{"id":149,"date":"2010-11-13T14:32:21","date_gmt":"2010-11-13T13:32:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=149"},"modified":"2011-01-07T21:22:08","modified_gmt":"2011-01-07T20:22:08","slug":"le-parcours-dun-theme","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=149","title":{"rendered":"Le parcours d&rsquo;un th\u00e8me"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em> <span style=\"font-size: medium;\">En 1959, Jean-Charles Pichon publiait chez Gedalge un  ouvrage intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Luttes et Jeux\u00a0\u00bb. En 1992, il donnait \u00e0 Nantes une conf\u00e9rence  sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0Sport et violence\u00a0\u00bb. Voici des extraits de ses r\u00e9flexions, \u00e0 pr\u00e8s  de 25 ans de distance.<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-size: medium;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/LUTTES-ET-JEUX.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-150\" title=\"LUTTES ET JEUX\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/LUTTES-ET-JEUX-212x300.jpg\" alt=\"\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/LUTTES-ET-JEUX-212x300.jpg 212w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/LUTTES-ET-JEUX.jpg 437w\" sizes=\"auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><\/a><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: arial; font-size: medium;\">LUTTES ET  JEUX<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: arial; font-size: medium;\">1959<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\"><em><strong><span style=\"font-family: arial; font-size: medium;\">[Document audio : extrait d&rsquo;une conf\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;IUT de Nantes.<\/span><\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: arial; font-size: medium;\"><span style=\"color: #800080;\"><em>Pour l&rsquo;\u00e9couter, cliquez sur<\/em> &lsquo;LES JEUX\u00a0\u00bb.<span style=\"color: #800080;\">]<\/span><\/span><br \/>\n<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: arial; font-size: medium;\"><object classid=\"clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000\" width=\"40\" height=\"40\" codebase=\"http:\/\/download.macromedia.com\/pub\/shockwave\/cabs\/flash\/swflash.cab#version=6,0,40,0\"><param name=\"src\" value=\"LES JEUX\" \/><embed type=\"application\/x-shockwave-flash\" width=\"40\" height=\"40\" src=\"LES JEUX\"><\/embed><\/object><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/LES-JEUX.mp3\">LES JEUX<\/a><br \/>\n<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\">INTRODUCTION<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial; font-size: medium;\"> J&rsquo;avais r\u00e9uni d\u00e9j\u00e0 une partie  importante de la documentation n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude que je projetais des \u00ab\u00a0luttes  et combats \u00e0 travers l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb, lorsque je pris conscience qu&rsquo;insensiblement  je me laissais entra\u00eener fort loin de mon projet initial.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial; font-size: medium;\"> Il m&rsquo;apparaissait en effet qu&rsquo;il  n&rsquo;\u00e9tait pas une forme de combat qui n&rsquo;e\u00fbt, \u00e0 quelque moment de l&rsquo;histoire d&rsquo;une  race ou d&rsquo;un peuple, d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en\u00a0un jeu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Prenant le probl\u00e8me \u00e0 rebours,  je me demandais alors combien,\u00a0parmi nos jeux modernes, ne sont pas la  survivance, l&rsquo;adoucissement d&rsquo;un combat primitivement meurtrier ou sanguinaire.  