves de pierre ont c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 des cercueils de bois; les \u00ab\u00a0images de vie\u00a0\u00bb qui s&rsquo;y trouvent sont trait\u00e9es sobrement, famili\u00e8rement, en ronde-bosse, et les objets mortuaires y sont seulement accumul\u00e9s avec une sorte d&rsquo;indiff\u00e9rence.<\/p>\n<p>Enfin, les Textes des Sarcophages t\u00e9moignent d&rsquo;un v\u00e9ritable mat\u00e9rialisme, assez surprenant pour l&rsquo;\u00e9poque; il n&rsquo;y est question que de procurer au mort confort et nourriture, non plus de lui assurer un triomphe divin dans l&rsquo;au-del\u00e0. L&rsquo;<em>Ankou<\/em> va beaucoup plus loin dans ce sens : il nie l&rsquo;efficacit\u00e9 du culte des morts, cherche avec d\u00e9sespoir \u00ab\u00a0des paroles, des formules nouvelles, autres que celles qu&rsquo;ont dites les anc\u00eatres\u00a0\u00bb et conclut par un recours parfaitement sans espoir au seul individualisme.<\/p>\n<p>Vers la m\u00eame \u00e9poque, en Babylonie, l&#8217;empire sum\u00e9rien vole en \u00e9clats. Un demi-si\u00e8cle suffit (2000-1950) pour que le pouvoir central s&rsquo;effondre, pour que vingt usurpateurs prennent le titre de roi \u00e0 Larsa, Babylone, Ourouk, Sippar, Isin, Our\u2026 Les Amorites, les Elamites envahissent le pays et y nomment des tyrans.<\/p>\n<p>C&rsquo;est alors, cependant, que la litt\u00e9rature sum\u00e9rienne conna\u00eet son plein \u00e9panouissement. Les deux mille tablettes de Nippour nous livrent des cantiques, des hymnes, des fables. L\u00e0 encore, des lamentations sur la ruine des villes, sur la fin des empires, de terrifiantes proph\u00e9ties accompagnent les chants h\u00e9ro\u00efques. L\u00e0 encore, l&rsquo;attente d&rsquo;une \u00e8re nouvelle transpara\u00eet dans tous les \u00e9crits.<\/p>\n<p>Or, l&rsquo;\u00e8re nouvelle commence, le dieu nouveau est l\u00e0. Ce n&rsquo;est point par hasard si les races qui se dressent, b\u00e9douins d&rsquo;Afrique et Amorites de Chald\u00e9e sont des nomades, pasteurs de brebis et de moutons; si les Hittites, les Ach\u00e9ens apportent dans l&rsquo;art de faire la guerre cette d\u00e9couverte consid\u00e9rable : le fer. Mais le dieu qui s&rsquo;annonce, personne ne le reconna\u00eet. Les empires menac\u00e9s sont pr\u00eats \u00e0 tout admettre, sauf pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui s&rsquo;offre : l&rsquo;innommable m\u00e9lange d&rsquo;ent\u00eatement et de ruse qui caract\u00e9rise l&rsquo;esprit du B\u00e9lier.<\/p>\n<p>Pour nous faire une id\u00e9e de ce refus irr\u00e9ductible, il n&rsquo;est que de voir la r\u00e9action typique du \u00ab\u00a0jouisseur h\u00e9ro\u00efque\u00a0\u00bb devant l&rsquo;intellectuel malingre et orgueilleux. Le m\u00e9pris se nomme alors de l&rsquo;incompr\u00e9hension. Tous ceux qui sont pass\u00e9s par la caserne savent que cela peut aller jusqu&rsquo;au sadisme (ce m\u00eame sadisme que suscita chez le S.S. le \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb de pers\u00e9cuter le juif). Encore faut-il se rappeler que, pour le Sum\u00e9rien d&rsquo;il y a quatre mille ans, la jouissance triomphante n&rsquo;est pas un manque de mysticisme mais une autre mystique : la joie poss\u00e8de un caract\u00e8re sacr\u00e9. A ces hommes auxquels un dieu avait donn\u00e9 des villes superbes, la science (math\u00e9matique), la force et le sens de l&rsquo;honneur, la morale patriarcale dut appara\u00eetre non seulement sordide mais destructrice. Quoi donc? Ces l\u00e2ches qui offrent leur femme, leur fille par peur de repr\u00e9sailles, qui fuient \u00ab\u00a0l&rsquo;homme fort\u00a0\u00bb, le combattant, ils seraient les pr\u00eatres du dieu futur, les fondateurs d&rsquo;un nouveau culte! Et ce culte consisterait en une ablation corporelle! Quelle soci\u00e9t\u00e9 peut se fonder sur l&rsquo;abjection?<\/p>\n<p>Cependant, l&rsquo;argument est sans valeur qu&rsquo;on oppose toujours au proph\u00e8te : \u00ab\u00a0Personne ne pense, ne vit comme toi!\u00a0\u00bb S&rsquo;il annonce l&rsquo;avenir, c&rsquo;est en effet parce qu&rsquo;il se s\u00e9pare des conventions, des r\u00e9f\u00e9rences. Dans toutes les races vivantes, n&rsquo;en va-t-il pas de m\u00eame? L&rsquo;animal qui assure l&rsquo;\u00e9volution de sa race, il faut bien que, d&rsquo;abord, il n&rsquo;ait pu s&rsquo;adapter aux conditions de vie qui suffisaient aux autres.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em>, XIV, 18. Voir \u00e9galement <em>Isra\u00ebl, des origines au milieu du 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, par Adolphe LODS, \u00ab\u00a0La Renaissance du Livre\u00a0\u00bb, 1932.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le signe du B\u00e9lier<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Tel est du moins le commentaire qu&rsquo;inspirent le mythe et la l\u00e9gende; mais si humains, si vraisemblables l&rsquo;un et l&rsquo;autre que les critiques rationalistes paraissent bien abstraites \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Sous les noms de Jacob et ses fils, il faudrait voir, nous dit-on aujourd&rsquo;hui, un grand nombre de tribus descendues de Palestine en Egypte (ou mont\u00e9es du d\u00e9sert). C&rsquo;est tr\u00e8s probable.<\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s une autre th\u00e9orie, ces tribus n&rsquo;auraient rien eu de commun entre elles, ni le sang ni le dieu, et il aurait fallu le g\u00e9nie de plusieurs hommes, de Jacob \u00e0 Mo\u00efse, pour les constituer en \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb. Probable \u00e9galement. Dans un cas comme dans l&rsquo;autre, cela ne put se faire en peu de temps : les quatre cent trente ans indiqu\u00e9s par la Bible doivent donc correspondre \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>A quoi pass\u00e8rent ces quatre si\u00e8cles, en ce qui concerne notre propos? A la cr\u00e9ation d&rsquo;un dieu et d&rsquo;un culte. Lorsque Mo\u00efse se r\u00e9fugie au Madian, il y trouve d\u00e9j\u00e0 un Esprit et des pr\u00eatres : ce sera la fille d&rsquo;un de ces pr\u00eatres qu&rsquo;il \u00e9pousera. Le dieu qu&rsquo;on y adore n&rsquo;est pas l&rsquo;Elohim d&rsquo;Abraham, divinit\u00e9 confuse, \u00e0 demi panth\u00e9iste, mais le dieu de Jacob : Yahv\u00e9.<\/p>\n<p>Les bergers du Madian, sans doute, ne constituaient qu&rsquo;une tribu parmi cent autres et leur dieu, \u00e9galement, n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un nom parmi la multitude des dieux amorites et aram\u00e9ens. Quelque divinit\u00e9 non-s\u00e9mite m\u00eame, d\u00e9j\u00e0, n&rsquo;annon\u00e7ait-elle pas ce Sabazius thrace et phrygien, que les S\u00e9leucides au 3<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. assimileront au Yavh\u00e9-Z\u00e9baoth? Ces myst\u00e9rieuses invasions hyksos qui, vers la m\u00eame \u00e9poque, d\u00e9solent l&rsquo;Egypte n&rsquo;implantent-elles pas ici et l\u00e0 (\u00e0 El\u00e9phantine, sinon au Madian) des divinit\u00e9s mal connues, dont les idoles-b\u00e9liers se maintiendront pendant dix si\u00e8cles? N&rsquo;est-il pas vrai que, d\u00e9j\u00e0, le premier roi phrygien, Phryxos, le cr\u00e9ateur de la Colchide, a d\u00e9rob\u00e9 aux Ach\u00e9ens le b\u00e9lier d&rsquo;or qu&rsquo;ils avaient re\u00e7u d&rsquo;Herm\u00e8s; et que, d\u00e9j\u00e0, ce b\u00e9lier l&rsquo;a pr\u00e9serv\u00e9 d&rsquo;\u00eatre sacrifi\u00e9 au dieu, comme en Canaan un b\u00e9lier de m\u00eame sauvait Isaac?<\/p>\n<p>Ainsi, pendant les trois premiers si\u00e8cles de notre \u00e8re, verrons-nous se maintenir \u00e0 J\u00e9rusalem, en Egypte, en Gr\u00e8ce, \u00e0 Rome, des communaut\u00e9s religieuses, dont les coutumes et les croyances appara\u00eetront souvent presque contradictoires : certaines adoreront S\u00e9rapis, d&rsquo;autres Mithra, celles-ci le Christ Logos, celle-l\u00e0 l&rsquo;homme J\u00e9sus. Mais de ce puzzle na\u00eetra la chr\u00e9tient\u00e9, o\u00f9 peu de traces demeureront du Signe, sinon la parabole de la multiplication des pains et des poissons, le nom de \u00ab\u00a0p\u00eacheurs d&rsquo;hommes\u00a0\u00bb, le repas \u00ab\u00a0maigre\u00a0\u00bb du vendredi<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\u2026<\/p>\n<p>Il est remarquable que les grandes religions monoth\u00e9istes ne restent pas longtemps prisonni\u00e8res de la symbolique astrologique dans laquelle elles ont pris naissance. Mais, o\u00f9 le symbole manque, l&rsquo;esprit r\u00e8gne. Tout le \u00ab\u00a0contenu\u00a0\u00bb du signe des Poissons est pass\u00e9 non seulement dans les religions du Christ mais dans d&rsquo;autres religions contemporaines (le bouddhisme, par exemple). De m\u00eame, le \u00ab\u00a0contenu\u00a0\u00bb du signe du B\u00e9lier, dans la religion isra\u00e9lite et d&rsquo;autres, qui naquirent et se d\u00e9velopp\u00e8rent au m\u00eame temps.<\/p>\n<p>Ce contenu, il faut donc le d\u00e9finir moins en fonction de la religion h\u00e9bra\u00efque, qui n&rsquo;en a pas \u00e9t\u00e9 l&rsquo;unique manifestation, qu&rsquo;en fonction du signe lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Le B\u00e9lier est d&rsquo;abord un signe de feu. Sous cet aspect, il s&rsquo;impose \u00e0 Mo\u00efse : le buisson ardent surgi du d\u00e9sert; \u00e0 Elie, sur les holocaustes duquel tombe le feu du Seigneur<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Sous cet aspect, les Egyptiens et les Indiens le reconna\u00eetront : Agni, le dieu-b\u00e9lier, sera le dieu du Feu; Amon, le dieu-soleil, sera repr\u00e9sent\u00e9 avec la t\u00eate ou les cornes du b\u00e9lier.<\/p>\n<p>C&rsquo;est en second lieu, le signe de la famille patriarcale, o\u00f9 le p\u00e8re est le premier pontife. L&rsquo;espoir d&rsquo;Abraham se r\u00e9sume en une nombreuse prog\u00e9niture, et sa grande peine, jusqu&rsquo;\u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9, en la douleur de n&rsquo;avoir pas d&rsquo;enfants. Au contraire, l&rsquo;orgueil de Jacob sera ses douze fils et sa r\u00e9v\u00e9lation : l&rsquo;\u00e9chelle des races qui doivent na\u00eetre de lui. D&rsquo;o\u00f9, une certaine attitude devant la femme, faite de tendresse et de condescendance; la femme est \u00ab\u00a0le cher objet\u00a0\u00bb dont on prend soin \u2014 et la m\u00e8re de ses enfants.<\/p>\n<p>Tendresse : le mot est important, et neuf. Les disciples du Taureau n&rsquo;\u00e9taient pas tendres mais jouisseurs. La vertu pour le B\u00e9lier n&rsquo;est pas de jouir mais de s&rsquo;\u00e9lancer. Le mouvement est sa joie. Les astrologues voient dans l&rsquo;homme du signe un soldat ou un sportif; il serait mieux de dire : un violent, un avide. Le b\u00e9lier et le feu sont \u00e9galement mouvants, et le but qu&rsquo;ils veulent atteindre n&rsquo;est pas le motif de leur course : le b\u00e9lier le bouscule et le feu le d\u00e9vore.<\/p>\n<p>Plus tard sans doute, au temps de la d\u00e9cadence, cette ardeur pourra se confondre avec l&rsquo;app\u00e9tit des richesses; mais Jacob aussi \u00e9tait fier de ses troupeaux, de ses femmes, de ses fils, il d\u00e9pouille volontiers ses h\u00f4tes de leur le plus pr\u00e9cieux; et les H\u00e9breux n&rsquo;ont pas quitt\u00e9 Rams\u00e8s sans se munir de mille tr\u00e9sors d\u00e9rob\u00e9s aux Egyptiens<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Contradictoirement, la fortune pour les juifs du Moyen Age ne sera jamais un bien \u00ab\u00a0statique\u00a0\u00bb; le commerce, o\u00f9 ils excelleront, rendra au mot \u00ab\u00a0fortune\u00a0\u00bb son ancien sens mystique : les hasards du destin.<\/p>\n<p>Guerriers, les H\u00e9breux commenceront de l&rsquo;\u00eatre avec Josu\u00e9; ils le seront pendant quinze si\u00e8cles \u2014 et sous N\u00e9ron et Vespasien, r\u00e9volutionnaires, insurg\u00e9s s&rsquo;ils ne peuvent plus \u00eatre des soldats. Mais ils combattent moins pour conqu\u00e9rir que pour se d\u00e9fendre et survivre. Leur action militaire est encore une fa\u00e7on de d\u00e9penser leur ardeur, de justifier leur orgueil : nous sommes le peuple \u00e9lu.<\/p>\n<p>Par voie de cons\u00e9quence, ce sera un peuple qui ne tiendra que difficilement en place; bien avant d&rsquo;\u00eatre la victime de mill\u00e9naires \u00ab\u00a0dispersions\u00a0\u00bb, une immense tribu de nomades, longtemps promen\u00e9e par Jacob et Joseph, Mo\u00efse, Aaron et Josu\u00e9, de Babylonie au pays de Canaan, de Chald\u00e9e en Egypte, d&rsquo;Egypte en Palestine enfin.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Dans la religion juive aujourd&rsquo;hui, moins de traces encore : le \u00ab\u00a0shofar\u00a0\u00bb, la corne de b\u00e9lier qui retentit dans les synagogues au cours des f\u00eates du Nouvel An et \u00e0 l&rsquo;issue du Kippour.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> <em>Rois, <\/em>XIX, II.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Roi phrygien, donc b\u00e9lique, Midas de m\u00eame sera r\u00e9put\u00e9 pour ses richesses.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Bri\u00e8vet\u00e9 du royaume<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dieu avait promis quatre si\u00e8cles d&rsquo;\u00e9preuves \u00e0 la race d&rsquo;Abraham. Ils seront largement d\u00e9pass\u00e9s lors de la sortie d&rsquo;Egypte; m\u00eame alors, les \u00e9preuves se poursuivront par d&rsquo;incessants combats et de nombreuses d\u00e9faites du peuple h\u00e9breu devant les Madianites, les Ammonites, ou sous les coups des Philistins.