{"id":131,"date":"2010-11-13T14:06:16","date_gmt":"2010-11-13T13:06:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=131"},"modified":"2013-01-22T17:47:44","modified_gmt":"2013-01-22T15:47:44","slug":"saint-neron","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/?p=131","title":{"rendered":"Saint N\u00e9ron"},"content":{"rendered":"<p><em><strong><br \/>\n<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Editions e-dite 2000<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Pr\u00e9sentation parue dans \u00ab\u00a0Les Portes de Th\u00e9l\u00e8me\u00a0\u00bb,<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>N\u00b03, juillet 1999<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>En 1961, Jean-Charles Pichon signe un essai historique intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Saint N\u00e9ron\u00a0\u00bb (Robert Laffont). L&rsquo;ouvrage d\u00e9cha\u00eene les passions au sein de la critique francophone. En 1971, l&rsquo;auteur poursuit sa qu\u00eate audacieuse par la publication d&rsquo;une version augment\u00e9e et r\u00e9vis\u00e9e: \u00ab\u00a0N\u00e9ron et le myst\u00e8re des origines chr\u00e9tiennes\u00a0\u00bb (Robert Laffont). En 1990, Jean-Paul Debenat se penche sur le texte de Jean-Charles Pichon et lui consacre une \u00e9tude, \u00ab\u00a0N\u00e9ron ou le Combat des Dieux\u00a0\u00bb (\u00e9ditions Recto-Verso, Bruxelles, \u00e9puis\u00e9) avec une postface de Jacques Van Herp. Jean-Paul Debenat y effectue un travail de comparatiste, pla\u00e7ant l&rsquo;ouvrage de Pichon en regard des textes traitant de N\u00e9ron &#8211; sous la plume d&rsquo;historiens, de romanciers, voire d&rsquo;auteurs de science-fiction &#8211; publi\u00e9s depuis un quart de si\u00e8cle. Voici un extrait de l&rsquo;essai de Jean-Paul Debenat.\u00a0 La notation (JCP) renvoie \u00e0 des extraits de l&rsquo;ouvrage paru en 1971.<\/strong><\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_132\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-132\" class=\"size-medium wp-image-132\" title=\"SAINT NERON1\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON1-300x204.jpg\" width=\"300\" height=\"204\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON1-300x204.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON1.jpg 440w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-132\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ouvrage compl\u00e9t\u00e9 et comment\u00e9 [1971] appara\u00eet dix ans apr\u00e8s \u00ab\u00a0Saint N\u00e9ron\u00a0\u00bb. J-C. Pichon y conclut comme suit son \u00ab\u00a0avertissement\u00a0\u00bb:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Si je devais \u00eatre encore (cet) objet de scandale, je donnerais \u00e0 nouveau rendez-vous au lecteur dans une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es\u00a0\u00bb(JCP)<\/em>. A ce rendez-vous, J-C. Pichon n&rsquo;est plus dans la m\u00eame mesure, loin s&rsquo;en faut, l&rsquo;objet de scandale qu&rsquo;il demeurait en 1971. Si <em>\u00ab\u00a0l&rsquo;opinion commune ne s&rsquo;\u00e9meut que lentement et apr\u00e8s bien des refus\u00a0\u00bb(JCP), <\/em>les sp\u00e9cialistes consid\u00e8rent en effet aujourd&rsquo;hui que N\u00e9ron ne fut pas responsable de l&rsquo;incendie de Rome. Ne serait-ce qu&rsquo;en cela, l&rsquo;ouvrage a contribu\u00e9 \u00e0 modifier le portrait d&rsquo;un personnage qui restait immuable depuis dix-neuf si\u00e8cles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il convient maintenant d&rsquo;examiner cet ouvrage de plus pr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d&rsquo;abord, dans la pr\u00e9face de 1961, l&rsquo;auteur d\u00e9finit sa m\u00e9thode. Reporter enqu\u00eatant \u00e0 l&rsquo;occasion sur des causes c\u00e9l\u00e8bres, les assassinats de Lurs, l&rsquo;affaire Paule Guillon, le proc\u00e8s de Marguerite Marty ou du cur\u00e9 d&rsquo;Uruffe, il proc\u00e8de en journaliste:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0\u00bb &#8211; Ne pas rejeter une hypoth\u00e8se, si surprenante ou scandaleuse qu&rsquo;elle soit, lorsque seule elle permet de comprendre l&rsquo;inexplicable.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em> &#8211; L&rsquo;hypoth\u00e8se trouv\u00e9e, la juger moins en fonction des faits affirm\u00e9s et des opinions re\u00e7ues qu&rsquo;en fonction des raisons qui purent y faire pr\u00e9tendre: par l\u00e0 s&rsquo;explique la forme inhabituelle qu&#8217;emprunte cet essai. On le consid\u00e9rera comme un reportage parmi les morts, les textes mutil\u00e9s et les ruines\u00a0\u00bb(JCP).