{"id":1585,"date":"2012-05-26T16:31:21","date_gmt":"2012-05-26T14:31:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=1585"},"modified":"2012-05-30T16:04:28","modified_gmt":"2012-05-30T14:04:28","slug":"iii-les-modalites-dune-mise-au-point","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=1585","title":{"rendered":"LE GRAAL &#8211; III &#8211; Les modalit\u00e9s d&rsquo;une mise au point"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>III<\/strong><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Les modalit\u00e9s d&rsquo;une mise au point<\/strong><\/span><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00a0<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gauvain et Galaad sont parfaitement d\u00e9crits, aussi pr\u00e9cis\u00e9ment que possible : antinomiques au point que le Trivial de celui-l\u00e0 peut \u00eatre le Bon de celui-ci, ou la vertu de l&rsquo;un (son go\u00fbt pour l&rsquo;amour charnel) le p\u00e9ch\u00e9 de l&rsquo;autre, etc. Si contraires leurs points de vue que, depuis l&rsquo;un ou l&rsquo;autre, le m\u00eame objet : le Graal peut se faire m\u00e9connaissable, et d&rsquo;ailleurs m\u00e9connu!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne voit pas le m\u00eame objet depuis l&rsquo;orient ou l&rsquo;occident, depuis le plateau de la noblesse ou la vall\u00e9e de la roture. L&rsquo;enfant et l&rsquo;adulte ne vivent pas les m\u00eames faits; ni le cr\u00e9puscule n&rsquo;offre les m\u00eames couleurs que l&rsquo;aube. La diversit\u00e9 des points de vue, d&rsquo;abord, tient de celle des positions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il arrive que, localis\u00e9 entre les deux extr\u00eames, un seul individu ou un seul personnage puisse avoir de l&rsquo;objet ou du fait des visions non moins antinomiques, selon que, par exemple, il a tourn\u00e9 la t\u00eate vers la droite ou la gauche, qu&rsquo;il a regard\u00e9 de bas en haut ou \u00e0 l&rsquo;inverse, etc. Ses points de vue, alors, ne seront pas d\u00e9pendants de son positionnement, de sa localisation dans le temps ou dans l&rsquo;espace, mais ils seront d\u00e9pendants de la disposition \u2014 de son corps ou de son esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un tel personnage est au c\u0153ur de toutes les G.I. Mais ce \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb est singulier, car, d&rsquo;une autre mani\u00e8re, il englobe le Tout et peut Tout percevoir, de par sa position centrale. Nulle vision ne peut se faire plus partiale et plus g\u00e9n\u00e9rale, plus dominatrice et plus asservie : on y reconnait celle de JE m\u00eame, en sa jeunesse ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, en son adolescence. Dans les qu\u00eates du Graal, cet Adam jeune ou ce Peuple jeune se nomme Perceval.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plus simple lecture en r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fois la position centrale et les dispositions presque infinies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">C\u0153ur de la Qu\u00eate<\/span><\/strong>, les premiers chants (oraux) l&rsquo;ignorent et, dans le triomphe final de Galaad il s&rsquo;estompe, au point de dispara\u00eetre \u2014 en quelque ermitage. Il vient apr\u00e8s Gauvain, qu&rsquo;il doit suivre \u00e0 la trace; il accompagne le bon chevalier de loin et ne le retrouve qu&rsquo;en des moments privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fils de noble \u00e0 coup s\u00fbr, il lui faut, d\u00e8s le d\u00e9part, prouver son ascendance, car son p\u00e8re est mort avant sa naissance; son apparition dans le conte est celle d&rsquo;un orphelin qui veut \u00eatre reconnu : il r\u00eave d&rsquo;un blason.