<\/p>\n<p>Le Livre des Juges tentera d&rsquo;expliquer ces d\u00e9boires par de pr\u00e9tendues h\u00e9r\u00e9sies ou apostasies qui, d\u00e8s le 14<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, auraient contamin\u00e9, troubl\u00e9 le Peuple<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>; l&rsquo;affirmation \u2014 ou l&rsquo;alibi \u2014 resservira et l&rsquo;on verra de m\u00eame les crois\u00e9s justifier leur impuissance \u00e0 lib\u00e9rer J\u00e9rusalem et leurs \u00e9checs devant les Sarrazins par le comportement de Byzance.<\/p>\n<p>Il est assur\u00e9 que, jusque vers 1200, le p\u00e9ril pour les H\u00e9breux venait surtout \u00ab\u00a0de l&rsquo;int\u00e9rieur\u00a0\u00bb. Ces terribles adversaires que combattront Mo\u00efse, Josu\u00e9, G\u00e9d\u00e9on ou Jepht\u00e9 sont des S\u00e9mites, tout comme le peuple \u00e9lu, et des adeptes du B\u00e9lier : des nuances cultuelles les s\u00e9parent, mais de ces nuances, les Juges font des ab\u00eemes.<\/p>\n<p>En quoi consistaient-elles? Les livres bibliques nous en donnent de nombreuses indications. Certains peuples pratiquent \u00ab\u00a0l&rsquo;incision\u00a0\u00bb rituelle (Deut\u00e9ronome, XIV, 1-2); les Ammonites portent des \u00ab\u00a0croissants\u00a0\u00bb comme signe et comme symbole (Livre des Juges); les B\u00e9th\u00e9liens r\u00e9v\u00e8rent la Pierre Sacr\u00e9e. La plupart n&rsquo;admettent pas le dieu d&rsquo;Isra\u00ebl : Yahv\u00e9; ils demeurent fid\u00e8les \u00e0 l&rsquo;antique B\u00e9lier d&rsquo;Abraham, El.<\/p>\n<p>Une religion ne s&rsquo;\u00e9tablit pas sans que, pendant des si\u00e8cles, de telles divergences la divisent. Qu&rsquo;on pense aux tendances arianistes, nestoriennes, monoth\u00e9lystes, qui partageront l&rsquo;Eglise jusqu&rsquo;au 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Le long combat des H\u00e9breux pour s&rsquo;assurer l&#8217;emprise sur leurs lieux saints (Socoth, B\u00e9thel) fait en effet songer aux futures croisades; leurs efforts pour s&rsquo;assurer l&rsquo;alliance de ce peuple-ci ou de celui-l\u00e0 pr\u00e9sentent plus d&rsquo;un rapport avec les tractations par lesquelles les crois\u00e9s tenteront de s&rsquo;assurer l&rsquo;alliance de Byzance; et le ch\u00e2timent des Ammonites par David semble annoncer le sac de Constantinople par les crois\u00e9s sur la route de J\u00e9rusalem.<\/p>\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit, \u00e0 partir de 1200 avant J.-C., l&rsquo;ennemi est bien d&rsquo;une autre race (et m\u00eame d&rsquo;une autre religion, aussi diff\u00e9rente de la religion h\u00e9bra\u00efque que l&rsquo;Islam le sera de la chr\u00e9tient\u00e9). Vaincus par Rams\u00e8s III, en 1194, ces \u00e9migr\u00e9s de Myc\u00e8nes, les Philistins, avaient d\u00fb se rabattre vers les c\u00f4tes palestiniennes. Conqu\u00e9rants puissamment arm\u00e9s, ils harcelaient de multiples razzias les H\u00e9breux install\u00e9s en Terre Promise depuis deux si\u00e8cles. Il est curieux qu&rsquo;ils n&rsquo;aient pu vaincre d\u00e9finitivement ce petit peuple, eux qui avaient ras\u00e9 Troie, an\u00e9anti l&#8217;empire hittite et fait trembler le Moyen Orient du 14<sup>\u00e8me<\/sup> au 12<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Mais enfin la d\u00e9faite d&rsquo;Aphek, o\u00f9 l&rsquo;Arche d&rsquo;Alliance fut captur\u00e9e<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, fit tomber pour plusieurs ann\u00e9es le peuple d&rsquo;Isra\u00ebl sous leur joug.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, il faudra le premier roi, Sa\u00fcl, pour que s&rsquo;\u00e9tablisse socialement le Royaume. Et il faudra David (1013) pour qu&rsquo;Isra\u00ebl atteigne \u00e0 la supr\u00e9matie.<\/p>\n<p>Roi de Juda, auquel les provinces du nord rendirent bient\u00f4t all\u00e9geance, David vit s&rsquo;effondrer la puissance des Philistins. Sous son r\u00e8gne, Gath et Damas furent prises, les Ammonites ch\u00e2ti\u00e9s, Tyr et Hamath concili\u00e9s par de solides alliances. Ni ses victoires, pourtant, ni son g\u00e9nie politique n&rsquo;auraient suffi \u00e0 faire de lui ce Mod\u00e8le que les juifs v\u00e9n\u00e8rent encore apr\u00e8s trois mille ans.<\/p>\n<p>David \u00e9tait aussi le po\u00e8te et le proph\u00e8te; le moraliste implacable, conscient de ses propres fautes (car l&rsquo;important n&rsquo;est pas le crime qu&rsquo;on lui reproche : avoir envoy\u00e9 \u00e0 la guerre l&rsquo;\u00e9poux de la femme qu&rsquo;il convoitait, mais qu&rsquo;il se f\u00fbt, ma\u00eetre absolu, pr\u00eatre supr\u00eame, accus\u00e9 lui-m\u00eame du crime \u2014 au point de ne pas se d\u00e9fendre contre le reproche populaire). Il \u00e9tait, pour tout dire, l&rsquo;incarnation parfaite de cette obstination, de cette foi et de cette humilit\u00e9, triple marque du B\u00e9lier, dont les premiers patriarches avaient fait la marque de l&rsquo;Homme.<\/p>\n<p>Cet accord qu&rsquo;on voit chez lui \u2014 et chez son fils, Salomon \u2014 entre l&rsquo;Action et le Verbe, entre l&rsquo;\u00e2me et le rite, t\u00e9moigne de l&rsquo;existence d&rsquo;un autre accord entre la Religion et l&rsquo;Etat, entre l&rsquo;esprit et la mati\u00e8re. Pendant un si\u00e8cle ainsi (1013 &#8211; 933) le royaume de Dieu s&rsquo;instaure sur terre s&rsquo;accomplit par la Justice; il ne s&rsquo;y incarnera de nouveau que 2150 ans plus tard, dans la chr\u00e9tient\u00e9 triomphante, pour s&rsquo;accomplir par l&rsquo;Amour.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Noter la phrase ind\u00e9finiment reprise : \u00ab\u00a0Les enfants d&rsquo;Isra\u00ebl firent de nouveau ce qui \u00e9tait mal aux yeux de Yahv\u00e9.\u00a0\u00bb (<em>Livre des Juges<\/em>, III, 7, 12 &#8211; IV, 1 &#8211; VI, 1 -XIII, 1, etc.).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Selon le premier livre de Samuel, elle ne resta que sept mois aux mains des Philistins (VI, 1).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le schisme<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>R\u00e8gne bref. D\u00e8s la mort de Salomon, devant les duret\u00e9s de Roboam, son fils, des tribus d&rsquo;Isra\u00ebl se r\u00e9voltent. Un certain J\u00e9roboam ben N\u00e9bat se fait proclamer roi et rompt avec J\u00e9rusalem. L&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie accompagne le schisme. L&rsquo;un des hauts lieux de la religion, Beth-El, \u00ab\u00a0la maison de Dieu\u00a0\u00bb, se trouvait en Isra\u00ebl, dans le nouvel Etat. C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 que vivaient les H\u00e9t\u00e9ens<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> qui, anciennement, avaient habit\u00e9 la Colchide, le pays de la Toison d&rsquo;Or, et c&rsquo;est l\u00e0 que la Gen\u00e8se situe le songe de Jacob et la r\u00e9v\u00e9lation du nom sacr\u00e9 : Yahv\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. David l&rsquo;avait reconquis sur les peuples de la mer. J\u00e9roboam en fit la seconde J\u00e9rusalem, y sacrifiant \u00e0 un dieu inconnu, synth\u00e8se de l&rsquo;ancien dieu amorite El et de l&rsquo;Hadad phrygien, en qui les proph\u00e8tes juifs voudront voir le \u00ab\u00a0veau d&rsquo;or\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Or, la carri\u00e8re du nouveau royaume d&rsquo;Isra\u00ebl (933-721) n&rsquo;allait \u00eatre pour les H\u00e9breux fid\u00e8les qu&rsquo;une source de troubles et d&rsquo;erreurs. L&rsquo;un de ses rois, Omri (887-876) \u00e9tablira son empire sur la Samarie, proche d&rsquo;Isra\u00ebl, et conclura avec Tyr une alliance ciment\u00e9e par le mariage de son fils Achab et de J\u00e9zabel, fille du roi ph\u00e9nicien.<\/p>\n<p>A la mort du second fils d&rsquo;Achab, Joram (852-843), un officier, J\u00e9hu, se fera reconna\u00eetre roi et tentera \u2014 sans grand succ\u00e8s, semble-t-il \u2014 de r\u00e9tablir le culte de Yahv\u00e9 contre celui de Ba&rsquo;al. L&rsquo;alliance ph\u00e9nicienne n&rsquo;y survivra pas; priv\u00e9 de son alli\u00e9, Isra\u00ebl devra tol\u00e9rer et supporter la domination assyrienne (en 805).<\/p>\n<p>Ma\u00eetre de Juda, cependant, Joram avait \u00e9pous\u00e9 Athalie, fille d&rsquo;Achab et de J\u00e9zabel. Apr\u00e8s la mort du fils de Joram, Achazia (843), Athalie devint reine de Juda et introduisit \u00e0 J\u00e9rusalem le culte de Ba&rsquo;al. Quand elle mourut, assassin\u00e9e (837), le culte impie fut prohib\u00e9, tandis que Joas et Amatsia (837-780) tentaient de secouer le joug d&rsquo;Isra\u00ebl et de la Samarie sur Juda.<\/p>\n<p>Samarie prise, le royaume d&rsquo;Isra\u00ebl d\u00e9truit (en 721), le roi de Juda, Achaz, dur c\u00e9der au nouveau vainqueur; il s&#8217;empressa d&rsquo;admettre dans le Temple les images des chevaux sacr\u00e9s, symboles de sa loyaut\u00e9 envers les divinit\u00e9s assyriennes. A ce prix, Juda surv\u00e9cut.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Les deux femmes du fils d&rsquo;Isaac, Esa\u00fc, \u00e9taient des H\u00e9t\u00e9ennes (<em>Gen\u00e8se<\/em>, XXII, 34).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> <em>Gen\u00e8se<\/em>, XXVIII, 20. Certain verset du Livre des Juges laisse penser que les Isra\u00e9lites d\u00e8s le temps des tribus y rendaient un culte : <em>Juges<\/em>, XI, 2.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les concordances<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Quand David devient roi, il y a dix si\u00e8cles qu&rsquo;Abraham inventa la circoncision, moins de cinq si\u00e8cles que Mo\u00efse consigna le D\u00e9calogue et d\u00e9cr\u00e9ta les Lois. C&rsquo;est \u00e9galement dix si\u00e8cles apr\u00e8s le Christ et quatre si\u00e8cles et demi apr\u00e8s l&rsquo;unification de l&rsquo;Eglise que s&rsquo;accomplira le \u00ab\u00a0royaume de Dieu\u00a0\u00bb chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>De m\u00eame, cette p\u00e9riode finale de l&rsquo;histoire d&rsquo;Isra\u00ebl, que nous venons de survoler, est comparable en bien des points aux deux derniers si\u00e8cles de la chr\u00e9tient\u00e9. On peut comprendre que les hommes instruits du Moyen Age en aient \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9s, et l&rsquo;on peut croire que leurs fameuses dates apocalyptiques, 1260 et 1490, avaient \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es \u00e0 un Joachim de Flore et aux Cabbalistes par concordance avec deux autres dates primordiales dans l&rsquo;histoire biblique : 933 et 721.<\/p>\n<p>Comme Isra\u00ebl aux hommes de Juda, Byzance devait appara\u00eetre aux chr\u00e9tiens de Rome le royaume priv\u00e9 de la gr\u00e2ce, qui cherche dans la simple habilet\u00e9 politique le secours que Dieu lui a refus\u00e9. De m\u00eame qu&rsquo;Isra\u00ebl s&rsquo;\u00e9tait s\u00e9par\u00e9 de la foi juda\u00efque, Byzance rompait avec la foi romaine (mais Isra\u00ebl \u00e9tait ant\u00e9rieur \u00e0 Juda, Constantinople au Vatican, de sorte qu&rsquo;au regard d&rsquo;Isra\u00ebl ou de Byzance, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9tique devait \u00eatre Juda ou Rome). Puis, le Philistin et le Ph\u00e9nicien l\u00e0, le Sarrazin et le Turc ici, complices d&rsquo;Isra\u00ebl et de Byzance, devenaient \u00e0 point nomm\u00e9 leurs destructeurs. Le mal \u00ab\u00a0h\u00e9r\u00e9tique\u00a0\u00bb gagnait les pays slaves comme, autrefois, la Samarie et les colonies \u00e9trang\u00e8res<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\u2026<\/p>\n<p>A ces concordances dans les faits s&rsquo;ajoutaient d&rsquo;autres concordances, plus myst\u00e9rieuses encore :<\/p>\n<p>Les crois\u00e9s fondent l&#8217;empire\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 David conquiert<\/p>\n<p>latin de Byzance.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1024\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Isra\u00ebl\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.. vers -980<\/p>\n<p>Byzance secoue le joug.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1261\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Schisme d&rsquo;Isra\u00ebl vers -933<\/p>\n<p>Schisme \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Schisme \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur<\/p>\n<p>l&rsquo;Eglise de Rome\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a01378\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 de Juda, Athalie\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 -843<\/p>\n<p>Destruction de Byzance\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1453\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ruine d&rsquo;Isra\u00ebl\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 -721<\/p>\n<p>L&rsquo;esprit contemporain r\u00e9pugne \u00e0 cette sorte de calcul analogique, terrain privil\u00e9gi\u00e9 de toutes les superstitions. Mais il est impossible de ne pas en tenir compte, puisqu&rsquo;il explique en grande partie l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit des hommes du Moyen Age \u2014 et puisqu&rsquo;il autorise des hypoth\u00e8ses assez souvent probantes.<\/p>\n<p>Entre autres, cette croyance aux cycles et les calculs qui en d\u00e9coulent permettent une meilleure compr\u00e9hension du ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie.<\/p>\n<p>Celle-ci s&rsquo;impose, nous le voyons, en un moment-cl\u00e9 de l&rsquo;histoire de la Religion : vers 700 avant J.-C. pour le B\u00e9lier, vers 1450 pour les Poissons. Elle consiste essentiellement, ici et l\u00e0, \u00e0 recourir \u00e0 la religion pr\u00e9c\u00e9dente (en Samarie, Bel, le taureau-b\u00e9lier; dans l&rsquo;Allemagne de Luther, la Bible, livre juif et chr\u00e9tien) et \u00e0 tenter de revivifier par cette sorte de syncr\u00e9tisme la religion abandonn\u00e9e de Dieu.<\/p>\n<p>En effet, alors que les \u00e9v\u00e8nements (perte de la puissance temporelle, domination \u00e9trang\u00e8re, schisme et captivit\u00e9) sugg\u00e8rent brusquement l&rsquo;id\u00e9e de cet abandon, la religion ant\u00e9rieure et qu&rsquo;on croyait d\u00e9chue semble scandaleusement revivre et reconqu\u00e9rir une partie de sa puissance. Au 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., la destruction de l&rsquo;Assyrie permet \u00e0 Babylone un cruel et bref renouveau; aux temps de la Renaissance, apr\u00e8s trois cents ans de pers\u00e9cutions, les cabbalistes, les \u00ab\u00a0faux messies\u00a0\u00bb et les vrais philosophes (Montaigne, Spinoza, etc.<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>) redonnent pour un si\u00e8cle \u00e0 la religion juive un \u00e9ph\u00e9m\u00e8re \u00e9clat. Comment ne pas croire alors que la religion ant\u00e9rieure fut plus pure, plus authentique \u2014 et que Dieu refuse de l&rsquo;abandonner?<\/p>\n<p>Aussi voit-on l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie samaritaine se d\u00e9velopper et se cristalliser en quelque sorte dans une opposition irr\u00e9ductible \u2014 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;agonie du Taureau, aux premiers si\u00e8cles, qui marquera sa propre fin.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Certaines de ces colonies n&rsquo;\u00e9taient que trop dispos\u00e9es \u00e0 l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie : \u00e0 El\u00e9phantine, le dieu juif sera pendant des si\u00e8cles un syncr\u00e9tisme de Yahv\u00e9 et du B\u00e9thel taurique.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Et bien d&rsquo;autres! Pic de la Mirandole (1463-1494), Agrippa de Nettesheim (1486-1541), Guillaume Postel (1505-1581), Robert Fludd (1574-1637), etc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les proph\u00e8tes<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Mais, ce calcul, des hommes ne le font point : les proph\u00e8tes h\u00e9breux, qui nous posent \u00e0 pr\u00e9sent un probl\u00e8me bien \u00e9trange.<\/p>\n<p>En effet, les plus grands d&rsquo;entre eux (sans doute les seuls authentiques<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>) : Elie, Elis\u00e9e, Os\u00e9e, Amos, Mich\u00e9e, se massent pr\u00e9cis\u00e9ment dans ces si\u00e8cles pr\u00e9curseurs de la ruine d&rsquo;Isra\u00ebl (de 850 environ \u00e0 720) et, d\u00e9j\u00e0, ils annoncent \u2014 comme, deux mille ans plus tard, Glaber, de Flore, d&rsquo;Ailly, etc. \u2014 la fin d&rsquo;une \u00e8re, les jours proches \u00ab\u00a0o\u00f9 la terre naviguera sous d&rsquo;autres cieux\u00a0\u00bb, et le renouveau lointain, diff\u00e9rent et plus pur, de la post\u00e9rit\u00e9 de David, apr\u00e8s la ruine d&rsquo;Isra\u00ebl et l&rsquo;abomination dans le Temple.<\/p>\n<p>Pas plus que les initi\u00e9s chr\u00e9tiens, les proph\u00e8tes h\u00e9breux ne se trompent. Les si\u00e8cles \u00e0 venir n&rsquo;ajouteront rien \u00e0 la grandeur de la religion d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e (sinon des commentaires, codifications et chroniques, desquels l&rsquo;imposture ne sera pas absente); Dieu plus jamais ne parlera au peuple \u00e9lu.<\/p>\n<p>D&rsquo;\u00e9clatants mais courts renouveaux : restauration de Josias (631), second Temple de J\u00e9rusalem sous la captivit\u00e9 perse (520), N\u00e9h\u00e9mie et Esdras (450,400), r\u00e9volte des Maccab\u00e9es (166) pourront bien interrompre l&rsquo;encha\u00eenement des malheurs; ils ne les compenseront pas. C&rsquo;est en vain qu&rsquo;une certaine mani\u00e8re, un peu simpliste, de refaire l&rsquo;Histoire, pr\u00e9tend mettre l&rsquo;accent sur ces renouveaux plut\u00f4t que sur les malheurs, parce qu&rsquo;il <em>faut<\/em> que l&rsquo;histoire juive soit divis\u00e9e en deux parties bien distinctes : les \u00ab\u00a0Royaumes\u00a0\u00bb avant le Christ, la \u00ab\u00a0dispersion\u00a0\u00bb ensuite. Le mot m\u00eame \u00ab\u00a0diaspora\u00a0\u00bb date en fait de la captivit\u00e9 babylonienne, au 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle; et, d\u00e8s le 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, il est s\u00fbr que la puissance temporelle, l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la religion a v\u00e9cu.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode qu&rsquo;ouvre en 721 la destruction d&rsquo;Isra\u00ebl pourra se prolonger huit si\u00e8cles, jusqu&rsquo;\u00e0 la destruction de J\u00e9rusalem par Titus (70 apr\u00e8s J.-C.); elle n&rsquo;englobera que des ruines et des d\u00e9sastres : fin de Juda, captivit\u00e9s babyloniennes, perse, \u00e9gyptienne, hell\u00e9nistique, romaine enfin.<\/p>\n<p>Rupture si nette, si tranch\u00e9e que le Verbe l&rsquo;exprime : l&rsquo;homme de Juda, le juif n&rsquo;est pas plus l&rsquo;Isra\u00e9lite que le catholique ne sera le Chr\u00e9tien. Bien mieux : ces noms, qui ont symbolis\u00e9 la religion m\u00eame, vont devenir, ici et l\u00e0, synonymes d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie et de perversion. De nos jours encore, leur \u00ab\u00a0christianisme\u00a0\u00bb est l&rsquo;arme premi\u00e8re des protestants contre l&rsquo;Eglise de Rome et, lorsqu&rsquo;on veut parler des h\u00e9r\u00e9tiques, pour les diff\u00e9rencier des catholiques, on dit d&rsquo;eux : les chr\u00e9tiens. De m\u00eame, Isra\u00ebl \u00e9tait le nom que se donnait la Samarie et sous lequel les juifs la reconnaissaient.<\/p>\n<p>Cela est clair pour nous et devait l&rsquo;\u00eatre d\u00e9j\u00e0 pour les proph\u00e8tes du Moyen Age et de la Renaissance. Mais ce l&rsquo;\u00e9tait aussi, plus \u00e9trangement, pour Elie, Isa\u00efe, Os\u00e9e, Amos, que ne pouvait guider leur propre Histoire puisqu&rsquo;ils \u00e9taient en train de la vivre. \u00ab\u00a0Voil\u00e0 que les premi\u00e8res choses sont arriv\u00e9es, et j&rsquo;en annonce de nouvelles; avant qu&rsquo;elles surviennent, je les dis\u00a0\u00bb (Isa\u00efe). Sur quels exemples basaient-ils d\u00e9j\u00e0 leur certitude? Quelle autre histoire, d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cue, leur avait annonc\u00e9 les destins fatidiques du peuple d&rsquo;Isra\u00ebl?<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas besoin de chercher longtemps, leur ignorance m\u00eame ne leur permettant qu&rsquo;un choix limit\u00e9. Que savaient-ils de l&rsquo;ancienne Egypte et de ses dieux, des Hittites et de leur d\u00e9esse? De l&rsquo;origine des Indo-europ\u00e9ens et de l&rsquo;aventure odyss\u00e9enne des Philistins, leurs ennemis? Un seul mot se retrouve \u00e0 toutes les pages du Livre : Babel \u2014 ou Babylone. C&rsquo;est le dieu de Babel, Bel ou Ba&rsquo;al, qu&rsquo;ils ha\u00efssent par-dessus tout et poursuivent de leur haine chez tous leurs adversaires : Amorites, Ammonites, Philistins, Ph\u00e9niciens, Assyriens et Tyriens. C&rsquo;est Our qu&rsquo;Abraham a fui, et c&rsquo;est encore un roi de Babylone qui va au 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle disperser le peuple \u00e9lu. Les juifs ne connaissent bien qu&rsquo;un peuple : les Babyloniens. Hormis Yahv\u00e9, ils ne redoutent qu&rsquo;un seul dieu : le Taureau, dont la Gen\u00e8se m\u00eame, en ses premi\u00e8res pages, reproduit les mythes \u2014 d\u00e9form\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> La naissance et la mort de J\u00e9r\u00e9mie sont l&rsquo;objet d&rsquo;innombrables discussions, qui en font tant\u00f4t un contemporain de la destruction d&rsquo;Isra\u00ebl, tant\u00f4t de la codification de la pr\u00e9dication proph\u00e9tique (622). Quant \u00e0 Ez\u00e9chiel et Daniel, il est admis que leurs \u00ab\u00a0livres\u00a0\u00bb sont de beaucoup post\u00e9rieurs : 3<sup>\u00e8me<\/sup> et 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles av. J.-C.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 align=\"center\"><strong><em>III<\/em><\/strong><\/h2>\n<h2 align=\"center\"><strong><em>LA RELIGION DU TAUREAU<\/em><\/strong><\/h2>\n<div id=\"attachment_2084\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/TAUREAU.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2084\" class=\"size-medium wp-image-2084\" title=\"TAUREAU\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/TAUREAU-300x292.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"292\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/TAUREAU-300x292.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/TAUREAU.jpg 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2084\" class=\"wp-caption-text\">Taureau ail\u00e9<\/p><\/div>\n<p>S&rsquo;il est ais\u00e9 de distinguer, entre toutes, les religions des Poissons et celles du B\u00e9lier, parce que les origines en sont encore r\u00e9centes, il est plus difficile s&rsquo;isoler, au milieu des religions existant quatre mill\u00e9naires avant le Christ, les religions du Taureau \u2014 et, parmi elles, la religion m\u00e8re.<\/p>\n<p>Nous verrons que les Egyptiens des moyen et nouvel empire honoraient le taureau, ou le b\u0153uf, au premier chef. Si les symboles hittites sont rarement tauriques (ils concernent le lion ou le sphinx bic\u00e9phale, \u00e0 t\u00eates d&rsquo;homme et de lion), les symboles assyriens \u00e9taient d&rsquo;une part le lion, de l&rsquo;autre le taureau ail\u00e9. Mais c&rsquo;est surtout la Cr\u00e8te qui recueille l&rsquo;h\u00e9ritage. Bien que la divinit\u00e9 principale de Cnossos f\u00fbt une d\u00e9esse : la M\u00e8re (Dictynna) ou la Vierge (Britomartis), le dieu-taureau lui \u00e9tait imm\u00e9diatement associ\u00e9. On sait comment il finira dans la mythologie grecque : sous la forme d&rsquo;un monstre, le fils du roi Minos (ou de Dionysos, selon une autre l\u00e9gende).<\/p>\n<p>Cependant, ni l&rsquo;Egypte ni la Cr\u00e8te ne peuvent avoir \u00e9t\u00e9 le berceau de la civilisation taurique. Le royaume cr\u00e9tois ne remonte gu\u00e8re au-del\u00e0 du 23<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.; quant \u00e0 l&rsquo;Egypte pr\u00e9thinite (ant\u00e9rieure de 3000 ans), elle ignorait le dieu \u00e9tranger. Puis, les croyances de ces peuples nous guident : les Egyptiens nommaient l&rsquo;un de leurs taureaux sacr\u00e9s M\u00e9rou Our; les Cr\u00e9tois reconnaissaient en leur Minotaure une descendance de l&rsquo;Enki sum\u00e9rien, \u00ab\u00a0le taureau sauvage du ciel et de la terre\u00a0\u00bb. Ainsi, les cultes \u00e9gyptiens et cr\u00e9tois doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme les rejetons d&rsquo;un culte plus ancien.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/TAUREAU001.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-2085\" title=\"TAUREAU001\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/TAUREAU001-669x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"979\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/TAUREAU001-669x1024.jpg 669w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/TAUREAU001-196x300.jpg 196w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/TAUREAU001.jpg 741w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Ici se pose le probl\u00e8me des datations.<\/p>\n<p>Ant\u00e9rieurement au Christ, les dates sont \u00e9tablies d&rsquo;abord sur la chronologie des S\u00e9leucides, dont le point de d\u00e9part se situe en 311 avant J.-C. Plus t\u00f4t, les listes de l&rsquo;Egyptien Claude Ptol\u00e9m\u00e9e remontent jusqu&rsquo;en 747. Plus t\u00f4t encore, des documents assyriens couvrent la p\u00e9riode 648-911 avant J.-C.<\/p>\n<p>De 900 jusqu&rsquo;en 1500, de nombreuses listes royales assyriennes et \u00e9lamites permettent une chronologie l\u00e9g\u00e8rement moins pr\u00e9cise : on estime possible une erreur de 4 \u00e0 5 ans. Au-del\u00e0 de 1600, nous ne disposons plus que du calendrier babylonien, irr\u00e9gulier au point qu&rsquo;il fallut quelquefois (encore au temps d&rsquo;Hammourabi) enregistrer un mois intercalaire, afin de rattraper le retard. La marge d&rsquo;erreur, estim\u00e9e \u00e0 10 ou 12 ans pour la p\u00e9riode babylonienne, cro\u00eet donc \u00e0 mesure que nous remontons dans le temps, pour atteindre le si\u00e8cle vers 2500 et plusieurs si\u00e8cles, peut-\u00eatre, au-del\u00e0 de 3000.<\/p>\n<p>Aussi bien, doit-on suivre scrupuleusement le sch\u00e9ma des datations historiques jusque vers l&rsquo;an 2000; mais, au-del\u00e0, il ne peut \u00eatre question de s&rsquo;en faire l&rsquo;esclave. Entre une datation incertaine et, par exemple, la permanence probante d&rsquo;un mythe, il n&rsquo;est pas permis d&rsquo;h\u00e9siter.