Consid\u00e9r\u00e9 sous cet angle, un spectacle aussi banal qu&rsquo;une f\u00eate foraine pourrait  \u00eatre d\u00e9crit comme la derni\u00e8re expression de la volont\u00e9 agressive de l&rsquo;homme,  qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du cirque et de sa m\u00e9nagerie, ultime \u00e9volution des anciens duels  des bestiaires contre les fauves ou qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de ce comp\u00e9titions de tir, de  billard chinois, de machines \u00e0 sous, survivances de combats certes plus  redoutables. Il n&rsquo;est pas jusqu&rsquo;aux loteries qui ne puissent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es  comme la forme \u00e9volu\u00e9e d&rsquo;une comp\u00e9tition non plus des hommes entre eux mais de  l&rsquo;homme contre le destin<em><strong>.<\/strong><\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial; font-size: medium;\"> Ces dangers forains, sans doute, ne  sont que des faux-semblants. A la loterie, on ne risque pas de se ruiner; au  stand de tir, la carabine peut-\u00eatre est charg\u00e9e \u00e0 vraies balles, mais la cible  propos\u00e9e n&rsquo;est qu&rsquo;une silhouette de bois, un disque de carton. Les lions que le  dompteur expose dans sa baraque sont vrais animaux sauvages, mais vieillis,  affaiblis par la captivit\u00e9, bien nourris au surplus. Le lutteur et le faiseur de  tours poss\u00e8dent une force, une adresse v\u00e9ritable; mais, tr\u00e8s souvent, ils font  appel \u00e0 des comp\u00e8res qui rendent plus \u00e9videntes (et moins r\u00e9elles) leur force,  leur habilet\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial; font-size: medium;\"> Mais le joueur sinc\u00e8rement participe  au simulacre. Ce public d&rsquo;enfants fr\u00e9mit au rugissement du lion. Le tireur  s&rsquo;applique de son mieux \u00e0 toucher la silhouette qu&rsquo;on lui propose; il y met une  passion \u00e9gale \u00e0 celle qu&rsquo;il \u00e9prouverait si, dans un pays hostile, il se trouvait  en pr\u00e9sence d&rsquo;un ennemi. Ce jeune homme conduit sa voiture \u00e9lectrique comme si  sa vie en d\u00e9pendait et cette jeune fille, qui mise cinquante francs sur l&rsquo;as de  coeur, attend que la roue de la chance ait fini de tourner avec la m\u00eame  impatience que si, \u00e0 la place d&rsquo;un nougat, elle pouvait gagner une  fortune.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Dire que tout combat tend \u00e0 s&rsquo;adoucir  au point de devenir unjeu ne signifie pas que tout jeu f\u00fbt d&rsquo;abord un combat. La  notion de <em>vertige<\/em> (qui explique aussi bien le \u00ab\u00a0rotor\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0La grande  roue\u00a0\u00bb que la corde \u00e0 sauter de la petite fille ou la danse hyst\u00e9rique du sorcier  noir) n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec notre propos;\u00a0sinon, peut-\u00eatre, en tant que <em>lutte  contre soi-m\u00eame<\/em>, mais cela nous entra\u00eenerait trop loin que d&rsquo;en tenter la  d\u00e9monstration. De m\u00eame, le jeu de construction ou le puzzle, par exemple, font  bien intervenir le principe d&rsquo;\u00e9mulation, mais \u00e0 ce point modifi\u00e9 (ces jeux se  pratiquant dans la solitude) qu&rsquo;on ne peut gu\u00e8re parler de \u00ab\u00a0combat\u00a0\u00bb en  l&rsquo;occurence.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Il reste qu&rsquo;\u00e0 un moment de l&rsquo;histoire  de l&rsquo;humanit\u00e9, la lutte pour la vie semble avoir \u00e9volu\u00e9 en cette lutte sans  objet, parfaitement gratuite et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e qui fait le fond de la plupart des  jeux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Quand et comment le premier des  combats &#8211; la lutte pour la vie &#8211; est-il devenu un jeu? Quand et comment le jeu  a-t-il pris naissance? Question impossible \u00e0 r\u00e9soudre autrement que par des  hypoth\u00e8ses.