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ses voyages, sans cesse, il court de \u00e7\u00e0 et de l\u00e0, de droite et de gauche, \u00e0 la poursuite de l&rsquo;Ennemi, voleur de la Coupe, vers l&rsquo;ouest, puis vers le ch\u00e2teau d&rsquo;Arthur, \u00e0 l&rsquo;est alors. Il pourra m\u00eame, plus tard, entra\u00eener Galaad vers le Ch\u00e2teau du Graal, le d\u00e9tournant de la Qu\u00eate v\u00e9ritable, vers l&rsquo;Orient. Ce va-et-vient est un sur-place. Au point que, parfois, il semble s&rsquo;absenter de la Qu\u00eate, r\u00e9fugi\u00e9 en quelque ermitage. Mais c&rsquo;est aussi, bizarrement, un englobement de toute l&rsquo;aventure. On dirait que le Temps, en sa succession, ne peut pas l&rsquo;atteindre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Homme du pourtour<\/span><\/strong> ou du Milieu (dans le sens, cette fois, d&rsquo;entourage, de climat), il n&rsquo;est rien qu&rsquo;il ignore ou qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas v\u00e9cu. Son domaine n&rsquo;est pas moins magique que celui de Gauvain : il affronte, lui aussi, le dragon et la licorne, la sorci\u00e8re et le g\u00e9ant; il courtise les Dames et ne peut se passer d&rsquo;elles. Mais, chaste tout \u00e0 coup, il les \u00e9vite non moins que Bohort et Galaad; comme le bon chevalier, il lui faut tout comprendre ou, pour mieux dire, tout expliquer. Quand le PAN remplace le PAT, avec la m\u00eame rigueur ou la m\u00eame pr\u00e9cision que ses deux compagnons, il choisit la bonne route.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non seulement le carrefour ne l&rsquo;\u00e9gare pas, mais il semble qu&rsquo;il s&rsquo;y complait, car il ne quitte gu\u00e8re le lieu du doute. Ce n&rsquo;est pas dans une partie de sa vie qu&rsquo;il choisit l&rsquo;est ou l&rsquo;ouest, l&rsquo;action ou la promesse de l&rsquo;ermitage. La tentation de l&rsquo;ermite, entre autres, le poursuit tout au long de son existence. D\u00e8s le temps de Gauvain, un ermite l&rsquo;a convaincu et rejet\u00e9 vers Dieu, le dieu de l&rsquo;eucharistie, \u00ab\u00a0abandonn\u00e9 depuis sept ans\u00a0\u00bb; d&rsquo;autres le s\u00e9duiront, par leur sagesse, au temps de Galaad. Entre sa jeunesse et son \u00e2ge adulte, un ermitage le re\u00e7oit, longtemps; il s&rsquo;y r\u00e9fugiera en sa vieillesse. Orphelin mais noble, orient\u00e9 ou non, il n&rsquo;a jamais connu la na\u00efvet\u00e9 de l&rsquo;enfant, il ne conna\u00eetra jamais l&rsquo;assurance de l&rsquo;adulte. Ne devrait-on pas le dire un \u00ab\u00a0\u00e9ternel adolescent\u00a0\u00bb? Cet \u00e2ge est sans piti\u00e9, mais aussi sans \u0153ill\u00e8re. Perceval \u00e9claircit les \u00e9nigmes du Ch\u00e2teau, qui laissent Gauvain pantois. Il peut donner \u00e0 Galaad le grand rendez-vous, sur la Nef.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son m\u00e9rite est immense, car, si les conseillers ne lui font pas d\u00e9faut, tr\u00e8s souvent ils le trompent, de bonne ou de mauvaise foi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un ermite lui a donn\u00e9 le Graal pour une nourriture et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, pour le Poisson. Un autre lui montrera qu&rsquo;il n&rsquo;est que le Lui-m\u00eame, la Personne M\u00eame, le JE, avant qu&rsquo;il le d\u00e9couvre, par soi-m\u00eame, le Gr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a aim\u00e9, connu au sens biblique, de nombreuses donzelles. Chaste, il ne pourra toujours se soustraire aux piti\u00e9s \u2014 mais aussi aux amours \u2014 qu&rsquo;elles lui sugg\u00e8reront (\u00e0 l&rsquo;encontre de Bohort, que nulle piti\u00e9, nul d\u00e9sir ne tentera au point de renoncer \u00e0 son v\u0153u).