<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le peuple d&rsquo;Ubaid<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;arch\u00e9ologie fait remonter jusqu&rsquo;aux d\u00e9buts du cinqui\u00e8me mill\u00e9naire le peuplement de la Babylonie. De cette \u00e9poque, sont les poteries et pierres grav\u00e9es retrouv\u00e9es \u00e0 Warka (Ourouk) et les vestiges des plus anciens temples tauriques, ceux d&rsquo;Eridou et de Tepe-Gawra. Mais les premi\u00e8res dynasties de Kish et d&rsquo;Ourouk ne sont dat\u00e9es que des ann\u00e9es 3400-3200; elles apparaissent en m\u00eame temps qu&rsquo;en Elam (la Perse ancienne) les premi\u00e8res \u00ab\u00a0communaut\u00e9s urbaines\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Entre ces deux datations, 4200 et 3400, se situent donc les d\u00e9buts de la religion du Taureau. Ce sont les dates entre lesquelles le peuple d&rsquo;Ubaid entre dans l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<p>Ce peuple tirait son nom d&rsquo;une \u00e9minence (ou \u00ab\u00a0tell\u00a0\u00bb) des environs d&rsquo;Our. C&rsquo;\u00e9tait un peuple d&rsquo;agriculteurs comme tous les peuples d&rsquo;Anatolie et de M\u00e9sopotamie; mais l&rsquo;usage de la fiente en guise de pl\u00e2tre et la fabrication de statuettes d&rsquo;animaux sugg\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;\u00e9levage d&rsquo;un b\u00e9tail domestique. Puis, les fouilles de Tell Abu Shahrain et Tepe Gawra montrent que, d\u00e8s 4000 ou 3900, cette civilisation habite des villes construites en briques cuites au soleil. Egalement, elle pratique la m\u00e9tallurgie : haches et objets de cuivre en t\u00e9moignent.<\/p>\n<p>Nul doute que les troupeaux de bovins d&rsquo;une part, l&rsquo;usage de la brique et du bronze d&rsquo;autre part ont d\u00e8s cette \u00e9poque boulevers\u00e9 les m\u0153urs et les habitudes des M\u00e9sopotamiens. Mais la recherche du dieu, de la morale nouvelle qui accompagne toujours de telles transformations nous \u00e9chappe en ce qui les concerne. Il faut attendre la plus ancienne Sumer pour trouver trace d&rsquo;un culte constitu\u00e9. Alors les temples sont d\u00e9j\u00e0 importants : le Temple Blanc de Warka, ne mesurait pas moins de 22 m\u00e8tres sur 17; il \u00e9tait \u00e9difi\u00e9 sur une grande plate-forme de 70 m\u00e8tres de long, 66 m\u00e8tres de large et 13 m\u00e8tres de haut, construite en briques rectangulaires. Il est hasardeux d&rsquo;assigner une date pr\u00e9cise \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification de ce monument; mais elle est s\u00fbrement plus ancienne que la premi\u00e8re trace de la civilisation d&rsquo;Our (vers 3500), o\u00f9 la mission de MM. Hall et Woolley d\u00e9couvrit en 1927 des statuettes sacr\u00e9es du Taureau, et notamment une magnifique t\u00eate de taureau en or, munie d&rsquo;une barbe en lapis-lazuli.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9couverte atteste tout \u00e0 la fois \u00ab\u00a0l&rsquo;humanisation\u00a0\u00bb tr\u00e8s ancienne du mythe et la haute civilisation atteinte par les croyants. Ici encore, l&rsquo;\u00e9volution de la religion et l&rsquo;\u00e9volution de la culture vont de pair, car dans les ruines de Warka VII on d\u00e9couvre des traces d&rsquo;une \u00e9criture primitive et d&rsquo;un syst\u00e8me num\u00e9rique qui combine les syst\u00e8mes d\u00e9cimal et sexag\u00e9simal. La repr\u00e9sentation pictographique de v\u00e9hicules \u00e0 roues et de bateaux prouve l&rsquo;existence, d\u00e8s cette \u00e9poque recul\u00e9e, de transports routiers et fluviaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Lueurs sur la religion<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>S&rsquo;il est commun de reconna\u00eetre pour des religions monoth\u00e9istes le juda\u00efsme et le christianisme, la tradition exige que la religion sum\u00e9rienne soit consid\u00e9r\u00e9e comme panth\u00e9iste d\u00e8s l&rsquo;origine.<\/p>\n<p>D&rsquo;une part, cette tradition est certainement le fruit de l&rsquo;attitude h\u00e9bra\u00efque, puis juive, devant les religions du Taureau. Elle provient de l&rsquo;impuissance o\u00f9 l&rsquo;on est d&rsquo;appr\u00e9cier de l&rsquo;ext\u00e9rieur la hi\u00e9rarchie interne d&rsquo;un culte : les protestants porteront la m\u00eame accusation de \u00ab\u00a0paganisme\u00a0\u00bb contre le culte de la Vierge, des Saints et des Ic\u00f4nes. Accusation perfide mais efficace : si Dieu n&rsquo;est pas unique, il n&rsquo;est donc rien (puisque l&rsquo;unicit\u00e9 est cela m\u00eame qui le lib\u00e8re de l&rsquo;humaine relativit\u00e9).<\/p>\n<p>Mais, \u00e9galement, cette tradition d&rsquo;un paganisme sum\u00e9rien peut \u00eatre le fruit de notre manque d&rsquo;information. Les premiers \u00e9vangiles dont nous ayons connaissance, ceux de Luc et de Marc, sont post\u00e9rieurs d&rsquo;au moins un demi-si\u00e8cle \u00e0 la mort du Christ. La Gen\u00e8se et l&rsquo;Exode que nous lisons sont reproduits du <em>Yahviste<\/em> et de l&rsquo;<em>Elohiste<\/em>, bibles de deux \u00e9coles adverses, r\u00e9dig\u00e9es entre le 9<sup>\u00e8me<\/sup> et le 7 \u00e8me si\u00e8cle avant J.-C., post\u00e9rieures donc de six et sept si\u00e8cles (en ce qui touche Mo\u00efse), de douze et treize si\u00e8cles (en ce qui touche Abraham) \u00e0 leurs mod\u00e8les. Mais les po\u00e8mes sacr\u00e9s babyloniens que nous pouvons lire, le <em>Po\u00e8me de la Cr\u00e9ation<\/em> et le <em>Livre de l&rsquo;Homme qui a tout vu<\/em>, sont dat\u00e9s du 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. et post\u00e9rieurs de trois mille ans, au moins, \u00e0 leurs mod\u00e8les : Outanapishtim et Gilgamesh. Seules, quelques parties des po\u00e8mes pourraient \u00eatre dat\u00e9es de 2200 ou 2000 avant J.-C.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, le Christ et les patriarches nous sont presque contemporains : nous avons quitt\u00e9 depuis peu le champ de force des \u00ab\u00a0Poissons\u00a0\u00bb et la religion juive, qui survit \u00e0 son signe, est encore vivace au milieu de nous. De l&rsquo;un et l&rsquo;autre esprits nous sommes impr\u00e9gn\u00e9s. Mais deux mille ans nous s\u00e9parent de l&rsquo;agonie de la religion babylonienne. La morale, la mystique, le culte du Taureau nous sont des univers totalement \u00e9trangers. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;impression de l\u00e9gendes, de contes de f\u00e9es que nous donnent aujourd&rsquo;hui ces textes. C&rsquo;est \u00e0 quoi l&rsquo;on reconna\u00eet qu&rsquo;une religion est bien morte.<\/p>\n<p>Enfin, nul mythe ne na\u00eet de rien. De m\u00eame que nous avons vu Yahv\u00e9, le dieu de Mo\u00efse, s&rsquo;imposer sur les dieux des H\u00e9t\u00e9ens, des Amorites, sur Elohim \u2014 tous les dieux, de m\u00eame on ne s&rsquo;attendre que le dieu-taureau ait surgi brusquement d&rsquo;un d\u00e9sert de croyances. Elohim rappelait El \u00ab\u00a0le taureau compatissant\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>; ainsi Enlil avait \u00e9t\u00e9 primitivement \u00ab\u00a0dieu de la temp\u00eate et des ouragans\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> avant de devenir un des noms de Mardouk-Bel.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> DUSSAUD : <em>Les d\u00e9couvertes de Ras Shamra<\/em>. Dans la <em>Gen\u00e8se<\/em> (XLVI, 3), Dieu dit \u00e0 Jacob : \u00ab\u00a0Je suis El, le dieu de ton p\u00e8re\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> FURLANI : <em>Religione babilonese-assira<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Du tonnerre au Taureau<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ant\u00e9rieurement au peuple d&rsquo;Ubaid, d&rsquo;autres races avaient \u00e9tabli leur domination en Iran et en Palestine, civilisations agricoles, dont les maisons \u00e9taient de pierre et de boue et qui ne connaissaient pas l&rsquo;\u00e9levage; des traces non suspectes (m\u00e9langes de paille \u00e0 une poterie grossi\u00e8re; riche industrie lithique) en ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9es, non seulement sur l&#8217;emplacement de Ninive, en M\u00e9sopotamie, mais jusqu&rsquo;\u00e0 J\u00e9richo et \u00e0 Byblos.<\/p>\n<p>Un de ces peuples, les Halafiens (nomm\u00e9s ainsi du nom de Tell Halaf, o\u00f9 la d\u00e9couverte en fut faite) connaissaient bien avant le cinqui\u00e8me mill\u00e9naire une poterie d\u00e9j\u00e0 sp\u00e9cialis\u00e9e, plats et flacons, vases \u00e0 cols \u00e9vas\u00e9s ou \u00e0 bords creux, d\u00e9cor\u00e9s de figures g\u00e9om\u00e9triques : chevrons, feuilles, damiers, rosettes, etc. On a \u00e9galement retrouv\u00e9 les grands fours \u00e0 d\u00f4mes, munis d&rsquo;annexes rectangulaires, o\u00f9 ces poteries devaient cuire \u00e0 des temp\u00e9ratures de 120\u00b0.<\/p>\n<p>Des statuettes, nombreuses, repr\u00e9sentant des femmes aux formes opulentes, quelquefois associ\u00e9es \u00e0 des colombes, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9terr\u00e9es des fouilles d&rsquo;Arpachiya, o\u00f9 se retrouvent aussi, d\u00e8s le milieu du cinqui\u00e8me mill\u00e9naire, des pots et amulettes de pierre d\u00e9cor\u00e9s de la t\u00eate de taureau ou de la double hache caract\u00e9ristique d&rsquo;un culte rendu au dieu de l&rsquo;ouragan. Dans les plus r\u00e9centes couches de Tell Halaf apparaissent de m\u00eame, stylis\u00e9s, des motifs d\u00e9coratifs, parmi lesquels des t\u00eates de bovins. Nous sommes alors dans une p\u00e9riode contemporaine du stade d&rsquo;Ubaid, dont le peuple s&rsquo;\u00e9tablit dans la partie m\u00e9ridionale de l&rsquo;Irak, tandis que les Halafiens occupaient depuis des si\u00e8cles la partie septentrionale du pays.<\/p>\n<p>Mais il serait insuffisant de baser le syncr\u00e9tisme primitif de la religion taurique sur les seules croyances des peuples voisins d&rsquo;Eridou et de Warka. Plus se pr\u00e9cisent et s&rsquo;approfondissent les d\u00e9couvertes de l&rsquo;arch\u00e9ologie, plus elles r\u00e9v\u00e8lent, d\u00e8s les \u00e9poques les plus anciennes, d&rsquo;importants mouvements de population et des \u00e9changes culturels et commerciaux entre des peuples souvent fort \u00e9loign\u00e9s les uns des autres. Les m\u00eames motifs de d\u00e9coration, aux m\u00eames p\u00e9riodes, se reconnaissent dans l&rsquo;Inde pr\u00e9-aryenne et en Iran par exemple, ou bien au c\u0153ur des r\u00e9gions danubiennes et en M\u00e9sopotamie.<\/p>\n<p>En ce qui concerne notre propos, et sans vouloir empi\u00e9ter sur notre \u00e9tude \u00e0 venir des civilisations ouraniennes, tr\u00e8s ant\u00e9rieures \u00e0 la religion taurique, signalons que les \u00ab\u00a0dieux de l&rsquo;orage\u00a0\u00bb se laissent reconna\u00eetre dans le fond religieux des peuples les plus divers : le dieu grec Zeus, le dieu hittite, le dieu ph\u00e9nicien Hadad, le dieu nordique Torr, la plupart des grands dieux indiens : Parjanya, Indra, Rudra. Ces dieux se distinguent non seulement par leurs attributs : le foudre, la double hache, et les symboles secondaires qui leur sont attach\u00e9s : le cerf, le cheval, mais par leurs rapports m\u00eames avec d&rsquo;autres divinit\u00e9s. C&rsquo;est ainsi que le dieu de l&rsquo;orage est presque partout l&rsquo;\u00e9poux d&rsquo;une d\u00e9esse de la f\u00e9condit\u00e9 : chez les Hittites, les Ph\u00e9niciens, les Grecs. Le dieu indien Parjanya est l&rsquo;\u00e9poux de la d\u00e9esse Prithv\u00ee, et c&rsquo;est le couple qui donne les pluies, assure la f\u00e9condit\u00e9 des hommes, des animaux et des plantes.<\/p>\n<p>Or, si les Hittites, les Ph\u00e9niciens, les Grecs sont post\u00e9rieurs \u00e0 Sumer, les Celtes leur sont nettement ant\u00e9rieurs, ainsi que les \u00ab\u00a0peuples des steppes\u00a0\u00bb. Et, dans l&rsquo;Inde, les cultures de Quetta, Zhob, Amri-Noundara sont contemporaines de l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;Ourouk et d&rsquo;Our. Ces civilisations \u2014 et les religions qu&rsquo;elles incarnaient \u2014 durent influencer la religion naissante. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;impression de panth\u00e9isme que donnent \u00e0 certains historiens les premiers cultes de Sumer; Tiamat, le chaos originel, que le Taureau Mardouk devra vaincre, avait effectivement engendr\u00e9 bien des monstres.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La m\u00e8re de l&rsquo;Ab\u00eeme, qui forma toute chose, fit en outre des armes in\u00e9galables : elle enfanta des dragons-serpents. De venin, au lieu de sang, elle emplit leurs corps. Elle v\u00eatit d&rsquo;horreur des dragons terrifiants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>R. Labat, le traducteur du <em>Po\u00e8me de la Cr\u00e9ation<\/em> remarque que les onze monstres cr\u00e9\u00e9s par Tiamat pourraient repr\u00e9senter onze des douze signes zodiacaux, le Taureau lui-m\u00eame \u00e9tant le douzi\u00e8me<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. En effet, astrologiquement, l&rsquo;apparition du signe nouveau rejette les onze autres dans l&rsquo;ombre \u2014 et tire le monde hors du chaos o\u00f9 le plongeait l&rsquo;absence de dieu.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tiamat cr\u00e9a l&rsquo;hydre, le dragon-rouge, le \u00ab\u00a0lahamou\u00a0\u00bb, le grand lion, le loup \u00e9cumant, l&rsquo;homme-scorpion, les temp\u00eates furieuses, l&rsquo;homme-poisson, le capricorne. En tout, elle cr\u00e9a onze monstres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces versets du Livre de la Cr\u00e9ation nous sont en partie traduisibles, mais en partie seulement : l&rsquo;hydre est connue comme \u00e9tant l&rsquo;une des figures du cancer; c&rsquo;est elle qu&rsquo;Hercule vaincra, c&rsquo;est elle, sous le nom de Scylla, qui tentera de d\u00e9vorer Ulysse et ses compagnons. Le lion, le scorpion, le poisson et le capricorne nous sont encore connus sous ces noms m\u00eames. Le \u00ab\u00a0lahamou\u00a0\u00bb \u00e9tait en fait une divinit\u00e9 g\u00e9mique : les jumeaux Lahmou et Lahamou, en qui se laissent reconna\u00eetre les divinit\u00e9s \u00e9gyptiennes Osiris et Seth, les jumeaux zervanistes, Ormuzd et Ahriman, etc.