<\/em> Puis l&rsquo;auteur pr\u00e9cise les circonstances qui l&rsquo;amen\u00e8rent \u00e0 r\u00e9diger \u00ab\u00a0Saint N\u00e9ron\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agissait \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une commande de Robert Laffont destin\u00e9e \u00e0 sa collection <em>Ce jour-l\u00e0<\/em>, portant sur un sujet classique, <em>\u00ab\u00a0l&rsquo;incendie de Rome sous N\u00e9ron, en l&rsquo;an 64 de notre \u00e8re\u00a0\u00bb<\/em>. J-C. Pichon avoue qu&rsquo;il pensait, comme tout un chacun, que N\u00e9ron \u00e9tait <em>\u00ab\u00a0le g\u00e9nie cr\u00e9ateur, d\u00e9natur\u00e9 par le pouvoir, capable de tous les crimes et de tous les exc\u00e8s, plac\u00e9 sur la route du jeune christianisme comme tout expr\u00e8s pour lui interdire le passage\u00a0\u00bb(JCP).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9diger, apr\u00e8s bien d&rsquo;autres, un ouvrage suppl\u00e9mentaire sur N\u00e9ron, revenait \u00e0 se livrer \u00e0 un exercice de style auquel s&rsquo;adonna J-C. Pichon. Mais apr\u00e8s avoir r\u00e9dig\u00e9 plusieurs chapitres &#8211; <em>pages d\u00e9lirantes<\/em> &#8211; il d\u00e9couvrit le livre de l&rsquo;historien britannique Arthur Weigall \u00ab\u00a0Nero, Emperor\u00a0\u00a0 of Rome\u00a0\u00bb, qui prend en compte, \u00e0 partir des textes, officiels ou non, les actes de cl\u00e9mence et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de l&#8217;empereur, l&rsquo;oeuvre du constructeur, les mesures de temp\u00e9rance vis-\u00e0-vis des imp\u00f4ts&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Il faut bien s&rsquo;\u00e9tonner que trop d&rsquo;historiens n&rsquo;en aient pas tenu compte. Sans doute, chr\u00e9tiens, pr\u00e9f\u00e9raient-ils \u00e0 ces documents s\u00fbrs mais impr\u00e9vus le mythe commode de l&rsquo;Ant\u00e9christ; universitaires, jugeaient-ils litt\u00e9raire et dangereux de chercher \u00e0 concilier de telles contradictions\u00a0\u00bb(JCP).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est possible aussi que les sp\u00e9cialistes aient jug\u00e9 suspecte l&rsquo;ambition, avou\u00e9e, d&rsquo;Arthur Weigall: se faire autre par un retour en arri\u00e8re, tenter de modeler sa sensibilit\u00e9 sur celle de l&rsquo;\u00e9poque \u00e9tudi\u00e9e tout en conservant la rigueur du v\u00e9ritable historien. J-C. Pichon adopte la m\u00eame attitude<em>: \u00ab\u00a0Ainsi,\u00a0quand je crus avoir compris N\u00e9ron, j&rsquo;ai commenc\u00e9 de l&rsquo;\u00e9couter et de l&rsquo;entendre, de le regarder dormir, alourdi de boissons, de mets et de fatigue, manger sans faim et sans retenue, approcher ses grosses l\u00e8vres d&rsquo;un verre plein de Falerne ou refl\u00e9ter le visage surpris d&rsquo;un de ses h\u00f4tes dans ses yeux de poisson\u00a0\u00bb(JCP<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9crivain imagine les conversations entre N\u00e9ron et ses invit\u00e9s: Jos\u00e8phe, l&rsquo;historien juif, Simon le magicien, l&rsquo;acteur Aliturion, P\u00e9trone. Il souligne la contradiction entre l&rsquo;\u00e9nergie infatigable d\u00e9ploy\u00e9e par l&#8217;empereur pour soulager les victimes de l&rsquo;incendie et l&rsquo;accusation monstrueuse port\u00e9e contre lui. S&rsquo;il n&rsquo;est pas coupable du d\u00e9sastre, N\u00e9ron s&rsquo;en r\u00e9jouit peut-\u00eatre: il reconstruira une Rome conforme \u00e0 ses r\u00eaves d&rsquo;artiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Il me fallait, m&rsquo;appuyant sur tout ce que nous savons du caract\u00e8re de l&#8217;empereur, expliquer \u00ab\u00a0de l&rsquo;int\u00e9rieur\u00a0\u00bb la sc\u00e8ne insens\u00e9e et y montrer l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une lente \u00e9volution secr\u00e8te&#8230;\u00a0\u00bb(JCP)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En mars 1960, J-C. Pichon s\u00e9journe \u00e0 Rome, o\u00f9, dit-il, <em>\u00ab\u00a0j&rsquo;allais d\u00e9couvrir une autre r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme d&rsquo;autres avant lui, J-C. Pichon subit l&rsquo;influence du d\u00e9cor. Maintenant, l&rsquo;incendie de Rome se d\u00e9roule sous ses yeux, mais cette fois, comme s&rsquo;il y assistait vraiment. Devant l&rsquo;ampleur de la catastrophe, le peuple cherche un coupable car le hasard ne suffit pas \u00e0 expliquer les faits. Mais, s&rsquo;il est plausible de supposer que N\u00e9ron n&rsquo;aimait pas Rome et r\u00eavait de la remodeler, il est admis aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il n&rsquo;en devint pas pour autant incendiaire. Qui donc avait int\u00e9r\u00eat \u00e0 l&rsquo;accuser de crime et \u00e0 r\u00e9pandre cette accusation dans le peuple? Jean-Charles Pichon r\u00e9pond en citant le complot d\u00e9couvert en 65, \u00e0 peine sept mois apr\u00e8s l&rsquo;incendie. N\u00e9ron condamnera 18 conspirateurs sur 41 \u00e0 mourir (parmi eux le consulaire Pison, le philosophe S\u00e9n\u00e8que et le po\u00e8te Lucain). Des griefs divers unissaient les conjur\u00e9s: m\u00e9pris de l&#8217;empereur vis \u00e0 vis d&rsquo;un s\u00e9nateur, insulte \u00e0 un po\u00e8te, offense \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Mais d&rsquo;autres se sentent seulement honteux et las d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 un prince qui pr\u00e9f\u00e8re la d\u00e9esse