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une dame qui l&rsquo;apitoie, jamais le Dubiteux ne peut l&rsquo;imaginer sorci\u00e8re; il ne devine jamais le Serpent ou le Malin sous la m\u00e9tamorphose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, temporellement, il vit au 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, entre la mort d&rsquo;Arthur, au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent, et l&rsquo;invention sublime du Graal, vers 720. Il n&rsquo;a connu que le Roi malade, non plus Arthur mais le P\u00eacheur \u2014 ou l&rsquo;Islam en son tout d\u00e9but. Si l&rsquo;on pouvait donner \u00e0 la dur\u00e9e d&rsquo;un homme les deux si\u00e8cles, sa vie tiendrait entre l&rsquo;av\u00e8nement du grand saint Gr\u00e9goire (590) et l&rsquo;av\u00e8nement de Charlemagne (756), qui fut aussi le premier schisme de l&rsquo;Islam (ou le second, selon les comptes) : l&rsquo;ach\u00e8vement des Omeyyades.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ce temps est d&rsquo;abord celui des Conversions, de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> Chr\u00e9tient\u00e9. Entre les deux coupes de Gauvain, encore \u00e0 demi pa\u00efennes, et le Gr\u00e9ant de Galaad, le Graal n&rsquo;est ici que le Sang de l&rsquo;eucharistie, la Nourriture supr\u00eame et souveraine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On en tiendra pour preuve que le r\u00e9cit de Boron (tristement fragmentaire), qui fait le pont entre le Gauvain de Chr\u00e9tien de Troyes et le Galaad des cisterciens, est aussi le seul texte qui conte pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;histoire du Graal chr\u00e9tien \u2014 en m\u00eame temps qu&rsquo;il invente le personnage entier de Perceval.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce vase est celui o\u00f9 le bon juif, Jos\u00e8phe d&rsquo;Arimathie, a recueilli le Sang du Christ apr\u00e8s le coup de la Lance. Compagnon de Matthieu et des Marie, Jos\u00e8phe l&rsquo;a translat\u00e9 en Gaule, en Provence puis au Pays de Galles, comme en d&rsquo;autres l\u00e9gendes, le tr\u00e9sor des Juifs, l&rsquo;Arche, a \u00e9t\u00e9 translat\u00e9 du Temple \u00e0 Rome, puis de Rome en Gaule (par les Barbares). Mais, d&rsquo;une autre mani\u00e8re, ce Vase ne contient que le d\u00e9sir du JE, car il comble tous les d\u00e9sirs. L&rsquo;eucharistie ne nourrit pas seulement : elle sauve, de toutes les tentations. Elle gu\u00e9rit, et c&rsquo;est bien pour sauver le Roi moribond (p\u00e9cheur autant que p\u00eacheur) que Perceval poursuit la qu\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;ermitage et la mort du Roi <\/span><\/strong>\u2014 J\u00e9sus a dit : \u00ab\u00a0Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers\u00a0\u00bb, abolissant d&rsquo;un mot le mythe de Hi\u00e9rarchie. Le triomphe du Poisson, ainsi, ne peut \u00eatre que le roi \u00ab\u00a0fait n\u00e9ant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Histoire date ce drame, en trois temps :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dagobert 1<sup>er<\/sup> a r\u00e9gn\u00e9 (de 628 \u00e0 638) sous la seule influence d&rsquo;un saint, son ministre saint Eloi : la chanson populaire rapporte comment, pour les d\u00e9tails les plus vulgaires, il ne pouvait se passer de son ministre. Un Clovis a pu prendre ses d\u00e9cisions lui-m\u00eame, et quelquefois contre l&rsquo;avis de Saint R\u00e9my, mais un Dagobert ne le peut plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son