<\/p>\n<p>Une des l\u00e9gendes les plus anciennes de la religion sum\u00e9rienne est celle de Shamash, le Soleil, dieu cocher comme Apollon. Il sort chaque matin des montagnes de l&rsquo;Est, gard\u00e9es par des hommes-scorpions. La mention du scorpion (que nous retrouverons dans les vestiges de la plus ancienne Egypte) est significative, nous verrons pourquoi. Le symbole accompagnera la carri\u00e8re du Taureau en toutes ses m\u00e9tamorphoses, et des pi\u00e8ces de monnaie carthaginoises en porteront encore l&rsquo;effigie aux premiers si\u00e8cles avant J.-C.<\/p>\n<p>Pour les autres signes zodiacaux, les allusions au Lion sont assez fr\u00e9quentes dans la religion assyro-babylonienne (akkadiennes plut\u00f4t que sum\u00e9riennes); le culte de la Vierge se survit en Innina. Quant aux trois derniers monstres : le dragon rouge, le loup et la temp\u00eate, nous devons les attribuer aux trois signes restants : la Balance, le Sagittaire et le Verseau, selon des analogies qu&rsquo;il est encore trop t\u00f4t pour d\u00e9finir. En effet, la science chald\u00e9enne connaissait mal ces trois signes et les symboles qu&rsquo;elle s&rsquo;en cr\u00e9ait ne correspondent que vaguement aux symboles classiques chez d&rsquo;autres peuples (Chinois, Egyptiens et Grecs).<\/p>\n<p>Non seulement le Livre de la Cr\u00e9ation reproduit le cycle du zodiaque : il en respecte l&rsquo;ordre pr\u00e9cessionnel. Avant le Taureau furent les G\u00e9meaux, avant les G\u00e9meaux fut le Cancer. Ainsi, au d\u00e9but du po\u00e8me est Tiamat, la mer et la m\u00e8re, cancer et chaos (la Lilith des traditions secr\u00e8tes bibliques, la d\u00e9esse androgyne chinoise, etc.). Puis naissent d&rsquo;elle les G\u00e9meaux monstrueux, Lahmou et Lahamou, qui eux-m\u00eames donnent naissance au principe m\u00e2le Anshar et au principe femelle Kishar (le monde c\u00e9leste et le monde terrestre), qui procr\u00e9ent les dieux : Anou le Puissant, Ea l&rsquo;Intelligence, etc.<\/p>\n<p>A l&rsquo;origine ainsi, Mardouk n&rsquo;e\u00fbt \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un dieu comme les autres, de m\u00eame qu&rsquo;au ciel la constellation Taurus un champ de forces parmi les autres. Mais, de l&rsquo;instant qu&rsquo;il s&rsquo;assure la premi\u00e8re place par le meurtre de Tiamat, \u00ab\u00a0le taureau noir de l&rsquo;ab\u00eeme\u00a0\u00bb n&rsquo;est plus un dieu-idole. Bient\u00f4t, dans le panth\u00e9on assyro-babylonien, il ne sera plus taureau que dans la mesure o\u00f9 la tradition biblique liera le souvenir d&rsquo;El au sacrifice du b\u00e9lier; o\u00f9 les religions grecque et romaine associeront le culte du ma\u00eetre de l&rsquo;Olympe \u00e0 l&rsquo;image sacr\u00e9e de l&rsquo;aigle, au sacrifice de l&rsquo;oiseau.<\/p>\n<p>A l&rsquo;origine des trois courants religieux, ainsi, se retrouve un mythe unique, fondamental : la victoire de l&rsquo;ordre sur le chaos. Le dieu b\u00e9lique, le dieu taurique, le dieu aquilin ont \u00e9t\u00e9 tous trois des dieux de l&rsquo;Ouragan avant de s&rsquo;incarner dans un bestiaire mythique, et c&rsquo;est l&rsquo;ouragan m\u00eame qu&rsquo;ils ont d\u00fb vaincre (le monstre Typhon, ici, le monstre Rahab l\u00e0, dont la tradition chr\u00e9tienne fera le dragon-serpent Lucifer), avant d&rsquo;acqu\u00e9rir une individualit\u00e9.<\/p>\n<p>Vainqueur du chaos, Mardouk peut cr\u00e9er la terre, de poussi\u00e8re et de claie; puis le corps du premier homme, p\u00e9tri de sang divin; enfin, les fleuves, les v\u00e9g\u00e9taux, les b\u00eates. Il devient \u00ab\u00a0le cr\u00e9ateur de toutes choses; la lumi\u00e8re de celui qui l&rsquo;a engendr\u00e9; le r\u00e9novateur des dieux; le seigneur de l&rsquo;incantation pure qui fait vivre les morts; le gardien de la justice et du droit; le bouvier des dieux\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nous reconnaissons ces litanies; elles s&rsquo;accordent mal avec l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un panth\u00e9on. Mais elles indiquent parfaitement comment la notion du \u00ab\u00a0seul dieu\u00a0\u00bb peut contenir tous les syncr\u00e9tismes. Je n&rsquo;en donnerai qu&rsquo;un exemple : Ea, que certains textes babyloniens nomment \u00ab\u00a0le b\u00e9lier d&rsquo;Eridou\u00a0\u00bb. En fait, le dieu d&rsquo;Eridou, Enki, le seigneur de la terre \u2014 qui deviendra Ea \u2014 n&rsquo;\u00e9tait pas un b\u00e9lier, mais un \u00ab\u00a0bouquetin\u00a0\u00bb, au corps de ch\u00e8vre et \u00e0 la queue de poisson, image classique du capricorne.<\/p>\n<p>Or, sous cette forme antique, un dieu avait exist\u00e9, bien longtemps avant que naqu\u00eet le Taureau : on en a retrouv\u00e9 la trace dans les plus anciennes fouilles de Tell Halaf, o\u00f9 le peuple d&rsquo;Ubaid puisa son premier panth\u00e9on. Par la suite, le Taureau s&rsquo;annexa ce symbole et, plus tard (quand le temps du Capricorne fut r\u00e9volu, qu&rsquo;un dieu nouveau, le B\u00e9lier, fut apparu) le symbole m\u00eame se modifia sans cesser d&rsquo;\u00eatre une des figures de Mardouk.<\/p>\n<p>Ainsi pourrait-on montrer que toutes les anciennes divinit\u00e9s de Warka, d&rsquo;Eridou, d&rsquo;Our et de Nippour : Innina, la dame du ciel, Enlil, le seigneur de l&rsquo;air, Anou, le dieu du ciel, Outou le dieu solaire, \u00e9taient re\u00e7ues comme des incarnations du ma\u00eetre-dieu. D\u00e9monstration inutile : le Livre de la Cr\u00e9ation nous raconte comment, au cours d&rsquo;un v\u00e9ritable c\u00e9nacle, toutes les divinit\u00e9s en vinrent \u00e0 donner \u00e0 Mardouk leur propre nom, ayant reconnu sa sup\u00e9riorit\u00e9. \u00ab\u00a0Et la sereine intelligence elle-m\u00eame, dont il \u00e9tait le fils, voulut qu&rsquo;il s&rsquo;appel\u00e2t Ea : la totalit\u00e9 de mes commandements, qu&rsquo;il les prononce!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En chacun de ces noms, naturellement, Mardouk se pr\u00e9sente sous une figure diff\u00e9rente. C&rsquo;est ainsi que, sous le nom de B\u00eal, il se repent de sa cr\u00e9ation et tente de l&rsquo;an\u00e9antir par le d\u00e9luge. Mais, en m\u00eame temps, sous le nom d&rsquo;Ea, il avertit du monstrueux projet un habitant de Sourippak : Outanapishtim. L&rsquo;homme construit un navire, une arche, o\u00f9 il recueille toutes les formes de la vie et les met \u00e0 l&rsquo;abri de la pluie et des eaux pendant les sept jours du d\u00e9luge.<\/p>\n<p>Par la suite, Mardouk fait alliance avec Outanapishtim et sa femme. Comme Elohim en J\u00e9hovah et comme le Logos dans le P\u00e8re, il s&rsquo;humanise au point de parler un langage que les hommes comprennent. A la limite, il se confond avec son principal proph\u00e8te : le h\u00e9ros Gilgamesh viendra demander conseil \u00e0 l&rsquo;homme du d\u00e9luge comme il s&rsquo;adresserait \u00e0 Dieu m\u00eame. Pour les Babyloniens de la derni\u00e8re p\u00e9riode, Mardouk ne sera plus que le fondateur de la religion, qu\u00eate sacr\u00e9e en m\u00eame temps qu&rsquo;aventure tr\u00e8s r\u00e9elle. Les hymnes parleront de lui comme d&rsquo;un homme :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nul dieu ne r\u00e9siste \u00e0 sa fureur quand la col\u00e8re le poss\u00e8de. Devant le tranchant de son arme, les dieux s&rsquo;enfuient\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> R. LABAT : <em>Le Po\u00e8me babylonien de la cr\u00e9ation<\/em>, Paris, 1935.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Pour rendre plus claire l&rsquo;\u00e9volution de la religion taurique, du panth\u00e9on ubaidien au dieu de Warka et d&rsquo;Eridou, puis de\u00a0\u00bb ce dieu au panth\u00e9on n\u00e9o-babylonien, il se peut que nous ayons simplifi\u00e9 beaucoup. D&rsquo;une part, Mardouk n&rsquo;\u00e9tait pas, sous ce nom, un dieu sum\u00e9rien. Mais, quant au nom primitif, les historiens n&rsquo;ont pas fini d&rsquo;en discuter, l&rsquo;id\u00e9ogramme sum\u00e9rien qui l&rsquo;exprime \u00e9tant lu tour \u00e0 tour \u00ab\u00a0ma-ru-du-uk-ru\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ma-ru-uk-ka\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0maruduku\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0amarudu\u00a0\u00bb, etc. Nous savons cependant que, sous ce signe, Mardouk ou son \u00e9quivalent \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le dieu de la plus ancienne cit\u00e9 sainte de Sumer : Eridu.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, certains historiens mettent l&rsquo;accent sur les incertitudes de la hi\u00e9rarchie divine babylonienne. Il est certain que, m\u00eame sous le roi amorrh\u00e9en Hammourabi, qui restaura le culte supr\u00eame de Mardouk, le dieu continua d&rsquo;avoir besoin de son p\u00e8re, Enki ou Ea, pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes les plus complexes de la magie (Cruveilhier : <em>Commentaire du code d&rsquo;Hammurabi<\/em>). Plus tard, Agum II, le roi kassite, placera au-dessus de Mardouk le dieu du ciel : An, Antum, Anum, etc. Mais, \u00e9galement, ces dieux s&rsquo;identifient, ainsi que nous l&rsquo;avons vu. Mardouk <em>est<\/em> An. De m\u00eame, dans toutes les f\u00eates religieuses de Babylone, on associait le p\u00e8re (Ea) et le fils, et la 6<sup>\u00e8me<\/sup> tablette de l&rsquo;<em>Enuma \u00e9lish<\/em> parle d&rsquo;eux en ces termes : \u00ab\u00a0Avec son sang, Mardouk cr\u00e9a l&rsquo;humanit\u00e9 et lui imposa le culte des dieux, apr\u00e8s qu&rsquo;Ea eut cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;humanit\u00e9 et lui eut impos\u00e9 le culte des dieux.\u00a0\u00bb Ea n&rsquo;est plus que \u00ab\u00a0l&rsquo;esprit flottant au-dessus des eaux\u00a0\u00bb de la Bible; l&rsquo;<em>\u00e2me<\/em>, dont le dieu-Taureau serait la forme visible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le d\u00e9luge<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Bien que tous les textes anciens, sum\u00e9riens, grecs, bibliques, aient attest\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 du d\u00e9luge, elle \u00e9tait mise en doute, au si\u00e8cle dernier, par tous les esprits \u00ab\u00a0raisonnables\u00a0\u00bb. On ne sait trop pourquoi, car ces m\u00eames esprits admettaient fort bien la r\u00e9alit\u00e9 historique d&rsquo;autres cataclysmes, aussi terribles que celui-l\u00e0. Mais il fallait que des mythes religieux fussent trompeurs : la Raison l&rsquo;exigeait.<\/p>\n<p>Or, ici encore, la l\u00e9gende l&#8217;emporte. C&rsquo;est \u00e0 elle que les faits, aujourd&rsquo;hui, donnent raison. Non seulement de nouveaux textes, s\u00e9mites, celtes, ioniens, sont venus porter t\u00e9moignage de la r\u00e9alit\u00e9 du d\u00e9luge, mais les fouilles de Warka, d&rsquo;Our, de Suse, de J\u00e9richo l&rsquo;attestent.<\/p>\n<p>En Iran, notamment, l&rsquo;une des premi\u00e8res civilisations retrouv\u00e9es, \u00e0 Suse I, remonterait au cinqui\u00e8me mill\u00e9naire; ses vestiges sont s\u00e9par\u00e9s de ceux de la civilisation suivante (Suse II) par une \u00e9paisseur de terre (de boue alluvionnaire) de 5 m\u00e8tres environ. La plus grande diff\u00e9rence entre les deux cultures est indiqu\u00e9e par la d\u00e9coration des poteries et c\u00e9ramiques. Dans la p\u00e9riode de Suse II apparaissent des t\u00eates d&rsquo;animaux, o\u00f9 le taureau, le cerf, l&rsquo;oiseau occupent les premiers r\u00f4les. Au contraire, les c\u00e9ramiques peintes de la premi\u00e8re p\u00e9riode montrent uniquement des dessins g\u00e9om\u00e9triques, parmi lesquels la \u00ab\u00a0double spirale\u00a0\u00bb, figuration du Cancer, dont nous parlerons plus longuement.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quelque chose\u00a0\u00bb s&rsquo;est produit entre ceci et cela, qui est venu raser la ville ancienne, d\u00e9truire toute trace de civilisation et interdire le renouveau avant plusieurs si\u00e8cles (entre 3800 et 3500 avant J.-C.). Sans doute ce \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb pourrait-il \u00eatre tout autre qu&rsquo;un cataclysme naturel : invasions, guerres de peuple \u00e0 peuple, etc. Mais \u00e0 Warka comme \u00e0 Suse, et vers la m\u00eame \u00e9poque, une \u00e9paisseur d&rsquo;alluvions s\u00e9pare le stade inf\u00e9rieur (de XIV \u00e0 IX) des six niveaux sup\u00e9rieurs (VIII-III) et cet hiatus, d\u00e8s les origines d&rsquo;une civilisation hautement originale ne peut plus s&rsquo;expliquer par l&rsquo;hypoth\u00e8se classique d&rsquo;une d\u00e9cadence cons\u00e9cutive \u00e0 de simples guerres.<\/p>\n<p>En effet, de remarquables alluvionnements, aussi bien dans le delta de l&rsquo;Euphrate que dans le P\u00e9loponn\u00e8se au sud de Myc\u00e8nes (ou le comblement de \u00ab\u00a0la mer des joncs\u00a0\u00bb, \u00e0 l&#8217;emplacement de l&rsquo;actuel canal de Suez) nous ont conserv\u00e9 d&rsquo;autre part, des traces d&rsquo;un brusque retrait de la mer sur certaines c\u00f4tes, cons\u00e9cutif \u00e0 d&rsquo;autres bouleversements.