syrienne Atargatis \u00e0 la M\u00e8re Primordiale et les succ\u00e8s &#8211; fort douteux &#8211; d&rsquo;histrion aux honneurs que lui rend le S\u00e9nat. Tout est bon \u00e0 leurs critiques: la taxation insuffisante du bl\u00e9 (qui permet \u00e0 chacun de manger \u00e0 sa faim); l&rsquo;abaissement du poids des pi\u00e8ces d&rsquo;argent (qui consolide l&rsquo;or, universellement re\u00e7u); le droit latin accord\u00e9 aux populations des Alpes maritimes (bien que, plus gravement, on ait vu Claude accorder le droit de cit\u00e9 \u00e0 des provinces enti\u00e8res sans que les s\u00e9nateurs s&rsquo;en plaignissent). Ils reprochent \u00e0 l&#8217;empereur, tant\u00f4t la mort de sa m\u00e8re\u00a0ou de sa femme, tant\u00f4t sa dangereuse faiblesse\u00a0envers les po\u00e8tes insolents, les consuls ambitieux, les g\u00e9n\u00e9raux vaincus. Ils ont pinc\u00e9 les l\u00e8vres et fronc\u00e9 le sourcil la premi\u00e8re fois que N\u00e9ron a jou\u00e9 dans un th\u00e9\u00e2tre &#8211; c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 Naples; ils ont cru que la vo\u00fbte du ciel s&rsquo;\u00e9croulait lorsqu&rsquo;ils ont entendu, cette m\u00eame ann\u00e9e, sur l&rsquo;\u00e9tang d&rsquo;Agrippa, l&rsquo;Empereur du Monde, chevauch\u00e9 par son bouffon, hurler comme une femme que l&rsquo;on force&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les conspir\u00e9s ne parviennent pas \u00e0 soulever le peuple: Tigellin, le pr\u00e9fet de police reste ma\u00eetre du pr\u00e9toire; le s\u00e9nat est divis\u00e9 et trop de g\u00e9n\u00e9raux demeurent fid\u00e8les \u00e0 N\u00e9ron.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ils d\u00e9couvrent \u00e0 la fois que le moment d&rsquo;agir est venu et pass\u00e9, car on peut exploiter le d\u00e9sarroi d&rsquo;une foule mais non pas sa panique\u00a0\u00bb(Tacite).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Imitant Arthur Weigall, J-C. Pichon insiste sur la mansu\u00e9tude de N\u00e9ron: 18 conjur\u00e9s seulement p\u00e9rirent, les autres seront exil\u00e9s, graci\u00e9s ou acquitt\u00e9s, mod\u00e9ration remarquable compar\u00e9e \u00e0 celle des autres empereurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Afin de d\u00e9tourner la rumeur infamante, N\u00e9ron aurait invent\u00e9 des coupables. Ainsi le pr\u00e9tend Tacite. L&#8217;empereur profita alors de la mauvaise r\u00e9putation dont jouissait une petite secte juive, celle des chr\u00e9tiens, <em>\u00ab\u00a0convaincus\u00a0 moins du crime d&rsquo;incendie que de haine contre le genre humain\u00a0\u00bb(Tacite).<\/em> Le texte de Tacite autorise J-C. Pichon \u00e0 soulever plusieurs questions qui m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre r\u00e9sum\u00e9es ici:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>1) Le peuple romain \u00e9tait-il capable de faire le partage entre les diverses sectes juives de cet an 64?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>2) Comment N\u00e9ron aurait-il pu massacrer des milliers de chr\u00e9tiens alors qu&rsquo;ils ne sont que quelques uns \u00e0 Rome puisque la secte vient de na\u00eetre?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>3) Comment parler de r\u00e9pression romaine en 64, alors qu&rsquo;aucune sanction n&rsquo;est vot\u00e9e et qu&rsquo;il faudra plus d&rsquo;un si\u00e8cle pour que la croyance en J\u00e9sus devienne un crime?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Charles Pichon, comme l&rsquo;historien Charles Louandre, soup\u00e7onne Tacite de malhonn\u00eatet\u00e9 et sugg\u00e8re en outre la possibilit\u00e9 d&rsquo;un ajout apocryphe, concernant les pers\u00e9cutions, au texte de Tacite. De m\u00eame, un passage de Su\u00e9tone relatant les mesures rigoureuses\u00a0\u00e9dict\u00e9es sous le principat de N\u00e9ron, semble suspect:<em>\u00ab\u00a0tax\u00e9es, les d\u00e9penses luxueuses, ramen\u00e9s \u00e0 des distributions de vivres, les festins publics; interdite, toute vente dans les cabarets, sauf de l\u00e9gumes et d&rsquo;herbes potag\u00e8res, alors qu&rsquo;on y servait nagu\u00e8re toutes sortes de mets; livr\u00e9s au supplice, les chr\u00e9tiens, gens adonn\u00e9s \u00e0 une superstition nouvelle et mal\u00e9fique; prohib\u00e9s, les jeux de cochers de quadriges qu&rsquo;un vieil usage autorisait \u00e0 vagabonder en tous lieux, trompant et volant chacun; etc.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J-C. Pichon se montre fort surpris de voir les chr\u00e9tiens plac\u00e9s entre les herbes potag\u00e8res et les cochers de quadrige! D&rsquo;autant plus que l&rsquo;ouvrage de Su\u00e9tone abonde en passages consacr\u00e9s sp\u00e9cifiquement aux religions du temps et aux exc\u00e8s de l&#8217;empereur. Il remarque aussi que le supplice des chr\u00e9tiens peut difficilement <em>entrer dans le cadre d&rsquo;une \u00e9num\u00e9ration d&rsquo;institutions nouvelles <\/em>puisqu&rsquo;aucun texte de loi n&rsquo;est venu l\u00e9gif\u00e9rer de tels supplices. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un ajout maladroit et tardif, par quelque copiste chr\u00e9tien, lui para\u00eet tout \u00e0 fait d\u00e9fendable, et applicable \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;oeuvre de Tacite. Le massacre des chr\u00e9tiens, dans ce contexte, est incompr\u00e9hensible: <em>\u00ab\u00a0les lois qui l&rsquo;eussent permis ne font pas moins d\u00e9faut que les victimes!\u00a0\u00bb(JCP)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui N\u00e9ron a-t-il pers\u00e9cut\u00e9? Les Juifs? Cela est fort improbable: <em>\u00ab\u00a0L&#8217;empereur aimait la compagnie des Juifs.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 63, il \u00e9coute le jeune historien Flavius Jos\u00e8phe plaider la cause de ses compatriotes assign\u00e9s \u00e0 compara\u00eetre. Par la suite, il r\u00e9pond favorablement \u00e0 la requ\u00eate d&rsquo;une d\u00e9l\u00e9gation juive, soutenue par Jos\u00e8phe, afin qu&rsquo;un mur de J\u00e9rusalem soit pr\u00e9serv\u00e9. L&rsquo;historien dans les \u00ab\u00a0Antiquit\u00e9s Juives\u00a0\u00bb, en 93 (soit 25 ans apr\u00e8s la mort de N\u00e9ron) continue de d\u00e9fendre l&#8217;empereur et s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve contre les auteurs qui l&rsquo;accablent de <em>mensonges impudents<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question demeure: qui fut la victime des pers\u00e9cutions?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Pendant ces deux ann\u00e9es 65 et 66 o\u00f9 la Ville s&rsquo;inqui\u00e8te, o\u00f9 les s\u00e9nateurs s&rsquo;irritent, o\u00f9 les patriciens se r\u00e9voltent, o\u00f9 ses intimes l&rsquo;abandonnent, que devient N\u00e9ron? De moins en moins un empereur, de plus en plus l&rsquo;un de ces hommes insaisissables que les historiens pour s&rsquo;en d\u00e9barrasser, pr\u00e9tendent atteints de folie.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Dans le m\u00eame temps o\u00f9 il gracie trop de coupables, il se montre impitoyable pour des hommes du pass\u00e9 auxquels il ne reproche qu&rsquo;une rigoureuse vertu.\u00a0\u00bb(JCP)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, ces pers\u00e9cutions insens\u00e9es suffisent-elles, au regard de celles de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et de ses successeurs, pour que l&rsquo;on qualifi\u00e2t N\u00e9ron d&rsquo;<em>ennemi du genre humain<\/em> ? N&rsquo;y a-t-il pas un crime encore plus impardonnable, que la destruction de ses cr\u00e9ations &#8211; la Maison Dor\u00e9e, ses textes po\u00e9tiques et ceux de ses chroniqueurs (Rusticus, Cluvius Rufus) &#8211; nous interdit de conna\u00eetre?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0&#8230; pourquoi, s&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 un monstre, le peuple romain le v\u00e9n\u00e9ra-t-il pendant un demi si\u00e8cle comme un bienfaiteur de l&rsquo;humanit\u00e9?\u00a0\u00bb(JCP)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9ponse viendra lors du second s\u00e9jour romain de J-C. Pichon, pr\u00e9cis\u00e9ment dans les ruines de la Maison Dor\u00e9e, car <em>\u00ab\u00a0toutes les routes m\u00e8nent \u00e0 l&rsquo;architecture\u00a0\u00bb(H-G. Wells)<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_133\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-133\" class=\"size-medium wp-image-133\" title=\"SAINT NERON2\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON2-300x247.jpg\" width=\"300\" height=\"247\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON2-300x247.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON2-1024x846.jpg 1024w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON2.jpg 1026w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-133\" class=\"wp-caption-text\">La Maison Dor\u00e9e<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">La troisi\u00e8me partie du livre,\u00a0\u00bb L&rsquo;Hypoth\u00e8se\u00a0\u00bb, commence par la description du palais que l&#8217;empereur fit construire sur le Palatin et l&rsquo;Esquilin. L&rsquo;\u00e9difice \u00e9voque la patrie des dieux. Pourtant l\u00e0 o\u00f9 certains ne reconnaissent que la nostalgie de la tradition grecque ou l&rsquo;expression de la d\u00e9mesure, l&rsquo;auteur d\u00e9c\u00e8le en contemplant les peintures murales, les mosa\u00efques ou les fresques, mutil\u00e9es, l&#8217;empreinte du christianisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai vu ou j&rsquo;ai cru voir des figures et des ombres o\u00f9 je reconnaissais les contours esquiss\u00e9s des premiers symboles chr\u00e9tiens: des poissons et des palmes; et, dans la salle des mosa\u00efques, le sentiment qui me tenait \u00e9tait exactement celui que j&rsquo;avais ressenti dans les plus anciens lieux de la chr\u00e9tient\u00e9.