petit-fils, Dagobert II sera fait roi en 656. On le dit un saint, et il le fut sans doute. Mais, saint, il n&rsquo;\u00e9tait plus un roi, bien avant son abdication (en 679). Un roi ordonne, r\u00e9git et hi\u00e9rarchise, un saint per\u00e7oit, re\u00e7oit et donne. Au regard de la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;amour, la hi\u00e9rarchie n&rsquo;est qu&rsquo;abstraction. Un 3<sup>\u00e8me<\/sup> Dagobert r\u00e8gnera, deux ans ou trois, vers 712, mais on doit le tenir pour n\u00e9gligeable; le Roi sera bien mort : un Maire prendra sa place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le v\u00e9ritable n\u00e9ant du Roi est autre, que porte le nom de Sigebert (638\/656). Deuxi\u00e8me fils de Dagobert 1<sup>er<\/sup>, il est le roi qui laissa toute l&rsquo;autorit\u00e9, toute la hi\u00e9rarchie aux Maires du Palais, mais aussi le germe de la Tradition qui, jusqu&rsquo;au 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, fera du Souverain \u00e0 la fois le Disparu et l&rsquo;Eternel Renaissant. La disparition de Sigebert, celle du Roi, n&rsquo;est pas une mort seulement humaine : un Paul de Russie ou un Louis XVII ne seront que mat\u00e9riellement morts (ou d\u00e9ments, un Charles d&rsquo;Angleterre, un Georges III, un roi de Bavi\u00e8re \u2014 depuis Charles VI de France).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ne seront pas moins immortels que les Frederick (Barberousse ou Fr\u00e9d\u00e9ric II). Aujourd&rsquo;hui m\u00eame, des descendants de tous ces rois, d\u00e9funts ou fous, aspirent au tr\u00f4ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre mill\u00e9nium, depuis Charlemagne empereur (800) jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;assassinat de Louis XVI, est tout empli de cette rumeur immense : la nostalgie du Roi, dont le germe fut le temps de Perceval et du Graal enti\u00e8rement consid\u00e9r\u00e9 : de 638 \u00e0 656, exactement. C&rsquo;est aussi l&rsquo;\u00e9veil de l&rsquo;Islam, la constitution du Coran, depuis la mort de Mahomet jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ordonnancement irr\u00e9futable du Livre, par les 4 premiers califes, avant l&rsquo;av\u00e8nement des Conqu\u00e9rants, les Omeyyades : tout l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme, entre autres, des Lettres et des Serments, lui-m\u00eame contenu dans les trois premi\u00e8res sourates (1, 2, 3) ou de 622 \u00e0 679 si la proph\u00e9tie de chaque sourate contient 19 ans d&rsquo;Histoire, comme le montre <span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;Islam dans le Coran<\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sait que les 4 califes furent :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Abou Bekr (622\/634),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Omar (634\/644),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Othman (644\/656),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ali, assassin\u00e9 et dont la mort ouvrit le premier schisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est, \u00e0 tr\u00e8s peu pr\u00e8s (le degr\u00e9 de libert\u00e9 par cycle), un cycle d&rsquo;activit\u00e9 solaire par calife. Et c&rsquo;est aussi, \u00e0 deux ans pr\u00e8s, les temps de pr\u00e9sence de Dagobert 1<sup>er<\/sup>, Sigebert, Dagobert II. Le Roi se fait n\u00e9ant ici, alors qu&rsquo;ailleurs l&rsquo;Esprit na\u00eet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es contient l&rsquo;ensemble : l&rsquo;ermitage de Perceval, entre le jouvenceau et le vieillard, encore adolescent. C&rsquo;est \u00e0 la fois le triomphe \u2014 l&rsquo;apog\u00e9e pacifique \u2014 du dieu-poisson, la mort du roi, et l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;un autre dieu, Esprit. Mais le roi n&rsquo;est mort que du triomphe du Poisson, du Roi P\u00eacheur; l&rsquo;Esprit ne na\u00eet que de la mort du Roi, du Lion (comme le Poisson est n\u00e9 de la mort de la Vierge, 2 160 ans plus t\u00f4t).