<\/p>\n<p>En ces derniers, certains arch\u00e9ologues n&rsquo;h\u00e9sitent plus \u00e0 reconna\u00eetre la cause de l&rsquo;immersion de villes et pays celtes, entre la Bretagne et la Gaule<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, et de cette autre immersion d&rsquo;un premier royaume \u00e9gyptien, ant\u00e9rieur aux plus anciennes dynasties pr\u00e9thinites. La d\u00e9couverte (par les plongeurs d&rsquo;une exp\u00e9dition italienne) de villes englouties Mer Rouge vient de nous r\u00e9v\u00e9ler le second; la l\u00e9gende seule encore atteste le premier.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;\u00e9tude par le radiocarbone des conditions atmosph\u00e9riques pendant le n\u00e9olithique fait appara\u00eetre (au d\u00e9but du quatri\u00e8me mill\u00e9naire) de brusques r\u00e9chauffements, des pluies plus abondantes. Peu apr\u00e8s 4000, des for\u00eats envahissent l&rsquo;Europe; les mers atteignent une \u00e9l\u00e9vation maximum.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9v\u00e8nement est difficile \u00e0 dater plus pr\u00e9cis\u00e9ment. Nous n&rsquo;avons pour nous y aider qu&rsquo;une chronologie des rois sum\u00e9riens ant\u00e9rieurs au d\u00e9luge. En effet, elle fur l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un historien babylonien du 3<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., B\u00e9rose. Mais nous pouvons en v\u00e9rifier la relative exactitude, puisque nous savons maintenant qu&rsquo;elle concorde avec une autre liste dat\u00e9e du troisi\u00e8me mill\u00e9naire avant J.-C. (collection Weld-Blundell).<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/DELUGE001.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-2091\" title=\"DELUGE001\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/DELUGE001-1024x812.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"507\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/DELUGE001-1024x812.jpg 1024w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/DELUGE001-300x238.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/DELUGE001.jpg 1468w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><\/p>\n<p>La premi\u00e8re liste comporte dix noms, la seconde neuf seulement. L&rsquo;une et l&rsquo;autre laissent penser que trois ou quatre si\u00e8cles ont pu s&rsquo;\u00e9couler entre les d\u00e9buts de la civilisation sum\u00e9rienne (ou pr\u00e9-sum\u00e9rienne) et l&rsquo;av\u00e8nement du d\u00e9luge, ce qui situerait celui-ci vers 3800-3700 avant J.-C.<\/p>\n<p>Or, la premi\u00e8re dynastie de Kish, qui aurait suivi le d\u00e9luge, est dat\u00e9e par l&rsquo;arch\u00e9ologie des 35<sup>\u00e8me<\/sup> ou 34<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles, et cette datation \u00ab\u00a0\u00e0 rebours\u00a0\u00bb confirme notre chronologie.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Cela semble, pour le moins, aventur\u00e9. Le d\u00e9luge du 4<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire ne fut pas unique dans l&rsquo;Histoire. De m\u00eame, l&rsquo;inexplicable effondrement de Cnossos (vers 1450-1400 av. J.-C.) correspond sensiblement au franchissement de la Mer Rouge par les H\u00e9breux et sugg\u00e8re l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un autre cataclysme vers le milieu du second mill\u00e9naire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le culte primitif<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il ne faut pas craindre de le r\u00e9p\u00e9ter : les livres sacr\u00e9s babyloniens ne nous renseignent pas plus sur le culte primitif de Warka et d&rsquo;Eridou que la Bible sur le culte rendu \u00e0 Elohim par les patriarches ou par les premi\u00e8res tribus madianites. Les minutieux c\u00e9r\u00e9moniaux prescrits par l&rsquo;Homme du Sina\u00ef s&rsquo;attachent bien plus \u00e0 \u00e9tablir une \u00ab\u00a0liturgie\u00a0\u00bb qu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9server l&rsquo;esprit du rite primitif, essentiel d&rsquo;Abraham : la circoncision.<\/p>\n<p>Mais il arrive que cet esprit primitif se soit conserv\u00e9 dans certaines tribus australiennes, o\u00f9 le double rite de la circoncision et de la subincision r\u00e9v\u00e8le aux ethnologues son sens mystique cach\u00e9 : la transformation du n\u00e9ophyte pub\u00e8re en l&rsquo;androgyne primordial<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>De m\u00eame les vestiges tauriques \u00e9pars en Afrique et en Australie (partout o\u00f9 retentit le mugissement du \u00ab\u00a0bull-roarer\u00a0\u00bb)<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> nous r\u00e9v\u00e8lent bien plus sur la religion disparue que les livres n&rsquo;en apprennent.<\/p>\n<p>Ces rites s&rsquo;accompagnaient souvent d&rsquo;un \u00e9loignement de la m\u00e8re, par le retrait dans une cabane perdue (au Lib\u00e9ria, chez les Makna au Soudan, les Patasiva au C\u00e9ram, les Yuin en Australie). Parfois, cet \u00e9loignement va jusqu&rsquo;aux insultes rituelles (chez les Hottentotes) ou jusqu&rsquo;au pi\u00e9tinement (chez les Papoua).<\/p>\n<p>Ailleurs, on prive l&rsquo;initi\u00e9 de nourriture (chez les Noirs Babali). L&rsquo;isolement dans une cabane, accompagn\u00e9 de la privation de sommeil (par le tumulte nocturne) se pratique \u00e9galement en Nouvelle-Guin\u00e9e, aux \u00eeles Fidji. Et, partout, le mugissement du bull-roarer annonce la venue du dieu et termine l&rsquo;\u00e9preuve.<\/p>\n<p>Or, l&rsquo;\u00e9loignement de la m\u00e8re, l&rsquo;isolement, le d\u00e9faut de nourriture ou de sommeil sont des caract\u00e9ristiques de la simulation de la mort : le mort est seul, il n&rsquo;a besoin de rien. Et ce manque de besoins et cette solitude sont les composants m\u00eames de la peur de mourir; c&rsquo;est donc cette peur qu&rsquo;il s&rsquo;agit de vaincre.<\/p>\n<p>Tron\u00e7onn\u00e9es ou d\u00e9form\u00e9es du grand rite originel, les traditions initiatiques d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Australie ne permettent pas de reconstituer exactement ce que fut la religion taurique dans sa parfaite puret\u00e9 (entre 3500 et 3000 avant J.-C.); mais elles permettent de concevoir qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une religion, d&rsquo;un culte diff\u00e9rents des traditions post\u00e9rieures, y compris la religion de Babylone, par laquelle s&rsquo;est assur\u00e9e la survie du Taureau.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> WINTHUIS : <em>Das Zweigeschleschterwesen<\/em>, Leipzig, 1928.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> \u00ab\u00a0Il est tr\u00e8s probable que nous tenons dans la th\u00e9ologie et la mythologie du bull-roarer une des plus vieilles conceptions de l&rsquo;humanit\u00e9.\u00a0\u00bb Mirc\u00e9a ELIADE, <em>Naissances mystiques<\/em>, N.R.F.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Le h\u00e9ros taurique<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Parfois aussi, les caract\u00e9ristiques du signe se retrouvent moins clairement dans le dieu et dans ses proph\u00e8tes que dans le h\u00e9ros ou le sage en qui s&rsquo;incarnent les plus hautes vertus de la civilisation. David est le B\u00e9lier m\u00eame; et le Poisson n&rsquo;accomplit jamais mieux sa mission humanitaire qu&rsquo;\u00e0 travers les grands saints du Moyen Age.<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re salvateur de cette incarnation n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9 d&rsquo;aucune religion. \u00ab\u00a0S&rsquo;il s&rsquo;y trouve dix justes, dit l&rsquo;ange exterminateur, Sodome sera \u00e9pargn\u00e9\u00a0\u00bb, et les lois de Manou : \u00ab\u00a0Un royaume priv\u00e9 d&rsquo;habitants deux fois n\u00e9s p\u00e9rira enti\u00e8rement, par la famine et par la maladie<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\u00ab\u00a0. Ainsi, dans le <em>Po\u00e8me de l&rsquo;Homme qui a tout vu<\/em>, est-il prescrit : \u00ab\u00a0Fuis la ville o\u00f9 ne vit pas l&rsquo;homme fort; il n&rsquo;y fera jamais bon vivre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;homme fort sum\u00e9rien se nommait Gilgamesh; ou plut\u00f4t (car on ne parle pas du \u00ab\u00a0Juste h\u00e9bra\u00efque\u00a0\u00bb ou du \u00ab\u00a0Saint chr\u00e9tien\u00a0\u00bb : il n&rsquo;y a pas de Juste hors d&rsquo;Isra\u00ebl, ni de Saint hors de la chr\u00e9tient\u00e9), Gilgamesh est le type m\u00eame du H\u00e9ros. En lui se retrouvent aussi bien l&rsquo;Achille grec que le Siegfried germain dont les symboliques pourtant ne sont plus uniquement li\u00e9es au cycle du Taureau.<\/p>\n<p>Sur le plan chronologique, l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e du h\u00e9ros de Warka est l&rsquo;exacte \u00e9quivalence, dans la l\u00e9gende taurique, de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e des Rois dans la Bible ou de celle des Chevaliers de la Table Ronde dans la chr\u00e9tient\u00e9. La part l\u00e9gendaire que toutes trois comportent n&rsquo;est pas plus assur\u00e9e qu&rsquo;une certaine r\u00e9alit\u00e9 historique, concr\u00e9tis\u00e9e par les \u00e9difices religieux des trois cultures : temples de Kish et d&rsquo;Ourouk, temple de J\u00e9rusalem, \u00e9glises romanes en \u00ab\u00a0pays barbare\u00a0\u00bb\u2026 Et, de m\u00eame qu&rsquo;on peut dater du 9<sup>\u00e8me<\/sup> au 11<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle les aventures des Chevaliers et du 11<sup>\u00e8me<\/sup> au 9<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. les trois grands rois d&rsquo;Isra\u00ebl, on peut situer le r\u00e8gne de Gilgamesh vers la fin de la premi\u00e8re dynastie de Kish, en 3200 ou 3100.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que par ses exploits \u2014 luttes contre les dragons et les d\u00e9mons \u2014 c&rsquo;est par son caract\u00e8re et sa psychologie que Gilgamesh nous \u00e9meut. Son \u00e9tude permet de p\u00e9n\u00e9trer l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;un \u00ab\u00a0taureau\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur.<\/p>\n<p>Comme tout h\u00e9ros, il repr\u00e9sente d&rsquo;abord la Force, c&rsquo;est-\u00e0-dire la jeunesse ardente et la puissance d&rsquo;une mystique au seuil de son av\u00e8nement social. On a pu voir dans son voyage \u00e0 la recherche du g\u00e9ant Khoumbaba, qu&rsquo;il veut vaincre, une image du p\u00e9riple des premiers chald\u00e9ens remontant la vall\u00e9e de l&rsquo;Euphrate \u00e0 la recherche du bois et de la pierre n\u00e9cessaires \u00e0 leurs constructions. Ce voyage \u00e9galement, comme tous les itin\u00e9raires de Gilgamesh, refl\u00e8te la n\u00e9cessit\u00e9 rituelle pour le h\u00e9ros d&rsquo;abandonner sa m\u00e8re (ici : Rimat-B\u00e9lit) malgr\u00e9 les larmes et les supplications de celle-ci.<\/p>\n<p>Outre la force et le courage, il poss\u00e8de au moins une vertu commune avec le h\u00e9ros chr\u00e9tien (Lancelot, Roland, etc.) : le sens de l&rsquo;amiti\u00e9. En cela, il rappelle aussi les h\u00e9ros g\u00e9miques : H\u00e9racl\u00e8s et Iphicl\u00e8s, Castor et Pollux. Comme, devant son fr\u00e8re mort, Pollux suppliait Zeus de le lui rendre, on verra Gilgamesh, devant le cadavre de son ami Enkidou, tenter de fl\u00e9chir la Destin\u00e9e. A ce trait pourtant s&rsquo;arr\u00eate la ressemblance. Zeus exauce Pollux, il fait des fr\u00e8res jumeaux une constellation immortelle; mais Outanapishtim, le No\u00e9 sum\u00e9rien, voudra seulement conduire le h\u00e9ros malheureux sur les bords du fleuve de la mort.<\/p>\n<p>L\u00e0, presque ironiquement, il lui conseillera de s&rsquo;entra\u00eener \u00e0 ne pas mourir lui-m\u00eame en ne dormant de six jours et de sept nuits. Il raillera son \u00e9chec :<\/p>\n<p><em>Pauvre Gilgamesh! Voil\u00e0 l&rsquo;homme qui voulait vivre!<\/em><\/p>\n<p><em>Un sommeil comme un ouragan a souffl\u00e9 sur lui!<\/em><\/p>\n<p>Toutefois, le h\u00e9ros rapporte de sa qu\u00eate (et du bain purificateur) la plante marine qui rend immortel; mais, bient\u00f4t, alors qu&rsquo;il se baigne de nouveau, un serpent lui d\u00e9robe la plante<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Gilgamesh se retrouve d\u00e9muni :<\/p>\n<p><em>Pour qui mes bras sont-ils fatigu\u00e9s?<\/em><\/p>\n<p><em>Pour qui s&rsquo;est perdu le sang de mon c\u0153ur?<\/em><\/p>\n<p><em>Je n&rsquo;ai pas travaill\u00e9 pour mon propre bonheur.<\/em><\/p>\n<p><em>Pour les d\u00e9vorateurs du sol j&rsquo;ai travaill\u00e9\u2026<\/em><\/p>\n<p>Sa seule victoire, en somme, a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9voquer l&rsquo;ombre de son ami et de l&rsquo;entendre dire la triste condition des morts. On peut remarquer, d&rsquo;apr\u00e8s le r\u00e9cit d&rsquo;Enkidou, que les enfers sum\u00e9riens n&rsquo;\u00e9taient pas un lieu de ch\u00e2timent, mais plut\u00f4t de nuit et d&rsquo;absence. Ceux qui descendent l\u00e0 n&rsquo;en remontent jamais, fussent-ils des dieux, comme le Seigneur de la Grande Demeure, Nergal; la seule immortalit\u00e9 qui demeure possible aux hommes est celle de la gloire. Durer, c&rsquo;est \u00ab\u00a0se faire un nom\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>Nul ne sait le visage de la mort.<\/em><\/p>\n<p><em>Mardouk, qui cr\u00e9e le destin, et An, qui fixe les destins,<\/em><\/p>\n<p><em>D\u00e9terminent la vie et la mort.