\u00a0\u00bb(JCP)<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_134\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-134\" class=\"size-medium wp-image-134\" title=\"SAINT NERON3\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON3-300x225.jpg\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON3-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON3.jpg 640w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-134\" class=\"wp-caption-text\">Illustration Pierre-Jean Debenat<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">J-C. Pichon combat cette impression profonde o\u00f9 <em>le raisonnement n&rsquo;avait que faire<\/em>, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;en d\u00e9pit de son absurdit\u00e9, elle s&rsquo;impose d\u00e9finitivement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On admet, \u00e0 la rigueur, que <em>\u00ab\u00a0N\u00e9ron n&rsquo;ignorait rien du christianisme\u00a0\u00bb<\/em>, lui qui accueillait les devins et les astrologues, pr\u00e9f\u00e9rait \u00e0 l&rsquo;adoration des Lares les rites <em>\u00ab\u00a0\u00e9trangers\u00a0\u00bb<\/em>, s&rsquo;initiait aux religions perses, syriennes, \u00e9gyptiennes. Cependant, l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un N\u00e9ron adepte du christianisme n&rsquo;a pas fini de surprendre. Consid\u00e9rons les arguments qui la soutiennent. Parmi ceux-ci, la pr\u00e9sence de Paul de Tarse \u00e0 Rome p\u00e8se d&rsquo;un poids particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 58, Paul, arr\u00eat\u00e9 dans le temple de J\u00e9rusalem est accus\u00e9 de susciter la r\u00e9bellion du peuple juif. Il passera deux ans en prison, jusqu&rsquo;en 59 ou 60. Transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e, gouvern\u00e9e par Festus, il demande \u00e0 \u00eatre jug\u00e9 \u00e0 Rome en tant que citoyen romain, et fait appel \u00e0 l&#8217;empereur. Il est clair qu&rsquo;il ne craint pas l&rsquo;arbitraire de ce dernier. A Rome, en 62, on l&rsquo;autorise \u00e0 pr\u00eacher: <em>\u00ab\u00a0Paul demeura deux ans entiers dans une maison qu&rsquo;il avait lou\u00e9e. Il recevait tous ceux qui venaient le visiter, pr\u00eachant le royaume de Dieu et enseignant J\u00e9sus-Christ en toute libert\u00e9 et sans obstacle.\u00a0\u00bb(Actes des Ap\u00f4tres 28: 30-31)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paul semble effectivement jouir de la protection de l&#8217;empereur et en se rendant \u00e0 Rome, l&rsquo;ap\u00f4tre nourrissait certainement l&rsquo;ambition de s&rsquo;entretenir avec N\u00e9ron. La tradition a d&rsquo;ailleurs sauvegard\u00e9\u00a0le souvenir des rapports entre Paul et N\u00e9ron, puisqu&rsquo;une fresque de la Chapelle Palatine \u00e0 Palerme montre l&#8217;empereur arbitrant un d\u00e9bat entre Paul, Pierre et Simon le Magicien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour J-C. Pichon, la rencontre de Paul et de N\u00e9ron ne fait aucun doute. Paul lui-m\u00eame fournit un argument irr\u00e9futable dans une \u00e9p\u00eetre o\u00f9 il laisse \u00e9clater sa joie: <em>\u00ab\u00a0j&rsquo;ai de tout et en abondance\u00a0\u00bb<\/em> et qui se termine ainsi: <em>\u00ab\u00a0les fr\u00e8res qui sont avec moi vous saluent. Tous les saints vous saluent, particuli\u00e8rement ceux de la maison de C\u00e9sar.\u00a0\u00bb (Ep\u00eetre aux Philippins 4: 21-22)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi Paul est re\u00e7u dans la maison de C\u00e9sar, car l&#8217;empereur attendait la prodigieuse nouveaut\u00e9 de la parole de J\u00e9sus. Dans son entourage, l&rsquo;influence de son ind\u00e9fectible amie Act\u00e9 le portait \u00e0 entendre cette parole; l&rsquo;enseignement\u00a0 de Simon le Magicien et d&rsquo;Apollonius de Tyane \u00e9galement. L&rsquo;astrologie constituait une partie du savoir des hommes de ce temps. Par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;Apollonius, ou par d&rsquo;autres, N\u00e9ron connaissait la pr\u00e9cession des \u00e9quinoxes: tous les deux mille ans \u00e0 peu pr\u00e8s &#8211; l&rsquo;\u00e8re de 2150 ans selon Platon &#8211; les constellations se d\u00e9placent sur la roue du Zodiaque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Au 1er si\u00e8cle, les temps sont arriv\u00e9s o\u00f9 les Poissons, avec leur double sens astrologique &#8211; l&rsquo;amour, V\u00e9nus (le vendredi), et l&rsquo;oc\u00e9an-humanit\u00e9 &#8211; allaient \u00eatre le signe d&rsquo;une religion nouvelle, appel\u00e9e \u00e0 porter t\u00e9moignage de Dieu pendant deux mille ans. Misant sur les Poissons, N\u00e9ron mise sur l&rsquo;avenir.\u00a0\u00bb (JCP)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sait que les chr\u00e9tiens ont fait du Poisson, en grec ICHTUS (initiales de Iesous Christos Theou Vios Soter: J\u00e9sus-Christ, le Fils Sauveur de Dieu), leur signe de ralliement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au printemps de 65, N\u00e9ron donne son nom au mois d&rsquo;avril (le mois de l&rsquo;ouverture), <em>\u00ab\u00a0parce que ce mois, que nous pla\u00e7ons encore sous le signe du B\u00e9lier comme le firent Jacob et Joseph, \u00e9tait en fait depuis un demi-si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0 recouvert par la constellation des Poissons, comme il doit l&rsquo;\u00eatre, en notre temps, par la constellation du Verseau.