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Si pourtant on admet que le jeu est  avant tout une \u00e9vasion de la r\u00e9alit\u00e9 (qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du vertige ou du  simulacre), il ne semble pas qu&rsquo;il ait pu exister un temps o\u00f9 l&rsquo;homme, s&rsquo;il  voulait survivre, ne pouvait s&rsquo;\u00e9vader, pr\u00e9cis\u00e9ment, d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 oppressante et  dangereuse. Si le chasseur de la pr\u00e9histoire poursuit des proies, c&rsquo;est  uniquement pour se nourrir; s&rsquo;il s&rsquo;am\u00e9nage une retraite dans une grotte, pour se  prot\u00e9ger. L&rsquo;oiseau ne joue pas quand il construit un nid; le loup, quand il  poursuit un li\u00e8vre. L&rsquo;un et l&rsquo;autre c\u00e8dent \u00e0 un besoin: c&rsquo;est une question de  vie ou de mort.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> De m\u00eame les mouvements instinctifs du  petit enfant ne semblent plus (\u00e0 l&rsquo;encontre de ce qu&rsquo;on a cru longtemps) des  manifestations ludiques. Lorsqu&rsquo;il court dans un jardin, roule sur le sol et  tout \u00e0 coup bondit vers quelque chose qui bouge, pierre qui roule ou papillon,  il ne joue pas, ne fait pas semblant: il vit.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Mais, quand l&rsquo;enfant grandit, qu&rsquo;il  commence d&rsquo;apprendre \u00e0 respecter les r\u00e8gles des adultes et \u00e0 leur ob\u00e9ir, il lui  faut \u00e0 de certains moments s&rsquo;\u00e9vader de cette contrainte p\u00e9niblement impos\u00e9e.  Alors il fait <em>comme<\/em> <em>s<\/em>&lsquo;il \u00e9tait un cow-boy, un pirate, un  aventurier, un homme libre. Ou bien &#8211; autre fa\u00e7on de se r\u00eaver lib\u00e9r\u00e9 &#8211; il imite  ses parents, ses ma\u00eetres, se fabrique des \u00e9p\u00e9es de bois, des fusils factices,  manoeuvre des autos, des trains et des avions qui simulent ceux des  hommes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> On imite seulement ce que l&rsquo;on n&rsquo;est  pas; ainsi le jeu, imitation d&rsquo;une vie libre et spontan\u00e9e, exige d&rsquo;abord qu&rsquo;on  ait quitt\u00e9 cette vie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Ne peut-on pas penser que l&rsquo;homme  pr\u00e9historique a d\u00e9couvert le jeu comme une compensation, sinon une nostalgie, de  la vraie vie, apr\u00e8s que de nomade il fut devenu s\u00e9dentaire, possesseur d&rsquo;un  champ et d&rsquo;une demeure?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Sit\u00f4t que l&rsquo;homme poss\u00e8de une tente  et un troupeau, il se sent rassur\u00e9; il ne vit plus, comme le chasseur et comme  l&rsquo;enfant, dans l&rsquo;oubli de la veille, l&rsquo;ignorance du lendemain: la terre est  toujours l\u00e0 &#8211; et les fruits qu&rsquo;elle produit. Plus \u00e9volu\u00e9, il acquiert  l&rsquo;exp\u00e9rience du temps et des saisons, il \u00e9tablit ses r\u00e8gles. Bient\u00f4t, il accro\u00eet  ses biens, ses troupeaux; sa r\u00e9colte est engrang\u00e9e; les fruits, cueillis et mis  en tas. L&rsquo;homme n&rsquo;est plus toujours sur la d\u00e9fensive et n&rsquo;a plus besoin de  tendre ses forces, \u00e0 tout instant, pour assurer la continuation de sa vie. Il a  du temps \u00e0 perdre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> C&rsquo;est alors, probablement, que (pour  \u00ab\u00a0tuer le temps\u00a0\u00bb d&rsquo;abord) il devient un \u00ab\u00a0cr\u00e9ateur\u00a0\u00bb: il invente des outils, des  parures, des chants. Il invente aussi des r\u00eaves. Il commence \u00e0 regretter &#8211; \u00e0  imaginer peut-\u00eatre &#8211; une vie plus mouvante, plus gaie, plus pleine, qu&rsquo;il nomme  l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or, le paradis terrestre dans le souvenir. Mais c&rsquo;est l&rsquo;enfer, dans la  r\u00e9alit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Partout dans la nature, l&rsquo;homme  d\u00e9couvre les signes d&rsquo;une vie instinctive, furieuse, \u00e0 laquelle jadis il a  particip\u00e9 lui-m\u00eame et dont sa prudence et ses possessions ne le prot\u00e8gent pas  vraiment. Au contraire: il craint maintenant pour ses biens (une crainte que le  chasseur nomade ignorait). Un cyclone d\u00e9truit sa r\u00e9colte, un raz de mar\u00e9e noie  ses troupeaux, un s\u00e9isme broie sa maison.