<\/em><\/p>\n<p><em>Ils n&rsquo;en font jamais conna\u00eetre les jours!<\/em><\/p>\n<p>Cette doctrine d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et fataliste traverse comme un trait de feu la puissante ardeur \u00e0 vivre qu&rsquo;expriment d&rsquo;autre part les exploits de Gilgamesh, vainqueur de monstres, grand buveur, gros mangeur, trousseur de femmes et de filles. Gilgamesh aime la vie et ne comprend pas pourquoi il devra la quitter. Tel est le sens profond de la religion du Taureau. L&rsquo;espoir d&rsquo;un \u00ab\u00a0double\u00a0\u00bb qui survivrait apr\u00e8s la mort, dont se bercent les Egyptiens, lui est totalement inconnu; et, de m\u00eame, le sens de la r\u00e9signation (par sentiment de la Justice) que vont enseigner les patriarches.<\/p>\n<p>Dans ce \u00ab\u00a0creux\u00a0\u00bb sans espoir v\u00e9ritable et sans p\u00e9ch\u00e9 originel, les fid\u00e8les de Mardouk ne cherchaient qu&rsquo;en eux-m\u00eames des raisons de vivre. D&rsquo;o\u00f9, sans doute, cette triple recherche \u00e0 laquelle ils vont se consacrer : science de la divination, science des nombres, science des astres. Par l&rsquo;astrologie, le calcul et le r\u00eave, ce que les Babyloniens chercheront \u00e0 conna\u00eetre, ce sera leur propre destin\u00e9e, dans la volont\u00e9 de la changer peut-\u00eatre\u2026<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> \u00ab\u00a0R\u00e8gles pour un Snataka\u00a0\u00bb, VII, 22.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Un serpent \u00e9galement d\u00e9robe \u00e0 Adam et \u00e0 Eve la vie et l&rsquo;immortalit\u00e9; mais, dans la Bible, c&rsquo;est le jugement de Dieu; ici, seulement la r\u00e8gle de l&rsquo;inexorable destin. Quant au bain de Gilgamesh, il pr\u00e9figure d\u00e9j\u00e0 le bain du dieu bouvier Krishna, comme le bain sacr\u00e9 d&rsquo;Adonis \u00e0 Byblos et celui du h\u00e9ros Siegfried.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Ourouk et Kish<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Cette p\u00e9riode de l&rsquo;histoire sum\u00e9rienne, qu&rsquo;hier on pr\u00e9tendait mythique, est encore tr\u00e8s mal connue. On doit partager l&rsquo;opinion de Godefroy Goossens : \u00ab\u00a0Ne pouvant se fier \u00e0 la chronologie des hautes \u00e9poques, sachant que les sources sont mal d\u00e9pouill\u00e9es, embarrass\u00e9 par l&rsquo;absence d&rsquo;une terminologie ad\u00e9quate, aucun historien de l&rsquo;ancien Orient n&rsquo;a os\u00e9 aborder s\u00e9rieusement le probl\u00e8me de la p\u00e9riodisation de cette histoire, c&rsquo;est-\u00e0-dire des cadres chronologiques qui conviennent le mieux \u00e0 l&rsquo;expos\u00e9 des faits<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb Mais, cette tentative, il se peut que l&rsquo;\u00e9tude des mythes la permette.<\/p>\n<p>En effet, l&rsquo;Histoire ne nous donne qu&rsquo;une succession de dynasties : Kish, Ourouk, Our, et, dans chaque dynastie, des listes royales qui ne parlent gu\u00e8re \u00e0 l&rsquo;imagination et dont on ne peut m\u00eame pas se dire pleinement assur\u00e9. C&rsquo;est ainsi que M. Goossens lui-m\u00eame date de 2400-2300 tout \u00e0 la fois la deuxi\u00e8me dynastie d&rsquo;Our, la deuxi\u00e8me dynastie d&rsquo;Ourouk, le r\u00e8gne du grand roi Louhalkisalsi, la troisi\u00e8me dynastie d&rsquo;Ourouk, o\u00f9 Lougal-Zaggisi \u00e9tend son h\u00e9g\u00e9monie sur cinquante princes, les premi\u00e8res infiltrations s\u00e9mites et les d\u00e9buts de la domination akkadienne sur Sumer. Cela semble beaucoup pour un si\u00e8cle, lorsqu&rsquo;on sait que chaque dynastie compte normalement une demi-douzaine de rois!<\/p>\n<p>Dans un banal ouvrage de vulgarisation<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, Madame Anne Terry White me semble plus proche de la v\u00e9rit\u00e9 quand elle date de 2400 la domination akkadienne et fait remonter jusqu&rsquo;\u00e0 2600 les deuxi\u00e8mes dynasties d&rsquo;Ourouk et d&rsquo;Our.<\/p>\n<p>Mais, d&#8217;embl\u00e9e, l&rsquo;\u00e9tude des mythes sugg\u00e8re dans ce \u00ab\u00a0fouillis de dates\u00a0\u00bb une cassure nette. Elle se situe d\u00e8s la fin de la premi\u00e8re dynastie de Kish (vers 3100) sous la forme d&rsquo;un premier conflit \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de Sumer, entre Kish et la ville renaissante d&rsquo;Ourouk (l&rsquo;antique Warka). L&rsquo;Histoire et la l\u00e9gende s&rsquo;accordent pour dater de cette \u00e9poque l&rsquo;affaiblissement de Kish, la ville sainte, dont le treizi\u00e8me roi, Agga, aurait alors \u00e9t\u00e9 vaincu par le premier roi d&rsquo;Ourouk, Gilgamesh lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Pendant deux si\u00e8cles environ, Ourouk et Kish vont se d\u00e9velopper parall\u00e8lement, le premier royaume s&rsquo;imposant de plus en plus nettement sur le second, tandis que ses temples (et notamment le temple d&rsquo;Inanna) connaissent une vogue grandissante, qui \u00e9clipse les dieux de Kish. Sur la rivalit\u00e9 religieuse, se greffe une rivalit\u00e9 politique et sans doute commerciale, car c&rsquo;est le temps o\u00f9 les royaumes d&rsquo;Our et d&rsquo;Ourouk commencent de s&rsquo;ouvrir aux importations \u00e9trang\u00e8res, de lapis-lazuli et de cuivre principalement. En ces deux si\u00e8cles, le triomphant mais court \u00e9clat du roi M\u00e9silim marque l&rsquo;unique redressement de Kish, dont l&rsquo;effondrement peut \u00eatre dat\u00e9 de 2800-2900.<\/p>\n<p>Rupture d\u00e9cisive : le culte se d\u00e9mocratise, en m\u00eame temps que l&rsquo;\u00e9criture cesse de pr\u00e9senter un aspect savant, cun\u00e9iforme, se phon\u00e9tise et se simplifie. Mais c&rsquo;est \u00e9galement et surtout l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Mardouk doit c\u00e9der la place \u00e0 une multitude de dieux, dont il n&rsquo;est pas toujours ais\u00e9 de d\u00e9terminer l&rsquo;exacte origine. L&rsquo;ancienne ville akkadienne Sippar, les communaut\u00e9s renaissantes de l&rsquo;Elam, les vestiges culturels du Nord (Halafiens) et, bient\u00f4t m\u00eame, les premi\u00e8res infiltrations amorites contribuent certainement \u00e0 cet apport massif. Les noms d&rsquo;Adad, le dieu de la foudre, de Nin-urta et Nin-girsu, dieux de l&rsquo;ouragan, sont \u00e9galement absents des anciens textes sum\u00e9riens : les deux derniers apparaissent avec la troisi\u00e8me dynastie d&rsquo;Our (vers 2050), le premier ne conna\u00eet son apog\u00e9e qu&rsquo;apr\u00e8s la suppression de Sumer, sous le roi Hammourabi.<\/p>\n<p>Le dieu-soleil Shamash, divinit\u00e9 de Larsa, fut d&rsquo;abord un des dieux d&rsquo;Akkad; le dieu-lune Sin, qui allait prendre la place de l&rsquo;antique \u00ab\u00a0Na-an-na\u00a0\u00bb (l&rsquo;homme du ciel) \u00e0 Our serait d&rsquo;origine s\u00e9mitique ou akkadienne; l&rsquo;ancienne Innina d&rsquo;Ourouk se verrait pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;Ishtar akkadienne, d\u00e9esse v\u00e9nusienne, puis lunaire, dont l&rsquo;appartenance au signe du Cancer n&rsquo;est gu\u00e8re douteuse.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Godefroy GOOSSENS : L&rsquo;article \u00ab\u00a0Asie occidentale ancienne\u00a0\u00bb, dans <em>L&rsquo;Histoire Universelle<\/em> de la Pl\u00e9iade, Paris, 1956.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Anne TERRY WHITE : <em>Les grandes d\u00e9couvertes de l&rsquo;arch\u00e9ologie<\/em>, Editions G\u00e9rard et Cie, 1962.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;\u00e9nigme de Lagash<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Plus \u00e9trangement, des embl\u00e8mes apparemment g\u00e9miques : le double lion, l&rsquo;aigle bic\u00e9phale, font alors, au milieu du troisi\u00e8me mill\u00e9naire, une apparition soudaine au c\u0153ur des sanctuaires sum\u00e9riens.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 de ces indications que les historiens souvent n\u00e9gligent, parce que la plupart d&rsquo;entre eux ne veulent pas consid\u00e9rer que les mythes et l\u00e9gendes prennent valeur de faits, d\u00e8s l&rsquo;instant que les textes leur assignent une origine ou une fin. Pourquoi commence-t-on d&rsquo;y croire? Pourquoi cesse-t-on d&rsquo;y croire? Ce n&rsquo;est jamais sans raison.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas exact que l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement seul compte, bien qu&rsquo;il faille craindre aussi de n\u00e9gliger l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement. Je sais par exp\u00e9rience qu&rsquo;on ne peut \u00e9tablir un certain nombre de concordances mythiques sans \u00eatre li\u00e9 par elles et conduit peu \u00e0 peu \u00e0 en rechercher d&rsquo;autres, moins assur\u00e9es : d&rsquo;ici \u00e0 en cr\u00e9er, il n&rsquo;y aurait qu&rsquo;un pas.<\/p>\n<p>Je me suis gard\u00e9 de tomber dans ce pi\u00e8ge. Mais, quand les faits historiques manquent ou s&rsquo;obscurcissent, je n&rsquo;ai pas cru devoir m&rsquo;interdire de miser en faveur de ces m\u00eames concordances que, d&rsquo;autre part, les faits appellent ou confirment, lorsqu&rsquo;ils sont incontest\u00e9s. Simplement, alors, la moindre honn\u00eatet\u00e9 est d&rsquo;avertir le lecteur qu&rsquo;on quitte le domaine des certitudes pour celui de l&rsquo;hypoth\u00e8se.<\/p>\n<p>Vers 2500 se dresse, dans Sumer d\u00e9chir\u00e9e par les luttes intestines, un temple, un dieu nouveau : le temple et le dieu de Lagash. Et, pour nous, sur le plan de la chronologie, se pose un curieux probl\u00e8me.<\/p>\n<p>1\u00b0 La croissance de Lagash est dat\u00e9e de la deuxi\u00e8me dynastie d&rsquo;Our et de la deuxi\u00e8me dynastie d&rsquo;Ourouk. C&rsquo;est vers 2450 que le roi d&rsquo;Ourouk et d&rsquo;Umma, Lougal-zaggisi, proc\u00e8de \u00e0 la destruction et au sac de la ville et du temple, ce qui laisse \u00e0 penser que l&rsquo;une et l&rsquo;autre \u00e9taient nettement ant\u00e9rieurs \u00e0 cette date.<\/p>\n<p>C&rsquo;est seulement deux si\u00e8cles et demi plus tard, apr\u00e8s la domination akkadienne (vers 2190) que la plupart des historiens situent l&rsquo;invasion <em>\u00e9trang\u00e8re<\/em> des Gout\u00e9ens, qu&rsquo;on pr\u00e9tend venus des monts du Zagros et qui s&rsquo;installent dans le pays jusqu&rsquo;en 2060 (quatri\u00e8me dynastie d&rsquo;Ourouk).<\/p>\n<p>Enfin, c&rsquo;est seulement en 2060 que la m\u00eame \u00e9cole historique situe le r\u00e8gne de Goud\u00e9a, roi de Lagash, dont nous allons voir l&rsquo;importance.<\/p>\n<p>2\u00b0 Mais le premier temple de Lagash (ant\u00e9rieurement \u00e0 2450) est pr\u00e9sent\u00e9 par la l\u00e9gende comme la cr\u00e9ation de Goud\u00e9a lui-m\u00eame. Puis, tout le temps de la domination gout\u00e9enne, Lagash rena\u00eet de ses cendres, jouit d&rsquo;une parfaite ind\u00e9pendance, s&rsquo;assure une primaut\u00e9 spirituelle croissante sur ses voisins, ce qui prouve un parfait accord entre \u00ab\u00a0l&rsquo;envahisseur\u00a0\u00bb et la ville sainte.<\/p>\n<p>Aussi, d&rsquo;autres historiens pr\u00e9f\u00e8rent dater le r\u00e8gne de Goud\u00e9a des ann\u00e9es 2450-2400. Je n&rsquo;ai cependant lu nulle part une hypoth\u00e8se qui me semble aller de soi, \u00e0 savoir que les Gout\u00e9ens ne sont peut-\u00eatre pas seulement un peuple venu de l&rsquo;ext\u00e9rieur, mais une faction h\u00e9r\u00e9tique (au regard de la religion m\u00e8re), dont l&rsquo;essor serait alors comparable \u00e0 celui des Samaritains aux premiers si\u00e8cles avant J.-C., ou \u00e0 celui des Protestants au 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re. A quoi l&rsquo;on pourra me r\u00e9pondre que les plus fermes tenants des h\u00e9r\u00e9sies isra\u00e9liennes et chr\u00e9tiennes \u00e9taient pr\u00e9cis\u00e9ment des \u00ab\u00a0\u00e9trangers\u00a0\u00bb pour Juda et pour Rome : des Allemands ici, des Samaritains l\u00e0. On pourrait supposer, ainsi, soit que le peuple des Gout\u00e9ens ait \u00e9t\u00e9 converti par les divinit\u00e9s de Lagash; soit, au contraire, que le roi de Lagash ait \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par les croyances \u00e9trang\u00e8res. Mais je pr\u00e9tends qu&rsquo;un rapport certain existe de celles-ci \u00e0 celui-l\u00e0. Il est indiqu\u00e9, entre autres, par le nom m\u00eame : Lagash, dont la d\u00e9sinence finale \u00ab\u00a0sh\u00a0\u00bb est d&rsquo;origine indo-europ\u00e9enne (et m\u00eame aryenne), non sum\u00e9rienne. Et, surtout, par ce que nous savons des croyances du roi.<\/p>\n<p>Le texte qui nous guide dans ce propos est dit \u00ab\u00a0Le songe de Goud\u00e9a\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Je ne pense pas que son authenticit\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 mise en doute, puisque tous les historiens de Sumer et de Babylone s&rsquo;y r\u00e9f\u00e8rent longuement.