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici et maintenant s&rsquo;\u00e9claire l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de Perceval, son doute, son \u00e9ternel combat : ils ne sont pas faits d&rsquo;ignorance mais d&rsquo;une science universelle, car <em>hic et nunc<\/em>, en l&rsquo;Etre Je, tout est compris, tout peut \u00eatre pr\u00e9vu. Cette pr\u00e9diction n&rsquo;est pas autre chose que cette connaissance, le Graal-gr\u00e9 une autre chose que le Graal-nourriture, la volont\u00e9 que l&rsquo;acquis, la conception que la perception, ou la couleur (sa longueur d&rsquo;onde) une autre chose que la note (sa fr\u00e9quence). L&rsquo;apparence de l&rsquo;objet (l&rsquo;image) y chevauche sa dur\u00e9e (le symbole en syst\u00e8me prescrit), ou le r\u00e9cit la sentence, la fable le principe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le doute n&rsquo;est pas autre que la conscience parfaite de la totalit\u00e9. Mais il en fait, par suite, cette g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 o\u00f9 ne se d\u00e9couvrent plus que des partialit\u00e9s. Une \u0153uvre a dit, magistralement, ce combat sans fin : <span style=\"text-decoration: underline;\">La tentation de Saint-Antoine<\/span>, mais ce fut au temps de Rimbaud, de Nietzsche, de <span style=\"text-decoration: underline;\">La fin de Satan<\/span> et de <span style=\"text-decoration: underline;\">La Sorci\u00e8re<\/span> \u2014 de Michelet, en la premi\u00e8re fissure des temps rationalistes, o\u00f9 Wagner r\u00e9veillait le spectre de Perceval.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">L&rsquo;ench\u00e2ssement et l&rsquo;\u00e9dification<\/span><\/strong> \u2014 Gauvain et Galaad ont pu \u00eatre des humains, des \u00eatres mat\u00e9riels, vivants, le premier au 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le second au 8<sup>\u00e8me<\/sup>, dans le triomphe de l&rsquo;Islam. Mais Perceval est, en soi-m\u00eame, une Grande Image, car aucun mortel ne vit les deux si\u00e8cles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le myst\u00e8re du Coran, sa longue proph\u00e9tie, sur plus de 2 000 ans, peut encore s&rsquo;expliquer, par le g\u00e9nie d&rsquo;un homme, qu&rsquo;ont instruit les proph\u00e8tes h\u00e9bra\u00efques et chr\u00e9tiens. Mais comment expliquer cet ouvrage d&rsquo;orf\u00e8vre que repr\u00e9sente l&rsquo;ench\u00e2ssement de la mort du Roi P\u00eacheur dans la vie de Perceval, de cette vie au c\u0153ur des Qu\u00eates du Graal (de Gauvain \u00e0 Galaad), de cette Qu\u00eate enfin au c\u0153ur de la Grande Image que constituent \u2014 sur douze si\u00e8cles \u2014 les Lectures du Graal?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Visiblement, ici, l&rsquo;Histoire se fait po\u00e8me. Le Temps lui-m\u00eame s&rsquo;enroule ainsi qu&rsquo;un m\u00e9daillon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il se d\u00e9roule aussi, dans l&rsquo;autre sens, et c&rsquo;est un second myst\u00e8re que cet \u00e9largissement des cycles, depuis la p\u00e9riode 620\/670 jusqu&rsquo;aux 12 si\u00e8cles \u2014 et bien au-del\u00e0, car six si\u00e8cles apr\u00e8s les derni\u00e8res Qu\u00eates m\u00e9di\u00e9vales, musiciens et po\u00e8tes s&rsquo;en nourrissent encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, cet