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> A tout moment, villages disparus,  populations d\u00e9truites viennent rappeler \u00e0 l&rsquo;homme d\u00e9sarm\u00e9 que la nature m\u00eame  joue contre lui un jeu cruel et sans raison. D&rsquo;o\u00f9 jaillit l&rsquo;\u00e9clair et pourquoi  frappe-t-il? Quel dieu m\u00e9chant ensevelit vingt ans de travail, de peines et de  joies, la maison, la femme et l&rsquo;enfant sous l&rsquo;impr\u00e9visible incendie,  l&rsquo;irr\u00e9sistible inondation?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Des cataclysmes plus terribles, dont  nous avons perdu le souvenir (mais conserv\u00e9 l&rsquo;horreur dans nos l\u00e9gendes) &#8211;  glissements, effondrements de vastes territoires, envahissements glaciaires &#8211;  suppriment non seulement un village, une tribu, mais des pays et des peuples. La  parfaite libert\u00e9 de la vie change d&rsquo;aspect; elle devient l&rsquo;incoh\u00e9rence,  l&rsquo;injustice, la fatalit\u00e9. Le \u00ab\u00a0tout est possible\u00a0\u00bb de la vie appara\u00eet \u00e0 l&rsquo;homme  prisonnier d\u00e9j\u00e0 de certaines habitudes une menace permanente (un peu de la m\u00eame  fa\u00e7on que le feu, l&rsquo;eau, une simple promenade terrorisent l&rsquo;enfant \u00e9duqu\u00e9 par  des parents trop prudents).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Ces malheurs qu&rsquo;il ne peut pr\u00e9voir,  l&rsquo;homme cherche \u00e0 les conjurer. Il s&rsquo;interroge sur son destin, il s&rsquo;invente des  idoles qui seront les ma\u00eetres de la foudre, de la terre tremblante et de l&rsquo;oc\u00e9an  d\u00e9cha\u00een\u00e9. Son regret est devenu sa peur. Lib\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;obsession de la nourriture  prochaine, il cherche \u00e0 retrouver la vie qu&rsquo;il a perdue pour triompher de la vie  qui le menace, sans concevoir sans doute que c&rsquo;est la m\u00eame. Il fait semblant de  la reconqu\u00e9rir par le vertige, l&rsquo;illusion, la gratuit\u00e9 folle d&rsquo;un effort auquel  lui-m\u00eame ne voit aucune utilit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\">CONCLUSION<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> J&rsquo;ai souvent, au cours de ces pages,  insist\u00e9 sur le caract\u00e8re de \u00ab\u00a0gratuit\u00e9\u00a0\u00bb du jeu. Quand un champion se manifeste en  public devant des spectateurs qui doivent payer leur place, ou quand un  professionnel du bridge ne joue qu&rsquo;\u00e0 cent francs le point, on ne peut plus  parler de divertissement. Adjoindre au jeu l&rsquo;id\u00e9e de gain, d&rsquo;utilit\u00e9, de  r\u00e9compense m\u00eame, en d\u00e9nature l&rsquo;esprit. Je voudrais qu&rsquo;il me soit permis,, en  mani\u00e8re de conclusion, de d\u00e9border maintenant le cadre un peu \u00e9troit que je  m&rsquo;\u00e9tais fix\u00e9, puisque aussi bien la notion nouvelle de \u00ab\u00a0risque\u00a0\u00bb, que nous venons  de mettre \u00e0 jour, ouvre \u00e0 l&rsquo;esprit des horizons plus vastes. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Si l&rsquo;on admet que l&rsquo;alpiniste  audacieux ou le pilote d&rsquo;essai sont &#8211; au sens le plus noble du mot &#8211; des  joueurs, il ne semble pas qu&rsquo;on puisse d\u00e9nier ce caract\u00e8re \u00e0 d&rsquo;autres  aventuriers, non plus du corps mais de l&rsquo;esprit, po\u00e8tes ou savants, qui risquent  sinon leur vie, tout au moins leur bien-\u00eatre (et parfois leur raison) dans  d&rsquo;autres qu\u00eates incertaines. Au point o\u00f9 nous sommes parvenus, il semble  difficile de distinguer le go\u00fbt du risque qui jette un aventurier sur l&rsquo;oc\u00e9an  Pacifique de celui qui pr\u00e9cipite un po\u00e8te comme Rimbaud ou un peintre comme Van  Gogh dans la folle recherche qu&rsquo;on sait.