\u00a0\u00bb (JCP)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9clarations de Paul \u00e9veillent des \u00e9chos singuliers: il ne fait pas le bien qu&rsquo;il veut et fait le mal qu&rsquo;il ne veut pas; Romain, il ne s&rsquo;attache pas \u00e0 ce qui meurt car la mort doit \u00eatre vaincue; les tours de Memphis, Ur et Babylone \u00e9gal\u00e8rent celles de Rome, puis elles furent pr\u00e9cipit\u00e9es: <em>la Parole seule demeure.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La passion de Paul d\u00e9passe de beaucoup les propos des sto\u00efciens et des astrologues. L&#8217;empereur se lasse des dieux officiels du Panth\u00e9on romain. Avide de d\u00e9passement, il \u00e9coute Paul. <em>\u00ab\u00a0A quoi bon le pouvoir illimit\u00e9 de C\u00e9sar, si C\u00e9sar se contente de paver des routes en Thrace? C&rsquo;est Rome qu&rsquo;il faut r\u00e9inventer; des provinces enti\u00e8res qu&rsquo;il faut rendre libres; le ciel qu&rsquo;il faut doter d&rsquo;un Dieu! Cette joie fulgurante porte une montagne de r\u00eaves. Mais les r\u00eaves de C\u00e9sar sont des r\u00e9alit\u00e9s. Car vraiment, C\u00e9sar, que ne peut-il pas?\u00a0\u00bb (JCP)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut rena\u00eetre. Alors, le Prince, amant des Grecs, se fait com\u00e9dien, car s&rsquo;il faut changer pour vivre, l&rsquo;acteur, lui, est immortel. L&rsquo;acteur et l&rsquo;architecte, ajouterons-nous: r\u00eavera-t-on plus somptueux mod\u00e8le que la Maison Dor\u00e9e, mod\u00e8le que l&#8217;empereur, artiste supr\u00eame \u00e9tendra \u00e0 l&#8217;empire tout entier?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0&#8230; comme un ma\u00eetre architecte, j&rsquo;ai pos\u00e9 les fondements: un autre b\u00e2tit dessus. Seulement, que chacun prenne garde \u00e0 la mani\u00e8re dont il construit. En fait de fondement, personne ne peut en poser d&rsquo;autre que celui qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 plac\u00e9: J\u00e9sus-Christ. Si maintenant sur ce fondement, on b\u00e2tit avec de l&rsquo;or, ou de l&rsquo;argent, ou des pierres pr\u00e9cieuses, ou du bois, ou du foin, ou du chaume, l&rsquo;ouvrage d&rsquo;un chacun sera manifest\u00e9&#8230; Si l&rsquo;ouvrage construit r\u00e9siste, l&rsquo;ouvrier recevra sa r\u00e9compense. Si son ouvrage est consum\u00e9, il la perdra. Quant \u00e0 lui, il sera sauv\u00e9, mais en passant en quelque sorte par le feu.\u00a0\u00bb (1\u00e8re \u00e9p\u00eetre aux Corinthiens 3 : 10-15)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est Paul qui parle et N\u00e9ron re\u00e7oit son enseignement \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un prince romain dot\u00e9 d&rsquo;une \u00e2me d&rsquo;artiste. Dion Cassius, l&rsquo;historien, dit qu&rsquo;il a vu l&#8217;empereur endosser tous les r\u00f4les l\u00e9gendaires, d&rsquo;OEdipe \u00e0 Thyeste, mais dor\u00e9navant, N\u00e9ron se transforme en femme enceinte, en mendiant, en h\u00e9ros.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Si quelqu&rsquo;un parmi vous se prend pour un sage, \u00e0 la mani\u00e8re de ce si\u00e8cle, qu&rsquo;il se fasse fou, afin de devenir sage.\u00a0\u00bb (1\u00e8re \u00e9p\u00eetre aux Corinthiens 3 : 18)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, en 66, lors de c\u00e9r\u00e9monies grandioses, l&#8217;empereur d\u00e9pose le diad\u00e8me de souverain sur le front de Tiridate, qui devient ainsi roi d&rsquo;Arm\u00e9nie sous le protectorat de Rome. Il ferme \u00e9galement les portes du temple de Janus, symbole de la guerre. Ainsi il acquiert la paix pour l&#8217;empire et un ami politique en la personne de Tiridate. Il en profite pour se faire initier par ce dernier \u00e0 la l\u00e9gende et \u00e0 la doctrine du Dieu Mithra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au travers des r\u00f4les qu&rsquo;adopte l&#8217;empereur au th\u00e9\u00e2tre, de ses engouements pour divers dieux et d\u00e9esses, transpara\u00eet l&rsquo;histoire miraculeuse du Christ: <em>\u00ab\u00a0Le Christ ainsi devra na\u00eetre d&rsquo;une vierge &#8211; vierge et m\u00e8re comme l&rsquo;Eau &#8211; et dans une grotte ainsi que Mithra. Comme le dieu de Tiridate, d&rsquo;humbles bergers d&rsquo;abord l&rsquo;adoreront. Aux mages et aux grands pr\u00eatres des diverses religions, venus d&rsquo;Egypte et de Chald\u00e9e, de Phrygie, de l&rsquo;Inde lointaine, les \u00e9toiles du ciel d\u00e9signeront le lieu de la naissance. Alors port\u00e9 par un tel mythe, le christianisme pourra devenir l&rsquo;Eglise Unique, promise aux deux mille ans o\u00f9 r\u00e8gnera le Poisson!