enroulement et ce d\u00e9roulement, ni Gauvain ni Galaad ne semblent en prendre conscience, li\u00e9s \u00e0 leurs marches horizontales, vers l&rsquo;Occident ou vers l&rsquo;Orient, selon qu&rsquo;ils voyagent (et vivent) avant ou apr\u00e8s le 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, au plan de l&rsquo;horizontal, qui est du domaine de la Succession, les voyages de Perceval ne sont que de va-et-vient. La tentation de l&rsquo;ermitage ou son regret l&rsquo;attachent \u00e0 l&rsquo;obscure for\u00eat de la simultan\u00e9it\u00e9. A son regard Gauvain, plut\u00f4t qu&rsquo;il ne va vers l&rsquo;ouest, participe d&rsquo;un enroulement in\u00e9vitable, insupportable. Il faut que l&rsquo;Enfant et lui en viennent \u00e0 se combattre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais au terme du PAT : \u00ab\u00a0Quoi donc? se disent-ils. Je n&rsquo;ai rien fait que me combattre moi-m\u00eame!\u00a0\u00bb Car, hors du successif, ils ne sont pas diff\u00e9rents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas davantage la qu\u00eate de Galaad ne para\u00eet orient\u00e9e \u00e0 celui qui tant\u00f4t le suit, tant\u00f4t le pr\u00e9c\u00e8de, et qui, souvent le quitte pour s&rsquo;enfoncer au plus profond de la for\u00eat. Mais il ne doute pas de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de cette qu\u00eate, de sa prodigieuse \u00a0et pourtant rationnelle \u00ab\u00a0remont\u00e9e\u00a0\u00bb. L&rsquo;\u00e9dification que portent tous les actes du bon chevalier l&rsquo;\u00e9difie lui-m\u00eame, comme elle \u00e9difie \u00e9galement le Graal, d&rsquo;une apparition de la Coupe \u00e0 l&rsquo;autre \u2014 jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation finale, en la capitale sarrasine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la retomb\u00e9e fut fantastique, affubl\u00e9e, pareille \u00e0 un \u00ab\u00a0affect\u00a0\u00bb jungien, elle fut aussi comme, au plan de la Lecture, la <em>diachronie<\/em> de Saussure, d&rsquo;une \u00e8re \u00e0 l&rsquo;autre, par l&rsquo;\u00e9chelle des g\u00e9n\u00e9rations ou le myst\u00e9rieux voyage que Teilhard de Chardin situe de la Noosph\u00e8re c\u00e9leste \u00e0 la trop humaine Biosph\u00e8re. Dans le songe de Jacob, les anges descendent ainsi du Ciel sur la Terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais dans le m\u00eame songe, d&rsquo;autres anges s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent, par la m\u00eame \u00e9chelle. Cette \u00e9dification ne peut \u00eatre que morale ou scientifique, th\u00e9ologique, voulue. Qu&rsquo;on en fasse une sentence \u00e9thique ou un principe scientifique, elle impose une \u00ab\u00a0loi\u00a0\u00bb que la retomb\u00e9e ignore. Cette loi, en la mort du Lion, du Roi divin, ne peut se fonder que sur la Vierge : d&rsquo;o\u00f9, la virginit\u00e9 de Galaad, la chastet\u00e9 de Bohort \u2014 et de Perceval, \u00e0 partir d&rsquo;ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette Vierge n&rsquo;est pas sauv\u00e9e par la destruction des 7 vices, ses ge\u00f4liers, comme Hector le croira, mais par le simple triomphe de la Sainte Raison sur l&rsquo;abject\u00a0 esclavage. Nul t\u00e9moignage n&rsquo;en est plus clair que la fa\u00e7on dont le \u00ab\u00a0taureau\u00a0\u00bb Bohort s&rsquo;arrache aux tentations, aux fausses piti\u00e9s. Une dame ira jusqu&rsquo;\u00e0 lui dire : \u00ab\u00a0Si tu ne m&rsquo;aimes pas, je me tue\u00a0\u00bb. Il la laisse se suicider et il en souffre, mais le V\u0153u est au-dessus de toutes les autres lois \u2014 et de la compassion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A