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> En effet, \u00e0 premi\u00e8re vue, que  peuvent-ils esp\u00e9rer gagner?\u00a0 Ni la fortune ni le succ\u00e8s (de leur vivant tout au  moins): Rimbaud br\u00fble et d\u00e9truit lui-m\u00eame ses manuscrits, dont il est  insatisfait; Van Gogh, de son vivant, ne vend qu&rsquo;une seule toile. Mais le go\u00fbt  du risque l&#8217;emporte sur l&rsquo;inqui\u00e9tude: ils pers\u00e9v\u00e8rent malgr\u00e9 la mis\u00e8re  solitaire, la peur de la folie. Jusqu&rsquo;\u00e0 leur mort, ils ne reprennent pas leur  enjeu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> [&#8230;]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Qui nous dira quel enfant fou, malade  ou immobilis\u00e9, cr\u00e9a jadis &#8211; pour tuer le temps &#8211; la premi\u00e8re \u00e9tincelle jaillie  du choc des pierres, la premi\u00e8re roue ou le premier essieu?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Sur cette question sans r\u00e9ponse, nous  pouvons achever une \u00e9tude trop br\u00e8ve, qui nous a men\u00e9s de la notion de combat \u00e0  celle de gratuit\u00e9; de la notion de gratuit\u00e9 \u00e0 la notion du risque; de la notion  du risque \u00e0 celle d&rsquo;ing\u00e9nuit\u00e9 &#8211; sans quitter les limites du Jeu. Car cette  question, sans doute, est la limite o\u00f9 l&rsquo;instinct de la lutte, du risque et du  d\u00e9fi ne se distingue plus du progr\u00e8s m\u00eame; o\u00f9 le Jeu enfin n&rsquo;est plus diff\u00e9rent  de la Vie, dont il appara\u00eet seulement l&rsquo;\u00e9manation la plus humaine.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> \u00ab\u00a0Vivre, c&rsquo;est combatttre\u00a0\u00bb. La maxime  latine alors se compl\u00e8te: si le jeu est un combat, vivre c&rsquo;est encore jouer &#8211;  atteindre cet accord de l&rsquo;instinct et de la r\u00e8gle sans lequel l&rsquo;homme remonte \u00e0  l&rsquo;animal ou devient le robot.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial;\"> <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<div class=\"mceTemp mceIEcenter\" style=\"text-align: justify;\">\n<dl id=\"attachment_151\" class=\"wp-caption aligncenter\" style=\"width: 252px;\">\n<dt class=\"wp-caption-dt\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/luttes-et-jeux-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-151\" title=\"luttes et jeux 2\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/luttes-et-jeux-2-242x300.jpg\" alt=\"\" width=\"242\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/luttes-et-jeux-2-242x300.jpg 242w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/luttes-et-jeux-2-826x1024.jpg 826w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/luttes-et-jeux-2.jpg 1119w\" sizes=\"auto, (max-width: 242px) 100vw, 242px\" \/><\/a><\/dt>\n<dd class=\"wp-caption-dd\">Illustration Michel Pichon<\/dd>\n<\/dl>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: arial; font-size: medium;\">Les \u00e9sot\u00e9ristes des temps \u00e0 venir, qu&rsquo;on aper\u00e7oit bien  lorsque l&rsquo;on \u00e9tudie les grands po\u00e8tes, les\u00a0 grands \u00e9crivains de notre temps,  diront ceci: il y a un rythme trinitaire qui fait que l&rsquo;on va vers l&rsquo;ouest \u00e0 la  qu\u00eate de l&rsquo;Am\u00e9rique, apr\u00e8s celle du Graal en Irlande. Puis le mouvement  s&rsquo;inverse, on retourne en Orient, c&rsquo;est le retour au pass\u00e9. Et en m\u00eame temps  qu&rsquo;a lieu cette pulsion double, se succ\u00e8dent et se m\u00ealent des cycles (une  civilisation apr\u00e8s l&rsquo;autre, une g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s l&rsquo;autre). Ces cycles se  pr\u00e9sentent dans un sens de progr\u00e8s, d&rsquo;am\u00e9lioration, et figurent une spirale.  