\u00a0\u00bb (JCP)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9ron se veut le metteur en sc\u00e8ne du spectacle grandiose: la cr\u00e9ation du Dieu universel. Dans ce but, il recrute des agents: il s&rsquo;entoure d&rsquo;\u00e9tranges pr\u00eatresses v\u00eatues de blanc; en 68, il prend aux riches pour donner aux pauvres, et les esclaves, les affranchis tiennent le haut du pav\u00e9. Il les enr\u00f4le dans des cohortes bizarres, qui s&rsquo;ajoutent aux Augustiani. En 68, apr\u00e8s le long voyage en Gr\u00e8ce &#8211; pendant lequel il osa confier le consulat \u00e0 H\u00e9lius, un affranchi -, il cr\u00e9e un corps de pr\u00eatres de la mer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les agents de N\u00e9ron &#8211; que l&rsquo;on pourrait qualifier de Jeunesses n\u00e9roniennes &#8211; d\u00e9noncent le ma\u00eetre injuste, l&rsquo;avare, le citoyen qui ose porter une toge pourpre au m\u00e9pris du r\u00e8glement. Leurs exc\u00e8s, et ceux de l&#8217;empereur, m\u00e9contentent les d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;ext\u00e9rieur, la r\u00e9volte gronde, men\u00e9e par Vindex, Galba, Othon, Rubrius Gallus. Mais l&#8217;empereur se contente de perfectionner ses orgues hydrauliques! Paul r\u00e9prouve la parodie de la foi, la folie mystique qui pousse N\u00e9ron \u00e0 <em>se pr\u00e9senter comme Dieu.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Galba investit la capitale. Il massacre des\u00a0milliers de soldats sans armes, les <em>fid\u00e8les de Neptune<\/em>, les p\u00eacheurs d&rsquo;hommes de N\u00e9ron. Rome ne s&rsquo;appellera jamais N\u00e9ropolis. La com\u00e9die est termin\u00e9e. N\u00e9ron, r\u00e9fugi\u00e9 dans la villa d&rsquo;un de ses affranchis, Phaon, se perce la gorge \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un poignard, le 9 juin 69.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paul mourra peu apr\u00e8s N\u00e9ron, sans doute le 29 juin, victime des \u00e9purations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0L&#8217;empereur n&rsquo;avait agi ainsi que par orgueil, si humains que fussent parfois apparus ses actes. Si douteux que les siens aient sembl\u00e9 aux jeunes communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes, l&rsquo;ap\u00f4tre n&rsquo;avait cess\u00e9 d&rsquo;agir comme \u00ab\u00a0hors de lui\u00a0\u00bb, dans le plus parfait d\u00e9sint\u00e9ressement. L&rsquo;un ambitionnait sa gloire et l&rsquo;autre la gloire de Dieu. Le vrai cr\u00e9ateur, dont les oeuvres durent, n&rsquo;est-il pas celui qui s&rsquo;est renonc\u00e9 pour sa cr\u00e9ation, sans s&rsquo;inqui\u00e9ter d&rsquo;en \u00eatre applaudi?\u00a0\u00bb (JCP)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un quatri\u00e8me et dernier chapitre, de dix pages seulement, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0L&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise le sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire de N\u00e9ron. Le peuple, apr\u00e8s avoir ador\u00e9, puis ha\u00ef l&#8217;empereur mort \u00e0 33 ans, esp\u00e8re son retour &#8211; ou sa r\u00e9surrection.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les qualit\u00e9s de l&rsquo;ouvrage, certaines m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre soulign\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re est d&rsquo;avoir pris N\u00e9ron au s\u00e9rieux, en tant que bon administrateur d&rsquo;abord, en tant qu&rsquo;artiste passionn\u00e9 ensuite. Musicien, po\u00e8te et com\u00e9dien, N\u00e9ron ne fut pas un bouffon &#8211; m\u00eame si certains de ses contemporains jug\u00e8rent sa pr\u00e9sence sur les planches incompatible avec ses fonctions. J-C. Pichon le montre se livrant \u00e0 des exercices astreignants afin d&rsquo;am\u00e9liorer sa voix; angoiss\u00e9, comme il est fr\u00e9quent chez les acteurs avant le lever de rideau.<\/p>\n<div id=\"attachment_135\" style=\"width: 226px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-135\" class=\"size-medium wp-image-135\" title=\"SAINT NERON4\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON4-216x300.jpg\" width=\"216\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON4-216x300.jpg 216w, http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/SAINT-NERON4.jpg 623w\" sizes=\"auto, (max-width: 216px) 100vw, 216px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-135\" class=\"wp-caption-text\">N\u00e9ron<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rassemblant les chefs-d&rsquo;oeuvre (peintures et sculptures, grecques pour la plupart), s&rsquo;entourant d&rsquo;\u00e9crivains, N\u00e9ron ne se contente pas de cultiver l&rsquo;art pour l&rsquo;art. L&rsquo;intuition qui le guide se refl\u00e8te dans les personnages qu&rsquo;il incarne \u00e0 la sc\u00e8ne; elle transpara\u00eet de m\u00eame dans son attirance envers la d\u00e9esse Attargatis, <em>Dea Syria<\/em>, que les esclaves v\u00e9n\u00e8rent d\u00e8s le 2\u00e8me si\u00e8cle av. J-C., et pour laquelle le poisson est un animal