<\/p>\n<p>Le dieu qui appara\u00eet au roi et lui commande l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;un temple n&rsquo;est pas Mardouk, mais Gish-Zi-da (ou \u00ab\u00a0Nin-Gish-Zi-da\u00a0\u00bb, et la d\u00e9sinence Nin est ici importante : elle se retrouve dans tous les dieux de la foudre ou du vent, d&rsquo;origine aryenne : Nin-urta, Nin-gir-su\u2026). Or, Gish-Zi-da fait \u00e9galement partie d&rsquo;un couple de \u00ab\u00a0dieux morts\u00a0\u00bb, dont les Sum\u00e9riens portaient le deuil depuis la chute de Kish<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>;<\/p>\n<p>L&rsquo;autre dieu, Dumuzi, \u00e9tait dit le \u00ab\u00a0vrai fils d&rsquo;Aps\u00fb (la terre f\u00e9cond\u00e9e)\u00a0\u00bb. Il se retrouvera sous le nom de Tammuz, de l&rsquo;Adona\u00ef s\u00e9mitique, de l&rsquo;Adonis de Byblos (lui-m\u00eame reli\u00e9 \u00e0 Osiris) et de l&rsquo;actuel Tam\u00fbz des Arabes. Sous tous ces noms, il se reconna\u00eetra comme le rejeton ou l&rsquo;\u00e9poux de la d\u00e9esse des Moissons (la Vierge) en m\u00eame temps que le dieu de la Jeunesse \u2014 et m\u00eame le \u00ab\u00a0dieu-p\u00eacheur\u00a0\u00bb, en raison de l&rsquo;axe mystique Poissons-Vierge.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est d&rsquo;Ourouk, de ce cercle de courtisanes sacr\u00e9es que nous avons vues pleurant sur la cuisse du taureau c\u00e9leste, que nous trouvons la plus ancienne attestation des larmes sur Dumuzi en Syrie, en Ph\u00e9nicie et dans le monde m\u00e9diterran\u00e9en. C&rsquo;est que ce dieu, comme Osiris en Egypte, passe par la mort<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Gish-Zi-da, le dieu de Lagash, n&rsquo;\u00e9tait pas un rejeton de la Vierge mais du serpent : le prouve l&rsquo;esp\u00e8ce de caduc\u00e9e qu&rsquo;il tient, fait de deux serpents enlac\u00e9s. La constellation de l&rsquo;Hydre, qu&rsquo;on identifiait toujours \u00e0 ce dieu, \u00e9tait nomm\u00e9e \u00e0 Sumer comme en Akkad le dieu-serpent. Il ne s&rsquo;agit pas ici du serpent primordial (le Cancer), mais d&rsquo;un syncr\u00e9tisme entre l&rsquo;antique divinit\u00e9 orientale et la divinit\u00e9 plus r\u00e9cente des G\u00e9meaux : les <em>deux<\/em> serpents en t\u00e9moignent<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> ainsi que l&rsquo;oiseau Imgig (l&rsquo;aigle bic\u00e9phale) et les deux lions couch\u00e9s qui entourent Gish-Zi-da dans le songe du roi. En fait, cette triple figure, o\u00f9 se retrouvent les trois signes qui pr\u00e9c\u00e8dent le Taureau : le Lion, le Serpent et les G\u00e9meaux, nous \u00e9claire sur le dessein profond du roi. Il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un syncr\u00e9tisme astral, dont le but est d&rsquo;attirer vers la religion de Sumer les peuples indo-europ\u00e9ens (adorateurs du Soleil et du Lion) et les anatoliens (aux religions g\u00e9miques) dans une nouvelle alliance. De m\u00eame, le dieu h\u00e9r\u00e9tique de Samarie et d&rsquo;El\u00e9phantine, au 5<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. sera un syncr\u00e9tisme entre le taureau Hadad, l&rsquo;ambivalence El et B\u00e9lit et la d\u00e9esse lunaire Anit, symbolis\u00e9e par le croissant. Et c&rsquo;est encore le recours aux dieux ant\u00e9rieurs qui fera les h\u00e9r\u00e9tiques du 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle se tourner vers la Bible h\u00e9bra\u00efque (Luther) ou vers la dialectique mythologique (Erasme).<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on admet cette hypoth\u00e8se, il devient possible de jalonner l&rsquo;\u00e9volution des croyances sum\u00e9riennes et, du m\u00eame coup, l&rsquo;histoire politique de Sumer, en trois paliers successifs :<\/p>\n<p>1\u00b0 L&rsquo;opposition Kish-Ourouk (3100-2900), dont nous savons peu de choses, sinon qu&rsquo;Ourouk l&rsquo;a emport\u00e9, que des dieux sont \u00ab\u00a0morts\u00a0\u00bb : Dumuzi, Gish-Zi-da\u2026 et qu&rsquo;apr\u00e8s la chute de Kish les dieux de l&rsquo;ancienne Warka, Anou-Mardouk et Eanna furent officiellement restaur\u00e9s.<\/p>\n<p>2\u00b0 L&rsquo;intervention (vers 2600-2500) d&rsquo;une \u00ab\u00a0h\u00e9r\u00e9sie\u00a0\u00bb lagashienne, marquant le retour \u00e0 des dieux ant\u00e9rieurs, ouraniens et g\u00e9miques, sous l&rsquo;influence des tribus du nord, en m\u00eame temps que le retour \u00e0 l&rsquo;un des dieux de Kish.<\/p>\n<p>3\u00b0 L&rsquo;infiltration des croyances s\u00e9mitiques et akkadiennes (dieu-lune, d\u00e9esse-m\u00e8re\u2026 et b\u00e9lier) qui, \u00e0 partir de 2450-2400, ach\u00e8vent de d\u00e9naturer la religion initiale.<\/p>\n<p>Ce serait retrouver jusqu&rsquo;en Sumer la double \u00e9volution des schismes isra\u00e9lites et chr\u00e9tiens :<\/p>\n<div><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/LAGASH001.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-2101\" title=\"LAGASH001\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/LAGASH001-1024x307.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"191\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/LAGASH001-1024x307.jpg 1024w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/LAGASH001-300x89.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/LAGASH001.jpg 1601w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Cylindre A, II, 16.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Cf. le mythe tr\u00e8s ancien d&rsquo;Adapa, dont les lamentations ont pour but de h\u00e2ter la r\u00e9surrection de ces dieux, qui \u00ab\u00a0temporairement ont quitt\u00e9 la terre\u00a0\u00bb. (Tablettes d&rsquo;El-Amarna).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Edouard DHORME : <em>Les Religions de Babylonie et d&rsquo;Assyrie<\/em>, Presses Universitaires.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Mercure (Herm\u00e8s, le dieu au caduc\u00e9e) est la plan\u00e8te privil\u00e9gi\u00e9e du signe des G\u00e9meaux.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;annonce de la fin<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 cet \u00e9parpillement du culte primitif, la puissance temporelle de l&rsquo;Etat religieux s&rsquo;amenuise et se dissout. Ce n&rsquo;est point par hasard si, vers 2900-3000, les pouvoirs temporels (le roi) et spirituels (le pr\u00eatre) apparaissent dissoci\u00e9s, comme on le verra en Juda apr\u00e8s la mort de Salomon et dans l&rsquo;Occident chr\u00e9tien \u00e0 partir de la Bulle d&rsquo;Or.<\/p>\n<p>De l&rsquo;abaissement de Kish jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;effondrement de l&#8217;empire (1950), Sumer passe en effet par ces p\u00e9riodes d&rsquo;\u00e9chec et de r\u00e9action qui nous sont maintenant famili\u00e8res : quatre si\u00e8cles de luttes pour l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie et de r\u00e9voltes mat\u00e9es : deuxi\u00e8me dynastie d&rsquo;Our, croissance de Lagash, royaume d&rsquo;Umma, deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me dynasties d&rsquo;Ourouk, qu&rsquo;ach\u00e8ve vers 2400 la domination de Sargon, roi d&rsquo;Akkad; puis, un demi-si\u00e8cle de restauration, que brise au 22<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle l&rsquo;envahissement (ou le schisme) gout\u00e9en. Un ultime sursaut (quatri\u00e8me dynastie d&rsquo;Ourouk et troisi\u00e8me dynastie d&rsquo;Our) n&rsquo;assumera pas plus de 50 \u00e0 60 ans l&rsquo;unification de Sumer avant sa destruction finale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em><span style=\"text-decoration: underline;\">La d\u00e9mente hypoth\u00e8se<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est le rythme m\u00eame que, deux mille ans plus tard, suivra l&rsquo;histoire de Juda et, d\u00e8s lors, nous comprenons mieux l&rsquo;alarme des proph\u00e8tes bibliques au 9<sup>\u00e8me<\/sup> et au 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles avant J.-C. C&rsquo;est qu&rsquo;en effet, ici et l\u00e0, une religion quitte le temps privil\u00e9gi\u00e9, qui ne se retrouvera plus au cours de son histoire : temps d&rsquo;harmonie entre le Dieu et la cit\u00e9, temps de cr\u00e9ation parfaite et d&rsquo;immanente justice, dont les hommes pleureront longtemps la fin.<\/p>\n<p>Les hommes : non seulement les plus corrompus, mais les plus saints. \u00ab\u00a0J&rsquo;entends dire, \u00e9crit sainte Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;Avila, que Dieu accordait de plus grandes gr\u00e2ces aux anciens fondateurs d&rsquo;ordres. Cela est vrai<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\u00a0\u00bb Et non seulement les plus mystiques, mais les plus raisonnables. En plein 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle fran\u00e7ais, Voiture suppliera le roi de mettre un terme aux h\u00e9r\u00e9sies protestantes, qui vont \u00ab\u00a0pendant les deux mille ans \u00e0 venir\u00a0\u00bb d\u00e9naturer le destin de la religion et faire du moindre \u00ab\u00a0changement de r\u00e8gne\u00a0\u00bb un \u00e9pouvantable malheur.<\/p>\n<p>Tout notre sage si\u00e8cle \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb frissonne de ces terreurs, brillantes chez Bossuet, adoucies chez F\u00e9nelon, philosophiques chez Malebranche, \u00e9pouvant\u00e9es chez Pascal. Or, tout le \u00ab\u00a0si\u00e8cle classique\u00a0\u00bb de Juda, celui de N\u00e9h\u00e9mie et d&rsquo;Esdras, \u00e9tait en proie aux m\u00eames craintes, contenues chez le chroniqueur, plus libres chez le pseudo-proph\u00e8te, aux proph\u00e9ties asserment\u00e9es. Et la majeure partie des textes sum\u00e9riens que nous avons rassembl\u00e9s, \u00ab\u00a0la biblioth\u00e8que de Nippour\u00a0\u00bb (\u00e9galement de cet \u00e2ge classique qui suivit le ch\u00e2timent de Lagash) expriment la m\u00eame angoisse et la m\u00eame nostalgie.<\/p>\n<p>Angoisse, en v\u00e9rit\u00e9, trop forte pour \u00eatre la simple crainte de conflits politiques, de scandales religieux; nostalgie sans espoir d&rsquo;une \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb irrempla\u00e7able, unique et surhumaine, que l&rsquo;ordre dans l&rsquo;Etat et la loi dans le c\u0153ur ne sauraient remplacer\u2026<\/p>\n<p>Quelle chose? Devrions-nous en croire les grands mystiques selon lesquels la Religion est essentiellement la manifestation sacr\u00e9e de modifications psychologiques impos\u00e9es, inspir\u00e9es par Dieu (par le Cosmos)? En croire Jans\u00e9nius, selon lequel il y a un temps \u2014 des temps \u2014 o\u00f9 Dieu gouverne, inspire, exalte l&rsquo;homme, des temps o\u00f9 Il ne lui parle plus (et, seul, l&rsquo;homme ne peut rien)? En croire le proph\u00e8te Ez\u00e9chiel quand il promet au peuple de Juda un autre \u00e2ge d&rsquo;or, le jour o\u00f9 la terre naviguera sous \u00ab\u00a0d&rsquo;autres cieux\u00a0\u00bb (entendez : d&rsquo;autres \u00e9toiles, une autre constellation)? En croire Adapa, le Sum\u00e9rien, quand il pleure les dieux de Kish, pour un temps absents de la Terre?<\/p>\n<p>Est-ce que, vraiment, des Forces, des Puissances baignent parfois notre plan\u00e8te et parfois l&rsquo;abandonnent \u00ab\u00a0et l&rsquo;univers alors se retrouve livr\u00e9 \u00e0 son propre mouvement\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>? Mais, dans cette hypoth\u00e8se, toutes les religions ne prendraient-elles pas fin au moment m\u00eame o\u00f9 se produit cet abandon?<\/p>\n<p>Or, nous savons qu&rsquo;il n&rsquo;en est rien : la religion du Taureau ne cesse pas vers 2800 avant J.-C., ni m\u00eame six si\u00e8cles plus tard, lorsque s&rsquo;annonce la religion nouvelle; le B\u00e9lier n&rsquo;abdique pas au 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., ni m\u00eame au temps du Christ. On n&rsquo;a point vu, aux temps de la Renaissance, l&rsquo;Eglise de Rome admettre son agonie, on ne le voit pas aujourd&rsquo;hui, on ne le verra pas demain.<\/p>\n<p>Ce fait infirme-t-il l&rsquo;incroyable hypoth\u00e8se? Ou prouve-t-il simplement que l&rsquo;homme, hors du \u00ab\u00a0royaume\u00a0\u00bb, retombe dans sa paresse, son ent\u00eatement, n\u00e9 de l&rsquo;impuissance \u00e0 cr\u00e9er seul de nouveaux Mythes? De sorte que les pr\u00eatres, les pontifes de la religion abandonn\u00e9e n&rsquo;ont d&rsquo;autres recours que de tout mettre en \u0153uvre pour combler le Vide et l&rsquo;Absence, pour faire que \u00ab\u00a0le royaume de Dieu\u00a0\u00bb se poursuive de force \u2014 na\u00efvement, dans l&rsquo;oubli que nul artifice jamais n&rsquo;a pu le prolonger\u2026<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Sainte Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;Avila, <em>Le livre des Fondations<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Le <em>Politique<\/em> de Platon.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Jean-Charles Pichon 1963<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PREMIERE PARTIE LA LEGENDE ET L&rsquo;HISTOIRE \u00a0 I LA GRANDE PEUR DU MOYEN AGE &nbsp; \u00a0 Dans son petit livre Le mythe de l&rsquo;\u00e9ternel retour, Mirc\u00e9a Eliade \u00e9crit : \u00ab\u00a0A l&rsquo;apog\u00e9e du Moyen Age, ces th\u00e9ories (des cycles) commencent \u00e0 &hellip; <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=2046\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-2046","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-cycles-du-retour-eternel"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2046","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2046"}],"version-history":[{"count":41,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2046\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2149,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2046\/revisions\/2149"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2046"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2046"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2046"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}