Tandis que le ph\u00e9nom\u00e8ne de pulsion ram\u00e8ne, lui, toujours du Big-Bang au trou  noir et du trou noir au Big-Bang, de l&rsquo;enfance \u00e0 la mort et inversement. Les  deux visions (la continuit\u00e9 et l&rsquo;aller-retour) sont vraies en m\u00eame temps. Aussi  peut-on se demander si le probl\u00e8me a \u00e9t\u00e9 bien pos\u00e9 jusqu&rsquo;ici, par moi et par  tous ceux qui en ont trait\u00e9. Pour approcher l&rsquo;univers du jeu il faudrait  peut-\u00eatre approcher celui de l&rsquo;homme s\u00e9rieux, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;univers contraire.  Si l&rsquo;on se demandait ce qu&rsquo;il veut, ce qu&rsquo;il exige, ce qu&rsquo;il r\u00eave on  comprendrait peut-\u00eatre l&rsquo;utilit\u00e9, la n\u00e9cessit\u00e9 du joueur. L&rsquo;homme s\u00e9rieux veut  que ses actes lui servent \u00e0 quelque chose, il veut qu&rsquo;il y ait une utilit\u00e9 \u00e0 ce  qu&rsquo;il fait. En m\u00eame temps son int\u00e9r\u00eat le porte \u00e0 conserver ce qu&rsquo;il a,  l&rsquo;accro\u00eetre, l&rsquo;enrichir, l&rsquo;am\u00e9liorer si possible. C&rsquo;est dire que tous les actes  de l&rsquo;homme s\u00e9rieux vont l&rsquo;immobiliser dans une certaine conception de l&rsquo;univers  ou de ses propres forces. Il a besoin de ses limites et il jouit de ce qu&rsquo;elles  ont produit: les religions, les lois, les principes, les sciences. Le bonheur  est de poss\u00e9der pour toujours, tel est le r\u00eave de l&rsquo;homme s\u00e9rieux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Mais le joueur? Nous prendrons pour  exemple un texte du Coran o\u00f9 Allah dit qu&rsquo;il a cherch\u00e9 sur la terre enti\u00e8re une  aide, un serviteur\u00a0\u00e0 qui il pourrait se fier et qui pourrait r\u00e9pandre ses  enseignements. \u00ab\u00a0Je l&rsquo;ai cherch\u00e9 partout\u00a0\u00bb, dit-il: aupr\u00e8s des arbres, des animaux  et\u00a0 tous lui r\u00e9pondirent qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas assez fous pour \u00e7a. Mais Allah  trouva cet \u00eatre assez fou qu&rsquo;est l&rsquo;Homme. Et cette folie de l&rsquo;Homme dont Dieu se  nourrit c&rsquo;est le jeu, c&rsquo;est-\u00e0-dire le d\u00e9passement de la limite.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Lorsqu&rsquo;on a cherch\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rencier  l&rsquo;Homme de l&rsquo;animal, on a dit que sa sp\u00e9cificit\u00e9 \u00e9tait dans le fait de marcher  debout. Ce qui est faux. Puis on a dit que c&rsquo;\u00e9tait du fait de sa main, ce qui  est \u00e9galement faux. Alors on a dit que seul l&rsquo;Homme pouvait nommer quelque chose  qui n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0: la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;Homme r\u00e9side dans la parole abstraite.  Il peut dire la vie qu&rsquo;il aura, celle qu&rsquo;il a eue, le danger qui est absent mais  qui est possible. Mais le chef des \u00e9l\u00e9phants peut conna\u00eetre \u00e0 l&rsquo;avance la  nourriture qui n&rsquo;est pas l\u00e0, qui a \u00e9t\u00e9, autrefois, ailleurs ou diff\u00e9remment. Le  rat a son chef, et l&rsquo;amibe, et la cellule. Qu&rsquo;un membre du groupe pousse un cri  ou s&rsquo;\u00e9loigne et le groupe sait que la nourriture va manquer, qu&rsquo;il faut se  d\u00e9placer, se d\u00e9velopper et s&rsquo;\u00e9tendre pour chercher cette nourriture. La  diff\u00e9rence est que les animaux ob\u00e9issent \u00e0 leurs ma\u00eetres alors que les hommes  n&rsquo;ob\u00e9issent pas \u00e0 leurs proph\u00e8tes. L&rsquo;animal a une loi, y ob\u00e9it et n&rsquo;en change  pas. L&rsquo;Homme n&rsquo;a pas de r\u00e8gle propre. Il ne r\u00eave que