sacr\u00e9; envers la vierge-m\u00e8re Junon-Canathos; envers Apollon enfin, sous sa forme de dieu-dauphin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette intuition se nourrit en outre de rencontres: avec les \u00e9sot\u00e9ristes juifs, le mage gnostique Simon, le sage n\u00e9o-pythagoricien Apollonius de Tyane, Tiridate, instrument de la conversion au zoroastrisme, et Paul de Tarse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J-C. Pichon insiste sur les mesures significatives prises par l&#8217;empereur: l&rsquo;interdiction de la mise \u00e0 mort lors des combats de gladiateurs (mesure fort impopulaire), l&rsquo;importance sociale, politique et religieuse grandissante accord\u00e9e aux esclaves et aux affranchis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On remarquera, incidemment, que lorsque N\u00e9ron favorise les pauvres &#8211; s&rsquo;ali\u00e9nant ainsi les notables &#8211; il les prive \u00e9galement, dans un monde avide de brutalit\u00e9, du spectacle des effusions de sang dans les ar\u00e8nes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les mesures adopt\u00e9es par l&#8217;empereur sont trop nombreuses \u00e0 aller dans le m\u00eame sens pour qu&rsquo;on continue \u00e0 les ignorer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le second m\u00e9rite de l&rsquo;auteur consiste \u00e0 d\u00e9crire avec minutie l&rsquo;\u00e9volution de N\u00e9ron, qui balayant le Panth\u00e9on romain, tente d&rsquo;instaurer le dieu nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;humanit\u00e9 connut une tentative similaire, \u00e9galement malheureuse: celle d&rsquo;Akh\u00e9naton, au 14\u00e8me si\u00e8cle av. J-C., qui brisa avec le polyth\u00e9isme de son \u00e9poque, et essaya d&rsquo;\u00e9tablir par la force le culte d&rsquo;un dieu unique, dont le Soleil aurait \u00e9t\u00e9 la manifestation. Comme Rome apr\u00e8s la mort de N\u00e9ron, Akh\u00e9naton \u00e0 sa disparition laissa l&rsquo;Egypte &#8211; pays pour lequel N\u00e9ron nourrissait un profond int\u00e9r\u00eat &#8211; en proie au chaos. Comme N\u00e9ron, Akh\u00e9naton suscite toujours les r\u00e9actions les plus violentes et les plus contradictoires: <em>\u00ab\u00a0Pour certain savant moderne, c&rsquo;est la premi\u00e8re personnalit\u00e9 que l&rsquo;histoire enregistre; pour tel autre, c&rsquo;est un excentrique, un maniaque, \u00e0 demi-fou, peut-\u00eatre m\u00eame d\u00e9bile.\u00a0\u00bb (C.S. Lewis, Reflections on the Psalms)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez N\u00e9ron, le renversement des valeurs m\u00e8ne aux pires exc\u00e8s: J-C. Pichon d\u00e9crit, sans l&rsquo;att\u00e9nuer, la <em>d\u00e9mence religieuse<\/em> qui envahit un homme dont l&rsquo;ambition ultime n&rsquo;est rien moins que de cr\u00e9er Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, J-C. Pichon a mis toute son \u00e9nergie \u00e0 d\u00e9chiffrer N\u00e9ron dans son contexte, et cela est primordial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ceux qui parlent de lire la Bible comme si c&rsquo;\u00e9tait de la litt\u00e9rature, veulent dire, je suppose la lire sans se pr\u00e9occuper de l&rsquo;essentiel; comme si on lisait Burke sans s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 la politique ou l&rsquo;En\u00e9ide sans s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 Rome.\u00a0\u00bb (C.S. Lewis, Reflections on the Psalms)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne traite pas, en effet, la Bible comme un roman. On n&rsquo;aborde pas un homme de guerre comme un po\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il fallait appr\u00e9hender l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une <em>nouveaut\u00e9<\/em> singuli\u00e8re par le truchement de Paul et de N\u00e9ron, faire le compte-rendu de leur double \u00e9chec, dans un monde de complots et de massacres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il fallait saisir et rassembler, au travers des ruines et des textes fragmentaires d\u00e9figur\u00e9s, les liens \u00e0 la fois \u00e9motionnels et logiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Charles Pichon, croyons-nous, y est parvenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Jean-Paul Debenat<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Document audio (26&prime;) :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.jeancharlespichon.com\/wp\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/N\u00e9ron.mp3\">N\u00e9ron<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Editions e-dite 2000 Pr\u00e9sentation parue dans \u00ab\u00a0Les Portes de Th\u00e9l\u00e8me\u00a0\u00bb, N\u00b03, juillet 1999 En 1961, Jean-Charles Pichon signe un essai historique intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Saint N\u00e9ron\u00a0\u00bb (Robert Laffont). L&rsquo;ouvrage d\u00e9cha\u00eene les passions au sein de la critique francophone. 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