cette rigueur, \u00e0 cette extr\u00e9mit\u00e9, l&rsquo;Adolescent maintenant aspire, sans toujours y atteindre, il n&rsquo;est pas s\u00fbr que, dans une pareille circonstance, il r\u00e9agirait comme Bohort : on ne le peut croire. Mais ce pire lui est \u00e9vit\u00e9. Tout au plus, couch\u00e9 dans le m\u00eame lit que la plus belle demoiselle du monde, trouvera-t-il la vertu de saisir son \u00e9p\u00e9e, en ultime recours, et d&rsquo;en baiser la croix. Tout le mal\u00e9fice se dissipera dans ce geste : la fille, le lit, la chambre, ne laissant en leur place qu&rsquo;une \u00ab\u00a0immonde puanteur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, un mot \u2014 homonyme \u2014 dit \u00e0 la fois ce \u00ab\u00a0montage\u00a0\u00bb qu&rsquo;est tout ench\u00e2ssement et l&rsquo;\u00e9dification \u00e0 quoi tend le principe : <em>monture<\/em>. Il dit bien davantage, \u00e9tant le coursier d&rsquo;abord, qui va o\u00f9 on le m\u00e8ne \u00e0 moins qu&rsquo;il ne m\u00e8ne son chevalier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mot ne dit pas seulement le domaine de Perceval, et ses voyages. Il dit le c\u0153ur inconcevable de toute la machinerie du Graal, <em>le moyeu de l&rsquo;\u0153uf<\/em>, ou, dans le langage contemporain, le noyau de l&rsquo;atome, monture des <em>quarks<\/em>, de leurs 3 couleurs, de leurs 4 saveurs, en m\u00eame temps que de la colle la plus forte, que les physiciens nomment le <em>gluon<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alliance des formes et de la force? Peut-\u00eatre. Mais non moins, \u00e0 un autre niveau, alliance de la G.I. et du S.S.P. Car ce n&rsquo;est jamais que la derni\u00e8re image, la plus interne (du quark, du quasar), qui est un symbole; et le plus petit syst\u00e8me de symbole physique (le gluon) qui contient aussi bien l&rsquo;infini du Trou Noir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La monture secr\u00e8te \u2014 invisible \u2014 de tous les contes : de la Cr\u00e9ation, de l&rsquo;Alliance, de la Qu\u00eate, et de tous les syst\u00e8mes scientistes, d\u00e8s qu&rsquo;un principe les fonde\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Simplement si le conte se d\u00e9compose ainsi, en 3 (ou 6, ou 9, 12) personnages, il faut que le principe se fonde sur de tout autres \u00e9l\u00e9ments. Je les nomme les outils, les instruments ou les moyens. Ils ordonnent bien diff\u00e9remment les deux Lectures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Charles Pichon<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>III Les modalit\u00e9s d&rsquo;une mise au point &nbsp; \u00a0 Gauvain et Galaad sont parfaitement d\u00e9crits, aussi pr\u00e9cis\u00e9ment que possible : antinomiques au point que le Trivial de celui-l\u00e0 peut \u00eatre le Bon de celui-ci, ou la vertu de l&rsquo;un (son &hellip; <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=1585\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[36],"tags":[],"class_list":["post-1585","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-quetes-du-graal"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1585","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1585"}],"version-history":[{"count":9,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1585\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1831,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1585\/revisions\/1831"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1585"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1585"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1585"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}