d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 ses  limitations, il cherche \u00e0 faire ce qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 fait, ce qui est le plus  dangereux, le plus redoutable, bref ce qui est impossible. Ce d\u00e9passement est ce  qui s&rsquo;oppose \u00e0 la maintenance de l&rsquo;homme s\u00e9rieux. Et ce d\u00e9passement est  tellement fou que, selon le Coran, il est r\u00e9ellement et totalement gratuit. On  ne sait pas pourquoi l&rsquo;on fait \u00e7a. Ce n&rsquo;est pas pour de l&rsquo;argent. Simplement le  jeu pur est l&rsquo;expansion du corps, de l&rsquo;esprit, le d\u00e9veloppement de ce qu&rsquo;on  est.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Et je voudrais parler de la danse qui  est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des derniers recours de l&rsquo;Homme, le plus proche de ce  d\u00e9passement et de cette divination. Ceux qui se tournent vers l&rsquo;avenir, les  grands po\u00e8tes et les grands proph\u00e8tes, doivent \u00eatre danseurs. Tous disent que  l&rsquo;Homme doit danser avec Dieu, avec un autre J\u00e9sus-Christ, beaucoup plus fou que  celui d&rsquo;il y a 2000 ans, avec un Christ presque d\u00e9sincarn\u00e9. C&rsquo;est celui que l&rsquo;on  appelle le lib\u00e9rateur, celui que d&rsquo;autres appellent le Verseau. L&rsquo;autre Christ,  le Dionysios qui ne s&rsquo;est pas r\u00e9alis\u00e9 il y a 2000 ans. Les P\u00e8res de l&rsquo;Eglise  disaient de lui qu&rsquo;il \u00e9tait un enfant, qu&rsquo;il fallait s&rsquo;occuper de l&rsquo;homme  J\u00e9sus-Christ mais que Dionysios avait le temps pour lui. Maintenant il n&rsquo;a plus  le temps, le sien est venu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> En effet, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, il  appara\u00eet \u00e0 ceux qui s&rsquo;occupent de jeux, des modifications de plus en plus  curieuses au niveau des r\u00e8gles; elles vont contredire un peu les r\u00e8gles pass\u00e9es  et peut-\u00eatre compl\u00e8tement. Socrate disait: \u00ab\u00a0Connais-toi toi-m\u00eame\u00a0\u00bb et c&rsquo;est une  premi\u00e8re approche de ses propores possibilit\u00e9s ludiques mais cela ne suffit pas.  Il ne suffit pas de se conna\u00eetre soi-m\u00eame, il faut conna\u00eetre le partenaire,  l&rsquo;autre, la vie, la mort, l&rsquo;animal, l&rsquo;ennemi dont on ne triomphe pas si on ne  sait rien de lui. Or pour conna\u00eetre l&rsquo;autre il faut s&rsquo;oublier soi-m\u00eame. Les jeux  tels qu&rsquo;on les a \u00e9voqu\u00e9s ce soir proviennent d&rsquo;un rituel qui est l&rsquo;oubli de  soi-m\u00eame. Mais l&rsquo;oubli ne porte pas sur l&rsquo;aujourd&rsquo;hui car il faut que je sois l\u00e0  quand je parle ou que je me sers d&rsquo;un b\u00e2ton ou d&rsquo;une \u00e9p\u00e9e. C&rsquo;est le soi-m\u00eame  d&rsquo;hier que je dois oublier pour que cette loi soit possible: \u00ab\u00a0Deviens ce que tu  es\u00a0\u00bb. Nietzsche veut dire aussi: \u00ab\u00a0N&rsquo;accepte pas d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Ce que tu as \u00e9t\u00e9,  nie-le, n&rsquo;en tiens pas compte. Ce que tu sais, ce que tu as appris doit servir  maintenant, tu as cette force d&rsquo;intelligence.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> Mais devenir tout ce que tu es ne  suffit encore pas. Car si tu n&rsquo;es pas tout ce qui est, si tu n&rsquo;es pas la nature,  l&rsquo;animal, le tremblement de terre, la com\u00e8te, il y a un jeu auquel tu ne pourras  jouer, qui t&rsquo;\u00e9chappera. Si tu ne connais le Yi-King ou les r\u00e8gles de ces jeux  africains o\u00f9 l&rsquo;on joue des mots, des nombres que l&rsquo;on apprend aux enfants d\u00e8s  leur plus jeune \u00e2ge, si tu ne connais pas ces r\u00e8gles mythiques, tu ne peux  p\u00e9n\u00e9trer les destins et les chances. Il faut conna\u00eetre les moeurs des animaux,  les r\u00e8gles du soleil, du cosmos, de l&rsquo;inconscient. Le v\u00e9ritable combattant sait  tellement ce qu&rsquo;est l&rsquo;univers que par exemple, dans les arts martiaux, il va  fermer les yeux lorsqu&rsquo;il d\u00e9cochera sa fl\u00e8che, pour se faire la fl\u00e8che, et il ne  rate pas son but. Cet autre monde qui s&rsquo;ouvre est dans les jeux et dans les  danses. Il faut devenir tout ce qui est, mais il faut devenir celui qui se tient  en face, l&rsquo;adversaire. Rabelais, dans sa page sur les jeux de Gargantua, dit:  \u00ab\u00a0Gargantua apprenait \u00e0 monter \u00e0 l&rsquo;arbre comme le chat, \u00e0 grimper au mur comme le  rat, \u00e0 ruminer comme la vache&#8230;\u00a0\u00bb Il devenait la nature et ainsi il d\u00e9passait la  sienne. Lorsque le combattant nippon, au plus haut stade du judo, se tait, se  fait violence peut-\u00eatre avant de pousser son cri mortel, il devient l&rsquo;autre, son  adversaire. De m\u00eame quand le grand joueur d&rsquo;\u00e9checs ou de dames fait le coup  irr\u00e9sistible et remporte la victoire, il s&rsquo;est mis \u00e0 la place de l&rsquo;adversaire,  il a compris que son \u00e9ducation ne lui permettrait pas de r\u00e9pondre \u00e0 ce coup. En  devenant son propre ennemi il a pu d\u00e9passer sa propre limite.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"> A ce moment se dessine un progr\u00e8s  autre que celui, na\u00eff, qui a marqu\u00e9 le d\u00e9but de cette causerie. L&rsquo;Humanit\u00e9 ne va  pas vers un adoucissement mais ne va pas non plus vers son contraire. Elle va  vers ce qui hier \u00e9tait inaccessible mais qui demain sera atteint. Cette saisie  de soi-m\u00eame, par l&rsquo;oubli du soi d&rsquo;hier, par le devenir-autre, le  devenir-univers, le devenir-ennemi, ne conduit pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 ni \u00e0 la justice.  Il s&rsquo;agit du <em>balancier<\/em>, qui fait que la vie est un fil, par\u00a0del\u00e0 le  bien et lemal, l&rsquo;ami ou l&rsquo;adversaire. Ce danseur de corde est le Zarathoustra,  pour qui le progr\u00e8s n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que lui-m\u00eame: une remise en cause  constamment reprise. Le jeu permet le d\u00e9passement d&rsquo;une limite dans l&rsquo;atmosph\u00e8re  purifi\u00e9e, dans l&rsquo;exaltation et le paradis de la gratuit\u00e9. Ici enfin, ici  seulement, le jeu fait de l&rsquo;homme plus que le complice, l&rsquo;\u00e9gal d&rsquo;un  dieu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Arial; font-size: medium;\"><em><strong>Texte transcrit par Laurent  Chabot et Julien Debenat<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial; font-size: large;\"> <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1959, Jean-Charles Pichon publiait chez Gedalge un ouvrage intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Luttes et Jeux\u00a0\u00bb. En 1992, il donnait \u00e0 Nantes une conf\u00e9rence sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0Sport et violence\u00a0\u00bb. Voici des extraits de ses r\u00e9flexions, \u00e0 pr\u00e8s de 25 ans de distance. &hellip; <a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=149\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-149","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sport-et-violence"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/149","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=149"}],"version-history":[{"count":7,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/149\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":432,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/149\/revisions\/432"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=149"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=149"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=149"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}